Skip to main content

Full text of "Revue belge de philologie et d'histoire, recueil trimestriel publié par la Société pour le progrès des études philologiques et historiques"

See other formats




THE UNIVERSITY 
OF ILLINOIS 
LIBRARY 





if 


di 


MG SA 
“ 





Wat 
MA 


SAUT HE 





Digitized by the Internet Archive 
in 2021 with funding from 
University of Illinois Urbana-Champaign 


htips://archive.org/details/revuebelgedephil3192unse 





REVUE BELGE 


Le DE 


PHILOLOGIE ET D'HISTOIRE 


TROISIÈME ANNÉE 


1924 






ANOTEIR' A TA HDOUOM 


st 
D. 


+ are 10 dns ant 
* 


 HAAMA AMARBIOAT 


RSUT. 


REVUE BELGE 


DE 


PHILOLOGIE er D'HISTOIRE 


RECUEIL TRIMESTRIEL 
PUBLIÉ PAR LA 


SOCIÉTÉ POUR LE PROGRÈS DES ÉTUDES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES 





TOME lil 


1924 


DREUX EL ESES 


1924 










A À 
2 à ce "4 


Ë 
# 
AS Er 
L + 


FA E Écu éysaus 


PBUDIAOTEIR TA 8 oaOIDO MONET EU ENG 2 214004 | 


à ; 
PARA EE LL *F 


Voirie TRE TOUT 





% 


Fee 3 V, 


À Delphes 


La statue d’Agias 


(PL. 1) 


La plupart des archéologues considèrent ce marbre 
comme une réplique d'un bronze de Lysippe. Je citerai : 
Th, Homolle, M. Collignon, G. Radet, G. Fougères, 
H. Lechat, E. Bourguet, Em. Preuner, P. Gardner, G. Cul- 
trera, P. Ducati, Fr. Poulsen. 

Cette opinion doit être abandonnée et je me propose de 
détruire successivement, en suivant l'ordre chronologique, 
tous les arguments qui ont été présentés pour la justifier, 
tant ceux qu'on à formulés avant 1899, que ceux qu’a 
apportés la publication de l’épigramme de Pharsale. Jene 
ferai d'ailleurs que grouper en une argumentation continue 
des objections disséminées dans plusieurs travaux. 

Lors de la découverte de la statue d’Agias (1894) (1), ce 
qui a frappé tout d’abord les archéologues, c’est la ressem - 
blance qui existe entre l’Ag'ias et l’Apoxyoménos du Brac- 
ci0 Nuovo (*), au point de vue du rythme et des propor- 
tions (). L'Apoxyoménos du Vatican étant généralement 
considéré comme l'œuvre type de Lysippe, nous sommes 
amené à contrôler la valeur de ce rapprochement. 

L'identification de l’athlète trouvé en 18494, au Transté- 
vère, avec l’Apoxyoménos de Lysippe, était présentée par 
Braun, en 1850, comme une simple hypothèse. Les années 
ont répandu cette supposition, sans la confirmer, et l’on 
peut toujours faire valoir contre elle deux choses : 

1° Le témoignage des anciens. Je l’invoquerai plus loin 
à propos de l’Ag'ias même. | 


(1) Inventaire : TH. HomoLLE, Bull. corr. hell., 1899, p. 430. — Reproduc- 
tion : Fouilles de Delphes, t. IV, pl. XLIHI-XLIV. ‘ 

(2) AMELUNG, Sculpt. d. Vat. Mus., 1. [, p.86, pl. 11, n° 67. 

(3) Tu. Homoze, Bull. corr, hell., 1899, p. 450. 


D87 4103 


4 H. PHILIPPART 


2° L'absence de toute réplique. Il serait vraiment 
extraordinaire qu'une œuvre qui jouissait de la célébrité 
dont parle Pline ({) n’eût jamais tenté les copistes. 

Or, il existe au musée des Offices à Florence un Apoxvo- 
ménos du milieu du 1v° siècle qui remplit parfaitement les 
conditions requises : les proportions de ce marbre sont 
conformes à celles qu’indiquent les textes latins et son 
importance est attestée par une dizaine de reproductions. 
Ada Maviglia (?) s’est servie avec succès de cette statue 
comme d’un point de départ pour retracer l’activité artis- 
tique de Lysippe. 

Mais on peut aller plus loin et réfuter ceux-là même qui 
persistent à croire que l’Apoxyoménos du Vatican symbo- 
lise l’athlète lysippéen : autant un examen superficiel 
relève de ressemblances entre le marbre de Delphes et 
celui de Rome, autant une observation attentive met en 
relief de profondes différences. Il est impossible qu’une 
même main ait modelé ces deux corps, il faut renoncer à 
attribuer à un même artiste deux productions qui ont vu le 
jour à une centaine d’années d'intervalle. P. Gardner (À) 
nous à fourni à ce sujet une démonstration rigoureuse et 
d'autant plus intéressante qu’il ne cherche pas à contester 
le caractère lysippéen de l’Ag'ias. 

Laïissons donc de côté l’Apoxyoménos et remontons aux 
auteurs anciens pour connaître le style de Lysippe : 

1° Pour les proportions, il reprend le canon de Poly- 
clète, mais il l’améliore en rendant les statues plus élan- 
cées en apparence. 

a) Cicéron, Brutus (86, 296) : ut Polycliti doryphorum 
sibi Lysippus aiebat, sic tu suasionem legis Serviliae tibi 
magistram fuisse. 

Je remarque en passant que M. Collignon ne prêtait 


(1) 34, 19, 13 : .…..destringentem se, quem M. Agrippa ante Thermas suas 
dicavit, mire gratum Tiberio principi : qui ..….transtulit in cubiculum ...cum 
quidem tanta populi romani contumacia fuit, ut theatri clamoribus reponi 
apoxyomenon flagitaverit, princepsque quamquam adamatum reposuerit. 

(2) Lisippo, Rome, Loescher, 1914. Cf.S. Reinacu, Rev. arch., 1914, 2, p.157. 

(3) The Apoxyomenos of Lysippus, Journal of Hellenic studies, 1905, 
p. 234-259. 


A DELPHES 5 


plus, dans son ZLysippe (1), un sens ironique à cé pas- 
sage, comme il le faisait dans l'Histoire de la sculpture 
grecque (?). 

b) Rhétorique à Hérennius (IV, 6): ut Lysippus capuüt 
ostenderet Myronium, brachia Praxitelae, pectus Poly- 
cletium. 

c) Pline (34, 19, 15) : Idem fecit Hephaestionem Alexan- 
dri Magni amicum, quem quidam Polycleto adscribunt, 
cum is centum prope annis ante fuerit. 

Ce dernier texte est très important : il n’y avait pas une 
bien grande différence entre les œuvres de Polyelète et 
celles de Lysippe, puisqu'on pouvait les confondre, même 
quand il s’agissait de l'effigie d’un personnage qui avait 
vecu cent ans après Polyclète. Et cela ne doit pas nous 
étonner : les deux artistes étaient nés à Sicyone, ils appar- 
tenaient à la même école dorienne et nous savons que le 
disciple avait repris entre autres un sujet de son prédéces- 
seur le Kairos. 

Dans l’Agias on ne retrouve plus rien du canon de Poly- 
clète. Sans doute, depuis la découverte de lApoxyvuiménos 
du Transtévère, on s’est fait de plus en plus à l’idée qu'une 
statue lysippéenne devait mesurer huit têtes, mais il faut 
reconnaître que cette conception est en contradiction avec 
les passages déjà cités et avec le suivant : 

d) Pline (34, 19, 16) : Non habet latinum nomen symme- 
tria, quam diligentissime custodivit, nova intactaque 
ratione quadratas veterum staturas permutando, vulgoque 
dicebat ab illis factos, quales essent homines, a se quales 
viderentur esse. 

Le sens de ces derniers mots, à se quales viderentur 
esse, a été beaucoup discuté. Littré est allé jusqu’à tra- 
duire : il avait représenté les hommes tels que l’idéal les 
montrait. L’idée est pourtant claire si l’on se rappelle le 
conseil que le peintre Eupompos donnait à Lysippe : natu- 
ram ipsam imitandam esse (*),et si l’on rapproche de notre 


Paris 0 p.101: 
2) T. II (Paris, 1897), p. 416, 


( 
Le) 
($) Pline, 34, 19, 12. 


6 HN H. PHILIPPART 


phrase une autre phrase de Pline (34, 19, 15): per quae 
proceritas signorum major videretur. Lysippe n'a pas 
copié mécaniquement des modèles d'atelier ; il voulait sur- 
prendre dans la vie l’attitude à donner aux statues, il a 
poussé le réalisme jusqu’à préférer à la vérité objective le 
naturel tel qu’il frappe l’œil humain. Il v a ici une alté- 
ration voulue de la ligne en vue de l'effet qui s'accorde 
bien avec le parti-pris d'éviter la perfection géométrique 
dans le temple grec ({). Gloria Lysippi est animosa effin- 
gere signa, dit Properce (III, 7, 9), et Quintilien écrit aussi 
(XII, 10, 9) : Ad veritatem Lysippum ac Praxitelem acces- 
sisse optime affirmant. 

- Quant à la symmetria, Pline établit une gradation qui 
part de Polyclète, passe par Myron, quam Polycletus ….. in 
symmetria diligentior, et aboutit, sans solution de conti- 
nuité, à Lysippe, quam diligentissime custodivit. 

On peut donc traduire : «Nul n’observa mieux que lui 
cette partie de l’art pour laquelle la langue latine n’a point 
de mot, la symétrie, en changeant par une méthode nou- 
velle les proportions carrées des anciennes statues (?); et 
il se plaisait à dire qu’il représentait les hommes non pas 
tels qu’ils étaient, à la facon des vieux maîtres, mais tels 
qu’on les voyait. » 

La statue d’Agias ne produit pas du tout cette impres- 
sion d'harmonie parfaite que nous promet Pline : il y a, au 
contraire, une disproportion marquée entre la longueur 
des jambes, la largeur du buste développé à l’excès dans 
les limites de deux plans parallèles, et la petitesse de la 
tête. Le modèle n’est nullement responsable de ces 
défauts : nous sommes en présence d’un athlète idéalisé 
une centaine d'années après sa mort. D'ailleurs, aucune des 
œuvres qu’on s'accorde à attribuer, avec un certain degré 
de probabilité, à Lysippe ou à son école — statues 
d'Alexandre, d’Éros, d’'Héraclès, de Poseidon, bronze 
portrait d’un prince grec du musée national romain — 
n'offre un pareil système de proportions. 


(4) W. H. GoopYEaR, Greek refinements, Londres, 1912. 
(*) M. CorrieNox, Lysippe, p. 102. 


A DELPHES / 





Photo Papajanopulos. 


STATUE D’AGIAS 


(Musée de Delphes) 


8 H. PHILIPPART 


2° De même. on ne trouve pas dans le style de l’Ag'ias le 
souci du détail, du fini, et le soin de la chevelure qui 
devraient le caractériser : Propriae hujus [Lysippe] viden- 
tur esse argutiae operum custoditae in minimis quoque 
rebus. — Statuariae arti plurimum traditur contulisse 
capillum exprimendo... (1). 

Non seulement les cheveux sont manifestement traités 
avec négligence, mais la technique est ici celle du marbre 
et n’a nullement subi l'influence d’un original en bronze (?). 
Les imperfections du modelé et même de la ligne d’en- 
semble, de l'équilibre, apparaissent surtout quand on 
regarde la statue par derrière : les mollets sont anguleux, 
les formes épaisses (?), l'attitude est assez gauche. Ce n est 
pas cette œuvre qui marque l’affranchissement des plans 
parallèles, la conquête des trois dimensions, qui peut être 
contemplée avec autant de satisfaction de tous les côtés, et 
qui aurait poussé Pétrone (88) à répéter avec la légende 
que Lysippe était mort en s’acharnant à parachever un 
bronze. Enfin, et ceci est capital, les FépHiques font totale- 
ment défaut pour l'Ag'ias. 

Et qu’on ne dise pas, pour expliquer ces contradictions 
entre les jugements des anciens et nos propres constata- 
tions, que l'effigie de Delphes n'est qu’une copie d’une 
œuvre de jeunesse ({) : l’original a été dédié à Pharsale 
vers 340 (?), c’est-à-dire précisément à l’époque où Lysippe 
déjà en pleine possession de son talent exécuta pour la 
cour de Macédoine la statue d'Alexandre enfant que Néron 
fit dorer (5). 


(4) Pline, 34, 19, 15-16. 

(*) TH. Homoze, Bull. corr. hell., 1899, p. 444, n. 1 : la chevelure «est seu- 
lement massée, et le bronze la détaille pour l'ordinaire par des traits de 
burin ». Cf. FR. Pouzsex, Delphi (Londres, 1920), p. 284, 

(3) H. LEcnar, Rev. ét. anc., 1914, p. 191, cf. Ém. BourGver, Delphes 
(Paris, 1914), p. 199. 

(+) H. Lecuar, Rev. et. anc., 1914, p. 194. Cf. P. Ducari, Arte claxsica (Turin, 
1920), p. 504. 

(®) ln. Homo, Bull, corr. hell., 1899, p. 445; M. CoruiGxox, Lysippe, 
p. 24; Ex. BourGuer, Delphes, p. 200. 

(6) Pline, 34, 19, 14. 


A DELPHES 9 


I] reste à discuter une donnée de fait. 

Sur la face antérieure de la base dans laquelle était 
encastrée la plinthe de la statue, on lit l'inscription sui- 
vante : | 


TpÜTOs OÂüuUTIOA TAykpATIOV, Papodie, vikauis, 
’Ayia ’Akvoviou, yñs dm OeUOaid, 

nevräkis ÉV Neuéoi, Tpis TTUO10, mevrükis lo8uot 
Kai DV OÙUdEIÏS TW OTÂDE TPOTUÎU XEPUWV (1). 


En 1900, E. Preuner a publié une étude intitulée Æin 
delphisches Weihgeschenk, que M. Th. Homolle annonça 
en ces termes : «.., M. Preuner, mis en possession par 
M. Georg Loeschcke d’une copie du journal de voyage de 
Stackelberg en Thessalie, y découvrit avec une joyeuse 
surprise le commencement de l’épigramme d'A g'ias,accom- 
pagné de la signature de Lysippe. De ce fragment il en 
rapprocha très habilement un autre, publié par MM. Pri- 
dik et de Sanctis, insignifiant en soi, mais précieux pour 
la restitution du texte, car il montrait que l'original, mal 
reproduit par Stackelberg, ou par un copiste maladroit, 
était gravé oToiyndôv. M. Preuner à obtenu ainsi le texte 
suivant : 


mpÈTos OÀÂvuTIA TOAYkKPUTIOV, PAPOGE, VIKais, 
"Ayias Akvoviou, yñs dr OEeooakiag, 
nevtükis év Neuéoic, T60a TTÜG10, mevtükis ‘loBuoî 
Kai OV OUdEIS TW OTÂÎOE TPOTOÏU EP V. 
AvoinT|os ZikuwWvioç ÉToOINGEv. » |?) 


Bien que nous ne devions cette dernière épigramme qu'a 
une série de copies et de restitutions, puisque l’inseription 
déchiffrée par Stackelberg en 1811 a disparu, je ne mettrai 
pas en doute son authenticité, mais je m’attacherai à mon- 
trer la fragilité de la preuve qu’on a prétendu en tirer. On 
a dit, tenant pour démontrée l’antériorité de l'inscription 
de Pharsale : « I1 y avait à Pharsale un autre monument 


(4) Bull. corr. hell., 1897, p. 592. 
(2) Bull. corr. hell., 1899, p. 422, cf. H. LEcnar, Rev, et. anc., 1900, 
p. 195-208. 


10 H. PHILIPPART 


honorifique, consacré par Daochos, et semblable au monu- 
ment de Delphes. La statue d’Ag'ias y avait également sa 
place; maïs cette fois c'était un bronze signé de Lysippe. 
Donc le groupe original était à Pharsale, et non point à 
Delphes. Le grand sanctuaire d’Apollon ne possédait que 
des copies en marbre des bronzes pharsaliens... (1) » 

Je crois au contraire, avec M. Paul Wolters (?), que le 
monument de Delphes est antérieur à celui de Pharsale 
et que, par conséquent, l’Agias de Delphes ne peut pas être 
une copie de celui de Pharsale : 

4° Les dimensions de l’offrande de Daochos ont été cal- 
culées d’après celles du trésor des Thessaliens qui existait 
déjà et qui devait abriter les neuf statues à Delphes: il 
serait extraordinaire que le contraire fût vrai et que ce 
trésor eût pu contenir exactement une série d’effigies dont 
l’ensemble avait été créé pour Pharsale. 

2 Les épigrammes {*) ont été composées pour Delphes 
et non pour Pharsale : 

a) La VIITI, celle de Daochos II, contient la dédicace à 
Apollon : 

Tade dwpo 
oThOEv Poifw dvaxTi FÉVOS Kai TATPIdA TIMDV. 


b) La IIIe, celle d'Agias, et la VIS, celle de Daochos Er, 
citent la ville natale, Pharsale, ce qui ne convient qu’en 
dehors de la Thessalie : 


TpÈTOs OAUUTO TarkpaTiov. Papode, vikais 
‘Ayia Akvoviou, yñs àrd OeTTaliag.…. 

Aüoxos ÂAryia eiui, Tatpis Papoalos, 4TAONS 
Oecoakias dpEas, où Bi AAA vouUWw... 


c) On a conservé les restes d’un quatrain de Pharsale 
qui manque à Delphes ({). | 

Enfin : d) la IV* épigramme ne pouvait être la même à 
Delphes et à Pharsale, car celle de Delphes se borne à 


(1) M. Cocri6xow, Lysippe, p. 23. Cf. FR. PouLusex, Delphi, p. 281. 
(?) Sitz. der Akad. zu München, 1913, p. 40-50. 

(8) Bull. corr. hell., 1897, p. 592-594. 

(*) Bull. corr. hell., 1899, p. 493. 


A DELPHES te 


La 


dire que Télémachos a remporté autant de victoires 
pythiques que son frère Agias : 


KA TOÛdE OUAdÉA POS ÉDUV, ApiBUdV dE TÜV AUTOV 
NuaOi TOÎS AUTOÎÏS ÉXPÉPOUUL OTEPÜVUWV. 


Or l’épigramme de l’Ag'ias en indique trois à Delphes et 
cinq à Pharsale : 


mevTükis ÉV Neuéa, Tpis TTUB10, mevrükig lo 8uof... 
rrevTäkig Êv Neuéoic, TÔ000 TTÜG1o, revrükis ‘loBuot.. 


C’est d’ailleurs cette différence de texte qui fournit la 
preuve décisive de l’antériorité de l'inscription de Delphes. 
Le premier vers est excellent, le second est mauvais. Il est 
certain que ce n’est que la correction, légitime ou non, de 
Tpis en TÜ0€ qui a amené cette rédaction bizarre : TEVTÜKIG... 
TOOO.. TEVTOKIG.. Un poète, chargé d’exprimer l’idée telle 
qu’on la trouve à Pharsale, se serait contente d’énoncer une 
seule fois le nombre nevrükis. Et si l'on ne peut admettre 
que la rectification forcée du T600 de Pharsale ait préci- 
sément donné le vers de Delphes qui est bon, par contre, 
il est tout naturel de supposer que l’ambitieux Daochos ait 
refait dans son pays, en grossissant le chiffre des victoires 
agonistiques de ses ancêtres, un monument qui flattait 
l’orgueil national. Et cette fois, il ne s’est plus adressé à 
un sculpteur local, dont l’histoire n’a pas conservé le nom, 
il a confié au célèbre bronzier de Sicyone l’exécution de 
l’œuvre dont il attendait l’immortalité. 

La statue delphique d’A2'ias n’est donc pas une réplique 
d’un bronze de Lysippe. Les copies pouvaient se multiplier 
à l’époque alexandrine ou gréco-romaine, mais au 1v° siècle, 
l’Hellade enfantait trop d'artistes, manifestait, jusque 
dans les produits de l’art industriel, vases, terres cuites 
ou bas-reliefs funéraires, un trop grand souci de variété (1), 
pour accepter, dans le riche sanctuaire d’Apollon, autre 
chose que des originaux. Et, dans ce cas-ci, le dieu n’était 
pas le seul intéressé : Daochos, l'ambassadeur de Philippe, 
aurait-il toléré que sa propre effigie fût négligemment 


(*) Ant. KÉRAMOPOULLOS, Delphes (Athènes, 1909), p. 22-23. La réponse de 
Em. Bourguet, Delphes, p. 200, est insuflisante. 


12 H. PHILIPPART 


reproduite d’après le modèle que venait de créer Lysippe? 
Celui-ci, de son côté, aurait-il abandonné à un marbrier 
maladroit, l’année même où il modelait l’Alexandre à la 
lance (), l'exécution d’une réplique qui devait se placer à 
côté des chefs-d'œuvre les plus appréciés? 


H. PHILIPPART. 


(4) Cu. Picarp, Rev. arch., 19114, 1, p. 267 : « ...V’Alexæandre à la lance a pu 
être exécuté vers 334-333. » M. Collignon, Lysippe, p. 20, admet que le monu- 
ment de Delphes « avait été élevé entre les années 338 et 334 ». Cf. Fr. Pou1.- 
SEN, Delphi, p. 268. 


Liste d’éphèbes athéniens de 128 127 


L'inscription que nous publions semble être restée iné- 
dite, bien qu'elle se trouve depuis nombre d’années dans 
la cour du Musée épigraphique d'Athènes (inventaire, 
n° 64). La provenance en est inconnue; on sait seulement 
que le texte faisait partie de la collection de la Société 
archéologique. 

Le texte est gravé sur marbre bleuâtre de l'Hymette. Il 
est incomplet de partout, sauf à gauche (hauteur, 0.88 ; lar- 
geur, 0.38; épaisseur, 0.15. Lettres de 0.005 à 0.01, à ren- 
flements AMTToZ (barres légèrement divergentes). 

C'est une liste de noms. Ces noms sont ceux d’éphèbes 
rangés par tribus : la liste est suivie d’une couronne où est 
gravé le nom du pédotribe. De plus, beaucoup de ces noms 
reparaissent dans le catalogue d’éphèbes qui suit l’inscrip- 
tion de la Pythaïde de l’année où Atiovuoios uerà Auxkiokov 
était archonte à Athènes, c’est-à-dire de 128-127 (1, Nos 
deux documents sont contemporains, cela n’est pas dou- 
teux, et se complètent mutuellement : comme l'avait vu 
Colin, tous les éphèbes n’accompagnaient pas la Pythaïde 
et ils n’y sont pas rangés par tribu, contrairement à ce 
qui à lieu dans notre liste, qui a l’avantage de nous faire 
connaître les dèmes des éphèbes, ou tout au moins leur 


(4) Cou, BCH, XXX, 1906, p. 226; Le culte d'Apollon Pythien, p. 72, n° 9 
(pl. 1); Fouilles de Delphes, I, 2, 24 = SIG*, 697E, qui ne reproduit que 
l'intitulé de ce document, non la liste d’éphèbes. Pour la date de cet archonte, 
cf. Kozse, Die attischen Archonten von 295/292-31/30 v. Chr., Abhandl. der 
Gesellisch. der Wissensch. zu Gôttingen, Phil.-hist KI,, neue Folge, X, 4, 1908, 
p. 76; 1G, IR, 4, 1, p. 20; SIG*, 733, col. 1; GraNpor, Chronologie des 
archontes athéniens sous l'Empire, Mém. de l'Acad. de Belgique, NI, 
1921 (4°), p. 40. 


14 P. GRAINDOR 


tribu. Notre texte nous donne aussi quelques variantes 
pour l'orthographe des noms déjà connus. 


[TTavbtovidos] 





CLT YCT LES DU AT L ri 
RENE RER [Ta lmeÿc, 
————————— [TTaljavieus, 
l'Eotiaios Dio]kpätou (?) Taavieüc, 
5 [Aelwvridoc 
Mnvodwpoc ‘Hpakkeidou KolwvñBev, 
NiKkiaç Etpnuidou Kpwrmidnc, 
"’AyéAaoc ’Ayeldou é£ Oïou, 
TToAvaivetoc ‘Aubük\ou ZkauBwvidnc, 
10 ’AmoÂ\6dotoc ZBeviou 2 HTTLOc, 
Tiuokpatncs AÂerdvôpou TTotaäuioc, 
Aioxükos Aioxükou “YBadnc, 
Zwoifios TéAwvoc “YBddns, 
TIrloÀjJeuaidoc 
15 Atookoul pià Inc ’ApioTok\éoOU PAuerc, 
‘Aënvayé|pals TTuppivou Kubavridnc, 
Néwv Duokptou Oivaioc, 
OecokAñs EdBukléouc Bepevikidng, 
NikokAñs AnuntTpiou PAueuc, 


20 Duuwvidns ApiotTouévou TTpoomdAtios, 


Eduaxidns ‘Apiotdvdpou ‘ExaAñ@(e)v. 
AMovüoios Movuoiou TTpoomdATios, 
’AkauavTidoc 
Tiuokpdtns Oeoddpou Xokapye[üc], 
25 Oeddwpoc Atovuoiou KepaAñBev, 


Mevekpdtns Auxéppovos XoA|apyeüs], 
"OAuumédwpos Adtokkéouc Oo[pikoc], 


Eüvwidnç Anuntpiou Eitel oc], 
ZTpatôvikocs Oeoyévou”Ep{uoc] 
30 ‘H Bouir 
‘O duos 
TÔv TudoT|pij- 
[Bnv Niklw[va ’AXé|- 
[Ados Bnpu|- 
[Tiov|. 


[Oivnidos] 
’Avt[iuaxoc Nikiou](?) — — 
AVOIR EE ER 

[Kekponidoc] 
Knpio6dwpoc [Anuntpiou] — 
Aôdotoc ‘“Hparke[idou|— — 
AMovüotioc Atovuo — — — — 
ZnvodotTog OEeod — — — — 


"Attaloc ’Adpdoto|u] — — — 


“AroAdvioc Atovul oiou]— — 
’ApiotTiwv EdbéEou M{elteüs] 
AeivorkAñs Pioot/pätou]. — 
PavokAfñc TTpwroylévouc] (?) 
Duvridnc ‘Innldpxoul — — 
‘ro ewvridoc] 

‘Apiotôovik|os Auoiudxou] — 
Teiois Di — — -— — — — — 
Anulayépas Edeudéuou] (!?) 


Notre liste, de même que les documents similaires anté- 
rieurs à l'Empire, était précédée d’un décret en l’honneur 
du pédotribe et sans doute aussi du cosmète ou d’un autre 
fonctionnaire éphébique : si le pédotribe était le seul per-- 


LISTE D'ÉPHÈBES ATHÉNIENS 15 
sonnage honoré, la couronne qui sert de cadre à son nom 
n'aurait sans doute pas été gravée tout contre le bord 
gauche de la stèle, mais au milieu de celle-ci. D’après la 
largeur de la stèle il devrait y avoir au moins trois cou- 
ronnes. Ce décret, comme l'attestent les 11. 30 sq. avait été 
voté par ia Boulè et le Peuple. 

Nous désignons par P le texte de Delphes, par PA la 
Prosopographia Attica et par NPA les suppléments de 
Sundwall à cette Prosopographia (1). 

Col. I, 1. 3. La restitution |‘Eoriaios Piolkpätou est 
empruntée à la col. I, 1. 24 du texte de Delphes; elle n’est 
que possible : nous ne possédons pas tous les noms 
d'éphèbes. En tout cas, on ne peut songer à Néon, fils de 
Philokratès, ni à Diodotos, fils de Philostratos, dont les 
noms figurent en entier sur notre liste comme sur celle de 
Delphes. 

L. 6. Cf. P, I, 48. C’est à tort que NPA, p. 128, donne 
comme dème KoAkuteus à Mènodôros et considère PA, 6470 
([Hèra/kleidès, f. de Mènodôros, Kollyteus) comme son fils. 

L. 7. Cf. P, II, 20 et NPA, p. 134. Notre éphèbe pourrait 
être le petit-fils du Nikias Kpwridns connu par une liste 
d'épidosis de 183-182 (1G., II, 983, col. I, 69 — PA, 10806). 

L. 9. Cf. P, II, 41 (NPA, p. 144). Son fils fut éphèbe 
en 101-100. Cf. PA, 733. 

L. 10. Cf. P, II, 33 et NPA, p. 19, où l’on restituera 
> 8e|viou]. | | 

L. 11. Of. P, II, 37 et NPA, p. 160. Un Mekirwv Tiuo- 
kpatTouç Îlorduwos est connu comme éphèbe en 105-104 
(PA,9845) : ce pourrait être le fils du nôtre. 

L. 15. Cf. P, I, 30. où le patronymique est orthographié 
_ Apiotokkéous et NPA, p. 63. C’est sans doute le même que 
le kleidouque Dioskouridès, fils d’Aristoklès (ROUSSEL, 
BCH, XXXII, 1908, p. 398, n° 202) : en tout cas, il est sûr 
maintenant que l’éphèbe n’a rien de commun avec un 
[Dioskou]rid[ès] de Marathon (RoussEeL, ib., n° 203). 

Bad6nCfsP,11;30'et NPA; 'p. 5! 

LM CLIP AT, 40 et N PAS DH A139 


(4) Suxpwazz, Nachträge zur Prosopographia Attica, Helsingfors, 1909. 


L 


16 P. GRAINDOR 


L. 19. Cet éphèbe est sans doute un descendant du Niko- 
klès Phlyeus connu en 232-931 (PA, 10908). 

L. 21. Le marbre porte Exkakn6nv. Cet Eumachidès est 
sûrement le fils d’Aristandros, fils d'Eumachidès, vain- 
queur aux Théseia, vers 160 (PA, 1646). 

L. 22. Notre liste mentionne peut-être deux éphèbes du 
nom de Dionysios, fils de Dionysios (cf. col. IT, 1. 6 : Ato- 
vüuo10ç Movuo!iou]|?); la liste de Delphes n’en connaît qu’un : 
dans la col. II, 1. 34, on trouve bien. ... [Atov]uoiou, mais 
il n’est pas sûr que le nom qui manque ici soit Dionysios. 
On pourrait aussi songer à Theodôros, fils de Dionysios, 
connu par notre liste, col. I, 25. 

L. 24 Un Timokratès, de la même tribu, est inneuç 
en 106-105. Cf. NPA, p. 160. 

L. 27. Pythaïs, femme d’Autoklès de Thorikos, apparte- 
nait probablement à la même famille. PA, 12337 (date 
inconnue). | 

L. 33. Pour le nom du pédotribe, cf. P, 11. 


(GOoLSET: 


L. 1. On peut songer à la restitution ‘Avr/iuaxos Nwxiou]. 
Cf. P, II, 27 et NPA, p. 16. Mais cette restitution ne con- 
viendrait pas pour la ligne qui suit : la cinquième lettre 
commence par une haste horizontale, tandis que le u a les 
barres externes divergentes dans notre texte. 

L. 4. Pour la restitution, cf. P, I, 20 et NPA, p. 109. Le 
même était ruôaiotis mais en 138-137 (pythaïde de Timar- 
chos. Fouilles de Delphes, III, 2, 11, 19. Pour la date, 
cf. 1G, IT?, 4, 1, p 20). 

L. 5. Restituée d’après P. I, 99. Cf, NPA, p. 54. 

L. 7. Cf. P, III, 19 — NPA, p. 82, où il faut évidemment 
restituer [Z]nvodo[tos Oeod] — — 

L. 8. Cf. P, I. 42 et NPA, p. 40. 

L.9. Cf. P, III, 24 et NPA, p. 93, qui a peut-être tort de 
supposer, vu la fréquence du nom cet l’absence de dème, 
que cet éphèbe doit être identifié avec le oOuotTpatTiwTns 
homonyme, Fouilles de Delphes, IIT, 2, 28, col. IV, 13 
(archontat d’Agathoklès, 106-105. Cf. IG, IT?, 4, 1, p. 22). 

L. 10. L’éphèbe est connu par P, III, 22. Sur ce person- 
nage qui fut aussi prêtre de Sérapis en 114-113 et polé- 


LISTE D'ÉPHÈBES ATHÉNIENS | dr 


marque en 96-95, cf. Roussez, BCH, 1. 1.. p. 314, n° 84: 
D nrunA4ts NPA D207; IG, II; 4, 1 ,;p..23: 

L. 11. Le nom de cet éphèbe est orthographié AivokAñs 
HP LP OS ACFANPA" Do. 

L. 12 Un Phanoklès de la même tribu est connu au 
ivesiècle. Cf. PA, n° 14049. Pour le nom du père, il semble 
qu'on ne puisse restituer que Tpwroy{[évous] : après le pre- 
mier 0, il subsiste l’extrémité de la haste horizontale supé- 
rieure d’une lettre qui ne peut guère appartenir ici qu à 
un Ÿ. 

L. 13. L’éphèbe est connu par P, II, 44. Cf. NPA. p. 168. 

L. 15. Cet Aristonikos mentionné aussi dans P, I, 23, 
fut nuôaiorns mais en 138-137 (archonte Timarchos). 
Cf. Fouilles de Delphes, III, 2, 11, 1# et NPA, p. 30. 

L. 16. Dans P, III, 18, il faut, semble-t-il, restituer le 
nom de cet éphèbe [Teïîlois fi] — — bien que la copie de 
Colin indique une lacune de six lettres avant -o1. 

L. 17. Deux restitutions sont ici possibles : Anu[ñTtpioç 
An]-— — (P, 11, 19 — NPA, p. 48) ou Anulayopas EùBudouou] 
(P, II. 48 — NPA, p. 41) : les vraisemblances sont en 
faveur de la seconde; ce Démagoras est le seul des deux 
pour lequel nous soyons sûr qu’il appartenait à la tribu 
Hippothontis. Cf. PA, n° 5569 avec la restitution de NPA, 
1. 1. Du reste, on croit distinguer sur le marbre l’extré- 
mité supérieure d’un à après le pu. 

La liste de Delphes comprenait 69 noms; la nôtre en 
ajoute 15 nouveaux, ce qui porte à 84 au moins le nombre 
des éphèbes de 128-127. 


PAUL GRAINDOR. 


? 


a ren 7 


1 AN ENRS -| AE CO RTS RAI UE PAL nt ü VE 


Le" Ê £ L : f L ny L 
à Pi } TTA 11 , a : L 
Cv RE , ina à L , SA 
0 (1 Ç 4 : » | { LU 
* 


À SEE A: NS LORS: Lei sa D LDH sinus 
| L "rt! &: {1 EN nu 

68% 1 “ii NX TESEE \yan 

sfhfrova\ SHEpTaUELrEON ” St Vus! Ji ai 


À A | ML TEA “toupei 


; "t: En À 4 Th :e ni * | LT 
He MENTON 89 HOT DOM ET EM rohnitét LG 
= gi 0] te a. ‘ 
aldinss 1 ,e4it DOS P AA TER su ni à LAS EAN 


“OT ROIUN idee v3! YorwQ (tÉ 1143 1 ÉF#er #84 À te 
PA, TE F IQ PONT spl ira NE re EUR QUE QUE ” 3” 



































Se Lt rade SP ATEN" At ONE Ale D sutti ‘tram 
4 ua f rs ‘pet :. h 
à . He | 
HU LE EEE ON ET RME T'ITHO ARS shrtps fr 5 
Ù PÉreh fadirt SMIOUMOT DPI UE AUPELA vu n 
= tx TSI l'E ei UE #6 rh = ü 4 rs » arr "Sftruls vi " 
DÉQLRTT da Pt MER CET 2 AE A 

s) rather Ma fdator: IST ATEN sntitt À 


LA 


“os dl pe RE D vUET ME or 
“jn-dagu se uarital pie sue trop n it 
DOTE > malien it HN Lie: ne rit CE PA 
k \# . ù 

vo OUVRE spires re OLA Fu 1) 1 
0 Jtos eranelonenetieur Se RUE 4 = “A 
ul SD Hire N FEES j AREA nÉs LE Ce DUO 08 TI PTE 
vhsrefru aara Pons Lili Marre ATX MT REE ki: 
DL bare ae ot nie HUE LES ONMENNINRES 
à L edrén 07 né ao tels OUT 

g pts FAN 

4 SE SO ENT ETS TIOE 

59 060 8 emo 6 inorq ion eu EatE SIN 
trot ST TO CPP NT OS TO INO SNUXE 07 LEP ft 


"122 t144 Pr 20 4 
IL T0 'uf : EE LE Lei ( 


r- 


UCIAT 


DPPATET: 





L'emplacement 


de la bataille de la Sambre. 
(57 avant J.-C.). 


Où les Belges ont-ils été vaincus par les Romains ? 

Telle est la question qui préoccupe, depuis des siècles, 
le monde historique, sans que jusqu’à ce jour, on soit 
parvenu à lui trouver une réponse satisfaisante. Celle-ci, 
d’ailleurs, ne pourrait être donnée avec quelque possibilité 
de rallier tous les suffrages, que moyennant une concor- 
dauce parfaite des lieux présumés avoir été le théâtre de 
la bataille, avec le texte des « Commentaires de la Guerre 
des Gaules » de Jules César, seul document authentique 
que nous ayons là-dessus. Interrogeons-le donc, mais 
sans parti pris, à l'encontre de certains historiens locaux 
de la Sambrie, torturant ce texte pour étayer leur thèse. 
: Après avoir raconté sa marche triomphale à travers la 
majeure partie de la Gaule, le général romain nous dit 
qu'ayant reçu la soumission des Ambiani, il s’informa 
auprès d’eux du caractère et des mœurs des Nerviens ; on 
lui apprit qu'ils ne permettaient aucun accès chez eux au 
commerce étranger ; qu’ils rejetaient l'usage du vin et des 
autres superfluités propres à énerver les âmes et affaiblir 
le courage; qu'ils étaient remplis d’indignation pour la 
conduite de leurs frères du midi(!)}, auxquels ils repro- 
chaient de s’être làchement donnés aux Romains et d’avoir 
ainsi renoncé à la valeur de leurs pères; qu’enfin, ils 
avaient résolu de n’envoyer aucun député au conquérant 
et de n’accepter la paix à aucune condition. César, acculé 
ainsi à la nécessité de leur faire la guerre, part avec huit 
légions à la rencontre des Nerviens et de leurs alliés. 


(4) Rémois, Trévires, etc. 


20 G. BOULMONT 


Après trois journées de marche sur les frontières méri- 
dionales de la Nervie, César, parvenu apparemment aux 
environs de Rance ou de Sivry, apprend, d’indigènes 
faits prisonniers en cours de route : 1° que la Sambre 
n'était qu'à dix mille pas (environ 15 kilomètres) de là, 
et que les Nerviens, réunis aux Atrébates et aux Véro- 
mandois, leurs voisins, s'étaient postés de l’autre côté 
de la rivière, pour y attendre l’armée romaine; 2° que les 
Atuatiques étaient en route pour les rejoindre; 3° que les 
femmes et tous ceux que leur âge rendait inutiles, avaient 
été placés dans un lieu sûr, défendu par des marais, et 
inaccessible à une armée (!). 

César envoie immédiatement une reconnaissance, ayant 
à sa tête quelques centurions, à la découverte du campe- 
ment de l’armée des Belges, avec mission de choisir, à peu 
près en face, l’endroit le plus avantageux pour y camper 
lui-même. Il nous décrit comme suit l'emplacement choisi : 
« C’était une colline qui, depuis son sommet, s’abaïssait 
régulièrement vers la Sambre. Sur le bord opposé s’éle- 
vait une autre colline, ayant une même déclivité. Son 
versant inférieur était nu et découvert et aboutissait à la 
rivière par une plaine d'environ deux cents pas; mais le 
haut était garni de grands arbres, dont le feuillage épais 
arrêtait la vue et empêchait de découvrir ce qui s’y passait. 
Au dedans de ces bois, les ennemis se tenaient cachés (?) ». 

Malgré la clarté apparente de ce texte et après tant de 
publications consacrées à ce sujet, il existe une telle diver- 
gence de vues entre celles-ci, que les historiens les plus 
autorisés de notre époque en sont encore à se demander 
en quel endroit précis a dû se dérouler le drame de la 
bataille de la Sambre où faillit sombrer la fortune de 
l’heureux conquérant des Gaules. 

En effet, sans tenir compte de ceux qui, comme Namèche, 
se bornent à mentionner les opinions en cours, les uns, à 


(1) César, IL, XV-XVI. 

(?) Collis, ab summo æqualiter declivis, ad flumen Sabim, quod supra 
nominavimus, vergebat. Ab eo flumine pari acclivitate collis nascebatur, 
adversus huie et contrarius, passus circiter ducentos, infima apertus, a 
superiore parte silvestris, ut non facile introrsus perspici posset. Intra eas 
silvas hostes in occulto sese continebant (César, Il, XVIII). 


BATAILLE DE LA SAMBRE a 


la suite de Des Roches (1) et de Dewez (?) et plus récem- 
ment de Kaisin (*)}, Gantier (4), etc., placent encore le 


s 


théâtre de cette bataille à Presles et aux alentours; 
d’autres, à l’exemple de Baert (5), Van der Elst(6) et 
Wauters (7), adoptent, plus ou moins timidement, l'opinion 
que cet événement mémorable a dû avoir lieu entre Thuin 
et la frontière française; d’autres (et ce sont les plus 
nombreux) croient devoir s'arrêter à Haumont, opinion 
émise dès le xvir siècle par les pères Bouchez (5, et 
Ruteaux (?), reprise au xvrri* siècle par le père Wastelain (10), 
puis préconisée au xix° siècle par le général Renard {ft}, 
Moke (!?), Schayes (!3) et les auteurs français, comme le 
général de Creuly, Dinaux, Piérart, Napoléon III, etc., 
plaidant tout naturellement pro domo, s’évertuant à situer 
sur les bords de la Sambre française le théâtre de la 
bataille où s’effondra l'indépendance de la Belgique (14). 

Cependant, cette question est-elle réellement insoluble ? 
Une exploration plus attentive des terrains qui ont pu être 
le théatre de la bataille, ne peut-elle servir de base à une 
nouvelle hypothèse, plus vraisemblable que celles émises 
jusqu'ici ? Nous avons osé le croire. 


(4) Des Rocnes, Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens, édition de 1787, 
II, 287. 

(2) Dewez, Bull. de l'Ac. Roy. de Belg., année 1820, IE, p. 237; Hist. géne- 
rale de la Belgique, édit. 1826, p. 148. 

(3) Kaïsin, Doc. et Rapp. de la Soc. arch. de Charleroi, 1903, t. XXVI. 

(4) GaNTIER, La Conquête de la Belgique par César, 1882, p. 107. 

(5) BaErr (d’après Roulez), Mém. sur la Camp. de César, 1833, p. 58. 

(5) Van per ELsr, Doc. et Rapp. de la Soc. arch. de Charleroi, t. I, p. 119. 

(7) Waurers, Nouvelles études sur la Géogr. anc. de la Belgique, 1867. 

(S) Ecmius Buceri. Belgium rom. eccles. el civile, 1655, p. 612. 

(*) RurTeaux, Annales de la province de Haynau, 1648, ch. VI, p. 33. 

(10) WaAsTELAIN, Description de la Gaule Belgique, 1751, IV, p. 20. 

(11) Renar», Histoire politique et militaire de la Belgique, 1849, T, p. 414. 

(2?) Moke, La Belgique ancienne et ses origines, 1855, p. 172. 

(15) Scnaxes, La Belgique et les Pays-Bas, avant et pendant la domination 
romaine, 1858, 1, p. 349. 

(44) Comme échantillon de trop ingénieuses étymologies, consulter : V. GAn- 
TIER, La conquête de la Belgique par Jules César. Buxelles, Office de Publicité, 
1832, notamment p. 161. — J. Kaïsin, Notre opinion sur la Bataille de Presles 
— tome XXVI des Documents et Rapports de la Société archéologique de Char- 
leroi. — Prérart, Recherches historiques sur Maubeuge et son canton, 1851, 
p. 410 et suiv. — Mixox, Haumont el son abbaye, 1895, chap. VE. 


22 G. BOULMONT 


Après nous être astreint à prendre connaissance de 
tout ce qui avait été publié jusqu'ici d’'important sur la 
matière, et avoir entrepris de contrôler sur place les con- 
clusions des auteurs consultés, il nous est bientôt apparu 
que l’une des principales causes de leurs divergences de 
vues devait être la désinvolture avec laquelle la plupart 
d'entre eux placent l2 camp des Belges sur la rive gauche 
de la Sambre ou sur la rive droite, selon les besoins de la 
thèse qu'ils entreprennent de défendre. Citons. entre 
autres, notre savant historien militaire, le général Renard, 
qui, pour avoir exploré, semble-t-il, beaucoup trop super- 
ficiellement la haute Sambre belge ({) et adopté alors la 
localité d'Haumont comme l’endroit témoin de cette lutte 
gigantesque, est forcément amené à y placer ensuite, en 
dépit de la logique la plus élémentaire (ainsi que nous le 
prouverons bientôt) le camp de Boduognat sur la rive 
droite de la Sambre. Celle-ci, en effet, non pas à Haumont 
même, mais un peu en amont, au village de Saint-Remy- 
Mal-Bâti, est la seule rive qui, dans cette région, rappelle 
quelque peu la description que César nous fait des abords 
du camp belge, menant en pente très douce à la rivière. 

Quelques années plus tard, le général de Creuly, dans 
sa Carte des Gaules, et à sa suite, Napoléon III, dans son 
Histoire de Jules César, firent leur la thèse du général 
Renard, si flatteuse pour l’amour-propre national fran- 
çais (?). 

Ce procédé est évidemment très commode, mais il est 
peu conforme aux règles de la saine critique historique. 

Avant toute autre recherche, il fallait déterminer au 


(*) ReNaRp, 0p. cil., 1, page 416 (en note) : « J'ai examiné avec soin (dit-il) 
les rives de la Sambre au-dessous de Charleroi, et j'aftirme qu'aucune localité 
ne répond à la description qu'en font les « Commentaires »; la nature des 
rives s'oppose également à ce que l’action ait eu lieu en amont de Charleroi. » 

(?) Pour donner plus d'autorité à cette thèse, Napoléon IIT, de concert avec 
la Commission de la topographie des Gaules, sa très humble servante, fit insérer 
cette note au Moniteur du 25 novembre 1861 : « M. le général Creuly et 
M. Bertrand ont suivi en barque et exploré le cours de la Sambre dans toute 
l'étendue du pays indiqué par le texte. Il résulte de leur rapport que les 
hauteurs d'Haumont répondent seules aux particularités consignées dans les 
Commentaires. Frappée des raisons qu'ils ont fait valoir, la Commission a 
placé à Haumont le lieu de la bataille. » 


BATAILLE DE LA SAMBRE 23 


préalable sur quelle rive de la Sambre devait logiquement 
se trouver le camp de Boduognat, César n'ayant pas jugé 
expédient de nous l’apprendre. 

Or, il est généralement admis aujourd'hui que les Ner- 
viens occupaient la contrée s'étendant entre la Sambre 
et l’Escaut, et que l’Entre-Sambre-et-Meuse n’était habitée 
que par certains de leurs clients, tels que les Gordunes, 
les Lévaques et les Centrons. D'autre part, nous savons 
par César lui-même qu'à son approche les Belges avaient 
caché les membres faibles de leurs familles en un refuge 
sûr, entouré de marécages et inaccessible à une armée 
ennemie. 

Comment done pourrait-on concevoir que Boduognat, 
au lieu de barrer aux envahisseurs de sa patrie les passages 
pouvant donner accès au refuge susdit, ait fixé son 
campement sur la rive droite de la Sambre, laissant ses 
ennemis maîtres de la rive gauche et libres d'évoluer ainsi 
à leur guise, en pleine Nervie, au nord de la Sambre ? 

Le simple bon sens s'insurge contre une telle supposition 
et nous oblige à admettre que le camp de Boduognat ne 
pouvait se trouver que sur la rive gauche de la Sambre. 

D'ailleurs, si on s’obstinait à vouloir situer ce camp sur 
la rive droite, comment serait-il possible d'expliquer que 
les Tréviriens, ayant, ainsi que le raconte César, fait 
volte-face à la vue des Nerviens maîtres momentanés du 
camp romain et de la panique des légionnaires, aient pu 
s'enfuir vers leur pays (domum contenderunt, dit César) ? 
Si le camp romain, envahi alors par les Nerviens, se fût 
trouvé sur la rive gauche, il est de toute évidence que la 
fuite des Tréviriens n’eût pu s’effectuer que dans la direc- 
tion de Mons-Bavay. 

Dès lors, notre tache se simplifie singulièrement; elle 
se réduit à rechercher quel est le site de la rive gauche de 
la Sambre se rapportant le plus exactement à la description 
minutieuse que César nous faite des abords du camp belge. 

Or, si étalant sous nos yeux les cartes de l’Institut 
cartographique militaire belge donnant le cours de la 
Sambre de Jeumont à Charleroi, nous y examinons la 
topographie de la rive gauche, nous n’y rencontrerons 
qu'une seule localité riveraine, Sars-la-Buissière, nous 


24 G. BOULMONT 


présentant un site absolument conforme à la description 
que fait César de l'assiette et des abords du camp de 
Boduognat. 

En effet, dès qu’on a franchi le pont de Sambre (ancien 
gué) à Fontaine-Valmont, distant de quelques pas de la 
station du chemin de fer dans la direction de l’est, on se 
trouve, sur le territoire de Sars-la-Buissière, à l'entrée 
d’une belle plaine herbeuse, d’une largeur moyenne d’en- 
viron 300 mètres, équivalant aux deux cents pas romains 
des « Commentaires ». De forme presque demi-cireculaire, 
la plaine se déploie entre la rive gauche de la Sambre et 
le pied de la colline dont le sommet, ? kilomètres plus 
haut, a dû supporter le camp de Boduognat. Cette colline, 
en pente très douce et régulière (inclinaison moyenne de 
0%03 par mètre), commençant à la courbe de niveau de 
193 mètres, s'élève jusqu’à 188 mètres d'altitude. Au delà 
de la ferme du Sarty, après un léger rétrécissement invi- 
sible à l’œil et à peine appréciable à l’aide des instruments 
de géodésie, la plaine ne tarde pas à prendre une assiette 
plus caractérisée encore sous forme de prairie basse et 
submersible, indiquant nettement par ses limites celles 
des débordements de la Sambre à la mauvaise saison, 
lesquels couvrent ainsi alors exactement les deux cents pas 
(passus circiter ducentos) des « Commentaires ». Enfin elle 
vient expirer aux pieds de l'oppidum de Grignart, recon- 
naissable aujourd’hui de très loin grâce à son châtelet 
moderne, porté par les soubassements rocheux de l’antique 
forteresse à 150 mètres d'altitude. 

Aussi, du haut de cet observatoire antique, on domine 
tout l’ensemble du champ de bataille préconisé par nous, 
De cet oppidum, dont l'existence au temps de la conquête 
de la Belgique, attestée par des fouilles heureuses ({) ne 
peut être mise en doute, une cinquantaine d’habiles tireurs 
pouvaient faire victorieusement obstacle à tout essai de 
passage de la Sambre par les Romains. en les prenant en 
enfilade, aussi bien en amont qu’en aval, tandis que le gros 
de l’armée belge. dissimulé à la lisière des bois dorainant 


(1) Documents et Rapports de la Société archéologique de Charleroi, t. XVUIE, 
p.377 et suiv. — Annales du Cercle archéologique de Mons, 1. HE, p. 397. 


_— 
n 
s 


SAMBR 


TAILLE DE LA 


B: 











(27g-2u/70, JuRuTurT AR “or! 1 à ù —— De. 
De: 0 ‘12 à » <- 
EU, Die Aa) LT Frms ” => 
S 4 on ail ADNE TV dE LS 257 
NAN 22% 2 7 : (@) \ oe NS ES Sr S 
ANT Æ2 “?)07 a) 2 ( s LR da 


je Pr 1 Ê > # x UT = ME: 
tj nie = 2 UT En. 
HIMAPR À PF oO 4 + LT 0 PP MORTE? 44 a 
LS NUL ' ;  % EG EU: NS - - X 

; il We Ne Ÿ Z { 2 = ÈS À S 






























L . = 
È Z # À ne ÈS Sas 
De OÙ 47 4 AN AR TT ESS 
7 f u :! L * à a Tree - S 
fi S \\ 20 ' Ÿ ' ù Ai SR RM — RS 
À p # CYR ns 
e “ < SSÈ 
Ê Fes agi \°- NES 
’ * N EP NCR À NES 
1] 7 42 0 Ne Le à É ASS : 
QUE DSS FE SEÈM Fe EN 
= ‘ ER 
++ NL 
Mae , \ \ 
“3 . La Fe É 
2158 ! À > 
1 8 
, & 





NS 
Eee us 
FRANS ESS 


ER TS 





d 
Es N AV AT 


FRA 
UTP 








S 


\ 
As À SUN RS 


SANS 
SE ÿ 
ÿ N 





sta al 

CYR GNVÉD 
40138 
ep UE: 


NOT ns RC T IE A 

; x. AC \ : es ces AR Ex 
Ko: 1 (ns ee Pos, À a Q 
JAN Au 7 DM) ME - , TS _ ÿ D 
SA  : L'PR NN Lis. 0e LP ae PR 2 
mt 7 ZW rap enTua fe og10/f 5/04 NTIONETS 


=" 








eq DZ 


, 


. } PA AT: 





S 2/72 0008 Pod o0r ef eg vof reg vos e4 ef où 07 °°// PT 
79 007} 008] T°" e)/7770 402 SRPUIT 11 isonep quo u *dIDII2/ 
LS °v0w0s vole T | 7m2jur0 Ur 47 Minthnnil sure 70 2577 
VPS29 1° soude p f 404 D 2SSSJ/P 


JHINVNVS V7370 J77/VLV4 V7 34 7184V29 





26 G: BOULMONT 


la rive gauche (vers la eourbe de 150 mètres), les accable- 
rait de face, sous une grêle de traits meurtriers. 

Cette masse rocheuse, taillée à pic, haute de près de 
30 mètres et absolument inaccessible du côté de la rivière, 
formait done comme le point central de résistance des 
4 à » kilomètres du front de bataille des Belges, au pied 
de leur campement du Grand Fayt, vaste plateau de plus 
d’un kilomètre carré, à présent déboisé, couvert alors, 
ainsi que son nom actuel l’indique, de grands hêtres, au 
travers desquels nos pères pouvaient aisément apercevoir, 
sans être vus, tout ce qui se passait dans le camp romain. 
Encore aujourd’hui, de l’emplacement du camp belge, 
où cent mille hommes avec leurs chariots devaient être 
à l’aise, on domine complètement le pays, de Merbes-le- 
Château à Thuin, ainsi que le cours de la rivière, décri- 
vant ses méandres à une soixantaine de mètres au-dessous 
du spectateur. Il eût été difficile aux Belges de faire un 
meilleur choix. 

En considérant cet ensemble il serait injuste de ne pas 
reconnaître à nos pères un certain génie militaire. Et 
mème, on est porté à se demander ce qui serait advenu, en 
l’occurrence, de l’armée romaine, si les Belges, au lieu 
d'attaquer sur un renseignement erroné, fourni par des 
transfuges, s'étaient bornés à utiliser d'aussi remarquables 
moyens de défense ? 

Quant au silence de César sur l’oppidum en question, il 
s'explique par la simple raison que celui-ci n'ayant pu 
jouer aucun rôle dans la bataille, le général romain, 
toujours si concis dans les relations de ses campagnes, 
n'avait pas plus de motifs de le mentionner que celui de 
Thuin, son puissant voisin, dont l’existence à cette époque 
paraît également certaine, Quoi qu'il en soit, une fois bien 
fixés sur l'emplacement du camp belge, tel que César le 
voyait et décrivait du sien, rien de plus facile pour nous 
que de situer le camp romain, car il ne pouvait se trouver 
qu’en face (adversus et contrarius, dit César), donc sur 
Fontaine-Valmont, Leers-Fosteau, Ragnies ou Biercée. 

Le site de Fontaine-Valmont, à cause des escarpements 
de la « Rochelle » (carrières) ne se prête pas à la concor- 
dance avec les données des « Commentaires »; le plateau 


BATAILLE DE LA SAMBRE 21 


de Leers-Fosteau étant à une altitude moyenne de 190 mè- 
tres ne s’y prête guère davantage, à cause de sa trop grande 
élévation, car César, en racontant la prise sans coup férir 
du camp belge par Labiénus, nous apprend qu’il était plus 
élevé que le camp romain (ex loco superiore, César, IT, 
xx vi). L’altitude de celui-ci doit donc être tout au moins 
inférieure à 185 mètres. De plus, les versants menant de là 
à la Sambre n’aboutissent guère à la rivière que par des 
escarpements plus ou moins raides, se dressant entre les 
gués de Pommerœulx et de Fontaine-Valmont. Seule, la 
déclivité partant du plateau de Bois-de-Villers à Biercée, 
dont l’altitude ne dépasse pas 175 mètres, descend à la 
Sambre par une pente presque insensible, tellement douce 
et régulière (elle n’est au plus que de 3 centimètres par 
mètre, en moyenne), qu’elle finit par s’y confondre avec la 
rive droite, réalisant ainsi, point pour point, le site du 
camp romain décrit par César ({). 

D'ailleurs, dès lors que les Belges étaient campés au 
Grand-Fayt, les Romains ne pouvaient guère faire choix 
d'un meilleur emplacement pour leur camp. Outre l’accès 
si facile à la rivière, laquelle leur servait d'autre part de 
fossé de défense extérieur vers l'occident, il étaient pro- 
tégés au sud-ouëést par le Ravin de Pommerœulx et au 
nord, par le Ravin du Ry de Villers, tous deux assez 
profonds et escarpés., du moins aux approehes de la rivière. 
De la sorte, leur camp n’était guère accessible de plain- 
pied que du côté méridional, c’est-à-dire du plateau de 
Leers-Fosteau, témoin de leur arrivée et par où ils atten- 
daient leurs bagages, ainsi que les deux légions de l’arrière- 
garde, et du plateau de Ragnies ou côté sud-est, qui vit 
l’arrivée, puis la volte-face, de la cavalerie trévirienne. 
Quant à la bataille elle-même, voici, à notre avis, Comment 
elle a dû se dérouler. 

L'armée romaine, composée des six légions d’avant- 
garde, s'arrêta sur le plateau de Biercée au lieu-dit « Bois 
de Villers », à une distance d'environ ? kilomètres de 
la Sambre et de 4 kilomètres du camp de Boduognat, 
sur la situation duquel elle n’avait, semble-t-il, qu’une 


(1) Collis ab summo œqualiter declivis ad flumen Sabim.…. vergebat, 


28 G. BOULMONT 


idée très vague. Aussitôt elle se mit en devoir de 
construire les retranchements, sans trop s'inquiéter de la 
présence d’un ennemi qu'elle ne connaissait d’ailleurs que 
fort imparfaitement et qu'elle avait vu se retirer loin d’elle 
sans combattre lors de la grande coalition belge si triste- 
ment avortée. Aussi, tous les légionnaires mettaient-ils la 
main à l’œuvre et, tandis que les uns maniaient la pelle, 
les autres s’éloignaient sans appréhension pour confec- 
tionner les fascines, Chacune des quatre faces retranchées 
de l'emplacement rectangulaire du camp devait être con- 
struite par deux légions : la face occidentale ou centre 
regardant la Sambre, par les 8° et 11° légions ; celle du sud 
ou aile gauche, commandant au sud-ouest le haut du ravin 
du Pommerœulx et dominée elle-mêne au nord-est par le 
plateau de Ragnies, par les 9 et 10° légions ; celle du nord 
ou aile droite, défendue par le ravin de Villers, par les 
7e et 1% légions; enfin, l’arrière du camp ou côté oriental, 
vers le haut de la colline, par les deux légions escortant 
les bagages, dont les premières voitures commencçaient en 
ce moment à apparaître sur les hauteurs de Leers-Fos- 
teau. 

Pendant l'exécution des travaux préliminaires d'instal- 
lation du camp, des avant-postes de cavalerie, belges et 
romains, escarmouchaient entre eux sans grand résultat, 
tant dans la prairie large d'environ 300 mètres, citée 
plus haut, que sur les parties inférieures, plus ou moins 
découvertes et buissonneuses, du versant oriental des 
hauteurs supportant le vaste camp belge. De là-haut, 
Boduognat, posté sans nul doute au point culminant 
(188 mètres), suivait attentivement les mouvements des 
Romains, tandis que ses braves attendaient ses ordres, 
massés à la lisière de la forêt (vraisemblablement aux con- 
fins sud et est du versant boisé, à l’altitude de 1950 à 
160 mètres), rangés en trois corps de bataille, savoir: les 
Atrébates à droite, au nombre d'environ 15,000, les Véro- 
mandois au centre, comptant environ 10,000 combattants, 
et enfin, à gauche, le corps beaucoup plus nombreux et plus 
aguerri des 60,000 Nerviens. 

Dès que Boduognat à aperçu les premiers bagages de 
l’arrière-garde, dessinant leur silhouette animée sur le 


BATAILLE DE LA SAMBRE 2Q 


point culminant de Leers-Fosteau, dit aujourd'hui le 
Tourne-bride, à 193 mètres d'altitude, il s’empresse de 
donner le signal impatiemment attendu, auquel de bruyan- 
tes clameurs font immédiatement écho de tous les points 
du vaste campement sous bois, à la grande stupéfaction 
des Romains, qui croyaient les Belges beaucoup plus 
éloignés et les voient apparaître en ordre de bataille quit- 
tant la lisière de la forêt, sur un vaste front s'étendant de 
La Buissière à Lobbes. Le corps des Veromandois s’élance 
d’abord, couvrant toute la partie du versant inférieur 
sud est comprise entre les gués du Pommerœulx et de 
Grignart, refoulant les éclaireurs romains, tant cavaliers 
que fantassins, aventurés sur le terrain découvert et dont 
la masse sans nul doute s'enfuit pêle-mêle, dans la direction 
des gués de Fontaine-Valmont et du Pommerœulx déjà 
connus d'eux. Quant à leurs vainqueurs, dédaignant de 
s’attarder aux passages guéables et traversant la Sambre 
à la nage, malgré ses trois pieds de profondeur, sans 
rompre leur ordre de bataille, ils abordent de plain-pied la 
rive opposée et v reprennent leur course sur le terrain 
également en pente très douce du territoire de Ragnies, 
menant à Biercée et au centre du camp romain. Ils tom- 
bent sur les soldats des 8° et 11° légions, occupés à leurs 
travaux de retranchements. jetant ainsi tout le camp 
dans un désarroi indescriptible. César peint cette course 
des premiers bataillons belges par ces mots si éloquents 
dans leur extrême concision : « Presqu’au même instant 
nous les vimes à la lisière du bois, dans le fleuve et sur 
nos bras » {1). C’était surtout exact pour les Veromandois 
et les Nerviens, ainsi qu’on le verra plus loin. 

Quant aux nombreux bataillons nerviens, ils étaient 
massés en bon ordre aux confins orientaux de la forêt 
(apparemment, comme on l’a dit plus haut, le long de la 
courbe de niveau. de 150 mètres), depuis les abords de 
Grignart jusqu'aux limites de Lobbes. Mieux rompus aux 
fatigues de la guerre, ils avaient assumé la tâche la plus 
difficile, qui était d'attaquer l'aile droite et l’ensemble du 


(1) Incredibili celeritate ad flumen decucurrerunt ut pœne uno tempore et 
ad silvas, et in flumine, et jam in manibus nostris hostes viderentur (CÉSAR, 
11, XIX). 


30 G. BOULMONT 


camp romain. Au signal donné, ils se ruent vers la Sambre, 
dégringolant à travers les escarpements broussailleux de 
la rive gauche, traversent la rivière à la nage, sur un front 
de plus d’un kilomètre et, toujours observant leur ordre de 
bataille et sans presque ralentir leur course, si du moins 
on s’en rapporte au récit de César (1), ils escaladent les 
hautes rives (altissimas ripas) opposées. 

De là, ils s’engouffrent dans le Ravin du Ry de Villers, 
où, se joignant à ceux d’entre eux qui les y ont précédés 
en amont et sans se soucier de l’extrême désavantage de 
la position (locum, iniquissimum locum), ils s’élancent 
impétueusement sur le versant opposé à l'attaque de l’aile 
droite romaine, culbutant au passage les 7° et 19° légions. 
Alors, tandis que celles-ci, en plein désarroi, sont tenues en 
respect par une partie d’entre eux, le gros de leurs com- 
battants se précipite dans l’intérieur du camp dont il fait 
le maïgre pillage, chassant ses nombreux gardiens, qui 
s’enfuient dans toutes les directions. Ceux-ci communi- 
quent leur panique à la cavalerie trévirienne arrivant 
précisément offrir son concours à César et qui, croyant la 
bataille perdue pour les Romains, prend la fuite vers la 
Trévirie, annonçant partout sur son passage que les armes, 
jusque-là invincibles, du Peuple-Roi ont subi un désastre. 

De fait, toute autre armée que l’armée romaine com- 
mandée par César eût été perdue. Mais ici brillèrent dans 
leur plein éclat les vertus guerrières des dernières milices 
de la République romaine. 

Les officiers et les soldats ne se dounent point la peine, 
ceux-là de revêtir les insignes de leur grade, ceux-ci de 
mettre le casque ou d’ôter l'enveloppe des boucliers. Les 
premiers arrivés se placent sous les enseignes qui se 
trouvent à leur portée, et ainsi se forment instantanément 
des cohortes qui arrêtent enfin les efforts de l’ennemi. 

L'aile gauche est prête la première. Là se trouve la 
10° légion, que ses hauts faits ont rendue immortelle. Les 
Atrébates,surgissant du «ravin de Pommerœulx », fatigués 
de leur course plus longue et plus difficile que celle des 
Véromandois, arrivent par le « Bois Janot » en contre-bas 


(2) César, II, XXVIIT. 


BATAILLE DE LA SAMBRE 31 


de l'aile gauche romaine; les légionnaires, sur l’ordre de 
César, lancent leurs traits, chargent les Atrébates et les 
forcent à reculer peu à peu vers la Sambre. 

Quelle peut être la cause du retard des Atrébates dans 
l’attaque générale ? (1) 

Un coup d'œil jeté sur la carte va nous renseigner. 

Nous remarquons que, contrairement aux Véromandois 
qui, une fois la Sambre franchie, ne trouvèrent plus devant 
eux qu'une colline en pente presque insensible, les Atré- 
bates passant la Sambre à la nage, entre les gués de 
Pommerœulx et de Fontaine, se sont trouvés en présence 
de rives élevées, difficiles à escalader, sauf aux abords des 
gués. Il en était de même entre les gués de Fontaine et de 
La Buissière, notamment à la Rochelle. D'où retard inévi- 
table, surtout pour des hommes n'ayant pas l'endurance 
nervienne. Il se peut aussi que, prévoyant les difficultés 
d'escalade, bon nombre d’Atrébates aient préféré utiliser 
les chemins menant de leur camp aux gués de Pommerœulx, 
de Fontaine et de La Buissière pour aboutir au ravin 
de Pommerœulx, leur rendez-vous général. D'où retards 
encore plus considérables, suite de la marche en colonne. 

Les 8° et 11° légions du centre, surprises par les Véro- 
mandois au milieu de leurs travaux de terrassement, 
s'étant aussi reformées tant bien que mal, commencent 
déjà à tenir tête aux Belges et même à les faire reculer, 
quand César arrive au milieu d'elles. Ces légions, postées 
avantageusement sur une légère hauteur, presque égales 
en nombre aux assaillants, arrêtent ceux-ci et les forcent 
même à rétrograder jusqu’à la Sambre. Les Véromandois 
ne tardent pas à se voir refoulés sur le territoire de 
Ragnies ; mais là, ils font bravement volte-face et soutien- 
nent la lutte jusqu'au dernier survivant. Quant aux Atré- 
bates, placés dans une position désavantageuse, sur les 
pentes abruptes par lesquelles ils étaient montés à l’assaut, 
ils finissent par dégringoler suit dans le «ravin de Pomme- 
rœulx », soit sur les bords mêmes de la Sambre, qu'ils 


(1) César montre les Atrébates, surgissant tardivement en face des Romains, 
déjà ressaisis, rangés en bataille et les attendant de pied ferme, tandis 
qu'eux-mêmes étaient épuisés de leur course et hors d'haleine. Cursu ac 
lassitudine exanimatos (César, 1, XXII). 


3 


32 G. BOULMONT 


franchissent; les Romains les y poursuivent. Alors par- 
venus, semble-t-il, à la lisière du Bois de Malmarais auquel 
ils s’adossent au delà du Sarty, dans une position d’où ils 
dominent à leur tour quelque peu les Romains, ils recom- 
mencent la lutte, mais bientôt les survivants cherchent 
leur salut dans la fuite à travers ce qui porta, jusqu’à la 
fin du xvrri* siècle, le nom de « Bois de Malmarais », sur 
l'emplacement duquel se trouve à présent la vaste exploi- 
tation du « Sarty ». Labiénus, demeuré maitre du terrain, 
en profita, selon sa coutume bien connue, pour aller piller 
le camp belge, resté là-haut sans défenseurs. 

Pendant ce temps, à l’aile droite, les 7° et 12° légions 
n'avaient point repris leur ligne de bataille, lorsque les 
Nerviens, franchissant au pas de course le « ravin de 
Villers », surgirent devant elles, les rejetant sur le côté 
pour se frayer un passage vers le camp romain, rempli 
alors de valets et de conducteurs de bagages; une horrible 
mêlée s’ensuivit. Chose étrange, la victoire des légions du 
centre sur les Véromandois plaça l’armée romaine à deux 
doigts de sa perte. Leur marche en avant découvrait, en 
effet, le camp de César; les Nerviens s’empressèrent d’en 
profiter. Un secours inespéré vient pour quelques instants 
rendre l'espoir aux 7° et 12° légions; la cavalerie et l’infan- 
terie légère, chassées au début de l’action de la plaine de 
Malmarais, s'étaient ralliées en arrière des lignes et mar- 
chaient au secours de l’aile droite; mais devant l’impé- 
tuosité nervienne, ces troupes se dispersent de nouveau. 
Dès lors, la confusion règne sur la colline et dans le camp. 
L'armée romaine paraît être arrivée à sa dernière heure (1). 

César arrive en ce moment sur le lieu du combat, après 
avoir réconforté l'aile gauche et vu les premiers succès du 
centre contre les Véromandois. 

Les troupes reprennent courage; des renforts leur arri- 
vent. Ce sont d’abord les deux légions de la réserve 
escortant les bagages, lesquelles, attirées par le bruit de la 
bataille, ont hâté leur marche et apparaissent bientôt 
descendant le plateau de Leers-Fosteau, à proximité du 
camp, vers le haut duquel elles se précipitent au pas de 


(1) C’est alors qu’eut lieu la fuite de la cavalerie trévirienne. 


BATAILLE DE LA SAMBRE 38 


course, D'autre part, Labiénus, du camp belge (qui domine 
de 10 à 15 mètres le camp romain) voyant ce qui se pas- 
sait et s'était empressé d'envoyer au secours de César la 
légendaire 10° légion, dont l’arrivée à l’aile droite changea 
immédiatement l’état des choses. Enfin, la cavalerie 
romaine et toute l'infanterie auxiliaire, impatientes de 
réparer leur faute, reviennent au combat. 

La défensive romaine se transforme en offensive, refou- 
lant petit à petit les masses nerviennes, dans le vaste 
espace de terrain incliné, compris entre l’aile droite du 
camp romain et le « ravin de Villers » et quiporte aujour- 
d’hui le nom de « Champ du Charnia ». 

Cependant les Nerviens ne songent point à se dérober 
par la retraite à une lutte devenue désormais inégale. Des 
rangs nouveaux surgissent des profondeurs du ravin de 
Villers. Les cadavres de leurs compagnons servent de 
marchepied aux survivants, lesquels du haut de ce rempart 
de corps, renvoient aux légions les traits dont celles-ci les 
accablent. Sur ce champ de bataille, où, d’après Dion 
Cassius (D. B., t. I, p. 496), les Nerviens étaient sans 
pareils au combat (ad pug'nam non pares) (!), plutôt que de 
prendre la fuite ils meurent comme les Véromandois, là 
où ils ont lutté. Ainsi la bataille se termine sur les confins 
actuels des communes de Biercée et de Thuin, après s'être 
déroulée d’abord sur le territoire de Sars-la-Buissière et 
Fontaine-Valmont, témoins de la défaite des Atrébates, 
de Ragnies, tombeau des Véromandois et de Biercée-centre 
(Bois-de-Villers) qui a vu la prise momentanée du camp 
romain par les Nerviens. 

Sars-la-Buissière, Fontaine-Valmont, Ragnies, Biercée, 
Thuin (confins occidentaux), Lobbes et La Buissière, 
forment le seul ensemble de localités de la Haute Sambre 
belge, susceptible de s’harmoniser avec la description du 
champ de bataille par Jules César. 

Si notre présente explication du texte des « Commen- 
‘ taires » appliqué à la topographie sambrienne, a l'honneur 


(1) Ils arrachent à leur vainqueur ce cri d'admiration : ut non nequidquam 
tantae virtutis homines judicari deberet ausos esse transire latissimum flumen, 
ascendere altissimas ripas, subire iniquissum locum ; quae facilia ex diffici- 
limis animi magnitudo redegerat (CÉSAR, IT, XX VIT). 


34 G. BOULMONI 


d'être admise, comme il y a eu plusieurs batailles de la 
Sambre, et que, par suite, il est utile de préciser le théâtre 
réel de celle qui nous occupe, il y aura évidemment lieu de 
décider par quelle dénomination il conviendra désormais 
de remplacer celles de « Bataïlle de Presles » ou de « Bataille 
d’'Haumont », trop légèrement adoptées. 

I1 est d'usage de caractériser une grande bataille en lui 
donnant le nom de la localité qui a été le foyer principal 
de l’action ou de son dénouement. Or, ici le plus fort de 
l’action a dû se passer au centre de Biercée(Bois de Villers) 
autour du camp romain, tandis que le dénouement ou 
l'effondrement belge eut lieu, selon nous, aux abords du 
Ravin du Ry de Villers, c’est-à-dire aux confins de Biercée 
et de Thuin. D'autre part, le petit village de Biercée, 
ancienne dépendance de la ville de Thuin, n’en fut séparé 
qu’au début du x1x° siècle, et Thuin y possède encore la 
majeure partie du « Charnia ». Cela étant, il paraît tout 
naturel de dénommer ce grand drame historique Bataille 
de Thuin-Biercée, ou plus simplement Bataille de Thuin. 


G. BouLMonT. 


La « Romania » danubienne 
et les barbares au VI siècle 


Une théorie courante, qui s’est répandue depuis un siècle 
et qui à été soutenue par des savants éminents, jouissant 
d’une très grande réputation universelle, prétend que la vie 
des sociétés européennes, surtout de celles de l'Occident, 
a été renouvelée dans ses éléments les plus fondamentaux 
par l’apport de l'invasion germanique. Rome, profondé- 
ment démoralisée et déchue, avec ses institutions flétries 
et ses mœurs gangrenées, n'aurait pu donner que la pous- 
sière mouvante de sa population incapable de s’administrer 
et de se défendre, pour qu’elle soit de nouveau réunie dans 
des formes stables par la volonté des chefs barbares, par 
la réglementation précise des envahisseurs, qui auraient 
été des innovateurs conscients et persévérants dans leurs 
efforts. 

L'auteur de la « Cité antique », qui, en découvrant les 
principes de la vie religieuse et politique des anciens, 
avait posé aussi les bases d’une nouvelle histoire du 
moyen âge, avait vainement invoqué des témoignages 
indiscutables et présenté des arguments d'un grand poids 
pour démontrer que la société romaine était parfaitement 
viable et nullement inférieure sous le rapport moral aux 
“maîtres imposés par le hasard et que, quant aux nouveaux 
établissements, ils peuvent être expliqués par le déve'oppe- 
ment des situations historiques et par l'intervention de 
circonstances bien connues. On s’en tenait à une conception 
qui avait l'avantage de donner une seule explication, d’ap- 
parences assez plausibles. 


36 N. JORGA 


Dans une série d’études en roumain sur le moyen âge (1) 
nous avons essayé de prouver que ce qui forme l'originalité 
de cette longue époque, du plus haut intérêt, vient des 
éléments mêmes que Rome lui avait fournis, que toutes les 
transformations sont dues à l'action des facteurs formés 
dans l'ancien monde romain, que c’est la « cité antique.» 
dans son dernier stade qui a donné d'elle-même les carac- 
tères distinctifs de la nouvelle ère. 

Ayant repris tout dernièrement une partie du sujet à un 
autre point de vue (*}, nous avons présenté des chapitres 
d'histoire universelle, à partir du 1v° siècle, dans lesquels 
on voit qu'après la retraite des légions, après la décadence 
complète du régime centralisé, après la disparition de ce 
qu’on appelle l’ « Empir>: romain d'Occident », les pro- 
vinces, les régions, les villes continuèrent à vivre à l’an- 
cienne manière, réduisant bientôt les Germains, venus par 
bandes et établis au hasard de leurs migrations, même 
sous les rois de conquête, à la situation de disciples à 
l'égard des évêques, vrais princes entre les murs de leurs 
résidences, de respectueux exécuteurs des conseils donnés 
par ces riches sénateurs qui pendant longtemps furent la 
classe dirigeante des cités. Et, en même temps, les popu- 
lations romanes, en Gaule aussi bien qu’à Rome, dans 
l’ancienne capitale de même que sur la rive de l'Adriatique, 
dans les vallées des Balcans, sur le Danube et dans les 
Carpathes, en Sardaigne, réduites à se protéger et à s’orga- 
niser elles-mêmes, s’érigèrent en démocraties populaires, 
ayant l’orgueil de représenter, devant un maître établi dans 
leur voisinage ou sur leur territoire même, des Romaniae, 
des pays de romanité nationale, dont le souvenir s’est 
perpétué dans les noms de la Romag'ne italienne, de même 
que dans celui des Roumanches alpins, dans celui des 
Romäni, des Roumains de la péninsule balcanique et du 
territoire de l’ancienne Dacie. 

Avec un puissant apport de vie paysanne, qui est d'autant 
plus naturel que la romanisation, d’après notre hypothèse, 


(1) Entre autres Histoire du peuple français, Bucarest, 1915 ; Papes et empe- 
reurs, Bucarest, 1919. 
(*) Orient et Occident au moyen âge, Paris, 1923. 


LA ROMANIA DANUBIENNE 37 


a été accomplie par des éléments ruraux ayant quitté 
l'Italie sans aucun mandat officiel et sans aucune protec- 
tion des armées, et que les indigènes dénationalisés avaient 
été des paysans ayant transmis à leurs descendants, sinon 
la même langue et le même nom, au moins les mêmes 
institutions et les mêmes coutumes, ces démocraties à 
base d'élection pour toutes les charges et les dignités, de 
l’évêque au dernier centurion et agent fiscal, ont donné à la 
nouvelle vie religieuse chrétienne un caractère archaïque, 
patriarcal, qui lui resta pendant longtemps et qui est 
reconnaissable dans les termes définitivement adoptés. 
Pour une partie de ces « Romani », d’une influence sur les 
barbares beaucoup supérieure à la valeur qui leur est 
attribuée par le wehrgeld, l'Église est, de la Sardaigne à 
la Rhétie et à la Dacie lointaine, la propriétaire autorisée 
de la basilique : baselg'ia, biserica. C’est entre ses murs 
que se concentre, se reconnaît et se développe une nouvelle 
conscience, qui n’est pas seulement religieuse, sous l'égide 
de cet évêque qui deviendra pour l'Occident un dominus, 
un domnus, comme les empereurs, et qui restera, dans la 
nouvelle dénomination slavone pour les Balcaniques et les 
Danubiens, un vladicä, un « dominateur ». 

Les nouveaux langages eux-mêmes prennent leurs 
contours dans cette atmosphère de démocratie à demi 
paysanne. Des changements sémasiologiques se dégage 
une âme toute simple, d’une poésie naïve, se plaisant à 
s'arrêter sur les occupations et les spectacles de la vie des 
champs : tromper, c'est pour le Roumain a insela, mettre 
habilement la selle sur un cheval encore sauvage, empé- 
cher, pour lui aussi, a impiedeca, mettre des chaînes aux 
pieds du même cheval récalcitrant, aller a merg'e, plonger 
dans le ravin qu’on descend, acheter comparare, a cum- 
pära, mettre en regard les éléments du troc, fâcher, a 
supära, superare, vaincre dans la lutte,apprendre a invata, 
d’invitiare, l’objet lucru (lucrum), le gain journalier. Les 
éléments compliqués d’une langue longuement développée 
et artistiquement faconnée, assimilée sous tant de rapports 
au modèle hellénique, se réduisent à ce que la pauvre rai- 
son de ses commencçants, qui n'étaient donc pas des dégé- 
nérés, peut saisir de ses artifices. En fait de flexion, les 


38 N. JORGA 


formes verbales se réduisent à des schémas généralement 

compréhensibles et de l'usage le plus courant, le nombre 

des cas diminue, l’accusatif prenant la place du nominatif. 

Les désinences tombent, les voyelles s’obscurcissent ou 

se confondent, les sons plus énergiques s’adoucissent, l’ac- 

cent seul conserve souvent la valeur phonétique ou l’exis- 

tencée même d’une syllabe. On emprunte sans aucun scru- 

pule, puisque c’est aussi sans aucune conscience, au parler 

des vaincus, des envahis, des assimilés, les éléments de 

vocabulaire qui paraissent plus clairs, d’une euphonie plus 

frappante, d’une appropriation plus évidente, en même 

temps que les habitudes syntactiques, reproduisant une. 
pensée différente, se perpétuent et que les organes de la 
parole, sous un même ciel que ces vaincus et expropriés, 

donnent une autre inflexion aux sons de la langue latine 

populaire, elle-même — il estinutile de le dire — tellement 
différente du beau langage des poètes, des philosophes, 

des orateurs et des jurisconsultes. 

Devant l'instabilité générale, le roi barbare ne pouvant 
jamais réaliser le même « ordre » que l’empereur romain, 
dans le cas même où il en revêtait la pourpre par la volonté 
du « peuple », de la « démocratie » de Rome, plus que par la 
faveur intéressée du Pape, lui-même plutôt un mandataire 
toujours contrôlé, souvent renversé, de ce « peuple », üil 
fallut que ces nouvelles sociétés, au milieu desquelles les 
Germains de toute espèce ne faisaient que « camper », 
s’accommodassent, produisant d'elles-mêmes de nouveaux 
organes. La «recommandation » des terres, restées seul 
exponent de la richesse, seule mesure de la valeur, seul 
appui matériel de l'importance politique et sociale, la hié- 
rarchie qui en résulta, beaucoup plus que le « fief » et le 
« bénéfice » des protecteurs militaires, façonnèrent ce 
monde du moyen âge, qui, tout en fixant les principes 
brefs et durs des leges barbarorum, restait assoiffé de 
la justice romaine, qu’il arriva à découvrir dès avant l’an 
mille, d'autant plus que l'Orient n’avait jamais abandonné 
l’ancien droit, pendant longtemps enseigné en latin. 

Partout, c'est l’ancien élément qui persiste, qui domine, 
malgré les formes de la royauté barbare et de sa dépen- 
dance militaire, qui se continue et se développe, à peine 


LA ROMANIA DANUBIENNE 39 


influencée par les nouveaux venus — des hôtes coutu- 
miers, du reste — d’elle-même et pour elle-même. 

A quelle époque ce procès s’était-il déjà prononcé suffi- 
samment pour dire que le moyen âge existe, avec ses 
provinces, avec ses races, avec ses langues, avec ses insti- 
tutions et ses coutumes ? 

À ceux qui parlent de l'effondrement préalable de cet 
« empire » de Charlemagne qui ne fut, à côté de la royauté 
franque, restée intacte, en théorie aussi bien que dans ses 
moyens d'action, qu'une manifestation armée de l’unité et 
de l'initiative de l’Église, en même temps qu’une rémi- 
niscence des masses, à ceux qui s'appuient pour le langage 
sur les serments de Strasbourg, à ceux enfin qui cherchent 
dans Richer la première conscience de la romanité opposée 
au germanisme désormais inattaquable, on peut opposer 
les témoignages autrement concluants qui concernent la 
vie de l'Orient européen. 

Telle Vie d'Ulphilas par Auxence, évêque de Duros- 
trorum (Silistrie), fait, au 1v° siècle déjà, une distinction 
entre la Romania danubienne et le barbaricum. Telle 
autre Vie de Saint, celle de Séverin, évèque du Norique {{}, 
présente la cité démocratique défendue par son chef 
spirituel contre les Germains de passage ou campés aux 
alentours. Telle inscription de Sirmium représente cette 
Romania protésée par le Christ contre les A vars{?). On voit 
plus tard, au commencement du vi* siècle, d’un côté l’auto- 
nomie religieuse de ces moines scythes de la Dobrogea 
actuelle, forts de leur conviction, allant jusqu’à Rome, 
non seulement pour parler au Pape, leur chef latin, mais 
aussi pour faire appel au peuple près des « tombeaux des 
rois ». On assiste au soulèvement de ce Vitalien de Zaldapa 
sur le Danube, près de Novae (Sichtov), ancienne résidence 
du Goth Théodoric, qui, à la tête des barbares et de la 
population romane de ces régions, combat contre les 
impériaux de Constantinople pour regagner cette couronne 
des Césars qui échut à un autre chef de ce même mouve- 


(1) Voir plus loin. 
(?) Voir nos Latins d'Orient, Paris, 1920. 


40 N. JORGA 


ment, Justin, et fut transmise au brillant neveu de ce 
dernier, Justinien (1). 

Or, l’œuvre officielle que cet empereur commanda au 
rhéteur de Gaza, Procope, dont il fit son historien attitré 
pour ses campagnes d'Afrique, d'Italie, de Mésopotamie, 
pour la célébration de ses bâtisses militaires, présente vers 
la fin du vi* siècle un tableau des provinces de l’Empire 
romain d'Orient qui, observé de plus près que jusqu'ici, 
confirme de la facon la plus éloquente chacune de ces 
conclusions. 

IT 


Ce qui frappe d’abord dans les deux passages où Procope 
donne pour la plupart des listes de noms appartenant à 
LAC Et l'Épire, aussi bien qu'aux bords du Danube, que 
lui avaient communiquées les bureaux impériaux de Justi- 
nien — Car son essai de ranger d’une facon correspondante 
aux réalités géographiques la nomenclature topographique 
des rives danubiennes n’est guère réussi — c’est la prédo- 
minance du village et, en première ligne, du village bar-- 
bare, trouvé, transformé, mais conservé quant au nom par 
l'infiltration et puis par la conquête des Romains. 

Toute une longue série finit par le suffixe para, précédé 
de désignations d’origine thrace sur lesquelles les ph1lo- 
logues de profession eux-mêmes hésiteraient à se pro- 
noncer : Bési (n’est-ce pas Bessapara, la capitale des 
Besses?), Béri ou Viri (Bñpi), Isgui (loyi), Bélaïdi ou 
Vilaidi (Bn\aïdi), Bé ou Vé, Bri ou Vri, Chesdou, Grinkia, 
Skari. Dans Dardapara on peut reconnaître le nom des 
Dardanes, dans Priskoupéra ou Priskoupara le nom 
romain de Priseus, dans Moutzipara celui d’un Mucius (*). 
Il faut en rapprocher des noms de personne terminés en 
-por, comme Pupor, Natapor (3). 11 faut admettre, je crois, 
que cette espèce de formations rurales avaient un carac- 
tère généalogique, la para correspondant à la fara alba- 


(1) Cf. Orient et Occident au moyen “ge. 

(2) A cette catégorie il faut ramener peut-être aussi Moupki[t/äpa. Cf. la 
Zourobara des Biephii. 

(3) J. VAN DEN Gneyx, « Les populations danubiennes », extrait de la Revue 
des questions scientifiques. Bruxelles, sans année. 


LA ROMANIA DANUBIENNE 41 


paise qu'on rencontre jusqu’aujourd'hui. De même chez les 
Roumains l'héritage, la mosie des héritiers consanguins 
d'un Petru, Pierre, s'appelle Petresti et chacun de ses 
habitants est donc un Petrescu. 

Au delà du Danube, il y a, comme on le sait bien par de 
nombreux témoignages appartenant à toutes les époques, 
d’autres groupements d'agriculteurs, surtout d’agricul- 
teurs, — les habitants des para balcaniques pouvant être 
aussi des bergers, ayant comme abri provisoire quelque 
&chose comme les « Katouns » actuels —, dont le nom finit 
par dava, les Davi, Daïi ou Daci, les Daces, étant les pay- 
sans des «davae ». La Deva transylvaine de nos jours, avec 
sa forteresse sise sur la cime d’une hauteur pointue, con- 
tinue très probablement un de ces villages. Dans les noms 
des « davae » primitives on rencontre parfois des racines 
qui paraissent rappeler des tribus daces, comme dans 
Buridava ou Capidava, peut-être Carpidava. La liste 
byzantine contient: Kyridava, qui doit être une Quiridava, 
Zikidava, qui correspond à la Sicidava qu’on retrouve ail- 
leurs, dans cette même source aussi: Mouridava, Brégé- 
dava (BpeyédaBa), Itadava, Aiadava ou Aédava, Koumou- 
dava (i). L'idée se présente que ces « davae » avaient plutôt 
un caractère local sans le lien généalogique qui relie les 
membres des « parae ». 

À côté, des châteaux, c’est-à-dire !es villages au-dessus 
desquels ils s'élèvent, ont les suffixes -sara (cf. Badisara 
ou Vadisara avec la Germisara dace de l’époque romaine), 
-béta (cf. Brébeta, Bpéfera avec la Droubetis de la rive 
gauche, antérieure à la conquête de Trajan), -ista (Bpü- 
TAOTO, qu'on peut rapprocher de la Siatista macédo-rou- 
maine actuelle), -apa (Zaldapa, Moundépa, Tharsandapa, 
Oapoavdala (sic); cf. Axiopa), -ina (Bisdina ou Visdina, 
Rhésidina, Bassidina, Baooidiva, Bekediva, Aïtina ; cf. l’An- 
tina actuelle du district valaque de Romanati : on y 
a découvert d'importantes traces de la vie antique), -isi ou 
-120$ (Bourtoudguizi, Kistidizos, Briguizis; cf. l’Azizis de 


(4) Parfois le suffixe est -deva. Cf. aussi Deutréva (Aebtpefa), Danédeva. On 
trouve aussi tel nom terminé en Aâvai (Ooubdavehâävar ou Opadouoouôdve- 
Àov). 


42 N. JORGA 


la Dacie conquise par Trajan), -bré, « ville » (Soukabré, 
YuaurdapouBpi, ZaBiviBpies; cf. Sélymbrie), -doula, -oula, 
-oulos (Alioula (t)}, Kouskoulos, Békouli ou Vékouli, 
Toroulis, Tézoulis, Loutzolo), enfin des suffixes rappelant 
l'Asie, perse ou arménienne, dont la population ne diffé- 
rait pas trop des Thraces : -arba (Kastrazarba, c’est-à-dire 
Castra Zarba, Dalatarba; cf. l’'Anazarba asiatique) et -arta 
(Diniskarta, Stenokarta; cf. l’Iaxarte). Il paraît que le 
sens de « gué » est attaché à la racine dor ou dour, qu’on 
rencontre aussi bien dans Durostorum (S$Silistrie) que dans 
des noms conservés par cet écrivain byzantin du vi siècle, 
comme Kamotoupia, KapaoOupa, KouZouo{[tloupa (?). 

N'oublions pas les vieux noms grecs pour des groupe- 
ments devenus maintenant ruraux : Troesmis, Kallatis, 
Abrittos, Tomis, Dyrrhachion (Aupläxiv), Aulona, Chi- 
maira, Europa, les noms illyres, comme Skodra (>kidpéwv. 
rméls), Skoupi (Zkoëmov), KäTrapos, Katrapixds (Cattaro); 
des noms scythes, comme Sérétos correspondant à la 
rivière du Séreth (le Tiüpavros d’Hérodote), AëéBpn, l’ac- 
tuelle Dibra; cf. AéBpepaj, d’autres de caractère très 
archaïque : "Aplov (cf. Arxava), ZôeBpiv, Béxis, TTaxouë, 
Tpéidis: BouMBäs, Tpava, Piknous, Koëurous, Kantavazatis 
(KavraBazatnsi, Smornis, Kampsis, Tanatas, Armata, Ti- 
mena, Almon, Trikésa, Kébron. Onos, Tôues, Palmatis, 
Tiuxkiwv. On a même le souvenir des rois macédoniens dans 
la Baoilixkà ’Auüvrou (5). 

De même dans la Norique on rencontre encore des noms 
de localité appartenant à la population qui y précéda les 
Roumains, comme : Asturis, Juvao, Batavis, Lauriacum, 
Boiotro. 

L'apport romain est de beaucoup moins important. 
Comme seules dénominations anciennes : Ratiaria, Bono- 
nia. Lederata, Viminacium et Zerna (Zépyns, Oescus, 


(4) Cf. VAN DEN GHEYN, ouvr. cité, p. 108, toute une série : Perula, 
Rebula, etc. ; CucuLuis dans la « Vita Sancti Severini » d’Eugippe (éd. Sauppe; 
dans les Monumenta Germaniae historica, Auctores antiquissimi, L?, Berlin, 
1877). 

(2) Cf. VAN DEN GHEYN, ouvr. cité, p. 73. 

(3) M. V. Pârvan l'avait déjà remarqué dans son étude sur les noms de 
fleuves scytho-daces. 


LA ROMANIA DANUBIENNE 43 


Augusta, Quintae, Halmyris, Aegistus, Trasmarisca, 
Securisca, de même que Singidunum et Novae. Certains 
noms imposés par les nouveaux habitants ou les maitres 
récents paraissent rappeler les mêmes prédécesseurs bar- 
bares : Boupdénrou les Bures, ZapuaBwv, Zapudrtes les Sar- 
mates, Fnniorpüous les Gètes, Baotépvas les Bastarnes, 
: ZkvGiüç les Scythes, certainement "I\Aupiv les Illyres, Aüi- 
uatas les Dalmates, lpaîkos les Grecs, ‘loudaios le Juif, 
æpoupiov Oüvvwv, les Huns. D’autres noms représentent 
l'aspect de la localité : Vindemiola, Crispas, Pontes (1), 
Meridio, Palatiolo, Lapidariae. Des noms composés d’élé- 
ments de la nature locale rappellent, comme aujourd’hui. 
et toujours, en Macédoine ou en Thessalie valaque, les 
points de repère du pâtre : Ad aquas, Akys pour les Grecs, 
Tpedeririiouc, Tredecim tilios (ef. les Kakai dpüg, les « beaux 
arbres » de Cedrène), Loupofantana, Paulimandra, « Fon- 
taine du loup », « Troupeau de Paul », FeueAlouoûvrte, 
Ulmetum. Aouxkérpatous, de « Lucae pratum », Caput- 
bovis. | 

11 semble que les noms finis par -iana indiquent la per- 
sonne du propriétaire d’un fundus: Candidiana, Floren- 
tiana, Romuliana, Variana, Mocatiana, Valeriana, Aure- 
liana, Trasiana, Susiana, Longiana, Quartiana, s’il ne faut 
pas y voir des qualificatifs se rapportant à castra, aux 
camps de vétérans (cf. Castra Martis) (?} D'après des 
monastères et des églises on a des localités qui s'appellent 
Saint-Trajan, Saint-Théodore, Saint-Julien, Saint-Sabi- 
[nijen, Saint-Étienne, Saint-Donat, Saint-Cyrille Il y a en 
Mésie près des ruines du Pont. de Trajan une « cité de 
Théodore ». Des « burgi » (5) se sont ajoutés aux anciens 
châteaux : Burgus (TTüpyos), Siliburgus, « Bourgonovoré », 
Bourgonalton, Lakkobourgo, Lucernariabourgo, Saltou- 
bourgo, etc. Ajoutons la notion de curtis dans Zntvoi- 
KOPTOS. 

Quant aux nouveaux barbares, aux envahisseurs du 111° 
au vi° siècle, malgré la présence pendant longtemps de 


(1) Voir aussi Tovtecépto. 

(?) Dans la Vita Sancti Severini on a l'oppidum de Favianae. 
© (8) Cf. Vita Sanctr Severini, p. 9 : « Secretum habitaculum quod burgum 
appellabatur ab accolis. » 


44 N. JORGA 


Théodoric à Novae, à peine y a-t-il quelques localités qui 
les rappellent. Opaoapixou, Bidryis, en relation avec un 
Thrasaric, un Vitigès, sont les seuls venant des Germains 
et peut-être un Bo6daç (eau), un AoupBouàin (de drv, arbre), 
une Laboutza (ou Lavoutza), à cause du suffixe, les seuls 
venant des Esclavons, des Sclavini d’outre-Danube, 


nm 


Ces villages se trouvent dans le voisinage et sous l’auto- 
rité d’une ville, d’une môks ou d’un oppidum; sinon, ils se 
rassemblent pour former une ywpa, un territorium, une 
terra. 

Tels, pour la première catégorie, dans Procope, les 
rayons de Serdica, le lépuava, de Panta (ou Pantalia). La 
Vie de Saint-Séverin nous renseigne, avec une grande 
richesse de détails, sur les conditions de vie dans ces for- 
mations mi-urbaines, mi-rurales, du côté de Vienne, de 
Tulln, de Passau. La population à, dans les environs de la 
cité, des champs, « sata » (fl), des vici et élève des trou- 
peaux, 2'reges. Elle forme une société religieuse, une eccle- 
sia (le terme étant employé aussi dans le sens de l’édifice 
sacré) (?). On se rassemble dans la basilica — on dit aussi : 
basilica monasterii (*), ce qui en précise le sens — pour 
prendre les mesures de défense, aussi bien que pour élire 
ses chefs. Ce sont les «tribuns » commandant à la «milice » 
payée par «le gouvernement impérial » (), les juges. Am- 
mien Marcellin connaissait déjà, comme aussi Auxence de 
Durostorum, un «juge » chez les Visigoths, qui n’avaient 
pas sans doute créé cette fonction, et les Vandales, établis 
en Afrique, avaient nommé des « praepositi romanis judi- 


(1) Vita Sancti Severini : « Perparva seges inter aliorum sata », p. 14. 

(?) Cf. « Vocate coetum, congregate ecclesiam » (p. 14). Mais aussi «in 
ecclesia congregati » (2bid.). « Ecclesia loei » (p. 15). 

(5) « Basilicam quam in monasterio construxerat » (p. 12). « Basilicae 
monasterii fuit aedituus » (p. 13). « Intrantes basilicam » (pp. 14-15). « Basili- 
cae extra muros » (p. 19). « Cunctos pauperos in una basilica statuit congre- 
gari » (p. 21). 

(*) Per id tempus quo romanum constabat imperium, multorum milites oppi- 
dorum pro eustodia limitis publicis stipendiis alebantur.. Militares turmae- 
deletae, p. 18. 


LA ROMANIA DANUBIENNE 45 


ciis » (1). De plus, si à Venise les premiers magistrats, élus 
par une «ecclesia » semblable, furent des « tribuns », les 
chefs du « populus » de Rome sont tous sans distinction 
des « praepositi » sans doute, mais aussi des judices. Et la 
Sardaigne eut, d’après une ordonnance, douteuse, de Jus- 
tin II (569), son « juge » autonome, au choix d’un peuple 
sans autre défense, formant la corona avant le partage de 
l’île en quatre « judicatures » (?). Mais l’autorité suprême 
est celle du vir Dei, de l’évêque, qui peut avoir été avant le 
moment même de son élection un membre quelconque de 
la société des laïcs, avec ses diacres, ses presbyteri, ses 
aeditui, ses ostiarii, ses « vierges consacrées ». 

Tout autour, la campagne est pleine de brigands, latro- 
nes (3), latrunculi, de soldats d'aventure « que les habitants 
appellent skamares ». Des rois, Ruges, Scires, Alamans, 
Goths, les commandent, accessibles aux prières et aux 
gestes d’incantation des évêques thaumaturges. Ils ont des 
régions qui les écoutent et leur payent le tribut; on cherche 
à y attirer, de gré ou de force, les voisins (4). Il arrive 
même que les barbares s’établissent quelque temps dans 
les cités pour en sortir à la première alarme ou au premier 
accident qui les impressionne; ce sont les « barbari intrin- 
secus consistentes » ou « habitantes », qui ont avec les 
citoyens un « foedus », une convention formelle {°)}. Ordi- 
nairement ils se rencontrent avec ceux-ci dans les foires, 
les « nundinae barbarorum » (6), Le commerce est fait pour 
les uns et pour les autres, les chemins de terre étant impra- 
ticables, par eau : les provisions pour les villes menacées, 
a ssiégées du Norique, arrivent par l’Inn et le Danube (?). 


(2) Cf. Besra, Sforia di Sardinia, IX, p.13 et MARTROYE, Genseric, La conquête 
vandale en Afrique et la destruction de l'Empire d'Occident, Paris, 1907, 
pp. 265-266. 

(2) Dr Tucar, Sforia di Sardinia, p. 35. 

(3) Latrones quos vulgus scamaras appellabat, p. 13. Cf. Jornanes, 58, éd. 
Mommsen, p. 135 : « Abactoribus scamarisque et latronibus »; MÉNANDRE : oi 
OKaudpeis ÉYXWpiws dvouazôuevor; éd. de Bonn, p. 313. 

(*) In oppidis sibi tributaviis atque vicinis.. Vicina ac tributaria oppida, p. 23. 

(5) Pp.8, 8. 

(6} P:u12: 

(*) « Rates de partibus Raetiarum », p. 8. 


46 N. JORGA 


IV 


C'est exactement la situation dans laquelle on trouve 
au vu siècle, dans les pages d’un Théophane et d'un 
Théophylacte Simocatta, la population des bords du 
Danube, à cette seule différence que, du côté des barbares, 
à la place d’un Flaccitheus, d’un Ferduruchus ou d’un 
Frédéric, les Germains, on a des chefs slaves, des rois 
«eselavons ». Lorsque le général byzantin Pierre, le propre 
frère de l'empereur Maurice, arrive sur ce Danube infé- 
rieur infesté par les incursions de ces nouveaux « bri- 
gands », tout aussi peu respectueux des « foedera » et des 
« societates », il trouve des châteaux abritant une popula- 
tion qui, à cette époque, ainsi que quelques dizaines 
d'années auparavant, considérait sans doute son terri- 
toire comme une Romania opposée au barbaricum (1) et 
s'intitulait Romains, Romani(*?;. Ces Romains sont à Akys, 
à Zaldapa, à Novae, à Pistos, à Létarkion, à Théodoropolis, 
à Securisca, au Skopis danubien, celui que saint Paulin, 
faisant l’éloge de saint Nicétas, évèque de Ramesiana et 
apôtre du Danube, place à côté de Tomi(). L’évêque à leur 
tête, ils entretiennent une milice qui leur appartient en 
propre, d’après un décret de Justin IL (#). Aux barbares 
voisins ils offrent une ravñyupis (les Roumains, qui con- 
naissent la nedeia slave, le tàrg, aussi slave, le bâlciu 
hongrois, ont aussi le panair qui en dérive), comme les 
anciennes nundinae. L'arrivée des troupes impériales est 
accueillie par des transports de loyauté, mais on refuse 


(1) KAUFFMANN, Aus der Schule des Wulfila, Auxentii Dorostorensis epistula de 
fide, vita, obitu Wulfilae, Strasbourg, 1899, pp. 21, 22 : « De varbarico in solo 
« Romanie.. honorifice est susceptus.. De varbarico liberavit et per Danubium 
transire fecit ». 

.(2) Vita Sancti Severini, p. 11 : « Romanos tamen duris condicionibus aggra- 
vans », p. 12 : « Romanos... retransmisit»; p. 21 : «Romanos hortabatur » ; 
p. 24 : «Romani... pacificis dispositionibus in oppidis ordinati ». 

(8) Paulini Carmina, XVII, 195, 213, 249, 269 et suiv. apud ERNST HuMmEz, 
Nicetas, Bischof von Ramesiana, thèse de Bonn, 1895. 

(4) Tivdv ônArTiKkoôv…. mi diappoupä Tv Tñs nmôkewc; Théophylacte, 
pp. 274-275. Xapilouévou Th TOÂE Tv ÉvorAov Tautnv d1ddoyov Tpo- 
voiav; tbid. 


LA ROMANIA DANUBIENNE 47 


absolument de réunir les bannières de ces soldats urbains, 
leur banda, à celles de l’Empire. Un chef militaire, un 
« scribanus », envoyés pour les sommer, échouent. La 
population, l’évêque la conduisant, se réfugie, menaçante, 
dans l’église (1). Il faut lui céder. e 

Il arriva ça et là, comme sur le Danube de Mésie ou 
dans le Norique, où les barbares brûlaient et tuaient, 
que les habitants des villes et de leur territoire étaient 
recueillis par des fonctionnaires délégués dans ce but et 
transportés avec leur bien en « terre romaine », en terre 
d'Empire, où on leur donnait des terres (?) Maïs on a vu 
qu'après des dizaines d'années occupées par les incursions 
slaves toute la ligne du Danube était garnie de cités capa- 
bles de se défendre, elles et leurs territoires ($). 

Mais, à côté, une vie purement rurale se développait et 
pouvait se maintenir. Elle ne cherchait pas non plus dans 
l’Empire branlant ses moyens de défense. Quand, sous 
Justinien, la Rome d'Orient marcha de nouveau à la con- 
quête de sa frontière danubienne, elle trouva ces démo- 
craties paysannes déjà organisées en xWpoi, en « terres », 
dont les Roumains — successeurs de ces Romani dont ils 
gardèrent le nom et la langue — firent feri (singulier fara). 
Ainsi la «terre Lavita », la « terre Skassétana », toutes 
nouvelles, dans Procope, à côté des «terres » en relation 
avec Ad Aquas — Akys et avec la Remesiana de Nicétas : 
l’Akueoïia et la ‘Peueoriaveoia. 

Ceux qui y vivaient, agriculteurs et bergers, dans leur 
æoooüta, d’où l’albanaiïis fsat, le roumain sat, sous leurs 
simples chefs autonomes — comme on le constate en Sar- 


(1) Métoxoc Th Tavnyüpewc... Kaëbuvouv Taîs eüpnuiais TÔv aÙTo- 
kpätopa;tbid. Cf. "Eni TÔ Ts ToÂeEWG iepôv. 

(2) Vita Sancti Severini, pp. 26, 29 : « De his oppidis emigrantes ad romanam 
provinciam; Onoulfus... universos jussit ad Italiam migrare Romanos.. 
Universi per comitem Pierium compellerentur exire... Provinciales..., qui, 
oppidis super ripam Danuvii derelictis, per diversas Italiae regiones varias 
suae peregrinationis sortiti sunt sedes ». 

(3) Julius Jung l’a déjà relevé dans ses deux ouvrages, « Rômer und Roma- 
nen », Innsbruck, 1877 (extrait de la Zeitschrift für üsterreichische Gymnasien) 
et « Die romanischen Landschaften des rômischen Reiches, Studien über die 
inneren Entwickelungen in der Kaiserzeit, Innsbruck, 1881. 


48 N. JORGA 


daigne, où les dignitaires, au nom de la « couronne du lieu » 
(corona de log'u), de la « communauté » (le gollectu; cf. le 
conventus, kuvent des Albanais), sont l’ « armentariu » 
pour les troupeaux, le « berbecariu » pour les béliers, le 
« porcariu » pour les cochons, le « maiore de caballos » 
pour les chevaux (f) _— étaient des « Romains », des 
« homines latini » comme l’heureux Séverin (?). Leur 
« loquela », qui était aussi celle des cités et même déjà un 
langage littéraire, dans les écrits d'un Fortunatien d’Aqui- 
lée (#), sous l’empereur Constance, était déjà formée dans 
ces vallées du Sud-Est européen dès la seconde moitié du 
vie siècle. 

En effet, il n'y a plus dans la nomenclature topogra- 
phique un m final. On dit Solvanou, Zimarkou, Oungou, 
Kouintou (pour Quintum), Provinou, de même que Vour- 
depto, Limo, Grapso, Nono (pour Nonum), Tillito (pour 
Tillietum, « bouquet de tilleuls »), Castellonovo, Carso, 
Presidio, Capomalva, Viconovo, Skoumbro, Toulkobourgo 
ou SkKoulkobourgo. La même finale disparaît pour la 
troisième déclinaison aussi dans Herkulente, Juliovalle, 
Maurovalle et à l’intérieur d’un mot composé, dans Monte- 
regine (Movrepeyive). Il n’y a plus parfois même le son s à 
la fin des formes de pluriel de cette même déclinaison : 
Asilva est à la place de Ad silvas (cf. dans la Vita Sancti 
Severini : Ad Vineas). L’a intérieur non accentué prend 
une teinte plus obscure, qu'on saisit dans Noveiustiniane. 
I s’affaiblit en e, dans Medeca, de « Medica ». Le ch à la 
place d’un s devant un { apparaît souvent : Skeptekasas 
est un exemple connu, mais on a aussi Skemnas, Skitakes, 
Skédéva, Skéménitis, Skentoudies, Cherdouskéras. Un t 
devant la même voyelle devient un {3: Loutzolo, Tzou- 
trato, Pontzas, Tzitaétous, Tzyeidon, Tzonpologon, Itzis, 
Tzasklis, Edetzio, Tzimes, Vetzas, Tzerzenouza, Prétzou- 


(*) Dr Tucci, ouvrage cité, pp. 37-38. 

(?) « Loquela ipsius manifestabat hominem latinum.…. de partibus Orientis »; 
Vita Sancti Severini, pp. 3, 7. 

(3) Aôyw &ypoikw..…. «Breves sermone rustico scripsit commentarios », 
dit saint Jérôme, dans son De viris illustribus, chap. 97; cf. VAN DEN GHEYN, 
loc 'eitss p.288; 


LA ROMANIA DANUBIENNE 49 


riès. Le v disparait dans Karoutôes — Caput bovis. La 
diphtongation du o apparaît dans Nœiodoüvw, Noaiïodouno 
à la place de Noviodunum, peut-être même dans Brrpavaÿ, 
si le mot signifie Viglia nova (en roumain : noauä, nouä). 
Et en même temps, partout l’accusatif prend la place du 
nominatif : Augustas, Oùpdaoùs, Türaerods, BnhaotTüpug, 
Bpédas, ’Aovyiïous, NôBas, Victorias, Katrelates, Stenes, 
Strouas, Scares, Tugurias, Stramentias, Candilas, Dous- 
manes, Strongues — deux termes thraces anciens —, Ar- 
gentares. Dans KoBéykikes, qui ne donne pas un sens, on à 
cru même reconnaitre l’article postposé que les langues 
des aborigènes balcaniques ont transmis aussi au bulgare, 
au scandinave. 


Cette vie s’arrêtait-elle à la frontière du Danube? Il n’y 
avait pour cela aucune raison. Seulement, de ce côté les 
conditions offraient moins de sécurité, et tel des com- 
pagnons d’Attila avait pu jadis réunir des « skamares » et 
d’autres brigands et, occupant « la tour dite Herta », d’où 
il partait pour ses raids de pillard, était assez hardi 
pour se proclamer roi et assez puissant pour s'opposer aux 
armées de l’Ilyricum (!). 

I1 y avait donc dans les villes et leur rayon, dans les 
« terres », une population d’« hommes latins », de « Ro- 
mains », de Passau à Tomis et des vallées de la Macédoine 
aux plaines de la Dacie officiellement abandonnée, mais 
baignée par le Danube qui était traversé ici, comme sur 
son cours moyen, par les vaisseaux des marchands, la 
population s’étant donné spontanément des institutions 
de liberté basées sur l'élection, comme partout où on ren- 
contre, dans l'Ouest européen, la tradition de la cité auto- 
nome, institutions que l’Empire reconnaissait par des 
« lois » (vôouoi) formelles. Plus tard, d’après le témoignage 
de Constantin le Porphyrogénète, les villes de Dalmatie 


(4) JorpanEs, S 58. éd. Mommsen, p. 125 : « Ultra Danubium in incultis 
locis sine ullis terre cultoribus divagatus et plerisque abactoribus scamaris- 
que et latronibus undecumque collectis, turrim quae Herta dicitur, supra 
Danubii ripam positam, occupans ibique agresti ritu praedasque innectens 
vicinis, regem se suis grassatoribus fecerat. » 


50 N. JORGA 


elles-mêmes passèrent à l'autonomie, rejetant l’autorité de 
l'Empire sans en adopter une autre. Et déjà une langue 
romane existait, avec tous ses caractères, deux siècles 
avant cette date des « serments de Strasbourg » avec 
laquelle on veut commencer l'histoire des langues romanes 
en Occident. Il y avait tous les éléments du moyen âge et 
le germanisme n’y intervenait pour presque rien. 


N. JorGA. 


La grandeur des fiscs 
à l’époque carolingienne 


Dans un ouvrage sur le développement économique de 
l’époque carolingienne, M. Alfons Dopsch prend à partie (!) 
la théorie régnante depuis les travaux d’Inama-Sternegg (?) 
et de Lamprecht (3) et même depuis von Maurez (4), théorie 
qui veut que les possessions royales, les fisci, curtes, villae, 
fussent des domaines « clos » et d’une grande étendue. 

Le savant autrichien a sans doute raison de protester 
que la réalité était plus compliquée que ne veut cette théo- 
rie trop schématique. Le domaine royal n’était pas tou- 
jours d'un seul tenant et il n’était pas aussi « clos » qu’on a 
bien voulu le dire. 

Mais ce qui nous intéresse, c'est moins la structure que 
la grandeur du fisc. Par réaction contre ses prédécesseurs, 
M. Dopsch s’est laissé aller, croyons-nous, à diminuer la 
grandeur des domaines royaux. Son interprétation nou- 
velle se fonde particulièrement sur les Previum exempla 
ad describendas res ecclesiasticas et fiscales (5). Nous la 
croyons viciée par de grosses erreurs. 

Ce texte n’est connu que par un manuscrit de Wolfen- 
büttel. I1 a échappé à la connaissance de Baluze. Publié par 
Eccard en 1729 dans ses Commentarti de rebus Franciae 


(*) Communication faite à la section d'Histoire économique du Ve Congrès 
International des Sciences historiques (Bruxelles, 1923). 

(:) Die Wirtschaftsentwickelung der Karolingerzeit, vornehmlich in Deutsch- 
land, t. 1, 1913, p. 135-137. 

(2) Deutsche Wirtschaftsgeschichte bis zum Schluss der Karolingerperiode, 
2e éd., Leipzig, 1909. | 

(3) Deutsches Wirtschaftsleben im Mittelalter, Leipzig, 1886 ss. 

(4) Geschichte der Fronhôüfe, der Bauernhôüfe u. der Hofverfassung, Erlangen, 
1862. 

(5) Capilularia, éd. Borenius, t. 1, p. 250. 


52 FLO 


Orientalis (t. II, p. 902), puis par Bruns en 1979 dans ses 
Beiträge zu den Deutschen Rechten des Mittelalters (p. 57), 
il à été imprimé dans les recueils de capitulaïres de Pertz 
(1, 135) et Boretius, comme illustrant le célèbre Capitulare 
de Villis, et par B. Guérard dans son Polyptyque d'Irminon 
(II, 296.304). On en place la composition vers 810. 

C’estun modèle de description pour les agents domaniaux 
du prince. Les chiffres ne sont pas fantaisistes : on a copié 
la description réelle de quatre fiscs royaux. On a même 
pour l’un d’eux laisse son nom, Asnappis, sans le rempla- 
cer par ille. 

Or, pour la récolte totale du fisc, on a eu 2,550 muids. Le 
muid étant de 21 litres, on obtient 537 hectolitres 285, ce 
qui, au produit présumé de 12 hectolitres à l’hectare, cor- 
respond à une superficie de terres labourables d'environ 
45 hectares. Avec l’assolement biennal, cela donne une 
superficie de terres labourables de 89 hectares 5470 ou 
155 joch 57. Ajoutons largement prairies et pâturages et 
nous arrivons, pour ce fisc, à un chiffre rond : 00 joch 
(285 hectares). 

Pour d’autres fisces les résultats seraient plus faibles 
encore. Un fisc serait donc une grande propriété, mais non 
un village. 

* È * 

Il n’est pas un seul de ces chiffres qui n’appelle de 
sérieuses réserves. Nous y reviendrons. Faisons remarquer 
que, dès 1914, G. Baiïst (1) fit observer (p. 33) qu’un domaine 
de l’étendue proposée par Dopsch ne saurait nourrir 
91 chevaux, 127 têtes de gros bétail, 365 bêtes porcines, 
533 brebis et chèvres. Le gros bétail seul exigerait au 
moins 100 hectares. 

Observant en outre une disproportion considérable entre 
la récolte et la semence (pour 1,978 muids de semence, il 
faudrait au moins, à 1/5, 9,890 muids de récolte au lieu 
de 3,848), Baist imaginait que la description avait été 
opérée en vue d'une année de disette. Il proposait, au lieu 
de 4ÿ hectares mis en labour, le chiffre de 160, en admet- 
tant que le muid fût de 21 litres. « Warscheinlich ist auch 


(t) « Zur Interpretation der Brevium exempla und des Capitulare de Villis » 
(dans Vierteljahrschrift fü- Sozial- u. Wirtschaftsgeschichte, t. XII, p. 22-70). 


GRANDEUR DES FISCS 53 


diese etwas zu niedrig. Sie beruht auf Dipl. Carol. I, n° 132 
vom Jahre 781, wo dem Handel von Comacchio zugesagt 
wird, dass von ihm die Hafenzülle, wie vor alters, nach 
dem modius von 30 Pfund (per libras) und nicht von 
45 Pfund erhoben werden sollen. und auf der Annahme 
dass hier das mit 327.45 gr. angesetzte rômische Pfund 
gemeint sei. Da im selben Jahr in Cap. von Mantua die 
alten Denare verboten werden, sollte man doch zunächst 
an das mit dem Münzsystem unlôslich verbundene Karo- 
lingerpfund denken, dessen niederster Ansatz (vel. Inama, 
I, 635) sich auf 400 Gramm beläuft. Damit würde man 
gegen 200 Hektar kommen (p. 34). » 

Les réserves de Baist étaient prudentes. Le diplôme 
de 781 concerne uniquement l’évêque et les habitants de 
Comacchio : pour eux, à Mantoue, le muid sera compté 
comme au temps du roi Liutprand. 

La capacité du muid de Gaule était infiniment plus con- 
sidérable. Guérard l’évaluait à 2 litres (1). Reprenant ses 
calculs, nous arrivons par diverses voies à 63 litres en 
moyenne, soit le triple du chiffe d’Inama accepté sans con- 
trôle par Dopsch. La surface de 45 hectares devrait donc 
être triplée (135 hectares) ; avec l’assolement triennal — 
car l’assolement biennal est inadmissible à cette époque — 
il faudrait la porter au triple, soit 405 hectares de terres 
de labour au lieu de 89. La marge est large (?). 

Si l’on ajoute la prairie nécessaire au gros et petit bétail, 
très nombreux, la forêt, qui devait être considérable — 
— comme l’a vu von Baiïst (p. 36) pour 265 porci majores, 
plus les minores — on arrive à la conclusion que les 
400 hectares de terres labourables ne représentent pas 
même la moitié de la superficie du fisc d’Asnappis. 

Mais, au fait, qu'est-ce qu'Asnappis ? 

Dopsch n’en dit rien. Il ne s’est pas aperçu que H. Brun- 
ner avait déjà fait l'identification (*) avec ANNAPES entre 


(1) M. Audouin arrive au même chiffre (52) par d’autres procédés. Voy. Bul- 
letin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1918, p. 421. 

(2) Les assertions de M. Dopsch ont aussi étonné M. Halphen, qui en à mon- 
tré Ja fragilité dans ses Études critiques sur l'histoire de Charlemagne (1921), 
p. 249-252, | 

(%) Selon G. Baist, p. 32. 


54 FTDOTL 


Lille et Tournai (Nord, arr. Lille, cant. Lannoy). Baist à 
achevé de la rendre certaine en identifiant Grecionem, 
dépendance d’Asnappis dans les Brevium exempla, avec 
Gruson, petite commune de 311 hectares située à 5 1/2 kilo- 
mètres à vol d'oiseau au sud-est d’'Annapes, à 2 1/2 kilo- 
mètres au nord de Bouvines (1). Annapes est une com- 
mune dont le territoire couvre 1156 hectares. J'imagine 
que telle était la superficie du fisc d’Annapes il y a onze 
siècles. 

Palaiseau, donné à Saint-Germain-des-Prés par le roi 
Pepin le 25 juillet 754, avait exactement la même étendue : 
la commune actuelle a 1,151 hectares (?). 

Mais restons dans la région du Nord. 

Annapes fut concédé, évidemment par Louis le Pieux, 
au comte Évrard, plus tard marquis de Frioul (*), époux 
de Gisèle, fille de l'Empereur, sans doute avant 837 ({). 
Celle-ci obtint de son frère, Charles le Chauve, un fisc 
royal Summinium in pago Hostrewant, qui est Somain 
(Nord, arr. Douai, cant. Marchiennes). Elle en gratifia, 
eu 869, l’abbaye de Cvsoing, sous réserve d’usufruit à son 
fils Alard. 

A cette occasion, elle donne des précisions sur ce bien, 
que lui à concédé le roi Charles, si dicere audeam, germa- 
nus (°). Le manse seigneurial renferme 179 bonniers de 
terre arable, 32 de prés, 561 de forêt, atque huic servien- 
tia 93, simul etiam terre bunaria 4. Précédemment l’église 
avec sa dotation de 9 manses avait déjà été donnée par la 
princesse à Cysoing. Même en ne tenant pas compte de la 
capella et de ses 9 manses, on a un total de 869 bonniers 
pour le fisc de Summinium, soit, à 138.5 ares le bonnier (6), 
1,203 hectares. \ 

Si l’on considère comme une annexe les 93 huic servien- 





(!) Ajoutons que Treola, au NS 36, où il y a des vineas dominicas, est Trieu à 
4 1/2 kilomètres à l’E.-E.-S. d'Annapes. 

(?) Nous nous permettons de renvoyer à nos Conjectures démographiques, 
p. 40-41. 

(8) Énouarp FAvRE, Etudes d'histoire dédices à Gabriel Monod, p. 151. 

(+) G. Baisr, p. 32-33, 

(5) Cartulaire de Cysoing, n° 3, p. 17. 

(5) Évaluation de Guilhiermoz. 


GRANDEUR DES FISCS 5 


tia, on n’a plus pour le finage du fisc que 772 bonniers, 
soit 1069 hectares, chiffre qui se rapproche de la commune 
actuelle de Somain (1). 

Autre exemple : 

Le 30 mars 850, à Amiens, (?), Angilguinus (*), d'accord 
avec sa femme Rumildis, se dessaisit en faveur de la cathé- 
édrale d'Amiens des biens que l’empereur Louis et le roi 
Charles lui avaient concédés en pleine propriété; c’est à 
Savoir : 

En Amiénois, dans la villa appelée Fontanas super flu- 
vio Salam, c’est-à-dire Fontaine-Bonneleau (Oise, arr. 
Clermont, cant. Crevecœur), sur la Selle naissante, 
47 manses : 

10 Le manse seigneurial, avec 2 moulins et 3 brasseries 
(cambae). Ce manse seigneurial à de terre arable, plus 
minus bovorum (bonuariorum) CCCC. En outre la moitié 
de Dulci Melario (Domeliers, Oise), près de Fontaine, les 
prés jusqu’à Bonoglo (Bonneuil. Oise) et de Bonneuil à 
Crisciacum (Croissy, Oise). De forêt, à A/tavio (inconnu), 
de quoi engraisser 2,000 porcs. 

2° Les « manses fiscalins », au nombre de 46, avec les 
mancipia et 38 acclae. 

Vient ensuite la liste des mancipia : ils forment exacte- 
ment 100 feux, dont 67 ménages : 48 fois le mari et la fenime 
sont nommés ; 19 fois la femme n’est pas nommée); 26 fois 
. l'homme seul est nommé avec on sans enfants; à fois la 
femme seule avec ou sans enfants; ? fois le fils et sa mère. 
Cela fait done 67X2 — 134 mancipia mariés+ 26 hommes et 
5 femmes célibataires ou veufs et 4 mères et fils. Soit en 
tout 169 adultes. À 4 enfants par ménage, on a 268 enfants, 
non compris ceux des veufs et veuves. En tout la popula- 
tion villageoise atteint au moins 500 personnes. Ce n'est 
pas tout : un certain nombre de mancipia sont dits possé- 
der des servit et ancillae ! 


(:) Soit 987 hectares. — A 198 ares le bonnier, le fisc a 988 hectares. 

(2) Cartulaire du Chapitre de la cathédrale d'Amiens, publ. par chanoine 
Rose, Roux et Soyez, t. I, p. 1-5 (Memnotires de la Soc. des Antiq. de la Picardie ; 
Documents inédits concernant la province, t.. XIV, Amiens, 1905, in-4°0). 

(3) Probablement Angelwinus nobilis, fait prisonnier en 844 dans la bataille 
livrée en Poitou à Pepin d'Aquitaine. II fut en 853 missus en Parisis, Mulcien, 
Sellentois, Vexin, Beauvaisis et Vendelais (Capitularia, II, 275). 


D6 F. LOT 


Le bien royal donné à Angiiguinus représente donc un 
ou plusieurs villages ({), qu’on ait égard à la population ou 
à l'étendue approximative du terrain. 

Cette étendue comporte, en effet : 

D'abord 46 manses à 10 hectares — 460 "A 38 accoles de 
1 hectare, soit environ oU0 hectares (?). 

Plus de 400 bonniers de labours du manse seigneurial, 
soit 594 hectares. 

L'’étendue des prés était considérable, si l’on en juge 
par la description. La forêt devait être très grande, 
puisque Saint-Germain-des-Prés pour 1,000 pores avait 
> lieues de tour dans la forêt d’Iveline, soit 800 hectares 
pour M. Hulin (*). 

La réserve seigneuriale comprenait au moins 550 hec- 
tares de terres de labour, 1,500 à 1,600 de forêts, quelques 
centaines de prés : en tout plus de 2,000 hectares. 

Les tenures ayant une superficie égale à la réserve en 
règle générale, c’est une grande propriété de 4,000 hec- 
tares que Louis le Pieux et Charles le Chauve ont concé- 
dée au fidèle Angilguinus. Son étendue ne saurait en tout 
cas être inférieure à 2,500 hectares; c’est le minimum. 

Aujourd’hui Fontaine-Bonneleau est une grosse com- 
mune de 1,837 hectares, avec 336 habitants. 'Domeliers, 
dont une partie fut concédée, a 613 hectares et 475 habi- 
tants Enfin, les prés s’étendaient de Bonneuil-le-Plessis 
(1,829 hectares, 830 habitants) à Croissy. 

On pourrait relever encore dans les diplômes carolin- 
giens plusieurs exemples de donations de fises ou de 
portions de fiscs. En 867, Charles le Chauve donne à Saint- 
Germain-des-Prés, pour lui servir d’asile contre les Nor- 


(!) Outre Fontanas et 11 moitié de bulci Melario, une localité dite Trudaldi 
valle, non identifiée. 

(2) C'est là un minimum ; peut-être les tenures s’élevaient-elles au double ; 
car à Saint-Bertin, la moyenne n’est pas de 10 hectares par tenure, comme à 
Saint-Germain-des-Prés, mais de 19.5. 

(3) Polyptique d'Irminon, éd. Longnon, p. 252. — Aujourd'hui encore, près 
Fontaine, à l'O., se trouve le Grand Forest bois de 2 1/2 kilomètres de long 
sur 1 kilomètre de large; au S.-0., le Bois au Vidame, de 3 kilomètres sur 1 ; 
auS$., le Bois de la Perrière ; à l E., le Bois de la Haye, de 2 kilomètres sur 1; 
ar Bonneleau et Peut un De. non nommé par Cassini, de 3 kilomètres 
sur 1 1/2; au N. de Domeliers, le petit Bois du Fay. 


GRANDEUR DES FISCS EL 


mands, la villa Bospatium en Laonnois, laquelle compre- 
nait 70 manses (1); il s’agit très probablement de Voulpaix 
dans l'Aisne, commune de 1,139 hectares. En 879, le roi 
Louis IL fait don en pleine propriété au comte Aleran de 
propriétés royales également en Laonnois : 1° la villa Res- 
bacis. avec 50 manses et une église, avec sa donation; 2 à 
Autreppes, 40 manses avec l’église (?), Autreppes (Aisne) 
est une petite commune de 675 hectares: Resbacis, ruiné, 
fut repeuplé parles Flamands au xri* siècle, d’où le nom de 
La Flamengerie (Aisne), que porte depuis lors cette loca- 
lité, grosse commune de 2,643 hectares (*). 

Des localités bien connues, Issy ({‘)}, Suresnes (°), 
Cluny (6), etc., sont d'anciens fises rovaux. 

Les bénéficiaires de ces fiscs sont très souvent des éta- 
blissements ecclésiastiques, mais aussi des comtes et des 
vassaux royaux. Ceux-ci n’obtiennent, semble-t-il, le plus 
souvent que des portions de fises; quelquefois, cependant, 
ils ont été gratifiés de fisces entiers, comme le montre 
l'exemple d’Angilguinus rapporté plus haut, et cowme le 
fait supposr un capitulaire de l’année 780, qui parle de 
vassi dominici, détenant jusqu’à 100 et même 200 manses (7). 

En résumé, il résulte des exemples que l’on vient d’énu- 
mérer que le fisc royal à l’époque franque correspond pour 
la superficie non à une ferme, même à une «grosse ferme », 
mais à un village moderne. 


FERDINAND Low. 
Professeur à la Sorbonne, 
Directeur d’études à Ecole pratique des Hautes-Etudes. 


(1) Pouparnix, Chartes de Saint-Germain-des-Pres, p. 57, n° XXXV. 

(?) Historiens de France, t. IX, p. 414-415; Tanpir, Cartons des Rois, n° 213f 

(3) Roubais, qui conserve son premier nom, n'est plus qu'un écart de cette 
commune. 

(4) La donation d'Issy ne nous est connue que par un acte refait entre 1003 
et 1015 (LASTEYRIE, Cartulaire de Paris, p. 3). 

(5) Suresnes fut donné en 918 par Charles le Simple à Saint-Germain-des- 
Prés, pour dedommager cette abbaye de la perte de La Croix-Saint-Leufroy, 
abandonné aux Normands (Tarpir, Cartons des Rois, n° 298, p. 143). 

(6) Prexor, Histoire de Cluny, 1, 32. 

(*) Borerius, I, 52. 





un de, ss pe k 1 ar 4 Fos 


k 
lea 46 th ss mor 4 


510 Get fn he: yÆ S duo QUES Las 












































ÿ 7 dat is yo ani Ü + 1 paf 
n L 121 4 FL 1 Lai era N7TI1 1 17 à eu Si r 414 +# 
. #4 fs LE #6 CRE AT LU Né 2 2 sbeue ‘ük 
; ÉCHOS EAST SE AN or die vb de Me ee 
Ex ke Sénat TRES A 4 
ve D NE CET: 
# set elteep until gs sxé ha “à d 2.5 "à 
(DER : at ve “5 re hésite FH: L: #} Le gr “ rer Ja: #13 ms 
M re . ' vs 
ALT THÉ : ES L CR ET € VIF 4% 
VE MONS 19 it è DRE CUITE 4 ne Et4 taf sites 
| mis, e E. ' Î Lhce h LOU G ITR PUTCLTCE — 
4 H F L à ’ + ALAN à . 23 6 L. 
YA HP. ins “ Fo: ete ti à 
ta srl 'yhé Lt 4 het de ice es pe 
. pe ; CPNEET ke G RARE IC . Re ) KLPEA AE rie Un 
© VE MEME CITY es & F P "LRE: LA BUTS Les LES aus 742 tr dé 
d Fa La NUE à HET, STE SPAS à PAIN ITR | 
w ab à. 4 2 à À à è F3 A tes due à ra dE 4 RENE à PLIS 
oi 4 at £ : LUE à sit SHARE r ICS 2 à L« RthE 
1 La F £ x ie: #10 \ CE Er 2 
: : RATES 11 be TN CHR TBE 
FLE | | EN ETAUE ad 
the nt êd titre te 


55 | : PERS: (3 Le es ? ml ro Te ere Le 
vo ; ELAUTES » à mA ae) es MT 5 postal Masse Pia 
à FES SAR UT rt: PEUT DUREE d 


“4 





d J or NCTTUETT a x do add in TE s Et! 
Fe D ASQMETE D MOT WE OEIL 
> sd { Ê « L 
« é .r L pe #. Lt MAS 
GL L 1 à LINE + , re" +) ks ENT A 
REPOS" FAPRRSR EL EMREUENX QT de Ep va. 6 the s ay 
YLLE 1 fe or ; ANT: L kb, fc LT ri NN i LA 
LRRTATE pes FAERERE nÿ PANI 1, LHC our 
LA x d &r SA ET JON 
hrs \ 4" Le 
° 54 LS 
ZE US | y Pi À Û 
RATES | Ju RE GS MAR AE die sa sr: 
à | ; ñ £. à RL ‘ts & hé, tigiama rs ) > + « “S , 4 
AY 9 “+ ] , {y £ . - » a 
« ARTE CGR CURE TSSCTT LCR QT ER GE EE pe T0: 
ñ / F \ M G 
k ñ A À n 
d eh % 





LÉ ét L j 
ab ubipr n'tis Tres 
, ' Ra . A nes ss uv 
L Lt % f 
\a ‘à F di 
, Va LA RL Le es af 
er Fa à , L 
A fes KL? ÿe L FUCREUNE HU +: “of: DA LE LUTTE , 
RS TS et EE RE ARR AE ET 0 
HR à . ste 48 is DRE |" ÿ 4 PAPE Te ton. FU ES EL 0 0 Cf 4 athri 







NE | ü v NS 4 Vie tie * nc Pate A Ë 4, : ‘ap KE a # ste nu Ava 
| FRE “ Fete à FPER sr, Mur DTA UT) iteux ane 
»-. t t * ru . £ + n À 





Les doyens de chrétienté 


Étude de diplomatique 
sur leurs actes de juridiction gracieuse en Belgique au XIII siècle. 


L'étude de la juridiction gracieuse du xir* siècle n’a 
guère tenté, malgré son intérêt évident, la curiosité des 
érudits. Si l’on veut savoir combien peu on s’est occupé 
de ces questions, il suffira de parcourir la littérature du 
sujet, très maigre, mais complète néanmoins, qu'en à 
dressée, en 1911, M. Oswald Redlich dans son manuel de 
diplomatique des actes privés (1). 

Quand on aura cité le travail de M. Paul Fournier sur 
les officialités (2), l'étude de M. G. des Mare: sur les lettres 
de foire à Ypres(), la dissertation récente de M. A. de 
Bouard consacrée aux notaires du châtelet de Paris (4), et, 
enfin, l'introduction de M. Aloïs Schulte au cartulaire de 
la ville de Strasbourg ()}, on connaîtra ce qu'on a publié 
d’essentiel sur les actes de juridiction volontaire du nord 
de la France, de la Belgique et de l’Alsace-Lorraine. 

Je voudrais montrer ici sur le vif l’action des doyens de 
chrétienté durant sa période de splendeur, — on devrait 
dire pendant sa seule période — c'est-à-dire tout le long du 
xu1® siècle. On y verra à l’œuvre un personnage ecclé- 
siastique, le doyen, faisant l’office d'écrivain public, prési- 
dant aux actes juridiques de ses ouaiïlles (ventes, contrats, 





\ 


(4) O. Reputcn, Die Privaturkunden des Mittelalters. 1911, p. 170 et passim. 

(2) P. Fournir, Les officialités au moyen äge. 1880. 

(5) G. nes Marez, La lettre de foire à Ypres au XIIIe siècle, dans Mémoires 
Académie royale de Belgique, t. LX (1901), in-8°. 

(4) A. pe Bouarp, Études de diplomatique sur les actes des notaires du 
chätelet de Paris. 1910. 


(#) AL. ScnuLte, Strassburger Urkundenbuch, 3. Einleitung, pp. xvu et suiv. 


60 H. NELIS 


testaments), rédigeant les chartes qui en fixent le souvenir 
et garantissant celles-ci au moyen du sceau de sa fonction. 
_ Ce sujet est entièrement neuf, bien qu’il présente de 
frappantes analogies avec l’étude de M. P. Fournier; mais, 
si la bibliographie est nulle, par contre, les sources d'infor- 
mation sont abondantes. Elles consistent uniquement dans 
les cartulaires et chartriers d’abbayes, imprimés ou manus- 
crits, de Belgique, de Hollande, quelques-uns d'Allemagne 
et du nord de la France. Elles permettent de donner une 
idée d’ensemble sur l’activité des doyens en tant que 
notaires. Je me propose d'examiner spécialement ces deux 
points : 1) l’exercice de la juridiction volontaire par les 
doyens de chrétienté; 2) les actes rédigés par eux en cette 
qualité. 


S I. Origine de la juridiction gracieuse 
des doyens de chrétienté. 


Une décrétale (non datée) du pape Alexandre III 
(1159-1181) constitue une date importante, on ne saurait 
assez le rappeler, dans l’histoire de la diplomatique du 
moyen âge et dans celle de la preuve écrite en justice. 
Non pas que ce pape ait créé la doctrine touchant le sceau 
authentique (1), mais parce qu’il l’a fait connaître officielle- 
ment et fixé de la sorte sur elle l’attention des juristes et 
des glossateurs. Alexandre III est d'avis (videntur nobis) 
que les actes authentiques n’ont aucune force probatoire 
[en justice ecclésiastique], en dehors des actes passés 
devant des notaires publics ou bien ceux munis d’un sceau 
authentique (*). 

L'opinion pontificale est, comme on voit, très clairement 
libellée ; maïs elle laissait la porte ouverte aux interpréta- 
tions les plus opposées. Car, que faut-il entendre au juste 
par sceau authentique et qui a le droit d’en avoir un? La 


(1) Sur le sigillum authenticum, voyez : H. BRessLAU, Handbuch der Urkunden- 
lehre für Deutschland und Italien, t. T, 2e éd. (1912), pp. 656-660; 718-721 ; 
Gross, bas Beweisverfahren im Kanonischen Prozess. 

(2) « Scripta vero authentica, si testes inscripti decesserint, nisi (forle) per 
manum publicam facta fuerint, ila quod appareant publica aut authenticum 
sigillum habuerint, per quod possint probari, non videntur nobis alicujus 
firmitatis robur habere. » C. 2, X, de fide instrum., 2, 22. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 61 


difficulté de déterminer exactement qui pouvait user d’un 
tel sceau permettait à une foule de gens de réclamer pour 
eux ce privilège. De fait, cependant, la doctrine et la cou- 
tume étaient d'accord, à la fin du xrri* siècle, pour recon- 
naître à certaines catégories de personnes ou personnes 
morales la qualité d’être détentrices d’un sceau authen- 
tique; c'étaient, dans le monde ecclésiastique, les hauts 
dignitaires, tels l’évêque, l’archidiacre, l'official, puis l'abbé 
d’une abbaye exempte et le doyen de chapitre; dans le 
monde laïque, c’étaient les grands seigneurs ainsi que les 
cours de leurs hommes de fief. 

Il fallait rappeler ces idées régnantes de l’époque pour 
comprendre à la fois l’origine et la grande vogue dont a 
joui au xrr° siècle, dans certaines contrées, la juridiction 
gracieuse des doyens de chrétienté. La décrétale du pape 
Alexandre III n’a pas octroyé à ceux-ci le pouvoir de 
notaires publics, puisque tel n’était, en vérité, pas son but, 
mais ele a aidé indirectement à le faire en reconnaissant 
de la valeur juridique aux actes munis d’un sceau authen- 
tique. La décrétale était l’affirmation solennelle d’une 
doctrine dont nous allons voir l’application pendant tout 
un siècle. L'acte du doyen de chrétienté forme juridique- 
ment le trait d'union entre la charte scellée par un parti- 
culier du xri° siècle et l'instrument du notaire public dont 
l'emploi commence à se généraliser en Belgique vers 
l’année 1300. 

La juridiction volontaire, dont les doyens de chrétienté 
sont investis, ne leur à pas été donnée par voie d'autorité 
administrative; c’est là un point bien établi; cette juridic- 
tion découle des circonstances ou des idées qui avaient 
cours touchant la valeur juridique de la charte. 

Au moment où nous sommes, c’est-à-dire vers l’an 1200, il 
y avait de longs siècles que la preuve testimoniale était 
— faut-il le rappeler? — la seule en vigueur en justice 
lors de contestations relatives à des matières de droit 
privé. On sait que le document écrit, ou la charta, jouissait 
aux yeux du juge d’une faible force probatoire; c'était un 
témoignage, certes mais que pouvait valoir un écrit, un 
parchemin composé en dehors de toute participation d’une 
autorité légale, rédigé très souvent par celui-là même qui 


62 H. NELIS 


bénéficiait des faveurs que l’acte renfermait ? (?) Nul, en 
effet, ne pouvant se créer des titres, quelle garantie juri- 
dique pouvaient-ils présenter ? 

Mais, d'autre part, le témoignage oral n’est pas éternel, 
il s'évanouit avec le temps, et on ne peut l’opposer, par 
conséquent, en cas de conflit, à des tiers après la mort des 
témoins. La force des choses obligea donc insensiblement, 
vers le milieu du xn° siècle, à consigner sur le parchemin 
des contrats, comme on l'avait fait au 1x° et au x° siècle, 
et à les entourer d’effets juridiques considérables (?). Il y 
eut ainsi une série de tentatives, d’expédients, les uns 
heureux, les autres maladroits, pour arriver au but auquel 
on désirait aboutir. Dans le duché de Brabant, le duc est, 
en quelque sorte, au xri° siècle, l’unique officier public de 
la contrée (*); par contre, les abbayes s’efforcent, au moyen 
des chirographes, de munir leurs titres de propriété de 
fortes garanties pour l’avenir(4). Restaient encore d'autres 
systèmes. ‘ 

Parmi ces modalités, celle qui consistait à s'adresser à 
une juridiction à sceau authentique, comme la juridiction 
décanale, paraissait toute désignée vers la fin du xrr° siècle 
et présentait, au surplus, les plus grandes garanties de 
succès. Elle découlait de la nature même des faits et on y 
arriva par une suite de phases successives. 

Le transfert des biens meubles, soit par donation ou par 
vente, se faisant en présence de témoins, il était naturel 
qu’on fit appel à un nombre considérable de garants ocu- 
laires et auriculaires. Au xr° siècle et plus tard, ce total 
atteignit parfois la trentaine; il suffit de parcourir un 
cartulaire de cette époque pour voir qu'aucune transaction 


(2) C£. ©. Renuion. Ibidem, p. 124, etc. et R. WEEMAESs, Les actes privés en 
Belgique depuis le Xe jusqu'au commencement du XIII siècle, dans Ana- 
lectes. E. ReusENs, t. XXXIV (1908), pp. 330-331. 

(?) Cf. E. ne MARNErFE, Un document interessant au point de vue de la 
valeur juridique des actes au XIIIe siècle ; dans Analectes. REUSENS, t. XXIX 
(1901), pp. 366-367. 

(3) Voyez la plupart des chartes ducales du xre siècle, publiées par E. »E 
Marnerre dans le Cartulaire d'A fflighem, les chartes de Heylissem, les Cartae 
Parcensis, etc. 

(+) Cf. H. Neus, La rénovation des titres d’asservissement en Belgique au 
XIIe siècle, dans Revue belge d'histoire, t. L (1914), pp. 1-95. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ ans 


en faveur d’une communauté religieuse n’était conclue, 
sans le concours d'une foule de gens lettrés ou même pas 
lettrés du tout. Quand une donation est faite, il y a là, sur 
le marché public ou en plein champ, non seulement le 
bienfaiteur, des parents, des amis, des moines en faveur 
de qui on donne, mais encore des prêtres, des clercs, et 
enfin, une multitude d’inconnus, hommes et femmes(t), que 
les chartes ne désignent pas autrement que sous le nom 
de «et alii multi » (?). La donation faite à Saint-Pierre- 
lez-Gand, en 1142, par un chevalier Englebert, est notée, 
par exemple, comme suit dans le Liber traditionum : 
«<Anno Domini M. C. XLII... dedit..……. circumstantibus et 
consentientibus parentibus suis et amicis .. Nomina testium 
qui interfuerunt : Walterus Covent, Balduinus de Dave- 
tengem, Balduinus Stop, Henricus de Larbeke et multi 
alii » (à). 

Avec le temps une sélection s’opère très naturellement 
parmi ce monde accouru de droite et de gauche et, parmi 
les témoins, le choix se porte sur les autorités morales les 
plus propres pourattester la véracité de faits passés ; c'est, 
d’un côté, l'autorité civile, représentée par les échevins, 
de l’autre, le pouvoir religieux qui figure soit par l’archi- 
diacre de la contrée, soit par le doyen de la circonscription, 
soit, enfin, par le curé de l’endroit. C’est le germe de la 
juridiction gracieuse exercée par ces deux pouvoirs, dont 
le xrn° siècle verra le merveilleux épanouissement. 

Que ce n’est point là une pure supposition, qu’on parcoure 
au hasard les actes de droit privé, de 1150 à 1200, publiés 
dans le Liber traditionum de Gand et on y verra, à chaque 
page, comment la coutume s’est formée. Choisissons trois 
exemples de l’étape parcourue, En 1154, donation est faite 
en présence du frère de la bienfaitrice, de son oncle et une 
foule d’inconnus ({); quelques années plus tard, en 1174, 
une donation se fait à la fois devant des curés de villages, 


(4) A. Faye, Liber lraditionum S. Petri Blandiniensis, p. 118 (en 1060) : 
« Notholdus el alii utriusque sexus quam plurimi ». 

(?) Cf. Cu. Prior, Cartulaire de l’abbaye d'Eenaeme, p. 364. 

(3) Cf. A. FaxEx, Liber tradilionum.…, p. 160. 

(4) Ibid, p. 160. 


64 H. NELIS 


des échevins et « alit innumerabiles » (!); ces derniers ne 
tarderont pas à disparaître, étant devenus encombrants 
aux yeux des curés et des échevins, et bientôt on ne passera 
plus d’acte que devant un échevin ou un ecclésiastique. 

D'autres circonstances aidèrent encore à centraliser 
entre les mains du haut clergé l'exercice de la juridiction 
volontaire. Dès le xr° siècle au moins, les archidiacres 
avaient l’habitude de tenir plusieurs fois par an des 
réunions solennelles où se rencontraient les curés de leur 
circonscription; on y discutait et arrêtait des points de 
discipline ecclésiastique et on y travaillait à la réforme 
de la vie religieuse; ces réunions devinrent bientôt aussi 
des prétoires où se plaidèrent et se tranchèrent des conflits 
entre clercs ou laïques touchant des droits de propriété 
(dimes, offrandes, limites, ete.). 

Il n’est pas douteux que ces assemblées n’aient exercé, 
par l’autorité dont elles émanaient et leur périodicité, une 
attraction profonde sur l’esprit des fidèles. Et l’heure où 
se terminait à l’amiable un long désaccord, était bien 
souvent l’occasion soit de régler des contrats privés, soit 
de faire de nouvelles générosités aux communautés reli- 
gieuses. Tribunal et bureau de notaire ne sont pas deux 
choses qui s’excluent au xri° siècle et, si l’on y songe bien, 
rien n'est moins contraire à la nature des faits. Les cartu- 
laires témoignent avec éloquence de cette coutume à partir 
de 1150 environ et l’on peut y voir à la longue un tribunal 
purement ecclésiastique devenir un bureau d’affaires au 
service du public. Je ne citerai qu’un seul exemple parmi 
tant d’autres propres au diocèse de Liége (?); c’est celui 
de la donation de l’église d’Orbais par les seigneurs de cet 
endroit à l’abbaye de Bonne-Espérance ; la libéralité a lieu 
en présence de l’archidiacre Henri qui en dresse acte (à). 


(1) Cf. A. Favex, Liber traditionum.…., pp. 194 et 195. La plus ancienne 
mention d'une intervention échevinale date de 1160; Zbid., p. 168. 

(2) Voir donations et achats devant l’archidiacre de Liége dans Sr. BormaAns 
et E. ScnoozmEesrers. Carlulaire de l'église de Liége, t. I, des années 1172 
(p. 172), 1185 (p. 106), 1187 (p. 108) et 1190 (p. 117). 

(3) Cf. MaGue, Chronicon Bonae Spei. Pour l'évêché de Cambrai, voyez »E 
Suer, Corpus chronicorum Flandrie, t. 11, p. 787 (acte de 1185); pour Tournai 
au xme siècle, cf. Vos, Cartulaire de Saint-Médard, passim ; pour Trèves, 
cf. GorriNer, Cartulaire d'Orval, p. 124 (acte de 1200). 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 65 


De même que les archidiacres,les doyens ruraux tenaient 
des assemblées, probablement mensuelles, où se rencon- 
traient les curés ou les bénéficiers avec charge d’âmes du 
doyenné. La plus ancienne mention d’une réunion de ce 
genre que je connaisse est antérieure à l’année 1106, et est 
rapportée par le Cantatorium S. Huberti où il est question 
de « concilium presbiterorum » et « conventus sacerdo- 
tum (1) », C’étaient pareillement des assemblées mi-admi- 
nistratives, mi-judiciaires. On trouva commode, vu la 
présence de fidèles, de passer des actes juridiques. Dans 
le diocèse de Liége, les réunions décanales s’appelaient 
invariablement au xir1° siècle concilit, leur chef : decanus 
concilit et les curés assistants : fratres concilii (?); dans 
les autres diocèses, par contre, il est communément 
question de christianitas et de decanus christianitatis. 

Ce fut à partir de la seconde moitié du xrr° siècle que 
les doyens réunirent leurs curés de la sorte d’une manière 
suivie ; avec le temps et le développement de la vie sociale 
s'accrut aussi le nombre des affaires qui furent portées 
devant leur tribunal. Recueillons seulement les traits sui- 
vants de son activité. En 1166 une vente d'immeubles a lieu 
devant Robert et Henri, appelés respectivement doyens de 
Schellebelle et de Boelaer ($); en 1186, Françon de Fon- 
taines et ses enfants, Guillaume de Haine, Alard de Mer- 
builes, ainsi que ses frères, promettent d'abandonner leurs 
prétentions à l'endroit de l’abbaye d’Aulne au sujet de la 
possession d’une terre située à Saint-Vaast; cette promesse 
formelle se fait non seulement en présence des échevins de 
l'endroit, mais aussi en plein concile ou assemblée des 
curés présidée par le doyen du doyenné de Binche ({). 
Quelques années après, en 1202, on note une confirmation 
d’une donation de terre faite devant Wéry, doyen, et de 
ses confrères du concile de Chimay ($). En 1205, Sébastien 


(2) Cf. K. HanqQuer, La chronique de Saint-Hubert dite Cantatorium, p. 47 
et 246. 

(2) Cf. Chronique de Saint-Hubert et toutes les chartes décanales du 
xIue siècle. 

(3) Cf. pe Suer, Corpus chronicorum Flandrie, t. 1, p. 770, n° xx1v 

(4) Cf. L. Deviers, Description des cartulaires…., t. I, p. 205. 

(5) Cf. Reusens, Analectes..…., t. XVII (1861), p. 29. 


66 H. NELIS 


de Heppignies renonce au cens,que lui réclamait le prieuré 
de Frasnes-iez-Gosselies, entre les mains du doyen de 
Fleurus : R .. et « omnes fratres concilii » (1); il en va de 
même en 1206 lors d’une cession de biens en présence 
d'Arnoul. doyen de Binche et de « multi alit de fratribus 
concilii nostri » (?). 

En résumé, tout portait, à la fin du xri° siècle, à faire à 
la campagne du doyen de chrétienté ou de concile le person- 
nage essentiel pour la passation d'actes juridiques, surtout 
quand ces actes avaient pour bénéficiaires des commu- 
nautés religieuses. Car, d’une part, de simple témoin qu’il 
était auparavant il est devenu à présent, grâce aux assem- 
blées conciliaires, juge et administrateur éminent, possé- 
dant un sceau propre à son office, auquel les juristes 
accorderont la valeur de ce sceau authentique caractérisé 
par le pape Alexandre III. 

Faut-il insister sur le rôle éminent du doyen au sein de 
ses ouailles du village ? Quand on lit certains cartulaires, 
aussi bien ceux de Flandre, du Brabant, du luxembourg 
que de Champagne(), on constate qu'au xirr* siècle, le 
doyen est partout et en toute circonstance. Mais cette place 
prépondérante qu’il occupe dans la vie morale comme dans 
la vie juridique s'explique d’elle-même. Un accord doit-il 
se faire entre deux propriétaires au sujet d’une vente ou 
d’un échange de terres, on s’empressera d’aller trouver 
l’homme qui, par son caractère religieux et son instruction. 
présente aux yeux de tous des garanties de sécurité et 
d'expérience éprouvées. Sans doute, peut-on s'adresser 
aussi aux échevins locaux ou ruraux, mais il semble bien 
qu’antérieurement au milieu du xrr1° siècle, l’autorité de 
ceux-ci comme officiers publics, ayant bureau d'écriture, 
était encore mal assise (4). 


(1) Cf. E. pe MaRxErrE, Carlulaire d'A fflighem, p. 332. 

(2) Cf. L. Deviisers, Description, t. 1, p. 205. 

(3) Sur le rôle extrêmement actif au x siècle des doyens de chrétienté de 
Provins, voyez V. CARRIÈRE, Histoire et cartulaire des Templiers de Provins. 
Paris (1919), pp. 41. 43, 44, 45, 48, 50, 52, 53, 55, 57, 62, 63, 65, 65, 67, 70, etc. 

(*) Les chartes échevinales attestant des contrats de droit privé sont rares 
en Belgique avant 1230; mais du fait que les actes sont peu nombreux on ne 
peut pas conclure que la juridiction gracieuse n’a été guère exercée par les 
échevins, bien au contraire, mais simplement que les échevins ont organisé 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 67 


Le doyen est connu dans toute la contrée, il est l’homme 
de confiance et il s’intéresse plus activement aux menus 
faits de ses fidèles, à leurs transactions, voire à leurs que- 
relles, que ne pourraient le faire les juges de l’évêque, les 
officiaux ou les notaires relégués dans une chancellerie 
éloignée. Sa parole persuasive provoquera mieux quen'im- 
porte quelle autre des donations, elle tranquillise les con- 
sciences et apaisera, au besoin, des conflits 1rritants entre 
parties. Ce personnage ecclésiastique est appelé à un bril- 
lant avenir; nous verrons son autorité grandir avec le 
temps et s'implanter dans les contrées les plus opposées 
de notre ancienne Belgique; en Wallonie, au diocèse de 
Liége, on l’appellera le doien de council, en terre fla- 
mande et dans les parties wallonnes des diocèses de Cam- 
brai et de Tournai, le landdeken ou le doyen de chrestienté. 

Remarquons encore qu’à la fin du xr° siècle, le doyen 
n’a guère de concurrence à craindre de la part des tribu- 
naux échevinaux dont les bureaux d'écriture ne sont pas 
organisés ou sont si peu actifs. Enfin, quand l’évêque 
s'adresse à lui pour faire passer des contrats, il est le col- 
laborateur en quelque sorte de l’autorité épiscopale et son 
prestige en grandit. Il se trouvera ainsi, faute de concur- 
rence et grace à l’évêque, être le premier à exploiter dans 
nos contrées, dès 1200, ce sceau de juridiction que la 
royauté française n'utilisera que bien plus tard et par imi- 
tation des institutions ecclésiastiques (1). 


tardivement une chancellerie. Des textes très connus empruntés au Liber 
traditionum (p. 104, etc.) et au Cartulaire d'Eenaeme (p. 74 …), montrent 
la juridiction volontaire en Flandre aux mains des échevins depuis la seconde 
moitié du xne siècle. Voici quelques dates des plus anciennes chartes éche- 
vinales (actes de droit privé) : 1153-1154, Nivelles (Cf. A. WaurTers, : Bull. 
comm. roy. hist. Ssér. 4, t. VII, p. 339 et E. ne Moreau, Chartes de Villers, 
p. 15); 1199, à Tournai (Ann. Soc. hist. Tournai, 1896, p. 31); 1206, à Ypres 
(Feys et Neuis, Cart. Saint-Martin, t. Il, p. 45); 1216, à Bruges et Huy 
(WARNKOENIG-GHELDOLF, Hist. de Bruges, p. 142, note 1 et p. 14 (suite), note 2); 
L. Devicers, Description, t. 1, p. 164): 1220, à Gand et Alost (Cartul. de 
Baudeloo, n° IT (B), fol. 190, aux Arch. État Gand et chartrier de l'abb. de 
Forest, aux Arch. Gén. roy.); 1227, à Dinant (Bull. Soc d'art et hist. diocèse 
de Liege, t. V, p. 466); 1227, à Dixmude (F. van DE Purte, Chronica… de 
Dunis, p. 365); 1128, à Furnes (F. van DE Pure, Cartularium de Dunis, 
p. 537); 1229, à Louvain (Cartul. du Parc À, fol. 24, à l’abbaye du Parc). 
(:) Cf. ne BouaRp, 0p. cit. 


68 H. NELIS 


Voilà l’origine de la chose. il faut maintenant rendre 
compte de son nom. D’où vient l'appellation : decani 
christianitatis, decani conciliorum ? Ce dernier mot est en 
partie résolu. 

D'où vient l’appellation : decani christianitatis ? 

Il est hors de doute qu’au xrri° siècle le mot christianitas 
(crestienté) avait deux sens légèrement distincts. Le pre- 
mier était synonyme d'ecclésiastique, par opposition à 
laïc ; le second désignait plus particulièrement une circon- 
scription religieuse à la tête de laquelle se trouvait un 
doyen rural, c’est-à-dire un doyen appartenant au clergé 
séculier et non attaché à un chapitre. Le texte de l’an- 
née 1294 cité par le dictionnaire de Fr. Godefroy témoigne 
très nettement pour la première de ces significations ({); 
quand, en 1269, une charte dit : « Et iis Jehans dit qu'il le 
proverotit bien en la court de la crestientei (?) », le mot de 
crestientei est l’équivalent d’ecclésiastique. Aux xrrI° et 
xiv® siècles il était communément question à Reims de 
chrétienté pour désigner les rouages du tribunal ecclésias- 
tique de l’official, à l’exclusion du tribunal civil; une 
charte du 24 novembre 1221 parlera par exemple ainsi : 
«ad episcopum vel ejus officialem qui tenebat PLACITA 
CHRISTIANITATIS () »; il est question non seulement d’offi- 
cial de la chrétienté, mais de « promoteurs de la cres- 
tienté » et d’ « appariteurs de la crestienté » (4). 

Le second sens du mot christianitas n’est pas moins évi- 
dent. Il désigne un territoire déterminé soumis à la juri- 
diction ecclésiastique soit du doyen rural, soit de l’archi- 
diacre d’une cathédrale. Exemple : le 8 août 1384 est 
mentionné parmi les dignitaires du chapitre Notre-Dame 
de Reims l’archidiacre de la chrétienté, c’est-à-dire le chef 
hiérarchique du doyenné de la ville (); la maison qu’il 
occupe est appelée, le 21 décembre 1326, « domus archi- 


LL 


(1) C£. FR. GopEerroyx, Dictionnaire de l'ancienne langue francaise, t. II, 
(1883), p. 131. 

(?) CE. Varis, Archives administratives de Reims, t. 1, p. 744. 

(3) Cf. Ibid., t. IX, p. 520. 

(+) CE. lbid.,t. If, pp. 776, 520, 428, 1182. 

(5) GE. 1614; te Ep 506. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 69 


diaconi remensis que dicitur domus christianitalis remen- 
iso) 

Quant au nom christiani donné aux doyens ruraux on 
devine aisément comment on à pu faire choix de ce terme 
spécial. On sait qu'il existait deux espèces de chapitres 
ecclésiastiques comprenant chacun un dignitaire appelé 
doyen; c’étaient les chapitres réguliers (de Saint-Augus- 
tin) et les chapitres séculiers (chapitres de cathédrale et 
collégiales) ; dans l’un et dans l’autre le doyen était désigné 
du nom de decanus chori ou decanus capituli; par contre, 
le doyen rural était désigné par le titre : decanus christia- 
nitatis. Les deux personnages sont nettement caractérisés, 
par exemple, dans une charte du 9 juillet 1240, émanée 
d'un certain Othon de Louvain; l’acte se termine comme 
suit : « In cujus rei testimonium sigillis cHort [du chapitre 
Saint-Pierre de Louvain] ET CHRISTIANITATIS DECANORUM 
in Lovanio praeceptis scriptum fecimus roborari (?). » 
Depuis la fin du xru° siècle, il est question dans les chartes 
de decani chori (?). 

Ajoutons encore qu’au xir1° siècle l’appellation : cre sien, 
christianitas, était l’équivalente d'homme sans reproche, 
de parole d'honneur ou jurée. Dans une charte de 1209, 
Gilbert de Landen ne dit-il pas : « concessi in ostagium 
CHRISTIANITATEM MEAM (t) »? L'expression était très répan- 
due, on la retrouve, pour ne citer qu'un seul cas, en 
octobre 1229 : « dont il ont establi en ostages lor cres- 
tienté (5). » 

Si l’on relève les actes des doyens de chrétienté conser- 
vés dans les chartriers et les cartulaires et que, d’autre 
part, on examine ceux réunis dans le dictionnaire de Gode- 


(2) Cf. Ibid., t. II, p. 438. 
(*) Cf. Chartrier de Sainte-Gertrude de Louvain, aux Archives générales du 
royaume. 

(5) Cf. une charte de 1195 du chapitre d’Anderlecht : « C. decanus et univer- 
sum ejusdem chori [beati Petri Anderlectensis] capitulum », dans A. WAUTERS, 
Analectes de diplomatique, Ie série, p. 379, n° XXXV. Voir encore une charte 
de novembre 1224 : « Sigerus decanus chori Mecliniensis », dans Enc. bE Mar- 
NerrE, Cartulaire d'A fflighem, p. 427. 

(+) CÉ. pe REIFFENBERG, Monuments pour servir à l'histoire des provinces, 
t. 1 (1844), p. 132. 

(5) Cf. Le GLay, Memoire sur les archives de l'abbaye de Vicogne (1855), p. 17. 


70 | H. NELIS 


froy sous la rubrique : doyen de crestienté, on est frappé 
que tous se rapportent à une circonscription ecclésiastique 
déterminée, notamment à l’ancienne province ecclésias- 
tique de Reims. Godefroy nous ramène, par ses nombreux 
exemples, aux départements français du Nord, du Pas-de- 
Calais, de la Meuse, de la Marne, soumis à la juridiction 
métropolitaine de Reims. Ajoutons-y les chartes privées 
des doyens de Champagne (Provins) édités par M. Carrière 
et appartenant à la province de Tours, et on pourra con- 
clure, sans trop s’aventurer, que l’exercice de la juridiction 
gracieuse par les doyens de chrétienté était une particula- 
rité propre au nord et au centre de la France, ainsi que des 
anciennes provinces belges (1). 

On a vu que dans la province ecclésiastique de Cologne, 
principalement au diocèse et dans la principauté de l'iége, 
le mot christianitas est remplacé par celui de concilium (?}. 
Au moyen âge concilium désignait plus particulièrement 
l'assemblée, sous forme de chapitre (*), des curés sous la 
présidence du doyen. Dans un acte, de 1130, d'Alexandre 
de Juliers, évêque de Liége, le concile décanal est mis sur 
la même ligne que le synode de l’archidiacre « ipseque 
presbiter parochianus a synodo, a coNcrr10 et ab omni 
prorsus liber archydiaconi et DECANI censura » (4). 

Indépendamment de synonyme d’assemblée, le mot 
concilium désignait encore, dans le même diocèse, au 
x siècle, une circonscription ecclésiastique soumise à 
la juridiction du doyen rural. Une charte de janvier 1261 


(4) CE. V. CARRIÈRE. Histoire et cartulaire des Templiers de Provins. Paris, 
1919. Le plus ancien aste décanal est de 1219 (p. 43); depuis lors jusqu'en 
1260 (c), on ne compte pas moins de 47 chartes émanant des doyens de Provins. 

(?) Cf. un acte de renonciation à Fleurus de 1205 devant Rodolphe « Dei 
gratia decanus de Flerus et omnes fratres concilii », DE MARNEFFE, Cartulai.e 
d'Afflighem, p. 332, n° CCXLVII. Citons, à titre d'exception, une charte 
de 1214 portant « Balduinus DEGANUS carisriANiTATIS de Cirvia », »'HERBOMEZ, 
Cartulaire Saint-Martin de Tournai, t. I, p. 236, n° 296. 

(3) Cf. une donation de 1259 faite « in pieno coNc1o Bastoniensi», Bulletin 
Soc. art. et hist. du diocèse de Liége, t. XX (1913), p. 73 note 1. En sep- 
tembre 1226 ; « Datum Geldonie publice iN coNcn10 », Analectes..., REUSENS, 
t. XXV (1895), p. 308. 

(+) CE. V. Bargier, Histoire de l'abbaye de Floreffe, t. 11, p. 7, n° 10 (charte 
authentique ?). 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ TE 


(n. st) mentionne un certain H.., curé du concile de 
Léau (1) et au xvi° siècle on parle encore communément, 
par exemple, dans le diocèse de Liége, des conciles de 
Jodoigne, de Louvain et de Léau pour désigner les doyen- 
nés faisant partie de l’archidiaconé du Brabant. 

De quand datent les doyens de chrétienté? Nous avons 
vu que leur nom apparaît dès le début du xr1° siècle; mais 
leur activité en tant qu'écrivain public n’est pas antérieure 
au dernier quart de ce siècle. En dépouillant les cartulaires 
imprimés et inédits ainsi que les chartriers, on peut dres- 
ser le tableau suivant des premiers doyens connus. 


I. — Doyens non autrement spécifiés (?). 


1075. Freduard, do Graide (*). 

1166. Lifnodus, doyen de Wasia ({). 
1180. Galterus, doyen de Bavai (°). 
1190. Henricus, doyen de Mons (5). 


II. — Premières mentions de doyens de chrétientée. 


1146. Raoul, doyen du concile de Fleurus (7). 
1174. Alexandre, doyen de Hal (8). 

1177. Géry, doyen de Saint-Brice, à Tournai (?). 
1186. Godin], doyen de Binche (10), 

[1182-1198.) Thomas, doyen de Valenciennes (11). 
1190. Walhère (saint), doyen de Florennes ({?). 


(1) « H... Lewensis concilii... investitus », GoEpscHALcax, Bijdragen, t. 1, 
p. 204. 

(?) Cette liste mentionne des doyens devant qui se sont conclus des contrats 
de droit privé. Beaucoup de ces doyens doivent être des doyens de chrétienté. 

(8) Cf. Roca», « Étude historique sur le village et le doyenné de Graide », 
dans Ann. Soc. archeol, de Namur, t. XVI (1883), p. 465. 

(+) Cf. A. Faye, Liber traditionum..., p. 181. 

(5) MiRæus et FoprENs, Opera diplomaticu, t. IT, p. 976. 

(5) Cf. ne Suer, Cartulaire de l'abbaye de Cambron, p. 564. 

(7) Cf. chanoine Roranp, « Les doyens du concile de Fleurus », dans Leo- 
dium, t. XD (1913), p. 138. 

(S) Cf. [SerruRE], Cartulaire de Saint-Bavon de Gand, p. 59. 

(”) CE. Miæus et Forpens, Opera diplomatica, t. Il, p. 1319. 

(9) Cf. L. Devizers, Description, t. 1, p. 205. 

(11) Cf. A. n'HERBOMEZ, Cartulaire de Saint-Martin de Tournai, t. |, p. 

(1?) Cf. F. Baix, « Doyens du concile de Florennes », dans Anulectes..…, REU- 
SENS, t. XXXVI (1910), p. 108, note 1. 


72 H. NELIS 


1190. Rodolphe, doyen de Gand (1). 
1198. Arnoul, doyen de Bruges (?). 
1198. Achille, doyen de Léau (À). 
1200. Jean, doyen de Jodoigne (4). 
1200 (c). Herbert, doyen de Longuion (ÿ). 
1201. Gérard. doyen de Carignan (Y voix) (6). 
1202. Wéry, doyen de Chimay (7). 
1204. Englebert, doyen de Louvain (f). 
1204. Gérard, doyen de Tongres (°). 
1208. Godefroid, doyen de Bruxelles (10). 
[1190-1210c]. Michel, doyen de Thuin (1). 
1214. Baudouin, doyen de Chièvres ({?). 
1216. Jean, jadis doyen d'Anvers (f3). 
1217. R..., doyen de Furnes (14). 

1220. .…, doyen de Houthem (1). 
1220. Eudes, doyen de La Bassée (15). 

222. J..., doyen de Courtrai (17). 

[1221c]. Guillaume, doyen de Roulers (1°). 
1225. Thierry, doyen de Grammont (1°), 
1225. R..., doyen de Douai (*°). 

1226. Guillaume, doyen de Gembloux (#1). 


(1) C£. van LokeREN, Chartes de Saint-Pierre à Gand, t. I, p. 199, n° 364. 

(?) Cf. Mmævus et Foppens, Opera diplomatica, t. IV. p. 529. 

(3) C£. Chartrier de l’abbaye de Heylissem [29 nov.-31 déc. 1198), aux Arch. 
gén. du royaume. 

(4) Cf. L. Devizers, Description.…, t. [, p. 208. 

(5) C£. GoFriNET, Cartulaire de l'abbaye d'Orval, p. 122. 

(6) Zbid., p. 134. 

(7) Cf. Analectes..…, REUSENS, t. XVIL (1881), p. 29. 

(8) Cf. A. Waurers, Bull. Comm. roy. d'histoire, sér. IV, t. 7, p. 387. 

(9) C£. JEAN Paquay, Cartulaire de Notre-Dame de Tongres (1909), p. 57. 

(10) Cf. Cartul. Grimberghen, n° I, fol. 108. 

(41) Cf. L. Devizers, Description, t. I. p. 76. 

(2) Cf. A. »'HerBomEez. Cartulaire de Saint-Martin de Tournai, t. I, p. 236. 

(13) CF. A. pe VLaminox, Cart. de Termonde, p. 96. 

(14) CE. F. V. et C. C., Chroniconet cartularium S. Nicolai Furnensis, p. 139. 

(15) Cf. Analectes…., REUSENS, t. XI (1874), p. 28. 

(16) Cf. CG. Piotr, Cartulaire d’Eenaeme, p. 104, no 131. 

(47) CF. Revue des bibliothèques et archives de Belgique (1904), p. 306. 

(48) CF. L. van HoLLEBEKE, Cartulaire de l'abbaye de Loo, p. 50. 

(5%) Cf. pe Suer, Corpus chronicorum Flandrie, t. I, p. 852, n° CXLI. 

(20) C£. G. Espinas, La vie urbaine de Douai au moyen âge, t. HI (1913), p. 19. 

(21) Cf. Analectes.…, REUSENS, t. XXV, p. 303. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 13 


1227. Francon, doyen de Hanret ({). 

1229. Bastien, doyen de Hozémont (?). 

1229. Guillaume, doyen de Saint-Trond (3). 

1231. Gilbert doyen du concile de Saint-Remacle 
(Theux) ({). 

1231. Hugues, doyen de Mouzon (S). 

1233. ..…, doyen de Bergues-Saint-Winoc (6). 

1236. .…, doyen de Bastogne (7). 

1236. Jacques, doyen de Pamele (8). 

1236. Lambert, doyen d’Audenarde (?). 

(A suivre.) 

| H. Neuis. 


(1) Cf. Annales de la Societé d'archéologie de Namur, t. XXVIL (1908), p. 255. 

(2) Cf. ScnoonBroopr, Inventaire des chartes de Val-Saint-Lambert, t. I, p.33. 

(3) Cf. J. W{ozrers], Notice historique sur l'ancienne abbaye de Millen (1853), 
p. 47. 

(+) C£. ScHoonBroopT, tbid., t. I, pp. 39,40, 100. 

(5) CE. H. Gorriner, Cartulaire d'Orval, p. 220. 

(6) Cf. Cartularium de Dunis, p. 559. 

(7) Cf. En. Poxcezer, Inventaire des chartes de Sainte-Croix, t. 1, p. 33. 

(8) Cf. Cu. Pror, Cart. d'Eenaeme, p. 189. 

(®) Ibid., p. 190. 










ei Lérs 0 à 0 ne RS ‘ | Pre : 
"4 é QT ir. PT pl 
intel d'u RE MAS Li ve ue Cr 1 
PR 2 ne As péso À 
v . 
| ! *. à me NS ere 
A AU GO pr SUR TONI LE Mode Jar. 


1 ef CNE EN te Bar ob RoxoP , soilé 
de Ne tie y pre Été db so Htarielll 


M Hit 
MTV OT PRE 6) Amd bhr. sa ob 116618 


ENT) ; ' Dati, # AL rA j 'T'HM i' n De 


YEN cs Grau (EE Pr Bb ob oi Fe 
| (91 SOCE Ve me Ur Q +941 ‘of roy EBe Eu 
| L j 


Ü 


Fi A “u sirrt du: El 0 avé LER 


» LL) se TROUS #f-it6 ob 20H 0% ta 
ni 16, (AR) striabe AD revois rot 


DE 


k CS Li #3 Le \ fl à « 
CSA UTÉER 
UE £ AUT AE AL: vi 
o pi : + ù ; 3 
va #2 ( 14 & L l 2 


OU 1 ABOGNEONTRA UMR fe boat MATE ns to à A "7 
f LL tra nr a Re Et tante Y TTOUÉE ROCHER L L Le 
nr à A td ‘té lucie titi High ci Cru pl sr {este a Xc4| 
| : + , 
OU ONE (ur, AU N ro 0e de 
AL LE CUPET 4 ET ua death à 
HE QUI id : sh de DE n'a 
ion d ae as pm pee aù 
Mania NH PAL R rot 
te A n° 
<044 METRE à 


Ÿ WE M 1 


| 11 : é ide 6 . 1 
e 5 . LAVE LE - Ca +0. 1 
; ‘ : A. 


NS 


\L Écaau 9, M, GRR 
ai ! Fe, sd 0 à 
Mn) dr | ans SAN Et & 
CNT #- 4 AC 4 on “) £ had (Pie 7 P {: 
LOU ULS A — wi LIMAS MR ie 
a | et LE L É : 
| SR Pa PRES M 
1 sf ira | 24'Loi 
2 , d NS a" 
: \ ue | 
é Fa " PT el 


Plaintes et enquêtes relatives à la ges- 
tion des baïllis comtaux de Flandre 
aux XII et XIV° siècles. 


Aux xui et xiv® siècles, l’administration du comté de 
Flandre repose en grande partie sur les baïllis. On les voit 
agir tour à tour comme officiers publics et officiers doma- 
niaux. Parmi les écoutêtes, prévôts, ammans et receveurs, 
ils occupent une place spéciale et tout à fait prépondé- 
rante : eux seuls, dans les villes et les châtellenies, 
incarnent vraiment l'autorité comtale ({). 

S1 les comtes donnérent à leurs baïllis une telle impor- 
tance, ils s’efforcèrent en revanche de les maintenir dans 
une étroite subordination. Ils y réussirent pleinement. 
Fonctionnaires amovibles, déplacés sans cesse d’une cir- 
conscription à une autre, rémunérés par le prince et, de 
plus, assermentés, les baillis, par le caractère même de 
l'institution, ne sont que des instruments entre les mains 
de leur maître. En dehors de ces mesures, on se rend 
compte que depuis la fin du x1r1° siècle on exerce sur eux 
une surveillance constante. Leurs comptes sont minutieu- 
sement et périodiquement vérifiés par des commissaires 
comtaux. Des rapports fréquents avec l’autorité centrale, 
qui se manifestent par des entrevues avec le comte et son 
conseil, par des messages, par des comptes rendus envoyés 
au prince, empêchaient qu'ils fussent isolés et abandonnés 
à eux-mêmes dans leur circonscription. Soumis au contrôle 
du receveur de Flandre, ainsi que plus tard à celui du sou- 
verain baïlli, les baïllis flamands peuvent être considérés 


(*) Leur présence était si indispensable dans les communes, que leur rappel 
par le comte, aux époques de troubles, provoquait un « cès de loi », arrêtait 
complètement le cours de la justice et jetait, pour ainsi dire, l’interdE « civil » 
sur le magistrat. 


76 H. NOWÉ 


comme des fonctionnaires très dépendants et auxquels L 
n’était laissé qu'une initiative limitée (1). 

Cette surveillance visait surtout la gestion de ces offi- 
ciers en tant que gardiens des prérogatives comtales et 
receveurs des droits de leur maître. Pourtant le rôle du 
baïlli ne se bornaïit pas à cela. Comme représentant du 
prince, qui incarnait l’idée de justice, et dont la mission 
essentielle était de protéger ses sujets et de faire régner la 
paix parmi eux, le baïlli idéal, tel que le souhaitait Beau- 
manoir (?), devait, dans ses rapports avec ses administrés, 
donner l’exemple de l’équité et de la bonté. Il ne pouvait 
donc être indifférent à l'autorité centrale de savoir com- 
._ ment ses agents traitaient ceux qui étaient confiés à leur 
garde. Ces renseignements lui furent fournis par les 
doléances que ces administrés pouvaient librement lui sou- 
mettre. Ces plaintes, ainsi que les enquêtes auxquelles elles 
donnaient lieu, formaient en effet pour le comte un excel- 
lent moyen d’information sur la conduite de ses baïllis. 
Louis de Male, comme nous le verrons plus loin, le trouva 
si efficace, qu’il institua quatre journées par an consacrées 
à l'audition des réclamations faites contre les officiers 
comtaux. Aussi a-t-on tout lieu de croire que celles-ci 
furent très fréquentes (*) : pour tout conflit on « courait » 
au conseil comtal (4), bien souvent à ses risques et périls, 


(1) Dans un travail sur les baillis comtaux de Flandre, nous étudierons en 
détail les attributions de ces officiers ainsi que le caractère de l'institution. 

() Paizippe DE BEAUMANOIR, Coutumes du Beauvaisis (édit. Salmon, p. 47 et 
suiv.). « La tierce vertus que li baïllis doit avoir, si est qu'il doit estre dous 
et débonaires, sans félonie et sans cruauté. » 

(5) Un certain nombre de ces documents sont parvenus jusqu’à nous 
(Archives de l’État à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Saint-Genois 
et Gaillard), mais dans ceux-ci mêmes il est quelquefois fait allusion à d’autres 
plaintes et enquêtes, qui, celles-là, sont perdues. D’ailleurs il est à supposer 
que nous ne possédons qu'une petite partie des plaintes portées au comte. 

(*) Dans sa défense, le bailli de Bredenrode (voir plus loin, p. 83) cite 
deux femmes qui se rendirent à la cour comtale pour se plaindre, l’une des 
échevins de Gand, l’autre de lui-même : « ..….als Gosins wijf vors. siet dat se 
wet sal nemen moeten te Everghem, loep se te minen here van Vlaendren, 
ende bringhet lettren an den bailliu van Ghent dat hi mitgaders den baeliu 
van den Ouderborch de vrouwe houden soude in rechte »; «... de moeder 
van Janne liep te hove ende seide dat de bailliu ghedaen hadde een onre- 
delic besouc... » (Ibid., fonds Saint-Genois, n° 1391). 


BAILLIS DE FLANDRE FF} 


car il fallait redouter la vengeance du bailli ({). Les 
plaintes étaient bien reçues : la cour mandait aussitôt 
l'officier devant elle ou exigeait des explications par 
lettre (?). Si les doléances devenaient par trop nombreuses, 
des «heren van hove » étaient envoyés sur les lieux afin 
de rechercher s’il n’y avait pas d’autres méfaits que ceux 
qui avaient été portés à sa connaissance (*). 

Tous ces documents relatifs aux excès et aux abus dont 
les administrés des baïllis furent les victimes (4), jettent une 
lumière très vive sur les mœurs judiciaires du xrrr° et du 
xIve siècle, mais ils nous font également pénétrer dans la 
société de cette époque et nous apprennent une foule de 
particularités sur la vie de tous les jours des bourgeois et 
des paysans. 

Ces enquêtes ne remontent pas au delà du milieu du 
xr11* siècle. La première que nous ayons pu retrouver date 
en effet de 1250. C’est une longue enquête, rédigée en latin, 
sur la gestion du baïlli de Warneton, Gautier d'Arona- 
sia (5). Les nombreux témoins qui vinrent déposer devant 
les auditeurs, attestérent que cet officier avait commis de 
nombreux abus tels que dénis de justice, saisies et empri- 
sonnements injustifiés, violence de toutes natures, mais 
surtout d'innombrables exactions. C’est là un grief qui se 
rencontre dans un grand nombre de plaintes; on n’en fit 
pas d’autres à Thibaut, baïlli de Lille, lors d’une instruc- 
tion ouverte sur sa gestion, vers 1267 (6) 


(1) Un homme avait été emprisonné par le bailli de Gand et n'avait pu obtce- 
nir Justice : « Here, doe send ic then grave waert. Here, doe ic then grave 
werd hadde ghesent, ende hij ’t wist, doe svoer hi bi rudderscepe dat hie 
nenmermeer huut ne kame hine souds sine wile hebben. » (Archives de l’État 
à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Gaillard, supplément, rebut.) 

(?) Voir plus loin. 

(5) Dans une plainte relative à la gestion de Pierre Daens, bailli du pays de 
Waes, on lit : « Darna quamen heren van hove of iemand over Pieter claghen 
woude, doe quam dees clauus oer ende claghede over Pieter van desen 
ghelde... » 1bid., fonds Gaillard, supplément 0 60. | 

(+) Nous ne nous occupons pas ici des réclamations relatives aux empiéte- 
ments des baillis sur les droits de justice des seigneurs locaux, surtout ecclé- 
siastiques. Ce ne sont là que d’inévitables conflits de justice qui, en définitive, 
ne témoignent que du trop grand zèle de ces officiers pour les intérêts de leur 
maitre. 

(5) lbid., fonds Gaillard, nos 951, 952, 954, 954bis. 

(6) Zbid., fonds Gaillard, supplément P (sans numérotation). 


78 H. NOWÉ 


A la fin du xrn° siècle et au début du x1v° les mentions 
de plaintes ou d'enquêtes se font plus nombreuses. 
Vers 1295, Pierre le Jumel, bailli de Lille et de Douai, est 
destitué de son office, va chercher un refuge dans le bail- 
liage d'Amiens, et ensuite promet de se soumettre à l’en- 
quête et au jugement du comte (!). Quelque temps après, 
pour des motifs qui nous sont également inconnus, Gui de 
Dampierre envoie des enquêteurs rassembler les doléances 
sur la gestion de Pierre Daens, baïlli du pays de Waes (2). 
Le 10 juillet 1298, Chrétien de Brabandere, baiïlli de 
Bruges, et Galles le Clerc, baïlli de Gand, en l’église 
Notre-Dame d'Ardenbourg, entendent les dépositions sur 
le crime dont on accusait Gautier le Quikre, baïlli de cette 
ville. Chose énorme pour un officier comtal. il aurait fait 
commettre un meurtre par son neveu et ses sergents, en 
pleine ville d'Ardenbourg. Sur les 27 témoins qui dépo- 
sèrent, 16 déclarèrent « sour sâme » que le crime avait été 
commis « dou consel le dit Wautier le Quikre, baï!liu d’Ar- 
denborch... et par se seute » (*}. L'année suivante (1299), 
nouvelle et importante affaire concernant cette fois le 
bailli de Damme, Jean van den Steene (4). Cette fois, fait 
assez rare, le magistrat, au nom de la commune entière, 
portait plainte contre l'officier comtal ($). Ce baiïlli, qui 


(:) Pierre le Jumel promet « ke de quan kil a et ara a amender enviers 
noble prince Gui, conte de Flandre et marchis de Namur, et enviers tous pour 
l'administration des baillies de Douai et de Lille, u il a esté baillius, si comme 
deseure est dit, oies toutes plaintes et toutes demandes et toutes autres choses 
con dira et con voura dire encontre lui, en l’ocoison de l’aministration devant 
dite, oïes ausi ses raisons et ses responses encontre, par le conte de Flandre, 
u de ses gens à che députeis par le dit conte... », il s'en remet au jugement 
du comte. {bid., fonds Gaillard, supplément G 43. 

(?) Ibid., fonds Saint-Genois, n° 986. 

(3) Il est possible que Gautier fut destitué à la suite de cette affaire. L'année 
suivante il figure parmi les témoins entendus dans l'enquête sur la gestion de 
Jean van den Steene, baïili de Damme ; il y est mentionné comme ancien bailli 
d'Ardenbourg : « Wautiers li quicres, adont baillius dou dit lieu, Symons de le 
Velde, baillius orendroit. » (Ibid., fonds Saint-Genois, n° 1018.) 

(4) 1bid., fonds Saint-Genois, n°s 1018, 1019 et 1051. Le document n° 1018 a 
été partiellement publié par V. Gaillard. {Recherches sur les monnaies des comtes 
de Flandre jusqu'au règne de Robert de Béthune, p. 20.) 

(5) « Dit sin de pointe darof dat scepenen ende de mentucht hem beclaghen 
als van der Janne van den Stene » (n° 4051). 


BAILLIS DE FLANDRE 79 


avait la direction de l'atelier monétaire de Damme, ainsi 
que äu change (1), se serait si mal acquitté de ses fonctions 
qu'il aurait mis en péril le commerce de la ville (?); on pré- 
tendait même qu'il avait falsifié les pièces de monnaie (à), 
et qu’en tous cas il les avait dépréciées lors du change (4). 
D'autres abus s’ajoutaient à ceux-là : violations des privi- 
lèges et violences sur divers bourgeois. L'enquête fut faite 
par le propre petit-fils du comte, Louis de Nevers), et par 
Guillaume de Mortagne (3 septembre 1209), et il semble 
bien que le baïlli ait été acquitté (6). En tous cas, la plupart 
des témoins (?) ne connaissaient les faits que par ies bruits 
qui en circulaient dans la ville et chose curieuse, les éche- 
vins de Damme eux-mêmes, de qui pourtant la plainte 





(1; C'est là un fait très exceptionnel. En nulle autre localité le bailli ne 
possédait ces fonctions. D'ailleurs le bailli de Damme jouissait d'un régime 
très spécial. Alors que tous ses collègues recevaient un traitement fixe, Jean 
van den Steen percevait le tiers des amendes, comme les écoutêtes. Son fils 
lui succéda dans sa charge en 1306. (Archives générales du Royaume, 
Chambre des Comptes de Flandre, comptes en rouleaux, carton 75, n° 1381.) 

(2) « Terste es, dat niemare loept alse dat ’t Swin ende de coepmanscepe 
van den Suene verloren es, ende de port van den Damme jammerlike ghe- 
scandalisert es, alse bi dèr munte die hi beleet heeft boven andre munten » 
(no 1051). 

(3) «.. uns Pieterkins Ricouars cognut qu'il bati Ricouart le fil Ernoul. 
Requis pour quoi, il dist qu'il but en une taverne, et quant il vot paier son 
escot en esterlins. li hostes ne les vaut mie prendre. Et il demanda pourquoi 
il les refusoit à prendre, li hostes li respondi : « Ce sont faus esterlin. » Et 
adont li dis Ricouart dist : « Puisqu'il sont faus, boulir puist-on Jehan de le 
Pierre et tout son linage, qui fait faire les a! » Et cele parole oïrent Jehan 
de Lapescure, vallès Jehan de le Pierre et Lambers, frères Jehan de le 
Pierre... » (n° 1018). 

(4) « Tander punt es dat hie wederseit heeft ghelt dat hie selve dede slaen, 
dat hem een onser gheselle van onsen rade te wisselne brochte. Ende hie ne 
wilts niet nemen, hie ne hadde ghehad 40 s. st. om 20 s. st. ». (No 10514.) 

(5) No 1018. Ilest mentionné comme « monsegneur de Nevers ». 

(6) Au dos de l’engnête se trouve : « C’est li enqueste faite contre Jehan de 
le Piere... ». et aussi, d’une autre main « et vaut pour néant ». On sait d’ail- 
leurs que Jean de le Pierre était encore bailli de Damme en 1306. Il rendit des 
comptes à cette date. (Voir plus haut, note 1.) 

(7) Ils furent assez nombreux et de qualités diverses. On vit défiler des 
membres de la famille des victimes, des bourgeois de Damme, les échevins 
de Damme, des ecclésiastiques de cette ville, l’ancien bailli, le bailli en fonc- 
tion et des échevins d’Ardenbourg, le bailli de l'Ecluse, le frère du receveur 
de Flandre. 


6 


80 H. NOWÉ 


émanait, n'étaient nullement unanimes dans leurs déposi- 
tions, le plus souvent ils « n’en sevent parler, fors que:de 
oïr dire ». 

Plus intéressantes sont les enquêtes sur la gestion de 
Guillaume du Mont, baïlli d'Audenarde 1313) et sur celle de 
Thierry de Bredenrode, baïlli de Gand (1322), car non seu- 
lement on en a conservé les dépositions des témoins, mais 
aussi la défense des baïllis et l’opinion du conseil comtal. 

Du Mont avait été bailli d’Audenarde en 1310-1311 (!), 
mais l’enquête confiée à Raymond Screyhase, bailli de 
Courtrai (?) et à Gilles de Harlebeke, chanoine de cette 
ville, n’eut lieu que deux ans après sa sortie de charge (à). 
Trente-neuf plaintes furent remises aux enquêteurs. Elles 
relataient de nombreuses arrestations arbitraires (4), des 


(:) Une des pièces de l'enquête démontre qu'il fut baïilli d’Audenarde de 
septembre 1310 à septembre 1311. (Archives de l’État à Gand, chartes des 
comtes de Flandre, fonds Gaillard, n° 978). 

(2?) Screyhase était déjà bailli de Courtrai en 1311. (EspiNas et PIRENNE, Recueil 
de documents relatifs à l'histoire de l’industrie drapière en Flandre, II, p. 351.) 

(#) L'enquête n’est pas datée, mais cela ressort de la réponse du bailli 
(Archives de l'Etat à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Saint-Genois, 
n° 226). Les documents relatifs au procès sont conservés aux Archives de 
l'État à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Saint-Genois, nos 225, 226 
et 1829, et fonds Gaillard, n°5 977, 978 et 851. 

() En voici un curieux exemple : «Gilles de Onckelbierghe se complaint 
du dit Willaume, ke einsi k’il estoit ou markiet d'Audenarde, et il avoit à 
vendre 2 rasières d’avaines et 1 havot, li baïllius lui demanda : « Que fais tu le 
rasière ? », il lui répondi : «9 s. » — « De quel mousnoie? » fist li baillius, 
pour ce ke fèble mousnoit estoit déffenduwe, et Gilles lui respondi : « De boine 
mousnoie, sire. » — « Prenderois-tu, fist li baillius, 3 mites pour 5 d.? », et il 
lui respondi « Ouil, sire, mais k’elles fussent boines ». Et à ce mot, pour ce 
kil avoit tant parlé de le ligière mousnoïe, il le calenga de 10 Ib. d’amende, et 
le menna ou castiel, en prison. Et avant k’il eu peut issir, li baïllius en eut 
3 florins d’or grans, et pour se despens, 1 grant florin, et avoec ce il prit 
l’aveine sans rendre, fors ke tant kil reçut son sac. A ce respont li baillius 
k’il le noie, mais il avoit pris pour une mellée kil avoit fait devant. Et sur ce, 
sont oï tiesmoignage : Maes li Couteliers, tiesmoins jurés et requis sour son 
serement, dist tout ce ke li plainte contient est voirs, et k’il ne fu pour autre 
chose pris fors ke pour ce mot K’il dist k’il prendroit bien 3 mites pour 5 d., 
et ke de le mellée, riens n’en fu. Ernous Maes et Watiers li Witte, de Wartin- 
ghien, tiesmoing jueret, poursuiwent du tout le dit Maes. » (Fonds Saint- 
Genois, n° 1829.) 

Un abrégé de l'enquête (fonds Saint-Genois, n° 225) contient la note suivante : 
« Li seconde complainte, de Gillion de Onckelbierghe samble estre provée 


BAILLIS DE FLANDRE 81 


saisies injustifiées, mais surtout ses continuelles exac- 
tions (1) faites « à tort et sans raison » et obtenues « par 
manaches de... mettre au chartre » (?), « par le destreche de 
prison » (*) ou « pour pis escuwer » (4) L'enquête fut 
menée avec soin. Les auditeurs notèrent à la suite des 
plaintes les dépositions des témoins et les réponses du 
baïlli. Si celui-ci était absent lors de la présentation d’une 
plainte et n’avait done pu y répliquer, ils n’omirent pas 
d’en informer le conseil (5). 

Outre le long rôle des réclamations, il existe une « Abré- 
viature de l’enqueste faite sur Willaume doù Mont, jadis 
baïlliu d’Audenarde » (f}. Ce sont des remarques émanées 
très vraisemblablement du conseil comtal, sur les résultats 
de l'enquête (*). Pour chaque plainte on y examine la cul- 
pabilité du baïlli en se basant sur les dépositions des 


bien et plainement, et ke che n’est mie ensi ke li dis Willaume met avant en 
se deffense. » La sentence du comte, relativement à cette plainte, est telle : 
« Item, d’endroit le plainte Gille de Onkelenberghe, messire a condarapné le 
dit Willaume à rendre au dit Gille 4 florins grans qu'il eut du dit Gille, et 
2 rasières d'avene et 1 havot. » (Fonds Saint-Genois, n° 227.) 

(4) Voici un de ces cas : « Thieris de le Haye se complaint du dit Willaume 
k’il lui tolli 9 grans florins d’or par le raison ki s’ensuiwt : Li dis Thieris avoit 
esté en fèdes encontre aucune gent de mort d’omme, dont pais fu ordenée 
entre les parties pour 80 Ib., que le dis Thieris en devait avoir eus. Et Wil- 
laumes du Mont, adont baillius, dist ke ja celle pais ne passeroit, ne ne seroit 
pronuncié, s’il n’en eust avant ces 8 grans florins d’or. À ce respont Willaumes, 
et dist ke s’il eust eut de lui aucune chose, ce lui estoit donné en courtoisie 
pour le paine et le travaill k’il en eut. Et sour ce sont tiesmoignage oï. » Les 
témoins affirmèrent que la plainte était fondée. (Fonds Saint-Genois, n° 1829.) 

(2) Fonds Saint-Genois, n° 1829, 13° plainte. 

(5) Ibid., 27e plainte. 

(t) Ibid., 23e plainte. 

(5) La 31e plainte se termine par les mots : « mais à ceste plainte ne fu mie 
li dis Willaumes. » Une autre main, celle d’un conseiller comtal sans doute, y 
a ajouté : « C’est à savoir. » (Fonds Saint-Genois, n° 1829.) 

(6) Fonds Saint-Genois, n° 225. 

(°) Il n’est pas expressément déclaré que cet abrégé est l’œuvre du conseil 
comtal. C’est pourtant probable, car sur maints articles de l'enquête il est 
exigé des renseignements plus complets, ce qui serait étrange si ce rôle avait 
été composé par les enquêteurs eux-mêmes. (Par exemple : « La 36° com- 
plainte, de Jehan Hoen, est à savoir », puis d’une autre main : «che n’est 
nient. ») 


82 H. NOWÉ 


témoins et les explications de l’inculpé (1), et on y relève 
les points obscurs à éclaircir (?). Parmi ces questions dou- 
teuses, il importait avant tout de savoir si l’argent extor- 
qué avait été compté ou empoché par le baïlli. Les mots 
« on doit rewarder se il l’a conté u non » reviennent sans 
cesse dans cet abrégé, et dénotent la principale préoccupa- 
tion de la cour comtale. Nous savons que.l'on fit les 
recherches nécessaires dans les comptes rendus par du 
Mont en 1310 et 1311. En comparant ce que l’ancien baiïlli 
d’Audenarde prétendait, dans sa défense, avoir reçu de ses 
victimes ($), avec ce qu'il avait réellement noté dans ses 
comptes (‘), on constata qu’il avait maintes fois volé son 
maître. 
Guiilaume du Mont ne se tint pourtant pas pour battu. 
11 adressa une requête au comte, dans laquelle il se plai- 
gnait à son tour des enquêteurs (°). Ayant quitté sa charge 
depuis deux ans, il leur avait demandé un certain délai 
pour pouvoir préparer sa réponse aux accusations, et il les 
avait priés de lui remettre la copie de celles-ce1. Tout cela 
lui avait été refusé (6). Il se plaignaït aussi que ces enqué- 


(4) « Le tierce complainte, de Mathiu, fil Clais, samble prouvée par le res- 
ponse et le confiession dou dit Willaume, et samble ke il doit rendre les 
2 florins, car il les prist à tort. » 

(2) « De le 8 complainte, de Gillion du Tries, on doit savoir par quelle 
cause li dis Willaume prist les 8 Ib. par., on doit rewarder se il a conté », 
puis en surcharge. et d’une autre écrituse : « Li baillius dist qu'il li mist sus 
une amende de melée, che ne fu nient ensi. » 

(3) Fonds Gaillard, n° 977 : « C’est chou ke Willaumes dou Mont doit avoir 
contet à le court, et ke il a reçut et mis avant en ses deffenses ke il l’a conté. 
Si doit on rewarder se il est ensi u non. Premièrement, 4 1b. ke il prist de 
Pierron Naye de Wartenghien », etc. 

(4) Fonds Gaillard, n° 978 : « Ce sont les défautes Willaume du Mont que il 
n’a mie compte : Premiers on treuve ens l’enqueste qu’il rechut de Jehan de 
Walem, Jehan Hake... de cascun 5 1b., dont il ne compte ens son compte de 
may de l’an XI que 4 Ib. de cascun, ensi faute : 4 Ib. p. », etc. Dans ce docu- 
ment on mentionne ses comptes de septembre 1310 et de janvier, mai, sep 
tembre 1311. 

(5) Fonds Saint-Genois, n° 226. 

(6) «... gentiens princes, je fu adont ostés de la dite baillie d’Audenarde 
bien 2 ans, si que je n’estoie mie adont avisés de respondre seur leur plaintes, 
et demanda copie des dites pleintes et jour de conseil pour respondre seur les 
dites pleintes. Et li auditeurs respondirent et disent que leur commission ne 
le contenait mie, et li me contredisent. » 


BAILLIS DE FLANDRE 83 


teurs eussent reçu deux plaintes et entendu des dépositions 
à Courtrai, sans l’appeler (1) Bref, on ne lui avait pas 
accordé le moyén de se défendre convenablement; l'en- 
quête donc « devroit.. estre à nient et de nulle value par 
droit », et il adjurait le comte de ne «croirre nulle maises 
langues ». Pourtant la sentence du conseil ne pouvait 
être douteuse. L'ancien bailli d’'Audenarde fut condamné à 
restituer tout ce qu’il avait extorqué (*?). Le comte y ajouta- 
t-il d’autres peines, nous l’ignorons. 

Les enquêtes passées en revue jusqu'ici furent ouvertes 
à la suite des plaintes portées au comte par les administrés 
des baïillis. À ce point de vue, celle qui fut faite le 28 et le 
29 mars 1322 sur la gestion de Thierry de Bredenrode, 
baïlli de Gand, fut un peu différente (*). Cette fois les 
dénonciations venaient d’un autre officier comtal, quasi 
collègue du baïlli mis en cause. Pourquoi Barthélémy van 
den Walle, ancien sous-baïlli de Gand, avait-il jugé bon 
d’accuser celui qui, très probablement, avait été son supé- 
rieur (#), rien ne permet de le dire. 

Le 23 mars 1322, le comte désignait les commissaires 
chargés d’instruire l’affaire : c’étaient Roger de Halewyn, 
chevalier, et Henry Braem, clerc comtal (5). Le lende- 
main (24 mars) il mandait à son baïlli de Gand, Nicolas de 


(4) Il en profitait pour réfuter longuement le contenu de ces deux plaintes. 

(?) Fonds Saint-Genois, n° 227. « Ce sont les persones et les coses en coy 
messire de Flandres a condampné Willaume de Mont, jadis bailliu d'Aude- 
narde, comme de le enqueste qui faite fu sour li. Premirement, d'endroit le 
complainte le doien d’Audenarde, messire a condampné le dit Willaume à 
rendre à Terri Ruwelin le value de cent aunes de toiles, en lincheus, en napes, 
en touwailes, en linge et en autres coses, dont les deus pars de cent aunes 
doivent estre de noeve toile », etc. 

(3) Archives de l'État à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Saint- 
Genois, n° 1391. Sous ce numéro sont compris cinq documents, dont deux 
rôles, attachés ensemble par des cordelettes. Le 1er rôle contient la copie de 
la commission des enquêteurs, le compte rendu de la procédure suivie, la 
copie de la plainte du sous-bailli et les dépositions des témoins. Le 2e rôle 
contient la justification du bailli. Les trois autres documents sont des plaintes 
particulières. 

(4) Les documents ne disent pas que B. van den Walle ait été sous-bailli de 
Gand lors de la gestion du bailli T. de Bredenrode. Mais c’est très probable, 
puisqu'il est au courant des moindres détails de cette gestion. 

(5) Tous les détails qui suivent sont tirés du {er rôle. 


84 H. NOWÉ 


Bilke (1), de faire « cryer publikement » par tout son bail- 
liage que tous ceux qui avaient à se plaindre de Thierry de 
Bredenrode, ancien baïlli de Gand (*), devaient compa- 
raître devant ses délégués au château de Gand, le dimanche 
28 mars, « à heure de prime » (6 heures}, pour leur remettre 
leurs doléances. Quant au sous-bailli dénonciateur, il 
devait l’ajourner à la même date, en présence des hommes 
de fief du Vieux-Bourg, pour assister aux dépositions des 
témoins, et y faire éventuellement ses observations (5). 
Informés par une lettre du baïlli (26 mars) que les prépa- 
ratifs de l’enqüête étaient terminés (f)}, Roger de Halewyn 
et Henry Braem vinrent tenir celle-ci au jour fixé. Tout 
d’abord Thierry de Bredenrode et Barthélemy van den 
Walle vinrent prêter serment de ne déclarer que la vérité, 
et ce dernier remit aux enquêteurs une « cédule de papier 
contenans pluseurs articles escrips en flamench ». C'était 
sa plainte (5}. Comme Guillaume du Mont, Thierry en 
demanda aussitôt une copie « pour avoir conseilg et res- 
pondre as articles ». Cette fois, quoique leur commission 
fut également muette sur ce point, les envoyés comtaux 
n’hésitèrent pas à la lui accorder. Muni de cette pièce, 
l’ancien baiïilli se retire pour préparer sa défense et déli- 
bérer avec son conseil (f). Il se représente bientôt et répond 
« de bouche » à chacun des points de la plainte. Les com- 
missaires lui demandèrent alors de mettre sa défense par 
écrit et de leur présenter celle-ci le lendemain ({?). 
L'enquête fut donc reprise le lundi et cette journée fut 
consacrée à l’audition des témoins. Comme les enquêteurs 
savaient que Barthélemy avait remis au conseil comtal un 


(4) Ce nom est orthographié de plusieurs façons : de Beelke ou van Belct. 
(Fris, « Les baillis de Gand », Bull. de la Societe d'hist. et d'arch. de Gand, 
anno 1906, p. 401) 

(2) Bailli avant le 15 mai 1321. Il l'était encore en novembre de la même 
année (Défense de Thierry, n° 1391, 2e rôle). 

(3) Le mandement comtal est reproduit dans le {er rôle. 

(4) Cette lettre est également insérée dans le {er rôle. 

(5) Elle est reproduite dans le {er rôle. 

(6) Nous avons vu que Guillaume du Mont avait également demandé « jour 
de conseil ». On sait qu’un groupe de parents et d’amis assistait la partie dans 
l'élaboration de sa défense. Il semble bien qu'il s'agisse ici aussi de ce « raed » 
dont parle Lameere dans son étude : Du formalisme dans le droit flamand au 
moyen âge, p. 24 et suiv. 

(7) C'est le 2e rôle du n° 1391. 


BAILLIS DE FLANDRE 89 


plus grand nombre de plaintes que n’en contenait sa 
« cédule » (1), ils lui demandèrent s’il fallait les comprendre 
dans l'enquête; il leur fit alors cette réponse bizarre : 
« qu’il se voloit tenir à la petite cédule tant seulement », 
déclarant renoncer « à tous autres briefs, pour chou qu'il 
ne metera nule chose avant fors chou qu'il quide que ce 
soit veirté ». D'ailleurs, à elles seules, les plaintes conte- 
nues dans sa cédule ne manquaient pas d'importance. Dans 
son réquisitoire, qui ne contient pas moins de quinze 
articles, il attaquait surtout la probité de Thierry de Bre- 
denrode (?). En maintes circonstances celui-ci aurait frus- 
tré le comte d'importantes sommes d'argent. Il l'accusait, 
par exemple, d’avoir composé avec les parties, alors que le 
trésor comtal aurait eu de grands profits à ce que la cause 
fut laissée au jugement des échevins. Il aurait reçu de l’ar- 
gent soit pour introduire à nouveau une affaire déjà jugée, 
soit simplement pour procéder à une arrestation. De plus, 
1] aurait consigné dans ses comptes des sommes inférieures 
à celles qu’il avait touchées ($) et reçu hors de propos de 
nombreux dons ({). 


(*) « Et chou fait, nous demandames à Berthelmeu devant dit s’il vausist 
aucene autre chose dire u metre avant contre le dit Thierry, car nous enten- 
dimes qu’il avoit pluseurs autres articles bailliet sus à le court. » 

(2) Il prétendait d’ailleurs ne relever que les fautes commises par ce baïilli 
du 45 mai à la Toussaint 1321, et dans la seule châtellenie du Vieux-Bourg. Sa 
plainte débute par les mots : « Dit hes dat Dederye van Bredenrode ontfaen 
heift binnen der rekeninghe van half meye tot Heleghen dage int jaer XXI, in 
de baïillie van der Ouderborgh. » Thierry était déjà baïlli avant le 15 mai 1321, 
comme il le déclare dans sa défense. 

(3) « Vord, dat Diederie ghehad soude hebben 50 s. gr. van Jan Wertmanne 
in Woestwinele, omme dat si hand an den bailliu van Somerghem ghedaen 
soude hebben, daer hi waer ne rekende 24 Ib. p. So andwoord Diederic, ende 
zeghet dat hoe hi ’t bezouc ghedaen hadde, de moeder van Janne liep te hove, 
ende seide dat de baiïlliu ghedaen hadde 1 onredelic besoue, ende dat niemen 
ne moeste spreken ten orconden no calaingnieren. So dat den bailliu omboden 
was ten hove mette lettren, oft so ware alse de vrouwe ghetoghet hadde, dat 
hi ‘t besouc wettelic dade, of dat hi quame te hove ende seide wat hire toe 
ghedaen hadde. Daer vaer Diederie twe warf te minen here te Curtrike, ende 
eens Le Ardenburch, so dat pais ghemaect was tjeghen Diederic 40 s, gr. Ende 
dat Diederic seide dat minen here ghene coste van den ridene rekenen ne 
wilde, so dat D. bi bespreke over sine coste van den drien varden vorseid, 
10 s. gr. hadde. » (En marge, d’une autre main : « Absolutus ab isto arti- 
culo. ») (Défense du bailli, 2e rôle). — ({) V. p. suivante. 


86 H. NOWÉ 


Les quelques témoignages entendus dans cette affaire 
furent favorables à l’ancien bailli de Gand. Sur certains 
articles de la plainte, les enquêteurs trouvèrent la réfuta- 
tion du baïlli si satisfaisante, qu'ils négligèrent de leur 
propre mouvement d'entendre des témoins (!), sur d’autres 
ils notèrent que la partie plaignante était tombée d’accord 
avec le défenseur (°). | 

Ainsi que dans la plupart de ces affaires, nous ne con- 
naissons pas l'issue de celle-ci. Mais l'opinion du conseil 
comtal sur les différents articles de la plainte nous est par- 
venue. La volumineuse défense de Thierry, soumise à cette 
cour ainsi que les autres pièces du procès, porte en regard 
de chacun des articles la décision des juges. Les observa- 
tions défavorables au baïlli y sont rares (*), et dans la plu- 
part des cas, celui-ci fut jugé innocent ({). 

Cette cause ne clôt certes pas la série des actions isolées 
intentées aux baillis. Comme nous le verrons tantôt, on ne 
cessa de poursuivre les officiers prévaricateurs durant 
tout le x1v° siècle, et même avec une fermeté croissante. 


(4) De la page précédente. — « Vord dat Meus zeghet dat Diederic ghehad 
soude hebben van dien van Botelaer, Heinric van Munte ende sinen broeder 
ende sine kinder, 16 s. gr., omme dat si wapen draghen souden moghen. So 
andwoord Diederic, ende zeghet dat die liede wel hem hoveschede ghedaen 
mochten hebben, maer dies ne ghedinct Diederic niet weder dat hem dese 
liede enech ghelt gaven, lettel of vele. Ende Diederic seghet dat elc man die 
bailliu te Ghent es, wel macht heft lieden oorlof te ghevene wapene te 
draghene, sonder dermede te mesdaene dies te doene hebbene, want kenden 
scepenen dat sijs te doene hadden, de baïlliu soud moeten ghedaghen omme 
‘t beste. Ende daeraf dat Diederic hier of niet ne heft te andwordene. » En 
marge, et d’une autre main, on lit : « Li baillius ne le peut faire. ») (Défense 
du bailli, 2e rôle.) 

(4) « Sour le quart article, le responce dou dit Thierry est toute clère, si 
qu'il ne convient mie que on enquerche. » 

(2) « Sour le 9% article, le responce dou dit Thiéry est toute clère et Berthel- 
miu s'i assent bien. » 

(3) On trouve des observations telles que celles-ci : « Li baillius ne pooit 
prendre les 4s. de gros. »; «Il ne devoit mie prendre ces deniers pour faire 
justice. » Parfois la cour demande des éclairecissements : «On saiche plus à 
cleir si che fu pour le voyage du Dam. » 

(4) A côté de la réplique du bailli, on lit alors les mots : « Absolutus ab isto 
articulo. » On trouve la même mention sur deux des trois plaintes annexées 
aux rôles. 


BAILLIS DE FLANDRE 87 


Mais après 1322, nous ne possédons plus les enquêtes en 
elles-mêmes, contenant les très intéressantes dépositions 
des témoins ainsi que la défense des baillis. 

Au début du règne de Robert de Béthune, durant la 
période troublée qui suivit la libération de la Flandre, les 
doléances étaient devenues si nombreuses, qu’en 1307-1308, 
ce comte ordonna une enquête générale sur tous les baïllis 
de Flandre. Ce système d'inspection, qui consistait à 
envoyer des commissaires chargés de recueillir les 
doléances des administrés, était nouveau en Flandre. Il 
était déjà depuis longtemps en usage en Angleterre et en 
France. On sait que dès le xri° siècle, dans le premier de 
ces royaumes, des « justiciarii » itinérants devaient exa- 
miner la gestion des sheriffs (1). En France, les enquêtes 
ordonnées par saint Louis sont restées célèbres (2. [l est 
probable que Robert de Béthune s’est inspiré de ce pro- 
cédé, encore en vigueur en France à son époque ($). En 
tous cas, les enquêtes flamandes présentent de l’analogie 
avec celles qui eurent lieu sur les terres royales. Ici aussi 
les auditeurs furent choisis parmi les membres de la 
« curia » du prince ({. Robert confia ces fonctions à deux 
conseillers, un ecclésiastique, maître Jacques de Roulers, 
doyen de Courtrai, et un laïc, Henri Evelbaren, cheva- 
lier (°). Tous deux nous sont bien connus par les nom- 


(1) Cu. V. LanGLois, « Doléances recueillies par les enquêteurs de saint 
Louis ec des derniers capétiens directs » (Revue historique, t. XCIL, p. 1), 

(2) Ibid. ; elles ont été éditées par L. DEuISLE au tome XXIV du Recueil des 
historiens de Gaule et de France. 

(3) DELISLE, 0p. cit., préface, p. 12 et 143. L'exemple de Louis IX fut suivi 
par son frère, Alphonse de Poitiers, dans le Poitou, Saintonge, Venaissin, etc., 
et par son arrière-petit-fils, Charles, comte de la Marche et de Bigorre (1321). 
(Ibid., p. 11.) Ajoutons qu'il y eut des enquêtes générales dans le duché de 
Brabant en 1333, 1363 et 1389. Pror en publia quelques documents dans le 
Bulletin de la Com. roy. d'histoire, 4e série, t. IX, p. 49 et suiv. ett. XI, p. 179 
et suiv. M. Bolsée, archiviste aux Archives générales du Royaume, se propese 
de publier ces enquêtes. (Ibid., t. LXXXVII, p. 8.) 

. (4) I en fut ainsi en France, à partir de la seconde moitié du xure siècle. 
(LANGLOIS, op. cit., p. 4.) 

(5) Nous ne possédons plus leurs commissions, mais leurs noms nous sont 
fournis par les comptes des baillis qui relatent leur passage, et aussi par cer- 
tains documents de l'enquête. 


88 H. NOWÉ 


breuses missions de confiance qui leur furent confiées par 
leur prince ({!{). 

Jacques de Roulers et Henri Evelbaren visitèrent la 
plupart, sinon toutes les châtellenies de Flandre. Par les 
comptes des baïllis, chargés ainsi que leurs collègues fran- 
qais (2), de solder les frais des auditeurs, nous savons qu'ils 
passèrent dans les Quatre-Métiers entre le 2 novembre 1307 
et le 13 janvier 1308 (3). Entre le 13 janvier et le 2 mai 1308, 


(1) Jacques de Roulers fut un des délégués chargés de renouveler l’échevi- 
nage d’Alost en 1305 : « Pour le despens monsingneur de Boenem et maistre 
Jakemon de Rolers quant ils furent à Alost pour faire eschevins : 9 Ib, » 
(Compte de Hugues de Burst, baïlli d’Alost, rendu le 18 août 1305. Archives 
gén. du Roy., Chambre des Comptes de Flandre, comptes en rouleaux, car- 
ton 57, n° 1054); « plusseurs besoignes k’il fist délivrer pour monsigneur », 
lui valurent une gratification de 72 1b. (Compte de Thomas Fin, receveur de 
Flandre [Noël 1308-22 juin 1309]. Jbid., carton de la recette générale de 
Flandre, n° 4). En 1315, il est cité parmi les clercs comtaux qui vérifent les 
comptes du receveur prévaricateur, Thomas Fin, réfugié à Tournai (LimBurG- 
STiRUM, Codex diplomaticus Flandriae, IH, p. 253. Voir aussi G. Biewoo», Le 
régime juridique du commerce de l'argent de la Belgique du moyen âge, 1, 
p. 262). Quant à Henri Evelbaren, son nom apparait maintes fois dans les 
documents de l’époque. Il était issu d’une ancienne famille de vassaux du 
comte (Anno 1218. SERRURE, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Bavon, n° 128, 
p. 102). Un Henri Evelbaren accompagna Gui de Dampierre à Tunis (GAILLARD, 
Archives du Conseil de Flandre, p. 46 et 72) et en captivité en France (Lim- 
BURG-STIRUM, 0p. Cit., I, p. 305). Comme Jacques de Roulers, il était attaché à 
la cour comtale (Compte du receveur Thomas Fin précité, sous la rubrique : 
« Sieles, harnas pour le conte et ses chevaliers et ses gens » : « It., pour une 
sièle ki fali à monsigneur Henri Evrebare, ki fali d’une autre livrée devant : 
7 5 1b. », on lui confla aussi des missions, surtout des enquêtes. (Voir LimBurG- 
SriRUM, Coutume d’'Alost, p. 555 et SainT-GENois, Inventaire, n° 1135, p. 325.) 
Avec Siger de Courtrai, en 1307, il fut receveur dans le Vieux-Bourg, de la 
taille fixée par le Transport de Flandre (BERTEN, Coutume du Vieux-Bourg, 
Introduction, p. 14). Enfin, il fut bailli d'Audenarde en 1280 (Archives dépar- 
tementales du Nord, Chambre des Comptes, 4° cartulaire de Flandre, fol. 19vo, 
n° 55 (B, 1564) et d’Alost en 1286 (Prior, Cartulaire de l'abbaye d'Eenaeme, 
n° 380, p. 308). 

(?) DELISLE, 0p. cit., préface, p. 4 et 5. 

(3) « Item, paiet pour le despens monseigneur Henri Evelbardt et Jakemon 
de Rolers ; 39 1b. 17 s., par lettres de eus. » (Compte de Jean d’Alost, baïlli 
des Quatre-Métiers, rendu le 13 janvier 1308. Arch. gén. du Royaume, Ch. des 
Comptes de Flandre, comptes en rouleaux, cart. 93, n° 2009.) La date précise 
du passage des enquêteurs dans chaque circonscription ne peut être déter- 
minée ni par les comptes, ni par aucun autre document. Nous devons nous 
borner à constater qu’elles eurent lieu entre deux redditions de comptes de 


BAILLIS DE FLANDRE 89 


on les retrouve à Gand (‘), à Alost et à Grammont (2). Entre 
le ? mai et le 26 octobre « messire Henri Evelbaren et 
mesire Jakemont de Rolers... firent enqueste sur les bal- 
lieus » à Audenarde, où ils descendirent « à le mason Jehan 
de le Craye » (#). À la même époque « ils oïrent les plaintes 
sur les baïllus » à Ypres ({), à Furnes et à Nieuport (5). 
Les baïllis mis en cause furent nombreux. L'enquête, en 
effet, ne visait pas seulement les baiïllis en fonctions lors 
de la tournée des commissaires comtaux (6), mais naturelle- 


baillis. Peut-être Henri Evelbaren inspecta-t-il vers la même date la ville de 
Bruges. Le compte de Jean de Ghisenghem, bailli de Bruges, rendu le 13 jan- 
vier 1308, contient en effet la mention suivante : « Pour les despens monsen- 
gneur Heinri Evelbaren fait à Bruges : 4 1b. 13 s., par lettres. » (Arch. gén. 
du Roy., Ch. des Comptes, comptes en rouleaux, carton 66, n° 1256.) Le fait 
qu'aucune plainte de la ville de Bruges ne nous soit parvenue, ne peut être 
tenue en considération, car nous savons par les comptes de baillis qu'ils visi- 
tèrent la châtellenie de Furnes, alors que nous ne possédons aucune plainte des 
habitants de ce territoire. 

(1) VuyLsTEkE, Cartulaire, 1, p. 47. On y parle d'Henri « Hevelbaren et le 
doien de Courtrai ». Ce « doien de Courtrai » est très vraisemblablement 
maître Jacques de Roulers. De son côté, pendant le même laps de temps, ce 
dernier semble avoir visité une partie du Franc : « A segneur Jakeme de Rol- 
lers, prestre : 8 s 4 d, par lettres, pour ses despens à West-Eclo. » (Compte 
de Jean de Ghisenghem, rendu le 2 mai, /bid., carton 66, n° 1260.) 

(?) Compte de Guillaume Bloc de Steenlant, bailli d'Alost, rendu le 
2 mai 1308, 1bid., comptes en rouleaux, carton 57, n° 1068 : « Pour le despens 
mons. Henri Evelbare et maistre Jakemon de Rollers quand il fixent les 
enquestes à Alost : 19 1b. 13 s. et 7 d.; item, pour aus à Granmont : 141b. 75. 
et 6 d., dou commant mons., dont on a lettres. » 

(3) Compte de Jean Stever, bailli d'Audenarde, rendu le 26 octobre 1308. 
Ibid., comptes en rouleaux, carton 61, n° 1160. 

(#) Compte de Gautier de Mullem, rendu le 26 octobre 1308, 1bi4., comptes 
en rouleaux, carton 106, n° 2146 : « It., pour les despens des auditeurs, ki 
oirent les plaintes sour les baillius, c'est assavoir mesires Henry Evelbar et 
son compaignon : 20 Ib. » 

(5) Compte de Gossuin de Lauvwe, baïlli de Furnes, rendu le 26 octobre 1308, 
Ibid., comptes en rouleaux, carton 82, n° 1650 : « Item pour les despens 
monsegneur Henri Evelbard et segneur Jakeme de Roullers, fais à Furnes 
pour les enquestes des baillius, dont on a leur lettres : 13 1b.; it., pour leur 
despens à Nuefport. dont on a leur lettres : 7 Ib. » 

(6) Tous les documents relatifs à cette enquête sont conservés aux Archives 
de l’État à Gand, chartes des comtes de Flandre, dans le fonds Gaillard et ses 
suppléments. Voici les noms des baillis incriminés et qui étaient en fonction 
lors de l'enquête : à Gand, Henri de Lede (septembre 1307 à janvier 1310) 


90 H. NOWÉ 


ment aussi leurs prédécesseurs (1), même ceux qui avaient 
été baillis royaux pendant l’occupation française (?), et 
ceux qui étaient décédés au moment de l’enquête (#). On ne 
se plaignit pas seulement des baïllis, mais aussi de leurs 
subordonnés, sous-baillis (#)}, receveurs de briefs (5), ser- 
gents comtaux (‘}, gardiens de prison (7) et même de cer- 
tains seigneurs [5). | 

Quoique le nombre des plaintes conservées soit assez 
important (?), nous savons qu’elles furent bien plus nom- 
breuses. Une liste des gens qui se plaignirent des officiers 


(fonds Gaillard, n° 860) ; dans les Quatre-Métiers, Jean d’Alost (1307-1308) 
(Ibid., nos 829 et 858) ; à Alost, Guillaume Bloc de Steenlant (novembre 1307- 
octobre 1308) (1bid., nos 795, 900, 923 et 1000). 

(4) A Gand : Guillaume van Leebrugghe (bailli en 1303) ({bid,, nos 798, 916 
et 917), Michel Gasoghe, sous-bailli intérimaire (janvier-septembre 1306) 
(Ibid., n°s 827, 882 et 917), Daniel de Belleghem (septembre 1306-sep-. 
tembre 1307) (lhid., nos 785, 821, 858, 859, 878, 888, 907, 912 et 962, supplé- 
ment, R 10, et un document non daté du rebut). Dans les Quatre-Métiers : Jean 
Slever (vers 1307) (lbid., nos 857, 858, 862, 889 et 922). Dans le pays de Waes : 
Philippe Utenhove (/bid., n° 799). A Alost : Gilles de Lielaer (1304-1305) (Ibid., 
n° 869), Lambert le Poisson (septembre 1306-novembre 1307) (1bid., nos 846, 
867 et 879), Jean Rabau (début du xrv® siècle) (/bid,, n°s 880, 905 et 906). Jan 
van Werebeke (début du xrve siècle) (/bid., n°s #37, 881 et 895). À Audenarde : 
Gautier de Mullem (octobre 1304-septemkre 1306) (Jbid., nos 828, 829 et 878), 
Jean de l1 Woestine (décembre 1306-novembre 1307) (Ibid., n° 884 et 898, 
suppléments 163, J 63, O 20, O 27). A Ypres, Jean de la Douve (octobre 1304- 
janvier 1306) (/bid., supplémeut P). 

(?) Siger Coelssone, baiïlli royal du pays de Waes (/bid,, nos 913 et 915). 

(3) Gilbert le Mil, en tant que bailli d’Alost (1295-1297) et bailli d’Aude- 
narde (1297) (Ibid., nos 866, 885, 893 et 1000). 

(*) À Gand : Roelf Utenhove ({bid., n° 911) et Jeen de Lange (n°s 870 
et 972); à Alost : Pierre ’t Kint (n°s 894 et 923). 

(5) DE Pauw, Cartulaire historique et généaloyique des Artvelde, p. 51. 

(6) A Gand : Jean Babelin, Gilles de Meester, Pieter van der Gote, Merlin, 
Siger van den Hove, Barthélemy de Wielmakcre, Willem de Piltre, etc. (lbid., 
nes 797, 820, 837, 838, 860, 861, 911, 924, etc.) ; à Alost : Thierry de Man, 
Gilles de Koist, Jean van Waelschbosch (n°s 865, 905 et 1001). 

(°) Plainte contre Antoine de la Pierre (VuyisrekE, Commentaires aux 
comptes de la ville et des baillis de Gand, p. 108). 

(8\ Plainte contre la dame de Nevele (1bid., p. 108). 

($) La plupart de ces plaintes, conservées, comme nous l'avons dit, aux 
Archives de l’État à Gand, sont inédites. Quelques-unes ont été publiées dans 
Espinas et PIRENNE, 0p. cil., 11, p. 461 ; N. pe PAuw, Dit es Thesouch, p. xxxix 


et xL; In., Cartulaire des Artevelde, p. 51; LimpurG-SriRum, Coutume d'Aude- 
narde, p. 27. 


BAILLIS DE FLANDRE 91 


comtaux de Gand et des Quatre-Métiers nous est par- 
venue {1} et elle nous permet de constater que nous ne pos- 
sédons qu’une partie des réclamations (?). 

Comme en France (*), ces doléances devaient être 
remises par écrit aux enquêteurs. Le plus souvent le plai- 
gnant s'adresse à ceux-ci : « Par devant vous, sengneur 
auditeur, establi de par monsengneur de Flandre pour 
enquerre les torfais des baillius » ({)}, ou plus simplement 
« Ghi heren » ou « Siet ghi heren ». Parfois on cite le nom 
d’un des commissaires : « Voer enen edelen man, machte- 
ghen ende vroeden, minen here, den here Henricke Evel- 
bare, ruddere, so claghe ic... » (°). Beaucoup plus rarement 
la supplique est adressée au comte lui-même. 

Parmi les plaignants on trouve des bourgeois des villes 
et des paysans. Ces derniers sont naturellement en majo- 
rité, la surveillance exercée par les échevinages urbains 
obligeant les baïllis à agir avec plus de circonspection dans 
les villes que dans les campagnes. Le nombre des bour- 
geois est même élevé quand on songe à toutes les garan- 
ties que les communes exigeaient des représentants du 
comte (6), et il est étonnant de voir que le magistrat d’une 
seule ville (Alost) (7) ait jugé bon de porter plainte contre 


(1) Cette liste a été publiée par VuyLstekE, Commentaires aux comptes de la 
ville et des baillis de Gand, p. 107 et 111 Ge sont deux rôles de parchemin, 
conservés aux Archives de l'État à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds 
Gaillard, supplément M 79 et L 41, et portant au dos : « Che sont chil qu'on 
doit demander psur respondre as plainte k'on a fait sour eaus. » Au recto, se 
trouvent inscrits les noms des demandeurs et des officiers incriminés : 
« Claghe Symon Drieghe ende Jehan Drieghe over minen here Daniel van Bel- 
lenghem ; claghe Beate Appelmans over Gillis den Meester », etc. 

(2) Des 69 plaintes indiquées dans cette liste, nous n'en avons eonservé 
que 27. D'autre part, cette liste n'est pas complète : nous avons retrouvé 
15 plaintes qui n’y étaient pas mentionnées. 

() LANGLOIS, op. cil., p. 4. 

(*) Fonds Gaillard, n° 884 (cf. les formules pareilles employées dans les 
enquêtes françaises (DELISLE, 0p. rit., préface, p. 9). 

(5) Fonds Gaillard, n° 797. 

(6) Un homme dont l'épouse avait été injustement torturée par les sergents 
comtaux de Gand, déplore qu'un tel fait ait pu se passer dans une ville jouis- 
sant de franchises : « Ende dit es groet jammer dat men aldus ghedane dinc 
doet binnen eere vrier ende eere goeder stede. » (Ibid , n° 863.) 

(7) Ibid., n° 998. 


92 H. NOWÉ 


son bailli, pour attentat aux privilèges. Quelques réclama- 
tions émanent de très pauvres gens, qui déclarent avoir 
été réduits à la misère par les spoliations du bailli (!}, 
d’autres proviennent de corporations, créancières de l’offi- 
cier comtal (?)}, et chose curieuse, on vit même un bailli 
déposer plainte contre un de ses collègues (3). 

De quoi se plaignaient tous ces gens? Les méfaits et abus 
dénoncés aux auditeurs ne diffèrent guère de ceux que 
nous avons passés en revue lors des enquêtes particulières. 
Sur chacun des baïllis mis en cause pèsent des charges 
semblables. Prenons, par exemple, les plaintes émises 
contre les baïllis d’Alost (*. Gilbert le Mil, « sans loy et 
sans jugement » aurait saisi les biens et brülé la maison 
d’un vieillard, bourgeois forain de Grammont, pour un 
crime dont on accusait ses fils. Pourtant le plaignant 
n’était nullement responsable de ceux-ci, car, ainsi qu'il le 
déclare « s1 avoi mis mes deux fius fuers de men pain, et 
leur avoi donnet leurs biens pour faire leur volentei, ensi 
ke loys enseinge » (5). Il aurait maintenu un autre individu 
en prison, et refusé de le faire juger en dépit des ordres 
réitérés du comte. Bien plus, il l’aurait menacé de la peine 
de mort, si bien que pour se libérer, le pauvre homme, ter- 
rorisé, dut lui remettre une forte somme d'argent (6). Gilles 
de Lielaer aurait injustement confisqué 160 1b. 69 s. de gros 
tournois à Pierre le Pécheur, de Boulers-lez-Grammont. 
Cettesomme, Pierre la devait à des marchands de Bruxelles 


(4) « Ende dat hiere omme eewelie arem man blijit. » ([bid., n° 878.) 

(?) Plainte des bouchers de Gand contre Daniel de Belleghem (fbid., n° 883) ; 
plainte des « connestavles ende de selfscutters van Gheronstberghe » contre 
Lambert le Poisson, bailli d’Alost. Cette plainte se termine par cette menace : 
« Want, wet wel heren, min here van Vlaendren, noch sine baillius, en sellen 
de selfscutters niet wel hebben te haren ghebode tote anderstoent dat si ver- 
golden sijn. » (/bid., n° 846 ) 

(3) Jbid., n° 786. Plainte d'Hauwaert, bailli de Waes, contre Daniel de Bel- 
leghem, bailli de Gand. 

(4) Les doléances des Gantois contre les officiers comtaux ont été analysées 
par Vuyisteke, Commentaires, p. 112 à 116. 

(5) Fonds Gaillard, n° 864. 

(6) Ibid., n° 866. On se plaignit également de Gilbert le Mil en tant que 
bailli d'Audenarde. « Sans cause nule renaule » il saccagea la maison de 
Jean de Vos, de Pamele, et y mit des sergents qui achevèrent les dévastations, 
volèrent tout l’argent, occasionnant pour 500 1b. de dommage (n° 8S5). 


BAILLIS DE FLANDRE 93 


et de Nivelles, et le baïlli aurait refusé de la lui rendre, 
malgré ses explications et ses pressantes sollicitations. 
Enfin, grâce à l'intervention du sire de Boulers et des éche- 
vins de Grammont, Gilles promit de faire juger la cause 
par ces derniers. Mais il ne tint jamais sa promesse (!). 
Le baïlli Lambert le Poisson aurait incarcéré un paysan, 
l’accusant d’avoir acheté des objets volés. Il ne l’aurait 
relàché qu’en lui extorquant 4 1b. Tout cela aurait été fait 
« sans loy et sans jugement et sans veritet nule sur li 
faire » (? Une autre fois il aurait brülé la maison et les 
granges de Lisbette et Jean de Clerc. Il aurait ensuite 
saisi le blé qu’il pouvait encore trouver dans leurs champs. 
I] leur aurait causé ainsi plus de 100 !b. de dommage, et 
tout cela pour un meurtre, dont en vérité Jean de Clerc 
avait été accusé, mais ensuite acquitté par les juges (#). La 
gestion du successeur de Lambert, Guillaume Bloc de 
Steenlant, provoqua de si nombreuses réclamations, que 
les échevins d’Alost jugèrent bon de dresser un long réqui- 
sitoire contre leur baïlli. Il était avéré que cet officier, 
ainsi que le sous-baïlli Pierre ’t Kint, avaient violés les 
privilèges de la ville en incarcérant, et même exécutant 
des bourgeois, sans jugement préalable des échevins (4). 
Non seulement Guillaume Bloc portait atteinte aux privi- 
lèges d’une des villes de son ressort, mais il n’hésitait pas 
à violer ceux de la ville d’Audenarde, située dans une chà- 
tellenie voisine. À la suite de certaine guerre privée, il 
avait arrêté un bourgeois de cette commune, ce qu’un 
baïlli d’Alost ne pouvait en tous cas faire, et de plus, ce 
bourgeois étant clerc, il le livra à l’official de Cambrai, ce 
qui était également contraire aux franchises d’'Audenarde, 
puisqu’un clerc, bourgeois de cette ville, pouvait opter 
entre la juridiction laïque ou ecclésiastique (°). Les méfaits 
et abus commis par Bloc de Steenlant ne se seraient d’ail- 
leurs pas bornés à ceux-là. Lors de la condamnation d’un 


(4) Fonds Gaillard, n° 869. 

(?) Ibid., n° 867. 

(3) 1bid., n° 879. 

(t) Ibid., n° 993. 

(5) Les échevins d’Audenarde déclarèrent que cette plainte était justifiée. 
LimBurG-SriRum, Coutume d’'Audenarde, I, p. 27 et suiv. 


94 H. NOWÉ 


certain Guillaume de Waterloes, il aurait dévasté les biens 
de Gertrude van Borsebeke et de Jean Vranke, sous pré- 
texte que Guillaume de Waterloes possédait des droits sur 
leurs propriétés, ce qui était complètement faux. Non seu- 
lement le baïlli leur aurait causé pour 20 1b. de dommages, 
mais pour éviter de pires catastrophes, ils lui auraient 
donné 60 1b. S'étant ensuite adressés à la Justice, les éche- 
vins de Burst et d’Alost vinrent témoigner en leur faveur 
auprès du baïlli. Mais celui-ci se serait répandu en injures 
et leur aurait dit : « dat si wert waren dat men se slepte 
ende hinghe vor haer dore (1). » De plus, en saisissant les 
biens d’un certain Gilles Sercassone, beau-père de Calle et 
Liskine Hannoet, il aurait complètement dépouillé ces 
orphelins, car ces biens leur revenaient en grande partie 
de leur propre père (?). Les autres baillis d’Âlost, Jean 
Rabbau et Jean van Werebeke, et les sergents comtaux 
n'auraient pas mieux traité leurs administrés Les plaintes 
contre les officiers comtaux de Gand, d’'Audenarde et des 
Quatre-Métiers contiennent des griefs semblables : exac- 
tions, saisies arbitraires, menaces et violences, emprison- 
nements et tortures (*) injustifiés, exécutions sans con- 
damnation préalable, dénis de justice. S’il fallait ajouter 
foi à toutes ces doléances, nous devrions avoir une bien 
triste idée de l’administration de la justice au début du 
xiv® siècle. Il arrive certes que les témoins soient una- 
nimes à accabler le baïlli, parfois aussi les enquêteurs eux- 
mêmes déclarent que les faits avancés sont véridiques. 
Mais dans la majorité des cas il est impossible de démêler 
le vrai du faux, tout mécontent ayant probablement saisi 
l’occasion de l’enquête pour faire entendre des doléances({). 


(2) Fonds Gaillard, n° 795. 

(?) Même fonds, supplément 0 36. 

(5) Dans trois plaintes, il est question de tortures infligées à des prévenus. 
Une femme des Quatre-Métiers déclare que le bailli la conduisit à Hulst « dar 
hi mi pijnde also als hi wilde » (fonds Gaillard, n° 821). Chrétien de Sause- 
makere déclare que le sous-baiïlli de Gand mena son fils « in ’t sgraven steen 
ende ghingene bernen stappans ende jammerlike tormenten » (n° 870). Un 
autre se plaint de ce que les sergents comtaux de Gand emprisonnèrent sa 
femme et la torturèrent. («cende jammerlike ende zwaerlike gepijnt ende 
gheanxent van haren live tot up de doot binnen der vangnessen ») (n° 863). 

(4) Cf. l'opinion de M. Langlois sur les plaintes françaises, op. cit., p. 8. 


BAILLIS DE FLANDRE 95 


Les commissaires devaient recevoir les plaintes et aussi 
faire l’enquête, c’est-à-dire entendre les dépositions des 
témoins. Ces instructions semblent avoir été faites soi- 
gneusement. Les dépositions des témoins furent mises par 
écrit, et se retrouvent fréquemment soit au dos de la 
plainte elle-même, soit sur feuille séparée (1). On vit dépo- 
ser jusqu’à 18 témoins pour une seule plainte (?). D’anciens 
subordonnés des baïllis mis en cause, tel qu’un sous- 
baïilli (*) et un clerc de bailliage (*) vinrent témoigner, et 
on alla même jusqu’à interroger la veuve d’un baïlli sur la 
gestion de son mari (*). Enfin, il semble bien que pour 
éclaircir tel voint de l’administration de Jean de la Douve, 
baïlli d’'Ypres (1304-1306) on eut recours aux comptes 
rendus par celui-ci (°). On ne négligea naturellement pas 


(1) « C'est li enqueste auwiit’par monseigneur Henri Evelbaren sur la 
plainte que Chrinstian Saussemakere a faite de Pieterkin, son, fils ». (Fonds 
Gaillard, n° 962.) La plainte, comme dans la plupart des cas, est en flamand, 
l'enquête est en français. 

(2) Ibid., n° 962. : 

(3) Ketele, sous-bailli d’Audenarde, dans l’enquête sur la gestion de Jean 
de la Woestine (Ibid , n° 898). 

(4) Vinea, ancien clerc de Gilbert le Mil (Jbid., n° 864). 

(5) « Li veve li Mil dist qu’elle ne seit niet, mes Vinea, qui fu son clers en 
seit parleer » (ibid , n° 866). 

(5) On sait que les auditeurs passèrent par la châtellenie d'Ypres également. 
Pourtant aucune plainte ne nous en est parvenue. Nous croyons pouvoir rat- 
tacher à cette enquête une liste de personnes exécutées à Ypres, à l’époque 
de Jean de Ia Douve (Arch. de l'Etat à Gand, chartes des comtes de Flandre, 
fonds Gaillard, supplément P [sans numéro]). Cette liste est divisée en quatre 
rubriques. La première comprend les personnes « ki justichiet sont [en le 
ville] d’Ypre dou mourdre dont il furent trouvé coupable [par] l'enqueste des 
4 boines vil es ke il fissent sor eschevins d’Ypres » (cf. J. J. LamBin, Van den 
moord van eenige schepenen…, Ypres, 1831, in-40) ; la deuxième, « chil ki banit 
furent de tensement et de larenchin que on trueve es [briefs] des eschevins ki 
justichiet sont [en le ville] d’Ypre, ou tans ke Jehans de le Douvie fu bail- 
lius. »; la troisième « chil ki justichiet sont en le dite ville que on ne troeve 
point condampné de nul fait par les briefs que li eschevins ont donné sus. »: la 
quatrième rubrique enfin, contient les noms de « chil ki justiciet sont en le dite 
ville ou tans Jehan de le Douvie ki point ne sont condampné ou brief des eske- 
vins de nul fait, desqueles persones Jehans de le Douve ne fait nule mencion 
en sen brief d'y estre justichiet en sen tans de le baïllie. » Nous avons recher- 
ché dans les comptes de Jean de la Douve les noms mentionnés dans les trois 
premières rubriques (Arch. gén. du Roy., Ch. des Comptes, comptes en rou- 
leaux, carton 106, nos 2127 et 2137) el nous les avons retrouvés parmi les indi- 


-) 


96 H. NOWÉ 


d'entendre les baiïllis et autres officiers mis en cause, et 
leur réplique fut souvent consignée à la suite des plaintes 
et des dépositions des témoins (1). Bloc de Steenlant et le 
sous-bailli ’t Kint, attaqués par le magistrat d’Alost, 
jugèrent même bon de rédiger une très longue défense 
dans laquelle ils réfutaient avec énergie les arguments de 
leurs administrés (2). Parfois, aux témoignages, les audi- 
teurs ajoutèrent leurs propres conclusions; ainsi, à propos 
d’une femme torturée par les sergents, ils déclarèrent : 
« Dit es wel gheproeft dat soe onscoudich was ende van 
der pine moëste sterven ($). » 

Ce qui différencie fortement l’enquête flamande de celles 
qui avaient été ordonnées par les rois de France, c’est que 
les commissaires royaux étaient de véritables réforma- 
teurs : ils pouvaient prendre des décisions, prononcer des 
sentences (4). Quoiqu’en Flandre les suppliants aient quel- 
quefois donné aux auditeurs le nom de « berechters » (°) 
ou aient terminé leur plainte par des formules telles que 
« Ende bidden u heren, ter Gods willen, dat ghi se hier of 
houdt in rechte » (6), rien n’indique que ceux-ci aient eu 
également comme mission de juger les causes. Ce ne sont 
là que de simples formules (7). Après l’enquête tous les 
documents furent probablement transmis à la cour com- 


vidus exécutés par ce bailli. 11 semble donc que Jean de la Douve ait fait 
exécuter un nombre considérable de personnes qui n’avaient nullement été 
condamnées à mort par les échevins. 

(1) Par exemple : « Response mon seigneur Daniel à ce demande : noie que 
li fait ne fut mi fait par li » (fonds Gaillard, n° 870) ou « Messire Guillaume ne 
seit niet de ceste demande » (n° 911). 

(?) «[Ghi] heren, ghi besoekers, dit es dandworde die min here Willem 
Bloc, bailliu van den lande van Aelst, ende Peter de Kint doen op de claghe die 
scepenen van Aelst ghedaen hebben vore u, heren. » (Fonds Gaillard, n° 998.) 

(3) Même fonds, n° 868. 

(4) Cu. V. LanGLois, Le règne de Philippe III le Hardi, p. 329 et suiv. 

(5) «Tote hu heren berechters van den forfeten ende van overdaden der 
baclure in Vlaendren » (DE Pauw, Dit is ‘t besouch, p. xxx1x). 

(6) Fonds Gaillard, n° 895. 

(7) Dans une des réclamations on voit fort bien que les plaignants ignoraient 
qui devait juger leur cause « ...beclage ic, Gheile ende mine moeder, Gode 
onsen here, min here den grave, min here Heinricke Evelbarne, ende min here 
den baliu van Ghent, ende alle goeden lieden die ons hier of berechten 
moghen » (fonds Gaillard, n° 821). 


BAILLIS DE FLANDRE o7 


tale, qui elle seule connaissait des abus commis par les 
officiers du prince, ainsi que nous l’avons vu dans les 
enquêtes particulières (1). 

Entreprise très probablement afin de remédier aux abus 
commis par les officiers comtaux après l’occupation fran- 
çaise, cette enquête générale ne possède ni le caractère 
strictement charitable des enquêtes ordonnées par saint 
Louis pour mettre sa conscience en repos (?), ni le carac- 
tère intéressé de celles qui furent faites sous ses succes- 
seurs, qui ne voyaient en elles qu’un moyen de faire rendre 
gorge aux officiers royaux (#). De plus, alors que ces tour- 
nées d'inspection étaient devenues un véritable procédé de 
contrôle en France, nous ne voyons rien de tel en Flandre : 
l'enquête de 1307-1308 cest un fait isolé. Mais ce n’est un 
fait unique qu’en tant qu’enquête ne visant que les officiers 
comtaux. En effet, quelques années plus tard, sans qu’il 
soit possible de préciser la date, peut-être vers 1319, 
Robert de Béthune, cherchant pour le repos de son âme et 
de celle de son père, à réparer les fautes commises durant 
leurs règnes, confia à des commissaires le soin d’ouir 
toutes les plaintes qu’on pouvait porter contre son prédé- 
cesseur et contre lui-même (#). 


(1) C’est d’ailleurs ainsi aussi qu'il fut procédé lors d’une enquête générale 
faite dans la châtellenie de Furnes en 1357. (Voir plus loin, p. 99.) Quant aux 
sentences du conseil relatives à l'enquête de 1307-1308, aucune ne nous est 
parvenue. Quelques années après, en 1312, Gilles de Meester, ancien sergent 
comtal à Gand dont on s'était fort plaint en 1308, légua la moitié de ses biens 
au comte et reconnaissait forfaire « cors et avoir » s’il commettait de nouveaux 
méfaits. (Arch. de l’Ét. à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds autrichien, 
carton 1). Est-ce là un des résultats de l'enquête? 

(?) LanGLois, Doleunces, p. 3. 

(3) DELISLE, op. cil., préface, p. 12 et 13. 

(4) Les documents relatifs à cette enquête sont également conservés aux 
Archives de l'État à Gand, chartes des comtes de Flandre, fonds Gaillard et 
suppléments). Si dans les plaintes reçues à cette occasion, les plaignants 
s'adressent simplement à des « signeur auditeur », dans d’autres ils indiquent 
nettement quelle fut la mission de ceux-ci : « Ghi heren, die sint over mins 
heren testement van Vlaendren » (n°s 935 et 949), « Heeren die sijn gheset in 
mijns heren stede van Vlaendren alse van den restore mijns heren sijns vader » 
(n° 822), ou « exécuteur de très excellent prinche monsigneur le conte de 
Flandre » (n° 934). Quelquefois ils font allusion au « salut de l’âme monsin- 
gneur » (n° 937). Le maïître-queux de la maison comtale demande au comte de 


98 H. NOWÉ 


À la différence des doléances recueillies en 1307-1308, 
celles qui furent ouïes dans cette nouvelle enquête ne 
visaient pas spécialement les abus commis par les officiers 
du prince (1). Si l’on se plaignit également des baillis, ce 
ne fut le plus souvent qu’en tant qu’exécuteurs des ordres 
comtaux, et les plaignants ne se font pas faute d'insister 
sur le fait que la responsabilité des abus retombe sur le 
comte (?) : le baïlli du Pays de Waes a interdit l'entrée de 
ce territoire à Daniel de Ponteraven, chevalier, caution 
des habitants de Waes lors de leur révolte en 1310. Mais le 
baïlli déclarait « dat hem myn here van Vlaendren est 
bevolen » (3). Une paix est rompue sur les terres du comte 
de Namur en Flandre, les fauteurs composent avec ce sei- 
gneur, et « che non contrestant, mesires de Flandre... fist 
tant faire par ses baïillius par manaches » qu’une des par- 


ne pas l'oublier, ayant appris que « vous faites ordener vos testament » (sup- 
plément O 42). Il est donc probable que l'enquête eut lieu au moment où 
Robert de Béthune faisait son testament. Kervyn de Lettenhove assure (His- 
toire de Flandre, WT, p. 101-102) que Robert fit un premier testament en 1319. 
En tous cas, le 5 novembre 13292, le comte instituait ses exécuteurs testamen- 
taires (DEHAISNES et Fixor, Inventaire sommaire des archives départementales 
du Nord, t. LU, p. 313). Les plaintes relatives à cette enquête ont été longtemps 
confondues avec celles qui concernent l'enquête sur les officiers comtaux 
de 1307-1308, car de part et d’autre, les doléances sont adressées à des audi- 
teurs comtaux, et dans la seconde enquête, il est fréquemment question 
aussi de baillis. Aucune des pièces relatives à l'enquête de 1307-1308 n’est 
cancellée. Les plaignants s’y adressent souvent aux enquêteurs en leur donnant 
leur nom, ou en indiquant le but de l'enquête. Au dos, les inscriptions sont 
d'une même écriture. Tous les baillis mis en cause sont antérieurs à 1307-1308, 
ou en fonction à cette date. De plus, pour le bailliage de Gand, la plupart des 
plaintes figurent dans la liste publiée par Vuylsteke. Les documents relatifs 
a l'enquête de + 1319 se distinguent bien de ce premier groupe. Tous sont 
cancellés et portent au dos des mentions écrites visiblement par une même 
main. De nombreux plaignants s'y adressent aux exécuteurs testamentaires du 
comte, ou font allusion au repos de l'âme de ce prince. Ces réclamations ne 
coneernent qu'indirectement les baillis. Souvent il y est fait allusion à des 
événements postérieurs à 1308 et les officiers qui y sont cités sont également 
fréquemment postérieurs à cette date. 

(4) Fonds Gaillard, n°s 822, 847, 875, 903, 908, 909, 918, 919, 927, 930, 
932, 935, 948, 949, supplément O 42, O 87, rebut n° 90. 

(2) Ibid., nos 819, 886, 892, 896, 910, 921, 928, 934, 937, 941, 9492, 948, 
rebut, n° 48, supplément, n 422. 

(3) Ibid., n° 948. 


BAILLIS DE FLANDRE 99 


ties dut composer une seconde fois avec- les gens du 
comte (1): D’autres se plaignent de ce que le comte ait fait 
saisir leurs biens par ses baïllis en diverses occasions (?): 
Enfin, dans différentes réclamations, les plaignants ont 
soin de mettre en lumière que le produit des saisies faites 
par l'officier alla dans les caisses comtales (3). Entreprise 
dans un but pieux, cette enquête se rapproche par là de 
celles de Louis IX... 

Durant la seconde moitié du xiv® siècle, on signale 
encore d’autres enquêtes générales. Louis de Male en fit 
faire une en 1349 (4), à sa rentrée en Flandre, une autre 
en 1357, dans la châtellenie de Furnes (5), et durant les 
troubles qui attristèrent la fin du règne de ce prince, il en 
ordonna une nouvelle dans toute la Flandre et qui devait 
se renouveler les années suivantes (6). Mais ces enquêtes 
r’eurenc nullement le caractère de celle de 1307-1308 : elles 
ne furent pas exclusivement dirigées contre les officiers 
comtaux, et de plus, la dernière fut l’effet d’une concession 
du comte aux villes révoltées et elle fut moins dirigée par 
le prince que par ces communes. 

D'ailleurs ces enquêtes générales étaient devenues inu- 
tiles depuis le milieu du xiv° siècle. Depuis cette époque 
on voit s'établir de nouveaux procédés en ce qui concerne 
l'audition des plaintes émises contre les officiers comtaux. 
Au lieu d'envoyer, comme en 1308, des commissaires dans 
les différentes châtellenies, chargés de recueillir les récla- 
mations, de faire l’enquête et d’en porter ensuite les résul- 
tats à la cour comtale, qui jugeait les cas, les administrés 


(!) Ibid., n° 937. 

(?) « Ou tans que on chevauchoit sur cheaus de Gand » (anno 1310?) (Ibid., 
nes 886 et 896); « Over ’t ghelt van der speye van den Damme » (Plaintes 
éditées par Espinas et PIRENNE, op. cûl., 1, n° 157, p. 562; IL, n° 416, p. 403) ; 
« en l’oquoison de le taillie le roy. » ({bid., IE, n°s 411 et 712, p. 350 et 351.) 

(3) Fonds Gaillard, n° 921. Saisie de bois par Jean de Bléti, bailli de Cassel 
(1299), « lequel bos ala hou profit de monsingneur »; saisie &e blé par le 
bailli de Grammon «te mins heren boef » (n° 910). 

(4) LimBurG-SriRuM, Cartulaire de Louis de Male, I, p. 78, 82 et 121. 

(5) Ibid., LE, p. 201. 

(5) Paix de Pont-de-Rone, 1er décembre 1379. (Vuvisreke. Rekeningen der 
stad Gent, IV, p. 441 et suiv.) Les délégués des villes flamandes siégeaient 
parmi les enquêleurs comtaux. 


100 H. NOWÉ 


des baïllis eurent la faculté de présenter périodiquement et 
immédiatement leurs doléances à cette cour. Tous les 
baïllis. on le sait, devaient rendre trois fois par an leurs 
comptes à des commissaires choisis par le prince parmi ses 
conseillers : au terme de l’Épiphanie, au terme de mi-mai, 
au terme de l’Exaltation de la Croix (14 septembre). C'est 
lors de ces redditions de comptes, que les plaintes furent 
entendues Les commissaires préposés le 1" juillet 1349 à 
la vérification des comptes des baïllis reçurent également 
« povoir et aueétorité..…. de oïr les complaintes de nos dis 
baïllis », et à la différence des enquêteurs de 1308, ils 
devaient « sentencyer et faire droit sur ycelle » ({). Tous 
les excès, tous les abus (?) de ces officiers étaient examinés 
et jugés ce jour-là par ces commissaires « sittende ter 
rekeninghe ende clachten van den baïllius » (3). L'habitude 
de recevoir les doléances des administrés à date fixe, se 
retrouve durant toute la seconde moitié du x1v° siècle (4) 
et même durant le xv® (5), et l'expression « Ter clachten 
van den baïllius » était la façon habituelle de désigner 
cette séance (6). | 


(!) LimBurG-SriRum, Cartulaire de Louis de Male, 1, n° 147, p. 149 et suiv. 
Voir uue autre commission du 4 mai 1356 : Zbid., II, n° 871, p. 143 et suiv. 

@) Ibid., I, n°211, p. 207; n° 222, p. 221 ; n° 373, p..342. 

(5) Ibid., I, n° 373, p. 343; on trouve aussi d’autres expressions pour dési- 
gner ces auditeurs : « Ons liede sittende ter elaghe van den rekeninghe van 
onsen baïllius » ({bid., 1, n° 222, p. 221), « onse lieden sittende over de clach- 
ten van den baillius. » (1bid., I, n° 211, p. 207.) 

(4) Nap.bE Pauw, Bouc van der Audiencie, I, n° 341, p. 155 (anno 1371), 
Il, n° 1839, p. 877 (anno 1376); II, n° 2052, p. 981 (anno 1377). 

®) «It., à Jacop Simoenssone, qui se parti du dit lieu de Gand a pié le dit 
10e jour du dit mois de mai par le commandement et ordonnance de mes diz 
seigneurs du conseil et porta certaines lettres closes pardevers maistre Roel- 
land de Moerkerke, secrétaire de mon dit seigneur, lui estant à Lille aux 
plaintes des baillis qui lors illec se tenoient, affin qu’il rapportast avec lui le 
rouge registre des privilèges, que le seigneur de Hollehaing avoit laissié en 
la Chambre des Comptes illec » ete. (Compte de Gui de Boeye, receveur des 
explois du Conseil de Flandre, rendu le 31 mai 1409. Archives générales du 
Royaume, Chambre des Comptes de Flandre, acquits de Lille, carton n° 282). 
En 1440, Jean Parlant, bailli d'Oudenbourg fut condamné par « messieurs des 
comptes du bureau aux plaintes des baillis » (FEYys et van DE CASTEELE, His- 
towre d'Oudembourg, X, p. 460). 

(6) « Up de claghe van Willem Bielen, die hi ter clachten van den baillius in 
Meye dede up Clais Scaec, bailliu van Hulst » ete. (Nap. DE PAUW, op. cit, I, 


BAILLIS DE FLANDRE J01 


Les commissaires chargés par le comte de vérifier les 
comptes des baïillis, de recevoir les plaintes des adminis- 
trés et d'y faire droit, sont, comme nous l'avons dit, des 
conseillers comtaux. La vérification des comptes suivie de 
l'audition des doléances, n’est. comme on le sait, qu’une 
des nombreuses attributions du conseil ({). Les baillis, en 
effet, ne relèvent que de cette cour (?), et il en fut toujours 
ainsi. À mesure que l’on avance dans le xrv° siècle, les 
baïllis trouvent dans le conseil comtal, davantage composé 
de téchniciens tels que financiers, anciens baïllis, juristes, 
des juges de plus en plus rigoureux (°). À partir de Louis 
deMale, on ne verra plus de grands seigneurs délégués 


n° 341, p. 155). Comme tous les baillis étaient alors rassemblés, l’Audience 
comtale choisissait cette date pour donner des instructions à ces ofliciers 
(Ibid., 11, n° 1939, p. 928) ou pour y fixer des affaires qui nécessitaient leur 
intervention (/bid., 1[, n° 14301, p. 615). On voit, par exemple, l’Audience ren- 
yvoyer une cause « toter naester clachten van den baillius te Ghent, midsdat 
men daerup spreken wille metten Rade ende met den bailliu van Ypre » ({bid., 
Il, n° 1301, p. 615). Bien plus, il ne sera pas nécessaire que les baillis soient 
mêlés à une cause pour que celle-ci soit renvoyée « ter clachten » ou «ter 
rekeninghe van den baillius » ({bid., I, n° 496, p. 236; n° 729, p. 349; n° 940, 
p. 447). Ces expressions finissent par désigner une simple date à laquelle les 
parties en litige se présenteront pour déposer une plainte quelconque ou 
accomplir toute autre formalité judiciaire devant le conseil comtal. 

(f) Le 7 août 1350, à la suite d’une plainte contre certains officiers comtaux, 
Louis de Male édicte une ordonnance se terminant par les mots : « Bi min 
here de grave ende sinen lieden van sinen rade sittende ter rekeninghe ende 
elachten van den baillius » (LimBurG-SriRuM, I, n° 373, p. 343). L'’audience, le 
> septembre 1372, renvoie une cause : « tot swondaecbs in de rekeninghe van 
den baillius eerstcommende, te wezene te Ghent, in de herberghe voor myn- 
here ende zinen Raed » (N. DE PaAuw, op. cit., 1, n° 729, p. 349). Tous les com- 
missaires chargés de vérifier les comptes en 1349 portent le titre de conseillers 
(LiMBURG-STIRUM, op. cit., n° 147, p. 149). 

(?) S'il est vrai que dans le courant du xtve siècle le receveur de Flandre 
peut suspendre les baillis de leurs fonctions ou arrêter ceux qui avaient com- 
mis des abus, il n’en est pas moins obligé de soumettre la cause au jugement 
du conseil (LiImBURG-STIRUM, op. cit., 11, n' 848, p. 122). 

(3) Le 4 janvier 1350, Louis de Male créa un « maistre des comptes » (/bid., 
I, n° 54, p. 59). Parmi les vérificateurs des comptes de baillis, le 22 mars 1349, 
on trouve outre deux chevaliers, « nos amés clercs, maistre Gilles de Bois, 
maistre Pierre de Douay, et mestre Testard de le Wastine, tous no conseillers, 
nostre amé varlet, Jehan Leclerc et avoec yaus nostre recheveur de Flandre » 
(Ibid., I, n° 143, p. 146). 


102 H. NOWÉ 


commé commissaires comtaux (‘)}. La création de l'Au- 
dience, cour de justice détachée du conseil, et chargée d’ex- 
pédier rapidement les causes, rendit ce contrôle encore 
plus sévère. Wieland affirme, mais bien à tort, que l'Au- 
dience n'aurait été instituée que pour contrôler la gestion 
des officiers comtaux, recevoir les plaintes des administrés 
et procéder aux enquêtes (?). En réalité, les causes les plus 
diverses furent jugées par l’Audience; il suffit, pour s’en 
convaincre, de parcourir le « Bouc van der Audienctie » 
publié par Nap. de Pauw. Mais il n’en est pas moins cer- 
tain que les plaintes contre les baïllis, les conflits entre ces 
officiers et leurs administrés, occupent une place impor- 
tante parmi ces causes (*. 

La journée consacrée aux plaintes existait toujours (+), 
mais il semble bien que bon nombre de doléances aient été 
portées à l’Audience comtale immédiatement (°). D'autre 
part, certaines plaintes déposées «ter clachten van den 
baïllius », étaient ensuite jugées, non par les commis- 
saires, mais par les gens de l’Audience, après avoir entendu 
le baïlli inculpé (6). Il leur arrivait aussi de siéger le jour 
des plaintes, car de nombreuses affaires concernant, ou 
non, les baïllis, étaient fixées à cette date (7). Dans ce con- 


(1) Tels le comte de Nevers et le sire de Mortagne lors de l'enquête faite 
sur la gestion de Jean van den Steen, baïilli de Damme en 1299. (Voir plus 
haut, p. 79.) 

(2) WieLanT, Recueil des antiquitez de Flandre (éd. DE Smer, Corpus chron. 
Flandr., IN, p. 109). D'après cet auteur ils « devroient tout mectre par éscript 
sans juger ». C’est là une erreur évidente. Par le Bouc van der Audiencie (éd. 
Nap. de Pauw), on voit, au contraire, que la principale attribution de l’Au- 
dience était de juger les causes. 

(8) N. DE Pauw, op. cit., I, n° 464, p. 219; n° 500, p. 238; n° 625, p. 303 ; 
n° 646, p. 311 ; n° 1057, p. 500, etc. 

(4) Voir plus haut, p. 100, note 5. 

(5) Du moins, rien n'indique que ces plaintes aient été faites « ter claghe 
van den baiïllius ». Voir N. pE PAuw, op. cit., I, n° 1229, p. 573; II, n° 2055, 
p. 984, etc. | 

(6) Ibid., I, n° 341, p. 155; n° 348, p. 156: II, n° 1839, p. 877. 

(7) Voir plus haut, p. 100, note 6. Cela ressort des registres de l’Audience; 
pourtant les dates des redditions des comptes ne coïncident jamais avec les 
séances de l’Audience. Nous svons comparé ces dates d’après Neuis, Chambre 
des Comptes de Flandre et de Brabant, inventaire des comptes en rouleaux, 
Bruxelles, 1916, et N. DE PAUW, op. cit. 


BAILLIS DE FLANDRE 103 


trôle exercé sur la gestion des officiers comtaux (1), l’Au- 
dience était aidée par le receveur de Flandre et ensuite 
par le souverain bailli. Ces deux officiers surveillaient 
étroitement non seulement la gestion financière, mais 
aussi l'administration judiciaire des baillis (2). La pour- 
suite des officiers prévaricateurs leur était réservée et 
c'est avec eux que ceux-ci devaient composer (*°). 
L’Audience disparut avec Louis de Male, mais l’œuvre 
centralisatrice de ce prince fut reprise par son gendre, 
Philippe le Hardi. Le conseil comtal établi à demeure à 


(!) Un sergent du bailli des Quatre-Métiers est destitué pour abus commis 
dans son oftice. De leur propre mouvement, les gens de l’Audience décident 
de poursuivre également le bailli des Quatre-Métiers, comme responsable des 
actes de son inférieur (N. ne Pauw, op. cit., Il, n° 2179, p. 1040 et suiv.). 

(?) Jusqu'à la création du souverain bailli de Flandre (1372), le receveur 
exerçait seul cette surveillance. En 1308 Robert de Bethune permettait à son 
receveur, Thomas Fin, de révoquer et de remplacer de sa propre autorité les 
baillis (LimBurG-Srirum, Codex diplomaticus, IT, p. 98 et suiv.). Au milieu du 
xi1ve siècle, le receveur général possédait encore cette prérogative (LImBURG- 
SriRuM, Cartulaire de Louis de Male, IT, p. 122). Il exerçait un contrôle perma- 
nent sur les Compositions fixées par les baillis (/bid., I, p. 128). Cela ressort 
également des comptes des receveurs généraux conservés aux Archives géné- 
rales du Royaume. Les souverains baillis eurent en cela les mêmes attribu- 
tions que le receveur général. 

(3) « De Jehan de le Bussche, qui fut bailliu à Wettre, et en fu délaisiés as 
comptes des baïllis en septembre l'an LXXI. Callengiet d’avoir rechut plu- 
seurs compossicion de pluseurs personnes appartenans à monsigneur de 
Flandre et yeelles non comptées à court. Pais de le dite calenge par le seu et 
consailg de pluseurs des gens monsigneur, pour 53 escus valent 63 1b. 12 s. » 
(Compte d'Henri Lippin, receveur de Flandre et de Gossuin de Wilde, souve- 
rain bailli, rendu le 10 janvier 1373. Arch. gén. du Roy., Chambre des Comptes 
de Flandre, comptes en rouleaux, carton 56, n° 1041). 

« De Jehan f. Boudins, calangiés d'avoir mis à mort à Grandmont, quant il 
fu bailliu d’Alost, un Lonel Rumelin, à tort et sans cause, et ossy de ce que sa 
femme avoit eu d’une composition 4 Ib. gros, ensy qu’el mesmes confessa 
publiquement. Pais de tout, par le seu et consent de monsigneur de Flandres 
mesmes, pour 400 1b. » (Compte des mêmes, rendu le 9 mai 1373, ibid., cat- 
ton 56, n° 1042). 

« De messire Jaque de le Val, lors baïilli de Nuefport, qui pour certaines 
mesusanches par lui fais contre monsigneur, en fait d'office, dont il fu pour- 
sivis et calengiés par le dit souvrain, à cause des compositions, par lui prins 
d’un appelé Pierre le Portre, de fait d'homicide, et de France de le Beerst, fut 
déposés du dit oftice de bailliage et condempnés en 200 1b. d'amende pour 
monsigneur par nossigneurs du Consel en l’audience ». (Compte de Jean de la 
Chapelle, souverain bailli, rendu le 6 septembre 1387, ibid., carton 56, n° 1493). 


104 H. NOWÉ 


Lille, devait jouer un rôle important dans le contrôle 
exercé sur les officiers comtaux (1). Les deux conseillers 
«ordonnez principaument pour le faict de la justice » 
étaient chargés de « scavoir l’estat et gouvernement des 
baïlliz, escoutêtes, receveurs, sergens et aultres officiers 
du pays ». 

Ainsi que l’Audience, ils devaient recevoir toutes les 
plaintes des administrés, faire les enquêtes nécessaires, 
entendre la défense des inculpés. Non seulement ils pou- 
vaient procéder contre eux, mais aussi les suspendre de 
leur office et demander ensuite au comte les sanctions 
nécessaires. La surveillance des fonctionnaires du comté, 
la répression de leurs abus sont parmi les attributions 
principales de ces hommes de loi. 

L'enquête générale de 1307-1308, le jour de plaintes 
institué au sein du conseil comtal au milieu du x1v* siècle, 
l'importance attribuée à l'audition des doléances des admi- 
nistrés lors de la création de la Chambre du conseil de 
Lille, indiquent suffisamment combien les plaintes étaient 
considérées comme un excellent moyen d'être renseigné 
sur la conduite des baïllis. 

IT est intéressant de constater que la ville d’Ypres suivit 
en cela l’exemple du comte. Elle aussi institua une séance 
de plaintes en faveur de ses bourgeois. Au début du plaïd, 
l’avoué « à cause de sen office pour le corps de le ville, 
ainsi que accoustumé est » demandait « se aucuns se vau- 
sist plaindre du haut baïlliu, du sous-bailliu, de l’escou- 
teten ou de leur varlès » (?). Cette coutume n'apparaît que 
durant la seconde moitié du x1v*° siècle, mais à en croire 
les registres aux sentences des échevins d’Ypres, c'était 
là une « coustume anchienne » (3). Il s'agissait avant tout 
de savoir si le bailli ne violait pas les franchises de la 
ville. Alors que cet officier ne relevait que de la cour com- 
tale, les éehevins jugeaient pourtant la cause, et si néces- 


(:) GaAcHaRD, Inventaire des Archives des Chambres des Comptes 1 ({Introduc- 
tion), 1, p. 72. 

(2) DE PELSMAEKER, Registre aux sentences des échevins d’'Ypres, p. 330. Voir 
aussi, tbid., p. 301, 333, 342, 368, 369, 376 et 380. 

(3) lbid., p. 333. 


BAILLIS DE FLANDRE 105 


saire, ordonnait au baïlli de réparer ses torts (1). L’avoué 
de la ville prenait la place du ministère public et dans son 
réquisitoire exigeait que les « franchise, us et costume » 
d’Ypres soient respectées (2). Nous n'avons rencontré 
semblable institution dans aucune autre commune de 
Flandre. Elle démontre à quel point le baïilli était sur- 
veille, non seulement par le comte, mais aussi par ses 
administrés, du moins dans les grandes communes. 


H. Now. 


(4) Ibid, p. 304. 
(2) Ibid., p. 333. 


jet re ON 


+? ao 41); DIUCXS tie 
-ée08 eux: £ tRAMEÉ RETN kb sole 


nage rats Pos not pa D 


à is $ nr . 4‘ + +; 
4. 4 vE PLU & f 
7 NAFEAR INIPMMN Es Ver À Teoes 9 Cia an MT, 22 
n LE nt ++: , La VAL À re à 
t 7 E" D Le & à X 


" . : * le 


ER ECS TN CO Moi: 21. 
— Li NAT) Di 
Ve d tv di) FOOT 

æ Ki 1: re ré" # 0 v « 


4 à 


Féminin Map r5 108 



















de fan Sas sims we hs rade 
“and er tlliid:0l raid fonp-4 suomi à 


ee aq iraun hist Net 136 Fe 


RS : 55. Ut DÉS C IR TRS semis $ 


4 LATE £ J 
| HANTES As 0 ANRT RNA, 27 syÉ se 


(rés e LESX ITR RRTTOT Pres ee ty ‘% 47 RO TA 
“à! 


SAteue., Lr sarteladtoe MR ranthnteires à 
ds. leurs-abiarront-lei 1e æ 


+ 
+ 
= 


. " Et 5 ‘ * 4 "n, À 
À “ Si AR LE M MIA ELLE 


none ÉLUS ri ECS K< 1 tidé: sr 2 
PU 'alée NC CHU Fes LE Lies ie 
RANCE ER ne 64 GE Sp 

re FE 1e, vba 108 a Je Ets e 00 
| re | L'on en ivre init 
tés ANA HE SOMME Cr DES 4% Es * 
; 


£ ù ‘ ête AMI 
’ € # l  # ; A à 


D LI SR AE LE a 40% ANS RES tie É Yo œ 
Te: hrs fée es SULA LAMPE 


Pa » à PRE it F € ». MUR ENTER 


Re Bu sNAURES En à, ag. de. 


. 
‘ 
re 


A EN RAM ET 2 5.4 FU g: F1 2 voB s 
rn AATUS Et RMS 3 vd est 


É + rt be : TUE SPORE M NRE 


" + d 7 | 
Eu d'a : L Ps. # 4g " 
LR à 
à. 21 M + 
LÉ RS PEN 


ne FR PS tr SE ES 7 Le 
AL Frre v SE | 2 ae Fe ER "ÉD Are P 


J à = L 


CRETE 7 Ne | "ARTS Le 


L pi 4 s 
ee | 
4 3 . . . aù 
CR “ PEL. 2 
1e | Foire. 1 FU 
AN IE LL TER | 
# pt D 9e SR 
. 2" ha TE Plein D 
æ“ A à te et le 
; Æ LE 
; L'ARE 
‘ | AY NU 
‘ vs re VE -N 
} Fat PUS ou en. 
d É +: “ ss Re 
L o , (NH . 


Les origines de la Confédération suisse 
d’après les travaux les plus récents ( 


Les événements compliqués qui ont amené d'abord 
l'alliance de 1291 entre les trois petits pays d'Uri, de 
Schwytz et d'Unterwald, puis leurs succès militaires sur 
les Habsbourgs, enfin la formation des Ligues helvétiques, 
n’ont pas laissé de traces bien précises dans la mémoire 
des contemporains. 

Au xv* siècle, lorsque la lutte avec la maison d'Autriche 
s’exaspéra, par un procédé très humain et où il n’entrait 
aucun calcul, on chercha, dans les cantons, à noircir l’ad- 
versaire et à rejeter sur lui l’'odieux d’une conduite indigne 
qui avait provoqué la guerre. On se figura alors que les 
vallées avaient primitivement appartenu à l’Empire et que 
les Habsbourgs les avaient asservies; ils les avaient fait 
gouverner par des baïllis, qui étaient des tyrans; à l’op- 
pression dont on accusait ceux-ci de s’être rendus coupa- 
bles, l'imagination populaire ajouta des attentats contre 
la vertu des femmes et des cruautés révoltantes : ainsi, le 
baïlli d'Unterwald fait crever les yeux à un vieillard qu’il 
a dépouillé de ses bœufs, parce que le fils de celui-ci, en 
se défendant, a cassé un doigt d’un de ses valets. 

A ces crimes, on opposa l’héroïsme des hommes qui 
avaient osé résister à cette tyrannie et supprimer satyres 
et oppresseurs ; on exalta l’habileté avec laquelle ils avaient 
organisé la conjuration qui assura pour toujours leur 
liberté. 

Dans ce domaine, avec une émulation naïve, chaque 
canton voulut avoir sa part des gloires du passé; Unter- 
wald avait Arnold de Melchtal, le fils du vieillard aux 


(*) Communication faite à la Section d'Histoire du moyen âge du Ve Congrès 
International des Sciences Historiques (Bruxelles, 1923). 


108 C. GILLIARD 


yeux crevés; Schwytz eut Werner Stauffacher, le paysan 
aisé auquel un baïlli avait reproché sa maison de pierre. 
Uri s’appropria l’histoire de Guillaume Tell, qui n’est 
autre que la légende germanique de l’habile archer. Le 
plus ancien document où tous ces éléments soient réunis 
est la chronique manuscrite que l’on appelle le Livre blanc 
de Sarnen, rédigée vers 1470 (1). 

On peut supposer que les influences de la Renaissance 
italienne n’ont pas été étrangères à la formation de ces 
récits où un rôle éminent est donné à de fortes individua- 
lités. 

A la fin du xvr* siècle, un Glaronnais, Egide Tschudi, 
fit de tous ces récits, parfois contradictoires, une œuvre 
littéraire. C’était un écrivain de talent : il fit une « contami- 
nation » de toutes les légendes, introduisit les « raccords » 
nécessaires, fit disparaître les contradictions, précisa les 
lieux, les noms et les dates; bref, sous sa plume trop 
habile, tout cela prit l'apparence d’un ensemble cohérent 
et plausible. 

La Chronique de Tschudi fut publiée en 1734 seulement; 
elle eut un immense succès. C’est d’eile qué dérive toute 
l'histoire romantique de Guillaume Tell, des Trois Suisses, 
du Serment du Grütli, cette histoire qui à flotté devant 
les yeux des révolutionnaires français, et qui a trouvé sa 
plus belle expression poétique dans le drame de Schiller ; 
c’est celle qu'a donnée Jean de Müller dans sa célèbre 
Histoire de la Confédération suisse (?). 

Dès 1835, la critique historique du xix° siècle s’est 
attaquée à ce bel édifice. Le premier démolisseur fut 
J. E. Kopp (*); après lui vinrent une série d’historiens, 
parmi lesquels je citerai Vaucher (#) et Oechsli (*). 


(t) Le texte le plus accessible est dans les Mémoires de l'Institut national 
genevois, t. XVI, p. 39 ss. 

(2) Leipzig, 1806-1808; la meilleure traduction française est celle de 
Monnard et Vulliemin, Paris et Genève, 1837. Ce récit se trouve au t. IT, 
p. 222 ss. 

(8) Urkunden zur Geschichte der Eidg. Bünde, 1, Lucerne, 1835; Geschichte 
der Eidq. Bünde, I et Il, Leipzig, 1845-1847; articles publiés dans les 
Geschichtsblätter aus der Schweiz, 1 et Il, 1853-1854. 

(+) Mémoires de l'Institut national genevois, XVI, p. 1 ss. 

() Les origines de la Confédération suisse, Berne, 1891, 


ORIGINES DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE 109 


Ils ont montré, et d’une façon qui paraît aujourd’hui 
irréfutable, que la légende reposait sur des erreurs histo- 
riques et politiques; ils ont renvoyé Guillaume Tell à ses 
origines scandinaves; ils ont établi que ni Uri, ni Unter- 
wald n'avaient jadis dépendu directement de l’Empire; 
ils ont déterminé les droits légitimes que les Habsbourgs 
avaient possédés dans les trois vallées, comme avoués 
impériaux ou ecclésiastiques, comme propriétaires de fiefs, 
comme comtes du Zürichgau ; ils ont prouvé que la chrono- 
logie traditionnelle était fausse, que Gessler et les autres 
baillis n'avaient jamais existé. Ils ont même contesté la 
plus plausible et la plus populaire des légendes, ce:le du 
Grütli : s’il est possible que des conciliabules secrets aient 
eu lieu, la nuit, dans une prairie isolée, sur les bords du 
lac des Quatre-Cantons, ils ne peuvent avoir été tenus ni 
à la date traditionnelle de 1507, ni à celle, plus historique, 
de 1291. 

A la place de la poésie, ils ont mis la réalité prosaïque, 
que voici : 

Le xrr1° siècle voit se développer en Suisse la puissance 
des Habsbourgs; une série d'accidents heureux, une poli- 
tique habile, l'acquisition de terres, de droits de justice 
ou d’avoueries finissent par les rendre maitres de la plus 
grande partie du plateau suisse. Toutefois, il reste à 
Schwytz et à Unterwald de petites communautés d'hommes 
libres et à Uri une communauté de serfs, appartenant en 
droit à un couvent de femmes de Zurich, mais jouissant 
en fait d’une quasi-liberté. Ces communautés, ou plutôt 
leurs chefs, craignaïient que le Habsbourg, qui avait sur 
eux des droits de justice comme comte ou comme avoué, 
ne vint à les confondre avec ses propres sujets, et ainsi à 
les asservir complètement. Pour échapper à ce danger, ils 
cherchèrent à obtenir l’immédiateté impériale. A la suite 
de négociations, obscures pour nous, les Uranais et les 
Schwyzois y arrivèrent en 1231 et 1240, au cours des 
guerres entre Guelfes et Gibelins; mais, pour des raisons 
qui nous échappent, les Habsbourgs reconnurent seulement 
la charte impériale des Uranais; ils refusèrent d'admettre 
celle qui intéressait Schwytz. En 1291, à la nouvelle de la 
mort de Rodolphe de Habsbourg, sur l'initiative des 


110 C. GILLIARD 


Schwyzois les habitants des trois vallées jurèrent une 
alliance qui avait pour but de leur assurer l'autonomie 
judiciaire. 

Cet acte d'indépendance parut médiocrement dangereux 
aux Habsbourgs, qui atteudirent vingt-quatre ans pour le 
réprimer ; quand ils voulurent rétablir leur pleine autorité 
sur ces vallées reculées, ils subirent une éclatante défaite, 
au Morgarten, en novembre 1315. Au lendemain de leur 
victoire, les trois cantons renouvelèrent publiquement 
leur alliance et affirmèrent hautement leur autonomie 
politique (Pacte de Brunnen, 9 décembre 1315). 

Aiïnsi,les historiens du xix° siècle enlevaient aux origines 
de la Confédération tout élément dramatique; ils nous 
montraient un problème politique qui trouvait sa solution 
par les voies juridiques et diplomatiques tout autant que 
par les armes. 

Mais la critique historique n’est jamais satisfaite. Des 
esprits curieux posèrent de nouvelles questions : Comment 
les Suisses purent-ils intéresser l'Empereur à leur sort 
qui laissait indifférents les Habsbourgs ? Comment se 
procurèrent-ils les ressources en argent, en armes et en 
hommes qui leur permirent de s'affranchir? 

C’est là qu'est intervenue l’histoire économique : elle 
nous a montré la route du Gotthard s’ouvrant au cours du 
x11° siècle, et cela explique bien des choses. On voit l’intérêt 
qu'avait Frédéric II à posséder le passage central des 
Alpes, à le laisser entre les mains d’un petit peuple, peu 
dangereux, plutôt que de le voir tomber entre celles d’un 
grand seigneur, qui pouvait devenir un ennemi. D'autre 
part, on comprend que le trafic du Gotthard ait assuré aux 
habitants des vallées des ressources qui leur permirent 
d'acheter à l'Empereur leurs chartes et de se procurer des 
armes. 

Elle nous a montré autre chose encore : l'exploitation 
commune des alpages et des forêts créant entre les habi- 
tants de chaque vallée une communauté d'intérêts, qui 
devient bientôt une communauté politique, comme ailleurs 
les corporations : l’organisme économique prépara l’orga- 
nisme politique; dans son sein se formèrent les hommes 
qui devinrent les premiers magistrats du pays. 


ORIGINES DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE 111 


La Suisse était le produit du Gotthard, un peu comme 
l'Égypte est un cadeau du Nil. 

Des travaux récents ont repris la question et poussé 
plus loin les recherches. 

M. Bresslau ({) a montré que la lettre d'alliance de 1291 à 
été rédigée par un Italien, écrite probablement par un clerc 
formé aux habitudes de chancellerie de ce pays. M. Léon 
Kern, archiviste à Berne (?), à établi que plusieurs for- 
mules, auxquelles on attachait une certaine importance 
(en particulier celle qui déclare que l’alliance doit durer à 
perpétuité : in perpetuum duratura), sont des clauses qui 
se rencontrent très fréquemment dans les chartes du nord 
de l'Italie, auxquelles elles ont visiblement été empruntées. 

Plus que tout autre, M. K. Meyer, professeur à Zurich(*), 
a relevé les très nombreuses influences italiennes que l’on 
peut saisir dans les formes politiques et les conceptions 
juridiques que l’on rencontre chez les premiers Confé- 
dérés (f). 

L'idée communale, qui, au x1° siècle, se développe dans 
les villes italiennes, pénètre un peu plus tard dans les 
campagnes. Dès le x11° siècle, sur le versant sud des Alpes, 
des communes rurales deviennent des organismes poli- 
tiques indépendants. Ce fait ne peut avoir passé inaperçu 
aux yeux des habitants des vallées septentrionales. 

Dans ces communautés rurales italiennes, la population 
se libère de bonne heure de la servitude personnelle. C’est 
un second exemple qui ne pouvait manquer d'être con- 

agieux. 

(1) Jahrbuch für Schw. Geschichte, XX (1895), p. 28. 

(2) Son travail n’a pas été publié. — Parmi les bons ouvrages récents sur 
les origines de la Confédération, on peut citer encore : DurRER, Les premiers 
combats de la Suisse primitive pour la liberte, Berne, 1913 (publié par l’Etat- 
major) et A. HEUSLER, Schw. Verfassungsgeschichte, Bâle, 1920. 

(3) Blenio und Leventina von Barbarossa bis Heinrich VII, 1911. — Ueber die 
Entwickelung des Gotthardpasses auf die Anfünge der Eidgenossenschaft. 
Geschachisfreund, LXXIV (1919). — Der Schwurverband als Grundlage der 
urschweizerischen Eidgenossenschaft. Anzeiger für schweizerische Geschichte, 
N. F., XVII (1919). — Italienische Einflüsse bei der Entstehung der Eidgenossen- 
schaft. Jahrbuch für schweizerische Geschichte, XLV (1920). 

(*) M. le comte Delaborde m'a fait très justement remarquer qu'un phéno- 
mène analogue se rencontre dans le sud de la France. 


112 C. GILLIARD 


est là aussi que l’on voit se développer, dès le xr° siècle, 
cette forme politique nouvelle qui repose sur le serment 
de bourgeoisie, et que l’on appelle en latin conjuratio, en 
allemand Schwurverband ou Einung. Or, dès 1240, on 
trouve à Schwytz des hommes unis par un serment poli- 
tique, cette forme primitive de la démocratie médiévale, et 
la lettre de 1291 appelle les premiers Confédérés conjurati, 
mot dont l’allemand Eidsenossen n’est que la traduction, 

Fn Italie aussi, on trouve cette passion pour l’autonomie, 
ce besoin — qui n’est réalisable que dans de petits groupe- 
ments — de se gouverner soi-même, qui apparaîtra comme 
le premier idéal des Confédérés. 

On peut même relever des influences italiennes dans 
l’organisation intérieure des cantons primitifs : c’est 
d'Italie que semble leur être venue l’idée d’établir une 
seule loi pour tous et un seul tribunal, quel que soit le 
statut personnel des divers habitants. Il en est de même 
de l'égalité de tous devant l'impôt, et l’on retrouve dans 
les communes italiennes. comme dans les cantons suisses, 
le principe du service militaire universel. 

On peut enfin signaler une dernière analogie ; la plupart 
des communes italiennes ont connu la « tyrannie ». Ce 
régime, on le sait, ne se rencontre pas en Suisse; cepen- 
dant, au xive siècle, il faillit triompher à Zurich, avec 
Rudolf Brun, et à Uri. avec les Attinghausen; là, l’in- 
fluence italienne se brisa devant l'esprit démocratique et 
égalitaire des Confédérés. 

Sans doute, le mouvement communal n’est pas exclusi- 
vement italien; il fut aussi très puissant en France et dans 
les Flandres. Sans doute aussi, les mêmes causes ont pro- 
duit en Suisse les mêmes effets qu’en Italie. Il n’en reste 
pas moins que, par sa proximité, ce pays devait exercer 
une influence plus grande que tout autre et son exemple 
faciliter une évolution par ailleurs naturelle (1). 

Ainsi, on est amené à considérer comme toujours plus 
important le rôle qu’a joué le Gotthard dans la formation 
de la Suisse. Ce passage n’a pas seulement attiré sur ce 


(1) Ces affirmations ont été contestées tout récemment par M. G. v. BELOW : 
die Entstehung der schw. Eidgenossenschaft. Revue d'histoire suisse, III, 
p. 129 ss. 


ORIGINES DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE 113 


petit pays l’attention des empereurs ; il ne lui a pas apporté 
seulement des ressources matérielles : il a été la route par 
laquelle ont pénétré les idées politiques nouvelles; c’est 
par là que sont venues les semences de la liberté. 

S'il était permis à propos de ce point spécial d’historio- 
graphie de formuler une conclusion générale, ce serait 
celle-ci : les historiens qui insistent sur l’importance de 
l’histoire économique n'ont pas tort sans doute, mais à 
condition de faire la part des facteurs moraux; l’histoire 
économique, en effet, n’aboutit pas nécessairement au 
matérialisme historique. 


CHARLES GILLIARD, 
Professeur à l’Université de Lausanne. 





+ 














A | Nr: ee 
ER dirogqs se # ul 04 fi | ruPaquEe en bu 
FINS, SRE D ea SN 
| F4 GPO SSatr: ROIS | HA k 19 
SAR pass NES 14100 “it 25 31) “nf te Nr, 
n] D 1: h 4 


| Htodr! nl 31 PRIT STE ga! LA Jac 


ML TO DITIN DOTE 1 Hi0q cn 40.:# M ie 
Here 49 LADE LA t” ue + 


{ : re + L 
4 UE". vTirts PT tu bic EAU THE 
ete rt : LUATODT # MELON MYLE }'4# 
RE" LR 
; UM \ L Cr “it 
RAFHSOI. CAT di 73 JS 


ri 
- 1 n L 


MEÉLANGES 


nes 


Ancien français serit. 


Godefroy connaît deux significations à sert, serit : « bien 
fourni, bien muni » et « serein ». Il me semble difficile 
d'admettre la même origine pour les deux mots; aussi 
m'en tiens-je pour le moment à celui que God. paraît faire 
remonter au même étymon que serein. 

Avant tout, il y a lieu de se demander si « serein » est 
vraiment le sens propre de notre mot; je remarque, en 
effet, qu’il est souvent employé comme équivalent à suef 
(SUAVIS), Coi (QUIETUS) ; de plus, il y à des cas où le sens de 
« serein » est presque impossible à admettre. Voici quel- 
ques passages suggestifs (cités par God.) : 

suef et serit : 

les nuis, coies et series; 
Li airs est clers, nes et seris ; 
Aiïns estoit la nuis bele et gente 
et coie et sans vent et sierie ; 
Li tan estoit mous, seriz et cois ; 
Ils chevauchierent a la lune serie; 
Paien s’enfuient parmi un val seri; 
Je me vois reposer en ma chambre serie. 

J'ajoute, d’après Bartsch, Rom. et past., I, 54, 5 : 

Si se plaint del dangier son mari 
Et dist seri : 
Se j'osoie, je ferai ami. 

Une « lune sereine », un « val serein » une « chambre 
sereine », même au figuré, seraient des manières assez 
impropres de s'exprimer; le sens de «tranquille, paisible », 
au contraire, convient parfaitement à toutes ces citations. 

Je pense donc à SECRETUS. 

Examinons cette étymologie au point de vue phonétique. 
Le e tonique se développe en ei; le c devant consonne, 


Li 


116 MÉLANGES 


même à la protonique, palatalise cette dernière (cf. SACRA- 
MENTUM > anc. fr. sairment). Nous arrivons donc à “seireit. 
Mais le e après une palatale a un développement spécial 
bien connu : CERA, en passant par “cieire, aboutit à cire; 
d’une manière analogue, *seireit est devenu serieit, serit. 
Le changement de sens ne fait pas difficulté; déjà en 
latin classique, secretus voulait dire « isolé, solitaire »; 
or, la solitude et la tranquillité sont des idées complémen- 
taires pour tous les hommes et pour toutes les langues. 


ERNEST PLATZz. 


L'origine de la frontière linguistique 
en Belgique. 


La Société pour le progrès des études philologiques et 
historiques a abordé, dans sa séance du 11 novembre 1993, 
d'une manière assez inattendue, le problème de l'origine 
de notre frontière linguistique. C’était à propos d’une com- 
munication de M. Gielens, conservateur des Archives de 
l'État à Anvers, sur la question de savoir si les Francs 
sont les ancêtres des Flamands. Au cours de la discussion 
qui suivit cette communication, on fit observer l’imposs)- 
bilité de soutenir encore la thèse de G. Kurth, suivant 
laquelle notre frontière linguistique aurait pour origine la 
forêt Charbonnière. Depuis que H. Vander Linden a 
démontré (1) que la forèt Charbonnière était orientée du 
Nord au Sud, on ne peut plus admettre que cette soi-disant 
barrière ait donné naissance à une ligne de séparation qui 
va de l'Est à l'Ouest. 

Qu'est-ce donc qui lui a donné naissance? Car nous nous 
trouvons devant un phénomène qu’il faut expliquer : d'où 
vient notre frontière linguistique ? 

Différentes hypothèses furent émises par des membres 
de la Société. J’en émis une à mon tour qui eut l’heur de 
rencontrer l'assentiment d’un grand nombre de confrères. 
À la demande de plusieurs d’entre eux, je viens aujour- 


(2) Revue belge de Phnlolagie et d'Histoire, avril 1923, pp. 203-214. 


MÉLANGES 117 


d'hui la préciser et la compléter quelque peu dans cette 
revue. 

« Notre frontière linguistique n’est-elle pas une ancienne 
ligne stratégique, comparable à ce que fut l’Yser durant la 
guerre de 1914-1918, et qui a été tenue par les Romains 
durant de longues années à l’époque des invasions germa- 
niques? Notre frontière linguistique correspond en effet à 
une série de hauteurs, qui devaient constituer une excel- 
lente ligue de défense et d’observation, d’autant plus 
qu’elle coïncide avec la limite septentrionale de la région 
où l’on trouve des pierres de roche à fleur de terre. Ceci 
était essentiel pour un système de défense, au point de vue 
des routes à construire et des abris à élever. » 

Tels furent à peu près les termes que j'employai à la réu- 
nion du 11 novembre. 

Depuis lors ma conviction s’est considérablement affer- 
mie. Voyez done comme notre frontière linguistique suit 
approximativement la ligne de démarcation entre la 
moyenne et la basse Belgique, enjambant les hauteurs au 
sud de Maestricht, au sud de Tongres et de Tirlemont, au 
nord de Wavre, au nord de Braïine-le-Comte (le tunnel), au 
sud de Grammont, de Renaix, jusqu’au mont de l'Enclus. 
Là se présente une trouée, une trouée de Belfort au petit 
pied. C’est justement par là que les Frances de Clodion per- 
cèrent la ligne et s’en allèrent fonder le royaume de Tour- 
nai. Et encore, voyez comment la ligne de défense natu- 
relle, que nous venons de suivre de Maestricht au mont de 
l’Enclus, continue à travers la trouée. Au bas du mont de 
l'Enclus, à Escanaffles, elle emprunte l'Escaut, le suit, 
exactement comme la frontière linguistique, jusqu’en 
avant de Dottignies, la quitte pour suivre les collines au 
sud de Coyghem, au nord de Mouscron, se raccroche à la 
Lys au sud-ouest de Menin, la dépasse pour rejoindre le 
mont Kemmel, puis se prolonge en France vers les hau- 
teurs de Cassel... 

N'est-ce pas frappant? 

Et quand cette ligne de défense aurait-elle été établie 
par les Romains? Vraisemblablement vers le milieu du 
1e siècle de notre ère. Voici mes raisons. 

Nous savons que la ligne de défense du Rhin fut forcée 


118 MÉLANGES 


par les Francs, sous Gallien, en 259. « La digue de Germa- 
nie était rompue et l'océan barbare se répandit dès lors par 
vagues successives à travers les provinces d'Occident (1). » 
Mais on parvient encore à défendre la chaussée de Cologne 
à Boulogne. À partir de Tongres cette chaussée passe 
justement au sud de la ligne qui constitue actuellement 
notre frontière linguistique. Il n’est que naturel que les 
généraux romains portent leur système de défense à quel- 
ques milles au nord de l’artère essentielle qu’il s’agit de 
protéger. 1ls réussissent à la tenir, avec des alternatives 
d'avance et de recul, comme à l’Yser. Mais enfin ils v 
réussissent; et cette ligne n’est définitivement forcée 
qu’en 406. La percée a lieu entre la Lys et l’Escaut vers 
Tournai. Menacés d'être pris à revers, les Romains éva- 
cuent la Belgique. 

De 259 à 406, c’est environ cent cinquante ans en plus 
que l’occupation romaine aurait encore duré dans la Bel- 
gique méridionale, après que la Belgique septentrionale 
fut tombée aux mains des barbares. C’est plus qu'il ne fal- 
lait pour que l'œuvre de romanisation fût durable et défi- 
nitive au Sud, alors qu’elle n’avait été que passagère au 
Nord. Représentez-vous ce qu’eût été le pays de Furnes et 
de Poperinghe, si l’Yser avait été pendant cent ans la bar- 
rière infranchissable qu’il fut pendant quatre ans, seule- 
ment. Déjà les enseignes des cafés et des nouveaux maga- 
sins, qui s’ouvraient derrière le front, étaient en français. 
La population, les enfants surtout, apprenait le français 
avec une rapidité étonnante. Si la guerre avait duré seule- 
ment un quart de siècle, le pays de « bachten de Kupe » 
aurait été complètement francisé. 

Cela nous permet d’entrevoir comment s’est opérée la 
romanisation définitive de la Belgique méridionale, à 
l’abri de la ligne de collines, boisées ou non, mais occupées 
par les troupes romaines : ligne plus impénétrable que 
l’eût été la forêt Charbonnière, si vraiment elle s’était 
trouvée là où on le croyait. Peut-on s’imaginer que les 
bandes de guerriers barbares, qui dévalèrent sur l’empire 
romain au xi° siècle de notre ère, se seraient arrêtées 


‘() F. Cumoxr, Comment la Belgique fut romanisée, 2e édition, 19149, p. 106. 


MÉLANGES 119 


devant une forêt de quelques lieues de profondeur, alors 
que les Romains, moins sauvages assurément, l'avaient 
traversée sans hésiter? Quand on y songe bien, l'hypothèse 
de la forêt Charbonnière, considérée comme origine de 
notre frontière linguistique, est enfantine. Une population 
sortie des bois de la Germanie ne s'arrête pas devant une 
forêt qu’elle devait considérer comme un bosquet. 

Quel rôle merveilleux nos historiens de l’école roman- 
tique ont fait jouer aux forêts! 

Mais n’insistons pas. Comme on l’a dit dans la réunion 
du 11 novembre, la forêt Charbonnière ne peut plus entrer 
en ligne de compte ici. Qu'on écarte pour de bon cette 
hypothèse ({) du chemin de nos recherches historiques et 
philologiques. Voici une nouvelle piste. Qu'on l’explore. 
Aux spécialistes d'examiner si l'hypothèse de la ligne stra- 
tégique, tenue de 259 à 406 environ, se vérifie dans les 
textes et par les fouilles. 

Qu'on ne néglige pas toutefois le côté intuitif du pro- 
blème. Qu'on monte donc à la tour qui domine la crête du 
mont de l’Enclus, et qu’on contemple d'un côté le pays 
flamand, de l’autre le pays wallon. Il n’est pas possible 
qu'un général romain, chargé d'arrêter les hordes bar- 
bares, qui venaient d’envahir la Gaule, n’ait pas utilisé 
cette position merveilleuse, d’où l’on domine d'un coup 
d'œil la plaine flamande, où se faufilaient sans doute les 
bandes de pillards germaniques, et d'où les signaux — les 
feux, par exemple — devaient s’apercevoir de plusieurs 
lieues à la ronde. Au mont Kemmel on a la même impres- 
sion, quoique d'une manière moins intense. 

En tous cas on ne m'ôtera pas de l’esprit cette convic- 
tion qu’il y a plus qu’une simple coïncidence entre le phéno- 
mène de géographie physique que nous venons de signaler 
et le phénomène de géographie humaine que constitue 
notre frontière linguistique. 

HuBERT VAN HOUTTE. 


(2) Il paraît cependant qu’elle pourrait encore servir d'explication pour la 
limite géographique entre le dialecte wallon et le dialecte picard. Mais soyons 
sur nos gardes. 


120 MÉLANGES 


Document falsifié 
relatif à l’origine des béguines (1154). 


Chacun sait que l’histoire des origines des béguines est 
encombrée depuis le début du xvri° siècle de deux systèmes 
explicatifs hypothétiques dont les difficultés qu’ils sou- 
lèvent ne sont pas de nature à hâter la solution d’un 
problème passablement compliqué. Tandis que l'un fait 
remonter les débuts des béguines à un éminent ecclésias- 
tique liégeois de la fin du xrr° siècle, Lambert de Saint- 
Christophe, dénommé depuis 1250 (c) Lambert li Bègues, 
l’autre, par contre, considère sainte Begge d’Andenne 
non seulement comme la patronne mais encore comme la 
vraie fondatrice des béguines. 

Les partisans de sainte Begge, Erycius Puteanus et 
l'abbé de Ryckel, de Louvain, avaient beau jeu, en 1630, 
dans leurs démonstrations historiques; il leur suffisait, 
pour avoir raison, d’exhiber des documents antérieurs à 
Lambert de Saint-Christophe où il fût question de béguines. 
Et Puteanus n’avait-1il point trouvé dans le chartrier des 
béguines de Peuthy (Vilvorde), et publié avec un empres- 
sement excessif, trois chartes de 1065, 1129 et 1209? Ces 
pièces existaient encore en 1789, puisque le bollandiste 
de Smet fit graver l’une d’entre elles (1). Mais ces pièces 
— comment Puteanus a-t-il pu ignorer la chose? — ne 
résistent pas un instant à un examen diplomatique quelque 
peu exercé. M. l’abbé Philippen a d’ailleurs démontré 
récemment avec force leur caructère hautement apo- 
cryphe (?)}. Ces documents n’apprennent rien quant aux 
origines des béguines; c’est de la mauvaise herbe à arra- 
cher et à jeter au loin. 

>omme si cette végétation parasitaire était insuffisante, 
voici qu’il se rencontre encore des actes — plus spéciale- 
meut une charte —, où il est question d’une curia beghi- 
narum au xli° siècle. Je voudrais établir que l'autorité de 
ce document, en ce qui concerne l’origine des béguines, 
est absolument nulle et ne peut jamais être invoquée. 


(1) Cf. Acta sanctorum Belgü selecta..…, t. X (1789), pl. 1. 
(?) CF. L. J. M. Paiipren. De Begiÿnhoven. Oorsprong, geschiedenis, inrich- 
ting. Antwerpen, Ch. H. Courtin, 1918, p. 425-432. 


MÉLANGES 121 


La pièce en question m'a été obligeamment communiquée 
par mon collègue des Archives du royaume, M. Alfred 
d’'Hoop, lors du classement du petit lot de documents 
provenant du Grand Béguinage de Bruxelles. C’est un petit 
parchemin de 0"15 de long sur 0"24 de large, bien conservé, 
mais dont le sceau est tombé au cours des temps. Il émane 
de Pierre, cardinal de Saint-Georges au voile d’or, légat 
apostolique, et est adressé au proviseur et aux béguines 
« de curia » de Bruxelles. La charte porte confirmation des 
biens acquis et à acquérir du béguinage. Tout cela est 
fort banal et inoffensif, comme on voit; l’unique intérêt 
du document réside dans la date, libellée comme suit : 
Datum Antwerpie VIII kalendas septembris anno Domini 
M.C.LIIIL. 

Comment un cardinal du no:n de Pierre a-t-il pu accorder 
à Anvers le 25 août 1154 un privilège à la curia beghina- 
rum de Bruxelles, inexistante à cette époque? Comment le 
dit Pierre a-t-il pu être cardinal de Saint-Georges alors 
que ce titre n'existait pas en 1154? Ces impossibilités 
historiques tombent devant ce fait brutal : la charte à été 
l’objet d’une mutilation dans l’énoncé de sa date; au lieu 
de M. C. LIIIL, il faut lire : M.CC. LIIII. 

L'acte est un titre parfaitement original et authentique. 
L'écriture est la belle minuscule du xru* siècle et, au 
surplus, celle des chartes des légats apostoliques. 

Et le légat Pierre? C’est. sans la moindre hésitation, 
Pierre Capocius, cardinal du titre de Saint-Georges au 
voile d’or, de 1244 à 1259 (1). L'année 1954 tombe ainsi tout 
naturellement dans la période de cardinalat de Capocius. 

L'altération de la date a été effectuée par des mains 
habiles, ne disons pas encore par des mains de femme, au 
moyen du grattage et surtout du ponçage. On peut s’en 
rendre compte d’abord en examinant attentivement 1 état 
du parchemin et ensuite en notant la place anormale 
qu’oceupe la lettre o mise au haut de la date : M.C. LITIIT ; 
en réalité, la place harmonieuse était la suivante 
DPCONLTIIIT: 

Cette démonstration paléographique peut suffire, sem- 


(1) Cf. K. Eusez, Hierarchia catholica medii aevi, p.48. 


122 MÉLANGES 


ble-t-il, le procédé du grattage étant connu du spécialiste. 
Ce qui est intéressant mais plus difficile à déterminer, ce 
sont l’auteur, l’époque et le motif de l’altération. Comment 
s'orienter ? 

En établissant les mobiles du grattage, on jettera du 
même coup un rayon de lumière qui nous éclairera à la 
fois et sur l’âge et sur l’auteur de la mutilation. 

Il n’est guère difficile de deviner les desseins des faus- 
saires ; ils sont si évidents ou si visibles qu’il ne faut point 
en chercher d’autres. En modifiant l’année 17254 en 1154, 
on a eu l'intention manifeste de vieillir la charte du légat 
Pierre Capocius. 

Or, quand on connait l’histoire des béguines des 
Pays-Bas, on se reporte immédiatement à la seule époque 
où des questions de date, donc d’antériorité, ont joué un 
rôle important et suscité les passions les plus vives tant 
dans le clergé et la dévotion populaire, que dans le public 
lettré. 

Précisons davantage. Dans sa première étude historique 
de 1698, le chanoine anversois P. Coens : Disputatio histo- 
rica et brevis disquisitio an beg'hinae nomen, institutum et 
originem habeant a. S. Beg'ga, Brabantiae ducissa, invite 
impérieusement les partisans de la thèse de sainte Begge 
à lui montrer des documents écrits authentiques établis- 
sant que les origines des béguines sont antérieures à 
Lambert de Saint-Christophe (li Bègues) : 

Rog'o omnes antiquitatis studiosos ut in favorem Beg'g'i- 
narum omni conatu velint allaborare, ut vel saltinm unum 
authenticum instrumentum ante tempora Lamberti (1) 
scriptum, vel datum, in lucem proferri possit. Non dubito 
quin immortalenm memoriam per omnia begginasta conse- 
quatur.….. Si autem aliquod  documentum quod contra 
Lambertum opponatur Aeg'idio (?) invenerint, obuiis ulnis 
cum graliarum actione illud acceptabo (?). 

La question pressante du chanoine Coens a tout l’air 
d'un défi. Puteanus le releva deux ans après, en 1630, en 


(!) C'est-à-dire Lambert de Saint-Christophe. 
(?) C'est-à-dire Gilles d'Orval qui parle de Lambert de Saint-Christophe. 
(3) Cf. P. Coexs, loc. cit., $ XXX, p. 66 et 87. 


MÉLANGES 123 


exhibant ses trois fameuses chartes fausses de Vilvorde. 
Pourquoi, puisque altération il y a, s’interdire la conjecture 
assez vraisemblable que la mutilation de la charte de 1254 
a eu lieu entre 1698 et 1631? Mais ce n’est pas à cette 
hypothèse, si séduisante d’abord, qu’il faut s'arrêter, à 
mon sens, 

La cause de sainte Begge avait besoin en ce moment de 
preuves historiques et d'habiles avocats. Les béguines de 
Bruxelles préparèrent à cette fin un dossier ou un plaidoyer 
qu’elles soumirent à l'approbation de l’archevêque de 
Malines, le cardinal Boonen; celui-ci les renvoya au nonce 
des Pays-Bas, Francesco del Bagno, archevêque de Patras. 
Elles le suppliaient de vouloir faire reconnaître par le 
Saint-Siège le culte public dans la ville de Bruxelles de 
sainte Begge en qualité de patronne des béguines, en s’ap- 
puyant sur des documents que le nonce prit la peine 
d'examiner. 

De ces deux faits, — rapportés, il est vrai, par A. Mos- 
heim, au xvirI° siècle, auteur véridique parce qu'il n'avait 
aucun intérêt à ne pas l’être en ce point (t) — il résulte 
ceci : 1° que la démarche des béguines de Bruxelles eut 
lieu sous le nonce del Bagno, c'est-à-dire entre les années 
1621 et 1627; 2° que des preuves ou des titres furent 
alors soumis au nonce (?). 

Or, que pouvait contenir ce dossier en fait de preuves 
sérieuses? Hélas, nous l’ignorons, ces papiers étant restés 
entre les mains du nonce et ayant disparu de la circula- 
tion. Mais nous pouvons le reconstituer sans trop d'effort. 
Comme preuves historiques convaincantes, les béguines 
n’en possédaient et n’en pouvaient produire aucune, 
attendu que sainte Begge n’a ni fondé l’association des 
béguines ni ne leur à donné son nom de son vivant. Restait 
donc à montrer, comme le fera, en 1630, Puteanus, qu'il à 
existé et des béguines et des curiae beghinarum avant 
l’action de Lambert de Saint-Christophe, c’est-à-dire avant 


(1) Cf. L. A. Mosneim, De Beghardis et bequinabus commentarius. Lipsiae, 
1790. 

(2) Legatus documenta sibi et teslimonia afferri jubebat, quibus effici posse 
confiderent Bequinae, 5. Beggam non indignam esse honore, quem exhibere 
illi volchant. Tee, p. 75. 


Toi MÉLANGES 


le milieu du xri° siècle. La charte du 95 août 1254, adroite- 
ment mutilée en 1154, venait ainsi singulièrement en aide 
aux revendications des filles de Sainte-Begge de Bruxelles. 
Le nonce, de son côté, ne se montra guère exigeant dans 
son examen et renvoya les béguines en paix. Mais le 
20 décembre de l’année 1626, au milieu de pompes reli-. 
gieuses éblouissantes et de l’allégresse populaire, apparut, 
toute souriante dans la pierre, au parvis de l’église, 
sainte Begge, patronne des béguines de Bruxelles et d’une 
foule d’âmes pieuses fidèles à sa mémoire. 
H. Neuis. 


Ostende et Bruges en 1793. 


Né à Avranches le 7 janvier 1754, Lucien-François de la 
Corbière fit ses études à l’Université d'Angers, où le 
19 août 1773 il conquit le diplôme de maître ès-arts. 
En 1777, il fut nommé chanoine et chancelier de la cathé- 
drale de Verdun, fonctions qu’il garda pendant. onze 
années. Le 3 juin 1788, l’évêque d'Angers le nomma cha- 
noine de sa cathédrale. L'abbé de la Corbière reçut cette 
nouvelle à Paris, où le 9 juin la Sorbonne lui délivrait le 
diplôme de bachelier en droit civil et canonique. Il partit 
alors pour Angers. et le 14 juin il prenait possession de sa 
stalle de chanoine. Pendant un peu plus de deux ans, il 
prit part à la prière publique du chapitre angevin. 

M. de la Corbière ne voulut point prêter le serment à la 
coustitution civile du clergé, et vers le milieu de l’an- 
née 1791 il se retira à Avranches. Au mois de juin 4799, il 
partait pour l’île de Jersey, où il resta huit mois. Le 
20 février 1793, il s’embarqua pour l'Angleterre et passa 
quatre mois à Londres. Puis le chanoine angevin quitta 
l'Angleterre pour aller dans les Pays-Bas. Après avoir 
visité ce nouveau royaume et parcouru la Hollande, il 
s'établit à Hal (Brabant); il y résida huit mois (sep- 
tembre 1793-juin 1794). C’est là qu’il écrivit ses Mémoires, 
dont le manuscrit original est conservé aux archives de 
Maine-et-Loire. Nous allons en citer plusieurs pages. 

« Ostende est un port de mer appartenant alors à l’Em- 
pereur. Ce port se prolonge par des canaux jusqu’au centre 


MÉLANGES 129 


de la ville, ce qui lui donne l'aspect d’une ville hollan- 
daise. Il reçoit de gros bâtiments, même, dit-on, des fré- 
gates de 30 à 36 canons. La ville ainsi que sa place princi- 
pale sont fort jolies. Cette ville est presque neuve et par 
conséquent bien bâtie. On comptait, au moment où j'y 
étais (juillet 1793), plus de 400 bâtiments anglais, tant dans 
son port que dans les beaux canaux qui traversent la ville. 
Ostende, sans être une place forte, est à l’abri d’un coup 
de main; elle est environnée d’un fossé large et profond. 
Nous montàmes dans une chaloupe, qui nous conduisit par 
un beau canal à l’écluse où s’arrête la superbe barque qui 
conduit à Bruges. 

« Nous trouvames un bâtiment vaste, élégant, doré à 
l'avant et à l’arrière et un charmant pavillon à la chinoise 
sur le pont, pour mettre les voyageurs qui veulent respirer 
l’air à l’abri des rayons brülants du soleil ou des injures 
de la pluie. Si on descend, deux escaliers fort commodes 
vous conduisent à deux appartements parfaitement déco- 
rés, au milieu desquels est une cuisine et un office de la 
plus grande propreté. L'appartement du devant est une 
fort belle salle à manger, environnée de bancs. Celui de 
l'arrière est un charmant salon de compagnie, doré, 
sculpté, plafonné, tapissé en velours, et des sophas, des 
fauteuils et des glaces en forment l’ameublement. Si on 
veut jouer, une grande table couverte de drap vert vous 
invite à vous satisfaire. C’est dans de pareilles voitures 
qu’on arrive à Ostende, Bruges, Gand, Anvers. Après 
avoir visité ce joli château ambulant, nous vinmes sur le 
pont jouir d’un coup d’œil qui nous était nouveau. Deux 
chevaux tiraient notre bâtiment sur un superbe canal, 
orné de chaque côté d’une levée plantée de beaux arbres, 
de manière que nous voyagions en bateau au milieu d’une 
belle avenue de cinq lieues de longueur. À chaque instant, 
nous voyions des villages, des bosquets, des prairies cou- 
vertes de troupeaux. Dans quelques endroits, le niveau de 
notre canal était plus élevé que les prairies adjacentes, 
Enfin c'était véritablement un tableau mouvant, ou plutôt 
un changement de décoration continuelle. 

« La ville de Bruges est grande et assez bien bâtie, mais 
les maisons y sont toutes construites à la façon de ce pays, 


126 MÉLANGES 


c’est-à-dire qu’elles ont le pignon sur la rue. La place 
principale de Bruges est vaste, et on y construit de beaux 
édifices. C’est ici qu’on trouve le beffroi où est le carillon 
qui sonne à tous les quarts d'heure, de telle sorte qu'il 
sonne au moins la moitié du temps et finit par étourdir et 
impatienter. Ces sortes de carillons sont fort en usage en 
Flandre et en Hollande. Les boulevards et les alentours de 
Bruges sont charmants; mais ce que nous trouvâmes 
encore de bien plus agréable, ce fut d'entendre parler notre 
langue, sinon par tout le monde au moins par quelques- 
uns, de retrouver à peu près les mœurs et les usages fran- 
çais, d’y trouver un peuple doux et religieux, qui s’empres- 
sait à nous être utile. On compte à peine 30,000 âmes à 
Bruges. La cathédrale est une église ancienne et fort mal 
bâtie. Le chœur fait un angle avec la nef, ce qui produit un 
fort mauvais effet. En revanche, les deux collégiales sont 
fort belles : Saint-Sauveur surtout renferme de superbes 
statues, entre autres un Père éternel qui passe pour un 
chef-d'œuvre. L'église des Jésuites et l’abbaye des Dunes 
sont deux églises neuves fort belles, et riches en sculptures 
et en tableaux... » | 

L'approche des Français obligea M. de la Corbière à 
partir pour l’Allemagne. Il avait séjourné un mois à Aix- 
la-Chapelle et à Elberfeld, quand il arriva à Rastadt, au 
mois d'août 1794. I1 devint alors aumônier d’une compa- 
gnie de l’armée de Condé, dont il suivit toutes les marches 
et contre-marches pendant plus de deux ans. En 1797, il se 
fixa à Munich et ne partit de cette ville pour rentrer en 
France que le 17 juin 1802. 

Nommé curé de Roussay (Maine-et-Loire) en 1803, M. de 
la Corbière donna sa démission en 1815 et se retira à 
Luçon. Quand le diocèse de Luçon fut rétabli (1821), 
M£' Soyer le nomma chanoine de la cathédrale et il mourut 
à Luçon au mois de décembre 1825. 

F. UZUREAU. 


COMPTES RENDUS 


Albert Carnoy. Les Indo-Européens. Préhistoire des langues, 
des mœurs et des croyances de l'Europe. Bruxelles-Paris, 
Vromant & C°, 1921, un vol. in-12, 256 pages (collection 
« Lovanium »). Prix : 7 fr. 


Les multiples questions que soulève le probléme indo- 
européen n’ont pas cessé depuis nombre d’années de passion- 
ner à la fois les archéologues et les linguistes. Des travaux 
considérables ont été publiés par des savants allemands 
surtout, travaux dont chacun est le fruit d'une longue période 
d'efforts ; il me suffirait de rappeler parmi les plus récents les 
beaux livres d’Oskar Schrader, de Hermann Hirt, de 
Sig. Feist, de Joh. Hoops. Le public de langue française ne 
possédait pas de précis qui fût suffisamment au courant ou 
établi avec une critique assez avertie pour qu'on y püût se 
rendre compte du terrain conquis sur l'inconnu. Il n’a guère 
tenu qu’à M. Carnoy que le présent livre, pour utile qu’il 
soit, fût justement celui qu'on attendait. 

On devine donc que quelques réserves au moins s'imposent. 
J'aurais voulu les formuler plus tôt et je regrette de ne 
pouvoir le faire aujourd hui d’une manière plus détaillée et 
en les appuyant d'une démonstration rigoureuse. 

En voici deux ou trois. Il semble que l'ouvrage ait été 
rédigé avec hâte. On remarque ensuite l'assurance avec 
laquelle l’auteur reconstruit l’indo-européen, sans avertir plus 
souvent le public qu’il ne s’agit que de pures hypothèses (1). 
Dans le détail, des distractions auraient pu s’éviter. Enfin, la 
rédaction trahit parfois l'influence de la langue des mémoires 
le plus souvent consultés. 


(!) Il en résulte que le vrai, le possible et le problématique se coudoient 
et que l’image dont le lecteur doit se pénétrer peut en être faussée. Les 
réserves de la page 16 sont excellentes, mais le profane leur prêtera-t-il l’at- 
tention suffisante ? 


9 


128 COMPTES RENDUS 


Quelques remarques d'ordre secondaire : page 24, il se peut 
que lat. gallus « coq » soit apparenté à l’angl. {0 call « appeler, 
crier », mais ne se peut-il aussi, avec MM. von Wilamowitz 
et Niedermann, que le coq soit simplement le « Gaulois », 
comme en grec #6d0s et persihos désignent ce même volatile? 

Page 28, un indo-européen dhorà « porte » n’est pas admis- 
sible; il faut poser dhiworû (alternant avec dhurûâ, grec 
thurà). 

Page 34, latin coquina ne signifie pas «cuisinière», mais 
« cuisine » 

Page 36. si l’u latin, prononcé jadis ow, en est arrivé trés 
anciennement à se prononcer comme l’& de fr. but, vu, cru, 
le wallon ne fait pas exception, comme le pense M. Carnoy ; 
seul le liégeois emploie ou : veyou, pierdou (namuroiïs veyu, 
pierdu). 

Pages 65 et 75, l'historien est Eduard Meyer, et non 
G. Meyer. 

Page 84, à propos du nom de l’écureuil (et du putois) dans 
le nord de l’Europe, voy. mon Dict. élym. de la lg. grecque 
p. 1089 s. v. aielouros. 

Page 85, le castor porte le nom du Dioscure. Skr. kastüri 
« muse » (et non « rat musqué ») est l'emprunt grec kaOTOpiov 
« castoréum »; voy. mon lexique s. v. ou Revue de l’instr. 
publ. en Belg. tome LIIT (1910), p. 101 et suiv. 

Page 85, sur le nom du renard, voy. mon lexique p. 1092 
sq. S. v. alôpéx. 

Page 98, le grec porkos est un mythe; c’est la simple 
transcription du latin porcus. 

Page 112, {ashta «tasse, bol » n’est pas un mot sanskrit, 
mais zend. 

Page 113, disons que le mot cruche (all. Xrug, etc.) a été 
bien éclairé par M. Vendryes dans la Revue des etudes 
grecques, année 1919, à l’occasion du grec Xrôssos (publié 
avec retard en 1921). 

Page 121, le mot huile vient, non du vocable latin pour 
olivier (ol{va), mais du nom du produit (olewm). 

Page 185, auszra « aurore » n’est pas lette, mais lituanien. 

Page 216, lire karpophoros. 

Page 227, le Hadés est-il toujours « l’invisible >? Wacker- 
nagel l'a rapproché du lat. saevos « violent, terrible, cruel ». 


COMPTES RENDUS 129 


Page 233, M. Carnoy interprète grec alsos comme «enclos », 
gotique alhs «temple ». J'ai (DEG. p. 1092) rapproché une 
fois de plus aisos de l'allemand Watd, en faisant tomber 
l’objection tirée de l’absence de F initial. Soit un germ. 
walthus, indo-eur. #0l-tu-s, grec commun waltwo-, indo-eur. 
iol-ti00-. 

Nous pourrions allonger cette liste. Nous préférons souhai- 
ter à M. Carnoy qu’une seconde édition lui fournisse l’occa- 
sion prompte d’aérer un peu ce livre touffu et d’en faire dispa- 
raître quelques macules. 

On voudrait le voir renvoyer plus souvent le lecteur aux 
sources dans l’exposé même des théories. La bibliographie est 
considérable ; nous la voudrions plus étendue et moins exclu- 
sivement allemande. Avant 1914, M. J. Mansion avait, en 
français et en néerlandais, clairement exposé le problème de 
l'habitat primitif des Indo-européens.'Ce qu'il faut savoir des 
quatre langues retrouvées à l’état fragmentaire en Asie a été 
dit par M. A. Meillet dans la Revue du Mois (1912) et la 
découverte du tokharien, son importance pour les études de 
grammaire comparée, avec l'analyse de son vocabulaire, ont 
fait l’objet d’un beau travail du même savant dans l’7Zrdoger- 
manisches Jahrbuch daté de 1915. D'autre part, des travaux 
plus anciens que ceux mentionnés par M. Carnoy n’ont pas 
perdu toute valeur; je citerai l’Origine des Aryens d'Isaac 
Tylor (trad. franc. en 1895), un petit livre de M. Salomon 
Reinach portant le même titre, livre plein de vie et de lumiére 
(1892) et le mémoire du même intitulé Ze Mirage Oriental, 
publié en 1892 par l’Anthropologie (1). EMILE BoisacQ. 


Herbert Petersson. Sfudien über die indogermanische Hetero- 
Rlisie. Un vol. in-8°, de 284 pages. Lund (Gleerup) 1921. 
(Skrifler utgivna av Vetenskhap-societelen i Lund. 1.) Prix : 
15 couronnes. 


M. Herbert Petersson est à l’heure actuelle un des plus 
féconds et des plus hardis chercheurs dans le domaine de 


(l) A diverses reprises, M. Carnoy découvre à demi, sans la justifier, son 
interprétation de nombreux noms de rivières belges. J'estime que la question 
n'est pas assez mûre pour que les résultats de l’investigation soient incorporés 
dans un ouvrage destiné au grand public. 


130 COMPTES RENDUS 


l'étymologie indo-européenne. Depuis de longues années du 
reste, les savants suédois contribuent pour une large part à 
l’évolution des études indo-germaniques, et les noms de 
MM. Danielsson, K. F. Johansson, Per Persson, Evald Lidén, 
Jarl Charpentier, Otto Lagercrantz, pour ne citer que ceux-là, 
ne sont point ceux de siraples vulgarisateurs; ces linguistes 
ont au contraire une fraicheur d'imagination, une ingéniosité 
dans la conception, qui les distinguent des érudits d'Outre- 
Rhin. M. Petersson continue une noble tradition: la série des 
mémoires qu'il a publiés depuis six ou sept ans révèle les 
plus sérieuses qualités, tout en appelant une même réserve. 

Le plus volumineux est celui consacré à l’hétéroclise indo- 
européenne (cette forme me paraît préférable à «clisie», en 
raison de «enclise »). On sait que quelques noms indo-euro- 
péens, à en juger par le sanskrit, le grec et le latin, montrent 
dans leur paradigme une alternance 7/n, ou bien i/n, p. ex. 
skr. yakrt, gèn. yaknas « foie », gr. fTap fTrartoçs (a repré- 
sente la nasale sonante), lat. jecur jecinis (jecoris par analogie, 
jecinoris par cumul de suffixes), skr. #dhar « mamelle », gén. 
üdhnas. gr. oÙ8ap oUBaTos, indo-eur. owdh-er, gèn wdh-n-65; 
skr. asthi «os», gén. asthnas, etc. Or, cette variation de 
suffixe, M. Petersson croit la retrouver à l'origine d'un nombre 
vraiment imposant.de mots de toute langue, ou du moins 
explique par elle une quantité d’étymologies nouvelles ou de 
rapports déjà soupçonnés et que l’on jugeait moins précis. 
Ceci suppose un emploi constant de l'hypothèse et, malheureu- 
sement, de l'hypothèse invérifiahle. 

Il n’est guëre de cas désespéré, ou presque, de l’étymologie 
(et l’on sait s'ils sont nombreux) qui ne trouverait sa solution 
dans pareil traitement; et pourtant chaque langue d'Asie ou 
d'Europe contient tant de vocables empruntés à des parlers 
allogènes et à jamais perdus ! Témoin le grec. 

L'espace dont je dispose et le manque de signes diacritiques 
me rendent un examen minutieux de ces questions à peu prés 
impossible, qu’il s'agisse du rapport gr. yüda : lat. {ac (d’un 
primitif delak, à travers toute une série de formes réagissant 
les unes sur les autres), ou des noms de la rate, ou du lat. 
vesper et des formes congénères (slav.. arm.). L’érudition de 
l’auteur est admirable; il parcourt le clavier indo-européen 
avee une maestria étonnante ; son ingéniosité se renouvelle 


COMPTES RENDUS 131 


sans s’épuiser. Pourquoi donc se demande-t-on si souvent : 
« Est-ce bien ainsi que les faits se sont passés » ? On le vou- 
drait, tant l’habileté de l’opérateur est grande, maïs la con- 
viction se fait malaisément, parce que les preuves sont 
insuffisantes. 

Il faut en dire autant de la loi phonétique qu’il formule 
ainsi : « Une occlusive finale de mot s’aspire quand elle se 
trouve en syllabe tonique » (i.-e. osth « os » en face de ostei 
osti, d’où, par contamination, osfhi, skr. asthi : gr. 60Téov; 
skr. aham < egh tonique : gr. ërw lat. ego < eg proclitique, 
tous trois accrus d’un suffixe -om) ; cette loi manque de preuve. 

Il n’en est pas moins vrai que ce travail, comme tous 
autres mémoires de M. Petersson, s'impose à l'attention de 
tout indo-germaniste, quelle que soit la langue qu'il analyse: 
On admire (je répète le mot) la science et les dons de 
M. Petersson ; on regrette que les résultats multiples aux- 
quels il arrive n’apparaissent point comme définitifs. 


EmiE BoisacoQ. 


P. Jouguet. Institut papyrologique de l’Université de Lille. 
Papyrus grecs publiés sous la direction de Pierre Jouguet 
avec la collaboration de Paul Collart et Jean Lesquier, 
tome I, fascicule 3. Paris, Leroux, 1923. 


L'éminent directeur de l’Institut papyrologique de Paris 
vient de publier il y a quelques mois le troisième fascicule du 
tome premier des Papyrus de Lille. Préparé par MM. Collart 
et Lesquier, ce fascicule était à l’impression dés 1914. Les 
circonstances en ont retardé la publication, et la mort de 
Jean Lesquier, survenue prématurément en 1921, a privé 
M. Jouguet du plus actif de ses collaborateurs. En continuant 
l’œuvre commencée, il a voulu « non seulement tenir ses 
engagements, mais aussi rendre hommage à la mémoire de 
Jean Lesquier, le principal auteur de cette édition ». 

Les papyrus de ce recueil présentaient tous de grandes dif- 
ficultés de lecture : provenant de cartonnages de momies, ils 
sont fort mutilés et souvent l'écriture en est presque effacée. 
De plus, l'interprétation de plusieurs d’entre eux exigeait 
beaucoup de science et de perspicacité. 


132 COMPTES RENDUS 


Les commentaires, aussi substantiels et clairs que ceux des 
précédents fascicules, ont le mérite, pour chaque problème 
qui se pose, de résumer avec précision l'état de la question et 
de dégager les éléments nouveaux fournis par le papyrus. 

Tous ces textes remontent au 11° siècle avant J.-C. En voici 
une analyse sommaire : 

30-38. Comptes. Appartenant au recto d’un seul et même 
papyrus. Ils sont relatifs à l'exploitation des tenures de cer- 
tains officiers clérouques. Outre qu’ils apportent des indica- 
tions nouvelles sur la contenance des tenures d'officiers, on 
leur doit des renseignements d'ordre économique, dont les plus 
intéressants sont des conversions qui traduisent en valeur de 
fromentles versements faits en une autre nature ou en espèces. 
Ces textes permettent une définition plus précise du xwua- 
TiKÔV, taxe prélevée pour l'entretien des digues et leur répa- 
ration après l’inondation. 

Contrairement à l'avis de Rostovtzeff, qui voit dans l’exploi- 
tation des clérouchies par l'État un fait normal et habituel, 
les éditeurs croient, ou bien qu’il s’agit de tenures ayant fait 
retour au domaine tout en gardant le nom de leur possesseur 
antérieur ou bien que l’exploitation en est temporaire. 

39-51. Ordres de versements en nature à titre de prêt. Is 
appartiennent (la chose est certaine, du moins pour les 
n° 39-48) à la catégorie des textes en double expédition sur 
une seule et même feuille de papyrus. On trouvera dans le 
commentaire la bibliographie de cette question, ainsi que des 
indications relatives aux rapports entre les deux scripturae 
et au mode d'enroulement : les usages, comme le montre la 
découverte des papyrus d'Avroman, dans le Kurdistan, sont 
analogues en Asie eten Égypte. 

Le but du prêt est toujours désigné par l’expression eig Tù 
kaTepyov, dont la signification exacte — difficile à définir — 
est longuement discutée, ainsi que le sens du mot moiokoyia et 
des expressions oi éTiovoi et oi TÂS ÉTIYOVAS. 

Le principal intérêt de ces textes réside dans ce qu’ils nous 
éclairent sur la politique agraire de Philadelphe, si bien mise 
en lumière par M. Rostovtzeff (À large estate in Egypt in the 
third century BU-1922) et qui consiste à associer à l'Etat, 
pour la reconstitution et l'exploitation de la richesse égyp- 
tienne, l’activité et les ressources des particuliers, sans pour 


COMPTES RENDUS 133 


cela faire un abandon définitif de la moindre parcelle du 
domaine royal, 

Cette politique, les Ptolémées l'appliquérent dans les grands 
domaines ou dwpeai qu’ils concédaient à leurs hauts fonction- 
naires ou favoris, tels que le diœcète Apollonios, mais ils la 
pratiquérent aussi dans les concessions de terres moins impor- 
tantes, comme les assignations de lots clérouchiques ou les 
baux consentis à de simples yewpyoi. En échange de leflort 
qu’on attendait d’eux pour rendre productive la terre qui leur 
était confiée, on leur avançait, soit en argent, soit en nature, 
en même temps que des semences, des sommes assez impor- 
tantes pour leur permettre d'entreprendre ce travail. 

02. Orare de versement en nature. 

03. Lettres relatives aux frais de transport du blé acheté 
par l'Etat. 

04-57. Résumés d'actes (reçus. contrat, prêt). Ils sont 
inscrits, non sur des registres, mais sur des feuilles de papy- 
rus de dimensions exiguës. 

08. Comptes. Tandis que M. Glotz croit y voir les comptes 
d’un officier commandant un détachement, les noms propres 
qui s’y rencontrent aménent les éditeurs à songer au cercle 
de Zénon. 

09. Comptes de sommes versées au litre de la Turnpt. 

60. Lettre de Dorôthéos à son associe. 

Pour la commodité du travail, les papyrus de Lille sont 
actuellement déposés à la Sorbonne, où nous avons pu lire les 
textes publiés dans le troisième fascicule. Cela nous a permis 
d'y apporter quelques corrections (1) de détail que nous fai- 
sons connaître ici : 

31, 1. 18, lire .e.-c au lieu de .€.. 

. 32, 1. 4, lire ’Aopeus au lieu de TTâäoiç 

33, |. 6, lire Oapéupios au lieu de D....pos. 

1. 41, lire qia/ au lieu de qi’ 
34, 1. 10, lire [ajuevO À au lieu de Dlaluevw8 o. 

ne TE 

1. 19, lire ZT q@y'} au lieu de Zi q : y’ 1. 
36, 1. 6 et 1. 8, lire «kpouuü(ou)n£n au lieu de kpouutë(ou)n. 
38, frg.g. 1.5, lire h&£d'r'ce" au lieu de R££'. 


(1) Ces corrections ont été vérifiées par M. Jouguet. 


134 COMPTES RENDUS 


09, 1. 14 et 1. 38, lire Tayxhewg au lieu de Täaÿkhewc. 

Le quatrième fascicule des papyrus de Lille qui terminera 
le tome Ï est en préparation. Les auteurs y donneront des 
facsimilés, des indices et une liste des corrections et restitu- 
tions proposées aux textes du tome Î. 

Dans les indices figurera entre autres une liste d'abrévia- 
tions et de sigles qui ne seront pas représentés par des carac- 
tères vaguement ressemblants, comme c’est le cas trop sou- 
vent dans les recueils de papyrus, mais seront calqués sur les 
originaux ou soigneusement dessinés d’après eux. Cette table 
contribuera à écarter une des principales difficultés que ren- 
contrent les déchiffreurs de papyrus, surtout à leurs débuts. 

Quant aux corrections, M. Jouguet ne se propose pas seule- 
ment de réunir et de vérifier sur les originaux toutes celles 
qui ont été faites jusqu’à présent; avec la collaboration de ses 
élèves, il a de plus entrepris de soumettre tous les textes à une 
soigneuse revision. 

Formons le souhait qu'on ne nous fasse pas attendre trop 
longtemps ce quatrième fascicule et ne manquons pas, en ter- 
minant, de féliciter l’éditeur qui, malgré la dureté des temps. 
a su présenter sur beau papier un volume dont l’impression 
est excellente. C’est un mérite assez rare pour qu'il vaille la 
peine d'être signalé. 

MARCEL HOMBERT. 


J. Marouzeau. Le Latin : dix causeries (Bibliothèque des 
parents et des maîtres). Paris, H. Didier, 1923, in-12, 278 p. 
Pres Er 


Sous la direction de M. Paul Crouzet a été créée en 1907 
une « Bibliothèque des parents et des maîtres » qui a déjà 
rendu les plus grands services à l’enseignement secondaire 
français et en particulier à la cause de la solidarité familiale 
et scolaire : le but poursuivi est de pénétrer d’une commune 
science de l'éducation les familles et les collèges, grâce à des 
livres suggestifs, agréables à lire, montrant les rapports entre 
l’enseignement et la vie. 


() Dépositaire pour la Belgique: A. Dewit, rue Royale, 53, Bruxelles. 


COMPTES RENDUS 155 


M. J. Marouzeau, professeur à l'École pratique des Hautes- 
Etudes, ayant été sollicité de faire des causeries aux élèves 
des classes de seconde et première réunies du Collège Sévigné, 
a effectué avec elles une sorte de promenade à travers le 
latin, forme, style, idées, histoire des textes, histoire de la 
langue, histoire des œuvres. Ces causeries ont été réunies en 
un volume qui est le douzième de la collection; il présente à 
la fois l’intérêt du manuel qu'on consulte et l’agrément du 
livre qu'on lit. 

Une causerie préliminaire traite de la façon d'apprendre 
le latin et de la nécessité de transformer cette étude en vue 
de la rendre en même temps attrayante et profitable. L'auteur 
semble juger l’enseignement secondaire d’après des souvenirs 
personnels peu favorables ou d’après certains manuels 
surannés et rebutants. En tout cas, les méthodes, selon lui, 
devraient être élargies en faisant appel principalement à 
deux auxiliaires « qui jusqu'ici sont restés à la porte de l'en- 
seignement », la philologie et la linguistique. Sous le nom de 
philologie, il embrasse toute la science de l’antiquité, notam- 
ment la grammaire, la paléographie, l’histoire, l'archéologie. 
Mais est-il bien certain que ces moyens d'interpréter les textes 
et de faire naître l'intérêt soient si étrangers aux maîtres d'à 
présent ? Quant à la science du langage, il est vrai qu’elle 
peut contribuer puissamment à vivifier l'enseignement du 
latin et que malheureusement elle est trop souvent négligée ; 
il n'existe même pas en français d'ouvrage spécial traitant de 
l'initiation linguistique à l’étude de la langue latine. 

La deuxième causerie s'occupe de l'écriture et de la pronon- 
ciation. Ici ce n’est pas sans raison que M. Marouzeau s'élève 
contre la tradition, et les réformes qu'il préconise, basées sur 
la phonétique, l'histoire, la science, n’ont rien d'excessif. 
Cette question a été étudiée de nouveau il y a peu de temps 
dans les Universités belges sur la proposition qui en avait été 
faite par M. l’Inspecteur général L. Goemans, mais l'entente 
n'est pas encore établie entre tous les professeurs intéressés. 
Il serait temps cependant de revenir à une unité de vues 
aussi indispensable pour l’enseignement du latin que pour 
toutes les autres matières inscrites aux programmes. 

Aprés avoir montré comment il faut lire le latin, M. Ma- 
rouzeau examine dans une troisième causerie comment nous 


136 COMPTES RENDUS 


sont parvenus les textes et avec quelle fidélité notre transcrip- 
tion reproduit l'original. C’est une préface nécessaire à toute 
explication d'auteur, et que l’on a tort de négliger générale- 
ment. Les rhétoriciens qui lisent un discours de Cicéron, par 
exemple, n’aimeraient-ils pas d'apprendre quels étaient les 
procédés de publication chez les Romains, et de refaire à 
partir de là les étapes par lesquelles le texte est venu jusqu’à 
nous ? 

Par ces notions sur l'écriture, l'orthographe, la prononcia- 
tion, la transcription, nous voilà amenés au seuil de la litté- 
rature latine. 11 s’agit maintenant de connaître de quelle 
facon sont nées les œuvres et ce qu’elles révèlent, afin d’en 
comprendre le sens véritable et toute la portée. C'est le sujet 
des deux causeries suivantes, où sont mis surtout en relief 
les caractères essentiels de la littérature latine : littérature 
de traduction, littérature sans évolution, adulte du premier 
coup, et surtout littérature officielle, guindée, solennelle, qui 
néglige les aspects vulgaires de la réalité, qui se préoccupe 
de nous révéler le sens plutôt que l’image de la vie. 

Des œuvres, M. Marouzeau passe, dans les 6° et 7° causeries, 
à la langue et, pour faire mieux saisir son caractére propre, 
il se reporte à l’origine du latin et le compare ensuite aux 
langues sœurs ; le latin ainsi remis exactement à sa place, son 
rôle peut être mieux apprécié dans le développement de 
l’histoire universelle et l’on voit plus aisément comment, 
idiome obscur au point de départ, il est devenu la langue du 
monde. 

Etablissant enfin la distinction entre langue parlée et langue 
écrite, M. Marouzeau explique dans sa 8° causerie comment 
le latin parlé, vivant, s’est altéré, déformé et est devenu le 
français, tandis que la langue des livres s’est transmise pres- 
que intacte depuis Cicéron jusqu'à nous. Les principales 
étapes du mouvement qui entraîne le latin vers les langues 
romanes sont marquées rapidement et, en vue de faire mieux 
saisir les lois du langage, divers phénomènes sont mis en 
regard de phénomènes correspondants en français. 

Aprés avoir examiné ce qu'est la langue latine, il reste à 
regarder comment les écrivains s’en sontservis pour exprimer 
leurs idées et leurs sentiments. C’est le sujet d’une 9° causerie 
intitulée « Le Style latin et l’art de l'écrivain », où l’auteur 


COMPTES RENDUS 187 


tâche de faire réentendre en quelque sorte la langue latine, 
vers et prose, s’attachant à noter les nuances, le ton, la forme. 

L'ouvrage se termine par un exemple d’application sur la 
satire d'Horace appelée « La Satire du fâcheux », dont 
M. Marouzeau fait un commentaire qui peut être considéré 
comme une véritable lecon modèle. Tout l’art du poëte est 
mis en relief par un esprit fin et éveillé, sachant exciter la 
curiosité de son auditoire et rendre vivante une voix venue 
d’un monde si éloigné et si différent du nôtre. 

Toutes ces causeries, on le voit, ont plutôt pour but d'aider 
à comprendre le latin que de l’apprendre. En tout cas, elles 
sugcéreront aux maîtres qui les liront bien des idées utiles 
en vue d'animer et de vivifier leur enseignement. N'est-ce 
pas le meilleur moyen de répondre aux attaques si nombreuses 
dont il est l’objet aujourd'hui ? 

Ajoutons que les professeurs trouveront sur les différentes 
matières traitées dans ces causeries des notes bibliographiques 
abondantes, leur renseignant quantité d’ouvrages et d'articles 


de revues. 
J. HOMBERT. 


Jean Plattard. Guillaume Budé (1168-1540) et les origines de 
l'humanisme français. Paris, Les Belles Lettres, 1923, 
in-16, 38 p. 


Retracer en quelques pages la vie du grand humaniste 
français, et dégager le rôle qu’il a joué dans le développement 
des litterae humaniores, tel est le but de la plaquette que le 
distingué professeur à la Faculté des Lettres de Poitiers a 
écrite à l’intention des membres de l'Association Guillaume 
Budé. 

Après Rebitté et de Budé, dont les ouvrages sont déjà un 
peu vieillis, M. Plattard nous esquisse, à côté de la magistrale 
étude de M. Delaruelle, la vie de Guillaume Budé, sa jeunesse, 
ses études à l’Université d'Orléans où il fait sou droit, son 
goût pour les lettres antiques et notamment pour le grec que 
lui enseignent successivement Hermonyme et Lascaris. 

Bientôt Budé traduit en latin quelques opuscules de 
Plutarque, puis revenant au droit, il commente les Pandectes, 


138 COMPTES RENDUS 


et nous livre les fameuses Annotationes, « peut-être la pre- 
miére œuvre de philologue que l’on ait eue en France ». 

S'astreignant ensuite à une discipline scientifique, Budé se 
consacre à l’étude des monnaies et mesures de capacité chez 
les Anciens et publie un livre touffu, mais d’une méthode 
rigoureusement appliquée, le de Asse qui fera à son auteur la 
réputation de philologue. Par sa correspondance avec les 
jurisconsultes et les humanistes de l’époque, par son De Phi- 
lologia, par ses conversations avec le roi Francois [*, qui 
l’avait nommé Maître des requêtes ordinaires de son hôtel, 
Budé amène le souverain à créer un collège de professeurs 
chargés spécialement d'enseigner les langues anciennes, grec, 
hébreu, latin, à l’instar du Collège des trois langues que le 
chanoine Busleiden venait de fonder à Louvain. Bientôt un 
de nos compatriotes, Barthélémy Lemaçon (Latomus) y 
enseignera le latin. Le Collège des lecteurs royaux allait 
devenir au xviit siècle, le Collège royal de France et à la 
Révolution le Collège de France. Dans cette création, la part 
de G. Budé avait été « prépondérante et décisive ». 

Entretemps, il faisait paraître ses Commentarii linguae 
graecae auxquels il doit d’avoir été considéré comme le prince 
des hellénistes. 

La mort allait bientôt enlever à la France un des plus 
illustres de ses savants. En 1540, mouraiït celui qui avait su 
orienter l'humanisme français dans la voie de la science, de 
la connaissance méthodique des choses, celui qui « n’avait 
cessé de croire que les humanités devaient être étudiées 
surtout parce qu’elles polissent et adoucissent les mœurs et 
qu'elles sont capables sinon de moraliser, du moins de 
civiliser les hommes, de les rendre plus nobles et plus heu- 
reux ». 

La lecture de cet opuscule nous invite à formuler un vœu : 
celui de voir se continuer, sous le patronage de l'Association 
Gr. Budé, une série de petites plaquettes semblables qui tout 
en faisant connaître et aimer au public de langue française, 
les grandes figures de l’humanisme et de la philologie, seront 
pour les spécialistes une aide précieuse pour l'étude de 
l’histoire de la philologie en France. 

JEAN BAUGNIET. 


COMPTES RENDUS 139 


I. — Georges Mongrédien. Étude sur la vie et l'œuvre de 
Nicolas Vauquelin, seigneur des Yveteaux, précepteur de 
Louis XIIT (1567-1649). Paris, Auguste Picard, 1921, 
1 vol. in-8°, 299 p. 

Il. — Ipem. Œuvres complètes de Nicolas Vauquelin, 
seigneur des Yveteaux. Paris, Auguste Picard, 1921, 
4 vol. in-8&, 259 p. 


Vauquelin desY veteaux est un poëête du début du xvir° siècle, 
dont le pére, Vauquelin de la Fresnaye, l’auteur des 
Foresteries, ne manquait point de quelque talent. D'abord 
magistrat en Normandie, il fait ensuite figure d'écrivain à la 
cour de Henri IV, qui le nomme précepteur du duc de 
Vendôme, puis du dauphin, le futur Louis XIII. Remercié 
au lendemain de la mort du roi, il mêne dans son hôtel du 
faubourg Saint-Germain une existence fastueuse de libertin 
épicurien. Il y meurt en 1649, laissant un recueil de 
Harangues, une Institution du Prince en alexandrins, des 
poèmes de circonstance et des vers d'amour. Tel est le 
médiocre personnage que M. Mongrédien n’a pas jugé indigne 
de retenir notre attention tout au long d'un volume. 

Il a du reste traité ce sujet en historien, et rien qu’en 
historien. Son ouvrage est une biographie, moins détaillée 
encore que diluée. Il rassemble sur son piètre héros tous les 
témoignages désirables, nous retracesa généalogie, rappelle la 
carrière de son père, analyse ses harangues de magistrat, dont 
il avoue d’ailleurs qu’elles sont « sans valeur ni intérêt ». 
Puis voici, en excursus, tout un chapitre sur le Parlement de 
Normandie à la fin du xvi° siècle. Nous suivons alors des 
Y veteaux à la cour, nous nous orientons dans ses intrigues, 
assistons à son préceptorat. On nous analyse son /nstitution 
du Prince et ses vers de courtisan ou d'amoureux. La disgrâce 
survenue, on nous décrit sa vie d’épicurien. Elle lui vaut 
l'hostilité de sa famille et un brelan de procès, qui nous sont 
rapportés par le menu, en 355 pages boùrrées d'extraits de 
factums et de fatras judiciaire. Enfin on nous retrace ses 
années de retraite, on raconte la conversion du libertin 
repenti, on évoque ses derniers moments. 

Nous avons atteint de la sorte la page 210. Conclusion et 
appendices à part, il en reste tout juste 17 à M. Mongrédien 


140 COMPTES RENDUS 


pour nous parler de ce qui nous importe davantage, c'est-à- 
dire de la poésie de des Yveteaux. Faut-il s'étonner qu'en si 
peu d’espace il ne nous en dise rien que de sommaire et de 
banal? Un premier chapitre rappelle la réforme de Malherbe 
et s'attache à montrer que notre rimeur a subi son influence, 
sans d’ailleurs se mêler à la querelle poëtique qu'elle suscita. 
Un second chapitre caractérise brièvement sa prosodie. Enfin 
une conclusion récapitulative, qui formule sur l’homme et 
l'œuvre un jugement modéré et sans grand relief, et c'est tout. 
C'est tout, et c’est, à notre sens, trop et trop peu à la fois. 
Le travail de M. Mongrédien soulève, en effet, une question 
de méthode. Il a certes raison de rompre, dans sa préface, 
une lance en faveur de l’étude des petits écrivains. Mais il 
faudrait s'entendre. Oui, des monographies d'auteurs se- 
condaires ou médiocres peuvent avoir leur utilité ou leur 
intérêt, mais c’est à une condition expresse. C'est à la condi- 
tion qu'elles soient conçues en fonction de l’ensemble de la vie 
littéraire à l’époque considérée, qu’elles en éclairent les 
tendances ou en précisent le mouvement. L'historien de l4 
littérature ne devrait, en tout cas, jamais oublier que l’œuvre 
et le rôle littéraire de l'écrivain représentent pour lui 
l'essentiel, et que les éléments biographiques n’ont d’impor- 
tance que dans la mesure où ils expliquent l’une ou l’autre. 
M. Mongrédien adopte précisément le point de vue opposé. 
L'œuvre de des Yveteaux ne lui paraît présenter d'intérêt 
qu’examinée « en fonction de sa biographie ». Il y insiste : 
« Toute sa valeur est de nous éclairer sur le caractére de 
des Yveteaux:son œuvre est un moyen de pénétration dans sa 
vie.» Kh bien, non. C'est là un point de vue de biographe, 
non d'historien littéraire. J'entends bien ce que va m'objecter 
M. Mongrédien : c’est que des Yveteaux n'a rien d’un maître, 
c'est que « sa poésie est sèche, froide et sans relief ». IT est 
trop vrai, mais l’étude d’un méchant écrivain peut devenir 
suggestive si elle est entreprise et poursuivie selon une 
méthode comparative. Ce mauvais goût qu’on reproche avec 
raison à l’auteur des Harangues, dans quelle mesure son 
époque en est-elle responsable? Ses défauts ne s’expliquent-ils 
point par certaines tendances de la poésie contemporaine? 
Quelle est sa place exacte dans le Parnasse du temps de 
Henri IV? Quel était l’état de la vie littéraire parisienne 


COMPTES RENDUS 141 


lorsque Vauquelin fait, vers 1600, ses débuts à la cour? 
Quelles habitudes de pensée et de style y apportait-il lui- 
même? Quelle avait été sa formation littéraire? Sa vogue 
même, que l’on se borne à constater, comment s’explique- 
t-elle, et à quelles circonstances ce médiocre doit-il d'avoir 
tant retenu l’attention ? 

Voilà autant de points précis sur quoi notre critique aurait 
dù instituer des enquêtes minutieuses. [l eût enrichi d'autant 
notre connaissance de ce moment de l’évolution poétique 
française. Force est bien de constater que le présent travail 
n'apporte pas de réponses satisfaisantes à ces diverses 
questions. Quelques-uns de ces points n’y sont que sommaire- 
ment eflleurés; les autres n’ont pas même été discernés. Nous 
nous serions, par contre, lort bien passés de la dissertation 
sur le Parlement de Normandie et de l'exposé complet des 
tribulations judiciaires du poëte. Mal orienté dès le début, 
M. Mongrédien a conduit son étude comme L’Intimé sa 
plaidoirie : 

I1 dit fort posément ce dont on n’a que faire, 
Et court le grand galop quand il est à son fait. 

Maintenant, que ce volume nous apporte des recherches 
consciencieuses et des détails nouveaux, nul ne peut songer 
à le contester. Mais les unes et les autres sont de caractère 
exclusivement biographique, ce qui réduit l’utilité du livre à 
celui d’un bon article de dictionnaire. Au surplus, dés qu'il 
s’aventure en dehors du domaine restreint où il se cantonne 
d'ordinaire, l'information de M. Mongrédien apparait parfois 
peu sûre et assez hâtive. Il s’est quelque peu embrouillé dans 
la généalogie des Estienne (p. 145). Il croit encore que 
La Fontaine vise Malherbe quand il parle du modéle qui 
« manqua le gâter » : M. G. Michaut a démontré qu’il n'en 
est rien. En résumé, cette étude sur la vie et sur l’œuvre de 
Vauquelin des Yveteaux ne répond qu’à la première partie de 
son titre. C’est d’autant plus fâcheux que, selon toute vrai- 
semblance, elle détournera la critique de reprendre d'ici 
longtemps un sujet que l’auteur a abordé sans l'épuiser le 
moins du monde. 

II. — Prosper Blanchemain avait rassemblé, dans son 
édition, 37 pièces de vers de des Yveteaux. M. Mongrédien 
porte ce chiffre à 49. La plupart des morceaux omis avaient 


142 COMPTES RENDUS 


du reste été retrouvés déjà et signalés par M. Lachèvre dans 
sa magistrale Bibliographie des récueils collectifs. Le nouvel 
éditeur y ajoute lui-même, dans des feuillets d Addenda, deux 
pièces parues dans le Parnasse de 1607 et que des annotations 
manuscrites de Malherbe permettent de restituer à des 
Yveteaux. Toute étude d'ensemble sur la poésie de ce dernier 
manque ici comme dans le volume précédent. 


GUSTAVE CHARLIER. 


G. Cayrou. Le Français classique : Lexique de la langue du 
xvIIe siècle. Paris, H. Didier, 1923, in-8, 888 p., 69 ill. 
documentaires. — Prix : broché fr. 14.40, relié 16 fr. 
majoration de 25 p. c. en sus. 


Ce lexique fait partie de la collection Za littérature fran- 
çaise illustrée, publiée sous la direction de M. Paul Crouzet, 
et dont l’un des meilleurs ouvrages est le Za Bruyère du 
même auteur. Il contient des notices sur près de 2,200 mots 
choisis parmi les plus usuels de la langue classique, les uns 
tombés aujourd'hui en désuétude, les autres usités encore de 
nos jours mais avec des sens différents. Sur chacun d’eux est 
fait un commentaire sémantique; le sens des locutions diffi- 
ciles où entrent les mots étudiés se trouve également expliqué. 

C’est d’après les principaux dictionnaires du xvr° siècle 
que sont données les définitions; seulement M. Cayrou les a 
rectifiées ou complétées quand il y avait lieu ; il met ainsi à 
la disposition du lecteur tout un trésor de documents qu'il est 
souvent difficile de se procurer, par exemple, le Thrésor de 
la langue française de Nicot, le Dictionnaire de Cotgrave, le 
Grand Dictionnaire des Précieuses de Somaize, le Diction- 
naire français de Richelet, le Dictionnaire universel de 
Furetière. Les définitions sont éclairées par des exemples de 
deux sortes, les uns fournis par les dictionnaires mêmes, les 
autres empruntés aux œuvres les plus classiques. Enfin le 
lexique renseigne sur l’usage des mots d’après les indications 
des principaux grammairiens du temps : on y trouve cités 
Malherbe, Oudin, Vaugelas, Ménage, le P. Bouhours, Charles 
Sorel, François de Callières, d’autres encore. 

C’est donc, dans la collection La littérature française 
illustrée, un livre complémentaire indispensable pour l’expli- 


COMPTES RENDUS 143 


cation des textes. Il s'adresse avant tout aux professeurs de 
l'enseignement secondaire, qui dans les leçons de lecture 
expliquée doivent faire une part importante à l’étude sérieuse 
de la langue. L'ouvrage de M. Cayrou leur épargnera de 
multiples recherches dans les dictionnaires et chez les gram- 
mairiens du temps, les mettant à rême de faire saisir par 
leurs élèves la nuance exacte que les contemporains donnaient 
aux mots et de montrer l'évolution des sens que ces mots ont 
suivie depuis lors. Il peut rendre des services non moins 
grands à la jeuuesse universitaire et spécialement à nos 
étudiants en philologie romane, qui y trouveront un instru 
ment de travail utile pour leurs préparations et leurs lectures 
personnelles. Au reste, tous seront heureux de s’aider de ce 
livre précieux quand ils liront une scène de Corneille, Racine 
ou Molière, une fable de La Fontaine, une page de Bossuet 
ou La Bruyere. 

Les notices sont présentées avec clarté et méthode, de sorte 
que le maniement du lexique est fort commode. Les 69 illustra- 
tions documentaires rassemblées à la fin du volume, portraits, 
frontispices d'ouvrages, fac-similés de pages caractéristiques, 
en font un livre trés agréable, bien digne à tous points de vue 
de figurer dans la belle collection illustrée de classiques qui 
a fait la réputation de la maison Didier ({). J. HOMBERT. 


Prince de Ligne. Lettres à Eugénie sur les Spectacles. Edition 
critique par GUSTAYVE CHARLIER. Bruxelles, Bureau des 
Annales Prince de Ligne; Paris, Edouard Champion, 1922, 
in-8°, XI-138 p. 


Le livre donne bien plus que le titre ne promet, et nous 
sommes sûr qu’on lira la préface et les notes de l’éditeur avec 
plus de curiosité et de profit que l’œuvre même du Prince de 
Ligne, 

M. Charlier s'excuse d’avoir fait une longue préface, et 
justement on lui saura gré de cette abondance qui n'est pas 
longueur, loin de là, puisque tout y est neuf ou renouvelé. 
Elie expose, autour de Charles de Lorraine, le rôle de 


(1) Le dépositaire à Bruxelles des ouvrages de cette maison est le libraire 
A. Dewit, rue Royale, 53. 


10 


144 COMPTES RENDUS 


Cobenzl, bien curieuse figure de cette époque de « despotisme 
éclairé »; celui des obscurs aventuriers de lettres qui trouvent 
à Bruxelles un refuge et qui y fondent les premières feuilles 
littéraires; des acteurs français et particulièrement de d'Han- 
nétaire, le père d'Eugénie; la naissance d’un public lettre, 
assez restreint à vrai dire; et avant tout la formation du 
« connaisseur » que fut le Prince de Ligne: il lit tout, «il a la 
tête meublée des auteurs espagnols, anglais et français », il 
fréquente assidûment les théâtres et se frotte aux acteurs. 

Ce n’est pas tout : il connaît familiérement les théoriciens 
et il leur doit beaucoup. M. Charlier nous renseigne minu- 
tieusement sur l’origine des Lettres à Eugénie, leur élabora- 
tion, leurs sources, leur contenu et les menus changements 
qu'elles subirent pour devenir les Lettres à Eulalie. 

L'éditeur reproduit le texte de 1796 en relevant en bas de 
page les variantes du texte de 1774; on a ainsi les deux 
éditions perpétuellement comparées. 

I faut signaler à part ces notes de M. Charlier, infiniment 
plus instructives, je le répète, que le texte qu'il réédite. 
« Le répertoire même où brillaient ces acteurs de jadis n’est 
plus guère familier qu'à l’érudition. On ne joue plus les pièces 
qu'applaudissaient les contemporains du Prince, et à deux ou 
trois près, on n’ea connaît plus que les titres. C’est ainsi que 
nombre d’allusions, limpides pour le lettré du xvirI° siècle, 
sont devenues obscures et parfois énigmatiques pour celui qui 
feuillette aujourd’hui ce mince volume. » Un nom d’auteur, 
un titre de pièce, une allusion à un rôle se rencontrent-ils 
(et il y en a des centaines!), M. Charlier nous met au fait, 
débrouille, éclaire, — et nous avons la certitude que les 
connaisseurs du temps eux-mêmes n’eurent pas en cette 
matière les renseignements précis et abondants que nous four-- 
nit l’érudition active du récent éditeur. 

C'est au point qu’on se demande si le Prince de Ligne 
méritait de tels soins; au fond, M. Charlier paraît bien avoir 
pensé comme nous : les Lettres à Eugénie et la personnalité 
de leur auteur ne lui sont qu’un heureux prétexte; en 
revanche, le théâtre du xvrrI° siècle, qui fait le sujet de ces 
Lettres a une importance évidente. Il a compris et nous a fait 
sentir, discrètement, que le sujet, non l’auteur, avait droit à 
l’attention avertie dont il l’a entouré. S. ÉTIENNE. 


COMPTES RENDUS 145 


Jules Dechamps. Sainte-Beuve et le Sillage de Napoléon. Liége. 
Vaillant-Carmanne, 1922, in-8°, 116 p. (Bibliothéque de la 
Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Liège, 
fase. XXX). 


L'attitude de Sainte-Beuve vis-à-vis du culte de Napoléon, 
«force propulsive du romantisme », n’exprime pas simple- 
ment une époque de l’évolution intellectuelle du critique ; 
elle éclaire d’un jour nouveau toute la vie littéraire du 
futur auteur des lundis. L'influence äe l’épopée impériale, 
M. Dechamps nous la révèle dans sa riche diversité chez les 
plus illustres représentants de la génération romantique; tous 
aussi célébrent le culte des grands hommes et ce dogme régit 
l’œuvre de Michelet comme la philosophie de Cousin, le mes- 
sianisme de Mickiewicz, comme le mysticisme social des 
saint-simoniens. 

Ce culte de l’homme de génie fait partie si intégrante des 
aspirations du xix° siécle naissant, il constitue alors un si 
puissant facteur de création que nous avons peine à concevoir 
qu’un esprit supérieur ait pu s’y soustraire pour s'attarder à 
la glorification de minimes épigones; c'était, nous s’emble-t-il, 
témoigner d’une singulière incompréhension des destinées 
nouvelles dont la France était la principale annonciatrice. 

. Pourtant, ébloui par le génie naissant de Victor Hugo, 
Sainte-Beuve partagea d’abord ses idées sur le rôle de l'homme 
de génie; mais bientôt, la disparité foncière des deux t mpé- 
raments amena nne rupture; et M. Dechamps a noté avec une 
extrême finesse les différents stades par lesquels passa Sainte- 
Beuve, dépouillant graduellement ses enthousiasmes d’em- 
prunt pour retrouver ss nature foncière. 

Aprés les influences saint-simoniennes et les rapports avec 
Lamennais, Sainte-Beuve traverse une période d'incertitude 
qui aboutit en 1834 à l’article sur Les mémoires de Mirabeau 
et l’étude de Victor Hugo à ce sujet. 

Ici, c'est tout le crédo romantique qui subit un assaut ep 
règle ; avec une certaine désinvolture, Saint-Beuve passe sous 
silence ses admirations de jeunesse; et ce n'est pas le moin- 
dre intérêt de l’étude de M. Dechamps d’avoir discerné dans 
une attitude particulière un trait fondamental du tempérament 
de Sainte-Beuve qui, tout en dépeignant son insuffisance créa- 


146 COMPTES RENDUS 


trice, laisse entrevoir aussi ce qui constituera, dans le domaine 
critique, sa véritable gloire. 

L'étude de M. Dechamps, écrite dans une langue claire et 
élégante, s’élève bien au-dessus du point de détail qu’elle s’est 
assigné pour but, et elle nous paraît suggérer plus d’une vue 
féconde pour l'élaboration d’un travail d'ensemble sur l'œuvre 
de Sainte-Beuve. 

ÉTIENNE VAUTHIER. 


Nils Àberg. La civilisation énéotithique dans la Péninsule 
Ibérique. [Traduit du suédois par MS. Harel.] Uppsala, 
,A.-B. Akademiska Bokhandeln; Leipzig, Maranowitz; 
Paris, Champion [1921], in-8, x1v-204 p., pl., fig. Prix : 
Kr. 15 (Arbeten utgifna med Understüd af Vilhelm 
Ekmans Universitetsfond, Uppsala, 25). 


On sait combien la Péninsule ibérique abonde en antiquités 
préhistoriques et protohistoriques. Ces richesses ont du reste 
été jusqu’à présent exploitées d'une façon plus active au 
Portugal qu’en Espagne. 

Leur examen fait naître une série de grands problèmes, 
notamment celui des origines de l’emploi des métaux. C’est à 
celui-ci que M. Aberg a consacré ses efforts. Il n’est pas 
encore possible actuellement de lui donner une solution 
complète. Mais certaines indications précieuses, fournies par 
l’évolution des types et par différents synchronismes, per- 
mettent déjà d’esquisser un fragment d'histoire d’un grand 
intérêt. 

Vers la fin de l'époque néolithique apparaissent les monu- 
ments mégalithiques, dus, selon certains archéologues, à des 
influences orientales exercées à deux reprises différentes. 
L'emploi des métaux (cuivre et or) fait son apparition pen- 
dant la dernière période des tombes à galerie (les grandes 
tombes à coupole sont de l’âge du cuivre proprement dit). La 
période dite énéolithique est caractérisée notamment par l’em- 
ploi intensif du vase caliciforme, des idoles en schiste 
(plaques), en marbre (cylindres) ou en os longs, des hermi- 
nettes en schiste ou en marbre, des boutons perforés en V, 
des perles en pierres. Tout porte à croire que cette civilisation 
énéolithique ibérique à pénétré en Europe occidentale et en 


COMPTES RENDUS 147 


Europe centrale; dans cetie dernière région, le vase calici- 
forme caractérise la dernière phase du néolithique et le cuivre 
et l’or apparaissent pour la premiére fois, sous forme de 
menus objets (poincons, épingles, petites lames), dans les 
cistes à dalles et les dolmens les plus récents, aux environs de 
l'an 2000. M. Aberg fait remarquer que l'influence de la 
civilisation ibérique pourrait bien avoir été beaucoup plus 
forte dans l’Europe centrale qu’on ne l’admet jusqu’à présent; 
et il croit en retrouver des traces sérieuses jusqu’en Suéde, 
en Finlande et en Russie. 

Le fond du livre de M. Âberg est constitué par l'examen 
des principales trouvailles de l’époque énéolithique faites au 
Portugal (54 stations) et en Espagne (20 sites ou régions). Pour: 
chacune d'elles, l’auteur donne une descrip'ion des objets 
recueillis, accompagnée d'excellents dessins faits le plus sou- 
vent sur les objets eux-mêmes. Nous possédons ainsi une série 
de matériaux de premier ordre sur lesquels nous pouvons 
contrôler les vues générales exposées en tête et à la fin du 
volume. 

C’est ce caractère, et la difficulté évidente d'arriver dès 
maintenant à une précision suffisante dans les questions de 
chronologie relative ou absolue, qui donne au livre de 
M. Aberg un aspect un peu touffu: c’est la rançon de la 
richesse. Du reste, les matériaux ont été passés au crible de 
la méthode scientifique la plus rigoureuse. L'auteur a rendu 
le plus grand service aux préhistoriens en leur offrant ce 
choix, représentant vraiment ce que l’on sait actuellement 
de la période énéolithique eu Espagne et au Portugal. 

À. VINCENT. 


Franz Nève. Deux mille ans de l'histoire des Belges.Ï.Bruxelles, 
De Lannoy, 1922, in-8°, xx1-397 p. 


L'auteur est connu par des articles et brochures où il a mis 
sa plume au service de la patrie, de l’art, de la religion. Il 
s’applique maintenant à une œuvre de plus longue haleine. Il 
veut élever une sorte de monument à la gloire de la nation 
belge, en décrivant la « situation morale » de notre peuple 
pendant vingt siècles. Quoi de plus louable que d'apprendre à 
ses concitoyens à être fiers de leurs ancêtres ? 


148 COMPTES RENDUS 


L'ouvrage sera en deux volumes. Le premier s'arrête à 
l’époque de Charles-Quint. Notre histoire y est envisagée sous 
les divers aspects politique, économique, social, religieux, 
artistique, scientifique. Faisant de la vulgarisation, ne se 
posant pas en historien, l’auteur ne recourt pas aux sources et 
se contente de faire appel à ceux qui les ont fouiilées. Le tra- 
vail pourrait n'être qu'une mosaique de citations convenable- 
ment serties. Et, en effet, il en est ainsi, ou à peu près, pour 
certaines parties, où la documentation est du reste très abon- 
dante et témoigne d'immenses lectures. Ailleurs, quand, par 
exemple, étant le mieux dans son sujet, l’auteur traite le senti- 
ment religieux, le mouvement artistique, sa compétence, sa 
prédilection lui font écrire des pages d’une belle venue, d’une 
évidente originalité. Il jette à profusion œuvres et célébrités, 
souvent trop ignorées ou méconnues,et, chaque fois qu’il s’agit 
de défendre contre l’étranger accapareur notre patrimoine de 
gloires nationales, il devient un polémiste d’une belle ardeur 
patriotique. 

Dans son œuvre copieuse on peut relever quelques erreurs 
de faits et de dates. des accumulations de détails historiques 
sans intérêt, des rapprochements osés entre des faits de 
périodes différentes. Et pourquoi faut-il qu’à une pensée maï- 
tresse si belle, à une si grande richesse de matériaux ne 
réponde pas une forme adéquate ? L'ouvrage ne donne pas 
l'impression d'un tout bien composé. Il semble venu trop tôt. 
[ demande à être remis sur le métier. La hâte se marque par 
des redites fastidieuses et souvent dans les mêmes termes; par 
des rubriques marginales rédigées sans grand soin, quelque- 
fois trop longues, citant des personnage<, en négligeant 
d'autres sans motif apparent; par des fautes d'impression 
nombreuses, des incorrections de style, des graphies diffé- 
rentes pour un même nom propre, des guillemets traités 
légèrement, des négligences dans la citation des références. 

Toutes ces imperfections pourront disparaître dans une 
refonte lors d'une nouvelle édition. Et il restera un livre qui 
résume une bibliothèque, qui apportera des révélations et 
inspirera un légitime orgueil à tant de Belges ignorants de 
notre glorieux passé. 

T. WAUCOMONT. 


COMPTES RENDUS 149 


R. De Schepper. Znleiding tot de studie, der Kerkgeschiedenis, 
2% druk. Brugge, Beyaert, 1922, in-8°, 146 p. 


Ce manuel, destiné aux élèves des Grands Séminaires, 
résume et coordonne dans un but apologétique, un certain 
nombre de notions relatives aux principes de l’histoire et 
de la méthode historique. Il s’inspire surtout des travaux de 
Acquoy, Albers et De Smedt, dont il reproduit parfois d'assez 
longs passages. Son auteur n’a d’ailleurs aucune prétention ; 
il a visé avant tout à faire une œuvre didactique et il insiste 
avec raison sur les premiers éléments des branches auxiliaires 
de l’histoire Il fournit un assez grand nombre de renseigne- 
ments bibliographiques, qui ne sont malheureusement pas 
toujours les plus récents. De plus, l'ouvrage est déparé par 
une quantité de fautes typographiques Il ne répond donc 
qu'imparfaitement à sa destination. 

H. VANDER LINDEN. 


Nils Aberg. Die lranken und Westgoten in der Vülkerwan- 
derungszeit. Uppsal. Leipzig, Paris, [1922]. 1 vol. in-&, 
p., 996 fig., 9 cartes. 


Tous ceux qu'intéresse l'archéologie des peuples germa- 
nique, doivent avoir cet ouvrage sous la main. Ils y trouve- 
ront ue collection illustrée, des plus importante, d'objets 
découverts dans le sol de l’Europe et datant de l’époque des 
grandes migrations barbares. L'auteur a étudié tout spéciale- 
ment les différentes espèces de fibules, et en a dressé un 
inventaire accompagné de cartes donnant leur répartition 
géographique. Le classement chronologique de ces monu- 
ments est basé le plus souvent sur l'étude de l’évolution de 
leurs formes d’après le système en honneur chez les archéo- 
logues scandinaves. 

On sait combien, dans les études sur l’archéologie barbare, 
il est difficile d'arriver à la fixation d’une date précise; l’ou- 
vrage de M. Aberg fournira d'excellents points de repère. 

Il faut savoir gré à l’auteur d’avoir, dans un volume facile- 
ment maniable, réuni les échantillons les plus typiques con- 
servés dans de nombreux musées. Pour ce qui concerne les 


150 COMPTES RENDUS 


objets de provenance espagnole, le manque d’une publication 
spéciale les rendait inaccessibles aux travailleurs, et ce n’est 
pas un des moindres mérites de l’auteur. que d’avoir comblé 
cette lacune en reproduisant un grand nombre de pièces 
demeurées inédites. 

Il serait impossible de faire dans les limites d’un simple 
compte rendu le résumé de la partie archéologique et deserip- 
tive de ce livre important. 

Dans les deux premiers chapitres, l’auteur a condensé les 
données d'ordre historique indispensables. C’est en quelque 
sorte aussi l’histoire de la pénétration de formes artistiques 
nouvelles sur le sol de l’Empire romain et principalement sur 
celui de la Gaule. Aprés avoir été longtemps en usage dans le 
bassin de la mer Noiré, ces formes furent importées en Occi- 
dent par les Goths dés la fin du 1v° siècle. Cette pénétration 
aurait été plus précoce vers le nord et le centre de l’Europe, 
mais il paraît certain que ce premier courant n'exerça aucune 
influence sur la civilisation des peuples de la Germanie et sur 
celle des Francs en particulier. Ces derniers furent redeva- 
bles aux Goths établis en Gaule de leur connaissance du 
style nouveau; ils en transmirent les éléments à leurs congé- 
néres fixés à l’est du Rhin. Il ne faut admettre que sous 
réserves l'opinion de M. Àberg (p. 15) sur l’évolution de l’art 
barbare; pour lui, l’origine en serait germanique et les Goths 
en seraient les propagateurs. La technique de l’orfévrerie 
ornée de verroterie a bien, comme l'écrit l'auteur (p. 21), été 
empruntée aux demi-barbares de la Russie méridionale; mais 
sa genèse lointaine doit être recherchée au centre de l’Asie; 
les travaux de Strzygowski et de Rostovtzef paraissent dis- 
siper tous les doutes à ce sujet. Il en est de même pour le 
décor composé d'animaux fantastiques. On entrevoit actuelle- 
ment beaucoup de points de contact entre l’art chinois et celui 
des barbares occidentaux; certains prototypes ont dû leur être 
communs. 

Maints objets découverts en Gaule septentrionale, la fibule 
d’Airan (Normandie) par exemple, datent d'une époque anté- 
rieure aux invasions gothique ou franque. Ces pièces semblent 
remonter aux environs de l'an 400 et M. Âberg se demande 
(p. 98) s’il faut les considérer comme des témoignages de la 
pénétration, pacifique ou non, de certains éléments barbare 


COMPTES RENDUS 151 


dans une région appartenant encore aux Romains. Il serait 
également permis, je pense, de les regarder comme étant les 
dernières traces laissées par les nombreux auxiliaires barbares 
au service de Romeet dont la Notitia Dignilatum nous a 
conservé les noms. 

L'étude de l’art barbare nous cache encore bien des pro- 
blèmes; ce sont les travaux de valeur comme celui de 
M. Âberg qui nous en apporteront un jour la solution. 

JACQUES BREUER. 


Eginhard. Vie de Charlemagne, publiée et traduite par L. HAL- 
PHEN, Paris, E. Champion, 1923, in-16, xxu1-127 p. 
(volume 1‘ de la collection : Zes Classiques de l'Histoire de 


France au moyen âge, publiés sous la direction de Louis 
Halphen). 


Tous les médiévistes seront profondément reconnaissants à 
M. Halphen d’avoir réalisé l’idée de publier en une collection 
d'un format commode et d’un prix abordable les textes les 
plus essentiels de l’histoire de France au moyen âge. La col- 
lection Picard — Collection de textes pour servir à l'étude 
el à l'enseignement de l'histoire — ayant cessé de paraitre, il 
y avait une véritable nécessité à la voir remplacer. Il est 
heureux qu’il se soit trouvé non seulement un érudit assez 
courageux pour entreprendre cette tâche, mais encore un 
éditeur assez intelligent et assez compréhensif, M. E. Cham- 
pion ({), pour se charger de la publication. 

Les sources appelées à paraître dans cette nouvelle collec- 
tion sont présentées sous forme d'éditions critiques ; à ce titre, 
chacune d'elles est accompagnée de l’apparat indispensable 
pour justifier l’établissement du texte. Il devait en être ainsi, 
puisque le public auquel, avant tout, les volumes sont des- 
tinés, se compose d’érudits et d'étudiants. 

Une traduction accompagne les textes latins. Il est permis 
de se demander si l’innovation est heureuse. Quiconque 
s'occupe activement d'histoire doit connaître assez de latin 


(?) On sait que M. Edouard Champion est également l'éditeur des Classiques 
français du moyen âge, collection dirigée par M. Mario Roques et que con- 
naissent tous les philologues romans et pas mal d’historiens, 


152 COMPTES RENDUS 


pour pouvoir se passer d’une version française (1). De plus 
la présence d’une traduction en regard du texte rendra plus 
difficile l’utilisation de ces éditions dans les exercices pra- 
tiques, séminaires, conférences, etc. : le professeur se rendra 
compte moins aisément si l’étudiant comprend exactement le 
le sens des phrases latines. 

Le premier volume (?)} de la collection est la Via Karoli 
d'Eginhard. Le choix est heureux, peu d'œuvres ayant une 
importance et jouissant de semblable renommée. M. Halphen, 
à vrai dire, estime que cette renommée est surfaite; mais il 
reconnaît cependant à la Vifa assez de mérites pour qu'elle 
soit digne de figurer en tête de la série des textes qu’il publie. 

Nous avons examiné l’édition nouvelle d’Eginhard avec un 
soin tout particulier et nous croyons pouvoir affirmer en cons- 
cience qu'elle ne laisse rien à désirer. Elle nous paraît même 
marquer un progrès sensible sur la dernière édition critique 
parue, celle de Holder-Kgger (3). C’est ainsi que M. Halphen 
n'hésile pas à prendre pour texte de base le Ms. 510 de la 
Bibliothèque Nationale de Vienne, dont Holder-Egger avait 
reconnu les mérites et s'était beaucoup servi, sans oser cepen- 
dant lui accorder cette importance. De même M. Halphen fait, 
avec raison, preuve de plus d'indépendance à l’égard des 
Mss. extrêmement défectueux de la classe B (Montpellier 360 ; 
Vienne 473); au c. 9, il admet par conséquent les mots ef 
Hruodiandus Brittannici limitlis praefectus, comme faisant 
partie intégrante du texte. 

La traduction qui accompagne la Via a toutes les qualités 
qu'on est en droit d'en attendre; elle serre le texte de prés, elle 
est claire, élégante sans affectation; elle laisse loin derrière 
elle les versions assez médiocres de Teulet et de Guizot. 

Les notes sont sobres, tout en donnant à propos des passages 
les plus intéressants les indications historiques, critiques ou 


(2) Nous approuvons par contre complètement l’idée de donner une traduc- 
tions française d’un texte provençal, moins accessible qu'un texte latin au 
commun des médiévistes. 

(?) On trouvera la liste des volumes à paraître dans deux numéros précédents 
de cette Revue, 1922, n° 4 (p. 838 et suiv.) et 1993, n°2 (p. 392-393). - 

(3) Ennarni, Vita Karoli Magni, post G. H. Pertz recensuit G. Waïtz, editio 
sexta curavit O. Holder-Egger, Hannovre et Leipzig, 1911, in-8° (Scriptores 
Rerum Germanicarum in usum scholarum). 


COMPTES RENDUS 153 


archéologiques nécessaires, avec la même précision et la 
même érudition sûre que l’on retrouve dans l'introduction 
consacrée à l’auteur et à son œuvre. Ajoutons cependant 
qu'ici comme dans ses Etudes Criliques, M. Halphen ne nous 
paraît pas toujours équitable dans ses appréciations sur la 
valeur d'Eginhard comme source historique. 

Un excellent index alphabétique fait suite au texte et ter- 
mine le volume. 

Pour nous résumer, l'édition de la Vita Karoli inaugure de 
manière particuliérement heureuse la nouvelle collection; elle 
est digne du passé scientifique de M. Halphen. Nous souhai- 
tons que les volumes qui lui feront suite atteignent au même 
degré de perfection et nous espérons être bientôt mis à même 
d'en juger. 

FRANÇOIS L. GANSHOF. 


Louis Halphen. Études critiques sur l'Histoire de Charle- 
magne, Paris, Alcan, 1921, in-&, viir-314 p. 


Il est peut-être un peu tard pour signaler aux érudits belges 
e volume de M. Halphen paru en 1921 (1); l'importance du 
sujet et la façon dont il est traité nous font passer outre ce à 
scrupule. 

Dans ce travail, le savant professeur de Bordeaux s'est 
préoccupé d’abord de discuter les sources narratives prin- 
cipales de l’histoire de Charlemagne : les Annales, Eginhard, 
le Moine de Saint-Gall. Une deuxième partie est consacrée à 
l'examen de quelques problèmes particuliers, qui, au sens de 
l’auteur, appelaient une étude nouvelle, la conquête de la 
Saxe, le couronnement impérial de 800, la vie économique. 
Il s'agit, on le voit, d'un travail préliminaire à l’élabora- 
tion d'un livre sur Charlemagne et la Civilisation carolin- 
gienne. 

En livrant au public ces recherches critiques, M. Halphen 
a rendu un trés grand service aux études médiévales. Quand 
bien même, en effet, il ne partagerait pas toutes les vues de 


(1) Les divers chapitres de ce volume ont paru d’abord sous forme d'articles 
dans la Revue Historique, de 1917 à 1920. 


154 COMPTES RENDUS 


l’auteur, le lecteur attentif note en grand nombre les obser- 
vations intéressantes et les conclusions nouvelles. L’impor- 
tance de quelques-unes d’entre elles est assez grande pour 
qu'il soit permis d’affirmer que l'ouvrage dont nous rendons 
compte marque une étape dans les recherches de l’histoire 
carolingienne. 

Dans la partie de son livre qui traite de la critique des 
sources, M. Halphen a deux excellents chapitres sur les 
Annales :« Annales royales » et « Petites Annales ». L'auteur 
y a ramené à de plus justes proportions l'importance des 
« Petites Annales », fortement exagéree par la plupart des 
érudits allemands; il a réduit considérablement l’imposante 
série des annales perdues dont le dernier catalogue a été 
dressé par M. Kurze (1), avec une imagination excessive; il 
a montré enfin que non seulement les « Petites Annales » 
n’ont point servi de sources aux « Annales royales », mais 
qu'au contraire celles-ci ont été fortement mises à contri- 
bution par les auteurs des premières. La classification des 
« Petites Annales » à laquelle aboutit M. Halphen nous paraît 
tout à fait satisfaisante. Ces brèves indications montrent 
combien de données neuves apportent les Etudes Criliques, 
même après les beaux travaux de Gabriel Monod (?). 

Nous ne disons rien des chapitres consacrés à Eginhard et 
au couronnement de 800, nous proposant d’en discuter les 
conclusions à l’occasion d’un travail qui paraïitra prochai- 
nement ici-même. Indiquons seulement que la valeur de la 
Vita Karoli comme source, nous paraît avoir été réduite à 
l'excès. 

Par contre, nous sommes tout à fait d'accord avec M. Hal- 
phen lorsqu'il conteste aux historiens le droit de se servir du 
Moine de Saint-Gall comme d’une source de l'histoire de 
Charlemagne. À une réserve près cependant : nous croyons 
que l’on est en droit d'utiliser ses récits comme éléments du 
tableau des mœurs, des usages, de la civilisation vers le 
milieu du 1x° siècle, de même qu'il est légitime d’user des 





(1, Fr. Kurze : Die Karolingischen Annalen bis zum Tode Einhards; Ber- 
lin, 1913, in-8°. 

(2) Études critiques sur les sources de l'histoire carolingienne, Paris, 1898, 
in-80 (fase. 119 de la Bibliothèque de l’École des Hautes-Etudes ; Sciences 
plhilologiques et historiques). 


COMPTES RENDUS 155 


! 


chansons de geste et des romans de chevalerie comme sources 
d'un tableau analogue pour les x1°, x11° et xrue siècles (1). 

Les pages qui traitent de la conquête de la Saxe constituent 
à nos yeux un modéle de critique, et leurs conclusions nous 
semblent définitives. 

Quant aux deux derniers chapitres consacrés l’un à l’agri- 
culture et à la propriété rurale, l’autre à l’industrie et au 
commerce, nous serions volontiers tentés de les considérer 
comme les plus importants de tout le volume. 

Insistons notamment sur la critique des théories opposées 
d'Inama-Sternegg (?) et de M. Dopsch (*) M. Halphen montre 
combien il est inexat de vouloir, comme le premier de ces 
érudits, faire de Charlemagne l’auteur d’une grande réforme 
des cultures, l'animateur d'importants défrichements. Mais il 
prouve aussi ce qu'a de faux la manière de voir de Dopsch, 
qui conteste que le grand domaine fût le mode normal de 
propriété foncière à l’époque carolingienne. C’est encore 
aux mêmes érudits, mais plus particulièrement à M. Dopsch, 
que s’en prend l’auteur lorsqu'il examine le probléme du 
commerce et de l’industrie ; le professeur viennois avait tenté 
d'établir — d’ailleurs avec une très remarquable érudition — 


(1) M. Halphen (p. 289-290) n’admet pas l'hypothèse développée jadis par 
M. Pirenne suivant laquelle les draps de Frise dont il est question dans plu- 
sieurs textes du ix° siècle, seraient des draps tissés en Flandre et transportés 
par des bateliers frisons (Draps de Frise ou Draps de Flandre, VNiertcljahr- 
schrift f. Soz. u. Wirtschafts. Gesch., 1909). II conteste même qu’il y ait eu à 
l'epoque carolingienne des draps dits de Frise, qui furent des draps de luxe, 
autre chose que des étoffes grossières destinées aux moines et aux paysans. Il 
ne croit pas, en effet, que l’on puisse se servir de passages du moine de Saint. 
Gall pour établir le caractère relevé de ces tissus. Nous croyons cependant 
que cet auteur n'aurait pas cité les pallia fresonica aux nombre des présents 
offerts par Charlemagne à Haroun el Rasjid, ni parmi Les dons faits par Louis le 
Pieux à des gens de qualité (If, 9 et IT, 21) si ces pallia n'avaient joui, de son 
temps, d’une certaine réputation. 

S'il s'était agi de draps grossiers, le Moine de Saint Gall se fût exposé à ne 
pas être cru; or, il paraît incontestable qu’il donne pour de l'histoire tout ce 
qu'il écrit, même les récits les plus invraisemblables. 

(2) K. T. von INAMA-STERNEGG : Deutsche Wirtschafts geschichte;t. I; 2% 6d. 
Leipzig, 1909, in 8°. 

(3) A. Dorsca : Die Wirtschafts entwickelung der Karalinger zeit, vornehmlich 
in Deutschland ; Weimar, 1912-1913, 2 vol. in-8°. Une deuxième édition a paru 
depuis. 


156 COMPTES RENDUS 


que l’époque carolingienne avait été une époque de renouveau 
économique, de grand mouvement industriel et commercial. 
M. Halphen prouve qu’il n’en est rien. Qu'il y ait eu un 
certain commerce, qu'il y ait eu des artisans travaillant pour 
leur compte, sans doute; mais supprimez-les: vous ne 
changerez rien au caractère général] de i'époque, 

Nous n’avons pu, dans ce compte-rendu, donner du livre de: 
M. Halphen qu'une idée très générale. Mais nous croyons 
avoir mis en lumière sa très grande importance pour l'étude: 
de l’histoire du 1x° siècle. 

FRANÇOIS 'L. GANSHOF. 


Edm. Niffle-Anciaux. Guy II, comte de Namur. Bruxelles, 
Vromant, 1922, in-K°, 78 p., 3 pl. hors texte. 


Cette étude biographique, agréablement présentée, repro- 
duit, en les complétant et en les modifiant quelque peu, deux 
articles parus en 1889 et 1891 dans les Annales de la Société 
archéologique de Namur. Une découverte curieuse en a été 
l’occasion premiére. Parmi des « varia », il y avait aux 
Archives de l'Etat, à Namur, un feuillet de parchemin ayant. 
servi de couverture au registre de l’année 1373 du Grand 
Hôpital de cette ville. En déchiffrant ce document mutilé, 
M. Niffle constata qu'il se trouvait en présence d’un fragment 
de compte de l’hôtel d’un comte de Namur. D’observations en 
observations, et avec beaucoup de sagacité, il parvint à déter- 
miner que ces soixante-huit lignes d’écriture se rapportaient 
au rêgne de Guy IT, un des souverains les moins connus du 
Namurois. Mis en goût par cette jolie découverte, M. Nifïle 
poursuivit ses recherches aux archives de Namur, de 
Bruxelles, de Mons, de Gand, de Lille, etc. Il eut la main 
heureuse. Une belle série de pièces inédites et des renseigne- 
ments puisés aux sources contemporaines lui permirent de 
retracer, d'une façon vivante, le curriculum vilae de ce jeune: 
prince, qui ne régna qu’un an, de 1335 à 1336. 

Fils du comte Jean Ie" et de Marie d'Artois, Guy succède en 
avril 1335 à son frère Jean II, mort sans hoir. A peine investi 
de la dignité comtale, il quitte sa petite principauté entouré 
d'une suite nombreuse et brillante. Il ne rêve que tournois, 


COMPTES RENDUS , 197 


prouesses, fêtes galantes. C’est un vrai chevalier du xiv°siécle, 
proche parent de ceux que Froissart dépeindra avec tant de 
complaisance, prodigues de bravoure, toujours chevauchant 
par monts et par vaux en quête d’ «adventures ». En courant 
les « belles appertises d'armes », Guy de Namur apprend 
qu'Edouard IIT, roi d'Angleterre, à entrepris une nouvelle 
expédition contre les Ecossais. Son frère Philippe et lui 
offrent au souverain anglais le secours de leur épée. Les 
jeunes seigneurs se hâtent de réunir une troupe d'hommes 
d'armes bien équipés et passent le détroit. 

À Edimbourg, ils torabent dans une embu*cade et sont faits 
prisonniers avant d'avoir rejoint l’ost du roi Edouard. La 
promesse d’une forte rançon leur vaut un prompt élargisse- 
ment, mais leur campagne militaire est finie; il doivent 
quitter le pays. Pour ies consoler de leur déconvenue, 
Edouard III distribue force présents aux chevaliers namurois ; 
en outre à Perth, à la veille du départ, Guy se voit octroyer 
un fief de bourse. De retour sur le continent, le comte de 
Namur ne fait qu’une courte apparition dans sa principauté, 
le temps d'être inauguré à Brogne et à Andenne. Il continue 
sa vie aventureuse; lors d’un tournoi, prés de Gand, il tombe 
mortellement atteint. Transporté au logis du chevalier Siger 
le Courtraisien, à Seeverghem, il y dicte son testament et 
meurt en pleine jeunesse, à vingt ans [mars 1336). Son corps 
est ramené à Namur et enseveli dans la collégiale Saint- 
Aubain. 

L'événement le plus marquant du régne de Guy II fut le 
mariage de sa sœur Blanche avec Magnus, roi de Norvège et 
de Suéde On sait que cette princesse « pulchra et generosa » 
est restée extrêmement populaire dans sa patrie d'adoption. 
Les historiens scandinaves se perdent en conjectures sur les 
circonstances qui amenérent le roi Magnus à prendre femme 
dans notre pays. M. Niffle — qui a réuni les seuls documents 
que nous ayons sur Blanche de Namur avant son départ pour 
la Norvège — nous donne quelques indications Il peut établir 
que Magnus traversa la Flandre en juin 1334. Or, à cette 
époque, la comtesse douairière Marie d'Artois séjourne fré- 
quemment au château de Wynendale; en ce moment aussi se 
place un voyage en Flandre du comte de Namur Jean IT et 
de ses frères. Il y a là sans doute plus qu’une simple coinci- 


158 COMPTES RENDUS 


dence. En tous cas le mariage ne fut célébré qu’un an plus 
tard, en automne 1335. La jeune fiancée s’'embarqua au port 
de l'Ecluse, en compagnie de son frère Philippe. 

Cette monographie trés fouillée se termine par une série de 
vingt-trois documents relatifs à Guy II et à sa famille. Ces 
pièces sont éditées avec tout le soin désirable. 

FÉLIx ROUSSEAU. 


UÜit ou reisbeskrijwinge, dagverhale en ander letterkundige 
bronne oor die Kaap. Besorg deur Dr. W. BLOMMAERT en 
Dr. S. F. N. GIE. Gedruk en uitgegee deur die Nasionale 
Pers, Beperk, Kaapstad, Stellenposch, Bloemfontein en 
Pietermaritzburg, 1922, in-8°, (vur1-) 202 p., 8 pl., 2 cartes 
(Die Burge: leeskring, derde jaargang. n° 4). 


Ce volume a pour but de rappeler aux lecteurs de l'Afrique 
du Sud, auxquels s'adresse le Burgerleeskring, des épisodes 
intéressants de l’histoire de leur pays. Ce sont des extraits de 
vécits contemporains des événements. Aucun n’est inédit; 
mais il faut généralement, pour les retrouver, consulter des 
ouvrages que possèdent seules les grandes bibliothèques. 

Les auteurs du recueil, tous deux professeurs à l’Université 
‘le Stellenbosch, ont gardé telles quel'es les relations origi- 
nales écrites en hollandais; les textes portugais sont traduits 
en « Afrikaans ». Chaque morceau est précédé d’une petite 
introduction mettant en lumière la signification et l'intérêt de 
l'épisode raconté. De nombreuses notes explicatives, placées 
au bas des pages, rendent la lecture plus facile et plus savou- 
“euse. Enfin, un certain nombre de planches, tirées pour la 
plupart d'ouvrages anciens, illustrent agréablement le recueil. 

Celui-ci se compose de onze pièces dont les plus récentes 
sont du début du xviri* siècle. Elles racontent le massacre, 
par les Hottentots, de Francisco d'Almeida et de ses compa- 
gnons (1* mars 1510); le naufrage d’un galion sur la côte du 
Natal en 1552; l'histoire du Monomotapa; le voyage de retour 
de Jean van Linschoten en 1592; l'apparition de la première 
flotte hollandaise en Afrique du Sud (1595); les aventures 
maritimes de Jean van Riebeeck (1652-1660) ; les cérémonies 
nuptiales du Cap selon Pieter de Neyn (1697); l’héroïsme de 
Jochem Willemszoon dans une tempête en 1692; le voyage 


COMPTES RENDUS 159 


tragique du « Goude Buys » (1693); les exploits d'esclaves 
marrons en 1707; et la fin tragique de l’Anversois Jean Smit, 
tué par un lion en 1705. 

Les auteurs du recueil espérent que ces récits originaux 
viendront aérer quelque peu l'enseignement primaire et 
moyen, et reposeront les élèves de la mastication prolongée 
des manuels scolaires. 


À. VINCENT. 


F. Van Kalken. Madame de Bellem. La « Pompadour des 
Pays-Bas ». Bruxelles. Lebégue, 1913, in-8° de 92 p., 
planches 1. t. 


Le professeur Van Kalken nous a habitués depuis longtemps 
à des travaux où l’érudition etla précision le disputent à l’origi- 
nalité et à l'élégance. Et l'éloge de ce savant, qui a fouillé par 
lui-même tous les recoins de notre histoire nationale, n’est 
plus à faire. Maïs, pour écrire le livre qui nous occupe ici, 
il fallait réunir des qualités éminentes et toutes spéciales; il 
fallait non seulement avoir la patience extrême de dépouiller 
l’infinie multiplicité des pamphlets de la Révolution braban- 
çonne, mais aussi savoir se replacer entièrement dans le 
milieu bizarre, puéril parfois et même déconcertant de cette 
époque agitée, savoir analyser les psychologies des person- 
nages en jeu, et avoir le talent de présenter la romanesque 
histoire d'une vie de femme galante de maniére telle que la 
lecture fût agréable et que l'intérêt se soutint jusqu’au bout. 
M. Van Kalken y a parfaitement réussi. 

On connaissait, dans le monde des historiens sinon dansle 
grand public, le nom de La Pinaut, cette « divinité mineure », 
comme dit M. Van Kalken, de la Révolution brabançonne. 
Mais de la jeunesse de cette fille de savetier, de sa vie galante, 
de son rôle de courtisane, de ses attitudes d'ordre politique, or 
ne savait presque rien. Maîtresse de Van der Nootet étroite- 
ment associée à toute son existence, La Pinaut, née rue aux 
Choux, avait déjà 53 ans quand les événements de 1787 allaient 
faire jouer un rôle politique de premier plan à son amant, 
avocat de la rue Neuve. Elle n’était dépourvue, nous dit 
M. Van Kalken, ni d'esprit, ni de cœur, ni même d’un certain 


11 


160 COMPTES RENDUS 


goût, encore que sa correspondance manque de tout relief. 
Mais, dans les conjonctures diverses où se trouva Van der 
Noot, politicien aussi maladroit qu'orgueilleux et ignorant, 
elle lia son sort à celui de son amant avec une ardeur juvénile, 
une énergie et un enthousiasme dignes d'une meilleure cause. 
Pour le défendre et soutenir ses ambitions démesurées, elle 
supporta stoiquement de multiples avanies; suspecte (et pour 
cause) aux autorités autrichiennes, et étroitement surveillée 
par les «mouches » de leur police secrète, elle fut bientôt jetée 
en prison tandis que Van der Noot prenait le large et se réfu- 
giait à Londres. Sa confiance dans le succés final de la Révolu- 
tion ne fléchit pas un instant; elle correspond avec son ami et 
l’encourage avec conviction et sans cesse. Elargie pendant 
peu de temps, puis réincarcérée, elle ne désespére à aucun 
moment, y va toujours de sa propagande épistolaire, et même 
commet des vers, c’est-à-dire des « forfaits dans le domaine 
lyrique ». La Révolution, qui couvait, éclate le 24octobre 1789, 
et La Pinaut, libérée, y tient naturellement un rôle. Van der 
Noot rentre en Belgique et devient premier Ministre, et sa 
maîtresse s’institue sa secrétaire générale. Elle est alors la 
femme en vue, et, tandis que ses partisans l’appellent pompeu- 
sement la « Pompadour des Pays-Bas », ses ennemis la vili- 
pendent copieusement et parlent irrévérencieusement (!) de 
la « Phryné en décombres », de la « gourgandine aux restes 
surannés », de la « coquine roulinée » qui préside aux -desti- 
nées de la nouvelle république « fémini théo-aristocratique ». 
La Pinaut, naturellement, ne se sent pas atteinte par tout cela. 
Elle brave ses insulteurs, et, gardant jusqu'au bout ses 
illusions, elle continue à défendre son amant avec autant 
d'énergie que de conviction. Mais, la Révolution échoue rapi- 
dement. Le « Congrès des Provinces Belgiques Unies » se 
disloque et se disperse. Et La Pinaut s'en va échouer à Bréda, 
où, presque sexagénaire, elle tue le temps à «tricoter des 
bourses ». Ainsi finit lamentablement l’histoire tourmentée 
de la vie d’une femme de basse provenance qui eut, pendant 
quelque temps, l'illusion de tenir un réel rôle politique. Cette 
histoire, telle qu’elle est écrite, ne peut manquer d'obtenir un 
gros succés. Il convient d’en féliciter chaleureusement l’au- 


teur. 
LÉO VERRIEST. 


COMPTES RENDUS 161 


Paul Duvivier, Les anciens conventionnels sous la Restaura- 
tion. L'exil de Cambacérés à Bruxelles (1816-1818). Nou- 
velle édition, t. 1. Paris, À. Picard; Bruxelles, M. Lamer- 
tin, 1923, in-8°, 325 p. 


On sait que le royaume des Pays-Bas fourmilla, durant la 
Restauration, d’émigrés français. Presque tous se fixérent 
naturellement dans les provinces wallonnes et particuliére- 
ment à Bruxelles. S'il y avait parmi eux quelques ecclésias- 
tiques opposants au Concordat, comme l’évêque de Blois, 
M£' de Thémines, l'immense majorité se composait soit de 
bonapartistes convaincus, soit surtout d'anciens convention- 
nels régicides. On peut citer parmi eux Cambon, Prieur de la 
Marne, Royer de l'Hérault, Vadier, Courtois, Ramel, Siéyés 
et bien d’autres (1). Le roi Guillaume les reçut trés volontiers 
dans ses États, tant à cause de son hostilité latente au gou- 
vernement de Louis XVIII que pour s'affirmer comme un 
adepte du libéralisme, dont il devait bientôt être la victime. 

De ces réfugiés, le pius important, tout au moins par la 
situation qu'il avait occupée sous Napoléon, fut Cambacérés, 
archi-chaucelier de l'Empire et duc de Parme par la grâce 
de son maître. M. Paul Duvivier avait déjà consacré au 
séjour de ce personnage dans notre pays une curieuse notice 
(1903). De nouvelles recherches l’ont amené à la remanier 
au point d’en faire l’objet du volumineux ouvrage dont il nous 
donne le tome I sous une couverture aux couleurs de la 
livrée de l’archi-chancelier.. 

C’est peut-être beaucoup... Mais M. Duvivier croit, avec 
feu Frédéric Masson, que les actes relatifs au décor au milieu 
duquel ont vécu les hommes servent à expliquer ceux-ci et 
« se trouvent contenir, à des moments, de surprenantes révéla- 
tions ». Il se peut. Il est incontestable, en tous cas, que le décor 
dont s’est entouré un individu aide à comprendre ses goûts el 
partant sa nature. Et il est plus certain encore que les curieux 


(*) On trouvera dans le livre de M. Duvivier, p. 277, une liste très com- 
plète des exilés français en Belgique et en Hollande. Cf. les Notes et souvenirs 
inédits de Prieur de la Marne, publiés par G. Laurent (Paris, 1912), ainsi que 
les détails que Falck donne sur eux dans ses Gedenkschriften, p. 188, 191, 
194 (La Haye, 1913). 


162 COMPTES RENDUS 


trouvent, dans la description minutieuse de ce décor, quantité 
de détails et de particularités locales qui les ravissent. 
M. Duvivier n’a rien négligé pour les satisfaire. Son livre 
renferme sur le Bruxelles du commencement du x1x* siécle 
et sur les diverses résidences qui y ont abrité Cambacérès, 
une abondance de menues notations qui donnent la sensation 
exacte de la réalité. Je n’oserais pas dire qu’elles contribuent 
beaucoup à nous faire pénétrer très profondément dans l’inti- 
mité du personnage. Ce n’est pas à elles que M. Duvivier 
emprunte les couleurs'et les traits du portrait qu’il lui con- 
sacre et qui est très vivant et sans doute trés exact Et, ce 
qui est rare chez un biographe, ce portrait n'est pas flatté. 
C'est celui d’un homme rassasié d’honneurs, gâté par ses vices 
moins encore que par une fortune assez scandaleuse, égoïste, 
gourmand, vaniteux et déplorablement dépourvu, semble-t-il, 
de toutes convictions. M. Duvivier s’efforce de le laver de 
l'accusation de régicide. Beaucoup de trés honnêtes gens le 
furent. Pour lui, il paraît bien résulter de son dossier, qu’il 
le fut, sans avoir le courage de l'être complétement. Son cas 
est assez vilain, comme celui de tous ceux qui, le moment 
venu de prononcer le mot décisif, ne songent qu’à ne pas se 
compromettre et à dire tout à la fois oui et non. 

L'influence des réfugiés français dans le royaume des 
Pays-Bas a été considérable. Beaucoup d’entre eux, par la 
campagne de presse qu'ils entreprirent contre le gouverne- 
ment de la Restauration, y ont propagé les idées libérales qui 
devaient faire explosion en 1830. Nul, mieux que M. P. Duvi- 
vier, ne pourrait écrire le livre si instructif qui nous manque à 
leur sujet et qui constituerait une contribution de haute valeur 
à la connaissance de l’opinion publique à une époque déci- 
sive de notre histoire. Espérons qu’il nous le donnera un jour. 

H. PIRENNE. 


Leven en bedrijf van Gerhard Moritz Roentgen, grondvester 
van de Nederlandsche Stoomboot Maatschappij thans Maat- 
schappi] voor Scheeps- en Werktuigbouw, Fyenoord, 
1823-1923, door D' M. G. DE BoER, s. I. n. d., in-80. 


Cette biographie a été écrite à la demande de la « Maat- 
schappij voor Scheeps- en Werktuighbouw », voulant, à l’occa- 


COMPTES RENDUS 163 


sion. du centième anniversaire de la validation de ses statuts 
(10 hovembre 1933), rendre un juste hommage à la mémoire 
de son fondateur : Gerhard Moritz Roentgen (7 mai 1795- 
28 octobre 1852). | 

À vrai dire, si la magistrale figure de Roentgen domine 
l'ensemble du livre, elle n’est pas seule à en constituer l’in- 
térêt. C’est toute l'histoire de la N.S. B. M. aux âges héroïques 
qui se déroule. Au tableau de son expansion et de ses relations 
avec les sociétés étrangères, Cockerill entre autres, se joignent 
les multiples détails techniques permettant de juger des 
progrès qu'elle à réalisés dans son domaine. Aussi ne pouvons- 
nous que féliciter l'auteur d’avoir placé la personnalité de 
Roentgen dans le cadre le plus large, tout en lui conservant 
le relief qu’elle méritait. [Il nous a donné de la sorte une 
œuvre historique du plus haut intérêt pour l'étude de l’intro- 
duction de la navigation à vapeur en Europe et de la grande 
industrie aux Pays-Bas; nous y trouvons maints renseigne- 
ments concernant le développement de l’industrie dans nos 
provinces. Nous nous souvenons à ce propos de lä communi- 
cation faite par M. le D' De Boer au dernier Congrès interna- 
tional d'Histoire et des précieuses sources y indiquées. Aussi 
estimons-nous des plus souhaitable qu’à la faveur de ces 
documents et d'autres qui peut-être n'ont point encore été uti- 
lisés, soit faite une étude des origines de la grande industrie 
dans notre pays. 

JULES GERMAIN. 


Pericle Ducati. Séoria della ceramica greca. Florence, Alinari, 
1922, 2 vol., in-4, 539 + xxr pages et 412 figures, 
340 lir. it. 


Dans le beau livre où il étudie d'une facon aussi complète 
que possible toutes les formes, tous les monuments impor- 
tants de l’art classique (1), M. Ducati avait été obligé de 
n'accorder, comme de juste, qu’une attention réduite aux vases 
grecs. L’éminent directeur du Musée Civique de Bologne 
nous donne maintenant, en deux volumes superbement 


(1) L'arte classica, Turin, 1920 (965 p. et 861 fig.). 


164 COMPTES RENDUS 


édités (1), une histoire détaillée de la céramique grecque 
depuis les origines jusqu'aux premiers temps de l’Empire 
romain. La matière est distribuée en neuf chapitres : I. Les 
vases peints de la civilisation créto-mycénienne. IT. Les vases 
peints géométriques. III. Les vases peints de style orientali- 
sant. IV. Les vases peints de style ionien. V. Les vases 
atiiques à figures noires. VI. Les vases attiques à figures 
rouges de style sévère. VII. La peinture de vases de 475 à 400 
av. J.-C, VIN. La peinture de vases pendant le IV® siècle av. 
J.-C. et pendant la période hellénistique. 1X. Les vases 
plastiques et les vases à reliefs. 

M. Ducati s’en est tenu à la méthode la plus objective, 
partant celle qui donne les résultats les moins éphéméres, 
méthode analytique qui consiste à mettre sous les veux du 
lecteur une galerie de pièces-types accompagnées de deserip- 
tions minutieuses. De la sorte, l’auteur ne s’engageant pas à 
fournir toujours des classements complets reste libre d'établir 
des rapprochements, des séries, quand il le juge nécessaire, 
et de laisser les œuvres isolées, quan1 elles échappent à tout 
groupement systématique. Aussi ne doit-on pas craindre de 
rencontrer ici quelque chose d’analogue à ce que M. Hoppin 
appelle plaisamment « the Big Four fetish », le grossissement 
superstitieux des collections attribuées à quatre peintres, 
Euphronios, Douris, Hiéron et Brygos. Non, c'est un conser- 
vateur épris de couleurs, de lignes et de formes, qui nous aide 
à apprécier les spécimens qu’il a réunis pour caractériser les 
différents styles. La théorie viendra plus tard; pour le moment 
il n’est que d'observer, de comparer et de jouir. Chaque fois 
qu'un doute s’éléve, M. Ducati choisit prudemment une solu- 


(4) Papier de luxe, impression excellente. Les fautes sont relativement peu 
nombreuses ; j'en choisis une quinzaine : lire, p. 27, n, 1, Gaudin au lieu de 
Godin, p. 62, n. 1. n. 276... diam. m. 0,60 au lieu de n. 275... diam. m. 0,28, 
fig. 57, p. 69, Tera au lieu de Terat, p. 73, 60-62 au lieu de 60 e 62, p. 95, vita 
au lieu de via, fg. 406, p. 130, Berlino, Antiquarium au lieu de Atene, Mus. 
Naz., p. 105, 137, xix de l’Index, Mnasalkes, p. 173, n. 1, Picard au lieu de 
Piccard, n. 2, Plassart au lieu de Plassard, p. 199, Peleo au lieu de Mopsos, 
p 243 (fig. 171) — Collignon-Couve, n° 661, p. 242, n. 1, Nicole, 53 au lieu 
de 58, p. 273, n. 1, Perrot, x, p. 388 au lieu de 888, p, 286, n. 1, Perrot, x, 
p. 390 au iieu de 890, p. 286, psykter au lieu de esykter, p. 296, due au lieu 
de tre donne. 


COMPTES RENDUS 165 


tion moyenne de nature à réaliser l’accord, ou bien il adopte 
très vite, pour en finir, la théorie la plus courante, la plus 
sérieuse, ordinairement celle que l’autorité de M. Pottier a 
accréditée. Car si l’auteur reproduit la plupart des planches 
de Furtwängler-Reichhold, c'est dans l’œuvre française des 
Pottier, des Perrot, des Dugas, qu’il semble puiser le plus 
volontiers ses informalions qui sont d'ailleurs trés vastes. 
Voici quelques exemples de ces conclusions pleines de 
sagesse : l'invasion dorienne est sans doute responsable du 
bru-que arrêt de la civilisation hellénique à la fin du second 
millénaire, mais les conquérants n’ont pas apporté avec eux le 
style géométrique, ce style s’est développé peu à peu dans toutes 
les parties de la Grèce, même dans celles qui, comme l’At- 
tique, avaient été épargnées, et n’a pas éliminé brusquement 
les motifs de l’âge précédent (p. 50). — Ce n'est pas à Milet, 
mais à Rhodes, qu’il a existé une fabrique locale importante 
de vases de style orientalisant ; c’est à Mélos et non à Délos, 
qu'il faut placer l'origine des vases de Délos et de Rhénée — 
cependant on se bornera à dire que Rhodes et les régions 
voisines ont eu une poterie commune et on appellera 
« cycladique » une céramique disséminée dans plusieurs 
îles de l’Égée (p. 89, 121). — le À argien du pinax d'Eu- 
phorbos n’empêche pas ce plat d’appartenir à la céramique 
rhodienne (p. 152). — La plus grande partie des vases dits de 
Cyrène sont laconiens, maïs il a aussi existé en Cyrénaïique 
et en Crète des centres de production (p. 165). — Les potiers 
ioniens établis à Daphné n’ont pas nécessairement quitté la 
ville en 560 (p. 178). — Les hydries de Caeré sont pro- 
bablement dues à des Phocéens arrivés en Étrurie après 949 
(p. 185), etc. 

Ce n’est pas que M. Ducati évite absolument l’occasion de 
jeter dans une discussion un argument personnel, mais, par 
une sorte de modestie, dont il convient de le louer. il se refuse 
le droit de donner une place privilégiée aux matières qu'il a 
déjà traitées dans des mémoires spéciaux, que ce soit la céra- 
mique laconienne, l’œuvre de Brygos, le style midiesque ou la 
production attique du rv° siècle. Il se contente d'indiquer 
dans des notes succinctes les travaux les plus récents. Il faut 
donc féliciter M. Ducati d’avoir beaucoup éliminé, d’avoir 
écrit une Aistoire de la céramique grecque qui sera pour: 


166 COMPTES. RENDUS 


l'Italie d'aujourd'hui ce que fut, pour la France de 1888, 
l'Histoire de Rayet et Collignon. 

M. Ducati indique l’origine d’un certain nombre de motifs : 
tresse (p. 87), chevaux et taureaux ailés (p. 125, 184), yeux 
prophylactiques (p. 151, 240), rameau de lierre (p. 176)..., 
mais il néglige de dire que la Crête avait emprunté la spirale 
aux Cyclades, qui l'avaient elles-mêmes rçue des peuples du 
Nord (GLorTz, Civ. ég., p. 39, 43, 398), que les signes cruci- 
formes sont à la fois égyptiens et orientaux (Zbi4., p. 295), 
que la Sirène, àme-oiseau à tête humaine, manque dans l'art 
assyrien et phénicien et n'apparaît que dans l’art égyptien 
(p. 112, n. 1). — C'est le bouclier fortement échancré des 
guerriers, et non leur cuirasse, qu’on voit sur le grand cra- 
tère du Dipylon (p. 60, fig. 48). L’explication de l’Arte classica 
(p. 120) doit donc être conservée. Cf. GLoTz, fig. 13-14 
SAGLIO, Dict., fig. 5267. — Les deux personnages princi- 
paux du Cébès de Thébes (p. 62) sont Ariane et Thésée. 
Cf. C. ROBERT, Arch. Hermeneutik, p. 38. — Il faut pro- 
scrire le terme polos (p. 112, 493). Cf. ROBERT, Siézungsb. 4. 
Akad. zu München, 1916, 2 Abh., p. 14-20. — On ne trouve 
citée nulle part l’excellente observation de M. Pottier sur 
« les longs traits d’une seule volée ». 

Les figures sont abondantes et généralement bonnes, cepen- 
dant on regrette qu’un ouvrage où il est constamment question 
de teintes ne contienne aucune planche en couleurs : passe 
encore pour l’hydrie de Busiris (fg. 145), mais les engobes 
rougeâtres de la coupe d’Arcésilas (fg. 131) sont en blanc, 
comme le fond, au point que le corps du phylax a complète- 
ment disparu. Un des chefs-d'œuvre de la polychromie, la 
coupe d'Héra (Munich) méritait plus qu’une simple mention; 
la coupe de la jeune lyriste (Louvre) — une pure merveille — 
n'est même pas citée. Enfin, pour ne parler que du dessin, 
on ne compte que quatre guerriers sur la figure 40 (la 
planche XLIII de Furtwängler-Lœschcke en représente cinq), 
le plus jeune des enfants d’Amphiaraos ne se voit pas sui: 
l’épaule de la nourrice, fig. 128; la figure 259 ne conserve. 
plus rien des rides de la vieille et le commentaire®ne s’ap- 
plique qu'à la planche xviri du tome X de Perrot, planche à 
laquelle il aurait fallu renvoyer expressément. | 

Une autre lacune assez fâcheuse est l'absence de caractères, 


COMPTES RENDUS 167 


grecs ; la transcription des inscriptions en lettres latines leur 
enlève beaucoup de leur intérêt (1). 

Dans l’Arte classica, l'auteur se bornait à indiquer la 
collection à laquelle appartient chaque objet. Ici, il a soin 
de renvoyer en outre aux Catalogues et nous souhaitons 
que son exemple soit suivi de tous ceux qui veulent faire 
œuvre sérieuse et vraiment utile. J'ai relevé un oubli pour 
la figure 389 (le balsamaïire porte le n° 1227 dans le Cat. d. v. 
d'Athènes de f. Nicole), un autre pour la figure 136 (n° 810 du 
même Catalogue), et une erreur pour la figure 137. Le tesson 
à propos duquel Robert Zahn écrivait, en 1898 : « Die kleinere 
Scherbe blieb im Besitz der Witwe Misthos (?)... » se trouve 
actuellement au Musée du Cinquantenaire, à Bruxelles, inv. 
Misthos) 831, et n’a jamais été déposé au musée d'Athènes. 
Les noms mêmes des musées pourraient être plus simples et 
plus précis ; les vases de Berlin ont passé de l’Altes au Neues 
Museum, mais le terme Antiquarium répandu par la Beschret- 
bung de Furtwängler suffit pour désigner cette collection. 
Celle de Munich forme avec l’Antiquarium le Museum anti- 
ker Kleinkunst de l’Alte Pinakothek. Quant au musée de 
Bruxelles, M. Cumont, dans son Catalogue des sculpt. et inscr., 
lui a déjà donné officiellement le nom de Musée du Cinquante- 
naire. La formule À. Musei delle Arti décoratire est péri- 
mée. 

M. Ducati a d’ailleurs refait la liste des collections que 
Walters avait publiée en 1905, mais il faut reconnaître que 
cette nouvelle liste, tout en étant beaucoup plus complète que 
la précédente, n’est pas présentée aussi clairement. Je signa- 
lerai ici encore quelques légères imperfections : Pourquoi 
M. Ducati ne mentionne-t-il pas les collections de Milan et de 
Turin, par exemple, qu’il connaît mieux que personne, alors 
qu'il cite le musée de Brunswick, qui ne possède guère qu’une 
quarantaine de vases ? — Museogr., p. IV, Belgio. R. Mus. d. 


(1) En particulier p. 244, 298. Traduction seule p. 66. Les noms des archéo- 
logues grecs et les titres de leurs publications sont présentés d’une façon 
bizarre : lire, p. 22, n. 2, Ai npoïotopikai äkporôker Atunviou Kai Xéo- 
k\ou. M. Ducati écrit Ephem arch. (p. 35, n. 1), Stauropulos à côté de tis 
Etairias (p. 122, n. 1), Ampelokipos (p. 385), etc. 

@) Ath. Mitt. XXII (et non XXXIIT), p. 38. Cf. Walters, Anc. pott., I, 
p. 131; Perrot, IX, fg. 199 ; Bull. Mus. Brux., 1901, p. 85, n. 1, 1904, p. 77. 


168 COMPTES RENDUS 


Cinq. Ajouter : (coll. Hagemans, Campana, Ravestein, Som- 
zée). — 1bid., Gab. d. Ant. Ajouter : (coll. de Hirsch). — Jbid., 
Danimarca. Ajouter : Glittoteca Ny-Carlsberg. Fr. Poulsen, 
Vases grecs récemment acquis par la Glypt, Copen- 
hague, 1922. — Jbid., Marsaglia. Ajouter : Château-Borély, 
W. Frœhner, Cat. des ant., Paris, 1897. — p. v, Brunswick. 
Ajouter : P. J. Meier, Führer durch die Sammiu. d. Landes- 
Museums, Te éd., Brunswick, 1921. — p. VI, Grecia. Ajouter : 
Delphi-Museo, Delo-Museo. Remplacer « Reneia » par « Mi- 
cono » (de même p. 150, n.. 1). Il n’y a pas de musée à Rhénée. 
— p. VIT, New-Haven. Ajouter : Paul V. C. Baur, Catalogue 
of the Rebecca Darlington Stoddard Collection of Greek and 
Italian vases in Yale University, New-Haven, 1922. 

Qu'on me pardonne de m'être attardé à souligner des 
vétilles. Les retouches que M. Ducati pourra apporter à son 
ouvrage n’ajouteront que bien peu à sa valeur; dès mainte- 
nant sa S{oria est un modèle de méthode et d'érudition 
agréable, un livre qui fait honneur aux Universités italiennes. 


H. PHILIPPART. 


A. d'Hoop. Znventaire général des Archives ecclésiastiques du 
Brabant, tome IIL (Abbayes). Bruxelles, E. Guyot, 1922, 
grand in-8° de 505 p. 


Cet inventaire fait partie de la collection des Znventaires 
sommaires des Archives de l'État en Belgique. Il est relatif à 
vingt-six abbayes ou prieurés brabançons, tant d'hommes 
que de femmes, appartenant soit à l’ordre de Saint-Benoît, 
soit à l’ordre de Citeaux, soit à l’ordre de Prémontré, soit aux 
chanoines réguliers de l’ordre de Saint-Augustin. Il en utilise 
les documents conservés, les uns aux Archives générales du 
royaume, les autres dans les abbayes actuelles d’Affighem, 
d'Averbode, de Grimberghen et du Parc, ainsi qu’au Palais 
de l’Archevêché à Malines. Les archives sont réparties métho- 
diquement avec classement chronologique, topographique et 
alphabétique. 

L'inventaire de M. d'Hoop, très consciencieusement fait, 
met à la disposition des érudits, malgré son caractère, je le 


COMPTES RENDUS 169 


répète, sommaire, un instrument de travail indispensable, de 
l'achèvement duquel il y a lieu de féliciter grandement l’au- 
teur. A. HANSAY. 


Jean Chalon. Fétiches, Idoles et Amulettes.S. SERVAIS (Namur), 
l’auteur, 2 vol. in-8, [1920-1923] 652, 191-xL1 p., planches. 


Jean Chalon, le botaniste bien connu, auteur de l’ouvrage 
que tous connaissent : Les arbres remarquables de la Belgi- 
que, avait dans ses pérégrinations incessantes, noté les coutu- 
mes superstitieuses encore vivantes en si grand nombre dans 
notre pays. Il publia Les arbres fétiches de la Belgique. Mais 
les renseignements recueillis par lui débordaient largement 
le domaine végétal ; la moisson folklorique lui parut si riche 
qu'il se décida à la publier dans un nouveau travail. Le pre- 
mier volume était à peine sorti de presse (décembre 1920) que 
l’auteur mourut ; la publication fut achevée par un deuxième 
volume, qui contient également un bon index alphabétique. 

Le premier volume contient 144 chapitres, consacrés à un 
lieu, à un saint, à l'objet d'une coutume, à une maladie. Les 
notices se succèdent sans ordre. Elles relatent les observa- 
tions faites le plus souvent par Jean Chalon lui-même, par- 
fois par ceux qu’il a interrogés de vive voix ou par écrit. 

Le second volume donne d’autres observations, classées par 
ordre alphabétique de localités. 

Un grand nombre de planches excellentes illustrent ces 
deux volumes. 

Ce sont les observations de l’auteur qui font le vif intérêt de 
l'ouvrage; elles sont accompagnées de commentaires, d'un 
esprit volontiers ironiste et souvent mordant; de nombreux 
rapprochements intéressants sont faits à l’aide de citations 
d'autres ouvrages spéciaux et de périodiques. 

Le dernier livre de Jean Chalon est une contribution pré- 
cieuse au folklore de notre pays. Les éléments ont été recueillis 
à une époque où la pénétration de la vie moderne commence 
à altérer rapidement et à détruire les vieilles coutumes de nos 
lieux les plus reculés: ils ont été recueillis par un savant 
habitué à observer et à noter objectivement ce qu’il voyait. 

A. VINCENT. 


170 COMPTES RENDUS 


Wouter Nijhoff et M.E. Kronenberg. Nederlandsche bibliographie 
van 1500 tot 1540. ‘s-Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1923, 
in-8°, xL-1002 pp. ({). 


Les impressions des Pays-Bas de la première moitié du 
xvi* siècle avaient été peu étudiées par les bibliographes 
jusqu’à présent. Si quelques villes, quelques imprimeurs ont 
fait l’objet de travaux détaillés — spécialement pour la 
Belgique — il n'existait aucun répertoire général. qui püût 
œuider le chercheur; l'effort s'était porté surtout vers le 
xv*° siècle, pour lequel on a parfois manifesté un intérêt. 
presque mystique. 

M. W. Nijhoff s'est donné, il y a une trentaine d’années, 
la tâche d’édifier cette bibliographie qui fait suite aux Annales 
de Campbell. Il a, de 1901 à 1912, publié pêle-mêle les résul- 
tats de ses premières recherches (Bibliographie de la lypo- 
graphie néerlandaise des années 1500 à 1540. Feuilles pro- 
visoires. La Haye, Nijhoff, 20 livraisons in-8°); il a eu comme 
collaborateurs le P. Kruitwagen O0. F. M. et M'e Kronenberg. 

Le travail préliminaire a consisté en une exploration aussi 
complète que possible des bibliothèques de Hollande, de 
Belgique, d'Allemagne et d'Angleterre (dans ces deux der- 
niers pays, il reste encore beaucoup à récolter). La France, 
l'Italie et la Scandinavie n’ont fourni que quelques miettes. 

La fibliographie se compose de 2,221 numéros, rangés par 
ordre alphabétique, et occupant 787 pages, soit les livrai- 
sons { à 12.A la plupart de ces livraisons étaient joints des 
suppléments provisoires donnant des listes de plus en plus 
complètes des ouvrages disponibles, des abréviations, des 
renvois; ces listes ont pris leur forme définitive dans les 
tables générales. Les renvois auraient peut-être, aux yeux de 
certains, trouvé mieux leur place dans l'ouvrage même; la 
méthode suivie évite d’encombrer la bibliographie propre- 
ment dite; si elle est moins systématique, ce n’est là qu une 
question de forme; elle est une manifestation de l’esprit d’of- 
fensive des bibliographes hollandais, qualité que leurs com- 
patriotes ont brillamment déployée, par exemple dans l'édi- 


(4) L'ouvrage a été publié en quinze livraisons, à partir de mars 1919. Un 
premier compte rendu provisoire en fut donné dans le Bulletin philologique 
el historique. 


COMPTES RENDUS ET 


tion du Mieuw Nederlandsch biographisch Woordenbook 
(Molhuysen et Blok). 

L'effort accompli est considérable. Pour chaque ouvrage, 
les auteurs donnent : 1° une notice sommaire pouvant former 
le libellé d’une fiche de classement; 2° une description com- 
plète, comprenant une copie diplomatique de tous les pas- 
sages intéressants (ceux qui donnent le titre, le nom de l’au- 
teur, etc.); 3° les indications techniques (format, nombre de 
feuillets, signatures, genre de caractères employés, nombre 
de lignes, réclames, indication des reproductions publiées, 
spécialement dans l’Art éyvographique de M. W. Nijhofr; 
4° l'indication des dépôts où se conservent les exemplaires 
connus de l’auteur; 5° l'indication des sources: 6° des 
remarques diverses (notes sur l'auteur et le texte de l'ouvrage, 
détails typographiques curieux, etc.). 

Le classement des 2,221 numéros est, en principe, alphabé- 
tique. C’est dire que les auteurs ont trouvé dans leur chemin 
les galets bien connus de tous ceux qui cataloguent les livres 
du xv* et du xvi° siècle. 

Le mot vedette est, autant que possible, le nom de l’auteur, 
même quand l'ouvrage ne l’indique pas (le titre figure alors 
dans les listes de renvois). Tous les ouvrages d’un même 
auteur sont placés sous une forme choisie une fois pour toutes 
(on trouve, par exemple, les Virulus, Meynigken, etc. à 
_Karotus Maneken). : 

Pour les anonymes, le mot vedette est le premier substantif 
au nominatif ou dépendant d’une préposition. Certaines dif- 
ficultés conduisent à des traitements différents : Spegel, Ordi- 
nantien, Valuacie sont les formes-vedettes adoptées quelle 
que soit la graphie dans chaque titre; au type uniforme Oeffe- 
ninghe s'oppose le type non moins uniforme Vertroostinge, 
tandis que pour Cronike, Cronijcke, aucun type uniforme 
n’est choisi. Dans la rubrique Bijbel sont réunies les Bibles 
complètes, quel qu’en soit le titre, et les parties de Bibles; les 
Evangiles des dimanches sont classés à Ævangelien, même 
quand le titre dit Æpistelen ende ervangelien. Les anciens 
bibliographes, qu’il faut éviter de vénérer dans toutes leurs 
habitudes, marquent donc ici leur empreinte. Mais ne nous 
perdons pas dans de petites chicanes, dont le grand /ndex 
alphabétique émousse notablement la pointe. 


172 COMPTES RENDUS 


D'autant plus que les autres parties des notices sont par- 
faites; nous n’en dirons rien d'autre, sauf que leur présenta- 
tion typographique est extrêmement claire et agréable, par 
quoi l'ouvrage de M. Nijhoff et de M': Kronenberg tient le 
premier rang parmi les ouvrages hollandais similaires, ce 
qui n’est pas un faible éloge. 

Les résultats de ce labeur imposant sont condensés dans les 
livraisons 13, 14, et 15, où l’on trouve : une table des ouvrages 
par ordre alphabétique de villes et d’imprimeurs; une liste 
des adresses employées sans nom d’imprimeur; une liste des 
pseudonymes typographiques et des adresses imaginaires ; 
une table systématique des livres décrits (47 pages sur deux 
colonnes; le dernier paragraphe, soit treize colonnes, est con- 
sacré aux livres à gravures); enfin, un index alphabétique 
complet, en 69 pages sur deux colonnes. L'introduction, 
publiée avec la livraison 15, est suivie d’un tableau synop- 
tique dont la colonne de gauche donne pour chaque ville les 
imprimeurs du xv°, et celle de droite les imprimeurs du 
xvI: siècle, chaque fois avec le nombre des publications con- 
nues. Les pages xxI-xXVI donnent la bibliographie; les 
pages XXVIII-XL, des additions diverses. 

M. Nijhoff et ses collaborateurs ont droit à nos plus vives 
félicitations. Leur activité, leur méthode, leur patience, nous 
ont dotés d’un instrument dont l’absence était ressentie par 
tous, et qui est dés à présent dans les mains de tous les biblio- 
thécaires, de tous les historiens du livre, de tous ceux qu’inté- 
resse l’histoire littéraire de notre pays. À cet éloge nous ne 
mêlerons qu'un regret : c'est qu’ils se soient arrêtés à 1540... 

AUG. VINCENT. 


CHRONIQUE 


1. — Société pour le progrès des études philologiques 
| et historiques. 


SÉANCES DU 12 NOVEMBRE 1922. 


Section de philologie classique et romane. 


1. M. HENRI GRÉGOIRE (Bruxelles) : La bataille de Thèbes dans 
Les Suppliantes d'Euripide (vers 650-725). 

2, M. ALFRED HumPErs (Bruxelles) : Que sont devenues les 
œuvres latines de Marnix ? 

3. M. SERVAIS ÉTIENNE (Bruxelles) : L'opinion antiesclavagiste 
en France au xvrIe siècle. 


On a reproché aux « philosophes » français du xvrrr° siècle le 
caractère abstrait de leurs théories : on les a accusés d’avoir pré- 
tendu reconstruire la société d'après les seules règles de la raison 
et de faire fi de l’enseignement des faits. 

Or, les textes enseignent juste le contraire : les philosophes 
ont vu avant de déclamer. Dans le cas présent, ils ont vu des 
hommes traités comme des bêtes et ils ont voulu mettre fin à un 
abus évident; n’obtenant rien de la pitié des gouvernements, ils 
ont dû porter la cause devant l’opinion publique. 

Du débat qui s’est engagé autour de la question antiesclava- 
giste, on n’a guère retenu que le mot de Robespierre : « Périssent 
les colonies plutôt qu’un principe! » Ce mot fut prononcé, mais 
l’interprète-ton comme il doit l’être? 

C’est du livre XV de l'Esprit des lois (1748) que dérivent tous les 
arguments qui serviront en France à la propagande antiesclava- 
giste jusqu’à la Révolution. Montesquieu fait appel à la pitié et 
non à un vague sentiment de justice à l'égard d’un homme 
abstrait; Voltaire et Raynal l’imitent. Chose remarquable, per- 
sonne ne réclame l'abolition immédiate de l'esclavage. En face 
des « philosophes », les conservateurs poussent la maladresse 
jusqu'à compromettre la Bible et l'Évangile en les mettant au 
service des marchands d'esclaves; toucher à l'esclavage, ajoutent- 
ils, c’est « renverser les droits les plus sacrés ». 


174 CHRONIQUE 


Les plus clairvoyants d’entre eux dénoncent le caractère 
ambigu de la campagne antiesclavagiste menée par les philo- 
sophes : « En voulant briser les fers de l’esclave (déclarent-ils), 
ils rompent aussi les liens qui attachent le sujet à son souve- 
rain. » C’est que. en effet, vers 1775, le ton a changé : on ne se 
contente plus d’implorer pitié pour le nègre, et ce n’est plus 
parce qu'il est déchiré à coups de lanières ou assommé sous le 
rotin qu’on exige son émancipation; c'est parce que le nègre est 
un « citoyen » (1776), que «tous les hommes doivent être 
égaux » (1775). 

Pourtant, dès 1785, conservateurs et philosophes sont d'accord; 
les uns comme les autres, ils s'élèvent avec violence contre les 
propriétaires d'esclaves qui, disent-ils, se soucient plus « d’être 
des millionnaires que d’être des hommes » (1787). La lumière est 
faite et jamais problème politique n’a été mieux défini; voici en 
quels termes il se pose à ce moment : est-il louable de laisser 
crucifier l’âme et le corps d’une foule immense d'hommes, de 
femmes et d'enfants, pour assurer à quelques-uns d’entre vous 
de gros bénéfices ? Si vous voyez là un abus détestable, comptez- 
vous le maintenir sous prétexte qu’il dure depuis des siècles? 

Le mot de Robespierre s’interprète donc comme une réponse 
aux exigences égoïstes des colons propriétaires d'esclaves ; et en 
effet, tel est le sens qui ressort de son discours du 13 mai 1791. 

Répondant aux observations qui ont suivi sa communication, 
M. Étienne déclare que, comme les textes français du xvrr siècle 
cités par lui dérivent de l'Esprit des Lois, il faudra rechercher si 
Montesquieu ne doit rien aux Anglais; il n’y a pas d'intérêt 
essentiel à connaître les textes anglais postérieurs à 1748. Sous 
la Restauration, au contraire, il est manifeste que l'Angleterre 
est à la tête du mouvement : les auteurs français ne citent plus 
Montesquieu, mais Mungo-Park et Clarkson. C’est ce que 
M. Étienne se propose de montrer dans un ouvrage en prépara- 
tion où il étudie l'opinion antiesclavagiste de 1748 à 1848. 


4. M. Vicror TOURNEUR (Bruxelles) : Les anneaux monétaires des 

Bretons et le passage de César B. G. V.12,4. 

Section de philologie germanique. 

1. M. CHARLES BECKENHAUPT (Bruxelles) : Die Entstehung des 

Goethe’schen Gedichts « Ilmenau am 3. September 1783 ». 
2. M. G. VAN LANGENHOVE (Bruxelles) : Een dag met G. B. Shaw. 

Section d'histoire. 
La séance est ouverte à 10 h. 30, sous la présidence de 

M. Van der Linden. 


CHRONIQUE à 175 


Après un hommage rendu à la mémoire de notre regretté 
confrère, M. Moeller, deux communications ont été faites : 

I. M. BiGwoop a parlé des Emissions de rentes de la ville de 
Namur au XV® siècle. 

Les comptes de la ville de Namur permettent d'établir avec une 
suffisante exactitude le mouvement de ses finances et nous 
révèlent qu’'accidentellement les ressources ordinaires étant 
insuffisantes, la ville recourut à des emprunts effectués auprès 
de la généralité de ses habitants et aussi des Lombards habitant 
dans la ville. 

Mais un moment vint, où ses besoins dépassèrent ses res- 
sources et elle dut recourir à l'émission de rentes. 

Elle recourut d’abord à des rentes viagères. 

De 1420 à 1499 elle créa 125 rentes, rarement sur une tête, géné- 
ralement sur deux et quelquefois sur trois. 

Le taux de capitalisation qui n’a que rarement varié suivant le 
nombre de vies assurées a oscillé du denier 7 au denier 10 avec 
prédominance du denier 8. 

C’est de 1465 à 1488 que la capitalisation fut la plus élevée. 

L'âge de ceux sur qui la rente était établie n'entra jamais en 
considération pour la fixation du taux. 

Le décès d’un des bénéficiaires ne modifiait point le taux de la 
rente, qui était toujours conclue « au dernier vivant ». 

Elle était rachetable et au début, la ville opéra souvent le 
rachat; c’est ainsi qu'entre 1433 et 1436, elle procéda au rachat à 
peu près complet de toutes les rentes émises avant 1435. 

Dans la suite, il ne fut plus question de rachat, mais il y a quel- 
ques exemples de conversion de rente viagère en rente perpé- 
tuelle. 

Les rentes viagères étaient conclues en monnaies réelles au 
cours du jour ; leurs échéances étaient semestrielles. Dans l’en- 
semble, ce furent des opérations onéreuses pour la ville. 

Quant aux rentes perpétuelles, elles n’apparaissent qu’en 1472; 
de cette date jusqu’en 1500, il en fut émis environ 279. Les cou- 
pures étaient souvent fort minimes, 1 ou 2 livres. 

Le taux d'émission varia du denier 12 au denier 16 et très 
exceptionnellement en 1488 et 1500 au denier 18. 

Le service des rentes fut régulièrement assuré jusqu’en 1492, 
mais pendant la dernière décade du siècle il y eut des années où 
la ville ne put payer, et elle dut faire en 1497 et en 1498 de véri- 
tables emprunts de consolidation, en émettant de nouvelles rentes. 

En général, la ville plaçait ses titres parmi ses bourgeois, 
notamment ses magistrats locaux, quelques petits seigneurs, etc. 


12 


176 CHRONIQUE 


Cependant il y eut des placements hors du comté de Namur. 
C’est ainsi qu’en 1488, vingt rentes viagères furent placées à Lou- 
vain d’où elles furent rachetées ultérieurement par un bourgeois 
de Namur, et la même année la ville d'Anvers acheta une rente 
perpétuelle de 125 livres. 

La communication a été suivie d’un échange de vues, auquel 
ont pris part MM. l'abbé Belpaire, Bonenfant, Ganshof, Huisman, 
Terlinden et Van der Linden. 

11. M. GANSHOF a parlé des Trailés de 1851 et l'Inviolabilité de 
la Belgique. 

Le projet de traité du 26 juin 1831 (dit des XVIII Articles) 
garantit à la Belgique sa neutralité, son intégrité et son inviola- 
bilité. Les traités du 15 novembre 1831 et du 19 avril 1839 ne 
garantissent à la Belgique, dans les limites indiquées au traité, 
que son indépendance et sa neutralité. On a voulu en déduire que 
les puissances avaient entendu restreindre l'étendue de leur 
garantie. 

Le Baron Descamps-David (La Neutralité de la Belgique ; 
Bruxelles, 1902; p. 218-222 et p. 533-538) a réfuté cette manière 
de voir en ce qui concerne l'intégrité du territoire. On peut en 
faire autant en ce qui concerne son inviolabilité. 

En effet, il ressort des délibérations qui eurent lieu aux 
Chambres en 1839 que le gouvernement belge et les membres du 
parlement admettaient tous que la garantie donnée à la neutralité 
de la Belgique entraïînait garantie de son inviolabilité. Cela 
résulte nettement des discours prononcés par J.-B. Nothomb, 
Hippolyte Vilain XIIII, Dechamps, le comte de Baïllet, le général 
Willmar (Histoire parlementaire des traités de paix de 1839; 
Bruxelles, 1839; t. I; p. 181, 321, 522: 6. IT, p. 408, 423 

Les cinq puissances garantes donnaient à leur garantie la même 
portée que la Belgique. Le protocole de la Conférence de Londres 
du 4 janvier 1832 contient en effet les mots suivants : «....la 
neutralité de la Belgique, garantie par les cinq cours, offre à la 
Hollande le boulevart que devait lui assurer le système de la 
Barrière ». (Collection des Protocoles des Conférences tenues à 
Londres depuis le 4 novembre 1850 jusqu’au 1 octobre 1832, au 
sujet des affaires de la Belgique ; Paris, 1833, p. 327 &s.) 

La communication de M. Ganshof a été suivie de quelques 
observations de MM. l'abbé De Lannoy, De Ridder, Hansay, 
Terlinden et Van der Linden. 

III. La section entend ensuite quelques courtes communications : 

1. De M. L. VAN DER ESsEN, qui signale à ses confrères les 
travaux récemment publiés de deux de ses élèves : le livre de 


CHRONIQUE 177 


M. l'abbé Van Cauwenbergh sur les Peélerinages dans le droit 
pénal des Pays-Bas au moyen-âge, et celui du R. P. Calbrecht 
sur les homines Sancti Petri de Louvain, qui, aux yeux de 
l’auteur, seraient des hommes de sainteur. M. Van der Essen attire 
également l'attention des historiens sur le rapport que vient de 
publier M. Graham Botha, archiviste général de l’Union Sud- 
Africaine, à la suite d’un voyage d’études dans les dépôts 
européens. | 

2. MM. GANSHOF et VERRIEST insistent sur quelques travaux 
récents d'histoire du droit. 

3. M OBREEN signale un ouvrage de M. Jullian : De la Gaule 
à la France. 


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE. 


Rapports des secrétaires sur les séances du matin. 

. Admission de nouveaux membres. 

M. L. GRrooTaAERs (Louvain) : Une enquête générale sur les 
patois flamands. 

4. M. A. Couxsox (Gand) : L'histoire de la langue scientifique en 

Belgique. 


D D 5 


SÉANCES DU 13 MAI 1923. 
Section de philologie classique et romane. 


1. Mie V. Daxier, (Bruxelles) : Une traduction inédite de Goldoni 
en grec moderne et la première version du Prodig'o. (Biblio- 
thèque royale de Belgique, ms. 14612.) 


Le manuscrit 14612 figure au catalogue Marchal avec cette 
indication : onze comédies en vers grecs modernes. En réalité, ce 
sont dix comédies en prose; peut-être une onzième a-t-elle été 
perdue. Le volume, qui compte +83 feuillets, ne porte ni titre, ni 
date, ni nom d'auteur. Un examen du texte permit de reconnaître 
une traduction de Goldoni. 

Voici les titres des comédies : 

. ‘H ppôviun Kai ÜToOUoOvNTiK A Fuvr. 

‘Tlatñp Ts paueliac (corrigé ensuite en paunAiac). 
. “O eûyevic Kai äpipnc. 

. “9 àäAnOnñ Kai mioTûs piloc. 

‘4 vouxokepà Toû £evodoxeiou Toi ñ YKAEdO. 

. OuydTrnp EÙTEBN. 

“H obppwv kai OTOXAOTIKI] ÉPXÉVTIOO®. 

. “O épryévns moupoupns. 

. ‘Hmavoüpyoc Kai TOAUEEUPOS YUV. 

. “HKkañ yuvn. 


© © OO 1 Où C7 H (0 NO 


ES 


178 CHRONIQUE 


Q 
® 


sont en italien : 


La buona moglie. 
Il padre di famiglia. 
Il cavaliere di buon gusto. 
Il vero amico. 
La locandiera. 
La figlia obbediente. 
La dama prudente. 
Il prodig'o. 
9. La vedova scaltra. 
10. La buona mogilie. 


sanewbr 


Q =] 


S'il y eut jamais une onzième pièce, c’est probablement La 
Tutta Onarata, œuvre étroitement liée à La buona mogilie. 

Intérêt philologique du texte : la langue est riche en mots fabri- 
qués, en emprunts étrangers : ce sont surtout des éléments 
turcs, italiens et roumains. Certains mots grecs anciens ne se 
retrouvent pas ailleurs (ex. : 8WAetpov, cadeau de noces, qui vient 
de 8ebpetpov); d’autres mots ont un sens spécial parfaitement 
défini par le texte. 

La note générale est démotique avec un mélange puriste en 
petite proportion. La seule règle de l’auteur est de n’en point 
avoir. 

Date du manuscrit : le catalogue d'Omont dit xix° siècle, le 
catalogue Marchal, deuxième tiers du xvu° siècle. Cette asser- 
tion semble plus près de la réalité. 

Le xvur° siècle est désigné par divers indices que Mi: D. exa- 
mine. 

Comme précision, nous n’avons que le terminus a quo : la pièce 
la plus récente, La locandiera, est de 1753; La figlia obbediente, 
qui lui est antérieure, ne fut publiée qu’en 1754. 

On ne sait rien sur l’acquisition du manuscrit, sauf qu’en 1836 
il faisait déjà partie du fonds de notre bibliothèque. 

L'auteur semble être un Phanariote de Valachie ou Moldavie. 
Justification de cette opinion d’après la langue et les détails 
locaux. | 

Les traductions sont assez fidèles, quoiqu'il Us ait des coupures, 
des changements et quelques contresens. | 

La couleur locale de Venise est remplacée par celle de l'Orient; 
il y à beaucoup de pittoresque dans les détails. 

Mie D. prend comme exemple les costumes des personnages 
qui sont ceux de la Turquie du xvir* siècle et nous passons en 
revue les diverses parties du vêtement masculin et féminin. Plu- 
sieurs pièces remaniées par Goldoni suivent la première version. 


CHRONIQUE 179 


Il padre di famiglia est conforme à l'édition Paperini et non 
pas à la première (Bettinelli), ni aux plus récentes. Le dénoue- 
ment est du traducteur, semble-t-il. 

La vedova scaltra suit une version inconnue. C’est une des nom- 
breuses contrefaçons des œuvres de Goldoni. Ici aussi le dénoue- 
ment semble modifié par le traducteur. 

Le Prodigo est un texte extrêmement précieux. L'original de 
la traduction est perdu. Il s’agit de la pièce intitulée Momalo 
sulla Brenta, que Goldoni dut modifier à cause de la censure. La 
comédie primitive jouée en 1739 au théâtre San-Samuele était en 
partie à Cavevas, en grande partie écrite. C’est ainsi qu'elle a 
32 pages du manuscrit, tandis que les autres en ont une moyenne 
de 50. Dans la préface du Prodig'o. l’auteur reconnaît que l’œuvre 
était trop libertine et fait son mea culpa très humblement. Cepen- 
dant, il ne dit rien de la principale cause du remaniement : un 
grand seigneur vénitien était le prototype du Prodigo, et c’est là 
ce qui avait choqué l’Inquisition d'État. 

La pièce grecque est très vivante et gaie, assez libertine à la 
vérité, quoique Goldoni l’ait sûrement épurée en 1755 lorsqu'il la 
joua à Bagnoli devant. un auditoire très aristocratique, chez le 
noble comte Widman où il villégiaturait. Notre traducteur, 
homme vertueux, a peut-être aussi expurgé le texte. 

Le Prodigo grec montre la merveilleuse facilité de travail de 
Goldoni, qui sut remanier complètement son œuvre en sacrifiant 
le minimum du texte. 

Mie D. termina en donnant le résumé des deux comédies. Ce 
résumé nous forcerait à dépasser le cadre d’un compte rendu. 
Disons seulement qu'il y a dans la pièce grecque une trouvaille 
des plus heureuses pour la littérature italienne. 

Le texte de la première version paraîtra prochainement in 
extenso avec une traduction française. 

2. M. A. CaArNoY (Louvain) : L'origine des verbes grecs du type 

&08dvouat et ÀauBaiviw. 

La classe des présents en -dvw est une des plus nombreuses et 
des plus remarquables du grec. Son origine n’a jamais été expli- 
quée d’une manière satisfaisante. L'on ne peut, notamment, se 
contenter de l'explication de Brugmann (Grundr. vgl. Sp., II, 3, 
$S 226 sqq.) qui regarde tous ces verbes comme des dénominatifs 
de noms en -avo- Ce n’est vrai que d’un petit nombre de ces for- 
mations. Quand on examine les autres on ne peut s'empêcher 
d’être frappé par le fait que : 

l° Aux présents en -dvw, correspondent souvent des futurs 
en -n0w : aio6dvouat, aio0noouat. 


130 CHRONIQUE 


2° Dans un grand nombre de cas, la finale -dvw est précédée 
d’un 8 (bap@dvw, èMoBdvw, AnBdvw, etc ). 

Ceci nous amène à penser que aio8dvouat a pu être le point de 
départ d’une analogie. Or, ce dernier verbe peut se décomposer 
en GF10-8avouai de *àäF19 « attention, ouïe » et la racine de ti6nui 
« placer », en parallélisme avec ôoppaivouu de *ôdeo « odeur » et 
la racine g®hràâ « saisir ». Comme le type aio-8dveo8c (renfermant 
un allongement en nasale de dhé, semblable à celui existant dans 
arm. dnom ( je place ») existait à côté de aio-8nceoûan et aio-8éo8at 
(tirés directement de 8n), on aura créé de même, graduellement : 

dnex0dveoôa, ànrex0n0eo8oi, ànrex0é00 a, etc. 


L'introduction d’une nasale dans AauBdvw, Aav8dvw, etc., serait 
due à la coexistence dès l’indo-européen d’un type en -2n6 (survi- 
vant notamment dans les nombreux verbes arméniens en -anem) 
à côté de la formation avec infixe : 

i eur *lig"an0 (arm. {khanem) : li-ne-g® (lat. linquo). 

Le grec Murdvw serait le résultat d’une contamination entre les 
deux types. — La présence d’une nasale à côté de la finale -avw 
offrait une répétition de sons agréable à l'oreille qui s’est aisé- 
ment étendue à Aavôdvw, &vèdvw, etc. 


Section de philologie germanique. 


1. M. J. VannéRUS (Bruxelles) : Question de toponymie : le 
terme YDE. 

2. M. J. DuponT Bruxelles) : Essai d'interprétation des sym- 
boles de la Clé et du Trépied dans Faust II, acte premier. 


Section d'histoire. 


I. M. H. OBREEN. 

M. Obreen entretient la section de trois seigneuries qui ont 
existé aux embouchures de la Meuse : Voorne, Putten et Striene; 
la première dépendait de la Zélande, les deux autres de la Hol- 
lande. 

La première mention de ces territoires remonte à une charte 
de 985, d'Otton I‘. En 987, ils sont donnés à l’évêque d’Utrecht. 
Au début du x1° siècle, le comte de Hollande dirige diverses apé- 
rations pour en faire la conquête. 

Le premier seigneur de Putten que l’on connaisse apparaît dans 
une charte de 1216; le dernier mourut en 1311. Sa fille. héritière . 
par sa mère de la seigneurie de Striene, mourut sans enfants. Peu 
après, les deux seigneuries passèrent à la couronne de Hollande. 

En ce qui concerne les institutions, le seigneur de Putten est 
un des rares seigneurs haut-justiciers de Hollande. Il est le seul 


CHRONIQUE 181 


seigneur de Hollande qui perçoive sur les hommes qui ne sont 
pas welg'eboren, le droit de schot (ou lade), payé au comte partout 
ailleurs, et dont on s'explique mal l’origine. Il a son tonlieu 
propre, à côté de celui du comte; les registres en sont conservés. 

Quant à la condition des personnes, on distingue notamment 
les mannen, hommes de fief, et les dienstluden, soumis à une 
redevance spéciale. I1 n’y a pas d’autre seigneur en Hollande 
ayant des dienstluden. 

Le droit était zélandais à l’ouest de la Bornesse. 

Le Mons Sanctus dans la seigneurie de Striene, dépendait de 
l'évêché de Liége. 

La communication de M. Obreen était illustrée au moyen d'une 
carte à grande échelle dressée par lui. 

MM. HansAY, PIRENNE et VANDER LINDEN présentent quelques 
observations. 


II. M. A Haxsay. 


M. Hansay discute quelques travaux récents sur les limites de 
l’antiquité et du moyen âge. 

M Leclère (Revue de Philologie et d'Histoire, 1922), justifie la 
séparation — toute arbitraire — entre l'antiquité et le moyen âge 
fixée par la tradition au 1v° siècle, en invoquant le fait de la sépa. 
ration des deux empires d'Orient et d'Occident et le changement 
qui se produit à ce moment dans la nature des sources histo- 
riques. 

Ces raisons ne paraissent pas pertinentes à M. Hansay. 

Celui-ci n’admet pas non plus la séparation qu’adopte 
M. Pirenne,; l'invasion musulmane (Revue belge de Philologie et 
d'Histoire, 1922). 

Il ne peut, en effet, admettre que l’époque mérovingienne 
rentre dans le cadre de l'antiquité : il y à à cette époque deux 
civilisations, l’une romaine, en décadence, l’autre germanique, 
dont l’esprit est plus vivace. 

La décadence romaine commence au 11° ou au 1v* siècle. C’est à 
cette époque que les Gérmains deviennent intéressants. C'ést 
donc à la fin du 1v® siècle qu'il faut placer la fin du monde antique. 

Cet exposé est suivi d’un échange de vues, dans lequel inter- 
viennent MM. LECLÈRE, PIRENNE. TOURNEUR, VANDER ESSEN et 
VERRIEST. 

M. PIRENNE fait notamment observer qu'il ne s’est pas préoccupé 
dans son travail des divisions de l’histoire, nécessaires pratique- 
ment, mais seulement des caractères généraux d'une époque. Or, 
‘il maintient qu'à l’époque mérovingienne, les caractères généraux 
sont ceux de l'Empire Romain finissant; cette situation ne change 


182 CHRONIQUE 


qu'avec l'invasion musulmane. A l’époque mérovingienne, il n’y 
a pas deux civilisations, mais une civilisation mixte dans laquelle 
les caractères romains dominent. 

M. VANDER ESsEN confirme ia manière de voir de M. Pirenne en 
faisant remarquer que l’Église au 1v° et au v° siècle a toujours 
considéré l’Empire Romain comme éternel, Pour Salvien, l'empire 
s'identifie avec le monde. De même les rares Vitäe mérovin- 
giennes dénotent toutes l'influence romaine ; la légende de l’ori- 
gine troyenne de la maison royale franque n’apparaît que dans les 
remaniements de l’époque carolingienne. 


III. M. L. VANDER ESSEN. 


M. Vander Essen, à l’aide de documents provenant des cartons 
du Conseil d'État aux Archives générales du Royaume, parle de 
la situation des étudiants pendant les guerres de Louis XIV. 

Pour éviter les expulsions de maîtres et d'élèves étrangers, 
l’Université de Louvain obtint le droit de délivrer des passeports 
permettant à ses maîtres et à ses étudiants de circuler et de tra- 
verser les lignes des belligérants sans être inquiétés. 

Ce régime créé par le roi d'Espagne, persista sous le gouver- 
nement anglo-batave. 

L'Université obtint également que ses étudiants fussent 
exemptés de tout service militaire. Elle invoquait, à la fois, l’inté- 
rêt de l’enseignement et la préservation de la foi de ses élèves; 
dans ce but, elle demanda également le retrait de la garnison hol- 
landaise de Louvain. 

Les privilèges des étudiants étaient étendus aux suppôts de 
l'Université et notamment aux messagers universitaires. 

La séance est levée à 12 h. 45, après qu'il eut été décidé que les 
communications de MM. PIRENNE et TERLINDEN auraient lieu à 
l’assemblée générale de l’après-midi et que les autres seraient 
renvoyées en tête de l’ordre du jour de la séance de novembre. 


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE. 


1. Présentation de nouveaux membres. 
2. Rapport des secrétaires des sections. 
3. Rapport du trésorier. 
4. M. H. PIRENNE (Gand) : Le nouveau Ducange. 
5. M. J. Hugaux (Ath) : Virgile et Méléagre de Gadara. 
6. M. CH. TERLINDEN (Louvain) : Une nouvelle science auxiliaire 
de l’histoire ; la philatélie. 
« L’un des caractères de notre science, disait M. Pirenne dans 
son remarquable discours d'ouverture du V° Congrès interna- 
tional des Sciences historiques, est l'élargissement continuel de 


CHRONIQUE 183 


son objet dans la durée. A mesure que le temps s'écoule, son 
domaine augmente. Il était hier moins étendu qu'il ne l’est 
aujourd’hui et tout nouveau fait que nous apporte la succession 
ininterrompue des événements est pour nous l’analogue de ce que 
pour l’expérimentation est la découverte d’un nouveau phéno- 
mène de la nature (!). » 

Ce développement continuel du champ de l’activité historique 
oblige l'historien à recourir à des moyens de plus en plus nom- 
breux de renseignements et d’investigations et à les approprier 
aux caractères spécifiques de la période qu’il étudie. Si pour 
l’époque contemporaine les sources d'ardre monumental n'ont 
plus la même importance que pour les âges lointains, on aurait 
tort cependant de les écarter complètement, d'autant plus que le 
caractère cosmopolite de notre civilisation et le développement 
prodigieux de la vie économique ont fait jaillir une nouvelle 
source monumentale, susceptible de rendre, pour les trois quarts 
de siècle qui nous précèdent, des services semblables à ceux 
rendus par la numismatique, cette science classée avec raison au 
premier rang des services auxiliaires de l’histoire. En effet, 
depuis plus de quatre-vingts ans, existent, à côté des monnaies et 
médailles, d’autres documents qui, bien que moins précieux par 
leur matière, s’en rapprochent cependant par leur rôle dans la 
vie économique et les dépassent de beaucoup par les prix que 
leur assigne la frénésie des collectionneurs : nous voulons parler 
des timbres-poste. 

On peut trouver dans l’étude de ces fragiles et précieux carrés 
de papier une double utilité au point de vue du progrès des études 
historiques. Ils fournissent tout d’abord à l’historien de métier 
d’utiles renseignements ; ils peuvent, ensuite, faire naître et déve- 
lopper dans le grand public le goût de l’histoire, comme ils faci- 
litent à la jeunesse l’étude de cette science, souvent enseignée 
d’une façon trop aride (2). 

Un fait d'expérience personnelle m'a permis il n’y a pas long:- 
temps de constater l’utilité de la philatélie comme moyen de vul- 
garisation historique. Mes enfants font collection de timbres- 
poste; c’est une distraction de tout repos que tous les pères de 


(1) Compte rendu du Ve Congrès international des Sciences historiques, 
Bruxelles, 1923, p. 23. 

(?) Ce dernier point de vue a été envisagé par le Rév. B. D. ReEp dans 
l'article : Philately and the teaching of modern history, paru dans la revue 
History (London, Jan. 1923, t. VII, pp. 266-273). Cette intéressante étude ne 
s'occupe pas suflisamment de l’aspect critique de l’emploi de la philatélie 
comme source de l'histoire. 


184 CHRONIQUE 


famille devraient encourager. Elle donne à la jeunesse l'esprit 
d'ordre et de classification; elle enseigne, presque en jouant, la 
géographie politique et elle bâbitue les enfants les plus turbu- 
lents au calme. Même si l’argent des bons points se détourne du 
cinéma, du pâtissier ou du marchand de cigarettes, pour prendre 
le chemin de la boutique de timbres, il n’y a, à aucun point de 
vue, lieu de le regretter, il n'existe pas de placement plus avanta- 
geux. Or, l’autre soir, j’assistai à une discussion entre mes fils au 
sujet d'un timbre à l'effigie de Napoléon III avec l'inscription 
République française. Appelé à donner mon avis au sujet de cette 
énigme troublante pour des élèves de sixième et de cinquième, à 
qui on s’obstine à n’enseigner que l’histoire des Babyloniens. des 
Grecs et des Romains, j'eus l’occasion, en feuilletant l’album de 
mes enfants, de leur expliquer, documents à l’appui, toute l’évo- 
lution politique de la France depuis la deuxième république jus- 
qu’à nos jours, en passant par les timbres du prince-président, du 
second empire, de la troisième république, en donnant la raison 
d’être de l'émission de Bordeaux, des timbres de la croix-rouge, 
des orphelins de guerre et en terminant par quelques mots sur 
l'œuvre scientifique de Pasteur. 

Passant à l'Espagne, je pus montrer par les vignettes postales 
depuis la grosse tête d'Isabelle II jusqu’à la physionomie ouverte 
et sympathique des derniers timbres d’Alphonse XIII, les desti. 
nées mouvementées de ce royaume : les deux républiques, l’éphé- 
mère monarchie d'Amédée, l'insurrection carliste et la restaura- 
tion bourbonnienne. 

Continuant à feuilleter, je constatai que rien ne pouvait faire 
comprendre d’une façon plus saisissante qu’une promenade parmi 
les timbres des anciens États allemands, de la Confédération de 
l'Allemagne du Nord et du Reich germanique le processus histo- 
rique de la politique bismarckienne. De même, les timbres 
d'Italie montraient l’œuvre de Cavour analysée par étapes. 

En sens inverse des éléments d’unification constatés en Alle- 
magne et en Italie, les timbres nous montraient comment s’est 
manifesté dans ces dernières années le phénomène de dissocia- 
tion des États artificiellement constitués de l'assemblage forcé de 
peuples et de races hétérogènes, à commencer par les États bal- 
kaniques, issus du démembrement de l’Empire turc, pour conti- 
nuer par les pays nés ou ressuscités, au lendemain de la Grande 
Guerre, par la dislocation des monarchies des Habsbourg et des 
Romanoff. On peut même dire que ce n’est que par leurs émissions 
de timbres-poste que se sont jasqu'ici révélés au grand public 
plusieurs de ces nouveaux États tels que la Ruthénie blanche, là 
Latvie, etc. | 


CHRONIQUE 185 


C’est encore par les timbres que nous pouvons étudier sur le 
vif l’histoire de la guerre, enregistrée par les timbres d’occupa- 
tion des puissances centrales, ainsi que les opérations si compli- 
quées nécessitées par l'exécution des traités de Versailles et de 
Saint-Germain. Des émissions spéciales et des surcharges variées 
conserveront le souvenir du régime transitoire auquel ont été 
soumis les territoires sujets à plébiscites et des régions aussi 
importantes que le district de la Sarre, la Silésie orientale, etc. 

En dehors de l’Europe, les timbres nous mettent sous les yeux 
d’une façon plus saisissante que ne pourraient le faire de longues 
pages de manuels, l'ampleur du mouvement colonial et de cet 
admirable courant d'expansion civilisatrice qui a soumis à l’acti- 
vité des anciens peuples plus de la moitié de la terre. Ici encore 
la philatélie nous initie pour les colonies anglaises au double 
phénomène de la concentration des anciens territoires en vastes 
confédérations, à commencer par la fusion des diverses colonies 
de l'Amérique du Nord dans le Dominion du Canada et de la 
diminution graduelle du contrôle du Colonial office devant l'éveil 
de nationalités autonomes, devenant membres librement associés 
de l'Empire britannique. La philatélie nous dissèque pour ainsi 
dire les étapes de ce double mouvement; c’est ainsi que nous 
voyons les timbres du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle- 
Écosse, de la Colombie britannique et de Vancouver s’effacer 
devant ceux du Canada, dont la première émission, commune à 
toute la confédération, date de 1868. Parfois c'est d'une façon 
tout à fait discrète que se révèle le phénomène; ainsi les timbres 
de la Colonie du Cap ne décèlent l’évolution de son régime poli- 
tique que par la modification de leurs filigranes : CC (Crown 
Colony) jusqu’en 1882, puis CA (Crown Agents) jusqu’en 1885 et 
enfin, à partir de l’établissement d’un gouvernement autonome, 
l’ancre emblématique, le badge de la colonie. 

+ 
* + 

Si nous passons de l’histoire politique à l’histoire économique, 
nous constatons, une fois encore, les services que peut rendre la 
philatélie. Pour la seconde moitié du xix° siècle, elle fait con- 
naître, d’un façon plus synoptique que sa sœur aînée la numisma- 
tique, les évolutions du système monétaire des divers pays C’est 
ainsi que, pour l'Allemagne, nous voyons, par les timbres, que 
l'unification politique a été accompagnée d'une unification écono- 
mique et que groschen de l'Allemagne du Nord et kreuzers de 
l'Allemagne du Sud se sont fondus dans le système du marc et du 
pfennig. | 


186 CHRONIQUE 


De même encore, par le taux commun d’affranchissement fixé 
par l’Union postale universelle, qui avait même prescrit, à partir 
de 1900, que dans les divers pays les timbres de même valeur 
seraient imprimés en une couleur similaire (vert pour le timbre de 
5 centimes ou ses équivalents, rouge pour le timbre de 10 cen- 
times, etc.), rien n’est plus aisé que d'établir par un coup d'œil 
jeté sur un album de timbres ia correspondance des valeurs 
monétaires dans le monde entier. Nous voyons immédiatement 
combien les 25 centimes de l’affranchissement d’avant-guerre 
pour l'étranger faisaient de pence, de cents, de kopecks, de lepta, 
d’annas, de centavos, de reis. etc., et ainsi les timbres nous ini- 
tiaient au système monétaire de chaque pays. Bien plus, depuis 
la fin de la guerre, les répercussions du change international 
nous sont révélées d’une façon saisissante par les timbres-poste : 
une simple lettre affranchie par des centaines de marks et de 
couronnes ou des milliers de roubles, alors qu'une lettre du 
même poids nous arrive d'Angleterre avec 3 pence, nous en dit 
plus long que bien des articles de revues scientifiques sur la 
situation économique du monde après la Grande Guerre. Ce sont 
là des menus faits et des indications que l'historien aurait grand 
tort de ne pas enregistrer. 


* 
* + 


En dehors des signes monétaires et des inscriptions qui figurent 
sur les timbres, l'étude des vignettes dont ils sont ornés n’est pas 
à dédaigner. 

Lorsque, comme cela arrive parfois, leur décor est formé 
d'armoiries ou d’emblêmes, la philatélie s'apparente à une autre 
science auxiliaire : l’héraldique. C’est par les timbres que nous 
connaissons le plus facilement les armoiries de certains pays 
d'outre-mer tels que les républiques de l'Amérique centrale et 
méridionale, l’île Maurice, le Transvaal, les anciennes colonies 
actuellement englobées dans le Dominion du Canada, etc. C’est 
encore par les timbres que nous sommes le mieux documentés sur 
les variations dans la forme de la couronne royale et des 
emblèmes de la souveraineté de pays à pays. 

Le plus souvent ce sont des effigies de monarques ou d'hommes 
d'État que nous trouvons sur les vignettes postales. Je n'ai pas à 
insister sur l'importance qu'offre pour l'historien l’étude des por- 
traits des personnages illustres. Au point de vue documentaire 
les portraits ont une valeur très inégale et doivent, comme toutes 
les sources d'ordre monumental, être soumis à une judicieuse 
critique, surtout lorsqu'on se trouve en présence, comme pour les 
timbres-poste, de portraits officiels. 


CHRONIQUE 187 


est ainsi que la figure idéalisée et perpétuellement jeune de 
la reine Victoria qui, pendant plus de soixante ans, orna les 
timbres d'Angleterre, n’a pas grande valeur historique. Par 
contre, nous constatons qu’une des meilleures effigies connues du 
roi Léopold T° est celle que le graveur Wiener a fait figurer sur 
les premiers timbres de Belgique, du type dit à l’épaulette et, de 
même, on ne peut nier qu'un des plus récents timbres belges, 
celui du type dit du roi casqué, ne constitue par la ressemblance 
avec le modèle un document historique de première valeur. 

Maïs, m'objectera-t-on, les effigies que l’on trouve sur les 
timbres poste font double emploi avec celles que nous donnent, 
dans de meilleures conditions, les portraits peints, sculptés ou 
gravés, ou les photographies. D'accord, mais ces portraits peints, 
sculptés ou gravés et même les photographies ne circulent pas 
avec la même facilité que ceux reproduits sur les timbres, ils ne 
pénètrent pas partout comme eux et restent en exemplaires 
uniques ou tout au moins en nombre relativement restreint. Les 
timbres font donc pénétrer partout les portraits des grands 
hommes, dont chaque pays veut populariser la physionomie. 
C’est ainsi que certaines séries des États Unis constituent un 
vrai panthéon des fondateurs de l'indépendance et des hommes 
d'État américains du xix° siècle, tels que Hamilton, Clay, Grant, 
Garfield, etc., dont, sans les timbres-poste, la physionomie serait 
pour ainsi dire inconnue de notre côté de l'Atlantique. 

D'autres fois les timbres reproduisent des vues de monuments 
historiques et, dans ce cas, la philatélie s’allie à une autre science 
auxiliaire : l'archéologie. Vous vous rappelez tous les timbres 
d'Égypte avec le sphinx et les pyramides, et les timbres de Grèce 
et de Crête reproduisant des sculptures et des vases antiques, 
mais, à côté de ces reproductions devenues presque banales, que 
de monuments anciens sont popularisés par la philatélie dans le 
monde entier. C’est par les jolis timbres, si finement gravés, de 
la série dite du Havre. que plusieurs monuments historiques de 
Belgique aujourd’hui disparus, tels que les Halles d’Ypres et de 
Louvain, le clocher de Dinant et l’hôtel de ville de Termonde 
seront connus à l'étranger. Aucun collectionneur intelligent ne 
regardera la page de son album où figurent ces monuments 
détruits par les barbares, sans en tirer une profitable lecon et 
sans se former un jugement sur la mentalité de l'Allemagne 
de 1914. 

D’autres fois encore c’est l’histoire économique qui trouvera 
des renseignements dans l'étude des vignettes postales. Nous ne 
parlerons que pour mémoire de celles reproduisant des plantes ou 
des animaux, bien que certaines indications puissent en être 


188 CHRONIQUE 


tirées au point de vue de l’étude des richesses naturelles ou de la 
variété des productions d’un territoire, tel que le protectorat de 
Bornéo du Nord par exemple. mais nous voulons surtout parler 
des vignettes qui sont en quelque sorte caractéristiques de la 
complexion économique d’un pays. Parfois même ces timbres ont 
produit un effet bien différent de celui attendu par le gouverne- 
ment qui les avait émis. On sait que c’est un timbre qui détermina 
la route du canal inter-océanique de l’Atlantique au Pacifique. 
Au début de 1902, le gouvernement américain, décidé à reprendre 
les conceptions de ce grand génie que fut Ferdinand de Lesseps, 
hésitait entre les deux solutions possibles : le percement de 
l’isthme de Panama ou la traversée du territoire de la république 
de Nicaragua. La route de Panama était la plus courte, mais le 
climat meurtrier de la région et la triste expérience de la société 
française avaient mis en faveur le tracé au travers du Nicaragua, 
plus long il est vrai, maïs traversant un territoire plus salubre 
et utilisant le rio San Juan et des lacs. Au début de janvier 1902 
la Chambre des Représentants s'était prononcée, à l’unanimité 
moins deux voix, en faveur du Nicaragua. Les partisans du 
Panama avaient bien allégué que des tremblements de terre 
étaient à craindre sur les bords du lac Managua par suite des 
éruptions du volcan Momotombo et ils exploitaient la stupeur 
causée dans le monde entier par l’épouvantable catastrophe de 
la Montagne Pelée à la Martinique pour tenter d’impressionner 
l'opinion américaine. Mais le président Zelaya avait fait déclarer 
par le ministre du Nicaragua à Washington que semblable 
danger n’était pas à craindre vu que, depuis 1835, aucune érup- 
tion volcanique n'avait été constatée sur le territoire de la répu- 
blique. 

C’est à ce moment que le principal défenseur de la cause de 
Panama, M. Bunau-Varilla, trouva un document officiel irréfu- 
table pour démentir les assertions du président Zelaya. La répu- 
blique de Nicaragua avait émis en 1900 une série de timbres- 
poste représentant précisément une vue du lac Managua, dominé 
par le Momotombo, lançant vers le ciel un majestueux panache 
de fumée. Le 16 juin 1902, M. Bunau-Varilla envoya à chacun des 
sénateurs américains un exemplaire de ce timbre collé sur une 
feuille de papier, avec la mention : (une preuve officielle de 
l’activité volcanique au Nicaragua » Le résultat fut foudroyant 
et le Sénat, se séparant de la Chambre, vota, dès le 19 juin, avec 
une majorité de huit voix le Spooner bill qui donnait la préférence 
à Panama En faisant une rafle chez les marchands de timbres de 
New-York, M. Bunau-Varilla trouva les cinq cents exemplaires 
nécessaires pour envoyer un de ces fameux timbres à chacun des 


CHRONIQUE 189 


députés et, le 29 juin, la Chambre des Représentants, revenant 
sur sa décision de janvier, donnait, à l’unanimité moins huit voix, 
la préférence à Panama et le Spooner bill devenait loi d'État (1). 


* 
* * 


11 nous reste à parler d’une dernière catégorie de timbres, de 
ceux qui, destinés spécialement à commémorer un événement his- 
torique, touchent encore de plus près que les autres à l’histoire. 
Ces timbres sont extrêmement nombreux et leur valeur documen- 
taire varie d’après la façon plus ou moins fidèle dont l'artiste a 
interprété son sujet. Une des séries les plus intéressantes de ce 
genre nous paraît être celle consacrée par les États-Unis à la 
célébration du IV® centenaire de la découverte de l’Amérique. 
Dans une série de vignettes fort bien exécutées, nous trouvons 
reproduite toute l’histoire du premier voyage de Christophe 
Colomb, depuis le moment où les caravelles prennent la mer jus- 
qu’au retour triomphal de l’explorateur à la cour d’Isabelle. 

Depuis lors, chaque fois que se présente un centenaire ou un 
anniversaire dignes d’être commémorés, les pays ont pris l’habi- 
tude d'émettre des séries de timbres reproduisant le fait que l’on 
veut rappeler. Même si la valeur historique de la composition 
laisse à désirer, il n’en est pas moins vrai que, dans le monde 
entier, des millions de personnes auront ainsi l'attention attirée 
sur des événements qu’elles eussent probablement ignorés toute 
leur vie, si elles n'avaient pas fait collection ou simplement dû 
utiliser des timbres-poste pour affranchir leur correspondance. 

Certes, il ne faut pas s’exagérer l’importance historique des 
timbres-poste; comme tous les documents et comme toutes les 
sources monumentales ils exigent, avant d’être utilisés, un tra- 
vail sérieux de critique. Mais, lorsque l’on prend les précautions 
d'usage et qu’on ne veut pas tirer de cette source auxiliaire plus 
qu’elle n’est susceptible de donner, elle peut rendre d’incontes- 
tables services, tant à l'historien de métier qu’au profane qui se 
sent attiré vers les études historiques. 1 

Ainsi entendue, la philatélie n’est plus la manifestation de 
l’innocente manie des collectionneurs passionnés qui s'amusent à 
coller dans les cases de leurs albums des petits carrés de papier 
de couleurs variées, maïs pour l’époque contemporaine, elle peut 
être rangée, à côté de sa sœur aînée la numismatique, parmi les 
sciences auxiliaires de l'histoire. 


(t) Bunau-VaniLLa, La Grande Affaire de Panama, Paris, 1919, p. 105. 


190 CHRONIQUE 


2. — Pour la culture classique. 


L'œuvre accomplie par l'Association Guillaume Budé comble 
une lacune considérable de la science et de l’édition françaises. 

Quoique la France fût au premier rang de l’érudition classique, 
il n'existait pas en dehors des vieilles collections démodées et 
d'ailleurs épuisées de Panckoucke, de Lemaire et de Nisard, de 
collection complète d'auteurs latins, et il n’a jamais existé en 
France de collection d'auteurs grecs avec traduction. 

Pour l'étude des textes classiques, la science française était 
devenue tributaire de la science et de l’édition allemandes. L’Alle- 
magne s'était imposée au monde philologique, et non seulement 
les philologues devaient chercher les éditions dont ils avaient 
besoin, à Leipzig ou à Berlin, mais même étudiants et amateurs 
devaient recourir aux offices des libraires d'Outre-Rhin pour se 
procurer des éditions complètes d'auteurs grecs et latins. Et 
encore, lorsque quelque profane voulait s'initier aux littératures 
classiques, ne trouvait-il à sa disposition que des traductions qui 
n'avaient en rien profité des progrès de la science, des traductions 
qui rendaient les originaux d’une manière peu sûre, la plupart 
établies sans aucun souci d'exactitude scientifique. 

C'est à cet état de choses qu'ont voulu remédier les quelques 
maîtres de l’Université de France qui, avec MM. A. et M. Croiset 
et P Mazon, ont, en 1919, fondé l'Association Guillaume Budé. 

Grouper des professeurs, philologues distingués dont on s’as- 
surait la collaboration, grouper des étudiants et des amateurs 
qui, par leur dévouement et leur sympathie à l’œuvre, feraient le 
succès de l’entreprise; tel a été le moyen auquel l'Association eut 
recours pour mener à bien son œuvre. 

Et nous pouvons féliciter ses promoteurs d’avoir pleinement 
réussi. 

L'Association Guillaume Budé se propose, en l’espace de quinze 
années, de publier une collection d'auteurs grecs et latins qui 
comprendra environ trois cents volumes. Malgré les difficultés 
de début, augmentées dans les circonstances actuelles, par la 
complexité des crises économiques qui ont particulièrement 
frappé la fabrication du livre, trente-deux volumes sont sortis de 
presse, en moins de trois ans. 

Une édition scientifique des textes; un apparat critique pou- 
vant satisfaire tous ceux qui ne font pas une étude spécialement 
approfondie de la critique du texte, juste ce qu’il faut pour être 
au fait des difficultés que peut en soulever l'établissement ou 
l'intelligence ; une introduction générale et des introductions spé- 
ciales à chaque ouvrage; des annotations concises placées au bas 


CHRONIQUE 194 


des pages de la traduction, pour aider soit le simple lecteur. soit 
le lecteur critique qui se propose de discuter le choix des 
variantes, l'interprétation, les détails ou l’idée directrice de l’ou- 
vrage; une traduction fidèle, qui serre le texte original d'aussi 
près qu'il est possible sans sacrifier l'élégance de la langue : telles 
sont les qualités essentielles que s'efforce de réunir l'Association 
Guillaume Budé. 

Le même soin qui à présidé à l'établissement des textes et à 

leur traduction se retrouve dans la présentation du volume. 
L'Association a voulu que ses collections fussent à l'honneur de 
l'édition française, Présentés sur papier durable et plaisant, 
d’une exécution typographique irréprochable, les volumes de 
cette collection rallient aussi les suffrages des bibliophiles, et 
c'est d'ailleurs à l'intention de ces derniers qu'un tirage spécial 
de chaque auteur est fait sur papier « pur fil ». 
_ Ilen est plus d’un qui prendra plaisir à lire les textes grecs si 
joliment imprimés avec ce caractère qui est la propriété de l’As- 
sociation. Nous sommes loin des rébarbatives éditions courantes 
de la maison Teubner. 

L'Association Guillaume Budé a trouve en la Société Les Belles 
Lettres, l’aide financière indispensable à la réalisation de pareille 
œuvre. Quelques industriels et commerçants désintéressés — ce 
n’est point un paradoxe, après les votes récemment émis par les 
Chambres de commerce françaises — et intelligents ont consti- 
tué une « société d'édition Les Belles Lettres pour le développe- 
ment de la culture classique », qui se charge de publier les 
ouvrages préparés par l'Association Guillaume Budé. 

La Belgique n’est pas restée étrangère à la réalisation de cette 
entreprise. Parmi les quelque deux mille membres que compte 
l'Association en France et à l’étranger, la Belgique en groupe cent 
cinquante, qui sous la présidence du distingué professeur à l’Uni- 
versité de Liége, M. Charles Michel, ont fondé une section belge. 

Le concours scientifique de nos philologues n’a pas été écarté 
non plus. Dans quelques jours paraîtront, préparées par MM. Gré- 
goire et Parmentier, l'édition et la traduction d’un volume d’'Euri- 
pide, et déjà, MM. Bidez et Cumont ont publié une étude critique 
des Lettres de l’empereur Julien, qui a ouvert la Collection des 
textes et documents, le juste complément de la Collection des Uni- 
versités de France. Dans cette collection et dans celle d'Études 
anciennes, si bien inaugurée par la magistrale Histoire de la litté- 
rature latine chrétienne de M. de Labriolle, les spécialistes trou- 
veront des ouvrages de nature à les intéresser : patrologie numis- 
matique, papyrologie, littérature byzantine, documents histo- 
riques, études d'archéologie, ete. 


13 


192 CHRONIQUE 


La Collection de commentaires d'auteurs anciens vient de livrer 
au public érudit le savant commentaire critique et explicatif des 
caractères de Théophraste, par M. O. Navarre. : 

Édifiée sous le vocable de Guillaume Budé, cette œuvre est 
digne de la grande tradition d’érudition française qui s'illustre 
des plus grands noms de la philologie, des Estienne, des Muret, 
des Scaliger et des Saumaise et plus près de nous, pour ne citer 
que les disparus, des Boissonnade, des Riemann et des Weil. 

Les membres de l'Association Guillaume Budé bénéficient d’une 
réduction de 25 p. c. sur tous les volumes édités par la Société 
Les Belles Lettres (20 p. c. sur les éditions de luxe). 

Les adhésions sont reçues au siège de la section belge de l’As- 
sociation Guillaume Budé, 208, avenue d’Auderghem à Bruxelles, 
accompagnées du montant de la cotisation, savoir : bienfaiteur, 
500 francs (une fois versés); fondateur, 200 francs (une fois ver- 
sés) ; adhérent, 10 francs par an. Les versements par correspon- 
dance se font de préférence par chèque postal (compte n° 44364). 
Ils sont établis au nom de M. Jean Baugniet, secrétaire de la 
section belge de l'Association Guillaume Budé. 

Les commandes doivent être adressées à Paris, 95, boulevard 
Raspail, accompagnées de leur montant, augmenté des frais de 
port fixés forfaitairement à 10 p. c. Aux membres de l'Association 
désirant recevoir toute la collection, il est recommandé d'envoyer 
üne provision : chaque ouvrage leur sera alors adressé dès son 
apparition. 

JEAN BAUGXIET. 


5. — Asie Mineure. Mélanges Ramsay. 


L'Université de Manchester vient de publier un volume impor- 
tant composé d’études sur l’histoire de l’Asie Mineure depuis 
l’époque hittite jusqu’à l’époque byzantine, et offert à Sir William 
Mitchell Ramsay, le savant anglais à qui est due en bonne part 
l'exploration de l’Anatolie, qui, depuis 1880, a fourni tant de 
documents à l’histoire hellénistique, gréco-romaine et chrétienne 
primitive. Ce volume est intitulé : Anatolian Studies presented 
to Sir William Mitchell Ramsay. Edited by W. H. Buckler 
& W. M. Calder, Manchester, University Press, 1923, gr. in-8°, 
XXXVI11-479 p , XIV pl, fig. En voici le contenu : 


A list of the writings of Sir William Mitchell Ramsay, com- 
piled by AGNES M. Ramsay. 

I. Some questions bearing on the date and place of composition 
of Strabo’s Geography, by J G. C. ANDERSON. 


CHRONIQUE 193 


Il. Lycian epitaphs, by W. ARKWRIGUT. | 

III. Labour disputes in the province of Asia, by W. H. BUCKLER. 

IV. The elevated columns at Sardis and the sculptured pedestals 
from Ephesus, by H. C. BUTLER. 

V. The epigraphy of the Anatolian heresies, by W. M. CALDER. 

VI. La frontière nord de la Galatie et les Koina de Pont, par 
V. CHAPOT. 

VII. L'annexion du Pont polémoniaque et de la Petite Arménie, 
par F. Cumoxr. 

VIII. Zur ephesinischen Gefangenschaft des Apostels Paulus, 
von À. DEISSMANN. 

IX, Euckhaïta et la légende de saint Théodore, par H. DELEHAYE. 

X. Ein Amtsgenosse des Dichters Horatius in Antiochia Pisi- 
diae, von H. DEssaAU. 

X1. The Lydian language, by J. FRASER. 

XII. Miettes d'histoire byzantine (1v°-vi siècle), par H. Gré- 
GOIRE. 

XIII. The Hittites and Egypt, by H R. Harr. 

XIV. Inscription grecque de Suse, par B. HAUSSOULLIER. 

XV. Gymnische und andere A gone in Termessus Pisidiae, von 
R. HEBERDEY. 

XVI. Some coins of Southern Asia Minor, by G. F. Hizr. 

XVII. The South Cappadocian and Lycaonian Hittite monu- 
ments, by D. G. HoGaRrTH. 

XVIII. Die Kulte Lydiens, von J. KEIL 

XIX. Skepsis in the troad, by W. LEAF. 

XX. The Assyrians in Asia Minor, by A. T. OLMSTEAD. 

XXI. Diana Pergaea, da B. PACE. 

XXII. Euménia, par G. RADET. 

XXI1II. Examples of Isaurian art: the screen in Isaurian 
monuments, by AGNES M. RAMSAY. 

XXIV. Ignatius, bishop of Antioch, and the "Apxeta, by S. Re:I- 
NACH. 

XXV. Two new epitaphs from Sardis, by D. M. ROBINSON. 

XXVI The archer at Soliin Cilicia, by E G. S. ROBINSON. 

XXVII. Notes on the economic policy of the Pergamene kings, 
by M. ROSTOVTZEFF. 

XXVIII. The languages of Asia Minor, by A. H. SAYCE. 

XXIX. Two new Cappadocian greek inscriptions, by A. SOUTER. 

XXX. Eros und Psyche auf einem Bronzerelief aus A misos, 
von TH. WIEGAND. 

XXXI. Zu Inschriften aus Kleinasien, von A. WILHELM. 

XXXII. Ein kleines historisches Monument, von KR. ZAHN. 

Index. 


194 CHRONIQUE 


4. — Un document latin de l’an 128 de notre ère. 


A la dernière réunion de !’ « American Philological Associa- 
tion », à Princeton, M. le professeur Francis W. Kelsey, de 
l'Université de Michigan, à présenté des photographies de 
tablettes de cire conservées à l’Université, depuis janvier 1922, 
et provenant d'une trouvaille récente faite en Égypte. Il s'agit 
d'un dyptique en bois, dont les attaches ont disparu. On ÿ trouve, 
couvrant la première page et les deux tiers de la seconde, le pro- 
cès-verbal de la naissance de Herennia Gemella, le 11 mars 128. 
Le document porte le nom de sept témoins, celui du premier, 
Marcus Julius Capitolinus étant répété à droite de chacun des 
sceaux; ceux-ci ont disparu. £. 


5. — Les martyrs d'Égypte. 


Dans un article portant ce titre, le R. P. H. DELEHAYE (Ana- 
lecta bollandiana, t. XL, fase. 3 et 4), par une étude approfondie 
des Passions de Dioscore et de celles de Psoté, démontre que ces 
documents n’ont point été dénaturés au point de ne plus laisser 
paraitre la trame primitive et solide sur laquelle ont brodé des 
rédacteurs sans goût et sans scrupule. Cette convaincante démon: . 
stration est suivie d’une édition excellente des passions : I. de 
S. Paphnuce; II. de S. Psotius; III. de S. Dioscore. 


6. — Hagiographie orientale. 


Le KR. P. P. PEETERS (Traductions et traducteurs dans l'hag'io- 
graphie oreintale à l’époque byzantine [Analecta Bollandiana, - 
t. XL, fase. 3 et 4]), donne un tableau schématique des courants 
qui, pendant la période byzantine, croisaient les frontières lin- 
guistiques du monde oriental, en marquant, pour chaque langue, 
les lignes de propagation qui semblent avoir été constantes, puis 
les contre-courants qui les ont remontées, et, s’il y a lieu, les 
apports erratiques dus à des causes accidentelles; il proteste, 
pour le syriaque notamment, contre ceux qui croient que dans 
les textes hagiographiques orientaux on ne retrouvera finale- 
ment que ce qu'on a dejà rencontré dans des centaines de textes | 
grecs et latins: cet article forme un tableau d'’ histoire littéraire 
des plus intéressants et des plus instructifs. 


CHRONIQUE 195 


7. — Une histoire de l'évêché de Térouanne. 


La Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Gand 
vient de prendre la décision de publier dans son Recueil de tra- 
vaux ün travail dû à M. H. Van Werveke, docteur en philosophie 
et lettres et portant le titre suivant : Het Bisdom Terwaan; van 
den oorsprong tot het begin van de véertiende eeuw. Cet ouvrage 
formera le 52° fascicule du Recueil. G. 


8. — Études carolingiennes. 


M. Félix Grat a soutenu à l'École des Chartes, en 1923, une 
thèse intitulée : Étude diplomatique sur les actes de Louis II le 
Bègue, Louis III et Carioman (877-884), suivie d'un catalogue 
d'actes. 

Les positions seules ont paru. Nous souhaitons vivement que 
M. Grat puisse publier études et catalogue et soit également en 
mésure de publier dans la collection de l'École des Hautes Études 
lès Annales des règnes indiqués dans le titre. Les recherches 
qu'il a poursuivies depuis plusieurs années, sous la direction de 
M. Ferdinand Lot, paraissent le désigner pour cette tâche. G. 


9, — Les institutions urbaines. 


Bien qu'elles aient paru dans le Recueil des Positions des Thèses 
soutenues par les élèves de l'École des Chartes de la promotion 
de 1918, signalons les positions de la thèse de M. Jean Massiet 
du Biest. Elles traitent des Origines de la commune d'Amiens. 
Pour autant qu’il soit possible de s’en rendre compte par la lec- 
ture d’un résumé, M. Massiet du Biest paraît en revenir, à beau- 
coup d’égards, à la théorie « domaniale », mais sans la rigidité 
des systèmes historico-juridiques allemands. 

_Le sujet est tellement important qu’il faut souhaiter que 
M. Massiet du Biest, aujourd'hui archiviste départemental des 
Ardennes, revienne sur le problème et nous donne un jour un 
volume sur la matière que traitait sa thèse. 1 

M. Massiet du Biest a, d’ailleurs, abordé l’un des côtés de ce 
sujet dans un article, qu’a publié la Revue du Nord de mai 1921, 
consacré aux Plaids généraux et aux attributions du prévôt ou ; 
à Amiens au XIIe et. au début du XI1I° siècle. | G. 


196 CHRONIQUE 


10. — Histoire de Belgique. Travaux français. 


Parmi les thèses soutenues à l’École des Chartes par les élèves 
de la promotion de 1923, nous relevons un travail de M. P. Ber- 
nard, docteur en droit, intitulé : Études critiques sur les chartes 
des comtes de Flandre pour l'abbaye de Saint-Bertin. L'auteur 
soutient que sur les dix chartes qui subsistent de Baudouin V, 
Robert le Frison et Robert II pour l’abbaye de Saint-Bertin, 
trois seulement sont authentiques. 

Mie Gabrielle Odend’hal, élève de la même promotion, a soutenu 
une thèse sur Les comtes de Boulogne de la fin du IX® au début 
du XIIe siècle, accompagnée d’un catalogue d'actes. 

Les positions seules ont paru jusqu'ici. 

La Revue du Nord, dans son numéro d’août 1923, annonce que 
M. Monier, docteur en droit, prépare une thèse en vue de l’agré- 
gation, sur L'organisation Judiciaire et la procédure civile dans 
les juridictions municipales du comté de Flandre. 

Dans le même numéro, elle annonce comme destinée à paraitre 
dans un de ses prochains fascicules, une étude de M. P. Thomas, 
portant le titre : Recherches sur la chancellerie des comtes de 
Flandre et la prévôté de Saint-Donatien. Son numéro de novembre 
promet un autre travail du même auteur sur : Une source nouvelle 
pour l'histoire administrative de la Flandre; le registre de Guil- 
laume d'Auxonne, chancelier de Louis de Nevers. LE 


11. — Sainte Catherine de Sienne. 


M. E. JorpAN (La date de la naissance de sainte Catherine de 
Sienne [ Analecta bollandiana, t. XL, fase. 3 et 4]) défend contre 
KR. Fawtier la chronologie traditionnelle, et ne fait aucune diffi- 
culté, en maintenant la date de 1347, « d'accepter le prudent cir- 
citer qu'y ajoute le pape Pie II dansla bulle de canonisation ». 


12. — Livres liturgiques à Tongres. 


La richesse documentaire en°mss. liturgiques de l’église Notre- 
Dame à Tongres a permis à M. l'abbé Paul de Corswarem d'écrire 
la récente étude : De liturgische boeken der kollegiale O. L. Vr. 
kerk van Tongeren véér het concilie van Trente (Kon. Vlaamsche 
Acad. Gent, Erasmus, 1923, in-8° de 291 p.). 

L'auteur étudie la liturgie du chapitre à la fin du xiv° siècle, au 
moment où un réformateur comme Raoul de Rivo lui donnera une 
forte impulsion; cette liturgie, à base nettement romaine, à subi 


CHRONIQUE 197 


à des degrés divers des influences à la fois gallicane et germa- 
nique. Celles-ci se manifestent dans ces trois éléments essentiels : 
la messe, le bréviaire et le calendrier. 

Plusieurs facteurs ont aidé à la formation et au développement 
du calendrier tongrois : le culte local (saints de la contrée), la 
tradition romaine (sacramentarium gregorianum), les reliques, 
les dédicaces, les martyrologes (surtout celui d’'Usuard du 
Ix° siècle), les dévotions populaires (sainte Anne, saint Ever- 
gistus, etc.), les canonisations, enfin les décrets pontificaux et 
épiscopaux. Une excellente table des matières termine ce travail 
méritoire qui forme le tome I du Salomans-Fonds. HSNE 





13.— Bibliothèque littéraire de la Renaissance. 


Cette collection (Paris, Champion) s’est augmentée, en 1923, 
de trois fascicules : 

P. DE NorHaAc, Un poète rhénan ami de la Pléiade. Paul Mélissus 
(N.S., IX). 

M. MiGNoN, Études sur le théâtre français et italien de la 
Renaissance (N.S., X). 

F. CHARBONNIER, Pamphlets protestants contre Ronsard (1560- 
1577). Bibliographie et chronologie des pamphlets protestants 
contre les Discours de Ronsard, avec une édition critique de trois 
pièces inédites el d’une pièce peu connue (N. S., XI. 


14, — Cartes de Mercator. 


L’érudit bibliothécaire de }a Société de géographie de Londres, 
Ed. Heawood, nous fait connaître, par l’organe du Geographical 
Journal que le prof. R. Almagiä, de l’Université de Rome, vient 
de découvrir à la bibliothèque de cet établissement (« Biblioteca 
Alessandrina ») plusieurs œuvres de G. Mercator. 

A vrai dire, une seule carte à été retrouvée : c’est la grande 
carte des Iles Britanniques, de 1564, en huit feuilles, dont on ne 
connaissait, jusqu’à présent, qu'un seul exemplaire, conservé à la 
Bibliothèque de Breslau. 

Mais, à côté du document lui-même, le prof. Almagiàä a mis, du 
même coup, au jour, plusieurs titres de cartes, dont il ne nous 
reste rien. La carte des Iles Britanniques faisait, en effet, partie 
d’un volume petit f°, qui avait jadis contenu, en outre, quatre 
autres cartes, représentées, actuellement, par quatre couver- 


193 CHLONIQUE 


tures vides munies des vignettes-titres des cartes suivantes : un 
planisphère (probablement celui de 1569), la carte d'Europe 
de 1554 (dont un exemplaire existe encore à Breslau). une carte 
de Palestine de 1537, enfin, une carte d'Amérique, probablement 
postérieure à 1572. 

Découverte encore plus inattendue : les titres de certaines de 
ces cartes ont été collés au milieu d’un cartouche ornemental, 
destiné primitivement aux titres d’autres cartes restées inconnues 
jusqu’à présent. L'un des titres ainsi retrouvés sous des titres 
plus récents est celui d’une carte des Pays-Bas; il est rédigé en 
anglais; le Musée de Duisburg en conserve encore aujourd’hui 
le cuivre ancien. Le titre d’une carte inconnue d'Allemagne, à 
grande échelle, a été utilisé de la même façon, daus le recueil 
découvert à Rome par le prof. Almagià; deux exemplaires de ce 
même titre sont conservés, depuis 1868, à la Bibliothèque Royale 
de Bruxelles; ils devaient servir de « substratum » aux titres 
des deux globes acquis à la vente Benoni Verhelst. 


ALB. TIBERGHIEN. 
(The Geogr. Journ., LXII, 1923, 33-34, 138-140 et 399.) 


15. — Histoire de la guerre. 


Le Ministère de la Guerre français prépare la publication de 
l'historique des opérations et des événements se rapportant à la 
Grande Guerre. Il comprendra 9 tomes. 


16. — Belgique. Commission royale d'Histoire. 


La Commission royale d'Histoire a mis en distribution le t. IV 
et dernier du Recueil de documents relatifs à l'histoire de l’indus- 
trie drapière en Flandre par G. Espinas et H. Pirenne (Bruxelles, 
Kiessling, 1914, x-358 pages in-4°). Il renferme un supplément de 
pièces relatives à la draperie d’Arques, de Bruges, de Cassel, de 
Comines, de Dixmude, de Douai, d’'Eecloo, d’Estaires, de Gand, 
de Hesdin-le-Vieux, de Saint-Omer, de Thérouanne et d’Ypres, 
une table chronologique des documents publiés dans les quatre 
volumes et une table onomastique générale. On y trouvera en 
outre une carte des localités drapières de la région flamande 
avant le xv° siècle. 


CHRONIQUE 199 


17. — Hollande. Commission royale d'Histoire. 


La Commission royale d'Histoire de Hollande (Commissie voor 
#s Rijks Geschiedkundige Publicatiën) a distribué pendant les 
derniers temps les volumes suivants : 

Unger. Bronnen tot de geschiedenis van Middelburg in den 
landsheerlijken tijd (1923). 

Brom et Hensen. Romeinsche Bronnen voor den kerkelijk- 
staatkundigen toestand der Nederlanden in de xvi° eeuw (1923). 

Japikse. Resolutiën der Staten-Generaal van 1576 tot 1609. 
VII. 1590-1592 (1924). 

Molhuysen. Bronnen tot de Geschiedenis der Leidsche Univer- 
siteit. VI. 1765-1795 (1923). | 


18. — Institut historique néerlandais à Rome. 


Vient de paraître, le volume III des Mededeelingen van het 
Nederlandsch Historisch Instituut te Rome (Communications of 
the Netherland Historical Institute in Rome. — Communications 
de l'Institut historique néerlandais à Rome). La Haye, M. Nij- 
hoff, 1923, in-8°, 248 p., 52 illustrations sur 36 planches. Prix, 
7 florins; rel. toile, 8.50 florins. 

En voici le sommaire: 

1. De beeltenis van Paus Adriaan VI op zijne medaljes, door 
D’ A. H. L. Hensen. 3 pl. 

2. De beeltenis van Paus Adriaan VI op schilderijen en gra- 
vures, door D" G. J. Hoogewerff. 4 pl. 

3. Over Etrurische kunst, door D' H. M. R. Leopold. 4 pl. 

4. Phersu en andabata, door D' G. van Hoorn. PI. 

o. De tempel van Roma en Augustus en het Erechtheum op de 
Acropolis te Athene, door G. A. S. Snijder. 7 pl. 

6. Het Godinnebeeld van Ariccia, door D" H. M. R. Leopold. 
Phi 

7. Een antieke miniatuur in het handschrift Palatinus lati- 
nus 1564 der Vaticaansche Bibliotheek, door Prof. D' A. W. Bij- 
vanck. 1 pl. 

8. Langobardische Plastiek, door D' Raïmond van Marle. 1 pl. 

9. Overzicht der voornaamste beschrijvingen van Rome uit 
den Vroeg-Christelijken tijd, Middeleeuwen en Renaissance, door 
D' Raimond van Marle. 

10. Palazzo di Venezia, door Prof. F. Hermanin. 3 pl. 

11. Twee ontleeningsgevallen, door J. Q. van Regteren Altena. 
3tpl: 


14 


200 CHRONIQUE 


12. Over Lambert Sustris en een onbekend werk van hem in de 
verzameling Colonna te Rome, door D' H.J. Tiele. 2 pl. 

13. De verrekijkers van prins Maurits en van aartshertog 
Albertus, door D' A. H. L. Hensen. 1 pl. 

14. Nederlandsche tulpen in de buitenplaats van kardinaal 
Borghese (thans Villa Umberto), door D" A. H. IL. Hensen. 1 pl. 

15. Prelaten en Brabantsche tapijtwevers II, door Dr E. J. 
Hoogewerîff. 1 pl. 

16. Bentvogels te Rome en hun feesten, door D' G. J. Hooge- 
werff. 2 pl. 





19. — Paris. Société d'Histoire moderne. 


Le Bulletin de la Société d'Histoire moderne de Paris comprend 
dans son numéro de février le résumé de la communication faite 
à cette société par M. H. Pirenne, dans sa séance du 20 janvier 
sur « Les origines du vote à la majorité dans les assemblées 
publiques ». L'auteur y établit que le principe majoritaire, qui 
domine aujourd’hui si complètement toutes les constitutions poli- 
tiques, est d’origine relativement récente. Il ne s’est substitué que 
peu à peu aux décisions prises à l'unanimité par acclamation. I] 
apparaît tout d’abord dans les assemblées ecclésiastiques. Dans 
les assemblées politiques, c'est le pouvoir royal qui l’a imposée 
par nécessité d'aboutir. L'exemple des délibérations des États- 
Généraux et provinciaux de la Belgique est tout à fait probant à 
cet égard. Au rebours de ce que l’on pourrait croire, ce n’est 
point une idée démocratique mais un expédient du pouvoir monar- 
chique qui se trouve à la base du mode de votation universelle- 
ment pratiqué de nos jours. 

Une longue discussion a suivi cet exposé. MM. Marion, Hauser, 
Aulard, Grunebaum-Ballin ont confirmé, par des faits empruntés 
à la pratique des assemblées politiques de France, les conclusions 
de M. P. Il est fort à souhaiter que l'importance de cette question 
attire davantage à l'avenir l'attention des historiens et suscite 
quelque jour un travail approfondi. 


20. — Société française d’archéologie. 


La Société française d'archéologie vient d’élire aux fonctions 
de directeur laissées vacantes par la mort d'Eugène Lefèvre-Pon- 
talis, M. Marcel Aubert, conservateur-adjoint au Musée du 
Louvre, professeur à l'École du Louvre et professeur suppléant 
d'archéologie à l'Ecole des Chartes. 


CHRONIQUE 201 


21.— L'École roumaine en France. 


Cette École vient de publier un petit volume (Mélanges de 
l'École roumaine en France, Paris, Gamler, 1923, in-8°, 183-7 p.) 
formé d’une étude de M. C. Marinesco sur Alphonse V d'Aragon 
et l’Albanie de Scanderbeg ; d’une étude de M. V. Sauciuc sur deux 
poèmes français de Narcisse adaptés d’Ovide; et d’une note de 
M. N. Constantinesco sur un Journal de la campagne de Hon- 
grie de 1717-1718. 


22. — La Revue historique. 


La huitième table générale de la Revue historique (t. CVI, 1911 
à t. CXXX VI, 1920) vient de paraître à la librairie Alcan. 


mes 


23. — Monumenta Germaniae Historica. 


Nous croyons utile de donner ici une liste des volumes parus 
dans les Monumenta depuis 1914. 
1. Auctores antiquissimi (in-4°) : 
T. XV. Aldhelmi opera: ed. R Ehwald; 1919. 
2. Scriptores rerum merovingicarum (in-4°) : 
T. VII. Passiones vitaeque sanctorum ævi Merovingici; 
edd. B. Krusch et W. Levison ; 1920. 
3. Scriptores rerum germanicarum; nova series (in-8°) : 
T. I. Chronica Heinrici Surdi de Selbach; ed. H. Bresslau; 
1922; 
4. Scriptores rerum germanicarum in usum scholarum... separa- 
tim editi (in-8°) : 
Arbeonis episcopi Frisingensis vitae sanctorum Haimhrammi 
et Corbiniani, recogn. B. Krusch; 1920. 
Burchardi praepositi Urspergensis Chronicon : ed. sec. ; rec, 
O. Holder Egger et B. de Simson; 1916. 
Chronicae Bavariae saec. XIV ; ed. G. Leidinger ; 1919. 
Liudprandi episc. Cremonensis opera; ed. tertia; rec. 
J. Becker; 1915. 
Vita Meinverci episcopi Patherbrunnensis, rec. F. Tenck- 
hoff; 1921. 
Wiponis opera ; ed. tertia; recogn. H. Bresslau, 1915. 
5. Constitutiones et acta publica imperatorum et regum (in-4°); 
T. VI, pars prima; 1914. 
T. VIII (1345-1347), pars secunda; ed. R. Salomon, 1919. 


202 CHRONIQUE 


6. Fontes iuris germanici antiqui in usum scholarum .. separatim 
editi (in-8°) : 
Leges Saxonum et Lex Thuringorum; ed. Claudius freiherr 
von Schwerin ; 1919. 
7. Epistolae selectae (in-8°) : 
T.I.S. Bonifatii et Lulli epistolae; ed. M. Tangl, 1916. 
T. II, pars prima : Gregorii VII registrum; lib. I-IV; ed. 
E. Caspar, 1920. 
8. Poetae latini (in-4°) : 
T. IV, pars secunda, fase. primus : Poetae latini ævi caro- 
lini; rec. K. Strecker, 1914 
9. Necrologia Germaniae (in-4°) : 
T. IV. Diocæsis Pataviensis pars prima (regio Bavarica et 
regio Austriaca, nunc Lentiensis); edd, M. Fastlinger et 
J. Sturm ; 1920. 


24. — Le Congrès des Américanistes. 


Le XXI° Congrès des Américanistes se tiendra à La Haye 
en 1924; le XXII°, à Goeteborg (Norvège), en 1925 ; le XXII, à 
Philadelphie (Etats-Unis), en 1926. 


25.— Bibliographie espagnole. 


M. Antonio Palau y Dulcet vient de publier le premier volume 
de son Manual del librero hispano-americano (Barcelona, libreria 
Anticuaria, 1923, gr. in-8°, xxx1x-295 p.). Ce livre, désigné dès à 
présent par l’expression « le Brunet espagnol », porte comme 
sous-titre : Znventario bibliogräfico de la producciôn eientifica y 
literaria de España y de la A mérica latina desde la invenciôn de la 
imprenta hasta nuestros dios, con el valor comercial de todos los 
articulos descritos. 


Leçons douteuses 
de Gormont et Isembart. 


D=rNémaS EN entlS Tres 


Le quatrain qui, dans les premières pages du fragment, 
souligne, de laisse en laisse, la victoire de Gormont sur 
un guerrier français, porte que le roi païen chasse d’abord 
le cheval du vaincu, et ajoute : 


puis mist avant sun estandart : 
nem la li baïlle un tuënard. 


Nem se lit aux vv. 8, 40, 64, 86; nen, aux vv. 137, 163. 
Scheler et Heiligbrodt ont regardé ce mot comme le nom 
d’un écuyer de Gormont. G. Paris, Bartsch et Zenker y 
ont vu une graphie erronée pour uem. Moi-même, dans 
mon édition (1), jai écrit : «la facilité de la confusion entre 
H et N à l’initiale du vers et entre les voyelles e et o me 
fait conjecturer hom », cette forme hom, avec valeur de 
pronom indéfini, se présentant, dans des conditions d’ail- 
leurs assez suspectes, au v. D933. 

Ce qui a déterminé l’abandon de l'hypothèse d’abord for- 
mulée par Scheler, c'est que Nem est sans exemple dans le 
répertoire onomastique du moyen âge. Maïs l’explication 
par uem, de même que celle que j'ai proposée, offre, à son 
tour, un grave défaut. Pour rendre compte d’une leçon 
uniforme et constante, répétée jusqu'à six fois, — car la 
variation de la consonne finale, m ou n, n’a rien qne de 
normal dans notre ms., — elle invoque une défaillance 
fortuite, une erreur absurde, qui aurait eu pour effet de 
généraliser un mot dénué de sens aux lieux et places d’un 
terme usuel. 


(') Gormont et Isembart. Fragment de chanson de geste du XII siècle, édité 
par ALPHONSE Bayor, 2 éd., Paris, Champion, 1921 (Les classiques francais du 
moyen âge, 14). 


15 


204 A. BAYOT 


Dans une étude récente (1), M. Salverda de Grave 
revient à l’idée d’un nom propre. Il fait observer qu’un 
adverbe la, placé après nem, est superflu et, rassemblant 
les deux mots, il propose de considérer Nemla comme une 
altération de Namle, variante connue de Naime (?). Un 
copiste, peu familiarisé avec cette variante, sensiblement 
plus rare que Naime, aurait décomposé le nom en deux 
éléments distincts. 

Cette nouvelle interprétation soulève de sérieuses diffi- 
cultés. Naime est un nom des plus répandus dans les chan- 
sons de geste; il désigne uniformément un duc chrétien, 
le conseiller de Charlemagne. Dans aucune des versions de 
la légende d’Isembart, on ne trouverait trace d'un person- 
nage de la suite de Gormont portant un nom de l’espèce. 
Bien mieux, notre poème ne cite nommément aucun soldat 
de l’armée sarrazine, hormis son chef. Sous ce rapport, il 
représente, dans le développement de la primitive narra- 
tion épique, une étape analogue à celle de la Chanson de 
Guillaume, où l'unique musulman désigné par son nom est 
Deramé, le chef de la flotte ennemie (3). C’est seulement 
la Chanson de Roland, écrite par un poète d'imagination 
plus fertile ou mieux documenté sur les Arabes ({), qui 
mettra à la mode les longues nomenclatures consacrées au 
monde païen. 

À un autre point de vue, l’adverbe la, dans le vers qui 
nous occupe, est, sans doute, assez inutile, comme le veut 
M. Salverda. Mais, cheville ou non, il fait partie du voca- 
bulaire usuel de notre poète : 


Sil fiert sur sun escu bendé 

k’il /a li ad freit e quassé (122-123). 

Sil fiert sur la targe novele 

qu'il {a li freint e eschantele (50-51, 231-232). 


(1) J. J. SALVERDA DE GRAVE, Strofen in Gormont et Isembart, Amsterdam, 
1922, p. 2, n. 4 (Mededeelingen der kon. Akademie van Wetenschappen, Afd,. 
Letterkunde, deel 53, ser. A, n° 11). 

(?) Cf. Ernesr LanGLois, Table des noms propres compris dans les chansons 
de geste imprimées, Paris, 1904, p. 477. 

(3) Voir La Chancun de Guillelme. hgg. von HermanN Sucnier, Halle, 1911, 
p. xxx1 (Bibliotheca normannica, NII). 

(4) Cf. P. BoissoNNaDE, Du nouveau sur la Chanson de Roland, Paris, 1993. 


GORMONT ET ISEMBART 205 


Tut l’enclinot encuntre terre : 
la l’eüst morticist, a certes, 
quant il (corr. li) tolirent gent averse (236-238). 


Au demeurant, cet adverbe la apparaîtra comme une 
moindre superfétation, si on y attache une certaine nuance 
temporelle, qui se dégage tout spontanément de la signifi- 
cation locative : cf. l'expression sur le champ. 

Du moment que nous tenons ainsi /a pour authentique, 
nous nous retrouvons devant l’énigme d’un, monosylliabe 
nem, représentant le sujet de baille. 

On a remarqué que même les plus anciennes chansons de 
geste parvenues jusqu’à nous sont écrites en une phraséo- 
logie où il y a déjà un large élément traditionnel; le cliché 
y abonde, tant dans les détails du récit que dans la forme, 
Relisant la Chanson de Guillaume, je note le vers suivant, 
qui exprime, en somme, la même idée que les deux der- 
nières phrases de notre refrain, et qui se rencontre à la fin 
de trois laisses différentes, vers 134, 1075, 1499 : 


Armes demandet : l’em li vait aporter. 
L'auteur de Gormont n'aurait-il pas écrit : 
l’em la li baïlle un tuënard? 


Singulière succession de consonnes, pour un début de 
vers, dira-t-on. Et si le poëète-chanteur avait voulu cette 
allitération? Pour rare qu'il soit, le vers allitéré n’est pas 
inconnu au moyen âge (!). Dans cette chanson de Gormont, 
où tout trahit une technique primitive; à la fin d’une 
strophe qui se répète ainsi qu’un refrain, quelques mots 
formant ritournelle ne paraîtraient pas si déplacés. 

Une fois admis le caractère originel de la série phoné- 
tique l’em la li baïlle, on passe à n'em la li baille par un 
phénomène de dissimilation, dont nous avons ici, peut on 
dire, le type classique, puisqu'il s’agit de consonnes 
liquides et que l’action dissimilatrice va porter sur la pre- 
mière : comp. nombril < l'ombril < ombril < omblil 
< *umbiliculu (?); nomble < lomble < lumbulu; 


(!) Voy. Nyrop, Gramm., t. I, $ 510, avec la bibliographie. 
(2) La forme numbriz se rencontre dès le xu° s. chez Marie de France, 
d’après le Dict. gen. ; pour les variantes intermédiaires, voir GopeFrRoy, X, 230, 


206 A. BAYOT 


niveau < livel <libellu; nentille < lentille, forme recom- 
mandée par Ménage et conservée en province; ete. 

Provoqué par une cause d’ordre phonétique intervenant 
dans le débit même de la chanson, le passage de l’em à n’em 
ou à ren se répète dans chacun des six exemplaires du 
refrain que renferme le fragment de Bruxelles; il a suffi, 
pour cela, qu’un copiste écrivit délibérément comme il pro- 
nonçait ou entendait prononcer. 

Si, pour le surplus, il fallait établir la possibilité et 
l’imminence de ce passage du pronom indéfini précédé de 
l’article à une forme avec n initial, — que cet n résulte 
d’une dissimilation, comme ce semble être le cas dans 
notre texte, ou d’une assimilation, provoquée par le voisi- 
nage de consonnes nasales, — il suffirait de s’en référer 
aux patois. Quelques glossaires dialectaux signalent des 
formes de cette sorte : 


P. MARTELLIÈRE, Gloss. du Vendomois, Orléans, 1893, p. 216, 
221 : N’on dit. I faut que n’on s’en aille. N’on ne sait pas où 
n’on va. ‘ 

C. R. DE M[oxTESssoN|, Vocab. du Haut-Maine, Le Mans, 1859, 
p. 335, 338 : n'on, n'en, à côté de on, l’on, l'en. 

P. JÔNAIX, Dict. du pat. saintongeais, Royan, 1869 : n’on = l'on. 
N'’on zou dit. N'on zou creit. 


Mais, mieux que par les travaux des lexicographes de 
province, on aura une vue d'ensemble sur les variétés de 
ce pronom grâce à l'Atlas linguistique de la France, 
cartes 407 ON Dir, 90 QuAND ON A, 1083 ON NE PEUT PAS. 
D'un point à l’autre du territoire exploré, les équivalents 
de on se présentent sous les types on, l'on, n'on, ce der- 
nier se montrant surtout dans la direction de l’ouest et du 
sud-ouest : ; 


nä di, nän a 451 (Ille-et-Vil.), 527 (Charente-Inf.), 519 |Char.); 
nen di, nèn o 612 (Dordogne); 

nen 0 702 (Creuse); 

no di, non a 630, 632 (Gironde); 

no dyi, no 3 a F04 (Puy-de-Dôme ; 

nü di, nün o 603 (Creuse); 

nun di 610 (Charente) : 

etc. 


GORMONT ET ISEMBART 207 


Dans toute la Normandie occidentale, on a pour équiva- 
lent no ou nou (p.ex. no di), avec un z intercalaire devant 
voyelle (no 3 a). 


Atlas ling., points 393, 394, 395, 386, 387. 377, 318 (Manche), 
376 (Calvados), 396 à 399 (îles norm.). 

Comp. H. Moisy, Dict. de pat. normand, Caen, 1887, p. 447-448, 
où sont recueillis des exemples du passé : xv° s. (?), no rostissoit 
l’'oye, nou les y encroue; XvH° S., no n'entend pu, no publie ; etc, 


Guerlin de Guer, Le parler popul. de la commune de 
Thaon (Calvados), Paris, 1901, p. 162, après avoir rappelé 
que des opinions divergentes ont été émises sur l’origine 
de ce pronom normand (1), l’identifie avec la première per- 
sonne pluriel du pronom personnel. Une telle explication 
est contredite par ce qui s’observe dans les autres dia- 
lectes de la Gaule. No, nou, doit être regardé comme un 
représentant de l’on, avec voyelle dénasalisée; cette déna- 
salisation se constate sur bien d’autres points, où survit le 
type simple on; et, quant au z intercalaire, il se rencontre 
en maint endroit, accompagnant aussi bien on que n'on. 


Atlas ling. : o di 299 (Pas-de-Cal.), — 0 ze 182. 183. 184 (Bel- 
gique); — oz a 278. 267, 265 (Somme), 188 (Ardennes), 194, 193, 
198, 186 (Belgique); — no 3 a 804 (Puy-de-D.), 709 (Cantal); 
— n0 j 0 719 (Cantal). | 

Si l’on prend garde que le ms. de Gormont est d’origine 
anglo-normande, il n’est pas indifférent de savoir que les 
parlers de la Normandie montrent, comme tant d’autres, 
une propension à changer l'on en n'on. L’équation pro- 
posée ici, nem = n'em — l’em, n'en acquiert que plus de 
vraisemblance. 


IT. — telle] meisnee 47ÿ. 


M. Salverda de Grave (?) se demande si, dans mon essai 
de texte critique de Gormont, le souci de rétablir partout 
l'accent rythmique ne m'a pas entraîné à des retouches 


(1) Voir, à ce sujet, D. BERRENS, Beiträge zur franz. Wortgeschichte und 
Grammatik, Halle a. S., 1910, p. 185-187. L’auteur défend la thèse nou — n'on 
TO. 

(2) Art. cité ci-dessus, p. 204, n. 1. 


208 A. BAYOT 


aventureuses du texte du ms. Il cite comme exemple le 
vers 475 : 

de ça troverez tel meisnee, 
dont j'ai fait : 

ça troverez tele maisnee. 


Qu'est ce, dit-il, qui aurait poussé le scribe à remplacer 
la forme analogique tele par la forme plus ancienne tel? 
L'inverse paraîtrait bien plus vraisemblable. 

Le doute émis par le savant romaniste hollandais, qu’on 
veuille le remarquer, ne porte pas sur l’existence de la 
forme tele à l’époque du Gormont, puisqu'elle est attestée 
au vers 478 : 


Tele ne fut de mere nee. 


Ce qui lui semble anormal, c’est qu'un copiste ait pu 
remplacer une forme historiquement plus jeune par un 
type morphologique antérieur. On connaît ce fait d’expé- 
rience, souvent invoqué dans la critique des textes : un 
scribe, copiant une composition d’un certain âge, a ten- 
dance à en rajeunir la langue. Gardons nous, toutefois, 
d’ériger le fait en principe absolu et d’en déduire que le 
scribe ne substituera jamais une forme plus vieille à une 
forme plus récente, Il importe, en l'espèce, de se représen- 
ter exactement l’état de la langue au moment où le seribe 
exécute son travail. À toutes les périodes de l'histoire d'un 
idiome, coexistent des doublets phonétiques, morpholo- 
giques ou autres. Parmi ces doubles formes, certaines 
peuvent être chronologiquement antérieures à leurs voi- 
sines ; mais, cela, c’est le secret du linguiste; le profane 
l’ignore et emploie l’une ou l’autre au hasard, du moment 
que n'intervient entre elles aucune nuanciation séman- 
tique. Je peux est historiquement postérieur à je puis ; si, 
dans un manuscrit destiné à l’impression, je griffonne le 
mot peux, 1l y a chance que le typographe imprime AUS 
aussi bien que peux. 

A l’époque où à été copié le fragment de Bruxelles, dans 
le courant du xr11° siècle, la seconde classe des adjectifs 
était, depuis longtemps, travaillée par l’analogie qui devait 
progressivement l’assimiler à la première, quant à la for- 
mation du féminin. Grande se lit dans Saint Alexis 610; 


GORMONT ET ISEMBART 209 


dans Roland 302 (éd. Bédier 281), 3656, en compagnie de 
verte 1569 (éd. Bédier 1612); dans Gormont 66, 70, en com- 
pagnie de bruiante T5; dans les œuvres anglo-normandes 
des premières décades du xn° siècle, où apparaissent 
encore d’autres formes à terminaison refaite (1). Le copiste 
du Pèlerinage de Charlemagne écrit correctement grande 
au vers 788; mais sa graphie grant du vers 675 doit céder 
la place à grande, réclamé par le mètre (?) : situation fort 
semblable à celle qui nous arrête dans Gormont. 

Pour ce qui concerne spécialement l’adj. tel, on sait 
qu’il persiste sous sa forme primitive jusqu’au xv* siècle. 
En revanche, Philippe de Thaon, dans son Comput, fait 
déjà un large emploi de tel 1302 et de itele 250, 326, 1288; 
et, si l'on relit ses petits vers, généralement si grêles, la 
raison en saute aux yeux : l'écrivain malhabile se laisse 
mener par les exigences de la versification. Dans la Chan- 
son de Guillaume (*), le féminin tel est assuré tout à la fois 
par le manuscrit et par la métrique aux vers 288, 404, 1341, 
1519, 174%, 1756. Par trois fois, aux vers 713, 1489, 1748, le 
copiste écrit tele, qui doit être corrigé, à cause de la 
mesure. Mais Suchier ne prend-il pas une bien grande 
liberté vis-à-vis du manuscrit, lorsque, pour éviter teles 
dans une série assonancée en e (<A)-e, il introduit au 
vers 495, ainsi copié : 

Ainz quil enturnent i ferunt daltre teles, 


un hémistiche emprunté aîlleurs : 


Ainz qu'il en turnent, serunt altres donees ? 


Au total, l'emploi de tele et des autres formes analo- 
giques d’adjectifs, dans nos vieux poèmes, est surtout 
déterminé par les contingences de la versification. Le 
chantre de Gormont y a eu recours au vers 478, pour obte- 
nir l’accent rythmique; quoi de plus naturel qu'il l'ait fait 
déjà au vers 475? Par la suite, le sens de l’accentuation 
s'étant perdu, l’adverbe simple ça, employé ici comme au 


(:) C£. Le Bestiaire de Philippe de Thaün, texte critique par Eux. WALBERG, 
Lund-Paris, [1900], p. LXxIH1, LXXX, LXXXI. 

(?) Karls des Grossen Reise nach Jerusalem, hgg. v. En. Koscawrrz, 6er Aufl. 
besorgt v. G. Taurau, Leipzig, 1913. 

(3) La Chancun de Guillelme, kritisch hgg. v. Herm. Suorier, Halle, 1911 
(Bibliotheca normannica, VIN). : 


210 A. BAYOT 


vers 587, a pu être remplacé par la locution de plus en plus 
- fréquente de ca; du coup, un copiste aura instinctivement 
rétabli tel, qui était toujours d'usage courant, pour garder 
au vers sa juste mesure. 


III. — se, si conditionnel. 


Dans le manuscrit de Gormont, la conjonction condi- 
tionnelle revêt les formes suivantes : | 

Ss61912215, 5419582000; 

Si 117, 497, 532, 638; 

sil = S'il 14, 505; 

sil — si + le pron. pers. 576. 

La forme se est communément tenue pour le type usuel 
en afr. Les graphies si seraient-elles un trait anglo-nor- 
mand du manuscrit, puisque e passe parfois à { en syllabe 
protonique : chemins 449, chimins 442, dimi 405, rein- 
sis 644 (1)? 

Les riches dépouillements de Rydberg (?), p. 980-981, 
nous montrent, dès le xrI° siècle, si alternant avec se, ou 
même généralisé, dans les manuscrits et dans les textes de 
provenance anglaise. Il en résulte que les principales 
copies de nos plus anciens monuments littéraires pré- 
sentent, sous ce rapport, une confusion analogue à celle 
qui s’observe dans Gormont. 

Les éditeurs de ces premiers monuments de notre litté- 
rature ont appliqué aux formes en question un traitement 
variable. G. Paris rétablit se aux vers 474, 490 de Saint 
Alexis. Stengel, dans le Roland (3), essaie d’iuterpréter les 
graphies si (vv. 475, 998, 3169), à défaut de quoi il les 
garde purement et simplement (vv. 316, 3011, 3844). Dans 
le Pélerinage, Koschwitz élimine tout si au profit de se, 
vers 23, 68, 150... Dans la Chanson de Guillaume, se n’ap- 
paraît que de rares fois, vers 157, 175; aux vers 59, 76, 184, 


(*) Voir de nombreux exemples de ce phénomène dans Der anglonorman- 
nische Boeve de Huumtone, hgg. v. ALB. STIMmING, Halle, 1899 (Bibliotheca nor- 
mannica. VIT), p. 177. 

(2) G. Ryp8EerG, Zur Geschichte des franzôsisehen æ, Upsala, I, 1907, II, 1904. 

(3) Das altfranzüsische Rolandslied, kritische Ausgabe besorgt v. E. SrEN- 
GEL, Bd. I, Leipzig, 1900. 


GORMONT ET ISEMBART 211 


Suchier est obligé par la mesure de transformer sil du 
manuscrit en se il; ailleurs, règne si, 54, 64, 132... 

Suchier avait, sur l'origine régionale de notre plus 
ancienne langue littéraire, des idées personnelles, que rap- 
pelle assez le titre de la collection publiée par ses soins, la 
Bibliotheca normannica. 

Pour ma part, bien que je croie Gormont rédigé dans la 
langue centrale, je n’ai pu me résoudre, en préparant mon 
essai de texte critique, à ramener à l'unité le type de la 
conjonction conditionnelle. J’ai maintenu partout les gra- 
phies du manuscrit. 

C'est que les relevés de Rydberg, p. 980-993, font appa- 
raître tant de si à côté de se, même sur le sol de la France, 
que l’on à peine à croire à l’existence d’une forme unique. 
Que l’une des deux ait été prédominante; que le triomphe 
final de si sur se doive s’expliquer par le groupement se il 
> s’il devant consonne, comme le conjecture Rydberg, ou 
plutôt, comme le veut Gilliéron {{), par des groupements 
du type se icel > s’icel > si cel, j'en conviens volontiers. 
Mais ne peut-on admettre l’existence, dès le moyen âge, 
des doublets se, si : le premier remontant à cette forme 
anormale se, constatée en Gaule à dater du vif siècle (Ryd- 
berg, p. 244 ss.) et représentée dans d’autres régions de la 
Romania, l'Italie notamment; le second, continuateur 
direct du si latin, dont la survivance est attestée par le 
provençal, le catalan, l’espagnol? Pareil doublet a dû être 
répandu dans l’usage et accepté de tous : on en a précisé: 
ment une preuve dans les graphies divergentes de nos 
manuscrits. 


IV. — Nu ferai jeo 511. 


Lorsque les soldats du roi païen Gormont voient leur 
chef tué, ils supplient le renégat français qui les a amenés 
en pays ennemi, de ne point les abandonner : 


Pur le tuen Deu, sire Isembart, 
gentil, ne nus faillir tu ja! 


(4) J. GILLIÉRON, Généalogie des mots qui désignent l'abeille, Paris, 1918, 
p. 283-290. 


212 A. BAYOT 


A quoi il est répondu : 


Nu ferai jeo, dist Isembart, 
tant cum li miens cors durra. 


Scheler, Heiligbrodt (p. 532, 592) et jusqu'à Sostmann 
(p. 102). en 1910, interprètent nu comme une variante de 
nou — nel == ne le. Dans mon édition, j'ai restitué à ce 
mot sa véritable identité, en l’appelant, au glossaire, une 
forme tonique de la négation. 

1] s’agit là d’une de ces locutions négatives du type non 
fait, qui ont pour contrepartie les locutions affirmatives 
du type si fait. Les unes et les autres apparaissent avec nos 
premiers textes littéraires (1); elles se rencontrent dans la 
langue centrale pour ainsi dire jusqu’à notre époque (?), et 
elles survivent, sous des formes figées, dans bon nombre 
de patois (*). 

11 nous manque encore une étude d'ensemble à leur sujet. 
Mais grammairiens et philologues en ont souvent expliqué, 
ne füt-ce que partiellement, le mécanisme ({). Néanmoins, 


(1) J'aurai tout à l'heure l’occasion de citer les exemples du Roland, de la 
Chanson de Guillaume, du Pèlerinage, des Livres des Rois. Voici quelques 
autres spécimens, tous du xn° s. : Si faz, Chrétien de Troyes, Cligès 665; 
Si ai, Jeu d'Adam 655; Si sui, Maurice de Sully, dans Constans, Chrest. de 
l'a. fr., p. 149; Non ferai, Piramus et Tisbé 453, éd. C. De Boer (Classiques 
fr. du m. a., 26); Non ai, Chr. de Troyes, Percevaus li galois 381 ; Non sui, 
Jeu d'Adam 682. 

(2) Si fait est signalé chez Dancourt et J.-J. Rousseau par LirrTRÉ, art. Si 
adv. et Fait s. m.; il est aujourd’hui regardé comme familier, cf. Dict. gen., 
art. Si adv. Pour le surplus, j'ai noté au hasard de mes lectures : Si avoit, 
Saint François de Sales, OEuvres, 1, 180; Si est, ibid., XIIT, 226; Non ferai, 
Molière, L’Avare, V, 3; Non ay, Guill. Bouchet, Serées, éd. Roybet, V, 70; 
Non sera, La Fontaine, Contes, Il, 8,171. 

(3) A Chapelle-lez-Herlaimont (Hainaut), on dit : si fait, siy-a, siy-est, non 
fait, non-n-a, non-n-est. Lurquin, « Gloss. de Fosse-lez-Namur » (Bull. de la 
Soc. de litt. wallonne, t. 52, 1910, p. 144) relève un curieux cas de croisement 
entre ces diverses locutions : « Dans les discussions entre enfants, dit-il, la 
gradation des affirmations s'exprime ainsi : Oyi, — nonn«a, — Siya, — nonna«, 
— si fait, — non fait, — sifia, — non fia. » D'autres variantes dialectales 
seront invoquées plus loin. 

(4) Je citerai Du CaANGE, éd. HENSCHEL, IX, 284; LA CURNE DE SAINTE-PALAYE, 
VIII, 48, IX, 426; Drez, Gramm. des langues rom., 3° éd., 1877, III, 403; 
Œuvres de Froissart, Chroniques, t. XIX, Glossaire par SCHELER, Brux., 1874, 
p. 209; GRANDGAGNAGE-SCHELER, Dict. étym. de la langue wallonne, t. II, 1880, 


GORMONT ET ISEMBART 213 


on trouverait peu d'expressions qui aient été plus fréquem- 
ment mal comprises des éditeurs et des commentateurs 
d'anciens textes ({). 

D'habitude, les locutions de ce genre servent à contre- 
dire énergiquement une affirmation ou une négation qui 
précède : « Il est mors, fet li uns. — Non est. — Par la 
cervele Dieu, si est » (Roman de Renart, cité par Diez, 
Gr., III, 403). 

Alfred Schulze (?) a observé que, si le verbe est suivi de 
son sujet, la locution sert, au contraire, à marquer un par- 
fait accord entre l'attitude ou les intentions du sujet et la 
pensée qui vient d’être formulée. Cette distinction, admise 
de Meyer-Lübke, Gramm., III, $ 521, semble bien se véri- 


me 


p. 360, cf. p. 167-168; Le Courrier de l'augelas, HE, 1872, p. 148; A. STIMMING, 
dans la Zeitschrift für romanische Philologie, 1, 1877, p. 502; E. PERLE, tbud., 
JE, 1-3; O. Uzsricu, t01d., LI, 295 ; E. EBERING, tbid., V, 369; A. ScHULZE, 1bid., 
XX, 1896, p. 404-405; A. DARMESTETER, Cours de gramm. hist., IV, Syntaxe 
p. p. L. SuprE, 1897, p. 206; A. Haase, Syntaxe fr. du XVII s., trad. OBERT, 
1898, N 91,99; Mever-Lüpre, Gramm. des langues rom , ad. DouTREPoONT, III, 
Syntaxe, 1900, S 520-521; RypBErG, op. cit., p. 882: BruNoT, Hist. de la 
langue fr., I, 1906, p. 473-474, 1II!, 1909, p. 368; P. Kapew, Die Sprache des 
Suint Francois de Sales, diss. de Leipzig, 1908, p. 74, 80; K. HeNkeL, Syntak- 
hische Untersuchungen zu Guill. Bouchets Serces, diss. de Marburg, 1908, 
p. 90, 103; D. BEuRENS, Beilräge zur fr. Wortgeschichte und Grammatik. 
Halle a. S., 1910, p. 447; K. Vosser, Frankreichs Kullur im Spiegel seiner 
Sprachentwicklung, Heidelberg, 1913, p. 325; K. SNEYDERS DE VoGEL, Syntaxe 
historique du fr., Groninge-La Haye, 1919, p. 320; enfin et surtout L. FouLET, 
Petite syntaxe de l'anc. franc., 1919 (Classiques franc. du moyen äge, 21), 
S 253-257, 384. 

(1) GopEerRoy, VII, 413, saisit bien la nature des locutions si est, si fait; 
V, 521, il explique péniblement quelques textes avec non; IV, 745-746, il 
s’abuse sur la valeur de n« ou nou (lisez non) dans une série d'exemples, y 
vayant la combinaison ne + le. Bartsca, La lanque et la litt. fr., Paris, 1887, 
tombe dans la même erreur à propos des passages figurant col. 48 33, 109.19. 
Dexsusianu, La prise de Cordres et de Sebille, 1896 (Soc. des Anc. Textes fr.), 
p. 160, donne à tort la forme no des vv. 228, 1592, pour une contraction de 
ne lo Tout récemment encore, dans cette publication, si savante à tous égards, 
qu'il a consacrée aux Mystères et moralites du ms. 617 de Chantilly, Paris, 1920, 
Gusr. CoHEN, à côté des leçons si fait, p. 712, v. 2180, non feraie, p. 20, v. 422, 
ponctue de façon inexacte le v. 230, p 36 : Sy, a voir! ma chier mere, et 
imprime sans commentaire se feraige au v. 130, p. 43. 

(2) A l’occasion d’un compte rendu de la Gramin de l’a. fr. d'Érrene, dans 
la Zeitschr. f. rom. Phil., XX, 1896, p. 404-405. 


214 A. BAYOT 


fier en afr. Aux exemples tirés par Schulze de Marques de 
Rome, pourraient s'en ajouter foule d’autres : 


Vos me devez bien conseillier. 
— Si ferai ge, se tu me creiz. 
Eneas, dans BarTscH-WIEsE, Chrest., 10° éd., 27. 261. 
Montés sor un ceval, fait il, s’alés selonc cele forest esba- 
noiier... — Sire, fait Aucassins, grans mercis ! Si ferai jou. 
Aucassin et Nic., éd. SUCHIER, 1909, 20. 22-26. 
Or y pense. — Si fai ie, dame. 
FRoissART, éd. KERVYN, II, 15. 
Nous sommes d’une compaignie. 
Si ne le blasmés point. — Non fach je. 
ADAM LE Bossu, Le jeu de la Feuillée, éd. LANGLoIS. 947-948. 
.… ne ja Sanz vous nus ne me puisse aïdier ! 
Non fera il, qu’il n’i avroic mestier. 
Chanson de THIBAUD DE NAVARRE, dans BARTSCH-WIESE, 936. 32. 
Vo mere n’en morut mie, 
ce savez vos bien : 
non fera, certes, la fille, 
n’en doutez de rien ! 
Pastourelle, ibid., 62c, 47. 


La nuance qui s’accuse de la sorte (!) doit être tenue en 
vue dans l'interprétation du vers 11 de Gormont. Là aussi, 
le sujet est exprimé : nu ferai jeo. La réplique d’Isembart 
aux prières des Sarrasins, l’adjurant de ne point les aban- 
donner, revient à dire : « Je suis d'accord avec vous pour 
n’en rien faire » ou, si l'on veut, « Certes non, je n’en 
ferai rien ». 

Le sens de l'expression étant ainsi précisé, il reste un 
point obscur dans ces trois mots du fragment de Bruxelles, 
à savoir la forme même de la négation. 

Il s'agit d’une forme tonique, qui, dans la généralité des 
cas, se présente sous le type non. Toutefois, les manu- 


(!) Cette nuance paraît s'être effacée à l’époque moderne : 
Crispin. Voilà ce qui s'appelle un vraiment honnête homme ! 
Si généreusement me laisser cette somme ! 
GÉRONTE. Non ferai-je, parbleu ! | 
REGNaRD», Légataire, V, 7. 


GORMONT ET ISEMBART 215 


scrits de nos plus anciennes œuvres, qui ont été exécutées 
en Angleterre, lisent souvent nu ou no : 


Roland. Nu ferez 255. 

Chans. de Guillaume. Nu frai ja 418. No sunt 155. 

Ch. de Rainouart (suite de la précédente). Nu ferez 2589, 2673. 
Nu faimes 3385. 

Pélerinage. Nu frez 39. 

Li quatre Livre des Reis, éd. Currius (Gesellsch. für romanische 
Lit., 26). Nun fis, p. 9. Nu fait pas, p. 30. Nu faire, p. 81, 82. Nu 
frad pas, p. 90. Nu fras, p. 91, 185. Nu sui, p. 213. 


Diez, Gramm., III, 403, n. À, parlant de cette forme 
abrégée, nu pour non, si fréquente dans les manuscrits de 
provenance anglaise, ‘a considère comme dialectale. Elle 
peut être rapprochée d’autres cas de disparition de n 
devant consonne, dans les textes de même provenance; 
Stimming, Der anglonormannische Boeve de Haumtone, 
p. 217, en a rassemblé de nombreux exemples : ainsi e 
(— en) lui meïsme 1035, espiet trechant 1301, du Roland; 
e (— en) mun pais, de la Vie de saint Auban; avaward, 
cuvenable, mots français passés en moyen anglais; etc. 

En dépit de ces indices, j'ai longtemps hésité à regarder 
la graphie nu ferai de notre manuscrit comme sûrement 
anglo-normande. Certains textes continentaux offrent des 
phénomènes de réduction analogues, même si ceux-ci ne 
se trouvent pas dans des locutions de tout point semblables 
à celles dont nous parlons. La Prise de Cordres et de 
Sebille, que son éditeur, Densusianu, dit écrite et copiée 
dans la région de l’Est, donne no ferai 228, no ferons 1592. 
Rydberg, Zur Gesch. des fr. æ, p. 452, 882, tire d’une 
charte bourguignonne de 1287 : se faire no voloit li dis 
cuens; d’une charte de Châlons-sur Marne, 1249 : s’il no 
fait, se li ploierres no fai! ; d’une charte de Joinville, 1958 : 
.. Ou tl nou poist avoir le demei mui de blef ; d’une charte 
de Reims, 1269 : ne no faisoit chose que elle ne deust. 

A leur tour, les patois actuels présentent des exemples 
de la forme réduite, à côté de la forme pleine : 


Atlas linguistique de la Fr., Suppléments, 1, 154 : nou fé au point 
285 (Pas-de-Calais), nou fiwé 276 (id), nou fe 397 (Jersey), nou fè 
et non è 399 (Guernesey). 


214 A. BAYOT 


Hécarr, Dict. rouchi-fr., 3° éd., Valenciennes, 1834, p 322 : 
nonfé et noufé, nonfra et noufra. 

L. VERMESSE, Dict. du pat. de la Flandre française, Douai, 
1867, p. 356 : nou fait ou non fait. 

P. LEGRAND, Dict. du pat. de Lille, 2e éd.. Lille, 1856, p 104: 
nou fé, 

L. VERMESSE, Vocab. du pat. lillois, Lille, s d., p. 118 : nou fait. 

J. CoRBLET, Gloss. du pat picard, Paris, 1851, p. 498 : no foet, 
synonyme nou fait : dans l’arrondissement de Vire, on dit nouffai; 
— p. 499 : nou fouèêt, nou fait ; dans l’arrondissement de Caen, on 
dit noufait, comme à Boulogne-sur-Mer. 

A LEDIEU, Petit gloss. du pat. de Démuin, Paris, 1893, p. 171 : 
nou foi. 

E. et A. DuMÉRIL, Dict. du pat. normand, Caen, 1849 : non fai 
(arr. de Caen), nouffai(arr. de Vire). nonfrai (arr. de Valognes) 

H. Moisy, Dict. de patois normand, Caen, 1887 : non fait, à 
Jersey et Guernesey nou fait. 


CH. GUERLIN DE GUER, Le parler popul. de la commune de Thaon 
(Calvados), Paris, 1901 : nou fe. 


Voilà une documentation bien incomplète, sans doute. 
Elle permet cependant d’apercevoir, dans une certaine 
mesure, l’aire de diffusion des formes réduites de non. Ces 
formes, quel qu'ait pu être leur processus historique — 
amuïssement de l’n à l’époque ancienne ou dénasalisation 
de la voyelle à l'époque moderne — demeurent étrangères 
au centre de la France. Les documents de cette dernière 
région s'accordent avec l’immense majorité des textes afr. 
pour maintenir non comme négation tonique devant con- 
sonne : une charte parisienne de 1407, citée par Rydbereg, 
p. 452, porte : fu respondu que non feroient ilz; une autre, 
de 1411 : non fait et ne vault. 

Dès lors, il semble bien que, dans un texte critique 
entièrement régularisé — et sans remettre en question le 
principe même d’un travail de l’espèce, sur lequel j’ai fait, 
en due place, les réserves nécessaires — la leçon de notre 
manuscrit pourrait être amendée en nun ferai. Suchier, 
pour la raison indiquée ci-dessus, à propos de la conjonc- 
tion conditionnelle, maintient, dans la Chanson de Guil- 
laume, les formes abrégées du copiste. Koschwitz, au con- 
traire, restitue la forme complète dans le Pélerinag'e, parce 


GORMONT ET ISEMBART 21" 


que, comme je le fais pour Gormont, il croit son poème 
écrit dans la langue littéraire du centre de la France. 


V. -— deveret 633. 


Voici une leçon fameuse du fragment de Bruxelles. 
Déchiffrée sous la forme dueret par les deux premiers édi- 
teurs, qui n'avaient pas remarqué la présence d’une abré- 
viation, elle a été interprétée comme un plus-que-parfait 
organique de l'indicatif, et on y a vu le dernier exemple 
d’un tel temps en français ({). 

Est-ce bien un plus-que-parfait? Pour en juger, il con- 
vient de remettre sous les yeux le passage, tel qu’il se lit 
dans le manuscrit : 


La u chaï li Margariz, 628 
au quarefoz de treis chemins, 

lez un bruillez espés foilli, 

de Danme Deu li membra si 

que ja dirra le franc gentil 632 
par quei il deveret bien garir : 

« Seinte Marie, genitrix, 


depreez en vostre beau fiz, 653 
qu’il eit merci de cest chaïtif! » 
Dans le texte critique, j'ai amendé comme suit le 
vers 633 : 


par quei il dévret bien guarir 


et j y ai joint cette note : « L'accent rythmique, tombant 
sur la première syllabe du mot, dénonce dans dévret un 
plus-que-parfait de l'indicatif, Si l’on pouvait construire 
il bien dev., peut-être serait-il plus simple de considérer 
deveret comme une graphie anglo-normande du condition- 
nel devreit. » 


(1) G. Paris, Étude sur le rôle de l'accent latin en fr., 1862, p. 132; LE MÈME, 
Saint-Alexis, 1872, p. 30, n. 1; LE MÊME, Romania, V, 1876, p. 380; K. Foru, 
dans les Romanische Studien, 11, 1876, p. 235; HerzieBronT, dans son édit., 
1878, p. 83 ; E. SreNGEL, Wôrlerbuch dans les Ausgaben und Abhandlungen, 
I. 2, 1882, p. 242 ; KôRTING, Formenbau des fr. Verbums, 1893, p. 340 ; G. Paris, 
Romania, XXXI, 1902, p. 447; Nyror, Gramm., II, 1903, K 4; SosrmanN, Der 
Formenbau... in Gorm. et Is., 1910, p. 63. 


218 A. BAYOT 


John Orr, rendant compte de ma première édition dans 
Modern Language Review, XV, 1920, p. 266-267, estime 
que la correction ainsi suggérée aurait pu être faite utile- 
ment Deveret du manuscrit, observe-t il, est le condition- 
nel de devoir, réclamé par le contexte, de même que ave- 
rez 4 est le futur de avoir. L'idée d’un plus-que-parfait, 
provoquée par la fausse lecture dueret, doit désormais être 
abandonnée. 

Examinons les choses dé près et pesons avec soin les 
éléments du problème, au risque de pécher par excès de 
minutie. 

En toute hypothèse, puisque la mesure l’exige, le second 
e de deveret peut être assimilé à l’e épenthétique des scribes 
anglo-normands : cf. avras 268, averas 9264, aurez 133, 
averez 4, ravrés 181, raverez 2173. 

Quant à la terminaison -et, est-elle une graphie du scribe 
pour -eit? J’ai noté, dans mon édition, quelques exemples 
du passage de ei à e : ainceis 528, ainces 249, crestrai 381, 
eis 47, es 11, treis 97, tres 623. On remarquera qu’il s’agit 
partout de ei suivi d’s. L’assonance ei des vers 87-111 et 
418-419 est fidèlement conservée. Aucun cas de réduction 
ne s’observe parmi les flexions du conditionnel ou de l’im- 
parfait de l'indicatif : serreie 498, serraie 639, lerroie 209. 
lerreit 306, suleie 176, veneie 427, 638, esteies 215, poeit 305. 
Bien entendu, dans d’autres manuscrits de provenance 
anglaise, il arrivera que la réduction affecte le condition- 
nel. Qu'on se reporte, par exemple, à Saint Brendan, dont 
Bartsch reproduit le debut, avec les variantes, dans La 
langue et la littérature française, Paris, 1887 : À, le manu- 
scrit de base, qui est de la fin du xn° siècle, lit voldret au 
vers 20 de la colonne 72, contre voldreit de BDE; il y a là 
sûrement un conditionnel, car, quelques vers plus loin, se 
présente une phrase parallèle où l’on trouve, cette fois, la 
forme pleine. Au total, donc, l'hypothèse devret < -eit n’est 
pas exclue en ce qui regarde les habitudes graphiques de 
notre copiste; mais elle n'a pour elle qu’une probabilité 
restreinte. 

Si nous avons réellement à faire à un conditionnel, la 
métrique propre à Gormont exige que l’adverbe bien soit 
reporté avant lui. On pourrait alléguer, à l’appui de cette 


GORMONT ET ISEMBART 219 


construction, les passages du poème où un adverbe vient 
s’ipsérer entre le sujet il et son verbe : 


s’il lores ne joste a lui a en camp (14); 

e eus si funt sanz redutee (497, cf. 598); 
u il ainceis l’ot mort rué (528) ; 

or sai jeo bien que il veir dist (640). 


N’empêche que le déplacement de bien irait à l'encontre 
de l’usage syntaxique. Cet adverbe, dans les anciens 
textes, suit le verbe devoir, à moins qu’il ne se trouve en 
tête de la proposition : 


Gormont.  Mesavenir vous en deit bien (353). 
Roland. En France, ad Aïs, s’en deit ben repairer (36). 
En France, ad Aïs, devez bien repairer (135). 
Li soens orgoilz le devreit ben cunfundre (389). 
Ben devuns ci estre pur nostre rei (1009). 
Li emperere nos devreit ben venger (1149). 
Guillaume. Munte le tertre! Tu deis bien esguarder 
cum bien unt homes e en terre e en mer (173-174). 
Bien te deis faire tenir al pris Guillelme (213). 
En grant bataille nus deis bien maintenir (298, 302). 
Co dist Guillelmes: «Bien deis chevaliers estre»(1672). 
Pèlerinage. Quis conduit et governet bien deit estre poanz (97). 
Bien deit li reis amer qui li abandonat (433). 
Et dist ior Charlemaignes : « Bien dei avantgaber...» 
[453). 
Envers humilitet se deit hoem bien enfraindre (789). 
Couronne- Veir, dist Richarz, bien devreie enragier (2064). 
ment de Louis Frans chevaliers, bien deüssiez reis estre (2175). 


A défaut d'indices sérieux en faveur du conditionnel, 
l'hypothèse d’un plus-que-parfait trouve immédiatement de 
solides appuis. 

Phonétiquement, dévret < deb(u)erat s’explique à sou- 
hait : comp., dans Eulalie, avret < ab(u)érat, voldret 
< vol(u)érat. Certes, l’idée d’un plus-que-parfait s’est 
d’abord fondée sur la fausse lecture dueret ; mais — il faut 
le rappeler à l’honneur des philologues qui se sont occupés 
de cette forme — G. Paris (S. Alexis, p. 30.1) avait soup- 
çconné l'erreur et Heiïiligbrodt (p. 583) conjecturait juste- 
ment devret. | 

Sous le rapport de l’accent rythmique, on l’a signalé 


16 


220 A. BAYOT 


tantôt, ce même dévret donne pleine safisfaction, sans 
imposer nulle retouche au texte du manuscrit, 

Enfin, il fournit, si je ne m’abuse, un sens plus satisfai- 
sant que devreit. 

Considéré sous ce dernier aspect, le problème relève de 
la signification attribuée à la locution devoir + bien + infi- 
nitif, Les extraits des chansons de geste contemporaines de 
Gormont cités tantôt permettent de discerner quelques- 
unes des nuances sémantiques qui s’attachent, en l’occur- 
rence, au verbe devoir : 

a) « être tenu, en vertu d'une obligation morale, de 
+ inf. ». Cf. Roland 36, 135, 1009, 1149; Guillaume 1173, 
213, 298 ; Pélerinage 453. 

b) « être amené, par la force des choses, à + inf. ». 
Cf. Gormont 353, Roland 389, Couronnement 2064. 

c) «offrir une grande probabilité de + inf. ». Cf. Pèle- 
rinag'e 97, 4335. 

d) « être digne, mériter de + inf.» Cf. Guillaume 1672, 
Couronnement 2175. 

Les faits évoqués dans la phrase, relativement complexe, 
qui remplit les vers 628-633, se succèdent à trois moments 
distincts du passé. Isembart étant tombé épuisé, dit le 
poète, 1. il lui souvint de Dieu eu telle façon que — 2. bien- 
tôt, cet homme, resté malgré tout de bonne race, allait 
prononcer des paroles {de foi, de piété et, donc, de repen- 
tir] — 3. à la suite desquelles il allait, disons provisoire- 
ment : être question de son salut. 

L'ancienne langue mélange librement, en une même 
phrase, le présent historique et les temps du passé. Venant 
après le parfait membra, qui est le verbe principal, dirra, 
futur simple par la forme, fait l’office d’un futur dans le 
passé, et il à cet avantage, tout en restant clair, de rendre 
l'expression plus vivante. Au regard de dirra, le vers 633 
amène un nouveau futur dans le passé. Pour traduire ce 
dernier, l'écrivain peut employer la force normale, devreit : 
«. des paroles à la suite desquelles Isembart allait méri- 
ter d’être sauvé ». Mais, alors, il s'expose à une amphibo- 
logie facheuse; car le conditionnel, succédant à dirra, 
risque de faire moins sentir sa valeur temporelle de futur 
dans le passé que sa nuance modale, qui est de présenter 


GORMONT ET ISEMBART 221 


l'action comme dubitative : « Isembart prononcera des 
paroles à la suite desquelles il mériterait bien d’être sauvé 
[mais on ignore ce qu’il en est advenu] ». Sans doute, une 
idée purement potentielle comme celle-ci, une syntaxe 
rigoureusement nuancée la rendrait, dans la proposition 
dépendante, par l’imparfait du subjonctif. Il n’en reste pas 
moins que le conditionnel devreit peut abuser l’auditeur 
sur la véritable pensée qui anime cet épisode de la chan- 
son. Bédier, Légendes épiques, IV, 35, parle à juste titre 
de « la noble pitié du poète » pour le renégat si misérable. 
D'ailleurs, puisque Isembart invoque Dieu et la Vierge 
dans des sentiments de contrition, la doctrine chrétienne, 
qui enseigne que la miséricorde divine est infinie, donne à 
croire qu’il sera sauvé. Et, en l’absence des dernières 
pages du poème, il est permis de conjecturer que la légende 
envisageait le salut du eriminel repentant comme vrai- 
semblable. Dans la version de Philippe Mousket, après 
sa mort, tous ses parents embrassent la vie monastique 
afin d’expier pour lui; et le rimeur tournaisien raisonne 
ainsi Sur SON CAS : 

. etsa mere proia toudis 

que s’arme alast en paradis, 

pour çou que pecies l’avoia 

quant pour Gormont Dieu renoia ; 

mais, à la mort, s’en repenti 

e del tout a Dieu s’asenti ; 

e bien i fu ses esperis, 

si n’os dire qu'il soit peris. 

BarTsCH, La langue et la litt. fr., col. 434. 
Si l’auteur de notre chanson croyait le cri de détresse 

d’Isembart capable d’épargner au renégat la damnation 
éternelle et si, d'autre part, son instinct d'écrivain l’aver- 
tissait d'éviter devreit au vers 633, il a fort bien pu recou- 
rir à l’archaisme dévret. On a spéculé à loisir sur le sens 
du plus-que-parfait dans nos très anciens textes (1). De 


(1) On peut lire là-dessus les ingénieuses spéculations de ERNST GAMILLSCHEG, 
« Zur Verwendung des organischen Plusquamperfektums im ältesten Fran- 
zôsischen », Zeitschr. für romanische Phil., t. 33, 1909, p. 129-134. Mais on 
se reportera toujours avec profit à l'étude plus systématique de K. Forx, « Die 
Verschiebung lateinischer Tempora in den romanischen Sprachen », Roma- 
nische Studien, hgg. v. E. Borne, t. Il, 1876, p. 253-280, 297. 


2929 A. BAYOT 


signification quelque peu flottante, à raison de son état de 
croissante désuétude, il correspond, pour l’ensemble, à un 
prétérit, imparfait ou parfait. C’est dans cet emploi que 
nous le montre encore le seul exemple connu du x1° siècle, 
le vers 125 de Saint Alexis : 


Ne vo sai dire come il s’en firet liez. 


La signification temporelle de dévret, dans Gormont, ne 
sera pas sensiblement différente et, suivi de guarir, il 
marquera l’imminence de l’action annoncée par cet infi- 
nitif : «.. des paroles à la suite desquelles Isembart offrait 
une grande probabilité d’être sauvé » ou, pour traduire 
moins schématiquement, « .…, à la suite desquelles il avait 
toute chance d'obtenir son salut ». 

En résumé, devreit, dans le contexte, prend le sens de 
« mériter »; mais, par sa forme, il laisse planer un doute 
sur l'efficacité de la prière d’Isembart. Dévret, au con- 
traire, fait entrevoir comme probable le salut du noble 
français, venu à résipiscence. Cette signification toute 
naturelle, et en parfaite harmonie avec l’esprit de la 
légende, a bien quelque valeur probante. Elle corrobore 
les arguments tirés de l’accentuation rythmique et de la 
syntaxe. En faut-il plus pour authentiquer cette forme 
dévret, si archaïque qu’elle paraisse dans notre chanson ? 


ALPHONSE BAYOT. 


Zur Filiation 
der taulerischen Handschriften. 


In meinen neulichen Deutungsversuchen schwieriger 
Wôrter und Stellen der taulerischen Predigten ({!), ist es 
mehr als einmal zuträglich erschienen, die Abhängigkeit 
des Vetterschen Textes von einer mitteldeutschen, be- 
ziehentlich niederrheinischen Vorlage vorauszusetzen. 
Die Wahrheït dieser vorgefassten Meinung, dass die Ab- 
schreiber der in Frage kommenden obd. Hss. von einer 
md. Vorlage ausgingen, wollen wir in Folgendem prüfen 
und so versuchen, das' Verhältnis der Mss. zu einander 
um ein Weniges genauer zu bestimmen. 

Von vornherein ist die Môglichkeit einer alten Kôlner 
Hs. gegeben : schon 1339 verweilt Tauler dort; man weiss, 
dass er am Gertrudenkloster wirkte (?)}, und der selige 
PEerrus Caxisius, der sich sonst auch NovromaGus nannte, 
versichert in der Vorrede zu seiner Ausgabe vom 
Jahre 1543, er habe « mit fleiss nach den ware geschreyben 
exemplaren [von Taulers Predigten] zù [uns ?| überkomen 
|vmbgefragt | vnd zülest anno 1542 zû S. Gertruden in 
Collen (da der gedachte doctor zù wonen vnd das wort 
gotes zù predigen plach) vnd auch an anderen orten ge- 
schreiben bückher {so alt das die schrift an etlichen orten 
gar nach verschlissenn was) gefunden » (). 


(1) Neophilologus 1922, S. 30-39; Bull. bibliogr. du Musée BELGE, 1924. 

(?) s. z. B. L. NauUmaNN, Ausgew. Prediglen J. Taulers, Bonn, 1914, S. 26 : 
«Taulerus ist ein prediger jm kloster zu S. Gertruten zu Collen gewesen ». 

(3) Des erleuchten D. Johunnis Tauleri.…. Predig | Leren | Epistolen | Can- 
tllenen | Propheten |. Collen, 1543. Ich durfte das Exemplar der Strassburger 
Universitäts- und Landesbibliothek benutzen, das urspr. Eigentum des Bux- 
heimer Karthäuserklosters war. Meinen herzlichen Dank! 


224 A.-L. CORIN 


Wir dürfen sogar mit einigem Rechte annehmen, dass 
diese verschollene(n) Hs(s). früher zustande kam(en) als 
das älteste uns bekannte Ms , das Engelberger. Dies es ist 
am 20. September (« Sant Mathis abent des zwelfbotten ») 
1359 *ausgeschrieben’ worden, weniger als zwei Jahre vor 
Taulers Tod. Nach K. Bihlmeyer soll gerade sie allein 
noch die älteste in Kôln entstandene, von Tauler selbst 
durchgesehene Sammlung seiner Predigten repräsen- 
tieren (?) (VETTrER, S. 1v). 

Doch betrachtet Vetter selber den Freiburg'er Codex als 
mindestens ebenso alt wie den Engelberger. Jener « zeigt 
altertümlichere Schreibung als die anderen Texte, weist 
aber bereits starke Fehler und Versehen auf.» Es ist be- 
dauerlich, dass Vetter nur eine Auswahl von Lesarten 
dieser Hs. mitteilt, denn gerade für unseren Zweck sind 
« Fehler und Versehen » nicht zu überschätzen. So wie er 
ist, gewährt der kritische Apparat nur karge Ausbeute; 
diese genügt jedoch,um eine gewisse Abhängigkeit der Hs. 
F von einer älteren md. (ripuarischen ?) festzustellen. 


Vokalismus. 


I. Von Belang mag schon die Verwechslung der 1i/e 
Selbst- und Doppellaute sein; hierzu rechne ich eine 
Reiïihe von Erscheinungen., deren Wert ich Kkeineswegs 
überschätzen môchte, die aber mit ins Gewicht fallen. 

4° Die Verneinungspartikel ni, ne, en kommt in F häufig 
unter der Form in vor, wie in den Wiener Hss. Auch E 
weist diese Gestalt ein paar mal auf ({) : 

in F : 75.9 ingenüget, 400.93 inwer, 432.24.32; 433.3 ; in 
E : inhabent 345.14, inkoment 248.98, in vor enthalt radiert 
345.14, vor keinen in en korrigiert 319.93. 

9 Man trifft dis als Genitiv des Artikels der an : 314.6; 
300:29:91:90. 

3° Die Vorsilbe ent- < and- wird in F einmal üint- 
geschrieben, mehrmalen sogar zu in- reduziert. Dies 
kommt auch einmal in A89 vor. Vgl. Lascx, Mndd. 
Gramm., 291, 111 : 


(t) Die erste Zahl verweist auf die Seite der Vetterschen Ausgabe; die fol- 
gende(n) auf die Zeile(n). Ein Kommapunkt trennt zwei Seitenangaben. 


TAULERISCHE HANDSCHRIFTEN 225 


in F : intkleit 398.14, ingen (— entgegen?) 82.31, herin- 
gegen 91.21, ingegenwertig 60.3, dieses auch A 89. 

Anmerkung. Ein weiterer Gebrauch von in in F geht 
auf ahd. inde zurück. Da diese Form aber im mhd. 
allgemein vor und(e) gewichen ist, glaube ich ihn ver- 
zeichnen zu dürfen. 

Und findet man ferner nicht selten mit der Präposition 
in vertauscht. Hat die Hs. F in, wo man das Bindewort 
erwartet, so hat man ein Recht zu vermuten, dass die 
Quelle des oberd. Ms. in (oder in — inde ?) für und schrieb 
und dass der Abschreiber diese (mundartliche, Form ge- 
dankenlos übernahm oder zu ersetzen vergass Und wenn 
dieser nun gar das Verhältniswort in oder die Ver- 
neinungsvorsilbe in- fälschlich durch und wiedergibt, so 
wird diese Vermutung zur Gewissheit. Vgl. FRANCK Mndi. 
Gramm., S 57. 

27.351 : und were F, A89 (‘und’ ausgestrichen A88) aus 
inwere zu erklären. 

137.20 : In dise KE, in disen A88 (‘in fehlt S); V ver- 
mutet Ja. Die Wiener H. 2744 hat auch In deisen, was 
aber zu lesen ist : Zn[d] deise(n). 

44,99 und F statt in ; 

159.18 und E statt in S ; 

161.36 in E statt und S; 

152.8 in F, und ES; 

184.2 vnd F, in V ; 

185.19 in E, und FS : 

243.1 in E (in und verbessert), und S ; 

155.11 ein E, und S. 

4° Auf nur einmal belegte Erscheinungen (wie leblichen 
F für lieplichen 266.9 ; ime F neben eime ES 184.7, beide 
durch eme zu erklären usw.) will ich nicht eingehen ; 
einige auffallende Fehler seien aber noch verzeichnet : 

nienan schreibt F für neme 1 402.45 (1); derselbe Kopist 
spricht einmal von Wäldern (welden), wo von der Wild- 
nis die Rede ist (wilden) 399.4 ; auch $S setzt einmal freide 
für fride 308.34. Von grôüsserer Tragweite ist der fol- 
gende Fall : 


(1) neman — nieman. Wiener Hs. 2744, 91vV : An deisen weich inwilt 
neman. 


226 A.-L. CORIN 


Seite 17.21 liest man : daz ist die mirre die Got git 
(= gibt) (), es si welicher kûünne daz si... und 

Seite 17.95 : das minste und daz meiste liden.. das get hie 
uz dem grunde, als hiesse es : das g'eht (— kommt) hier... 
(F, A91, A89, A88), während es die Wiederholung des 
früher gebrauchten Ausdruckes ist und man es deuten soll 
als : das gibt er, nl. Got ; die Wiener Hs. 2739, 972 hat : daz 
git he. Demnach stünde also : get für git und ie für (Ae), er. 

9° Liesse man diese Deutung auch nicht gelten, so wäre 
noch auf folgende Stellen hinzuweisen : 

311.10 der aus die von jüngerer Hand korrigiert in E; 

415.95 wie für wer; 

189.31 hie anstatt er F, 61.18 in ES : hie ist war... — er 
ist war. 

Auch ist 126 29 die Verschreibung inen in A91 für man 
(in S) nur durch Annahme einer ursprünglichen Form 
men zu erklären (?). 


II. Ein ähnlicher Wechsel zwischen u/o Selbst- und 
Doppellauten ist nicht weniger häufig.: 

1° Dem selten statt on vorkommenden sunder in $, ent- 
spricht sonder in F 414.4; torn steht für turn, turm 199.9. 

2° Mit LEHMANN glaube ich, dass, in folgendem Befehl, 
an den Widder (Bock) aus Gen. 22.15 zu denken ist und 
nicht an den Bauch, 405.33 : « dœte den buch und lo den 
sun lebende ». Aus buck verlesen, verschlimmbessert oder 
verhochdeutscht? 

3° Ouch steht irrtümlicherweise für 0, och und umge- 
kehrt : 


32.24 ouch für 0 F : 15.14 ouch für © F'; 
32.25 » FS; 189.1 ouch für och F ; 
32.26 » Fe; 184.14 » E ; 
38.24 » F'; 360.9 ockR v. j. Hand 

46.3 » F°; in ovch korrig. E; 
19729 ». Fr 336.10 och für ouckh E ; 


(:) Wiener Hs. 2739, 964 : dei got giet… 

(?) Auf Monophtongierung des ie geht wohl folgender Schreibfehler zurück 
172.6 : in A 88 steht dort vigende statt unden, was man leicht erklären 
kann, wenn man ein ursprüngliches winden vermutet. 


TAULERISCHE HANDSCHRIFTEN Peu 


Einem ug. au entspricht ferner ein o statt eines ou in 

verdobt 192.9 (E S); 

urlop, urlob, urlobe 115.4; 151.4; 232.924 (A 88; ES; ES); 

erlobt aus geurlobt radiert und korrigiert in E, wofür 
erloubet in $S 261.24; 

unerlobten in E von jüngererHand aus ung'eurlobten 
radiert und korrigiert 210.22. In S steht unerlovbeten ; in 
F aber vngevrlobeten (vgl. Ndl. ongeoorloofd). 

Umgekehrt schreibt F tôme (!) 156.5 statt (ûme — Dom. 

Einem Zeitwort füelen in À 88 entsprechen in $S und in 


F voelen, volen 89.30, 86.22.27. Für füelen steht wohl 
auch 83.30 in F gevollen (smag vnd gevollen), wenn auch 
S dafür schreibt : gesmack und gevallen. Man vergleiche 
84.18, wo S smacken und bevinden schreibt, während F 
smacken und voilin hat. Dieses recht charakteristische 
Längezeichen à findet man noch 117.3 in voilet. 

In E habe ich follin mit der Bedeutung von Fülle ge- 
funden 364.26. 


B. Konsonantismus. 


1° Wenn man in F in zustrowung'e liest, so unterliegt 
es keinem Zweifel, dass zu- die md. (apokopierte) Form 
der Vorsilbe zer- ist (Ndd. to-; vgl. Lasch, 211.vir); vgl. 
die Wiener Hs. 2739, 68C : zutreden — zertreten u. à. 

2 Ein inlautendes b wird v oder sogar f geschrieben in 
einem Wort, das auch sonst seinen Ursprung nicht ver- 
leugnen kann : 

boven, inboven, herinboven, inbofen 43.5 ; 414.9: 117.21 ; 
De Rite 07.20 5114); 98.),% A 191. 

Anmerkung. Das ähnlich gebildete büzen ist auch md. 
Es kommt vor statt do ussen : 82.91 in F und A 91; (statt 
usser : 104.12 in À 91). 

3° Wenig Wert ist wohl der Schreibung s für sch in 
mens (?) F 94. 31 oder menslicher Krankheit E 951.11 
beizulegen. (Vgl. FRaANCK, 111 ; MicneLs, 118 Anm. 1). 


(1) vgl. ogen — Augen 169.33 in E. 

(2) Hier verschrieben : inbonen für inbouen. 

(8) V:e eines iht wisse; App. eines] mens F. Dies ist aber zu guter letzt wohl 
als men [e]s aufzufassen? Vel. Wiener Hs. 2739, fol. 146: : ee man 1z wizze. 


228 A.-L. CORIN 


Bedeutend ist dagegen die Feststellung, dass in der 
9. Predigt F stets süchen statt süftzen schreibt 43.27 fg. 
Denn eine solche Lesart ist nur zu begreifen, wenn man 
annimmt, dass die Vorlage suchten (< suften) ent- 
hielt, also md. war — Auch $ hat einmal (394.8) ursprüng- 
lich sâchende statt suftzende ; es ist aber im Ms. ‘durch- 
gestrichen und Kkorrigiert’. Auf Seite 1642.49 hat der 
Vettersche Text süchen, wo der Baseler Druck seufftzen 
schreibt. 

4° Unverschobenes d im Anlaut findet man in dœte 405 33 
in S, dürre (— Türe) (251.16.17) in S, dürrin (226.93) neben 
turrin (251.16.17) in E ; 

421.25 ist gebende statt gebete nur aus der md. Form 
gebede zu erklären. 

5 Die Abwechslung der Formen porte und pforte in der 
8. Predigt beweist nichts, weil beide Formen dieses lat. 
Lehnwortes im mhd. gang und gäbe waren ; auf eine md. 
Quelle weist aber entschieden das unverschobene p in 
pinftstwünchen (1) (— Pfingstwoche) F 435 zu 110.4. 

Mitteldeutsch ist ferner kloppele in F (431 7) für Alopfel. 

In eine noch nôrdlichere Gegend (Kôln?) (2?) gehôrt 
welpelin KF (40.25 4419.21), wofür S welfelin oder gar 
hündelin schreibt. 

6° Marporzen in E (210.22), wofür S Marcpforten setzt, 
ist nicht nur md. sondern spezif. külnisch, denn es ist der 
ortsübliche Name einer Strasse, die in der Verlängerung 
der Grossen Sandkaulstrasse liegt und mit der Hohen 
Strasse parallel läuft. (Auf Stadtplänen heute Marspforten 
d. h. aber Marc[u]spforte !). Der lokale Name kvnnte frei- 
lich in seiner heimischen Form auch von einem obd. 
Schreiber übernommen worden sein. 

Aber auch von der Vichtverschiebung eines { (eines 
anlautenden) haben wir ein treffendes Beispiel : 83.6 steht 
für | 

ZWUSCHENT Jherusalem [und Betaniam] 

in Fr: in tutschen th... 4.1 TILTUSSCREN OLIS 


(1) Zur Näselung vgl. wuncher neben wuocher Lexer III. 1001. 
@) Im Ripuar. ist æp unverschoben, im heutigen Kôlnischen auch FE: 
s. Müncn, Gramm. d. rip.-fr. Ma., S. 78. 


TAULERISCHE HANDSCHRIFTEN 229 


Zwischen ist nun, nach BEHAGHEL (1), das einzige Wort 
im Ripuar,, wo die Verschiebung im Rückstand ist ; noch 
in Andernach gilt {üsche neben zwûüsche und in Arel 
tüschen neben zwæschen (A. BERTRANG, Grammatik der 
Areler Mundart, Brüssel, 1921. S. 219). 


C. Dies und das. 


Es môügen hier noch einige lose Bemerkungen folgen : 

1° Anstatt adverbialer Zusammensetzungen mit von hat 
F nicht selten solche mit abe, wie sie in den Wiener Hess. 
zu finden sind : danabe, hinabe, derabe 81.384; 77.26; 92.16; 
2606.12; 400.2; 414.6; 114.93. 

% Dem Wort etliche entspricht sehr oft soliche in 
AUD A2 52 PT", 200.2 2 209.107 282:30: 
A UN JU DD JIM. IU0.Je. 2101012: 401.2: 
203.3.18 usw. 

Nun steht durchgängig soliche in der Wiener Hs. 2744. 
Es ist wohl mit V anzunehmen, dass es für sumlich (Ndl. 
sommig) steht. LExER belegt die zusammengezogene Form 
sulch einzig und allein aus BEcxs Beiträgen zu Vilmars 
Æurkhessischem Idiotikon, d h. aus einem nôrdlichen md. 
Gebiet (Kassel liegt auf der Hôhe von Düsseldorf!) 

3 A ne steht gewôühnlich für aber, sondern in den Wiener 
Hss. Ist es zu lesen aue und mit aver, aber in Verband zu 
setzen oder sollen wir es erklären durch Hinweis auf sun- 
der — (ohne und) sondern? Ane steht in dieser Bedeutung 
auch in E 137.26 ; 2923.19 (im Baseler Druck : und). 

E hat.einmal ob, wo man oder erwartet 227 16. Man vgl. 
ndl. of in beiden Bedeutungen. So auch in den Wiener 
HS$ss. : ave, ove. 

4° In dem Ausdruck : den ussern menschen, den alten, 
den ersten menschen 925.19, betrachte ich ersten als ein 
Missverständnis einer ma. Form ertsen d. h. irdischen. 
So schreibt die Wiener Hs. 2739, fol. 55: den irdeschen 
menschen. 

9° 186.5 liest man : und in dem so ist manig mensche 
der alle sine werk hat verderbet und verqwetscht, das er 
wening werke alle sine tage Rat getan. 


(*) Die dt. Sprache, S. 230. 


230 A.-L. CORIN 


Offenbar kommt man mit dem Sinne zerquetschen nicht 
aus. F hat statt dessen verquist. LExXER III. 195 kennt 
einen einzigen Releg aus einer pfälzischen, also md. Hs. 
für ein Zeitwort verquesten ; er deutet es mit mischen, 
verschütten. 

Das Niederländische kennt das Wort verkwisten = ‘ver- 
geuden, verschwenden’ und Kluge nennt dieses denn auch 
als Quelle des nhd. verquisten. 

Das letzte Glied des oben angeführten Satzes zeigt, dass 
es die niederl. Bedeutung des Wortes ist, die wir hier 
brauchen. 

6° In der 50. Predigt führt Tauier den 13. Vers aus dem 
19. Kap. des 1. Buches der Kônige an :.. und Elyas derstünt 
in der dürrin der kulin E 226.3, so auch 228.6.7.8 und 
251.16.17. Vom unverschobnen d in dürrin ist oben die 
Rede gewesen. Külin, welches der Druck durch hüle d. h. 
Hôükle widergibt, ist das md. Wort küûle — Grube, das 
heute weiterlebt unter der Form Kaul (Sandkaul, Lehm- 
kaul usw.) (1) s. LExER, I, 1766. 

1° Ist verg'ebenisse in F für vergift(ekeit) anders zu ver- 
stehen, als etwa durch die Annahme eines “vergefenisse in 
der Vorlage? Vgl. mndl. vergiffenisse, vergeffenisse — 
Gift. | 

8 «Es geschieht oft», sagt Tauler einmal (77.16 fe.), 
« dass die Dinge einem benommen oder angetastet werden, 
es sei die Bequemlichkeit, der Freund .., so dass man Gott 
oft gehen lässt mit zornigen worten, mit wercken oder 
mit unwarkheit... » 

Das wobhl in allen Vetterschen Hss.(F, A 91, A 89, A 88) 
stehende wercken (Varianten sind nicht verzeichnet) be- 
friedigt den Sinn nicht. Es fehlt eine Bestimmung. Oder 
sollte das Wort eine Verschreibung sein? Ich nehme 
Metathese des r an und vermute ein ursprüngliches wre- 
chen — Rächen, Rache, Hass (vgl. nd. wreken). 

Und tatsächlich heisst es in der Wiener Hs. 2739, 
fol. 158: bit zornichen worten bit rachen oder bit unwar- 
heide. 


(4) Man wäre demnach geneigt, LExERS leimenkute 1. 1867 als leimenkule zu 
deuten, wenn das md. nicht auch Kaute = Lehmgrube besässe. 


TAULERISCHE HANDSCHRIFTEN 261 


Wrechen oder wrachen kônnen aber nur md., ja nieder- 
rheinisch sein. 

Auf einen md. (niederrheinischen?) Urkodex müssten 
dann die genannten Hss. letzten Endes zurückzuführen 
sein. 


Vokalismus, Konsonantismus und Wortschatz der 
Vetterschen Hss. tragen also Spuren eines md., ja ripu- 
arischen Einflusses, der wohl ihrer gemeinsamen Vorlage 
zuzuschreiben ist. Ganz besonders ist F von einer md. 
Quelle abhängig, weniger schon E und in geringem Masse 
sind es die übrigen Mss. F und E aber sind, neben A 91, 
die ältesten uns bekannten Codices. 

Aus dem Ergebnis unserer Untersuchung würde dem- 
nach dieser wunderliche Folgesatz fliessen : die Sprache 
der ältesten Aufzeichnung der Predigten Taulers, des 


Strassburgers, war eine mitteldeutsche (ripuarische) Mun- 
dart. 


Gleich drängt sich aber die Notwendigkeit einer Ein- 
schränkung auf : nur eine bestimmte Anzahl von Predigten 
weisen die Erscheinungen auf, die wir unserer Beweis- 
führung zu Grunde gelegt haben. Dann kônnten allein 
diese in Kôln entstanden sein, während andere in Strass- 
burg oder Basel gehalten wurden. 

Der Kôlner Aufzeichner wird das Gehôrte in seiner 
Mundart niedergeschrieben haben, das spricht von selbst. 
Aber ebenso selbstverständlich ist es, dass Tauler (der 
lange in Kôin wirkte) sich bestrebte, eine Sprache zu 
reden, die seinen Zuhôürern verständlich sein wollte. War 
dies eine Mischsprache oder beherrschte der Alemanne die 
niederrheinische Mundart vollkommen genug? Weitere 
Untersuchungen dürften das Problem in helleres Licht 
rücken (1). 

Liég'e. À. L. Coin. 
(1) Vgl. die Einleitung meïiner Ausgabe der Wiener Hs. 2744 (Champion, 
Paris. 1924),S. xxvun Îg. 





































[ v , 2 L 6 dpi { A hu re 24 Fi . 
RARE TS NM RTE 
| | FRS É, Pa! D 
CRE LS ANT IAA TAN aan es ct 
& v AT L #, L Cu tx L n re «, 4 
atôbeitr ei bin Tu sod8 HA À hatanrs | sta à i 
SUR ICE un are à tree PUITS métis 
\ DC TT 9 
Sat rt x ENT ‘a Euro lotir det20 Det pris or 


re Au SE LL be bE 0 BA 4 REF 
ar LATE rl F4 [A de ME ALL Téortét : cé 
2 | à ‘ SH ER 


à : 1 
MISE MINS TES 4 Lerké 
guy : x sion Es bairt cn ut 
uarr et hear attirer En RENTE md nd 
261104 cacvdiaiiodred tande bots 03888 id 
Bret 107 TE 439 Etat RIT ie si 
ses iAr es og bons 'éodié x8 tas à sol 
00 En doi TM . ED fE. Rom | 
di QUE atout À 
TROT ai SM PUR + spy pti: nee” 
RME Sent Tab l eme ob 
ns (ANA à ser y'a € 1» et A RESTE % " 


AA Lafsstties so ous malle. HAT NL, ï 





4: Fu 


TT ne ris 48ifite 4404 né se dite at 
th LS réa} Lis VE HE tENE SAR PR 
A à HN FRONT LE #$ Es je LE AN 1194 
cité Mode a À Late: 13632 pre 
oaprte 111 et0bte Bo UEEvr 108 raluxia}e TU. à 
it 5 Au %, 13 softs Q La. cui ; 
HHH98 si Cr RTC ER ani bait4 TS nes À 
agi to HuPi, ét sd NEPAL 814) À 
4 ue ( CCI COR CHE a iib date rec lga, 
ny AMEN  ANTIS fe trébd HOT ta) die De 
HAUT Lo" ni pe” Vi LOYER Hans 7, RTS Le 
gt: sourit LA 13h TEE La FE dd, ES GES 
CHANID EL ILILUT PÉTER Alt 16 be #! ent | 
tite ui sonofeut. dt, ol a xab Ait RUE if QC ; 


N'416} 


dl NT | b L di à , f NE CELNE nt EU 
. re À HU? : a | À 7. \ è 0 k L se » a | 
* trt8 A LOL: ' CES 40e & rs PO 


T'ONOTE we 14 Sat nb ee, LS 


ET domtie io 64 RE : 
À Eube ” Le 
rtue .: 
‘4 CA ds corps arte "Me 
Li AA AT urine: Le LU,” La (ans lon send 
rm te, di CHR ANNE Tea "Maet Kat 1 ane 
ù 7 
? 
(1 
( , 
{ AL VA : 
à (te 
LL né COAUAA 2e! 


Les « hommes de Sainte-Marie » 
à Tournai. 


La pensée des spécialistes de l’histoire constitutionnelle 
se porte de plus en plus vers certaines catégories de per- 
sonnes méconnues jusqu'ici parce qu'elles ne répondent 
pas à des classifications juridiques simplistes et, parmi ces 
personnes, vers. celles que l’on a accoutumé de dire 
« hommes de tel saint » et que pour cette raison nous 
appellerons génériquement « hommes-de-saint » (1). 

De même qu’à Louvain on signale des homines Sancti 
Petri (?), à Arras des hkomines Sancti Vedasti (*) on trouve 
à Tournai des homines Beatae Mariae. | 

Les premiers renseignements que nous ayons à leur 
sujet sont malheureusement assez tardifs ; ils ne remontent 
pas au-delà du xrr° siècle, et encore faut-il attendre le milieu 


(:) Je préfère le terme « homme-de-saint » à celui de «sainteur » pour le 
triple motif que sainteur n’a pas eu de forme latine — il est donc moins 
ancien —, que son emploi a été moins général, et, surtout, qu'il à eu un sens 
presqu'exclusivement actif : tel saint est sainteur de tel homme. A part cette 
réserve je suis d'accord en tous points avec M. Léo Verriest qui a consacré 
aux Sainteurs un travail capital couronné par l’Académie Royale de Belgique. 
Voir Mémoires de l'Ac. Roy. de Belg. Lettres, in-8°, 2e série, VI, fase. 3, 1910 : 
« Le servage dans le comté de Hainaut. Les sainteurs. Le meilleur catel ». 
p. 171-248 et annexes. 

(?) Au sujet des homines sancti Petri voir H. Van pER LINDEN, « Histoire de 
la constitution de la ville de Louvain » (7e fascicule du Recueil de ‘ravaux 
publiés par la Faculté de Philosoplue et Lettres de l'Université de Gand), 1892, 
in-8°, p. à-14 et J. CaLBRECHT, « De oorsprong der Sinte Peetersmannen. 
Hunne voorrechten, hunne inrichting en de evolutie dezer instelling tot bij de 
aanvang der Xvie eeuw » (2e fasc. de la 2e série du Recueul de travaux publics 
par les membres des conférences d'Histoire et de Philologie de l'Universite de 
Louvain), 1922, in-8°, XIV, 186 p. 

(3) Sur une fraction des homines Sancti Vedasti cf. K. L. Gaxsnor, « Les 
homines de generali placito de l’abbaye de Saint-Vaast d'Arras » dans Revue du 
Nord, VIII, Lille, 1922. 


234 P. ROLLAND 


de ce siècle pour être bien certain que l’on a affaire à eux. 
C’est le moine de Saint-Martin, Hériman, qui, le premier, 
en 1146, en fait clairement mention, en parlant de l’advo- 
catio hominum beate Marie. D'après lui, cette avouerie, 
telle qu’il l'avait encore sous les yeux, avait été cédée en 
fief en 951 (!), par l’évèque Fulcher, avec les autres droits 
de la mense épiscopale, à des chevaliers noyonnais (2). 
Comme toutes les inféodations de Fulcher peuvent être 
prouvées, il est permis de conclure à l’existence des 
hommes de Sainte-Marie déjà au x° siècle; mais c’est tout 
ce que nous savons d’eux pour cette époque. 

Pour la seconde moitié du xr et tout le xrri° siècle 
la documentation se fait relativement abondante ; comme il 
faut s’y attendre, elle est concentrée surtout dans les 
archives de la cathédrale. 

Au xiv° siècle les hommes de Sainte-Marie figurent bien 


(t) « Fulcherus... cum a clero et populo fuisset receptus, duas ecclesias fini- 
timas subvertit, videlicet beati Quintini de Foro in qua canonici commane- 
bant, beatique Petri de media urbe, ubi sanctimoniales degebant, suadentibus 
mililibus quos secum adduxerat; quibus etiam predia earum distribuit pro 
caplanda benivolentia eorum ; lerras etiam quasdam hereditarias Sancti Mar- 
lini.…. invasil eisque ad augmentum sue dampnationis addidit; benefiia quoque 
sua, que de manu regia predecessores ejus susceperant, illis superadiciens 
— monelam scilicet civilalis, mairiam, justiciam, districtum, advocationem, 
wionagia, tria molendina de sex supraposilis — episcopatum modo miserabili 
pessum dedit ». HERIMAN, Encyclique de 1146 reproduite dans Herimanni 
Conlinuat. (1147-1160) et Historiae Tornacenses (—1160); Monum. German. 
iistor. Scriptor, in fo XIV, p. 319 et 335. L'advocatio dont il est question dans 
ce texte se retrouve avec les mêmes droits, sous le nom d’advocatio hominum 
beate Marie, dans le même ouvrage, un peu plus haut, (Herimannni Conti- 
nual., 6.8, et Historiae Tornacenses, €. 6 ; loc. cit., p. 318 et 336). 

(2) Pour les terres de Saint-Pierre et de Saint-Quentin, voir respectivement 
Voisix, « Le cloître de la cathédrale de Tournai » dans Mémoires de la Société 
historique et littéraire de Tournai, VI, 1857, p. 100. et HÉRIMAN, Liber de reslau- 
ratione Saint-Martini Tornacensis (1142) M.G.H.SS., XIV, p. 309, n. . Quant à 
la dépendance vassalique des officiers de justice et des détenteurs de droits 
régaliens, sur laquelle je ne puis m’étendre à cette place, on la constatera 
passim dans Dp’HERBOMEZ, « Les châtelains de Tournai » (Mémoires de la 
Société historique et littéraire de Tournai, XXIV et XXV, in-8°, 1895) ; LEURIDAN, 
« L'avouerie de Tournai » (Annales de la Société historique et archéologique de 
Tournai, IX, in-8°, 1899, p. 231-334), et dans les cartulaires de Saint-Nicolas- 
des-Prés (Vos, Mémoires de la même société, XIT et XIIT, 1873-76) et de Saint- 
Martin (n'HERBOMEZ, Publications de la Commission Royale d'Histoire, 2 vol., 
in-40, 1898-1901). 


« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 20 


encore dans certains relevés de droits capitulaires, mais 
l’on ne peut décider s’il s’agit d’une constatation de la 
situation contemporaine ou d’un rappel de situation anté- 
rieure (!}. 

Après cette époque ils disparaissent définitivement, non 
saps laisser derrière eux quelques institutions fossiles très 
précieuses pour l'historien. 


+ Ÿ + 


Les hommes dits « de Sainte-Marie » devraient plus 
exactement être qualifiés « hommes de Sainte-Marie et de 
Saint- Eleuthère » car à la dépendance envers la protec- 
trice commune des fidèles ils joignaient la dépendance 
envers le saint local. Le même fait se produisait à Arras 
chez les « hommes de Sainte-Marie et de Saint-Vaast » (?) 
et un fait similaire est constaté à Liége chez les « hommes 
de Chise-Dieu et dé Saint-Lambert » (3). 

Leurs membres se recrutaient dans deux classes de la 
société ; les uns étaient libres d’origine; les autres étaient 
des serfs émancipés. Tous, spontanément ou par la volonté 
de leurs libérateurs, s'étaient ou avaient été voues à la 
Vierge et à saint Eleuthère pour conserver leur liberté 
personnelle innée ou acquise (*. Leur qualité paraît s’être 


(:) On en parle notamment dans le registre « de cuir blanc », n° 32 des 
Archives communales de Tournai. Ce registre qui relève, à la fin du xivesiècle, 
les droits du chapitre cathédral, pour la plupart accensés à la commune en 
1993, doit avoir pris pour modèle un document contemporain du roi Philippe 
le Hardi (1285), comme en témoigne le passage suivant du fo 24r0 : «...assa- 
voir est que du temps de très chrestien prinche Loys, roi de Franche, père du 
Roy Phelippe ad present regnant.. » 

(2) CE. enfra, p. 239, n.. 1. 

(3) A leur sujet voir F.-L. GaxsHor, «Les homines de casa Dei du très ancien 
droit liégeois » dans Revue Belge de P hilologie et d'Histoire, 1, 1922, p. 303-316. 

(4) En 1173 Walter de Mortagne, évêque de Laon. donne à Notre-Dame de 
Tournai tous ses serfs émancipés de la région, ut Sanctum Eleutherium habeant 
advocatum (Archives de la cathédrale de T., cartulaire C (XILe-XIIEe siècle), 
fo 24vo ; cartul. D (XIIIe-XIVe sièle), fo 27r0. Publié par MirAEuS et FOPPENS, 
Opera Diplomatica, 1, p. 394 ; Cousin, Histoire de Tournay, T1 (1620), p. 288). 
— En 1190 Philippe d'Alsace, comte de Flandre, affranchit, en les subordonnant 
à Sainte-Marie de Tournai, tous ses serfs courtraisiens. (Archives de la cathé- 
drale, cartulaire G, fes 30v° et 47v°; cartul. D fo 47v°. Publié dans Bulletin 
de la Commission Royale d'Histoire, 2 série, IV, 1852, p. 248-249.) — En 1241 


17 


236 P. ROLLAND 


transmise primitivement par les femmes!) C’est à l’avoué 
de Tournai, vassal de l’évêque, qu’incomba d’abord leur 
défense — il apparaît encore dans ce rôle chez Hériman 
— puis, vraisemblablement après la restriction des avoue- 


Arnulphe, seigneur de Cisoing, complète une manumission de serfs et de 
serves par leur « dévotion » à Saint-Eleuthère (Archives de la cathédrale, 
cartulaire D, f° 276. Publié dans Cousin, op. cit, IV, p. 55 et Mémoires de la 
Société historique et litléraire de Tournai, 1, 1853, p.263). — En 1271 Pierre, 
seigneur de Calonne, soumet au même saint deux serfs libérés cf. Cousix, 
op. cit., IV, p. 54-55 et l'inventaire des archives de la cathédrale rédigé en 1533 
(n° 43 actuel) qui consacre le fo 139v° aux hommes de Sainte-Marie, dont les 
titres reposaient dans la 13e boîte de la 3e layette). 

Le registre « de cuir blanc » des Archives communales parle implicitement 
des hommes-de-saint d’origine libre, fo 7vo : « De libertate ipsorum hominum 
seu servorum. — ..#Et sciendum quod preslacio seu solucio census quam 
predicli, prout supra scriptum est, faciunt, signum et magnifestacio est liber- 
tatis, quamquam plures ipsorum de servis facti sunt liberi, et dati ecclesie sunt, 
mediante censu, ut dictum est, solvendo per cosdem ». 

Cousix, tout en se trompant sur la situation ultérieure de nos hommes, a vu 
juste quant à leur qualité originelle : « Mais pour plus grande explication de 
telle matière, dit-il, il faut remarquer la dévotion et l'honneur que l'antiquité 
portoit à l’église sans comparaison plus grande que maintenant. Car les uns 
affranchissoient leurs esclaves non pas absolument, ains à charge perpétuelle 
de quelque service, ou cens, que les affranchis et leur postérité devroient à 
quelque église en l'honneur de quelque sainet, comme de S. Eleuthère, 
évesque de Tournay... Les autres volontairement par une extrême dévotion à 
quelque sainet ou saincte aucunement s’asservageoient et passoient actes à 
l’église, comment ils devenoient ses hommes, ses serfs, ses vassaux et cliens », 
opt IN;tp441e 

(1) C'est ce qui ressort de la donation d’Arnulphe de Cisoing qui, tout en 
faisant aussi mention d'hommes soumis à saint Eleuthère, parle seulement de 
la postérité des femmes : « servos meos el ancillas meas : Gossuinum Blondiel, 
loannem Gieskiere, fratres ; Adelinam, lvetam, sorores, Margaretam uxorem 
Gossuini Blondiel et Ceciliam filiam Adelinae cum lota progenie et successione 
earurn ». (COUSIN,0p. cit., IX,p.55) Le fait que des femmes seules pouvaient con- 
tinuer la lignée est également significatif à côté du silence assez général des 
autres actes d’émancipation conditionnée où le droit commun — /ructus ven- 
trem sequitur — semble sous-entendu. Voir un acte du seigneur de la Hamede 
en 1279 : «cum posterilate sua €. à. d. Ysabellae de Mainhart ». (Archives de 
la cathédrale, inventaire n° 43, fo 139v'). À comparer avec la situation arra- 
geoise : « Quicumque voluerit probare se esse de censu S. Vedasti hoc r'ebet 
probare per juramentum suum et per sex viros el mulieres sue originis ex parte 
sue matris». Accord de 1024 cité par DEsmaRrez « Etude sur la propriété foncière 
dans les villes du Moyen-Age et spécialement en Flandre » (20e fascicule du 
Recueil de Travaux publiés par la Faculté de Philosophie et Lettres de l’'Univer- 
sité de Gand.) Paris-Gand, 1898, in-80, p. 95. 


(( HOMMES DE SAINTE-MARIE » 237 


ries et l’obtention par les clercs de la licence canonique de 
paraître au for séculier (!), l'Eglise tournaïsienne rentra en 
possession de son fief et prit directement sur elle la protec- 
tion de ses « hommes ». Et, à vrai dire, dans le dernier 
état de choses, ce n’était pas une lourde charge, car dans 
les cas critiques tout se faisait aux frais de l’intéressé (?). 
Quant à la protection ordinaire, latente, elle trouvait sa 
contre-partie dans un cens capital dit « chevage » (cava- 
gium) de deux ou six deniers, soldé annuellement à la 
cathédrale, sur l’autel de Notre-Dame, lors de la fête de 
Saint-Eleuthère (20 février), dans une taxe de six, douze 
ou vingt-quatre deniers au mariage, et de un ou deux sous 
à la mort (?). 


(1) CË, PErGamEnNt. L’avouerie ecclésiastique belge (1907), p. 81. 

(2) «et quando ipsis hominibus super statu questio movetur, ecclesia super 
expensas ipsorum consuevit lales deffendere ac tueri ». Archives communales, 
registre « de cuir blanc », fo 7vo. 

(5) Les serfs de Walter de Mortagne étaient émancipés à cette condition ; 
« de unoquoque eorum tam servo quam ancilla.. annualim sex denarios cen- 
suales et de mortua manu duos solidos et de maritayio duos solidos »; ceux de 
Philippe d'Alsace : « ita tamen quod quilibet tam presentium quam heredum 
annuum censum capitalem duorum denariorum pretaæatle persolvat ecclesie, et 
in quolibet contractu sex denarios, et in morte XII denarios » ; ceux d'Arnulphe 
de Cisoing : « ia quod in festo ejusdem confessoris canonicis Tornacensibus 
duos denarios de censu annuatim, sex propter nuptias et duodecim denarios de 
mortua manu unusquisque persolvat »; ceux de Pierre de Calonne : « quorum 
quilibet singulis annis in festo sancti Eleutherii solvere tenetur duos denarios 
el sex in matrimonio et XII in morte ». Le registre « de cuir blanc » résume, 
comme suit, au f° 7ve, l'état de dépendance des hommes de Sainte-Marie : 

De servis et ancillis ecclesie er cavagio in quo lenentur. 

In civitate tornacensi et extra, Lam citra Scaldam quam ultra, sunt plures 
homines Lam virr quam femine qui sunt de censu ecclesie et horum singulr, 
anno quolibet, solvunt et debent solvere ecclesie duos denarios parisienses racione 
cavagii sive census capitalis : L pro ipsorum singulis solvuntur duodecim dena- 
rios parisenses eciam tam in mariagio quan in morte et hujusmodi homines 
« servi el ancille ecclesie » appellantur et quando ipsis hominibus super statu 
questio movelur, ecclesia super expensas ipsorum consuevit lales deffendere ac 
tueri. 

De libertate ipsorum hominorum seu servorum. 

.…ÆEt sciendum quod prestacio seu solucio census quam predicti proul supra 
scriptum est, faciunt, signum et magnifestacio est libertatis, quamquam plures 
ipsorum de servis facti sunt liberi, et dati ecclesie sunt, mediantle censu, 
ut dictum est, solvendo per eosdem. Aliqui tamen de dictis servis el ancillis 
solvunt sex denarios annuatim et duos solidos in maritagio et in morte. 

Le nouvel homme de Sainte Marie, encore au x sièle, ducilur per cellena- 
rium ad ymaginem beate Virginis et ibidem super altare ponens duos denarios 
solvit censum capitalem. Registre « de cuir blanc », fo 14vo. 


238 P. ROLLAND 


Ces prestations étaient nettement personnelles; de plus, 
comme le dit très bien un texte du x1r1° siècle «le prest ou 
solucion de le cens que li dit serf font, ainsi que dit est 
dessus, est signe et magnifestacion de liberté » (1). 

Il n’y a donc pas lieu de s'arrêter à la qualification 
morale et non réelle de «serf » dont s’honoraient ces gens 
de dépendance particulière (?); il ne faut pas les confondre 
avec les vrais serfs que l’évêque et le chapitre possédaient 
par ailleurs et dont le statut était tout différent ($). Au 
reste, si l’institution des hommes de Sainte-Marie avait eu 
quelque chose d’avilissant, elle n’aurait jamais pucoexister 
avec le régime communal, qui se présente à Tournai avec 
le caractère le plus absolu que l’on connaisse, et auquel 
remontent, cependant, presque tous nos documents. 

Au contraire, eu égard aux seules redevances, la situa- 
tion des hommes de Sainte-Marie était si compatible avec 
les préoccupations mercantiles des bourgeois qu’elle exo- 
nérait les marchands, encore à la fin du x1r1° siècle (4), de 
nombreux impôts indirects. Pour les hommes*de Suinte- 
Marie point de taxe d’étalage quand, au marché ou ailleurs, 
ils ne tenaient qu’un étal, c’est-à-dire quand eux-mêmes 


(+) Cf. supra p. 237, n. 3. — Le Registre précité donne, dans sa seconde 
partie, une traduction romane, contemporaine, de la première. Si l'on veut 
connaître l'opinion locale sur pareille liberté, lire un acte de « dévotion » à 
Saint-Vaast dans le cartulaire des évêques de Tournai, xmre siècle, Archives de 
l'Etat à Mons, n° 69, fo 26r° : « nobilis matrona…. qaudens ea libertate qua 
gaudent h mines qui partibus istis debent sanclorum ecclesiis censum ex l'iberis 
manibus capitalem... » (ao 1203). Cité déjà par Duvivier, « Les Hospites », 
dans Rerue d'Histoire et d'Archeologie, X, p. 134. 

(2) HoverLanT DE BAUWELAERE (Essai chronologique pour servir à l'histoire 
de Tournai, X, 1806, p. 79), voit dans leurs prestations, qu’il dit tombées en 
désuétude grâce à la générosité du clergé, les vestiges d’un servage remis 
par l’évêque Arnould (?). Il s'en réfère à Caruze (Tornacum civilas metropolis 
et cathedra episcopalis Nerviorum. Bruxelles, Mommaert, 1652, p. 89) qui 
n’écrit rien de tel. 

(8) On voit certainement de vrais serfs aux mains de l'Eglise à Helchin, 
Saint-Genois, etc., durant le xrre siècle. Cf. HÉRIMAN, C. 45, M. C. H. SS., XIV, 
p. 295 : «servos, ancillas el ceteros redditus quos nunc ibi tenet episcopus, cano- 
nici el mililes de episcopo ». 

(4) Dans l’accensement des droits du chapitre à la commune en 1293 : «saus 
çou que cil ki sont du cavage Nostre-Dame doivent y estre quitte d'estallage 
de le maille cescun d’un estal ». L’acte émanant du chapitre à été publié par 
PouTRaIN dans Histoire de la ville et cité de Tournay, La Haye (Tournai, 1750), 
pièces justificatives, p. 27 ss.; sa contre-partie, émanant de la commune, a été 
éditée par HOVERLANT DE BAUWELAERE, 0p. cil., XI, 1806, p. 207 ss. 


« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 239 


étaient vendeurs; ils ne payaient la maille réglementaire 
que pour tout étal supplémentaire. Si, au même étal, leurs 
marchandises étaient mêlées à celles d'étrangers, ceux-ci 
seuls acquittaient leur quote-part, les protégés de l'Église 
restant affranchis. Même privilège pour les tonlieux et 
winages de l’Escaut où le bénéfice d’une maille leur était 
assuré, qu'il s’agît d’une taxe de ce montant, dont il leur 
était fait remise, ou d’une taxe supérieure, dont on défal- 
quait la maille privilégiée. Encore, dans ce dernier cas, ne 
se voyaient-ils pas imposés lorsqu'il s'agissait de biens à 
leur usage personnel. Là aussi on distinguait, dans une 
même embarecation, le chargement des hommes de Sainte- 
Marie de celui des gens soumis au droit commun; ces der:- 
niers seuls étaient taxés (!). 

On ne peut voir non plus dans les hommes de Sainte- 
Marie des ministeriales, tout au moins de ces ministériels 


(1) « Les dis sers et ancielles (de le église) en estaulx et estallages pour 
lesquelx on ne paye que une maille sont franc, et pour tel estallage ne payent 
rien par ainsi que il ne tiengnent que un estal; mais se ilz ou aucun de eulx 
tenoient deux ou plusieurs estaulx où marchiet ou aultre part, de un tout seul 
sont francq, et des autres ilz payent lestallage accoustumé. Les dessus nommez 
aussi de tonnieu dont on ne paye que une maille, et de winage pourquoy on 
paye une maille et non plus, sont francq. Et pour telz tonnieu et winnage tou- 
teffois qu'il accatent ou vendent ou quant les choses de eulx ou aucuns de eulx 
passent par yauwe ils ne payent rien ; mais se ilz accatent ou vendent pluiseurs 
bestes a une fois ou aultres choses dont de chascune d'icelles une maille ou 
plus est deue pour le thonnieu, non de toutes les dictes mailles, mais de une 
tant seullement, sont affrancqui. Et par celle manière se tient se les dis sers 
avoient pluiseurs et diverses choses en nef passant par l’'Escauld dont de chas- 
cune on à accoustumé de payer une maille ou plus. Et se par aventure en le 
nef ou ès choses qui sont en le nef les dis sers ayent pluiseurs compaignons 
non sers il extrairont leurs choses ou leur part, et leur compaignon ou aultre 
de leur part et choses pairont le thonnieu et winage deu et accoustumé. Sem- 
blablement se pluiseurs hommes tiennent un estal ou marchiet ou en aultre 
part en Tournay ou quel estal pluseurs mettent ou vendent leurs choses, et li 
uns de eulx soit sers de leglise, ledit serf ainsi entremellé ne paira point se 
part ne estallage ne tonnieu mais li aultre seront tenu de payer estallage ou 
thonnieu acoustume ». Arch. commun. Tournai, reg. de cuir blanc, fo 232 ro, 
— Voir à Arras l'accord sur le tonlieu en 1024 : « omnes illi qui manent 
infra hos tlerminos tam clerici quam laici qui sunt mercatores debent the- 
loneum Sancto Vedasto nisi sint de censu Sancti Vedasti vel Sancte Marie de civi- 
late, Lam qui vendil quam emit..…. omnes ii qui sunt de censu S. V. sunt 
liberi a theloneo et omnes illi qui non sunt de censu debent theloneum si fue- 
rint mercatores... ». Cité par DESMAREZ, op. cil., p. 94. 


240 P. ROLLAND 


dont on s’est complu à voir l’unique origine dans la servi- 
tude ou — ce qui juridiquement parlant est un non-sens — 
la demi-liberté (1). Que certains de nos hommes-de-saint 
tournaisiens aient rempli des fonctions domañiales, qu’ils 
aient été de vrais « ministres », des hommes d'armes de 
l’évèque et du chapitre, nous l’admettons (?) et nous en 
siwnalerons même plus loin de glorieuses. conséquences. 
Mais voir en eux des gens de condition inférieure qui, 
s'appuyant sur les fonctions que leur ont déléguées les 
princes, se :sont élevés peu à peu dans la hiérarchie 
sociale jusqu’à constituer ce qu’on dit être la ministé- 
rialité, c’est là une impossibilité; les évêques de Tournai- 
Noyon ne possédaient pas, en effet, de ministérialité ainsi 
comprise. Lorsqu’en 951 l’évêque Fulcher, issu de la 
domesticité royale, après s'être fait reconnaître manu 
militari, voulut organiser à Tournai son pouvoir temporel 
en le basant sur la vassalité, il s’adressa non à des serfs 
de l’Eglise tournaisienne, ni même à ceux de l'Eglise 
noyonnaise sur lesquels il pouvait compter davantage, 
mais à des ingenui de Noyon qu'il attira par ses pro- 
messes ($). L’eût-il fait si, près de la personne épiscopale, 
avaient existé des gens, fidèles par obligation, dont il 
n'aurait pas eu à subir les exigences? (4). Lorsque, dere- 
chef, les évêques eurent à pourvoir à la gestion des 
offices, c'est encore à des nobiles, — dans l’ancienne 
acception du mot —, qu'ils recoururent (°). Aucune source, 


() Cf. Keurcex, « Die Entschung der deutschen Ministerialitat » dans Véer- 
teljahrschrift für Sozial- und Wirtschaftsgeschichte, t. VIEIL, 1910. 

(2) Voir, par exemple, des de Vineis (de le Vingne), échevins, c'est-à-dire 
hommes de Sainte-Marie. (Cf. infra p.242 ss.) au cours du xue siècle, en même 
temps que monétaires et détenteurs du levain des cervoises (réfer dans 
ouvrages cités supra p. 234, n. 2, passim). 

(3) Le récit, typique, se trouve dans les Historiae Tornacenses, C. 8 : «...cum 
illi spe obtinendae adhuc pecuniue indignati dicerent : « Nos ingenuos milites 
non decet comitatui tuo interesse neque tecum iler agere... quo illico ambitione 
pecunite illecti sine mora accelerant cum eo properare ». M. G. H., SS., XIV, 
p. 335. 

(4) « Hi enim nocere el prodesse ei poterant », ibid. 

(5) A la fin du x siècle, l'évêque Rabod nomma châtelain et placa à la tête 
du winage de l’Escaut son propre neveu Everard, d’origine libre. Cf. »’HEer- 
BOMEZ, « Les châtelains de Tournai », Meém. Soc. Hist. Tournai, XXIV, 1895, 
p. 8ss. 


« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 241 


d'ailleurs, loin d’autoriser une identification avec les 
hommes de Sainte-Marie, ne parle d’une classe, spéciale, 
de ministériels. Au reste, cette catégorie de vassaux-serfs 
à laquelle — à tort croyons-nous — on réserve le nom 
de ministérialité trouvait un sol moins propice à son déve- 
loppement auprès des princes électifs, comme les évêques, 
que chez les chefs héréditaires à la famille desquels plu- 
sieurs générations serviles pouvaient se dévouer avec 
continuité. 

Que sont donc les hommes de Sainte-Marie? Des tenan- 
ciers de l’Eglise tournaisienne? Oui et non. Non, parce 
qu'ils ne le sont pas nécessairement, c’est à-dire en tant 
qu'hommes de Sainte-Marie; oui, parce qu’ils peuvent 
l'être en même temps. Je m'explique. 

Les gens de dépendance dont nous traitons apparaissent 
comme tels, c’est-à-dire par suite de leur « vouerie » uni- 
quement personnelle, non localisés, non fixés au terroir 
tournaisien. Des preuves formelles se trouvent, au surplus, 
dans des actes d’émancipation individuelle suivie d’asser- 
vissement moral, en Tournaiïisis ({), en Hainaut (?) et sur- 
tout dans la charte d’affranchissement général octroyée, 
en 1190, par Philippe d'Alsace à tous ses serfs de Cour- 
trai (*). Ceux-ci devenaient à la fois bourgeois courtrai- 
siens et hommes de Sainte-Marie de Tournai, ce qui con- 
firme en même temps la pleine compatibilité des privilèges 
de bourgeoisie et de patronat ({), et la non-dépendance 
foncière originelle des hommes-de-saint vis-à-vis de leur 
patron. 

D'autre part, en vertu d’un privilège déjà en décadence 
en 1196, l'accès à l’échevinage seigneurial de Tournai dit 


(1) Cf. sxpra, p. 2385, n. 4. 

(2) VERRIEST, 0p. cil., p. 193. 

(3) Bulletin de la Commission Royale d'Histoire, 2e série, IV, 1852, p. 249 : 
«….. si quis ex servis meis extra oppidum predictum (Cortracum) manentibus in 
eodem maluerit facere mansionem, libere licebit ei, et burgensibus comanere et, 
quamdiu comanserit, salvo Lam censu quam jure predicto Tornacensis ecclesie, 
burgensium libertate gaudere ». 

(4) A rapprocher la citation précédente d’une clause de la charte de Soignies 
(1142) souvent rappelée : « qui in villa manserint et quibuslibel sanctis subditi 
fuerint, quod sanctis debent, solvant, et liberi maneant ». Wauters, Origine et 
développements des libertés communales, 1869, preuves, p. 19. 


242 P. ROLLAND 


«échevinage de Sainte-Marie » était réservé, aux hommes 
de Sainte-Marie (!). Or rien n’est plus territorialisé que 
cet échevinage. Sans doute, à l’époque communale, sa com- 
pétence s’étend-elle à des alleux et l’on pourrait, à pre- 
mière vue, établir une concordance — bien fausse — entre 
la franchise uniquement personnelle et la liberté unique- 
ment foncière. Mais avant d’avoir jugé des alleux, l’échevi- 
nage de la cité avait jugé des tenures. En effet, l’immunité, 
devenue la seigneurie conjuguée épiscopale et capitulaire, 
avait atteint dès la fin du 1x° siècle les limites de la banlieue 
telle que l’a connue le moyen-âge et que nous la voyons 
encore aujourd’hui en partie. 

Par un diplôme que l’on peut dater dater de 898, Charles 
le Simple, établissant les bases juridiques de la propriété 
ecclésiastique tournaisienne, assurait au clergé, entre 
autres avantages, la possession du domaine légucé quelques 
années auparavant par le comte Hilduin : « necnon et fis- 
cum in Tornaco, in eadem civitate cum villa Marqueduno 
ad ipsum pertinente, a Hiiduino comite datum » (?). Ce 
fisc, ressoudé à une partie qui en avait été distraite dès 
817 au profit de la cathédrale (*), comportait vraisembla- 
blement la ville et sa banlieue — qui, par Orcq, confinait 
à la villa de Marquain. Une bulle de 988 assimile, en tout 
cas, l’immunité dont il est question dans la confirmation 


(1) Dans un rapport d’arbitres nommés par Philippe-Auguste pour régler 
certains différends entre le chapitre et la commune de Tournai on lit: «Preterea 
conquesti sunt nobis idem episcopus et canonici quod cum in civitate scabini 
soleant et debeant institui tantum de hominibus beate Marie et de consensu epis- 
copi et capituli, iidem burgenses, pro voluntate sua, quoscumque scabin’s, irre- 
quisito episcopi et capituli assensu, modo constituunt. » WAUTERS. 0p. cil., 
preuves p. 262, sous la date de 1195 environ. Duvivier date ce texte d'avant 
le 4er janvier 1196. (« La commune de Tournai de 1187 à 1211 » dans Bulletin 
de l’Académie Royale de Belgique, Lettres, 1901, p. 263). 

(2) Archives de l’Evêché de Tournai aux Archives de l'Etat à Mons. Cartul. 
n° 68 (anc. 74) f: 2v°; publié avec erreurs, dans nom Bouquer, Rec. Hist. Fr., 
IX, p. 492; Duvivier, Mémoire sur le Hainaut ancien, p. 324, n° XVIII. La pré- 
sant la Belgique (Commiss. Roy. d’'Hist. in 80) 1'e série, 1898, p. 3. 

(8) Archives de la cathédrale de Tournai, cartul. C, fo 2vo; Carcul. D, fo Avo; 
publié dans MiRAEUS ET FoPrENs, Opera diplom., 1, p. 336, et mieux IL, p. 1127; 
DOM BOUQUET, R. H. F., VI, p. 509; Voisin, « Le cloître... », Mém. Soc. Hist. 
Tournai, VI, 1857, p. 76. 


« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 243 


de 898, à une immunité de la civitas Tornacensis tout 
entière; une opposition y est même faite avec la situation 
existant à Noyon, où le districtum épiscopal ne pouvait 
s'exercer que infra procinctum Noviomni (!). Cette argu- 
mentation se voit confirmée par le régime des banalités qui 
se conserva très loin dans le moyen-âge et qui obligeait les 
brasseurs à moudre leur grain aux moulins capitulaires du 
Becquerel (?) et à se fournir de levain chez l’évêque ou son 
délégué (#). La tradition, du reste, recueillie par Hériman 
en 1146, voulait qu'avant certain événement, qu’on disait 
être l’invasion normande, le terroir tournaisien tout entier, 
entre les rieux de Barges et de Maire, eût appartenu au 
chapitre !1). 

Tout concourt donc à identifier le « grand-Tournai », 
rive gauche, avec le domaine de Sainte-Marie et s’il y est 
question, dans la seconde moitié du xr° et au xr11° siècle, 
d’alleux ou, plus partieulièrement infra muros, de « mai- 
sons et hyretages », c’est qu’on se trouve en présence d’al- 
leux nouveaux, de tenures commuées dont l’émancipation, 
suffisamment éloignée pour qu’on en oubliât la date, ne 
l'était pas trop cependant pour qu’on gardât le souvenir du 
fait lui-même. 

Que, sur les mêmes fonds, avant comme après leur trans- 
formation juridique, la même cour, c'est-à-dire l’échevi- 
nage de Sainte-Marie, ait exercé sa juridiction, c’est chose 
facile à démontrer. On avait affaire au même seigneur à 
qui tout devait avoir conseillé, lors de l’évolution, d'utiliser 
un rouage ancien qu'il tiendrait en main grâce à son droit 
de nomination des échevins, choisis — une élite dans 
l'élite — parmi les hommes de Sainte-Marie{(°). La tradition 
scabinale de son côté voulait encore au xvri siècle, en 


(*) Publ. dans Miexe. Patrologie latine GXXXVI, col. 828; LEFRANC, « His- 
toire de la ville de Noyon et de ses institutions jusqu'à la fin du xme° siècle ». 
(Fascie. 75 de la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes, 1875) p. 180. 

(?) Voir par ex. une sentence d'excommunication de 1130 publiée dans 
Gallia Christiana, WI, instrum. 44, et un passage des Historiae Tornacenses 
(M. G. H. SS. XIV, p. 334). 

(8) Voir »'HERBOMEZ, Cartul. de Saint-Martin, |, p. 5, n° 8 et Vos, Cartul. de 
Saint-Nicolas des Prés, (Mém. de la Soc. histor. de Tournai, XII, 1873), p. 21. 

(4) C£. M. G. H. SS. XIV, pp. 318 ou 334 et 350. 

(5) Cf. supra, p. 2492, n. 1. 


241 P. ROLLAND 


s'appuyant sur les chroniques, que l’échevinage de la cité, 
composé de sept membres eût été établi, en 910, au retour 
de Noyon où les Tournaiïisiens s'étaient réfugiés lors du 
raid normand de 880; elle lui reconnaissait comme rôle 
primitif l'exercice de la juridiction gracieuse dans Îles 
matières relatives au domaine de l'Eglise ({). Enfin, la 
juridiction de ce bane — qui n’a jamais exercé la haute- 
justice — était si bien foncière que :a procédure médiévale 
obligeait les tribunaux territoriaux du Tournaisis établis 
dans les anciennes villas royales — Marquain, pur exemple 
— à venir à rencharge chez lui pour les causes de « tières 
vilaines censalves (?) ». 


(:) « puys, deux ans après, que l’on comptoit 910 ou selon aucuns ce fut 
l'an 911, fut créé un mayeur de la ville qui presideroit six eschevins lesquels 
seroient juges, protecteurs et conservateurs du droit des citadins ainsi que le 
porte la chronique des evesques de Tournai manuscrite p. 18 et les registres 
de abbaye de Saint-Martin sous le temps de levesque susnommé (Rainelme) » 
B#'urppe DE HurGEs, Mémoires d'Eschevin (1609-1611), Edit. HENNEBERT dans 
Mém. Soc. Hist. Tournai, Y, 1855, p. 338. Ces chroniques et biographies 
d’évêques toutes issues des travaux d’Hériman et de ses continuateurs (surtout 
des Hisloriae Tornacenses écrites vers 1160) sont précieuses par leurs com- 
mentaires. Le Chronicon de episcopis Tornacensibus (xm£-xive siècles) de la 
bibliothèque de Cisoing, édité par ne REIFFENBERG en annexe à sa publication 
de la Chroniqué de Philippe Mouskès (Commiss. Roy. d'Hist. in 4°) t. [, p. 536, 
ajoute : « Et est notandum quod ante hanc desolationem reditus el census supra 
fundos assignati et sinqulis annis solvendi raro reperiuntur fuisse introducti 
seu consueli el consimiliter ante Lempus supra diclum non invenitur scabinatus 
aliquis in Tornaco fuisse ordinatus, qui postmodum propler confusionem evi- 
tandam et propter securilatem contracluum et venditionum, rediluum, censuum 
el possessionum, exstilit adinventus et constitutus. Tunc etiam transport 
dictorum rediluum, censuum el possessionum solum fiebant coram illis quibus 
annuus census debebatur absque litteris seu chirographis, qui tempore dicti 
scabinatus sunt introducti ad perpeluam memoriam, prout potest satis appa- 
rere, nam pauca no nulla chirographa anterioris datae reperiuntur in Tor- 
naco ». — Après les mots et constitutus, le ms. dit « de Villers » (xvre-siècle) 
aujourd'hui disparu et dont j'ai copie spécifie même : « clero et populo ad jus 
unius cujusque conservandum ». 

(?) «li aprise faite sour ce ke cil de Tournai dient que toutes les tieres 
censeus ki se jugent par eskevins ki vienent à enqueste à Tournai ne doivent 
que iiij lonisiens d'entrée et üij d’issue, et li france iretage nient », (a° 1280- 
1290). Archives de FEtat à Gand. Fonds des chartes des comtes de Flandre, 
n°s 582 et 587. Cité par d'HERBOMEZ « Les châtelains de Tournai » dans Mem. 
Soc. Hist. Tournai, XXIV, p.165 : cet auteur s’est trompé du tout au tout dans 
sa critique d'interprétation. — Ja compétence des petits échevinages du Tour- 
naisis était bien censale cf. In., pour Duisempiere (a° 1222) t. XXV, p. 63; 


(« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 245 


-. Nous arrivons done à cette constatation paradoxale que 
l’échevinage dont les hommes de Sainte-Marie détenaient 
le monopole avait une compétence originairement doma- 
niale et foncière ({). 

L’explication de ce cas, très embarrassant si l’on s’en 
tient aux idées courantes, est cependant assez simple. Elle 
réside dans une superposition de conditions comme l’ad- 
mettait le moyen âge Si les hommes de Sainte-Marie, à 
une certaine époque, ont été juges, c’est-à-dire pairs, de 
tenanciers, c'est qu’ils pouvaient être tenanciers eux- 
mêmes. Ceux qui habitaient la ville ont cumulé deux carac- 
tères distincts : la dépendance personnelle et la dépen- 
dance foncière; et cela se conçoit, car si l'Eglise pouvait 
se créer des « hommes » en protégeant, moyennant rétri- 
bution, la liberté complète et ancienne des francs-hommes 
ainsi que la liberté nouvelle des affranchis, étrangers, a for- 
tiori lui était-il possible de prendre sous sa garde les liberi 
et les libertiqui venaient s’établir sur ses propres domäines. 

Par cette « localisation » la classe des hommes de Sainte- 


pour Ernoulville (a° 1234) t. XXV. p.68; pour Froyennes et Marquain (a° 1273) 
t. XXV, p. 179, ete. Concernant Marquain voyez (a° 1263): « Et ces sis bon- 
niers devant dis devons-nous warandir à le glise devant dite, parmi le cens ke 
ele nous rent, et en pais faire tenir comme sire, selon le loi de le vile ki des- 
cent de le loi de Tournai », t. XXV, p. 131. Il n'y a rien là de la qualité de 
chef sens que les prévôts ct jurés acquirent, dans un tout autre domaine, à 
l’époque communale. Quant aux alleux du Tournaisis ils ressortissaient à la 
cour des « frans eskiévins qui jugent et doivent jugier les frans aloes », 
(ao 1265) & XXV, p. 136. Sur les pouvoirs des frans échevins du Tournaisis- 
Flandre voyez des textes instructifs du x siècle dans tout ce 1. XXV et 
surtout pp. 106 et 114. 

Le caractère foncier de léchevinage de Sainte-Marie, confirme dans une 
certaine mesure la tradition relative à l'époque de son origine et permet même 
de remontrer plus haut encore en le considérant comme successeur du vieux 
banc fiscal du caput fisei tournaisien, auquel ressortissaient les cours du 
domaine sises aux alentours. 

({) A Arras la juridiction foncière appartenait primitivement à l'abbé, qui 
lexerçait en qualité de grand propriétaire par l'intermédiaire du tribunal 
domauial composé de scabini pris exclusivement parmi les homines Sancti 
Vedasti. —- La différenciation qui s’observe à Liége entre le bane des échevins 
de la cité et la cour des homines de casa Dei s'explique par le fait que le pou- 
voir du seigneur ecclésiastique n’était pas seulement d’origine immunitaire, 
mais encore d’origine publique; en d’autres termes, la seigneurie dépassait 
les limites du domaine propre du prince. 


246 P. ROLLAND i 


Marie se trouvait subdivisée en deux catégories : les cita- 
dins, auxquels était réservé l’échevinage de la eité, et les 
forains. N’y a-t-il pas là un curieux rapprochement avec 
les Sint-Peetersmannen de Louvain ? 


+ 
+ * 


Certaines institutions qu’avaient créées ou transformées 
les hommes de Sainte-Marie leur survécurent quand ils 
furent enfin absorbés par la commune, plus apte que 
l’évêque dépossédé à défendre ses sujets. J’en signale 
deux, d'ordres assez différents : l’'échevinage et la noblesse 
collective des Tournaisiens (1). 

L’échevinage échappa à la nomination des anciens sei- 
gneurs peu avant 1196, vraisemblablement lors de l'in- 
troduction de l’annalité dans toutes les magistratures, 
anciennes et nouvelles (?). Le privilège politique des 
hommes de Sainte-Marie fut même, à ce moment, méconnu 
par la commune (#). L'Église pensa parer les coups en 
obligeant tout échevin nouveau qui n’était pas äans sa 
dépendance personnelle à s’y ranger de suite (4). Le remède 


(1) Je cite également, pour mémoire, l’avouerie, qui ne devait pas son 
existence aux hommes-de-saint mais leur fut, en partie, appropriée; en regard 
des institutions sur lesquelles j'insiste, elle disparut assez tôt (xIve s.). 

(?) La charte de 1188 connaît encore les fonctions viageres; celle de 1211 con- 
sacre officiellement l’annalité des magistratures; c’est dans la trève du 20 juil- 
let 1197, conclue entre la commune et Baudouin IX (MarrÈNE et DURAND, 
Thesaurus anecdotorum [, col. 664; Dom BouQuer, À. H.F., XIX, p. 303 en note; 
Pourraix, Hist. de la ville et cité de Tournay, pièces justif., p. 19), que l'on 
saisit, pour la première fois, le changement de régime. 

(3) CE. supra, p. 249, n. 1, le texte de 1195. 

(*) Voici, en entier, le passage du registre «de cuir blanc » (fo 13 et ss.) qui 
établit la situation transformée de l'échevinage (xnre s.) : 

« De juramento scahinorum. — Scabini postquam de novo sunt facti sen 
creali in Tornaco, consueti sunt venire et veniunt annis sinqulis in capitulo et 
ibidem, presentibus decano et aliis personnis que sunt de capitulo, jurant et pres- 
tant ibi corporale sacramentum, tactis ibi reliquiis crucis de ligno dominico 
continentibus ad hoc ibidem delatis el coram ipsis positis, sub forma sacramen- 
tum prestantes et jurantes singuli que talis est : « Ego N. institulus seabinus 
hoc anno, fidelis ero ecclesie Tornacensi et, ut srabinus, jura ipsius et aliarum 
ecclesiarum Tornacensium pro posse meo observabo. Sic me juvet Deus et hec 
sancla el omnia uliu. » El notandum quod dicti scabini appellantur « scabini 
ecclesie» el bene, ut videtur, propter dictum sacramentum. Et eciam si aliquis sit 
inter ipsos scabinos qui non fuerit de cavagio seu censu eccl-sie capitali, necesse 


(« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 247 


fut-il efficace ? C’est possible tant que l’Eglise eut la haute 
main sur l’échevinage par l'intermédiaire des justiciers, le 
châtelain et l’avoué, ses feudataires. Mais après que, par 
divers détours Philippe le Bel et ses successeurs furent 
devenus les véritables châtelains et avoués de Tournai et 
qu'ils eurent rétrocédé leurs offices à la commune {1}, le 
chapitre dut assister à l’écroulement des derniers vestiges 
de son autorité seigneuriale. Tout au plus les mayeurs et 
échevins continuèrent-ils à lui prêter, jusqu’à la Révolu- 
tion, un serment aussi inoffensif que celui que les altiers 
prévôts et jurés condescendaient à prêter à l’évêque (?). 
Quant à la noblesse collective des Tournaisiens vis-à-vis 
des rois de France, on peut la faire également remonter aux 
anciens hommes de Sainte-Marie. Ces hommes-de-saint 
avaient, nous l’avons vu,une double origine. Ils comptaient 
des affranchis désireux de garder leur liberté récente, et 
d'anciens libres jaloux de leur noblesse ancestrale. Je dis : 
noblesse car il s’agit pour ces derniers de l’antique liberté 
des francs-hommes, à la fois personnelle et foncière; seuls 
les gens complètement libres (et non seulement ingenui) 


est in illo anno, quo factus est scabinus et stabit in scabinatu, fiat de censu seu 
cavagio ecclesie. Dicti eciam scabini debent dictum juramentum facere ante- 
quam proferant judicinm vel legem faciant et si forte aliquis ipsorum scabi- 
norum decedat vel amoveatur a scabinatu, infra annum quo est scabinus, 
ille qui substituitur tenetur facere juramentum modo supradicto. Et facto 
juramento scabinus qui non est de cavagio ducitur per cellenarium ad ymagi- 
nem beale Virginis et ibidem super allare ponens duos denarios solvit censum 
capilalem ». 

(:) En 1237, la commune prit à cens les oftices du chàtelain et de l'avoué 
dont le roi devint détenteur respectivement en 1314 et en 1393; entre- 
temps (en 1320), le prince en avait racheté la seigneurie même à l’évêque. La 
commune, qui, dès lors, n'avait plus affaire qu’au souverain, se vit déchargée, 
même à son égard, par charte de Philippe de Valois, en 1340. 

(*) Pour le serment des échevins, cf. supra, p. 246, n. 4. On le trouve 
identique dans le eartulaire de l'évêché de Tournai, n° 69, fo 79r0, aux 
Archives de l'Etat à Mons (x s.). Il subit peu de modifications et est encore 
donné de la même façon par PourTrain (op. cit., p. 664) qui le dit in viridi 
observantia en 1750. 

Quant au serment des jurés, il acquit sa forme derniere après une infraction 
au droit d'asile en 1227 (Waurers, 0p. cit., Preuves p.104), mais il est déjà men- 
tionné en 1192 (Gallia Christiana, WE, instrum. col. 48 et nom Bouquer R.H.F., 
XIX, p. 294, note). Poutrain le compare au serment que les rois prêtaient à 
l'Eglise, à Reims. 


246; P. ROLLAND 


pouvaient avoir la faculté juridique de se soumettre eux- 
mêmes à qui bon leur semblait. Maïs, malgré cette dis- 
tance du point de départ, tous les hommes de Sainte-Marie 
jouissaient des mêmes privilèges et, en particulier, échap- 
paient à toute imposition autre que la taxe à l’année, au 
mariage et à la mort. De là cette exemption de tailles qui 
les rapproche des Sint-Peetersmannen (!}, d'origine double 
eux aussi, et qui les fit considérer les uns et les autres 
comme francs quoiqu’une partie seulement d’entre eux 
— prépondérante peut-être — fut d’ancienne noblesse ter- 
rienne. Mais, à Louvain, les hommes de Saint-Pierre se 
groupèrent en clan de plus en plus fermé, transformérent 
pour eux seuls l’ancien échevinage domanial et se réser- 
vèrent jalousement les privilèges de franchise; au con- 
traire, à Tournai — comme à Liége (*) où toute la popu- 
lation s’est quelquefois vu appliquer les mots «hommes de 
Chief-Dieu et Saint-Lambert» (#) — par une survivance 
de l'époque où tous les citoyens étaient membres de la 
familia morale de l'Eglise (*, la franchise fiscale resta 


(1) A Louvain, une ratification de 1309 pose, comme suit, en face du prince, 
les hommes de Saint-Pierre : «veraciter liberi et exempti esse debeant ipso 
jure super eorum talliis et exactionibus nobis et successoribus nostris ducibus 
futuris faciendis ». Bull. Comimiss. Roy. Hist., 1re série, IV, 1841, p. 216. 

(?) A Liége, d’après la charte d'Albert de Cuyck (1208), les bourgeois ne 
devaient à leur prince ni taille ni écot. Cf. G. Kurt : «Les orlgines de la 
commune de Liége » dans Bulletin de l'Instilut archéologique liégeois, XXXW, 
1905, p. 304). 

(3) Paix d’Angleur (14 février 1313). Cf. Bormaxs, Ordonnances de la Princi- 
pauté de Liége, 1878, in-f°, (Recueil des anciennes ordonnances de la Belgique), 
lre série, p. 141 ss. À ce sujet voyez également F. L. GANSHOF, op. cil., 
pp. 805 et 311. 

(*) C'est à ce rappel de l'antique situation qu'il faut attribuer l’exagération 
de CarTuLLe (Tornacum civitas... Nerviorum, p. 89), lorsqu'il applique la con- 
dition de dépendance envers l'Eglise locale non seulement à l’échevinage, 
mais encore à tout le magistrat communal : « Caelerum non omittendum hic 
quod antiquitus nemo poterat esse de magistratu Tornacensi nisi qui esset 
homo Beatae Mariae sive in Ecclesiae cathedralis fidem ac clientelam adscrip- 
lus. Jus olim singulare et perhonestum : cum et talis homo non ab alio quam 
collegio suo et capitulo judicaretur, sed aevo et neglectu defecit». Avec beau- 
coup de bon sens pour l'époque (1652), Catulle assimilait la situation des. 
hommes de Sainte-Marie à celle des hommes de Saint-Pierre de Louvain ; 
Cousin avait déjà fait de même, op. cit., IV, p. 48. Selon ce dernier auteur, 
les anciens rapports entre le magistrat et la Vierge se démontraient de diffé- 


(« HOMMES DE SAINTE-MARIE » 249 


générale vis-à-vis du seigneur épiscopal, puis après 1187 
vis à-vis du roi (1). Et, dans ce domaine, on peut pour- 
suivre l'opposition. À Louvain, le rattachement à la 
«maisnie» des ducs de Brabant ne fit qu'accentuer encore 
les privilèges des « sept nobles lignages » (?) en les intro- 
duisant dans la nouvelle noblesse, militaire. À Tournai, 
le rattachement à la couronne archaïsa la situation de 
dépendance privilégiée de l’ancienne population et fit con- 
sidérer tous les bourgeoïs, quels qu'ils fussent, comme 
nobles (). Comme tels, ils constituaient la « chambre du 
roy » etavaient le droit exclusif de veiller directement sur 
sa personne — comme autrefois sur la personne épisco- 


rentes facons : « le magistrat et peuple de ceste ville conformément à l’église 
cathédrale recognoit, horore et invoque en ses necessitez la glorieuse Vierge, 
Mère de Dieu, Sainet-Piat et Sainct-Eleuthère pour patrons, advocats envers 
Dieu et défenseurs premiers et principaux ». (0p. cit, I, p. 238). Poutrain 
voyait aussi dans la Vierge, d’après les anciens actes du chapitre : « Superla- 
tiva civitatis Tornacensis Domina ejusque custos et habitantium mater sinqu- 
larissima » (op. cit., p. 763). Ces formules peuvent être prises à la fois au tem- 
porel et au spirituel. 

(1) Après avoir parlé du service militaire à rendre au roi, les chartes 
de 1188 et de 1211 ajoutent : «et hoc servitium nobis faciendo homines torna- 
censes quieti erunt et liberi ab omnibus aliis consuetudinibus a nobis et heredibus 
nostris regibus Francie el nos eos in jure suo adjuvare tenebinur ». Edit. 
Duvivier dans Bull. Acad. Roy. Belgique. Lettres, 1901, p. 291 et HocQuer 
dans Inventaire analytique des Archives de la ville de Tournai, 1e* fascie., 1905, 
p. 123 Voir ci-dessous n. 3 ss. 

(2) Cf. Van DER LINDEN, 0p. cit., p. 64. 

(#) Charte de 1356, 12 mai « .… en corps et commune noblement. » Archives 
communales, vidimus du 6 novembre 1356. — Charte de 1434, 23 décembre, 
qui résume la situation : «.. aux bourgeois et manans d’icelle ville, comme 
aux plus nobles, vaillans et loyaulx, fut baïllié la garde de la personne des 
roys de France, toutes et quantefois qu'ils chevauchent, ils sont en ost ou en 
armée... ils doibvent de plus en plus estre... maintenus et gardez en leurs 
grandes noblesses et franchises... servir et avoir la garde de leurs personnes 
(royales), quy ne doibt pas estre réputé service de villain ou routuriers mais 
service de toute noblesse et gentilesse, esquelles noblesses, et toutes autres 
appertenantes à nobles, les dits de Tournay ont esté maintenus et gardés de 
tout temps par nos prédécesseurs, et, comme nobles, les dis dessus dits de 
Tournay se sont maintenus et tels ont esté et sont réputés en tous lieux et en 
tous aiges; de ce ont, en tout temps, les particuliers de nostre ville este 
francs et quictes de payer quelconques tailles et impossession ou aultres 
redevances, pareillement comme les nobles de nostre royaulme; ont aussy 
les dis supplians et aultres bourgois et manans de nostre dite ville, comme 
nobles, de telz temps qu'il n’est mémoire du contraire, acheté et encoires 
achatent en quelque terre que ce soit, rente, possessions et héritaiges quel- 
conques tant de personnes nobles comme non nobles, de quelque estat et 


250 P. ROLLAND 


pale — lorsqu'elle était «logée à ost» (!). Ils jouissaient des 
nombreuses conséquences de leur titre, notamment de 
l’'exemption de la taxe de nouvel acquêt, privilège exor- 
bitant que les légistes essayèrent longtemps en vain de 
leur ravir (£). 

Ces divergences de développement entre les institutions 
seigneuriales de Tournai et de Louvain peuvent s'expliquer 
par le plus ou moins grand nombre d’hommes-de-saint 
qui entrait dans la population de ces deux villes à l’époque 
des transformations constitutionnelles ; par la puissance 
plus où moins grande acquise par la nouvelle magistrature 
communale, les jurés, vis-à-vis de l’ancienne magistrature 
seigneuriale, les échevins, qu’elle dépouilla, ici et là, à des 
degrés inégaux; par la situation géographique des deux 
communes, plus ou moins éloignées de leurs seigneurs res- 
pectifs et plus ou moins indispensables à leurs buts poli- 
tiques. Nous n’avons pas à envisager 1ci cette question. 

PauLz ROLLAND. 





condition que il soient ou ayent esté, sans, pour ce, payer ny estre tenus à 
payer à nous ne à aultre seigneur quelconques quelque redevance, ne estre 
constrains à les mestre hors de leurs mains ». Edité, avec erreurs, par BOzIÈRE 
dans Mém. Soc. Hist. Tournai. NI, 1859, pp. 137-188. 

A Liége — comme à Louvain — la noblesse s'était, en fait, confinée aux 
hommes-de-saint. Ainsi s'explique le passage, si discuté, de la charte de 1208, 
où il appert que les citoyens de Liége peuvent, si tamen de casa Dei fuerint, 
servir de Co-jureurs à un noble : « Si alicui libero homini, ad faciendam legem 
suam, unus aut duo liberi homines defuerint, bene licebit civibus Leodensibus 
cum e0 el pro eo jurare, si tamen de casa Dei fuerint ». (Publié par G. Kurra, 
op. cit. p. 307) À fortiori ce texte est-il compréhensible si l’on prend liberi 
dans le sens de simples libres, les hommes-de-saint valant plus qu'eux! 

(1) Cf. note précédente et une charte de 1404, 29 août « ... ycelle ville, 
qui est d’ancien droit en guerre nommée et appelée « nostre chambre », nous 
sert en n0z guerres à ses propres despens, et garde et veille nostre corps 
quant nous sommes logiez à ost, sur les champs, qui est une charge que les 
autres villes de nostre royaume n’ont pas, qui leur doit estre imputée à 
noblesse » (cité par BozièRE, loc. cit., p. 157), ainsi qu’une promesse de non- 
aliénation de Charles VII, en 1423, janvier : « de tout temps et dès neuf cens 
ans à ou environ, la dicte ville, qui est chambre du Roy, ait esté et encores 
soit nuement et sanz moyen de la couronne de France ». (Cf. Hourarr : « Les 
Tournaisiens et le roi de Bourges » dans Ann. Société Histor. de Tournai, XI, 
1908, p. 480.) 

(2) C£. supra, p. 249, n. 3. Ce ne fut que sous Louis XI que ce privilège leur 
fut enlevé. C£. PouTRaIN, 0p. cit., p. 289. 


Les doyens de chrétienté 
(suite) (!). | 


$S 2. L’EXERCICE DE LA JURIDICTION GRACIEUSE 
PAR LES DOYENS DE CHRÉTIENTÉ. 


A. — Organisation. 


L'exercice de la juridiction volontaire par les doyens 
a connu depuis le milieu du xu° jusqu’à la fin du siècle 
suivant deux phases caractéristiques ; mais il va de soi que 
ces deux périodes, pour être marquées chacune de quelques 
traits spéciaux, n'ont pas pour cela des limites fixement 
arrêtées ; ce sont deux étapes distinctes d’un même déve- 
loppement dont la marche inégale à varié suivant les 
contrées. 

La première phase est signalée par l’action simultanée 
des doyens et de l'assemblée ecclésiastique (concile); les 
actes juridiques s’accomplissent alors devant le chef du 
doyenné entouré des curés de la circonscription à titre de 
témoins. Dans la seconde période, par contre, c’est le doyen 
rural qui exerce sa fonction en qualité d’officier publie, si 
l’on peut s'exprimer ainsi. Bref, de 1170 environ à 12920, la 
juridiction volontaire est exercée d’une manière rudimen- 
taire ; depuis cette date (environ) à 1300 elle est organisée 
par un minuscule bureau d'écriture dont le doyen a la 
direction. 

Ou a entrevu plus haut à quelles pratiques il faut rat- 
tacher l’action décanale dans le domaine de la vie juridique 
de ses ouaiïlles. Si le doyen, comme l’archidiacre, est admi- 
nistrateur spirituel, il est aussi au xr1° siècle juge rendant 
des sentences de tribunal. Or, les transactions de droit 
privé passées devant le doyen ne sont elles mêmes, en 


(1) V. p. 59. 


18 


202 H. NELIS 


réalité, que des décisions judiciaires prononcées par lui. 
Je ne citerai qu'un exemple emprunté à un acte de vente 
du 18 juin 1229 : la charte note clairement que le transport 
de biens à été opéré en « présence et en justice » du doyen 
de Carignan (1). 

Les réunions décanales ou conciles reflètent d’une ma- 
nière frappante le double caractère d’assemblée judiciaire 
et de bureau administratif; cette confusion apparente de 
pouvoirs n’a pourtant rien d’étrange ; car bien souvent les 
donations, les ventes, les mutations de propriété foncière 
s’accomplissent après de longues contestations que le 
doyen apaise soit par un arbitrage équitable soit par un 
accord amiable entre parties. 

Ce mode de juridiction fut appelé bientôt au plus vif suc- 
cès. Quelques faits éclaireront cette activité : Un renouvel- 
lement a lieu en 1175 par les seigneurs d’Orbais à l’abbaye 
de Bonne Espérance de leurs droits respectifs sur l’église 
d’Orbais; cette reconnaissance, suivie d’une donation, est 
faite en plein concile de Jodoigne; enfin, l’archidiacre 
liégeois donne investiture de ces droits à un chanoine 
nommé Henri (?). En 1166, deux chanoïnes de Meerbeke, 
Robert et Ogot, se présentent devant les doyens de Bellem 


(2) CÉ. Gorriner. Cartulaire d'Orval, p. 546. Que la vente soit souvent assi- 
milée au xme siècle dans sa terminologie à une sentence judiciaire ou du 
moins soit concommittante d'une décision juridique, la chose n’est pas dou- 
teuse. Voici quelques textes qui n’ont peut être pas tous la même valeur : 
donation de fief, de 1221 : « Quam cum per sententiam hominum meorum 
exfestucassel SENTENTIATUM EST D DE MARNEFFE, Cart. Afjlighem, p. 409. Acte 
de sept. 1227 : « Et nos requisili IN FIGURA JUDIGIT PRONONCIAVIMUS JUDICANDO 
legitimam esse notalam venditionem Guxioprs. Coutumes de Dixmude, \. I, 
(1891), p. 337. Vente de juin 1224: « legitime perjuditium hominum meorum 

. obligaverunt ». d'Hoop : Cart. de Saint-Bertin, p. 55, n° 57. Vente de 
nov. 1268 : « Noveritis quod hospitale S. Johannis Baptiste in Bruxella acqui- 
Sivit PER LEGEM ET JUDIGIUM erga Johannem de Monte... unam bonariam terre 
sitam in parrochia de Goycke. » Cart. hospice Saint-Jean de Bruxelles, fol. 19, 
aux Arch.-hospices civils de Bruxelles. Vente de moulin à l’abbaye de Milen 
du 11 mars 1270 (n. st.) : « Vendidimus et transtulimus et tenore presentium 
transferimus jure hereditario PER SENTENTIAM SCABINORUM NOSTROVUM [Santi- 
Trudonis] dans CH. Pror. Cart. Saint-Trond, 1. un, p. 341. Venle du 8 février 
1264 (n. st.): « PER SENTENTIAM SCABINORUM... legitime vendiderunt ». IBIDEw, 
p. 308. 


(2) {Cf. MaGHE. Chronicon Bonae Spei (1704), p. 106. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 293 


et de Beerlaere, réunis en chapitre et cèdent à l’abbaye de 
Ninove une ferme à charge de payer une redevance an- 
nuelle (*). C’est encore devant le doyen et le concile, 
notamment celui de Bastogne, qu’en 1936, le curé de 
Surré reconnaît devoir au chapitre Sainte Croix de Liége 
une pension de 18 sous pour la dîme de cette église (?). 

L'assemblée des curés n’est sans doute pas le seul endroit 
où l’on pouvait passer des contrats juridiques; d’une ma- 
nière générale, on en accomplissait dans toute réunion de 
quelque importance. Notons à ce sujet d’abord un acte de 
vente fait à Eename le 11 mai 1220 à la fois avec l’inter- 
vention du doyen de Houthem en présence de témoins 
comprenant des prêtres, un chevalier et des échevins (3); 
puis, une donation d’un demi-bonnier de terre en faveur 
de l’abbaye de Ninove de l’année 1189; elle avait eu 
lieu avec le concours du doyen de Hal et devant des 
moines, des prêtres séculiers et des échevins en qualité 
de témoins ({). 

Bien que les conciles décanaux continuèrent à être tenus 
régulièrement, les particuliers s’abstinrent de plus en plus, 
depuis le milieu du xrrr° siècle, de s'adresser aux fratres 
concilit pour la passation de contrats privés. Non pas que 
les doyens avaient cessé d’être des officiers publics, tout 
au contraire, mais parce que ceux-ci avaient réussi à cen- 
traliser entre leurs mains la juridiction gracieuse en la 
rendant plus simple, plus rapide, plus appropriée aux 
nécessités du moment. Si donc alors les transactions 
devant les fratres concilit deviennent de plus en plus rares, 
c'est qu’on s’est familiarisé davantage avec la procédure 
plus expéditive des bureaux du doyen rural. 

C’est ce dernier trait qui caractérise la seconde phase de 
la juridiction décanale. Le doyen seul agit sans aucune 
intervention de ses confrères du concile. Maïs ici encore 
il faut distinguer deux formes spéciales d'activité; car, ou 
bien le doyen exerce la juridiction gracieuse en pleine 
liberté, en son nom propre, ou bien il est simplement le 


(4) Cf. pe SuEr. Chronicon Flandriae, T, n, D. 770. 

(2) Cf. En. PoxceLer. Inv. anal. collégiale Sainte-Croix, t. 1, p. 33. 
(8) Cf. CH. Pior. Cartulaire d'Eename, p. 104, n° 131. 

(4) Cf. ne Suer. Chronicon Flandriae, t. II, p. 800. 


254 H. NELIS 


délégué de l’évêque, de l’official et sa gestion est subor- 
donnée alors aux décisions de l’autorité ecclésiastique. 
Voici, comment se présentent, dans leur développement 
historique, ces variétés d’organisation. 

L'indépendance du doyen vis-à-vis de l’évêque est sans 
conteste l'attitude la plus ancienne en usage dans nos pro- 
vinces quand il s’agit de passer des contrats devant le 
doyen; les transactions Juridiques s’accomplissent en sa 
présence, en dehors de l’enceinte des conciles de curés et 
sans la moindre délégation du pouvoir. supérieur. Les 
temps ont maintenant changé; ce n’est plus à l’occasion de 
contestations ou de réunions ecclésiastiques qu’on va con- 
sulter le doyen rural. Qu'on lise, pour s’édifier, quelques 
chartes de l’époque et l'on verra comment à l'ordinaire les 
affaires se pratiquaient. 

En février de l’année 1265, le receveur du tonlieu d’Ou- 
denbourg-lez-Bruges, un nommé Eustache, sa femme Isa- 
belle, ainsi que leurs enfants Baudouin, Gilles et Margue- 
rite, se présentent devant le doyen de chrétienté de Bruges 
(in nostra presentia constituti), et vendirent au profit de 
l’abbaye d'Oudenbourg (suivant la coutume franque, par la 
tradition du rameau et du fêtu {vendiderunt, festucaverunt 
et guerpiverunt bene et legitime), moyennant finance, trois 
manses de terre labourable situés dans cette paroisse: 
cela fait, les moines eurent soin d'exiger des vendeurs la 
promesse d'abandon coraplet de la propriété de ces biens 
(garandisare promiserunt; promiserunt etiam dicti vendi- 
tores sub juramento et fide quod nullum jus in dicta terra 
ratione dotis vel alia quacumque ex causa de cetero recla- 
mabunt); les vendeurs renoncent, au surplus, à ne rien 
faire qui puisse nuire aux nouveaux acheteurs (renun- 
ciantes omni contestationi jura doli et facti... quod dictis 
venditoribus posse prodesse et dicti ecclesie obesse). Afin 
d’écarter pour l'avenir tout motif de conflit,on fit jurer par 
le fils mineur d’Eustache, le jeune Coppin, qu’il respecte- 
rait la vente faite par son père : les vendeurs se voient 
enfin liés dans leurs engagements par les peines canoniques 
(per censuram ecclesiasticam compellere possumus) (1). 


(4) Ta. DE LaimeurG Srirum. Le chambellan de Flandre. Gand, 1868, 
t. XITI-XIV. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 299 


I1 s’en faut que la plupart des chartes décanales s’expri- 
ment, comme celle-ci, avec une précision de détails si 
abondants, mais on voit néanmoins par elle avec quel soin 
le doyen de Bruges entendait exercer ses fonctions d’offi- 
cier public. D'une manière générale, le contrat le plus fré- 
quent, la vente, passe par trois stades successifs : 1° la 
tradition ou donation matérielle par le vendeur à l’ache- 
teur, accompagnée de gestes symboliques; % le contrat 
proprement dit ou l’ensemble des stipulations soit condi- 
tionnelles, soit restrictives, que les parties s'engagent ora- 
lement a accomplir réciproquement; enfin 3° la mise par 
écrit du contrat par le doyen (1). Les deux premières forma- 
lités ne s’accomplissaient pas nécessairement dans la mai- 
son de ce dernier, au contraire, le doyen se rendait très 
fréquemment au domicile même d’une des parties contrac- 
tantes. 

L'organisatiou de la juridiction décanale se ressentit 
pendant tout le xrr1° siècle des circonstances qui lui avaient 
donné naissance; c’est ainsi, qu’alors même que les actes 
se passent devant le doyen de concile et que les chartes 
sont libellées exclusivement en son nom, il n’est pas rare 
de voir le doyen se faire assister, surtout avant 1950, d’un 
ou plusieurs témoins (?). C'était à la fois une survivance 
des pratiques du xr° siècle des assemblées des fratres 
concilit et l’attestation de la preuve testimoniale en jus- 
tice ($). 

Pendant que l’activité des doyens se dévoloppait ainsi 
lentement et gagnait la faveur du public, les évêques son- 
gèrent à leur tour à utiliser leur précieux concours. Dès le 


(1) Dans le doyenné de Bruges, la différence entre la traditio et le contrat 
est souvent stipulée dans les chartes décanales du x siècle. Cf. « In nostra 
presentia.. recoanoverunt…. legitime vendidisse..…. abbati.… francis scabinis 
officii Brugensis ad plenam legem TRADIDISSE et weRPuISSE. Cartul. de Saint- 
André (n° 2674), fol. 150 vo, aux Arch. Etat, à Bruges (charte du doyen de 
Bruges de nov. 1262). 

(?) Voir une charte du 7 mars 1937 (n. st.) de H..., doyen de chrétienté de 
Saint-Trond : «in presentia nostra et PLURIUM VIRORUM BONORUM ». Chartrier 
de l’abbaye d’Averbode, à Averbode. 

(3) Cf. Sur cette vitalité voyez, JuLEs LAMEERE. « Aspects de la preuve tes- 
timoniale en Flandre aux x et Xive siècles », dans Bull. Acad. de Belgique, 
classe des lettres (1907), p. 699-729. 


256 H. NELIS 


début du xrrr° siècle déjà, grâce à une décision du Concile 
de Latran de 1215, exigeant auprès du juge ecclésiastique 
ou official la présence d’un officier public, l'exercice de la 
juridiction gracieuse avait subi de profondes modifica- 
tions (1). Comme il ne suffisait plus à la tâche par suite du 
développement de la vie sociale, l’évêque et l’official s’ad- 
joignirent des auxiliaires instruits et zélés, soit des clercs, 
des notaires et des scelleurs. Or, il se fit que les transac- 
tions furent si nombreuses que les officiaux furent obligés, 
vers le milieu du x siècle de se décharger presque com- 
plètement de la passation des contrats juridiques. Pendant 
plus d’un demi-siècle la juridiction volontaire exercée par 
l’évêque ou l’official se résumait en trois actes distincts : 
1° la délégation de l’official chargeant le notaire d’instru- 
menter; % la passation du contrat devant le notaire; 3° la 
notification du notaire à l’official de l’exécution de l'acte. 

On comprend aisément que l’évêque (ou l’official) ait fait 
appel à l’activité et à l’expérience des doyens ruraux. 
Comme les notaires et, mieux qu'eux sans doute, ceux-ci 
pouvaient aider à la diffusion de la juridiction ecclésias- 
tique qu’il cherchait à établir. 

Une différence essentielle existe, notons-le, entre le 
doyen rural et un clerc ou notaire (qui ne sont pas encore 
de véritables officiers publics|\. Tandis que ceux-ci n’a- 
gissent que par ordre et que ses actes sont subordonnés à 
l'approbation de l'official, le doyen, au contraire, donne 
aux conventions passées devant lui des garanties juri- 
diques par l’opposition du sigillum authenticum. Sans 
doute, son ministère est souvent sollicité par l'autorité 
épiscopale, représentée par l’official, mais l’intervention 
décanale, même sans délégation spéciale de l’évêque, 
confiait à ses actes une grande autorité juridique. Telle 
était du moins la doctrine ecclésiastique du xrn° siècle et 
on ne voit pas qu'elle ait été mise en discussion, par 
exemple, dans le Liber practicus ecclesie Remensis, où tant 
de questions juridiques sont soulevées sinon résolues (?). 

Ce fut dès le premier quart de ce siècle que les doyens 
apparaissent comme les auxiliaires des évêques; leur office 


(2) Cf. LaBBe ET Cossarr, Sacrosancta Concilia…., t. XIII, p. 974. 
(2) P. Var. Archives administratives de Reims. Coutumes, I. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 251 
est par conséquent antérieur à celui des clercs et des no- 
taires officiaux, ceux-ci ne figurant qu’à partir de 1242 
environ. Une des premières délégations signalées dans les 
ouvrages imprimés est adressée au doyen de Pamele {Au- 
denarde) en 1212 (1); la dernière est de l’official de Tournai 
au doyen de chrétienté de Bruges du 13 juillet 1280 (2). 

On ne saurait mieux connaître les relations entre l’é- 
vêque (ou l’official) et les doyens qu’au moyen de quelques 
exemples typiques. | 

24 nov. 1230. Donation de dîmes devant Walter, doyen 
de chrétienté, à Grammont (°). | 

Janv. 1231 (n. st. ?) Vente de dîimes devant le doyen de 
Bruges « vicem g'ereutis domini episcopi [Tornacensis]. » 

1234. Vente de dimes devant W. doyen de Grammont 
«in manu nostra TAMQUAM ORDINARIT DICTI LOCI. » (4). 

Nov. 1237. Les doyens de chrétienté de Juvigny et de 
Carignan informent l’archevêque de Trèves de la donation 
faite par Jean de la Fontaine à l’abbaye d’'Orval (°). 

19 avril 1238. Engagement de dîmes devant le doyen de 
Roulers : « Nos autem obligationi hRuic, EX SPECIALI MAN- 
DATO DOMINI T'ornacensis episcopi et loco ipsius interfui- 
mus. » (6). | 

16 janv. 1248 (n. st.). Vente de terre devant W., doyen de 
Roulers (7). 

Janv, 1263 (n. st.) Vente de droits sur des terres devant 
Siger, doyen de Gand (8). 

Juin 1280. Vente devant Pierre, curé de Saint-Brice, à 
Tournai (°). 

13 juillet 1280. Renonciation à la dime de Lisseweghe 
devant le doyen de Bruges (1°). 


(4) Cf. A. D'HERBOMEZ. Cartulaire de Saint Martin de Tovrnai, t. 1, p. 217, 
n° 210. 

(?) Cf. F. D'Hoor. Recueil de chartes de Saint Bertin, p. 126, n° 113. 

(3) Cf. À. »'HerBoMEz. Cart. Saint Martin de Tournai, t. 1, p. 372, n° 363. 

(+) Cf. [Serrure]. Cart. Saint Bavon de Gand, p. 168, n° 171. 

(5) Cf. H. Gorriner. Cartulaire d'Orval, p. 218. 

(6) Cf. A. »'HERBOMEZ. Ibidem, t. 1, p. 406, n° 387. 

(7) Cf. CH. Prior. Cartulaire d'Eename, p. 246, n° 277. 

(8) Cf. ne Suer. Cartulaire de Cambron, p. 44. 

(#) Cf. A. »'Hersomez. Cartul. de Saint-Martin, t. 11, p: 277, n° 873. 

(49) F. »'Hoop. Ibidem., p. 130, n° 117. 


258 H. NELIS 
6 


Il est frappant que la majeure partie des actes passés 
devant le doyen comme délégué de l’évêque (ou de l’offi- 
cial) sont des documents relatifs à des affaires ec*lésias- 
tiques, telles que les dîmes, les patronats, etc.; les chartes 
d'intérêt purement civil n'apparaissent qu’assez tard, aussi 
est-on autorisé à penser que le doyen n’avait pas nécessai- 
rement besoin d’un ordre de l’autorité épiscopale pour 
pouvoir instrumenter ce genre de contrats. 

La note caractéristique de l’activité décanale comme 
officier public est la grande diversité de ses manifesta- 
tions. N'ayant vraisemblablement jamais été réglée par 
les conciles et les évêques, la juridiction gracieuse était 
exercée avec une liberté d’allure inconnue de notre fonc- 
tionnarisme moderne. Nous assisterons donc à des variétés 
diocésaires, régionales et locales extrêmement intéres- 
santes dans les détails. On verra par là même la vogue 
dont cette activité a joui ou bien la défaveur où elle a été 
tenue dans certaines contrées. Bien entendu. on s’en tien- 
dra à quelques traits saillants. 

Une région s'offre tout d’abord comme particulièrement 
intéressante ; c’est celle qui comprend actuellement une 
partie du département de Meurthe-et-Moselle, le sud de la 
province du Luxembourg belge, englobant, dans le diocèse 
de Trèves, les villes de Juvigny, Longnion et Carignan 
(Y voix). La population y faisait si fréquemment appel aux 
offices du doyen rural que pendant tout le xir1° siècle qu'il 
est en quelque sorte la seule autorité juridique devant 
laquelle on passait des contrats; ses bureaux sont conti- 
nuellement envahis, on vient de partout, de près et de 
loin. Rien ne donnera une meilleure idée de cette activité 
administrative que le tableau suivant fondé sur des 
exemples empruntés uniquement aux cartulaires d’'Orval 
et de Clairefontaine, publiés par le père H. Goffinet et à 
celui de Saint-Hubert par God. Kurth. 


Longnion. Carignan. Juvigny. 


(v. 1200), Attestation. 1201. Désistement de 12 juin 1202. Accord 

1225. Désistement de biens. touchant dîme. 
biens. 1205. Donation. 1226. Donation de terre. 

1258, Donation deterre. 1210. Donation d’alleu. Nov, 1255. Arrentement. 


1244. Ventc d'immeu- 


bles. 

Janv. 1247. Vente de 
dîimes. 

Déc. 1256. Idem. 


Fév. 1259. Vente d’im- 
meubles. 

Juil. 1261. Vente de pré. 

. Mai 1265. Désistement. 

Nov. 1265. Vente de 
rente. 

Avril1266. Désistement. 

Dec. 1266. Cession de 
biens. 

Avril 1275. Désistement. 

Avril 1278. Vente de 
terre. 

2 juin 1291. Vente de 
dîme. 
Mars 1293. 
terre. 
42 mai 1297. Donation. 

Avril 1298. Legs. 

Nov. 1299. Donation. 

3 mars 1517. Vente de 
dîime. 


Vente de 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 


Sept. 1228  Désistement 
de droit d'usage. 

1237. Donation de dime. 

Janv 1258. Don de pa- 
tronat. 

1259. Donation de terre. 

Avrit 1259. Donation et 
vente. 

1239. Donation de biens 
meubles. 

Déc. 1242. Donation de 
terre. 

14 août 1244. Donation 
d’alleu. 

Fév. 1254. Donation de 
terre. 

Fev. 1258. Idem. 

1260. Achat de prairie. 

Avrul1265. Désistement. 

Dec. 1265. Idem. 

10 oct. 1267. Vente de 
terre. 

Deéc.1269. Vente de dîme. 

Juin 1271. Vente de bois. 

Févr. 1275. Cession de 
dîimes. 

26 avril 1279. Donation 
de dîmes. 

Avril 1283. Achat de 
dîimes. 

18 juin 1289. Vente de 
rente. 


259 


Mai 1258. Donation de 
dimes. 

13 nov. 1264. Donation 
de terre. 

Mars 1266. Idem. 

Juin 1268. Vente de 
terre. 

Janv. 1269. Echange de 
terre. 

24 avril 1279. Cession 
de biens. 

Fev. 1305. Transaction. 

Mars 1317. Vente de 
dime. 


Comme on voit, les bureaux de ces trois doyens se dis- 


tinguent par la longue durée de leur travail administratif; 
leur activité se poursuit jusque vers l’année 1320; si dans 
la suite elle disparait totalement, ici comme ailleurs, c’est 
par suite de la concurrence qui leur est faite par des nou- 
veaux venus; car, à Côté des notaires publics et des éche- 
vins urbains, voici que viennent se joindre, à Yvoix, 
depuis 1333 (1), les prévôts et jurés du scel royal, déjà si 
populaires en France. 

Dans le diocèse de Cambrai on note aussi des variétés 
régionales marquées. Prenons, à titre d'exemple, la con- 
trée située entre Bruxelles (la ville exclue; et la ville d’An- 


(1) Cf. GoFFINET. Cartulaire d'Orval, p. 670. 


260 H. NELIS 


vers en passant par Vilvorde et Malines. L'action du doyen 
de chrétienté est partagée ici, surtout dans le dernier 
quart du x1r° siècle, non seulement entre les curés, les 
chapelains mais encore, détail frappant, par les échevins 
communaux. Le fait n’est pas exceptionnel maïs constitue 
une coutume bien assise. A Anvers, l'intervention éche- 
vinale est si fréquente qu’on peut se demander si cette col- 
laboratlon n’était pas juridiquement obligatoire, à la fin 
du siècle, pour renforcer l’authenticité des contrats passés 
devant le doyen de chrétienté. 

Les textes suivants témoignent de ces usages locaux. 

Mai 1232. Donation de meubles et d'immeubles devant le 
doyen d'Anvers, des prêtres et des échevins d'Eename (!). 

23 mars 1283 (n. st.). Donation devant le pléban d’An- 
vers (remplaçant le doyen de chrét ) et les échevins (?). 

9 juillet 1283. Même particularité (3). 

Mars 1284 (n. st.). Donation devant le ff. de doyen de 
chrétienté et les échevins d'Anvers (4). 

5 juin 1291. Donation devant H..., doyen de chrét. et 
les échevins d'Anvers (°). 

Une coutume pour la passaticn des contrats très répan- 
due à la campagne de cette contrée consistait à s'adresser 
aux curés de préférence qu'aux doyens de chrétienté et à 
fortiori aux échevins locaux. Nulle part ailleurs en Bel- 
gique on ne constate comme ici une telle activité profes- 
sionnelle de la part des desservants. Cette liste est suffi- 
samment éloquente. 


Décembre 1258. Donationdevant 2 févr. 1275 (n. st.). Donation 


les curés de Schelle et de He- devant curé de Cobbeg'hem l*). 
mixem (5). o août 1281. Donation devant 
4 janv. 1274. Arrentement de- pléban de Rupelmonde (5). 


vant pléban et chapelain de 

Malines (5). 

(!) Cf. CH. Prior. Cartutaire d'Eename, p. 174, n° 207. 

(?) Cf. Goerscnacckx. Bijdragen, t. 8 (1909), p. 403. 

(3) Ibidem, p. 408. 

(1) Thbidem, t. 10 (1911), p. 349. 

(5) tbidem. t. 13 (1914), p. 94. 

À Malines le pléban ou curé de l’église métropolitaine faisait très souvent 
après 1250 office d’officier publie comme celui d'Anvers, le pléban de l’église 
Notre-Dame. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 261 


22 avril 1284. Donation devant 
curés de Wilryck et Austru- 
weel (1). 

11 nov. 1284. Donation d’alleu 
devant curés d’'Erps et Neer- 
Ockerzeel. 

2 fév. 1286 (n.st.) Donation de- 
vant curés de Steen-Ocker- 
zeel et Humelghem. 

1 avril 12806 (n. st.) Arrentement 
devant curés de Ockerzeel et 
Querbs. 

16 mai 1293. Acte devant curés 
d'Erps et Cortenberg 


1 mars 1294 in. st.) Acte devant 
curé de Bergh-lez-Vilrorde et 
chapelain de Lille. 


8 mars 1264 (n. st.) Don de 
dîimes devant curé de Ber- 
chem-lez- Anvers. 

Mai 1261. Don de dîme devant 
curé d’£eckeren. 

6 avril 1284. Reconnaissance de 
dette devant curés de Deurne- 
lez-Anvers et de Wommel- 
ghem, 

18 mai 1981. Echange devant 
curés de Basel et de Rupel- 
monde. 

206 nov. 1277. Don devant curé 
de Borght (sous Grimber- 
ghen). 

25 janv. 1255 (n. st.) Arrente- 
ment devant doyen du Pays 
de Waes et curé de Tamise{?). 


Bien que l’activité décanale n’ait pas affecté à Bruxelles 
des formes bien spéciales, sa vitalité mérite néanmoins 
d’être brièvement signalée. Sa juridiction administrative 
s'étendait, dès les premières années du xrrI° siècle, à son 
ressort ecclésiastique; de toute part, les bienfaiteurs. 
généralement nobles, des maisons religieuses accourent 
à la chancellerie décanale pour y authentiquer leurs 
donations. En 1214, un certain Jean fait abandon à 
l’abbaye des prémontrés de Grimberglien de la troisième 
partie de la dîme de Strombeek en présence du doyen de 
chrétienté, Walter, assisté de témoins ecclésiastiques (?) ; 
en février 1218 par devant le doyen de Bruxelles et l’abbé 
de Jette, en pleine église de Wemmel a lieu la donation 
de la dîme de cet endroit par Guillaume de Hasselt (‘). Le 
doyen s'était donc rendu à Wemmel, pour y procéder à 
l’acte juridique L'année suivante, ce sont des particuliers 
mêmes qui viennent le trouver à son domicile à Bruxelles 


(1) Tous ces actes (excepté le dernier) sont publiés par Goetschalckx. 

(2) Cf. [Serrure]. Cartulaire de Saint-Bavon de Gand, p. 276. 

(3) Cartulaire IL de Grimberghen, conservé à l'abbaye, fol. 104. Si j'ai pu 
étudier à l’aise ce précieux cartulaire du xur° siècle, c’est grâce à l’obligeance 
du chanoine Delestrez que je remercie bien vivement. 

(4) Ibidem, fol. 119ve. 


262 H. NELIS 


et la vente se fait dans l’église Sainte-Gudule ; c’est d’abord 
Henri de Eelwite qui vend à l’abbaye de Grimberghen 
trois bonniers de terre situés à Elewyt (1); une autre fois, 
au mois de mai 1219, Guillaume Recolf règle le paiement 
pour l’achat de 6 bonniers de terre à Over-Heembeek (?) 
En 1220, Jean de Stroombeek donne quittance entre les 
mains du doyen de chrétienté à l’abbaye de Grimberghen 
pour la somme que celle-ci lui devait par suite de l’achat 
de la dime de Strombeek (3). En 1221, le doyen Godescalc 
procède devant témoin et son notaire, maître Godefroid, 
en l’église Sainte-Gudule, à la donation aux chanoines de 
Grimberghen de biens situés à Sterrebeek par Gérard de 
Sterrebeek (#). Certaines ventes s’accomplissent avec plus 
de solennité; ce fut le cas de celle de l’alleu de 16 bonniers 
à Nieuwerode faite par Louis de Leefdael, homme noble; 
l’acte juridique eut lieu en 1221 et en 1222 par l'office du 
doyen de Bruxelles en présence des abbés d’Afflighem, de . 
(Gembloux, de Bonne-Espérance et de Grimberghen (5); 
c’est encore avec le concours du doyen Godefroid qu’en 
septembre 1222 Arnoul de Sterrebeek fait don à Grim- 
berghen de 4 bonniers de terrrain, de sa maison, de son 
jardin et de sa grange à Cortenberg (6): en 1224, le doyen 
est assisté des curés de Strombeek et de Meysse pour pas- 
ser la donation à l’abbaye de Grimberghen de 5 bonniers 
par le noble Arnoul de Meyze, de Lindbosch (7); cette 
abondance d’actes donne une idée du rôle considérable du 
doyen de chrétienté bruxellois; encore ne s'agit-il ici que 
d’une seule communauté religieuse, celle de Grimberghen, 
et les exemples ne s’étendent-ils pas plus loin que 1245. 
En 1225, le doyen Godefroid se rend à Humbeek pour 
authentiquer des documents officiels (5); en février 1226, 
Henri, seigneur de Duffle, s’acquitte devant le doyen 


(!:) Cartulaire II de Grimberghen, fol. 116. 
(2) Ibidem, fol. 108vo. 

(3) 1bidem, fol. 107vo. 

(4) Ibidem, fol. 121. 

(5) Ibidem, fol. 93. 

(6) Ibidem, fol. 126v0. 

(7) Ibidem, fol. 6. 

(5) Jbidem, fol. 204. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 263 


Godefroid d’un paiement pour l’acquisition de 10 bonniers 
de terre par l’abbaye de Grimberghen (1); c’est le même 
doyen qui acte à Merchtem la vente par le châtelain de 
Grimberghen, Gautier, à l’abbaye de ce lieu, de terrains 
situés à Bouchout, Steenberghen et Robbruc (?). 

Pour légaliser la donation d’un alleu à Wolverthem, faite 
en 1227, Gautier de Sotteghem s'adressera au doyen de 
Bruxelles (3); de même en août 1298, Gilbert de Beyghem 
pour sa vente à Grimberghen de 5 pièces de terres situées 
à Beyghem, l’acte a lieu à Wemmel (). En 1935 la même 
abbaye recoit de Jean, seigneur de Hamme (sous Assche) 
la dîime de Wemmel par l'intermédiaire du doyen (°); le 
doyen Arnoul notifie, en avril 1243, la donation d’une 
somme grevée sur deux bonniers de terre à Grimberghen 
faite par le chevalier, Hugues de Sciplaken (5). 

La Flandre, de son côté, fut pareillementune province où 
l’activité décanale se déploya avec une extraordinaire am- 
pleur. Si la besogne administrative des doyens de Gand 
nous est moins connue, cela tient vraisemblablement à des 
circonstances locales, fortuites. ou encore à la concurrence 
d’autres institutions (échevinages). Par contre, Bruges, 
Furnes et Grammont furent des centres très influents. 

Le bureau de Bruges — car c’est le mot à employer — 
mérite une attention spéciale. Nous possédons du doyen 
de cette chrétienté une foule non seulement d'actes de droit 
privé (contrats, promesses de paiement, quittances), mais 
encore, depuis 1221 au moins, des copies authentiques de 
chartes dont on voulait assurer des transcriptions dignes 
de foi (7). 

Ces travaux avaient pris dans la seconde moitié du 
x11° siècle un tel essor qu'il fallut songer à organiser un 
bureau à l'instar d’une petite chancellerie de province, 


(4) Cartulaire IT de Grimberghen, fol. 122. 

(2) Ibidem, fol. 99. 

(3) Ibidem, fol. 100. 

(1) Ibidem, fol. 15v°. 

(>) 1bidem, fol. 193. 

(6) Ibidem, fol. 177v0. 

(7) Chartrier de Saint-André-lez-Bruges, aux Arch. Etat Bruges, bleu 
n° 7370. 


264 H. NELIS 


active et influente, Dès l’année 1951 (1), Bruges possède 
sa curia christianitatis dont le doyen est le chef et le 
sig'illifer son auxilaire en 1265 (*). Ses rouages étaient 
quasi les mêmes que ceux de l’official forain du diocèse 
de Tournai à Bruges. Ces scriptoria constituaient d’excel- 
lents postes régionaux facilitant, canalisant, en quelque 
sorte, la justice ecclésiastique, l’administration discipli- 
naire ainsi que l’exercice de la juridiction volontaire. 

Le ressort d'activité du doyen brugeois s’étendait peut- 
on dire sur les limites actuelles des arrondissements de 
Bruges et d’Ostende. En se fondant uniquement sur les 
nombreuse chartes décanales insérées dans le cartulaire 
de l’abbaye de Saint-André, on relève la présence du doyen 
au x1xi° siècle, à Straten, Ghistelles, Bruges, Zuynkerke, 
Jabbeke, Houthave et Snelleghem (*). Elles dévoilent au 
surplus une particularité caractéristique; c'est devant le 
doyen que se fait l’aveu de faits juridiques qui eux ont eu 
lieu devant les échevins locaux (f). Nulle part ailleurs on 
ne constate une telle connexion (non collaboration) entre 
les deux autorités. , 

Autant l'office du doyen eut du succès au France de 
Bruges et dans la Flandre maritime, aussi peu a-t-il joui 
de crédit dans certaines parties de la principauté de Liége, 
Il convient néanmoins de ne pas se laisser leurrer par des 
apparences trompeuses; sans doute, dans la liste des 
doyens du diocèse, les villes de Liége et de Huy ne sont 
représentées par aucun titulaire, mais il n’y a rien d’éton- 
nant à cela : il n'existait pas de doyens de concile dans ces 
villes et leur gestion administrative y était faite par les 
grands dignitaires des chapitres. Quant à la juridiction gra- 
cieuse elle était rendue à Liége, soit par l’archidiacre de 
cette ville soit, le plus ordinairement, à la fois par l’archi- 
diacre, le prévôt et le chapitre Saint-Lambert. C'était une 


(1) E. v. P. Cartularium de Dunis, p. 185, n° 813 (12 décembre 1251). Déjà 
en 1201 il est question du sceau de la curiae Brugensis. Cf. Cartul. n° 2674, 
fol. 169 de Saint-André-lez-Bruges, aux Archives de l'Etat, à Bruges. 

(?) Cf. pe LimBurG-Srirum. Ze Chambellan de Flandre..., p. xxvr. 

(3) Le seul cartulaire n° 2674 de Saint-André-lez-Bruges ne comprend pas 
moins de 40 actes décanaux de 1201 à 1328. 

(+) Cf. Annexe : Acte de novembre 1262. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 265 


coutume ancienne dont les traces sont visibles dès la pre- 
mière moitié du xri°siècle, époque à laquelle les contrats de 
droit privé étaient rarement mis sur le parchemin. L’acti- 
vité des archidiacres et du chapitre cathédral à été alors 
extraordinairement vive, mais nous ne pouvons signaler 
que quelques exemples : 
Archidiacres de Liège. Archidiacres, doyen et chapitre 
Saint-Lambert. 

1186. Donation de forêt. 
1172. Donation de terre. 1196. Remise de cens. 

1190. Achat d'immeubles 

1205. Remise de cens. 

1215. Donation d'argent. 

1217. Arrentement. 


1224. Donation de terre. 1221 Donation de maison. 
1225. Legs de dîme. 
1226. Donation de dimes. 1227. Cession de dime. 


7 mai 1229. Cession. 
28 juin 1241. Renonciation. 
6 juin 1249 Donation de dîmes. 
11 n’y à pas lieu de s'étonner qu'après l’année 1250 l’acti- 
vité des archidiacres et du chapitre Saint-Lambert dispa- 
raise insensiblement; c’est que l’évêque de Liége a cru 
utile de confier la juridiction gracieuse soit à l’official soit 
à un simple clerc ou notaire qui par la suite, vers 1300, 
deviendra officier public ({). D'autre part, la rareté des 
actes des doyens de concile au pays de Looz tient en grande 
partie à l’absence de grands monastères au profit desquels 
les doyens instrumentaient souvent les contrats juridiques. 
Dans le sud de la province et dans toute l’étendue du 
grand-duché du Luxembourg (diocèse de Trèves) une autre 
particularité frappe l’attention. On rencontre sans doute 
très fréquemment des doyens d'Arlon, de Luxembourg et 
de Mersch, mais leur office se borne uniquement à garan- 
tir l’authenticité des actes par l’apposition de leur sceau 
spécial, ou le sigillum authenticum. Des 18 chartes ins- 
crites dans les cartulaires de Clairefontaine et de Marien- 
thal mentionnant des doyens de chrétienté, 77 attestent 


(4) Cf. H. Neuis. « Origine du notariat public en Belgique », dans Rev. belge 
de phil. et hist., t. 11(1923). 


266 H. NELIS 


ce fait d’une manière formelle. L’acte d’une donation 
d’alleu, faite en mars 126%, par le chevalier César d’Arlon 
ne dit-il pas nettement : Et ut dictum sigillum . robur 
obtineat firmitatis... una cum sigillo Conrardi, decani 
christianitatis arlunensis » ({) Le sceau du doyen d’Arlon 
vient donc renforcer la valeur de cet acte déjà garanti par 
le sceau de Marguerite, comtesse de Luxembourg. 

Ce détail révèle, au surplus, une autre coutume propre 
à cette contrée; les chartes de droit privé y étaient expé- 
diées, dès le second quart du x siècle au moins (?), par 
l’autorité suprême du comté, bien qu’elles étaient intitulées 
au nom des parties, et étaient scellées jusqu’à la fin de ce 
siècle, par le comte ou la comtesse de Luxembourg (*); 
afin de régulariser ce service, on confia à un fonctionnaire 
influent, le prévôt (4) ou le justicier des nobles d’Arlon (ÿ); 
mais même dans ces circonstances on fit appel au sceau 
authentique du doyen. Dans aucune autre contrée des 
Pays-Bas (Anvers et Malines exceptés) le pouvoir civil et 
l'autorité ecclésiastique se sont mieux entendus, et plus 
longtemps, pour assurer la validité des contrats privés que 
dans les doyennés d’Arlon, de Luxembourg et de Mersch. 
Et ce ne sont pas seulement les gens de la campagne ou 
des personnes quelconques qui ont recours au justicier et 
au doyen, maïs encore des bourgeois et des nobles se con- 
forment à l'usage courant. Citons simplement un cas, celui 
du chevalier Simon d’Arlon, dont l'acte de vente des dimes 
de Marienthal est scellé, le 3 novembre 1266, par le doyen 
de chrétienté de Mersch, Wéry (6); parfois même le con- 
cours du doyen ne suffisant pas, on s'adresse par surcroit 
à des autorités puissantes (7). 


(4) Cf. Publications de la Section historique de l'Institut du grand-duché de 
Luxembourg, t. xxXvVu, p. 66. 

(2) Cf. N. van WeERvEKkE. Cartulaire de Marienthal, p. 5. 

(5) CE. Ibidem. p. 

(4) Cf. Tbidem, pp. 70 et 77, chartes du 27 octobre 1263 et 9 août 1265. 

(5) Cf. lbidem, p. 103, charte du 10 juillet 1271. 

(5) C£. Ibidem, p. 80, n° 99. 
(*) Le 26 janvier 1267 (n. st.) a lieu le transport de biens au profit de Marien- 
thal en présence de Rodolphe, seigneur de Sterpenich, justicier des nobles à 
Arlon: or, parmi les témoins on trouve non seulement le doyen de chrétienté 


de cette ville, mais des seigneurs, des simples religieux et des dominicains de 
Trèves. Cf. Ibidem, p. 84, n° 103 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 


267 


Le tableau suivant, portant à peine sur une durée de 
vingt années, donne une idée de la collaboration intime 
des doyens et du pouvoir laïc. 


Doyens d'Arlon. 


Mars 1262 (n. st.). Tes- 
tament scellé. 

Mars 1262 (n. st.). Do- 
nation scellée du 
sceau de la comtesse 
du Luxembourg et du 
doyen. 

26 janv. 1267 (n. st.). 
Acte de vente scellé 
par le doyen. 

26 janv. 1267 (n. st.). 
Transfert de biens; le 
doyen est témoin. 

26 janv. 1268. Donation 
devant le justicier et 
le doyen. 

10 janv. 1271 (n. st.). 
Acte d'échange scellé 
par le-doyen et le jus- 
ticier. 

26 nov. 1280. Engage- 
ment scellé par le jus- 
ticier et le doyen. 

20 dec. 1280. Idem. 

11 janv. 1287 (n. st.). 
Bail scellé par le 
doyen. 


Doyens de Luxembourg. 


25 janv. 1268 (n. st.). 
Acte scellé par le cha- 
pitre Notre-Dame et 
par le doyen de 
Luxembourg. 

5 avril 1285. Vente: le 
doyen figure comme 
témoin. 

20 nov. 1286. Acte de 
vente scellé par le 
doyen et prévôt de 
Luxembourg. 


Doyens de Mersch. 


27 octobre 1263. Re- 
nonciation devant le 
doyen et prévôt d’Ar- 
lon. 

3 nov. 1266. Vente de 
dimes scellée par le 
doyen. 

1267. Acte de transac- 


tion scellé par le 
doyen et le curé 
d'Hofscheit. 


21 nov. 1267. Arbitrage 
sous le sceau des 
mêmes. 

5 janv. 1268. Cession de 
dîimes sous le sceau 
des doyens de Mersch 
et d’Arlon. 

11 janv. 1268. Vente 
d'alleux sous le sceau 
des mêmes. 

24 juillet 1268. Cession 
de dîmes sous le sceau 
du doyen de Merschet 
du justicier d’Arlon. 

10 juillet 1271. Arren- 
tement sous le sceau 
des mêmes. 


Les doyens de chrétienté pratiquaient le cumul des 
fonctions et se faisaient remplacer, à l’occasion, par des 


confrères. 


: 


Quand, pour un motif quelconque, le doyen était empêché 


de siéger, il se déchargeait de sa besogne administrative 
sur un curé obligeant de la contrée ou bien remettait à 
une date ultérieure la passation des contrats. L’entr’aide 
était chose naturelle et on ne la mentionnerait même pas ici 
s’il ne fallait pas rappeler les mesures prises à Anvers pour 
régulariser le travail du doyen en cas d'absence. Dès 
l’année 1283, le doyen a un suppléant, un vice-gerens, qui 


19 


268 H. NELIS 


expédie les affaires; en 1283 c’est un certain Jean ({}, 
l'année suivante, Nicolas, curé ou pléban du château 
d'Anvers (?). 

D'autre part, le cumul était pratiqué sur une très large 
échelle. Des exemples abondent ici : Entre 1190 et 1210, le 
doyen du concile de Thuin, Michel, exerçait en mème 
temps les fonctions importantes, bien que décoratives, de 
prévôt du chapitre de Walcourt (3); en 128%, un certain 
Henri était à la fois doyen du concile de Louvain et investi 
ou. curé de Sichem-lez-Diest (*); Jean, doyen de Carignan, 
est aussi curé de Villy (5), et Simon, doyen du concile de 
Tongres curé de Hex (6); Baudouin est en même temps 
curé d’Anthée et doyen du concile de Florennes (7); enfin, 
Etienne exerce, en 1716, le ministère paroiïssial de Thieu- 
lain etest doyen de chrétienté de Saint-Brice, à Touruai (5). 

Certains cumuls paraissent assez étranges. C’est celui, 
par exemple, de nature purement civile, d'Englebert, doyen 
du concile de Louvain, au début de l’année 1205; non seu- 
lement il est doyen de ce concile, mais encore président de 
la justice ducale de Brabant à Tirlemont (?). 

On rencontre aussi des doyens qui, après avoir résigne 
leur office, préfèrent les charges ecclésiastiques plus 
modestes ; ce fut le cas, en 127%, de Jean, curé de Nil-Saint- 
Martin et de Nil-Saint-Vincent, qui avait été auparavant 
doyen du concile de Gembloux (): en mars 1216 on men- 
tionne un nommé Jean qui, après avoir été doyen de la 
chrétienté d'Anvers, était devenu chanoine de Notre-Dame 
de cette ville (11). 


(1) C. GorscnaLckx, Bijdragen... t. 8 (1909), p. 403 et 408. 

(?) 18m, t. 10 (1911), p. 349 et 368; t. 9 (1910), p. 364. On rencontre en 
juille: 1244 un remplaçant du doyen de chrétienté de Bruges, un certain W. 
dit Grant. Cf. Chartrier de Saint-André, bl.'7394, aux Archives de l'État à 
Bruges. 

(3) L. Devizers. Description...,t.1, p. 76. 

(+) Cf. M. pe TroosremnerGn, Cartulaire de Gempe..., p. 91, n° LXXII. 

(5) Cf. H. Gorriner, Cartulaire de Clairefontaine, p. 45. 

(6) Cf. H. SanoonBroopr, Invent. archives Saint-Lambert à Liége, 1.46, n° 166. 

(°) Cf. Analectes... Reusens; sér. LIL, t. 6 (1910), p. 110. 

(8) Cf. A. »'HerBomez, Cartul. Saint-Martin de Tournai, t. 1, p.252, n° 242. 

(2) Cf. Bull. Com. roy. hist, sér. IV, t. 7, p. 387. 

(40) Chartrier de l’abbaye d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 

(41) Cf. ALPx. pe VLAMINGK, Cartul. de Termonde, p. 96. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 269 
B 4 A litributions. 


On a pu entrevoir déjà, par ce qui précède, le rôle joué 
par les doyens de chrétienté; entrons dans plus de détails 
afin de mieux connaître la nature et l’étendue de leurs 
pouvoirs. 

Aussi haut qu'on remonte, c’est-à-dire à la fin du 
x11° siècle, on constate que des contrats de droit privé se 
nouent en présence et avec la collaboration du doyen en 
tant que présidant une réunion de curés du doyenné ou du 
concile ; or, ces transactions ont lieu très fréquemment à 
la suite d'un différend entre parties que le doyen termine 
à la satisfaction de celles-ci; le doyen exerce donc peut-on 
dire son ministère en qualité d’arbitre, de juge, dont on 
s'engage à respecter les sentences. 

Avec raison le doyen est-il le magistrat par excellence 
de la juridiction gracieuse ; c’est là si bien son rôle que les 
contrats émanés de lui sont, au fond, répétons-le, des 
jugements garantis par son sceau authentique; la termino- 
logie de ses actes (non des sentences) n’est sans doute 
pas trompeuse quand ceux-ci portent dans leurs formules 
habituelles : IN JurRE nobis constitutus (!), en noustre pré- 
sence et EN JUSTICE (?). 

La mention recognoscere in jure (*) nous reporte ainsi 
aux litteræ recognitiones si répandues dans nos contrées 
au xiu® siècle; caractérisées en d’heureux termes dans 
le coutumier de l’église rémoise de l’année 1269 (4), elles 
comprennent l’ensemble des écrits ou aveux portant sur 
des prestations d'argent, des obligations ou conventions 
entre particuliers (super debitis, oblig'ationitbus, contrac- 
tibus et aliis quibuscumque super quibus potest fieri reco- 
gnitio) La recognitio ou l’aveu constituait l'engagement 
moral, une sentence en quelque sorte volontaire de l’acte 


(4) Cf. A. »'HerBoMEz, Cartul. de Saint-Martin de Tournai, t. I, p. 391, 
475, etc. Le 21 juillet 1225 Egide de Ledeghem avoue « ad diem sibi profixam 
IN JURE constilutus recognovit se nihil juris in rebus. TBE, p. 316. 

(2) Cf. H. Gorriner, Cartul. d'Orval. p. 546. 

(3) Sur cette formule dans les chartes de l'official de Tournai voyez les 
. chartes publiées par J. Vos, Cartul. de Saint-Medard, p. 256, 277. 

(4) Cf. Varin, Arch. adm. de Reims. 1re partie : Coutumes (1848), p. 24. 


270 H. NELIS 


juridique auquel il était lié, en vertu de la règle connue : 
confessus pro judicato habetur. 

Parmi les contrats le plus fréquemment passés par 
devant les doyens, quatre surtout se signalent à notre 
attention; ce sont : les donations, les ventes, les mutations 
de biens immeubles et les baux. 

La donation est de loin la convention par excellence 
au x111° siècle; on n’oubliera pourtant pas que les sources 
essentielles de notre documentation sont des recueils de 
titres juridiques ou cartulaires de maisons religieuses en 
faveur de qui des générosités ont été constituées. 

Sans entrer ici dans des détails juridiques sur la nature 
de ces actes, relevons seulement quelques espèces de dona- 
tions. Ce sont, en effet, soit des donations à des établis- 
sements de main-morte ou couvents, soit des donations 
entre vifs, enfin, des donations à cause de mort ou tes- 
tament. | 

La plupart des donations aux maisons religieuses étaient 
faites, suivant la formule, in puram elemosynam(f), c’est- 
à-dire que le donataire était investi des droits de propriété 
sur les biens dont le donateur se dépouillait en sa faveur. 

La nature de ces biens était double : c’étaient ou des 
biens meubles ou des immeubles; parfois cependant la 
donation porte sur ces deux ordres d’objet, comme la dona- 
tion faite, en mai 1939, par Guillaume et sa femme Mathilde 
cédant tout leur avoir à l’abbaye d’'Eename (?). Mais c’estlà 
une exception relativement rare; la plupart du temps, la 
donation consiste en immeubles : octroi de lambeaux de 
terre, de manses et bonniers entiers, qui viennent arron- 
dir petit à petit le domaine agricole des couvents, aban- 
don de maisons, tel celui de 1938 fait devant le doyen de 
Valenciennes et qui est, en réalité, une générosité peu 
commune (3). 


(2) Une donation de biens meubles, d'avril 1239, devant le doyen de chré- 
tienté de Carignan porte cette formule : in elemosinam statui inter vivos. 
Cf. Gorriner, Cart. d'Orval, p. 264, no CCXXXV. 

(2) Cf. Cn. Prior, Cart. abb. Eename, p. 176, n° 207. Une donation de 
juillet 1243 entre vifs des meubles et immeubles devant le doyen de chré- 
tienté de Furnes, faite donatione inter vivos, dans K. V. et C. G., Chronicon et 
cartularium S. Nicolaï Furnensis, p. 128. 

(5) G£. Le GLay, Mémoire sur les archives de Saint-Jean de Valenciennes, p. 18. 


E DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 21 

Comme donations de biens allodiaux on peut citer une 
reconnaissance de transfert d’un alleu fait en juin 1214 
devant le doyen de Chièvres (!\; puis une donation, en 
octobre 1284, en présence du pléban d'Anvers, en rempla- 
cement du doyen de chrétienté (?). 

Les actes d'intérêt purement féodal ne sont pas com- 
muns, et ceux qu’on rencontre avec quelque fréquence 
révèlent la collaboration à la fois du doyen de chrétienté 
et d’une cour de justice spécialement compétente. On ne 
peut d’ailleurs exagérer le rôle du doyen dans ce domaine ; 
il y a lieu, sans doute, de citer plusieurs reliefs de fiefs, 
tels ceux du doyen du concile d'Ouffet de 1262-1264; mais 
celui-ci se contente d’assister à l’acte Juridique en même 
temps que des chevaliers, des échevins et des bourgeois 
en qualité d'hommes de fief({3). 

Avec les propriétés terriennes et les dîimes on est loin 
d’épuiser les donations qui se traitaient sous la juridiction 
décanale; il faut signaler, au moins en passant, quantité 
d’approbations d’anciennes donations à des établisse- 
ments religieux (4) et des transferts de droits ecclésias- 
tiques spéciaux, tels que des personats et des patronats (°). 

Mention spéciale est encore due à des conventions qui 
ne sont, en réalité, pas des donations proprement dites, 
mais qu’on peut y rattacher sans trop de peine Ce sont 
les constitutions de rente ou arrentements et les donations 
à cens ou acensements (6). Des actes de cette nature se pas- 


(1) Cf. pe Suer, Cartulaire de Cambron, p. 360, n° XII. 

(2) Cf. GorscaLcxx, Bijdragen...,t. X (1911). p. 868, n° 341. 

(3) Cf. ScHoonBroont, Inv. arch. Val-Saint- Lambert, t. 1, p. 97 à 100 (nes 271, 
275, 279). 

(+) C£. Chartrier Saint-André-lez-Bruges, bleu 7384 (18 août 1234), Arch- 
Et. Bruges 

(5) CË. Cartul de Saint-Andre, fol. 98 vo (janv. 1242) Ibidem.. 

(5) Voir une constitution de rente du 29 oct. 1246 : Jean de Steenkerke et 
la ferame se reconnaissent débiteurs devant le doyen de Furnes, d'une rente 
annuelle de 12 sols artois : cf. Cartularium de Dunis, p. 581, n° 783, puis, un 
autre acte d’oct. 1243, devant le doyen de Bruges des frères Philippe et Jean 
de Poele, chevaliers, constituant une rente annuelle de 6 liv. de Flandre à 
percevoir à Oostkerke et Westcapelle au profit de l’abbaye de Nonnenbossche. 
C£. L. van HoLLEBEKE, L'abbaye de Nonnenbossche, p. 189, n° 53. V. un autre 
arrentement (v. 1239) devant le doyen de Bergues-Saint-Winoc. CË. PRUVOSsT, 
Chron.et cartul. de Berques, p. 228 


272 H. NELIS 


saient également par devant doyen, bien qu'habituellement 
les parties préféraient s'adresser à des autorités civiles. 

Autant l’activité décanale est immense pour la passation 
de donations entre vifs, autant elle est nulle pour les dona- 
tions à cause de mort ou les testaments (!). Rien, sans 
doute, n’est plus étrange et moins en rapport avec la mis- 
sion que remplit le doyen de chrétienté. Que dans de 
grands centres urbains, il ne fasse pas service d’officier 
public pour les testaments, on le comprend sans trop de 
peine, attendü que la juridiction gracieuse était jalouse- 
ment administrée en cette matière par l’échevinage com- 
munal, mais l’étonnement surgit quand on ne voit pas in- 
tervenir le doyen dans les dispositions testamentaires des 
gens de la campagne. Il n’en est rien cependant, on préfé- 
rait recourir aux échevins locaux ({?) ou aux curés des 
paroises (3). 

Tout ceci naturellement ne s’applique qu’au rôle du 
doyen en taut que personne publique, chargée de la rédac- 
tion de chartes privées, car souvent le doyen apparaît en 
qualité d’exécuteur testamentaire. C’est à ce titre qu’appa: 
rait en février 1268, pour ne citer qu’un exemple, E. de 
Scelle, doyen de chrétienté d'Anvers, lors de la succession 
de F., doyen de Lierre ({). 

Après les donations, les actes de vente s’instrumentent 
très souvent par voie décanale. Comme la documentation 
dont on dispose est presque exclusivement d’origine ecclé- 
siastique (chartriers et cartulaires d’abbayes), il est naturel 
que ces contrats intéressent presque uniquement les com- 


(1) En dehors des Pays-Bas signalons un testament, de juin 1231, du curé 
de Juvincourt fait devant Roger, doyen de chrétienté de Guignicourt ; Cf. 
G. Kurt, Cartul de Saint-Hubert, t 1, p. 254; pour nos provinces, voyez un 
testament du 2 mai 1278, scellé par Th..., doyen du concile de Hilvarenbeek. 
Cf. GorrscHaLckx, Bijdragen...t. xt (1913), p. 363, le 6 lanv. 1266 (n.st.), 
testament de Jean Abbaut de Ramscapelle, scellé par le doyen de Furnes. 
C£. Chronicon et cartularium de Dunis, p. 598. 

(2) Cf. F. Van pe Pure, Cart. de Dunis, p. 609, 611, 614, 618, 637, 640, 643, 
646, 656, 660, 663, 665 et 669. Testaments du xure siècle. 

(5) Atitre d'exemple voir le testament du {* janv. 1305 (n. st.), de Guil- 
laume Omeken, devant Henri, curé de Lennick-Saint-Martin, dans Cart. de'ter 
Kisten, B, 1460, fol 32. aux Archives des hospices , à Bruxelles. 

(*) Cf. GorrcHaLzckx, Bijdragen.….,t. 11 (1903), p. 552, 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 273 


munautés religieuses; mais il faut se demander pareille- 
ment si l’on avait secours à l’office du doyen pour des con- 
ventions entre parties laïques. En d'autres mots, le doyen 
réservait-il son activité prof2ssionnelle pour les clercs 
ou bien aussi pour les civils ? Seul l'examen de chartriers 
de famille remontant au x1r1° siècle, pourrait donner une 
réponse entièrement satisfaisante à cette question. Remar- 
quons seulement que le moyen âge n’a guère connu une 
séparation administrative rigoureuse au point que des 
fonctionnaires se cantonnassent invariablement dans les 
limites de leurs fonctions. 

Sans vouloir établir donc en règle invariable que les 
doyens n'instrumentaient que des actes dont les églises 
et les couvents étaient les seuls bénéficiaires on doit néan- 
moins reconnaître que tel était bien leur occupation la plus 
ordinaire; on notera aussi avec d'autant plus d'intérêt les 
contrats de vente en faveur de simples particuliers. Un 
des rares actes de ce genre est la vente de terre, de l’an- 
née 1238, opérée en présence du doyen de chrétienté de 
Furnes (1). 

La grande masse des contrats de vente décanaux (?) ont 
trait aux droits sur les dîmes dont la propriété passe à des 
établissements de main-morte (). 

Après les donations de dîmes, il faut citer les mutations 
de propriété,les renonciations à certains droits,les obliga- 
tions, etc. II y a là une variété de conventions dont il suf- 
fira de mentionner quelques spécimens. 

L'’échange de biens fonciers était fort fréquent au moyen 
âge; l'intervention décanale peut être étudiée dans les 
chartes suivantes : le 3 janvier 1236 le doyen de chrétienté 
de Bruges, Lambert, notifie l'échange opéré par Wettin, 


(t) Le copiste du cartulaire a mis à la suite du document les mots : « ad 
nos non perlinentibus ».r. Cf. V. et c. c., Chronicon et cartularium abbatiue 
S. Nicolaï Furnensis, p. 188. 

() Il est entendu que Les transferts de biens de tout genre faisaient l’objet 
de contrats juridiques. Voyez une vente de droits sur un moulin, de mars 1227 
(n. st.), devant le doyen de chrétienté de Valenciennes. Cf. De GLay, Me- 
moire sur les archives de l'abbaye de Saint-Jean de l'alenciennes, p.16. 

(3) C£. D'HerBowez, Cart. Saint-Martin, t. 1, p: 223, 230, 337; À. H: E. B., 
t. XI, p. 28 ; Devizcers, Description t. 1, p. 209, 210, 214, Gorriner, Cart, d'Or- 
val, p. 504, 471, 419: 570, etc., ete. 


274 H. NELIS 


Arc. de Houtave, de la terre de ce nom contre la dîime de 
cette localité, tenue en fief; un échange de biens a lieu, en 
1293, au profit de l’abbaye de Floreffe, sous la garantie du 
sceau décanal de Chimay (!); enfin le samedi 30 mars 1244, 
l’abbaye de Saint-Martin de Tournai échange devant le 
doyen de Saint-Brice de cette ville un 1/2 bonnier de terre, 
sis à Warchin avec Gilles Poignet contre un jardin situé à 
Rumillies (?). 

Plus fréquentes sont les renonciations ; ce sont les actes 
par lesquels ont fait publiquement abandon de prétentions 
quant à la passation de biens ou de droits qu’on croyait 
légalement s’appartenir. C’est ainsi que le 13 juillet 1280 
le doyen de chrétienté de Bruges informe l’official de 
Tournai que W. Spiering et sa femme ont renoncé, de 
commun accord, à la dime de Lisseweghe (*); Péronne 
de Tournes renonce, en mai 1220, entre les mains du 
doyen de chrétienté de La Bassée, à une redevance de 
20 liv. qu’elle prétendait avoir sur la dîme de Tournes (4); 
au mois de mars de l’année 1226, les enfants de feu Impin 
renoncent, devant le doyen de Grammont, à la jouissance 
de 5 journaux de terre situés à Goefferdingen, dont le cens 
n’a pas été payé depuis trois ans (5). 

Quant aux chartes ou lettres obligatoires il est remar- 
quable que l’activité des doyens ait été beaucoup moins 
vive pour la passation d’actes semblables que celle des 
clercs ou notaires d’officialité (6). 

Les lettres de reconnaissance sont celles par lesquelles 
un débiteur reconnaît devant une juridiction quelconque, 
soit échevinale (7), soit épiscopale, l'obligation de payer à 


(4) Chartrier de Saint-André, bl. n° 7383, aux Arch. Etat Bruges. 

(2) CÉ. BaRRiER, Hist. abb. de Floreffe, t. I, p. 76, n° 164. 

(3). C£. A. »'HERBOMEZ, Cartul. abb. Saint-Martin de Tournai, t. 1, p. 588, 
n° 539. 

(*) Cf. H. ». Hocp, Rec. Chartes de Saint-Bertin, p. 126, n° 118. 

(5) Cf. Revue des bibl. et archives de Belgique, t. II (1904), 306, n° 127. 

(6) CF. DE MaRNerre, Cartul d'Afflighem, p. 439. 

(*) Bien que ces personnages aient rédigé un grand nombre de lettres obli- 
gatoires, on aurait néanmoins tort de limiter exclusivement leur activité à la 
rédaction de ces actes, ainsi que semble le faire M. Paul Fournier. V. Bibl. 
Ecole des Chartes, t. XL (1879), p. 315. | 

() Sur la juridiction échevinale voyez G. DESMAREZ, Lettres de foire, passim. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ DA 


date fixe une somme déterminée; elles servent également 
à désigner la quittance permettant au créancier d’éteindre 
une dette. 

Le seul exemple d’attestation de prêt d’argent opéré 
avec le concours d’un doyen de chrétienté est, de janvier 
1245 et émane du doyen de Louvain; il notifie le prêt fait 
par l’abbaye d’Afflighem de 10 liv. de Louvain à Arnoul 
dit Vroikenberch, en accroissement de la somme pour 
laquelle celui-ci à donné à cette abbaye la dîme de 
Leefdael (}). 

Par contre, on s’adressait plus volontiers au doyen pour 
faire acter des acquittements de sommes prêtées ou sim- 
plement données. Mentionnons, au hasard : en juillet 1242, 
des particuliers arrangent leurs payements devant Emery, 
doyen de chrétienté de Provins (?); le 23 mai 1239 le doyen 
de Bruges notifie quittance d’un remboursement d'argent 
par l’abbaye d'Eeckhout au profit de celle de Saint-André- 
lez-Bruges ($); voici, en 1224, le doyen de chrétienté 
d'Anvers attester le versement par l’abbaye de Tongerloo 
de 30 liv. à Gauthier de Crainhem (‘}; un autre acte des 
plus intéressants est celui d'avril 1267 par lequel Benche- 
venne Gilioti, marchand de Sienne, donne quittance, 
libellée celle-ci au nom d'André, doyen de chrétienté de 
Bar-sur-Aube, d’une somme de 240 liv. que l’abbaye de 
Saint-Trond lui devait ainsi qu'à ses associés (°). 

Grâce à la possession d’un sceau authentique, les doyens 
s'étaient arrogé le droit, dès le premier quart du x1ir1° 
siècle, de délivrer des copies ou vidimus aux particuliers 
et communautés religieuses. C’était une prérogative qu’ils 
partageaient avec d’autres représentants importants de 
l’autorité ecclésiastique, tels que les archidiacres, les offi- 
ciaux, les prévôts de chapitres séculiers et réguliers. 

Cette coutume semble avoir été assez répandue dans nos 
provinces comme l’attestent les exemples suivants : Vidi- 


(:) Cf. Enc. DE MaRNerrE, Cartlul. abbaye d'A fjligem, p. 319. 

(?) Cf. A. Teuuer, Layettes du Trésor des chartes, t. 11, p. 476, n° 2979. 

(5) Cf. Chartes de Saint-André, bl. n° 7107, aux Arch. Etat Bruges. 

(4) Cf. H. Lamy, L’ubbaye de Tongerloo depuis la fondation jusqu'en 1263 
(1944), p. 391, n° 84. 

(5) Cn. Prior, Cartul. de Saint-Trond, t. L, p. 335-336. 


276 H. NELIS 


mus du doyen de Bruges en mars 1221 (1), du: doyen de 
Fleurus en mai 1257 (?)}, en mars 1268 du doyen: de 
Cambrai (*), en 1270 du doyen du concile de Rochefort: (4) 
et de la même année du doyen de Chièvres (5). 

À la fin du xx siècle, le mode de vidimer les: chartes 
par les doyens était si répandu que la clientèle ne cessaïit 
d’affluer à leur domicile, à l’instar des chancelleries d’offi- 
cialité foraine. Les doyens seraient, d’ailleurs, devenus les 
maîtres incontestés de la juridiction gracieuse si leur 
action n'eut été entravée, ou du moins contrebalancée, 
par des nouveaux venus, notamment par les notaires 
publics et les tribunaux d’échevinage. 

Quand les doyens n’instrumentaient pas eux-mêmes, il 
arrivait néanmoins qu'ils prêtaient de quelque manière 
concours à la réalisation de contrats juridiques. Rappelons 
une fois encore la collaboration intime, au début du xrrr° 
siècle, des doyens avec leurs confrères du doyenné, puis, 
d’autre part, à la fin du siècle, l’entente amicale qui exis- 
tait, au marquisat d'Anvers et au duché de Luxembourg, 
entre eux, les échevins et les justiciers de ce duché. 

Juger l’activité professionnelle du doyen par les actes 
uniquement libellés en son nom, serait la réduire à 
détranges proportions peu en rapport avec la réalité. 
Beaucoup de conventions avaient lieu, en effet, sans son 
intervention directe, mais étaient garanties, par contre, 
par le sceau décanal. Rien n’était plus fréquent ni plus con- 
forme aux usages de l’époque. Le particulier, voire même 
le noble ne possédant pas de sceau personnel et devant 
authentiquer un contrat, s’en va trouver le doyen: de: son 
district en le priant de mettre son acte sous l’autorité de:sa 
juridiction, L'attestation suivante est bien significative à 
cet égard; c'est une charte de 1227 du chevalier Jean Bote- 
rin, portant donation du patronat de Noville; le donateur 
avoue sans détour sa démarche auprès du doyen de Hanret: 
« quia VerO SIGILLA PROPRIA NON HABEMUS, sigillo domini 


) Chartes de Saint-André, bl. 7370, aux Arch. Etat Bruges. 

) Chartrier d’Afflighem, aux Archi. gén. roy. 

) Cf. J. Ricuar», Trésor des chartes d'Artois, t. 1, p. 27. 

) Cf. L. DEVILLERS, Description... t. 1, p. 151. 

5) Chartrier de Wautier-Braine, aux Arch. gén. roy. (17 août 1270). 


(# 
(? 
(5 
(4 
( 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 211 


Franchonis, decani concilii de Hanretto in cujus decanatu 
sita est parochia de Noville, fecimus presentem cartulam 
sigillari » (1). Une autre preuve est fournie par une dona- 
tion de terre faite à Gand par Henri Amman en avril 1220; 
la donation est authentiquée par les sceaux du doyen de 
Sainte-Pharaïlde et du doyen de chrétienté de Gand (2). 

Des fonctions si étendues reflètent naturellement au 
milieu social singulièrement vivant; le xrrr® siècle fut 
par excellence une époque de grande activité économique ; 
la richesse s'était accrue dans la bourgeoisie en même 
temps que la propriété foncière avait pris un dévelop- 
pement plus considérable. Aussi les contrats, les accords, 
se multiplient-ils d’année en année au point de donner 
naissance à de nouveaux organismes pour administrer la 
juridiction gracieuse. 

Des quatre autorités qui, dès le début de ce siècle, 
détenaient en France ce pouvoir : l’autorité royale, reli- 
gieuse, communale et seigneuriale, cette dernière avait 
disparu aux environs de 1250, laissant à la seconde et à la 
troisième un vaste champ d'entreprises. Dans les limites 
actuelles de la Belgique, la juridiction volontaire d'essence 
royale ne fut exercée à Tournai et au Tournaisis qu’à 
partir de 1367 (3). Il ne restait donc en présence que deux 
pouvoirs, celui des laïcs et celui des clercs pour satis- 
faire aux exigences juridiques des parties. Il y aurait sans 
doute intérêt à donner une idée comparative de chacune de 
ces juridictions, mais on ne pourrait tirer d’un semblable 
tableau que des conclusions bien rigoureuses puisqu'il y 
manquerait des éléments de détail. Tout ce qu’on peut 
assurer à ce sujet c’est que l’autorité religieuse fut la pre- 
mière à organiser le tribunal de justice volontaire et à le 
maintenir vivant jusque vers 1250; depuis ce moment, les 
échevinages ruraux étendent leurs pouvoirs (f. Dans 


(1) Cf. Annales soc. arch. de Namur, t. XXVIT (1208), p. 255. 

(2) Cf. Van DE Pure, Cartularium de Dunis, p. 505. 

(3) CE. H. Neus, « Etude diplomatique sur le tabellionage royal de Tournai 
au moyen âge » dans Bull. comm. roy. hist., t. LXXIIT, 1904, p 6., etc. 

(*) La diffusion des tribunaux échevinaux eut lieu naturellement avec des 
variétés régionales ; ainsi au pays de Waes (Axel, Hulst, etc.) tous les contrats 
de juridiction volontaire au xmre sièle se faisaient devant le doyen de chrétienté 
des IV métiers. C£. Cartulaires de l'abbaye de Baudeloo, aux Arch. Etat à Gand. 


218 H. NELIS 


certaines contrées, au marquisat d'Anvers, entre autres, on 
constate une union étroite entrele pouvoir civil et religieux 
et nous voyons les échevinages faire appel à des ecclésias- 
tiques à l'effet d’authentiquer les contrats juridiques 
passés devant eux {!)}. Cette entente, très réelle dans 
certaines contrées et à certains moments, ne fut pourtant 
ni constante ni générale, à tel point que dès le début du 
x1v* siècle la collaboration de deux pouvoirs ne semble plus 
être qu'un souvenir; bien plus, l’autorité royale conteste, 
en principe, en 1344, la valeur juridique, pleine et entière 
accordée jusque là au sceau authentique de l’église de 
Reims(?); quelle force probante aurait-elle reconnu dés lors 
au sceau décanal? Ces faits sont évidemment significatifs 
et nous aurons à y revenir. 

Le début du x1v° siècle sonne ainsi l’heure de déclin pour 
l’activité du doyen en tant qu'officier public; son rôle est 
bien fini et il passe au pouvoir laïque une juridiction qu’il 
a été seul à exercer pendant de longues années: les échevins 
reprendront une partie de sa succession, les notaires 
publics une autre (*). L'office du doyen de chrétienté s’est 
comme éteint lentement, sans arrêt de mort, et aucune voix 
ne s’est fait entendre dans la suite pour FeBre tar sa dispa- 
rition ou réclamer son rétablissement. 


(A suivre.) H. Neuis. 


(4) Voir, par exemple, un acte d'achat du 19 mai 1265 des échevins de 
Deurne-lez-Anvers : « In cujus rei testimonium sigillum domini Engelberti 
judicis in Dorne una cum sigillis domini Symonis curati et domini Johannis 
capellani ecclesie de Dorne quibus dicti scabini utuntur. Cf. Cartul. Saint-Michel 
d'Anvers, n° III, fol. 49 vo, aux Arch. Etat Anvers. 

Voyez encore une donation du 24 juin 1294 devant maître Gilles, prêtre, 
curé de Goyck, et devant les échevins de cette localité. Cartul. de la siste du 
béguinage de Bruxelles, n° 1460, fol. 7, aux Archives des hospices de Bruxelles. 

(?) CE. Varin, Archives administratives de Reims, t. II, p. 924, n° 2. 

(®) H. Neus, « Les origines du notariat public en Belgique » dans Revue 
belge de philologie et d'histoire, t. 1 (1923), p. 267. 


Les « Itinera >» de Jean Second 


« Les récits de voyages du Moyen Age ou de la Renais- 
sance, écrit M. Georges Prévot (1), sont, pour qui veut 
bien connaître et saisir au vif les gens et les choses d’au- 
trefois, des documents d’une valeur et d’une saveur sans 
égales.» Et l’auteur de cette assertion d’en prouver aussi- 
tôt l’exactitude, en publiant la traduction française des 
Itinera de notre illustre compatriote Jean Second. 

Les Jtinera, c'est-à-dire les carnets de route, rédigés 
par le délicieux poète malinois, au cours des trois voyages 
qu’il effectua de Malines à Bourges, de Bourges à Malines 
et de Malines en Espagne (*?), alors qu’il avait 20 et 21 ans. 

Ces déplacements eurent lieu pendant les années 1532 
et 1533, soit donc durant la courte période de paix 
(1529-1536), qui s’intercale entre la deuxième et la troisième 
guerre entre Charles-Quint et François I’. Période cri- 
tique pour la France et pour nos contrées, période de « fer- 
mentation intellectuelle et sociale », comme le dit si bien 
M. Prévot, période pour laquelle, plus que pour toute 
autre, il est utile de recueillir le témoignage d’un esprit 
éclairé, judicieux et indépendant. 

Ainsi, tout concourt à faire de ces Itinera un écrit 
propre à susciter l’attention et à soutenir l’intérêt : et 


(!) GEORGES PRÉvoOT, Les « Itinera » de Jean Second. Notice, traduction et 
notes. Revue du Nord (Lille), t. IX, 1923, pages 161-192 et 255-274. 

(?) De Malines à Bourges, par Mons, Cambrai, Compiègne, Paris, Chartres, 
Orléans. — De Bourges à Malines, par Orléans, Paris, Clermont, Amiens, 
Arras, Lille, Gand, Termonde. — De Malines en Espagne, par Cambrai, Reims, 
Troyes, Dijon, Lyon, Avignon, Nîmes, Montpellier, Perpignan, Barcelone, 
Cervera, Balaguer. 

Le voyage de Malines à Bourges prit exactement quinze jours à l'aller et 
douze jours au retour. Jean Second fit en un jour l'étape Lille-Gand (76 kilo- 
mètres), avant-dernière étape du voyage. Ce fut à Menin qu'à son retour 
de France il entendit de nouveau, pour la première fois, parler flamand. 


280 A. ROERSCH 


l’époque de leur rédaction, et l’état des régions parcourues 
et la personnalité de l’auteur. Un auteur, dont les œuvres 
principales firent, suivant l'expression de M. de Nolhac ({), 
les délices du siècle. 

On avait, maintes fois, traduit en français les Baisers de 
Jean Second Voici la première version en notre langue 
des Jtinera. Le lecteur jugera de ses mérites par les 
extraits qui vont suivre : sous le vêtement de la langue 
française, elle garde intactes la fraîcheur et la spontanéité 
de la pensée latine. 

Nous ne regretterons qu'une chose : c’est que M. Prévot 
n'ait pu, faute de place, mettre en regard du texte français 
le texte latin. Celui-ci ne nous est accessible que dans les 
éditions de Daniel Heinsius et de Scriverius (xvri*siècle)(?), 
ou de Bosscha (1821). Après tant d'années, il eût été bien 
utile de le publier à nouveau; d’autant plus que les édi- 
teurs n’ont pas toujours été fidèles dans leurs transerip- 
tions. Cela ressort de l’examen du manuscrit des deux 
premiers l{inera, conservé à Leiden. 

M. Prévot n’a pu que constater la chose et signaler au 
passage les divergences et les lacunes. 

À sa traduction, l’auteur à joint une notice et un com- 
mentaire qui sont marqués au coin de la science et du goût. 
T1 s’y est attaché surtout à déterminer les œuvres d'art et 
les monuments décrits par notre compatriote (?) et à iden- 
tifier les noms propres cités : noms de lieux et noms de 
personnes. 

Tâche malaisée et relevant de genres d’érudition bien 
différents. 

Les noms de lieux sont souvent estropiés par notre voya- 
geur : pour s’y reconnaître, il fallait un savant familiarisé 
avec la géographie de la France. Et, pour ce qui est des 
noms de personnes, autre difficulté : certains personnages, 


(1) P. ne Noznac, Ronsard et l'humanisme, Paris, 1921, p. 14. 

(2) L'édition de Heinsius est de 1618. Celles de Scriverius sont de 1619, 
1631, 1651. 

(3) Ajouter à la bibliographie : L Pasror, Die Reise des Kardinals Luigi 
d'Aragona, 1517-1518, besch‘ieben von Antonio de Beatis, Fribourg en B., 
1905. 


(( ITINERA » DE JEAN SECOND 281 


mentionnés par Jean Second, étant ou fort obscurs ou 
désignés uniquement par leurs prénoms. 

Qui nous dira ce que furent Gilles Reyms, Gualterus, 
Balthazar de Kieveringhen, le sculpteur Jean Swerts, Pal- 
thenus, Cornelius Susius, Splenterus, le peintre Cornelius, 
Théod. de Bronchorst, le docteur Nicolas Florenas, que 
notre humaniste rencontra à Malines, à Bruxelles, à Paris, 
à Lyon, à Orléans, à Barcelone. Quant au poète Hilaire 
qu'il vit en 1533, dans la quatrième de ces villes, c'est évi- 
demment l'ami d'Érasme et de Rabelais : Hilaire Ber- 
tolphe, de Lede, ainsi que je l’ai démontré récemment (1). 

Et maintenant que trouvons-nous dans les Jtinera ? 

Rien de plus que ce que l’on chercheraïit dans un 
memento intime destiné à un cercle restreint de proches et 
d'amis. 

Point de considérations profondes sur la politique, 
l'esthétique ou la philosophie : mais, une série d’observa- 
tions, consignées avec une sincérité absolue. Point de 
longs développements : mais, un tour concis et une phrase 
dépouillée, disant simplement ce qu'elle doit dire. 

Et cependant, je me trompe. Il y a là autre chose et plus 
encore. Je veux dire du goût, de la grâce, de l’esprit. Un 
caractère, un tempérament, je dirais presque une phy- 
sionomie, se révèlent. Un homme apparaît, jeune, naïf, 
curieux, enthousiaste, rempli de bonnes intentions et si 
sensible aux égards, si pénétré de reconnaissance pour un 
bon procédé. 

Cet homme est bien des nôtres! 

Écoutez ce que lui inspire sa visite à Dijon, dans l’an- 
cienne capitale de l'État bourguignon : « Cette ville (?), 
remarquable, d’ailleurs, par un grand nombre de curio- 
sités, conserve les tombeaux de plusieurs anciens ducs de 
Bourgogne, qui reproduisent leur physionomie avec un art 
extrême. Ces œuvres se trouvent chez les Chartreux, hors 
de la ville. On voit aussi chez eux les insignes de ces 
mêmes ducs et d’autres souvenirs qui rappellent l’ancienne 


(1) Ad Joannem Secundum. Musée belge, t. XXVI, 1922, p. 59. 
(2) G. PRÉVOT, p. 263. 


282 A. ROERSCH 


domination et les possessions des nôtres en cette région (‘). 
Là, se trouve la statue de Philippe le Hardi, qui le repré- 
sente couché, sculpté dans le marbre avec un art extraor- 
dinaire, ainsi que celle de son successeur Philippe le Bon. 
La contemplation de tous ces souvenirs me fit trouver 
lamentable que des hommes pleins de courage, qui avaient 
toujours repoussé les attaques brutales de tous leurs voi- 
sins et vécu libres dans la prospérité la plus parfaite, 
soient tombés aujourd’hui, après leur mort, au pouvoir de 
leurs ennemis et dans la servitude, et que ces hommes, qui 
avaient été ensevelis dans un pays qui leur appartenait, 
dorment maintenant dans une terre étrangère, comme si 
l’on avait déterré leurs cendres et comme s’il avait fallu 
mendier une petite parcelle de terre pour abriter les corps 
de ces princes, qui régnaient en maîtres sur une grande 
partie du monde. S'il subsiste quelque sentiment chez les 
morts, Ceux qui gisent ici n’ont pas trouvé le repos habi- 
tuel; eux, qui, de leur vivant, exerçaient le pouvoir, pro- 
testent avec indignation, maintenant qu’ils sont morts, 
contre la servitude. » 

Pendant longtemps, nos provinces avaient été en guerre 
avec les Français. Jean Second n'aime pas les ennemis Ge 
sa patrie. Il s'en défie et redoute leur indiscrétion (?). Cer- 
tains d'entre eux sont pleins de rancune à notre égard et 
« profèrent contre nous de surprenantes injures ». Les 
gens du Languedoc sont des bredouilleurs, des vauriens 
brutaux et sans scrupules, pires que les Bourguignons. 
Ceux-ci sont des êtres misérables et parlant un langage 
grossier. 

On le voit, notre ami s'exprime avec une entière indé- 
pendance. Les éloges qu'il décernera, à l’occasion, à cer- 
taines villes de France, telles que Paris, Lyon, Troyes, 
Orléans et Bourges, n’en auront que plus de prix. De 
même, nous pouvons le croire sur parole, quand il vante 


(t) « Ubi et insignia eorundem Ducum, aliaque ad memoriam prisei nostro- 
rum illic dominii possessionisque spectantur. » Ed. Scriverius, 1631, p. 315. 

(2) « Adjunxit enim se protinus venientibus nobis nebulo confidens, qui 
Gallicis obsequiis in nostrum sodalitium familiarius conabatur irrepere. » 
Ed. 1631, p. 311. 


(« ITINERA » DE JEAN SECOND 283 


la puissance et la splendeur de la cour de France, qu'il a 
vue de près, à Lyon, en 1533. 

En bon Belge qu’il est, il aime par dessus tout son pays. 
I1 célèbre la propreté de nos villes, l'ampleur de leurs 
grand'places — qui n'existent pas ailleurs —, la bonne 
bière que l’on y boit et jusqu'aux innocentes distractions 
que l’on y goûte. 

Voici, à cet égard, un petit tableau qui paraît significatif. 
La scène se passe à Cambrai : 

« Il y à, dans cette ville, une magnifique abbaye, consa- 
crée, je crois, à saint André, où nous renconträmes un 
moine de Malines, qui, entre autres amabilités, nous offrit 
de la cervoise, exactement semblable à celle que l’on boit à 
Malines. Cette boisson, qu'il n’est pas aisé de trouver dans 
la région, nous réchauffa merveilleusement. On fit venir à 
notre beuverie celui qui fabriquait la cervoise et il nous en 
apporta de la même qualité autant que nous pourrions en 
boire au dîner avec tout notre entourage. On accepta 
l'hommage et on invita le brasseur à diner. Cependant, 
comme on avait lancé dans la conversation le mot de tir à 
l’arc, on décida que, pendant la préparation du diner, je 
me mesurerais avec lui en lançant des flèches. On fixa 
pour le vaincu une amende de deux sesterces de vin. Nous 
sortimes, nous nous mesurâmes et je fus vaincu par le 
vieillard; nous vinmes à table et le diner fut plein d’en- 
train. Après le diner, le brasseur nous conduisit dans un 
charmant jardin qu’il possédait hors de la ville, et il fit 
preuve à notre égard d’un extraordinaire empressement, 
en homme qui connaissait les bonnes manières d’autre- 
fois (1). » 

11 faut savoir que, la veille déjà, notre humaniste avait 
tenu à faire montre de son habileté auprès des archers de 
Valenciennes. « Je pratique volontiers, nous dit-il, ce 
genre de distraction et, d'autre part, je tenais à faire con- 
naître quelle expérience nos Malinois possèdent de cet art, 
à des gens qui ne cessent de revendiquer pour eux seuls une 
glorieuse supériorité dans le tir à l’arc : ils ont, d’ailleurs, 
bien le droit d’agir ainsi, car ils lancent leurs flèches avec 


(4) G. PRévor, p. 259 


21 


284 A. ROERSCH 


beaucoup de force et les dirigent habilement sur un but 
précis. Par la même occasion, j'y achetai aussi un arc, qui 
devait être pour moi, dans le voyage, un plaisir et une 
sécurité (1). » 

Et le lendemain, le voilà galopant sur une route bien 
unie et très large, « s'exerçant et dressant son cheval de 
façon à tirer de l’arc en selle, avec le moins de peine pos- 
sible et aussi sûrement que s’il avait été à pied. » 

Voulez-vous maintenant la description d'une de nos 
cités? Voici une vue cavalière de la bonne ville de Mons (?). 

« Outre l’harmonieuse magnificence des édifices, un 
spacieux forum, qui possède une fontaine d’où l’eau jaillit 
par de nombreux orifices, en dehors d'un grand nombre 
d’autres agréments, elle présente une particularité qui me 
frappa tout spécialement : c’est, dans un quartier de la 
ville, une saillie qui s'élève en forme de haute montagne; 
le sommet en est spacieux et possède de nombreuses espla- 
nades bien unies qui conviennent à toutes sortes de jeux. 
C’est sur ces esplanades que les jeunes gens ont l’habitude 
de jouer aux boules. De là, on aperçoit, au beau milieu de 
la vallée, la masse d’ur magnifique château-fort: et le plus 
délicieux des panoramas s'ouvre sur les collines et les 
forêts qui l’entourent. » 

Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que les quel- 
ques extraits que je viens de faire connaître auront suffi à 
faire apprécier du lecteur une des qualités du style de Jean 
Second : ce charme fait d'abandon et de grâce sans apprêt, 
cette touche discrète qui, sans insister, sans appuyer, des- 
sine d’un trait si sûr et si net. On voit que l’artiste a pro- 
mené sur les choses un regard jeune, naïf et amusé. 

Gracieux, il est lui-même sensible à la grace. 

Voyez la jolie maison qu’il a remarquée en sortant de 
Braine, à gauche, sur la route de Mons : «une petite mai- 
son verte, délicieuse merveille, complètement entourée 
d'arbres joints entre eux, au milieu desquels on pouvait 
passer en sortant de la maison comme dans une galerie ; 
de la sorte, il semblait qu’à la maison, construite en 


(1) G. PRÉvOT, p. 258. 
(?) In., p. 176. 


( ITINERA » DE JEAN SECOND 285 


poutres, fût annexée une autre demeure faite de bran- 
chages (1). » 

Et l'air piquant des jeunes Valenciennoises, « bien faites 
et belles. avec leurs yeux noirs et leurs cheveux noirs » 
l’a-t-il assez frappé! 

Mais, ce qui séduit le plus son âme de poète, c’est la 
jeune fille qui à Bruxelles, à l'hôtellerie, à l'enseigne de la 
Ville d'Anvers, joue du psaltérion. 

« L’extrême délicatesse de son toucher ,qui tirait des 
cordes de sa lyre une harmonie divine, la suavité de sa 
voix qui surpassait de beaucoup la douceur de l’instru- 
ment, firent plus d’une fois, dit-il (?)}, revenir à ma 
mémoire ce passage d'Ovide : 


Hæc habiles agili prætentat pollice chordas ; 
Tam doctas quis non possit amare manus. 


« Qui ne pourrait aimer de si charmantes mains ? » 


Au moment de partir pour l'Espagne, dans la mélancolie 
des adieux, notre voyageur en fut tout à fait « ravi et 
réjoui ». 

« Mirifice me commouvwit et exhilaravit », écrit-il, ajoutant 
d’ailleurs aussitôt : « Mais, de pareils divertissements ne 
me firent pas négliger les affaires sérieuses. Nec seria 
interim neglecta mihi sunt. » 

J1 dit vrai. Après avoir oui l’exquise musicienne, il s’en 
fut trouver Jean de Carondelet, archevêque de Palerme et 
président du Conseil privé, qui lui avait demandé une note 
sur l’art de la fonte : super arte fusoria. Et ceci nous 
rappelle que Jean Second fut en même temps qu’un grand 
littérateur un célèbre graveur en médailles. 

Ainsi, dans ses pérégrinations, aux heures de repos et 
de plaisir succédaient les occupations graves : doctes con- 
versations à Paris avec un Barthélemy Latomus ou un 
Joachim Politès, déchiffrement et copie d'inscriptions 
anciennes à Lyon et à Nîmes, séjour à la Faculté de 


(1) G. PRÉVOT, p. 258. 
(2?) Ovne, Amores, II, 4, 27-28. Le véritable texte, que Jean Second a légè- 
rement modifié, est : 
« Hæc querulas agili percurrit pollice chordas. » 
(Note de M. G. Prévot, p. 256.) 


286 A. ROERSCH 


Bourges auprès du grand Alciat. Le tout alternant, d’ail- 
leurs aussi, avec des fatigues et des dangers. 

Sur les routes (1), on ne rencontrait pas seulement la 
grace et la beauté. Le crime et les épidémies y cheminaient 
aussi, avec leur compagne la Mort, et le soleil n y luisait 
pas toujours. 

À Tournus et à Màcon, la marche de Jean Second est 
contrariée par des inondations ; à Montpellier et à Nîmes, 
il doit fuir devant la peste. Aux environs d'Arras, il salue 
« la tombe de l’infortuné Raynaud, le messager d'Ypres, 
qui, peu de mois auparavant, avait été tué en cet endroit 
par des voleurs et dépouillé de l'argent et des lettres qu’il 
allait porter à des jeunes Belges qui faisaient leurs études 
en France » (?). 

Et voici, pour finir, une ‘histoire de brigands que notre 
compatriote recueillit à Verbérie-sur-Oise, où elle s'était 
passée peu de temps avant son arrivée : 

« Une femme de la campagne, de celles dont la vie 
s’'avance péniblement sous le poids de lourds travaux pour 
aboutir à de longues fatigues, avait assemblé peu à peu une 
minee somme d'argent, — de quoi pouvoir, selon son idée, 
acheter une vache, qui lui permettrait par la suite de vivre 
elle-même et de faire vivre ses enfants dans une misère un 
peu moins misérable. Elle traversait par hasard la forêt 
pour se rendre au marché — au marché sans doute riche; 
ment approvisionné — lorsqu'un voleur surgit devant elle 
et lui ordonna de déposer immédiatement tout l’argent 
qu’elle portait. Toute interdite, la femme n’osa pas résister 
à une injonction si impérieuse : elle se mit à compter. Lui, 
son manteau étendu par terre, voulut faire l’empressé : il 
déposa bien vite son épée et saisit au fur et à mesure 
l’argent que la femme comptait, sans se douter que la for- 
tune n'allait pas tarder à se venger cruellement. La femme, 
avec une présence d'esprit qui dénotait un caractère plus 
viril que féminin, profita de l’occasion pour saisir brus- 
quement l’épée et se mit à compter au voleur non plus de 


(5) Sur le mauvais état des routes et leur insécurité, voir aussi L. FEBVRE, 
Types économiques et sociaux du xvre siècle, Revue des cours et conférences, 
n° du 15 déc. 1921, p. 57 et suiv. 

(?) G. PRÉvOT, p. 189. 


( ITINERA » DE JEAN SECOND 287 


l'argent mais des coups, jusqu’à ce qu'il rejetât avec son 
sang son âme scélérate. » 

« Elle venait d'accomplir ce remarquable exploit, et elle 
était encore toute ensanglantée de son meurtre, quand des 
gens d'armes l’appréhendèrent. Elle eut de la peine à faire 
admettre son innocence, jusqu’au moment où elle les amena 
près du cadavre et souffla dans la trompe qui était restée 
aux côtés du mort : aussitôt une foule de complices tout 
aussi cruels, attirés par ce son qu'ils connaissaient bien, 
accoururent, et l’on eut ainsi l4 preuve que la mort de 
l’autre était justifiée, qu'ils n'étaient qu’un ramassis de 
criminels et que la femme, innocente, était une grande 
âme, Aussi l’on remit la femme en liberté et on l’honora 
d’une récompense; les bandits reçurent le châtiment que 
méritaient leurs crimes (1). » 

Quel scenario pour film américain ! 

Ainsi, les Ztinera nous permettent de voyager à travers 
le temps et à travers l’espace. Ils sont, à la fois, très loin 
et très près de nous : très loin, parce qu'écrits il y a quatre 
siècles; très près, parce que reflétant comme dans un 
miroir des types de l’éternelle humanité. 

Souvent, de la vision des choses, notre voyageur tire un 
profit moral et un enseignement. Et cela aussi le rapproche 
de nous 

À Mons (?}, il a vu un tombeau sur lequel était sculpté un 
cadavre dont l'aspect seul, nous dit-il, aurait pu provoquer 
la nausée; et il ajoute : « Mais le sujet nous fut d’une grande 
leçon et son art nous charma. Plurimum autem et re docuit 
et arte oblectavit ». 

À Beaune, il a visité l’hospice fondé par le chancelier 
Nicolas Rolin et il conclut : « C’est une chose digne d’être 
vue et qui peut nous apprendre à quels usages nous devons 
employer ce que nous ne voudrions pas voir périr pour 


(t) G. Prévor, p. 178. « Le récit, remarque M. Prévot (p. 171), très simple, 
est très habilement conduit; le style en est irréprochable et Jean Second s’y 
montre indiscutablement l’égal du meilleur Cicéron ou du meilleur Pline le 
Jeune. Cette page a été proposée comme texte de version latine, il y a déjà un 
certain nombre d'années, à la Faculté des Lettres de Grenoble (v. CHATELAIN, 
La version latine, Paris, Vuibert, 1 vol. s. d.) ». 

(2) G. PRÉVOT, p. 176. 


288 A. ROERSCH 


nous. pas même après notre mort, alors que nous cessons 
d’être les maîtres de nos propres biens ({) ». Cela paraît 
un peu subtil et cependant, c’est bien clair. En d’autres 
termes : faisons comme le chancelier Rolin, employons 
notre argent à des fondations charitables, et cet argent ne 
sera pas perdu pour nous, même après notre mort; nous en 
garderons le bénéfice 

On le voit, les Ztinera constituent un curieux, un précieux 
répertoire : sachons gré à M Prévot de les avoir signalés 
de nouveau à notre attention. 

Quand l’auteur des Baïisers mourut en 1536, à l’âge de 
vingt-quatre ans, le grand Alciat lui dédia une épigramme, 
dont je détache ces vers : 

« Flent Musæ, et Charites, lachrymas quoque fundit Apollo, 
« Et tua deserto busta Helicone colunt. » 

Sous une forme poétique, il disait une chose parfaitement 
vraie. La mort de Jean Second fut un deuil pour les lettres 
et tous les lettrés rendirent un culte à sa mémoire. 

Alors que la France convie les savants et les littérateurs 
du monde entier à célébrer le quatrième centenaire de 
Ronsard — qui doit tant à Jean Second, — ne trouverons- 
nous jamais, en Belgique, l’occasion de commémorer le 
souvenir de celui qui fut un de nos premiers, un de nos 
plus grands littérateurs? 

ALPHONSE ROERSCH. 


(4) Le texte latin porte (J. Secundi opera, ed. Scriverius, 1631, p. 317) : 
« Res est spectatu digna; quæque docere nos potest, in quos usus collo- 
candum sit id, quod nec post mortem nobis, cum domini rerum nostrarum 
esse desinimus, perire velimus ». M. Prévot traduit, p. 265 : « C’est un édi- 
fice qui mérite d’être visité, et qui peut nous enseigner quel est le sort réservé 
à cette guenille que, même après notre mort, et quand nous cessons d’être les 
maîtres de nos biens, nous ne voudrions pas voir périr. » La pensée de 
Jean Second est rendue de façon inexacte. 


Les colonies espagnoles au XVII siècle 


« L'orgueil national de l'Espagne, a dit M. Almirall, 
« doit se fonder principalement sur le fait qui détermina 
« sa chute, sur la découverte, la conquête et la colonisa- 
« tion de l'Amérique. » 


Rien n’est plus exact, et l'aspect glorieux de cette grande 
entreprise apparaîtra encore plus frappant si l’on songe 
que l'Espagne l’exécuta à un moment où elle ne comptait 
probablement pas beaucoup plus de 8 à 9 millions d’habi- 
tants, où les moyens de transport étaient encore dans 
l'enfance, où la politique de Charles-Quint et de Phi- 
lhppe II impliquait l'Espagne dans toutes les querelles de 
l’Europe. L'effort espagnol fut véritablement extraordi- 
naire et témoigne d’une audace, d’une bravoure et d’une 
endurance peu communes. 

L’héroïsme des conquérants n’est contesté par personne, 
mais la conquête à été entachée de violences furieuses et 
accompagnée de massacres qui en auraient, au dire de 
certains historiens, obscurcei toute la gloire. Bien entendu, 
les historiens nationaux s'inscrivent en faux contre ce 
jugement. et ils ont raison. Là où une poignée d'hommes 
s’attribue toute autorité sur des peuplades entières, cette 
autorité ne peut se maintenir que par la force et l’histoire 
de toutes les entreprises coloniales relate les mêmes scènes 
de ravage et d’extermination. Les écrivains nationaux font 
observer que la plupart des populations indigènes existent 
encore dans les anciennes colonies espagnoles, tandis 
qu’on les chercheraïit en vain dans les colonies de certains 
autres peuples, prompts à jeter le blâme sur l'étranger. 
Les Espagnols excipent encore du caractère éminemment 
humain de leur législation coloniale, si largement inspirée 
de l’esprit chrétien. 


290 G. DESDEVISES DU DEZERT 


Mais, ce qui justifie l'Espagne, à notre avis, c’est le pro- 
grès incalculable réalisé par elle, grâce à sa conquête et à 
ses efforts. dans toute la partie du Nouveau-Monde qu'elle 
a gouverné aux xvi°, xvii° et xviri° siècles. 

A la fin du xvrrr' siècle, l’empire hispano-américain cou- 
vrait une superficie d'environ 15 millions de kilomètres 
carrés, soit trente fois la superficie de la métropole, et 
s’étendait sur 19 millions de sujets, dont plus de 10 mil- 
lions parlaient le castillan. 

L'Espagne avait divisé «ses Indes» en quatre vice- 
royautés : Mexique, Nouvelle-Grenade, Pérou, Buenos- 
Ayres, et six Capitaineries générales : Puerto-Rico, La 
Havane, Guatemala, Caracas, Santiago-du-Chili et Manille. 
Avec quatre vice-rois et six capitaines généraux, le Con- 
seil des Indes, siégeant à Madrid, gouvernait le Nouveau- 
Monde tout entier. Pour s’assurer de la fidélité de ces 
hauts fonctionnaires, l'Espagne avait institué aux Indes 
treize grandes cours de justice, siégeant à La Havane, 
Mexico, Guadalajara, Santa-Fé, Caracas, Quito, Cuzco, 
Charcas, Lima, Santiago-du-Chili et Manille. Ces treize 
parlements rendaient la justice au nom du roi, aidaient les 
officiers royaux dans l'administration du pays, assumaient 
la charge du gouvernement en cas de vacance de la vice- 
royauté ou de la capitainerie générale. Le roi était rensei- 
gné sur la conduite des magistrats par les vice-rois et 
capitaines généraux, sur la conduite des vice-rois et capi- 
taines généraux par les régents des audiences. L’adminis- 
tration des provinces était confiée à des intendants, celle 
des districts à des corrégidors nommés par le roi, pour une 
durée de trois ans. Tous étaient soumis à l’obligation de 
rendre compte de leur gestion. Les villes principales pos- 
sédaient un embryon de conseil municipal, ou cabildo. 
Telle était, dans ses grandes lignes, l'administration des 
Indes, presque aussi simple en vérité que celle de l'Empire 
romain. 

11 y avait unité de législation dans tout l'empire colonial 
espagnol. Le code commun était la Nueva recopilaciôn de 
leyes de Indias\1680), complétée par la collection des ordon- 
nances royales. On appelait des jugements des alcades aux 
corrégidors, des corrégidors aux audiences, des audiences 


COLONIES ESPAGNOLES 291 


au Conseil des Indes, tribunal suprême, comité législatif 
et centre administratif pour tout ce qui concernait les 
colonies. 

Les Espagnols légitimaient leur conquête à leurs 
propres yeux par l'introduction du christianisme aux 
Indes. L'Église américaine comprenait dix archevêchés et 
trente-huit évêchés. Tous les bénéfices étaient à la nomi- 
nation du roi. Le nombre des clercs, séculiers ou régu- 
liers, montait à 35,000 ou 40,000 personnes. Le clergé 
jouissait d’une fortane considérable, mais ses biens consis- 
taient principalement en capitaux; le gouvernement avait 
entravé le développement des grands domaines ecclésias- 
tiques. 

Quoiqu'il n’y eût dans les colonies espagnoles ni juifs, 
ni mores, ni protestants, le Saint-Office existait aux Indes 
comme en Espagne, mais tandis qu’il comptait seize tribu- 
naux dans la Péninsule, il n’en avait que trois aux Indes, 
à Mexico, Carthagène et Lima. Les tribunaux des Indes 
étaient, comme ceux de la métropole, placés sous l’autorité 
de la Cour Suprême siégeant à Madrid. 

L'état social des Indes était plus compliqué encore que 
l’état social européen ; aux distinetions connues, tirées de 
la noblesse ou de la roture, du caractère ecclésiastique ou 
laïque, de la fortune ou du rang social, les Indes en con- 
naissaient une foule d’autres tirées de l’origine ou de la 
couleur. Tout en haut de l’échelle sociale, les Espagnols 
nés en Espagne. On les appelait gachupinos au Mexique, 
chapetones au Pérou. A eux seuls étaient confiés les 
emplois et accordés les honneurs. « Tant qu’il existera un 
jardinier de Castille ou un muletier de la Manche, c’est à 
lui qu’appartiendra le gouvernement des Indes », disait 
en 1810 un auditeur à l’audience de Mexico. Au-dessous de 
ces Espagnols natifs, venaient les Espagnols nés aux Indes, 
les criollos, les créoles, comme on les appelait. Ils pou- 
vaient aspirer à la richesse, mais non au pouvoir, ni même 
à la science; leurs propres parents estimaient qu'une 
instruction élémentaire leur suffisait. Les Indiens repré- 
sentaient les anciennes populations vaincues. Ils avaient 
perdu leur indépendance, ils avaient dû accepter la sujé- 
tion à la couronne d’Espagne et se convertir au christia- 


29 G. DESDEVISES DU DEZERT 


nisme, mais ils étaient considérés comme des sujets de 
second rang, non comme des esclaves Au xvir siècle, 
leur condition était devenue très tolérable. A la campagne, 
ils vivaient dans leurs villages, régis par leurs coutumes et 
gouvernés par leur cacique et leur curé. À la ville. ils rem- 
plissaient les menus offices et ne se distinguaient pas 
beaucoup du prolétariat espagnol. Ils payaient au roi un 
tribut de 1 à trois pesos par tête. Dans certains pays, on 
les levait pour le service des mines. La mita était dure, 
moins dure cependant que le service militaire d’aujour- 
d'hui. Un vieux droit permettait aux corrégidors de 
vendre aux Indiens toutes sortes d'objets de pacotille, il 
avait été réglementé et avait perdu à peu près tout carac- 
tère tyrannique. Vainqueurs et vaincus n’avaient pas vécu 
côte à côte sans se mêler. La classe des mestizos ou métis 
allait sans cesse se développant sans parvenir à obtenir un 
statut légal. Tenus pour « infâmes en droit et en fait » ils 
étaient méprisés de leurs parents blancs ou indiens. Les 
nègres, importés d'Afrique dans les Antilles et en Colom- 
bie, vivaient dans l’esclavage, ou dans la misère quand le 
caprice du maître les avait affranchis. On appelait mulatos, 
mulâtres, les fils nés d’unions entre blancs et noirs; ils 
étaient aussi méprisés que les métis. Une dernière classe 
l'était plus encore, celle des zambos ou chinos, métis de 
rouges et de noirs. À ces castes principales s’en ajoutaient 
une foule d’autres, suivant la quantité de sang blanc qui 
coulait dans les veines de chaque individu. La qualité de 
blanc finit par constituer une sorte de noblesse, que l’on 
revendiquait en justice; les tribunaux se montraient bien- 
veillants et donnaient le plus souvent gain de cause au 
réclamant : « Qu'il soit blanc, qu’on le tienne pour blanc! » 
répondaient-ils, toutes les fois que la chose était possible. 
Mais le préjugé ne désarmait pas. Toutes ces divisions, 
qui faisaient l'originalité de la société coloniale, étaient 
d’ailleurs maintenues par le gouvernement espagnol, inté- 
ressé à conserver tout ce qui pouvait affaiblir les peuples 
américains. 

Fernan Cortez avait eu la grande idée de fonder des 
écoles où les fils des vainqueurs et des vaincus eussent 
travaillé ensemble, mais cette conception libérale n’avait 


COLONIES ESPAGNOLES 293 


pas prévalu. Cependant le Nouveau-Monde avait ses 
écoles, ses collèges et même ses universités. Les Indes 
comptaient à la fin du xviri siècle dix-neuf universités 
établies à Saint-Domingue, La Havane, Mechoacan, Gua- 
dalajara, Mexico, Chiapa. Mérida de Yucatan, Guatemala, 
Santa-Fé de Bogota, Caracas, Quito, Cuzco, Lima, Gua- 
manga, Chuquisaca, Santiago-du-Chili, Cordoba del Tucu- 
man, Buenos-Ayres et Manille. Par suite des rivalités qui 
existaient entre les ordres religieux, certaines de ces villes 
avaient deux et même trois universités. On y enseignait le 
droit, la médecine, la philosophie et surtout la théologie. 
Les programmes et les examens étaient les mêmes qu’en 
Espagne. 

Le régime économique des Indes était dominé par une 
idée fausse, mais universellement répandue à cette époque, 
à savoir que les colonies doivent vendre à la métropole 
tous les produits de leur sol et acheter à la métropole tous 
les objets manufacturés dont elles ont besoin. L'industrie 
coloniale est condamnée à demeurer dans l’enfance et le 
commerce colonial ne se fait qu'avec la métropole. Quoique 
l'Espagne wait pas tiré de ces privilèges exorbitants tout 
le parti qu’elle aurait pu. elle dut au commerce des Indes 
de fantastiques richesses, qui allèrent sans cesse en gros- 
sissant jusqu’à la fin de l’ancien régime. En 1809, après la 
paix d'Amiens, le seul port de Cadix reçut pour 1 milliard 
626,770,940 réaux de produits américains, chiffre égal à 
l'exportation totale de l’Angleterre en 1790. Le commerce 
des Indes n'avait été pendant fort longtemps ouvert qu'aux 
seuls Castillans et était resté monopolisé par l’État. Un 
décret royal du 12 octobre 1778 déclara le commerce libre 
entre l'Espagne et ses colonies et autorisa treize ports 
d'Espagne à commercer avec vingt ports des Indes. Dès 
cette année, 321 navires partirent d'Espagne pour l’Amé- 
rique; le mouvement ne cessa de s’accroître jusqu'aux 
guerres de la Révolution. mais les étrangers restèrent tou- 
jours officiellement exclus du commerce avec les Indes. 
S'il arrivait qu’un navire étranger éprouvat quelque ava- 
rie qui le mît en péril à proximité d’un port espagnol, il 
pouvait demander à relâcher, mais des gardes espagnoles 
le surveillaient de jour et de nuit jusqu'à son départ; s’il 


294 G. DESDEVISES DU DEZERT 


devait mettre sa cargaison à terre pour se radouber, la 
cargaison était mise sous clef et rien n’en pouvait être 
distrait ni vendu légalement. Ce prohibitionnisme excessif 
fut une des causes les plus puissantes de la perte des 
Indes. Il excita la jalousie des Anglais et des Américains 
qui profitèrent des embarras de l'Espagne au début du 
x1ix° siècle pour lui arracher son empire transatlantique. 

Après ses campagnes contre l’Angleterre (1762-1763 et 
1778-1783) Charles IIT comprit combien les Indes étaient 
menacées et il organisa de son mieux leur défense. Il mit 
sa flotte sur un bon pied : 67 vaisseaux et 32 frégates 
en 1778. Il répara et augmenta les défenses de ses princi- 
paux ports. Il créa des milices américaines, des bataillons 
blanes, noirs et mulâtres. Il eut, au moins sur le papier, 
une armée coloniale. Son ministre Aranda vit plus loin. T1 
lui proposa en 1783 de liquider lui-même la grande affaire 
des Indes. L'Espagne eût gardé Cuba, Puerto-Rico et une 
position dans l'Amérique du Sud. Le reste des Indes eût 
formé trois grands États : Nouvelle-Espagne, Côte ferme, 
Pérou. On eût donné ces trois royaumes à des infants, qui 
auraient reconnu le roi d'Espagne comme empereur et 
n'auraient épousé que des princesses espagnoles. Le roi de 
Nouvelle-Espagne aurait payé un tribut en barres d'argent, 
le roi du Pérou en lingots d’or, le roi de Côte ferme en 
tabac et en épices. On ne sut se décider, et de 1808 à 1824 
tout fut perdu, mais dix-sept nations naquirent sur les 
ruines de la domination espagnole et prouvèrent par leur 
vitalité même la qualité du sang qui leur avait été infusé. 

Dans ces Indes, où n’existaient en 1500 que ces deux 
empires despotiques et barbares du Mexique et du Pérou, 
l'Espagne laissait derrière elle tout un monde espagnol 
organisé et en bonne voie de développement. 

Les grands ports étaient construits et aménagés : La 
Havane à Cuba, La Vera-Cruz au Mexique, Carthagène et 
Porto-Bello dans l'Amérique centrale, Caracas au Vene- 
zuela, Buenos-Ayres et Montevideo sur le Rio de la Plata; 
sur le grand Océan Valparaiso, Le Callao de Lima, Aca- 
pulco ; aux Philippines, Manille. 

La population des Indes, très inégalement répartie, indi- 
quait déjà les centres futurs de culture et de richesse. 


COLONIES ESPAGNOLES 295 


Certaines parties de Cuba et de l’Anahuac faisaient penser 
à l’Andalousie. Les foires de Porto Bello amenaient chaque 
année dans l’isthme des milliers de négociants et d’ache- 
teurs. Le problème de l’ouverture de l’isthme à la naviga- 
tion avait été étudié par le pilote biscayen Goyenèche et 
par un moine très actif, curé du village de Novita, qui avait 
fait creuser une rigole entre le Rio San Juan et le Rio 
Quibdo; affluent de l’Atrato. Caracas était la métropole du 
cacao, Santa Fé celle du tabac, Quito voyait les cultures 
se développer sur son plateau si fertile et si tempéré. La 
plus grande partie de la population péruvienne se groupait 
autour de Lima, dans les vallées andines d’Aréquipa, 
Cuzco et Charcas; auprès des mines d'argent de Potosi. des 
mines de mercure de Huancavélica. Le Chili s’annonçait 
déjà comme un État côtier, un pays d'élevage et de pêche. 

Des routes mettaient déjà les plus grands centres en 
relation. On allait de La Vera-Cruz à Acapulco par 
Mexico. Un service postal fonctionnait entre Guatemala et 
San Francisco, sur une longueur de 4,600 kilomètres. Un 
portage était établi à travers l’isthme de Téhuantépec, un 
autre suivait les rives du Coazalcoalco, un troisième tra- 
versait l’isthme de Panama. Lima communiquait avec 
Quito au nord et avec Buenos-Ayres à l’est par une piste 
de 4,910 kilomètres, passant par Charcas, Santa Cruz de 
la Sierra, les missions des Mojos et Chiquitos. Des tenta- 
tives avaient déjà eu lieu pour mettre Buenos-Ayres en 
communication avec Santiago-du-Chili, à travers les Andes. 

Les métaux précieux formaient le principal article du 
commerce des Indes. Le Mexique et le Pérou étaient les 
grands centres de production. Une belle école des mines 
avait été instituée à Mexico et y donnait aux futurs ingé- 
nieurs un enseignement pratique et sérieux. Une école du 
même genre était projetée au Pérou. Le gouvernement 
espagnol avait fait appel à un ingénieur allemand, le baron 
de Nordenflicht, pour inspecter les mines des Indes et tra- 
vailler à leur perfectionnement En dépit des mauvaises 
méthodes suivies pour leur exploitation, leur rendement 
était énorme. Les Indes dépensaient bon an mal an 700 mil- 
lions de réaux pour leur administration et versaient en 
moyenne 145 millions de réaux par an au trésor espagnol. 


296 G. DESDEVISES DU DEZERT 


L'Espagne possédait en 1814, au lendemain de la guerre 
de l'Indépendance, un capital monétaire de 6 milliards 
413,416,849 réaux. 

Les Indes exportaient en Espagne des laines d’alpaca, 
de vigogne et de huanaco, du sucre, du rhum, du cacao, de 
la vanille, du tabac, du poivre, de l’indigo, de la cochenille, 
du jalap, de la salsepareille, du bois de campêche, des bois 
précieux. En 1796, les exportations des Indes montèrent à 
1,239,366,660 réaux. 

L'industrie hispano-américaine ne faisait que de naître; 
elle ne laissait pas d’être déjà importante. Les sucreries de 
Cuba avaient pris un grand développement; le sucre 
cubain était regardé comme bien supérieur au sucre fran- 
çais. L'île en consommait, en 1774, 200,000 arrobes et en 
exportait 490,000, pour une valeur de 1,331,000 pesos. Le 
Mexique avait des carrières de pierre et de marbre, des 
fabriques de tuiles, de briques et d’azulejos (carreaux de 
faïence peinte), des tissages à Queretaro et à Guadalajara, 
Puebla fabriquait des cotonnades rayées, Mexico impri- 
mait des toiles peintes, Téhuantépec teignait le coton en 
pourpre. Le Mexique fabriquait encore du savon et des 
eaux-de-vie de canne. Les orfèvres de Mexico étaient 
renommés pour leur habileté. Le Pérou possédait quelques 
fabriques de draps, quelques plantations d’oliviers. Le 
Chili exportait des vins jusqu’au Mexique. 

Les Indes comptaient peu de savants. On peut citer 
cependant les astronomes Alzate, Gama et Velazquez au 
Mexique, le botaniste Caldas en Nouvelle-Grenade. Vers la 
fin du xvirr° siècle l'Amérique espagnole commença d’avoir 
des journaux. La Gazette de Mexico publia des articles sur 
le nopal, sur la cochenille, sur les bains de vapeur de Los 
Humeros, près de Puebla. Nous avons lu dans la Gazette de 
Guatémala un beau sermon sur la Vierge, bien écrit et 
sagement pensé. D. Manuel Gijon, bourgeois de Quito, pos- 
sédait en 1789 une bibliothèque de plus de 600 volumes. Il 
devenait de plus en plus difficile de maintenir les créoles 
dans l'ignorance. 

Les artsavaient pris aux Indes un développement remar- 
quable. Les villes bâties sur des plans réguliers présen- 
taient un aspect assez monotone, mais se prêtaient aux 


COLONIES ESPAGNOLES 297 


grands effets décoratifs. Un savant archéologue mexicain, 
D. Antonio Cortes, a fait paraître à Mexico, en 1914, un 
très bel album in-f°, consacré aux plus belles églises mexi- 
caines bâties au xviri° siècle. Elles sont conçues dans le 
style churrigueresque alors à la mode, et surpassent 
encore les églises d’Espagne en extravagante richesse. 
Dans certaines églises, comme à San Francisco Acatepec 
de Cholula, des décors de brique émaillée rehaussent le 
ton uniforme des pierres. À Santo-Domingo de Oajaca, le 
plâtre se prête à tous les caprices du décorateur. L'église 
de Taxco, en grès rose, plaît par le fini de ses sculptures 
et l'élégance de ses lignes; neuf beaux rétables de cèdre 
doré y existent encore. Les cathédrales et les grandes 
églises du Nouveau-Monde renferment des trésors d’argen- 
terie et d'orfèvrerie qui donnent une grande idée de l’ima- 
gination des artisans hispano-indiens. Une école des 
beaux-arts avait été établie à Mexico et il s'était trouvé 
dans cette ville un sculpteur assez habile pour exécuter une 
statue équestre de Charles IV. 

J1 ne manquait aux Indes que la liberté; l'Espagne n’eût 
jamais consenti à la leur donner, mais l’insurrection amé- 
ricaine victorieuse leur fit entrevoir la possibilité de 
rompre les entraves qui les liaient de toutes parts. Les 
Indes trouvèrent en Miranda, en Hidalgo, en Iturbide, en 
Bolivar, en San Martin les hommes énergiques dont elles 
avaient besoin. Les colonies émancipées durent faire 
ensuite l’apprentissage de la liberté. Violemment projetées 
de l'extrême sujétion jusqu’à l’indépendance absolue, elles 
eurent peine à retrouver leur équilibre et passèrent par 
une période tumultueuse et anarchique, qui dura environ 
un demi-siècle. La paix a fini par s'établir entre les États, 
et même au sein des États. La période de travail fécond a 
commencé. 

Aujourd’hui, cent ans à peine après leur séparation 
d'avec l'Espagne, les dix-huit États hispano-américains 
renferment une population de 60 millions d’âmes, et Bue- 
nos-Avyres, avec ses 1,200,000 habitants, est la seconde 
ville du monde latin. La culture a progressé en même 
temps que la richesse. L'art remplit les villes américaines 
d’édifices corrects, élégants ou grandioses, les lettres 


298 G. DESDEVISES DU DEZERT 


renaissent, la pensée s’éveille, tout se met en mouvement. 

L'Espagne comprend de quel intérêt il serait pour elle 
de rentrer en grâce auprès de ses anciennes colonies. Si 
elle ne fait plus en Europe figure de grande puissance, le 
monde hispanique est une des grandes forces du monde de 
demain; elle voudrait se rapprocher des peuples améri- 
cains, les intéresser à ses progrès, au relèvement de sa 
fortune. 

Les États-Unis couvrent d’or les républiques latines, 
s’'insinuent chez elles comme négociants, comme ingé- 
nieurs, comme banquiers ; ils cherchent à s'imposer à elles 
par la supériorité de la méthode et de l'expérience acquise. 

La France enfin oppose aux efforts américains son 
désintéressement, à l’idéal religieux et conservateur de 
l'Espagne son idéal de liberté et de démocratie. 

Nous ne nous aventurerons pas à prédire à laquelle de 
ces influences l’Amérique latine accordera le plus de cré- 
dit, mais nous croyons qu'aucun Américain qui pense ne 
préférera les Indes closes d'autrefois à l'Amérique moderne 
ouverte à tous les vents de l’esprit. 

G. DEsDEVISES DU DEZERT, 


professeur à l'Université de Clermont-Ferrand. 


L'Aspect synthétique 
de l’histoire de Russie ( 


La science historique étrangère (à part celle de l’Alle- 
magne) manifestait jusqu’à présent relativement peu d’in- 
térêt pour l’histoire de Russie. L'absence de chaires 
d'histoire de pays slaves en général et de Russie en parti- 
culier dans les universités des nations latines est une 
lacune fâcheuse, étant donné le rôle très considérable que 
le monde slave a joué dans le passé et est appelé, sans 
aucun doute possible, à jouer dans l'avenir. Une telle 
lacune est d'autant plus surprenante qu’un nombre considé- 
rable de savants et d’érudits distingués se consacrent, dans 
les pays latins, à l'étude de la langue et de la littérature 
russes, et plusieurs chaires en existent déjà, dans les 
universités de France, par exemple. 

Cette abstention des savants étrangers à l'égard de 
l'histoire de Russie devient encore plus regrettable à 
l'heure actuelle où l’étude de l’histoire russe dans son 
ensemble peut devenir particulièrement féconde en con- 
elusions sociologiques. Les conceptions généralisatrices, 
les recherches synthétiques — bref, la théorie de l’his- 
toire — ne sont pas en faveur chez la majorité des his- 
toriens d'aujourd'hui; il est cependant incontestable que 
la science historique, en tant que science, ne peut point 
esquiver les tendances générales de la science humaine, 
ne peut point, sans verser dans l’érudition stérile ou dans 
la littérature, s’exempter de la recherche des lois générales 
qui régissent l'existence sociale de l’humanité, et tôt 


(t) Communication faite au Ve Congrès international des Sciences histo- 
riques (Bruxelles, 1923). 


21 


300 A. ECK 


ou tard une réaction nécessaire contre l’ « historisme » 
désorienté raménera l’histoire vers ses buts sociologiques. 

Or, Ja Russie est un pays dont l’histoire présente à 
l'heure actuelle un intérêt tout à fait particulier au point 
de vue sociologique. Les événements de 1917-1918 sont 
l'aboutissement de toute une période dans l’évolution histo- 
rique de la Russie et, sans présumer aucunement de l’avenir 
de ce pays, mettent un terme définitif à un ensemble de 
phénomènes économiques, sociaux, moraux et politiques 
dont la résultante constituait le processus historique russe. 
I1 devient par conséquent possible d'envisager une étude 
utile au point de vue sociologique de ce processus pour 
ainsi dire parachevé. D'autre part les conditions psycholo- 
giques d’une telle étude sont dégagées dès à présent de la 
suggestion inévitable qu’exercent sur les esprits les plus 
critiques et les plus indépendants les phénomènes au carac- 
tère actuel. L’écroulement de l’empire russe a détruit cer- 
taines illusions d'optique, certaines idées préconçues qui 
faisaient réfléchir d’une façon subconsciente les appa- 
rences fallacieuses du présent sur le passé réel. Les mani- 
festations spécieuses de la vitalité de l’État russe empê- 
chaient la vision claire, la compréhension juste de certains 
faits essentiels du passé, de leur genèse et de leurs effets 
ultérieurs inéluctables. Les historiens russes se trouvent 
cependant — et cela pour un certain temps encore — dans 
un état d’infériorité quant à la possibilité d’une étude 
objective du passé de leur patrie : le « moment psycholo- 
gique » bien naturel dans les circonstances présentes 
déterminerait chez eux presque fatalement une subjectivité 
nuisible, que ce soit sous la forme d'un nationalisme plus 
ou moins romantique ou sous l’aspect d’un pessimisme 
excessif, réflexes involontaires du désespoir patriotique 
difficilement évitable. C’est pourquoi encore l’objectivité 
nécessairement plus grande des historiens étrangers ren- 
drait très appréciable leur participation à l'étude du passé 
historique russe. 

C’est dans l'espoir d’un renouveau d'intérêt pour l’his- 
toire de Russie parmi les savants étrangers que je me 
permets d'attirer l'attention de leurs autorités sur quelques 
particularités de cette histoire qui peuvent présenter un 


HISTOIRE DE RUSSIE 301 


intérêt général pour les études historiques comparatives, 
si nécessaires et si peu développées, hélas, à l'égard des 
nations de l’Europe orientale. | 

* ï + 

Il semblerait, au point de vue méthodologique, que les 
divisions usuelles de l’histoire de Russie en périodes 
dussent être revisées. Il serait peut-être plus utile et plus 
judicieux, au lieu de se guider dans cette division par les 
événements politiques, de prendre pour base les étapes 
successives de la vie économique du peuple russe dans les 
régions ayant joué le rôle de centres organisateurs. On 
arriverait ainsi à préciser trois grandes périodes de l’his- 
toire de Russie, ayant chacune son caractère propre aussi 
bien économique que social, moral et politique. On pourrait 
dénommer ces périodes. d’après les centres organisateurs 
correspondant à chacune d'elles : période novgorodo- 
Kiévienne (du 1x° siècle à la fin du x siècle), période 
moscovite (du xrri° siècle à la fin du xvit° siècle) et période 
pétersbourgeoise (du xvrr° siècle à 1918). Une telle division 
se justifie par les distinctions très nettes qui différencient 
ces trois périodes au point de vue économique. Tandis que 
l’activité économique de la période novgorodo-kiévienne 
est essentiellement commerciale, l’économie nationale de 
là période suivante prend un caractère nettement agricole : 
enfin, la période pétersbourgeoise se caractérise par l’ap- 
parition brusque et le développement toujours plus con- 
sidérable de l’industrie capitaliste. Les autres côtés du 
processus historique dans les trois périodes sont intime- 
ment liés, dans leur principe et leur évolution, à ces bases 
économiques successives, 

La première période (rx°-x111° siècles) présente plusieurs 
particularités au regard de l'évolution des autres pays 
européens contemporains. La Russie novgorodo-kiévienne 
brûle, pour ainsi dire, les étapes de l’évolution admise 
communément comme « normale » et, grâce aux conditions 
favorables d’une ambiance économique préétablie, com- 
mence son existence historique par l’économie commer- 
ciale. sans passer par l’économie agricole primitive. On 
invoque généralement, dans l’explication de ce phénomène 
« anormal », l'influence des conditions géographiques, 


302 A. ECK 


puisque l’État novgorodo-kiévien fut formé des Slaves 
orientaux établis le long de la route commerciale préexis- 
tante entre la Scandinavie et la Grèce et au voisinage 
immédiat de la route fluviale et maritime (la Volga-la mer 
Caspienne) vers l'Orient musulman. Cependant, on n’a 
pas jusqu’à présent, je crois, suffisamment mis en lumière 
un autre trait remarquable de l’activité économique de 
cette période. C’est que l'orientation de l’économie natio- 
nale kiévienne se trouvait en contradiction avec les 
conditions naturelles de la région. Celle-ci était tout 
particr lièrement favorable à l’agriculture ; elle est devenue 
ultérieurement une des plus fécondes provinces de l'empire 
russe quant à la production et à l'exportation des céréales. 
C'est pourtant aux industries forestières, telles que la 
chasse aux fourrures et l’apiculture, que se tourne l’activité 
de la population du 1x° siècle; l’agriculture ne joue qu’un 
rôle très secondaire dans son économie. Donc, la consta- 
tation s'impose que le marché extérieur qui exigeait des 
fourrures, des peaux, du miel, de la cire, imposa, déjà 
à cette époque lointaine, à l’organisme social naissant 
l'orientation de son activité économique. 

D'autre part, l'extension territoriale, l’agrandissement 
de l'État novgorodo-kiévien proprement dit, aussi bien 
que son expansion coloniale dans les régions du Nord et du 
Nord-Est, restent toujours, dans cette période, conformes 
au développement économique de la nation et ne dépassent 
pas ses forces organisatrices. 

La civilisation novgorodo-kiévienne se développe d’une 
façon remarquable, prend un caractère nettement urbain, 
démocratique et laïque; elle peut être considérée à juste 
titre comme une des civilisations les plus avancées de 
l’époque parmi les nations européennes formées sur les 
ruines de l’empire romain. Tandis que l’Europe centrale 
et occidentale, agricole et féodale, paralysée dans son essor 
par la domination arabe sur la Méditerranée, ne reprend 
son évolution économique, sociale et politique qu'avec les 
croisades et le commerce international qui en résulta, la 
Russie novgorodo-kiévienne nous a laissé des traités de 
commerce conclus avec Byzance au début du x* siècle; les 
liens dynastiques apparentaient au x1° siècle les princes 


HISTOIRE DE RUSSIE 303 


de Kiev à tous les souverains les plus considérables de 
l'Europe ; la structure sociale et politique du pays novgo- 
rodo-kiévien est libre de toute entrave féodale ou cléricale, 
et le premier code russe, le « Droit russe » de Iaroslav 
(x1° siècle) peut être caractérisé comme « essentiellement 
un code du capital » (Klutchevsky). 
Les causes de l’écroulement de la civilisation et de l'Etat 
novgorodo-kiéviens sont connues : après avoir, quatre siè- 
cles durant, victorieusement soutenu la lutte contre les 
envahisseurs asiatiques, après avoir servi à l’Europe de 
bouclier efficacement protecteur, Kiev, affaibli et divisé 
par les guerres civiles suscitées par les princes au 
xii* siècle, succomba ensuite sous l'invasion tatare. Il 
convient pourtant de signaler plus spécialement une des 
sources de faiblesse de l’État novgorodo-kiévien : son 
système gouvernemental. Le pouvoir des princes naquit 
du besoin qu'éprouvèrent les communes commerciales 
d'organiser la défense de leurs caravanes et de leur activité 
économique en général contre la brigandage extérieur et 
intérieur; les princes deviennent en même temps les 
protecteurs (souvent par la force des armes) des intérêts 
commerciaux russes à l’étranger, et avant tout à Byzance. 
Le pouvoir de ces protecteurs policiers, militaires et 
diplomatiques au service des communes se mua, avec le 
développement économique et l’unification nationale du 
pays, en un pouvoir politique, mais resta collectif, appar- 
tenant à toute la famille princière dans son ensemble. Un 
tel principe, qui arrogeait le droit de succession au pouvoir 
du « grand prince » à tous les membres de la famille dans 
l’ordre compliqué de préséance généalogique, laissait le 
champ libre à toutes sortes de compétitions, de contesta- 
tions et de conflits et Ôôtait au pouvoir toute stabilité, 
toute continuité, toute suite dans l'effort organisateur. Le 
pouvoir, considéré toujours comme étant au service du 
pays, gardait un caractère mobile, avant tout militaire; 
ses représentants n'étaient liés, dans ce pays commercial, 
par aucun intérêt essentiel à la terre, à une région donnée; 
ils étaient attirés tout naturellement vers les centres 
commerciaux les plus importants. L’accroissement de la 
progéniture augmentait sans cesse le gâchis du système. 


3114 A. ECK 


Ce traditionalisme du principe gouvernemental, ce manque 
d'adaptation de la forme politique à l’évolution centrali- 
satrice de l'État conduisit le pouvoir princier à la dégé- 
nérescence et eut pour résultat inévitable l’affaiblissement 
total de l'État. 

Cette dégénérescence du système politique kiévien, 
conjointement avec la dévastation de la région de Kiev par 
l'envahisseur mongol, détermine au xrrr° siècle le déplace- 
ment du centre organisateur national vers le Nord-Est, 
dans le bassin de la haute Volga, région à peu près inculte, 
aménagée et colonisée vers la fin du xrr° siècle par une 
branche cadette des Rurikovitchi. Kiev perd le rôle 
prépondérant et tombe ensuite au pouvoir de la Lithuanie, 
puis de la Pologne. Novgorod, seul avec la république 
voisine de Pskov, échappa à la dévastation tatare; mais 
ces deux cités libres eurent à lutter contre les Suédois et 
les Teutons avant de succomber, au xv° et au xvr® siècle, 
sous les coups des tsars moscovites. De la sorte elles ne 
pouvaient guère développer l'héritage de la civilisation 
kiévienne dont les débuts furent si heureux. 

Or, le transport du centre politique dans les régions du 
Nord-Est, forestières, incultes et froides — changement 
désavantageux de climat et d'ambiance naturelle — mettait 
le peuple russe (qui avait fui en masse dans ces contrées 
éloignées devant l’envahisseur) dans une posture extrème- 
ment difficile. Écrasée sous le poids du tribut imposé par 
les Tatars, ruinée périodiquement par leurs incursions 
dévastatrices, la nation russe devait reprendre son travail 
constructeur en réédifiant les bases mêmes de sa civilisa- 
tion, perpétuellement aux prises avec une nature marätre, 
avec un ennemi féroce, avec un régime social et politique 
qui s’avérait de plus en plus oppresseur et retardataire. 
En même temps le peuple russe se trouve tout à coup 
arraché à la famille européenne, car l’une des conséquences 
immédiates de l'invasion fut la cessation à peu près com- 
plète de toutes communications avec l'Occident où préci- 
sément à cette époque apparaissait un renouveau de eivili- 
sation sous l'influence des croisades. 

Un recul économique se produit dans la vie du peuple 
russe, accompagné d’un recul social adéquat. Le commerce 


HISTOIRE DE RUSSIE 305 


fait place à l’agriculture primitive, extensive, comme base 
économique du nouvel État en formation. La collectivité 
nationale semble recommencer son évolution et revenir à 
l'étape primaire, au point de départ « normal » d’une pro- 
gression sociale. Sa civilisation prend un caractère essen- 
tiellement agricole et rural. 

Deux faits attirent ici notre attention. 

Premièrement, l'orientation de l’activité économique de 
la population dans ce milieu naturel nouveau est encore 
une fois déterminée par les exigences du marché extérieur, 
et toujours en contradiction avec les conditions naturelles. 
Transporté dans une région forestière par excellence, dans 
un rude climat continental, le peuple russe, chasseur et 
apiculteur traditionnel séculaire, développe, au prix d’un 
effort obstiné inouï, une culture agricole, car, séparé d’une 
façon radicale de ses anciens marchés extérieurs, Byzance 
et Orient, il les voit remplacés par l’unique marché de 
Novgorod qui, ne produisant point de blé, le demande à la 
région souzdalo-moscovite voisine. 

Deuxièmement, la forme politique du nouvel État ne 
résulte point de l’évolution économique et sociale, maïs se 
trouve préétablie par le fait de l'aménagement préalable et 
de la colonisation du nouveau pays par le prince qui de ce 
fait devient le maitre, le seigneur terrien, le propriétaire 
de la province colonisée et cesse de se considérer comme 
étant au service du pays. Les colons qui arrivent, tombent 
sous la dépendance directe du prince, deviennent les sujets 
d'un souverain absolu. Les libertés démocratiques des 
communes urbaines — une des caractéristiques de l'État 
novgorodo-kiévien — sont supprimées; les villes perdent 
toute importance politique aussi bien qu’économique ; seule 
la résidence du prince joue un rôle prépondérant comme 
centre administratif. Le morcellement de la Souzdalie en 
plusieurs principautés « apanagées », féodales, tout au long 
du x siècle, tout en affaiblissant la puissance effective 
de ces princes-souverains, ne ramena point la prospérité 
pour les communes : avec la régression économique de 
la nation, les villes perdirent la base sociale de leur 
ancienne autorité, cette classe de riches commerçants 
qui organisait autour d'elle la « bourgeoisie » noygorodo- 


306 A. ECK 


kiévienne. D'autre part, l'élévation de Moscou qui, à partir 
du x1v° siècle, devient le nouveau centre organisateur de 
la Russie médiévale, met assez rapidement fin au morcelle- 
ment féodal de la Souzdalie et établit définitivement le 
caractère absolu de l’autocratie des grands princes mosco- 
vites, « assembleurs de la terre russe ». 

L’autocratie naquit, pour ainsi dire, par la force des 
choses dans la lutte contre le joug mongol, et c’est à elle 
qu'est due, en définitive, la libération de la Russie au 
xv° siècle. La nécessité de fortifier sans cesse le pouvoir 
central militairement et financièrement amena l’assu- 
jettissement complet des intérêts du peuple aux intérêts du 
prince. La structure sociale de la Russie moscovite fut 
elle-même dans une certaine mesure déterminée par 
l’autocratie. Ayant, par une politique adroiïite et persévé- 
rante, réduit les princes féodaux à la situation de simples 
propriétaires terriens et de courtisans, les grands princes 
de Moscou n’eurent ensuite point de peine à briser d’une 
façon radicale toutes velléités d'indépendance et de fierté 
féodale de la part de la vieille aristocratie russe, D’autre 
part, dès le xvi° siècle, les autocrates moscovites contre- 
balancent et supplantent cette aristocratie par une 
noblesse militaire créée de toutes pièces par eux pour 
leurs besoins militaires, fiscaux et administratifs. Cette 
nouvelle classe sociale devint un instrument docile du 
pouvoir central et se sentait toujours son obligée, car 
ces «gens » et «esclaves » du prince, dénommés officiel- 
lement : «ordre de serviteurs », étaient dotés de terres 
bénéficiaires avec la main-d'œuvre agricole graduellement 
asservie. 

Le servage fut une des conséquences les plus désas- 
treuses du joug mongol, celle qui a compromis le plus 
gravement tout le développement national russe. À l’époque 
où, en Europe occidentale, le servage commence à dispa- 
raître, c’est alors qu’en Russie il s’étend avec une force 
toujours plus cruelle, atteint les sources vives des énergies 
nationales et devient la cause principale de l’état arriéré 
de la civilisation russe. 

Soumis au seigneur pour les besoins de l’État, afin 
d'assurer au gentilhomme un revenu suffisant pour le 


HISTOIRE DE RUSSIE 307 


payement du tribut et de lui garantir un certain effectif 
pour son service militaire, le paysan russe tombe bientôt 
dans un asservissement complet. Maïs il a comme une 
conscience vague de cette origine étatiste du servage; il 
considère son seigneur comme le représentant du pouvoir 
politique central, la corvée comme une redevance envers 
l’État et la terre comme sa propriété à lui : « Nous sommes 
au souverain et la terre est à nous », a dit et répété toujours 
le paysan russe. 

Tel n’était évidemment pas le point de vue des seigneurs 
et du pouvoir central. Pour eux, non seulement la terre 
appartenait en propre au souverain et, par sa grâce, au 
seigneur, mais le serf lui-même était considéré de plus en 
plus comme la chose du seigneur. C’est le point de vue des 
classes dirigeantes qui a décide du sort du paysan. Ce sort 
s’aggrava durant les siècles du fait des progrès mêmes 
accomplis par l'État et par les classes supérieures. Pour 
l'État, comme pour le seigneur, le paysan n’était qu’une 
bête de somme, une machine productrice et une force 
militaire dont on pouvait user et abuser. Une opposition 
violente s’est établie en résultat entre les intérêts des 
paysans et ceux du seigneur et du prince : une rupture 
profonde entre le peuple et les forces gouvernantes s’est 
produite, et le sentiment national n’a pas pu se développer 
normalement, en dépit de l'unification territoriale de 
l'État. D'autre part, une inertie économique et une passi- 
vité sociale inévitable s'enracinaient dans l'organisme 
national russe. 

La Russie moscovite maintint ainsi le féodalisme, mais 
un féodalisme étriqué, incomplet, rachitique et avorté, 
puisque créé dans une grande mesure par le pouvoir absolu 
du prince pour ses fins et avantages, assujetti et façonné 
à sa guise en dehors du développement spontané et normal 
de la féodalité. L’autocratie moscovite, grandie et affermie 
dans la lutte patiente contre le joug extérieur, n'apparaît 
guère comme une résultante du jeu des forces intérieures 
de l'organisme national : elle n’a point connu de résistance 
des vassaux puissants, d'opposition ou d'appui des com- 
munes florissantes et fortes ; l’Église russe, de tradition et 
d'esprit byzantins, n’est jamais sortie de son rôle d’alliée 


308 A. ECK 


docile et soumise du pouvoir politique, et le peuple culti- 
vateur, arriéré et asservi, exploité et ignorant, n’était 
qu'une masse sociale amorphe et passive, capable de réac- 
tions sporadiques violentes et aveugles, fuyant plus volon- 
tiers vers des contrées libres, encore inoccupées, pour 
échapper à l’écrasante servitude. Les forces vitales de la 
nation s’affaiblissaient de ce fait, la population productive 
se raréfiait, la vie économique, sociale, intellectuelle 
s’engourdissait et stagnait, mais l’autocratie moscovite 
s’affermissait, s’hypertrophiait, sans trouver ni contre- 
poids, ni résistance. L’analogie qui paraîtrait s'établir 
entre les conditions de gestation sociale de la Russie 
moscovite et celles des nations européennes médiévales se 
trouve de la sorte faussée dès l’origine de cette période 
historique. 

Sorti victorieux de la lutte contre les Tatars, l’absolu- 
tisme moscovite, son rôle historique ainsi achevé, devient, 
pour ainsi dire, un organisme autonome et parasitaire de 
la vie nationale; il en résulte une politique d’extension 
territoriale de plus en plus démesurée, inaugurée dès le 
xvi* siècle. Les guerres de conquête, dictées aussi bien, 
sinon plus par le désir de grandir la puissance de l’auto- 
crate moscovite que par des soucis de défense nationale, 
épuisent les forces du pays dont l'administration se réduit 
tout simplement à l’exploitation militaire et fiscale. La 
nécessité de coloniser les territoires conquis est en contra- 
diction avec l'insuffisance de la population métropolitaine, 
ce qui exclut toute utilisation rationelle des conquêtes et 
mène à l’éternisation de l'exploitation primitive, extensive 
et ravageuse des richesses naturelles; les besoins d’admi- 
nistration des territoires nouveaux grèvent encore davan- 
tage la métropole; la situation du peuple devient de plus 
en plus intenable. La scission entre le haut et le bas de la 
nation s'affirme toujours plus nettement; l'hypertrophie 
souvernementale et la rupture de stabilité, d'équilibre 
social caractérisent avant tout cette période. La civilisation 
russe, isolée du reste de l’Europe pendant plus de trois 
siècles, se trouve de plus en plus en recul; l'État démesuré- 
ment étendu, à population faible, socialement déséquilibre 
et désuni, économiquement stagnant, se trouve inévita- 


HISTOIRE DE RUSSIE 309 


blement désavantagé dans les conflits avec les voisins 
occidentaux, ce qui met la Moscovie dans une situation 
extrêmement périlleuse au commencement du xvri° siècle. 
Un sursaut des énergies populaires sauve l’État de la 
catastrophe, et une nouvelle orientation vers l’entérine- 
ment organique et progressif de la civilisation occidentale 
s’'ébauche dans la deuxième moitié du siècle. Cependant 
les réformes de Pierre I donnent à cette orientation 
spontanée un caractère nouveau. 

Pierre 1° comprit (comme d’autres l’ont fait avant lui) 
le danger que présentait pour l’existence même de l’État le 
déséquilibre entre l’immensité de l'empire et sa structure 
économique, sociale et politique. Ses réformes devaient, 
dans son esprit, mettre fin à l’état arriéré de la civilisation 
russe, à l’infériorité de la Russie par rapport à ses voisins 
occidentaux. Cependant, le caractère de ces réformes fut 
essentiellement politique aussi bien par leur but que par 
leur portée. Elles affermissaient l’État et la puissance du 
souverain autocrate, mais ne donnaient guère de satisfac- 
tion aux intérêts profonds du peuple, de la nation, comme 
elles n’ont rien fait pour approfondir la civilisation natio- 
nale et y ouvrir l’accès aux masses populaires, ni pour 
laisser profiter la collectivité du développement des forces 
productrices du pays. Au contraire, l’asservissement de 
toutes les classes sociales aux intérêts de l’absolutisme. 
le renforcement du servage, laggravation des charges 
fiscales, tout ceci portait à l'apogée l’étatisme autocratique, 
mais vendait plus profond encore le fossé entre le haut et 
le bas de la natiou, faisait plus àpre encore l’antagonisme 
entre l'État et le peuple. 

Cependant, Pierre le Grand a non seulement européanisé 
l'aspect extérieur de la vie russe : il transplanta en Russie 
la forme moderne de la production, l’usine et la fabrique. 
Toutefois. cette industrie moderne était, comme tout le 
reste, asservie par l'État et n'avait d'autre fin que de 
satisfaire aux besoins de celui-ci. Mais le développement 
formidable de l’État, comme organisme «en soi etpour soi», 
comme piédestal pour le pouvoir absolu, ainsi que la 
complexité grandissante de son fonctionnement, liés à la 
politique d'expansion territoriale devenue traditionnelle, 


310 ADECK 


conduisirent à la formation d’une civilisation urbaine, 
artificielle et factice, superposée mécaniquement au-dessus 
d’une économie agricole primitive complètement indépen- 
dante. L'assujettissement de l’industrie capitaliste à l’État 
ne disparaît nullement tout le long des xvirie et xix° siècles ; 
le protectionnisme obstiné, né la plupart du temps de 
considérations surtout fiscales, l’asservissement de la 
main-d'œuvre industrielle jusqu'en 1861, les exportations 
forcées et artificielles, l’afflux des capitaux étrangers. la 
construction des chemins de fer en dehors des besoins 
économiques réels et — avant tout — les commandes 
formidables et lucratives de l'État, tout ceci maintenait 
l’industrie capitaliste russe en vie, lui imprimait même 
une évolution spécieuse à apparences « normales », telles 
qu'accroissement du nombre des usines, des ouvriers et 
de la production ou concentration des capitaux et des 
ouvriers. Mais cette économie industrielle n’avait pas de 
base nationale. Le paysan, avec sa force d’achat à peu 
prés nulle, ne constituait point de marché intérieur suffi- 
sant (sauf pour les cotonnades après 1861); son économie 
domestique suit son évolution lente indépendamment et 
parallèlement à l’industrie capitaliste : les industries 
domiciliaires occupaient, à la fin du xix° siècle, 4,6 mil- 
lions d'individus contre 2,3 millions d'ouvriers industriels. 
Les vil'es russes, rares et chétives, ne contenaient qu'une 
partie minime de la population totale de l’empire : 3 p. €. 
en 1724, 9 p. c. en 1878, 13 p. ce. en 1897... Pourtant, ce sont 
les villes qui fournissaient des consommateurs à l’indus- 
trie. en dehors de l’État et du marché extérieur. La masse 
du peuple payait en définitive les frais de cette industrie 
factice comme de toute la civilisation urbaine, mais elle 
n'en profitait guère, plongée toujours dans la torpeur, 
dans l’inertie économique et intellectuelle, dispersée sur 
des espaces incommensurables, écrasée sous le fardeau de 
l'État, sous le joug de l’asservissement social et écono- 
mique, plus que jamais hostile aux classes dirigeantes. 
Désespérément étrangère à l’économie nationale réelle, 
l’industrie capitaliste russe, appelée à l'existence par 
l’État absolutiste, était en même temps fatalement entravée 
dans son développement par le même absolutisme soupçon- 


HISTOIRE DE RUSSIE cs 2 A 


neux, arbitraire, désorganisateur, incompatible avec toute 
initiative indépendante et entreprise libre. Sans racines 
dans le passé historique ni dans les réalités nationales 
présentes, l’industrie russe na même pas réussi à créer 
une classe sociale importante et active de bourgeoisie 
moyenne, si Caractéristique pour les civilisations euro- 
péennes modernes. 

La faiblesse constitutive d’une telle civilisation n'était 
masquée que par les dehors brillants d’une puissance 
militaire crainte par l'étranger, car, depuis Pierre I, la 
Russie, en tant qu'État, se trouve définitivement liée à 
l’Europe occidentale aussi bien par des relations diploma- 
tiques, dynastiques ou économiques que par ses guerres et 
par ses alliances. Un autre trompe-l’œil de cette civilisation 
rachitique et disparate cachait encore aux yeux des obser- 
vateurs superficiels l’inconsistance du « colosse russe » : 
une couche mince, mais représentative de gens cultivés à 
l’européenne, ayant assimilé les mœurs et les idées ocei- 
dentales en les poussant parfois jusqu’au raffinement; 
souvent éblouissants par leur génie artistique, littéraire 
ou scientifique, les intellectuels russes, ces fleurs de serre 
sans racines profondes dans le sol natal, donnaient le 
change à l'étranger quant à la valeur et au caractère véri- 
table de la civilisation nationale et s’y trompaient d’habi- 
tude eux-mêmes. Il a fallu l'épreuve fatale de la guerre de 
Crimée pour dessiller les yeux aux présomptueux et aux 
non initiés, pour démontrer enfin au pouvoir absolutiste 
lui-même les dangers de cette civilisation factice, incohé- 
rente et contradictoire. 

Les réformes d'Alexandre II (1861-1874) semblaient 
inaugurer une ère nouvelle pour la vie nationale de Russie, 
L'abolition si tardive du servage, la modernisation de 
l'administration, de la justice, de l’armée, l’ébauche d’auto- 
nomie municipale et provinciale promettaient un affran- 
chissement définitif des forces créatrices de la nation. Le 
rachat des terres seigneuriales nécessaires pour doter les 
serfs affranchis jetait en même temps dans la circulation 
des capitaux considérables qui pouvaient alimenter utile- 
ment la vie économique. Malheureusement, l’absolutisme 
recula devant un suicide volontaire qu’eût été le développe- 


312 | A. ECK 


ment logique des institutions libérales; les réformes 
d'Alexandre II furent mutilées ou reprises. 

La reculade du pouvoir exaspéra ces classes cultivées 
de la nation qui se sont formées durant le xvrr et le 
xix° siècle. sinon nombreuses, au moins pleines d'énergies 
latentes et comprimées. Les intellectuels, privés de champ 
d'action publique suffisant, sans exutoire pour leurs forces 
impatientes, s’exaltèrent aux idéologies de plus en plus 
extrémistes, transplantées de l'Occident en même temps 
que la civilisation urbaine factice. La force matérielle leur 
manquait aussi bien qu’un point d'appui dans la masse du 
peuple, socialement et politiquement inorganisable sur 
une échelle nationale. La classe ouvrière naissante leur 
fournit ce point d'appui et une force matérielle plus facile- 
ment organisable. Le mouvements révolutionnaire, étayé 
de théories socialistes, amène, en conjonction avec de 
nouveaux avatars de la politique extensionniste de l'abso- 
lutisme, ure seconde période de réformes en 1905. Ces 
réformes subissent à peu près le même sort que celles de 
1861-1874. Depuis lors la catastrophe devient inévitable 
dans cet État plein de contradictions économiques incon- 
ciliables, d’anachronismes politiques mortels et de déséqui- 
libre social périlleux. 

Le choc extérieur formidable déclenché par la guerre 
mondiale amena donc cette catastrophe. Les événements 
de 1917-1918 — cataclysme historique et non révolution — 
ont balayé les survivances politiques et sociales néfastes, 
ont détruit la civilisation industrielle factice inaugurée 
par Pierre I, mais ils ont ébranlé à la fois les fondements 
mêmes de l’existence nationale. Si Pierre le Grand — ce 
« bolchévik » avant la lettre — imposa arbitrairement à 
l'organisme économique russe arriéré une forme nouvelle 
et avancée de la production : l’industrie capitaliste, — cette 
forme était déjà réalisée par d’autres nations plus déve- 
loppées; c’est pourquoi la greffe de Pierre [°, artificielle 
et prématurée, a pris tant bien que mal. Les autocrates 
improvisés de la Russie d'aujourd'hui violent le passé 
historique et l’être national au nom des formes écono- 
miques et sociales parfaites peut-être dans leur concept 
abstrait, mais qui se trouvent en antinomie irréductible 


HISTOIRE DE RUSSIE 1 


avec toutes les réalités de la vie russe et — chose beaucoup 
plus grave — qui n'existent encore nulle part de par le 
monde; c’est pourquoi leur œuvre est irrémédiablement 
destructrice et sans aucun avenir possible. Le fondateur 
de l'empire russe a transplanté dans les steppes moscovites 
une fleur de serre. Les destructeurs de cet empire rêvent 
des créations spontanées et réalisent le néant. 


ALEXANDRE ECK. 


LS | ATESIA Aro ne 


québunod sos ads. MARCA EUE 
CR AN CR PRET SARL ETEEPTTE PRIT ESELE EITIQES 
sasoldeihonmaté 48 spé torl 0 | à | 
2üoaba ol il die tds (AA ARE 
Ratio Mn RéEite, ob abs nl 2 Ets 

dot Sautotadon fi arc ae Sn aeuloset sn 
star. at titan, “a PAGE aïtf 


ERIC habite on I FAS PER tou QT FU ENE 


















? 
| | 4 Terry ( | Dérmr L4 LA Ets ; pl: OMR 
i 4 th et Pt Éherte 
! ! l, At ane th reve na 


| | [rer 
1 nc forvi Hat PATINNNSE 
: #07. Le + 
4 To OR ALT 
“ SL di 
é : d'art Tr on DRE NX 
| 7 
L 17224 PQ EE EUX COR ne Fi 
Nous Te Fr Lou vn. 
"a | , HTE TE \É té v it Lh 
" ’ ,.} te 
11 { vf i NTPUE. rA + Hole 


CET EE : Wa n'a + 


# TYALUT ALIEN EL NT EVE 
LEZ MOLUI LES ct ne 
stlon iréuetiient fat vb VER L 
bite ta nn 
À 
| rer | “$s 
FT 4 17 (AL sm \'AATE a 172 
AL. 74 TONI": EU Data vu tiié 


“ LES 


Étel pts ve by ue + am : 

à PE es A fc obc EN Fu HEURE PU CE a 
Via paris né élr Qu : 4 sureté "n SL tu tu sb 
nkounét. Ms be RAM PR ARR Loi ] 

PONT EE (M la Es LCTL É RUES voa 

m6 hr Tan ee EE BA CT LL FALL es sa 


Aie 
{ CHAINE Gmne:4 ge pe eue d 





"10 
. VAN 
ve an à 
n | A "à ou 4 a 
"à … _ ne : a : 
1 à à L'IOn 40 . 
Li ; 
RE er: 
é Ai nn n ' 


MELANGES 


Le nom de la mer Noire en grec ancien. 


Je dois à l’amitié d’un de mes collègues russes, qui 
enseigna à Dorpat (— Juriew, auj. Tartu) avant de suc- 
céder à l’illustre Leskien dans sa chaire de philologie 
slave à l’université de Leipzig, je dois à M. Max Vasmer, 
dis-je, la connaissance d’un recueil de mémoires publiés 
par l’université estonienne (1) Quatre de ces travaux sont 
rédigés en allemand; le cinquième (Quaestiunculae Hora- 
tianae. Scripsit J. Bergman) estécrit en latin; deux d’entre 
eux ont pour auteur M. Vasmer. 

Sous le titre de Studien zur albanesischen Wortfor- 
schung, le savant linguiste propose une centaine d’étymo- 
logies nouvelles, qui viennent, avec assez de bonheur, 
semble-t-il, corriger et compléter le dictionnaire étymolo- 
gique de la langue albanaise publié il y à quelque trente 
ans par Gustave Meyer (en all., Strasbourg 1892; c’est le 
même Meyer à qui nous devons une excellente Griechische 
Grammatik. 1880-1886-1896). Il n’y a pas lieu ici d’y 
insister, ces études sortant de notre cadre. 

Mais où M. Vasmer nous intéressera vivement, c’est 
dans son explication toute nouvelle et pourtant simple de 
TTévros Ed£eavos (Osteuropäische Ortsnamen, page 8 suiv.). 
« Mer hospitalière », qu’elle soit antiphrastique ou non, 
est une appellation étrange, qui n’a d’analogue en aucune 
partie du monde. Or, Pline le naturaliste (NA, VI, 1) et 
Ovide (Tristia III, 13, 27 sq. 1V, 4, 55 sq. V, 10, 13) nous 
révèlent la dénomination plus ancienne de Axinus («ab 
inhospitali feritate ») Axénus. "Afavos se rencontre chez 


(1) Eesti vabariigi Tartu ülikooli toimetused. Acta et commentationes uni- 
versilalis Dorpatensis. B. Humaniora. 1. Tartu 1921. In-80. 


99 


+ 


316 MÉLANGES 


Pindare, Euripide, Strabon et d’autres. Or, il y a là tout 
simplement un phénomène d’étymologie populaire et la 
forme grecque n’est en fait que la transcription d’un ad- 
jectif avestique ayshaëna « de couleur sombre », qui s’est 
conservé dans tous les dialectes modernes de l'Iran (pour 
désigner le pigeon) et qui se rencontre dans d’autres noms 
géographiques. L’emprunt a dû se faire par la voie scythe; 
la langue des Scythes était iranienne, et la mer Noire 
était la mer de Scythie pour Théocrite, Lucain, Ausone, 
Sénèque, etc. 

Quant à sa coloration d’un noir bleuâtre, resp. noire, 
elle avait frappé les anciens depuis Euripide (TTévros uékaç 
Iph. Taur. 107); cf. le grec moderne Maupn 8ü\aooa; et 
Baedeker. Russland, confirme qu’elle est « blauschwarz ». 

La transcription &£eivos du mot iranien devait fatalement 
se confondre en ionien avec G£evos « inhospitalier »; dès 
lors, elle devait frapper l’esprit du marin et l’on pouvait 
en même temps craindre qu’elle n’indisposât la divinité de 
la mer ; l'euphémisme prudent devait intervenir et la puis- 
sante expansion coloniale des Grecs dans ces régions allait 
en quelque sorte justifier la dénomination nouvelle d'«hos- 
pitalière ». 

La thèse défendue par M. Vasmer me paraît de tous 
points irréfutable. 

L'auteur n’est pas moins heureux quand il nous expose 
ses vues sur l’étymologie du nom de la Pannonie. C’est la 
région du lac Balaton, all. Plattensee, slovène Blatno 
jezero « lac marécageux, Sumpfsee ». Une série de noms 
de ville en -ona (Salona, du nom du sel, Narona, du nom 
de la rivière Nar, etc.) en domaine illyrien permet de 
tirer Pannonia d’un nom de lieu *Pannona « ville du 
marais. Sumpfstadt »; cf. vieux prussien pannean « ma- 
rais », gallois anam « paludem » (on sait que les langues 
celtiques perdent tout p primitif, cf. lat. pater. vieil irlan- 
dais athir), gothique fani « boue, fange, all. Kot », vieux 
haut-allemand fenna, fenni « marais » etc...., et j'ajouterai 
franc. fange, wallon fagne. 

Enfin la Carniole (Carniola, Carniolia, chez Paul le 
diacre) est le diminutif de Carnia, duché frioulan, qui 
semble évoquer le vieil irlandais et gallois carn « tas de 


MÉLANGES Gi 


pierres »; ce serait « le pays rocheux ou pierreux », 
« Stein- oder KFelsland ». L’allemand Xrain serait une 
modification par étymologie populaire, peut-être sous l’in- 
fluence du slave kraj « pays, bord. » Le slovène Kranjsko 
ne s'oppose en rien à l’étymologie susdite, qui cesse de 
surprendre dès que l’on songe que Vindobona « Vienne » 
est un nom celtique. 
EMILE BoisAcCQ. 


} 
£ 


La patrie de la 
« Ewa Francorum Chamavorum ». 


Dans les Bydrag'en voor Vaderlandsche Geschiedenis en 
Oudkheidkunde, 5° série, vol. IX (La Haye, Nijhoff, 1929), 
p. 161 et suiv., le savant historien du droit, le prof. Fruin, 
archiviste-général du Royaume des Pays-Bas, étudie à 
nouveau Ja question indiquée dans le titre ci-dessus. 

La loi des Francs Chamaves, dite anciennement Notitio 
vel commemoratio de illa ewa quae se ad Amorem habet, a 
depuis longtemps donné lieu à de nombreuses controverses 
entre savants. L'auteur commence par les passer en revue. 

Les premiers historiens qui s’en occupèrent, y virent un 
capitulaire de Charlemagne, le Capitularium tertium 
‘anni 813, mais Pertz dans son étude Ueber das Xantener 
Recht (Phil. und hist. Abh. der Koen. Akad. der Wiss. 
Berlin 1846), lui restitua le premier sa véritable significa- 
tion en prouvant que c'était une notice sur le droit usuel 
d’une tribu franque. Pour différentes raisons Pertz pensait 
que cette tribu avait comme lieu d'habitation le pays de 
Xanten sur le Rhin. Gaupp, reprenant ces études (Lex F. 
C. oder das vermeinte Xantener Gaurecht Breslau, 1855), 
combattiv cette opinion de Pertz en prouvant notamment 
qu’un pagus Xantensis n'avait jamais existé; pour lui la 
patrie de l'ewa c’est Hamaland, le pays des Frances Cha- 
maves. Schrôder (Die Heimat der lex Chamavorum, dans 
Monatschr. für die Gesch. Westdeutschl. ausg. von R. Pick 
VI, 1880) et d’autres auteurs admettent la thèse de Gaupp, 


318 MÉLANGES 


et Schrôüder développa celle-ci en déduisant de différentes 
données que tout le pays au nord du Rhin (Hamaland, 
Twente et Drente) avait eu le droit ripuarien (chamavien), 
celui au sud de ce fleuve le droit salien. Le nom Amor se 
retrouverait dans les noms des villes d’Amersfoort et 
d'Amerongen. 

Ce furent Fockema Andreae (Bijdragen tot de Ned. 
rechtsgeschiedenis IV)et Mayer-Homberg {Die fränkischen 
Volksrechte in Mittelalter T. 1912), qui les premiers émi- 
rent des doutes sur l’exactitude de toutes ces assertions. 
M. Fruin les reprend et en ajoute d’autres; voici son argu- 
mentation. 

L'auteur attira l’atteution sur le mot Amor, qui d’après 
le contexte de la loi doit être le nom d’une rivière; il est 
donc fort douteux qu’on retrouve ce mot dans le nom du 
pagus Hamaland qui n’est écrit Hamarland qu’une seule 
fois, dans une ligne des Annales Bertiniani. En plus, il est 
fort improbable qu’à l’époque carolingienne ce pagus était 
encore habité par les Chamaves; pas plus que les Saliens 
n’habitaient à cette époque exclusivement le Salland (pagus 
Salon) voisin. Enfin ni le Twente, ni Drente, n’ont jamais 
fait partie du pagus Hamaland. Quand au nom de Amers- 
‘oort, le r y a été ajouté après coup (pour l’euphonie), mais 
il signifie un « voorde » (gué) sur la rivière Eem. 

D'un autre côté, le texte en question dit expressément 
que le pays auquel la loi est applicable est voisin immédiat 
d’un pagus Mashau. Celui-ci ne peut être que soit le Masa- 
lant inferior, soit le M. superior. Ce dernier {le Limbourg) 
ne peut guère être visé, car l’auteur remarque fort juste- 
ment qu'aucun nom n’y rappelle le mot d’Amor. Par contre 
il trouve dans le M. inferior, dans l’Alblasserwaard actuel, 
l'endroit Ammers, où il existait déjà en 1235 un tonlieu 
comtal, Ammerstol, sur la Lek. Il est donc probable que 
Amor fût un des anciens noms du Lek, et que le territoire 
où l’ewa en question était de vigueur füt l’Alblasserwaard, 
qui — de plus — n’a jamais fait partie d’un autre pagus 
connu. 

L'auteur aurait pû ajouter à tous ces arguments que le 
pays à l’est de Dordecht (l’Alblasserwaard) a été durant 
tout le moyen-âge, et même après, régi par un droit bien 


MÉLANGES 319 


distinct de celui du pays à l’ouest de cette ville. Peut-être 
aurait-iltrouve, en comparant ces deux droits, denouveaux 
points d'appui pour sa thèse ? 

H. OBREEN. 


La charte de Bornhem de 1258. 


En 1612 David Lindanus publiait dans son ouvrage 
De Teneraemonda libri tres (1), probablement d’après une 
copie conservée dans les archives de ia famille Coloma, la 
charte octroyée le 6 février 1258 par Gui de Dampierre, 
comte de Flandre, aux habitants du village de Bornhem (?). 
Ce prince y stipulait que dorénavant les hommes de la 
« vierschaer » de Bornhem devaient aller en chef de sens 
auprès des hommes de fief de la cour du Vieux-Bourg, 
siégeant devant le château comtal de Gand. À la suite de 
ce document, et également d'après les archives de la 
famille Coloma, Lindanus éditait la charte de franchise 
concédée en mars 1229 aux habitants de Baesrode-Sainte- 
Marie () par le châtelain de Gand, Hugues II. Notre au- 
teur passe de l’un à l’autre document par la petite phrase 
suivante, qui sert uniquement de transition : Leges etiam 


(:) Davidis Lindani Gandavensi*, de Teneraemunda libri tres, Antverpiae, 
1612, in-4°, p. 234. 

(2). Bornhem, com. de Belgique, province d'Anvers, arr. de Malines, cant, 
de Puers. La seigneurerie de Bornhem, quoique située sur la rive droite de 
l’'Escaut dans le duché de Brabant, faisait partie du comté de Flandre. C'était 
un alleu, aux mains des châtelains de Gand. Huges II le vendit à la comtesse 
Marguerite de Flandre en 1250. (L. Van per KinperE, Histoire de la formation 
territoriale des principautés belges au moyen âge, 1, p. 113, 227, 228, 248.) 
Cette seigneurie fit partie de l'apanage donné par Robert de Béthune à son 
fils Robert de Cassel. (Sant GENots, Inventaire des chartes des comtes de 
Flandre, n° 1359.) Erigée en comté en faveur de la famille de Coloma en 1658, 
elle était alors considérée comme une des dix-sept châtellenies de Flandre 
(Best, Bornhem, sa chätellenie, son château, ses seigneurs. — Annales du 
Cerele archéologique du pays de Waes, t.VI, p. 351). Elle possédait plusieurs 
villages à clocher, tels que Bornhem, Hinghene, Baesrode-Sainte-Marie ou 
Mariekerke, quatre « vierschaer », à Bornhem, Hinghene, Mariekerke et 
Opdorp. (BEsr, op. cit., p. } 02.), et un château à Bornhem. 

(%) Actuellement Mariekerke, com. de Belgique. prov. d'Anvers arr. de 
Malines, cant. de Puers à distinguer de Baesrode-Saint Amand (act, Saint- 
Amand) et de Baesrode proprement dit. 


320 MÉLANGES 


et Libertatem quas aliquot ante annis Maria Kercae incolis 
Hugo de Gandavo Castellanus Gandensis dedit, Antiqui- 
tatis inter esset, nisi hic darem. Sunt autem hae : ... (1). 

Sanderus (?) ne fit que mentionner la charte de Born- 
hem de 1258, mais édita, d'après Lindanus, celle de Baes- 
rode-Sainte-Marie, qu’il fit précéder de la phrase Leg'es 
etiam... hic darem. Sunt autem hae, copiée textuelle- 
ment du même Lindanus. 

Warnkônig, dans sa Flandrische Staats-und Rechtsg'e- 
schichte (%}, publia également la charte de Bornhem, et la 
fit suivre de cèlle de Baesrode-Sainte-Marie, toutes deux, 
encore une fois, d'après Lindanus, alors qu’il aurait pu 
savoir qu'il existait des copies anciennes de ces deux docu- 
ments aux Archives départementales du Nord et aux 
Archives de l'Etat à Gand (4. Mais par une inadvertance 
vraiment étonnante chez un savant très remarquable, 
Warnkônig a cru que la petite transition Leges etiam.… 
hic darem. Sunt autem hae, qui, ainsi que nous l’avons vu, 
est de Lindanus, et ne servait dans l’esprit de cet auteur, 
qu'à relier ces deux documents différents, faisait partie 
intégrante de ceux-ci. En conséquence, il a fondu en un 
seul acte la charte de Bornhem et celle de Baesrode-Sainte- 
Marie (5). I1 s'est donc imaginé qu’en 1258, non seulement 
Gui de Dampierre assignait la cour féodale du Vieux 
Bourg, comme chef de sens aux hommes de Bornhem, 
mais aussi que ce prince reportait sur les habitants de 


(1) Suit alors le texte de la charte de Baesrode-Sainte-Marie. 

(?) A. Saxperus, Flandria illustrata sive descriptio comitatus istius, 
(2° édition, Hagaecomitum, 1782) t. LI, p. 2538. 

(5) L. A. WarnkôüniG, Flandrische Staats- und Rechtsgeschichte, Zweiten 
Bandes, Zweite Abteilung, (Tübingen, 1837) Preuves, n° CCXXXVII, p. 239. 

(*) Charte concédée à Bornhem en 1258 : Archives départementales du 
Nord, Chambre des Comptes, B 1342, n° 1198bis. Charte concédée à Baesrode- 
Sainte-Marie en 1229 : Archives départementales du Nord, Chambre des 
Comtes, B 1242, n° 494, et Archives de l'Etat à Gand, Chartes des comtes de 
Flandre, fonds Saint-Genois, n° 33 (Vidimus délivré en 1384 par le curé de 
Baesrode-Sainte-Marie). 

(°) Pourtant dans Lindanus, ces deux actes sont matériellement bien dis- 
tincts : tout d’abord la petite phrase Leges..…, etc., ainsi que les chartes, sont 
imprimées en caractères différents, ensuite les dèstinataires ainsi que la prove- 
nance de chacune des deux pièces sont chaque fois indiqués dans la marge. 


MÉLANGES 824 


cette localité, la franchise accordée quelques années au- 
paravant (1229) au village voisin de Baesrode-Sainte- 
Marie Et cet acte bizarre, d’une forme si nouvelle pour 
les diplomatistes, il l'analyse en ces termes : « Die Keure 
» von Mariakerke, erlassen von Hugo, Castellan von 
» Gent im Jahre 1218 (1), übergetragen auf das Dorf 
» Bornheim, ertheilt vom Grafen Guido von Flandern. 
» Im Februar 1957 (?). » Enfin, jouant de malheur, Warn- 
kônig, dissertant sur son étrange charte, déclare : « Bor- 
» hem ertheilte Graf Guido eine Keure im Jahre 1957 
» Es war die, welche 1228 der Castellan Hugo I (3) von 
» Gent seinen Leuten in Marienkerke (einem Dorfe längs 
» -des Landes von Gent nach Brügge, zunächst jener Stadt 
» gelegen) ertheïlt hatte (#). » Trompé par la forme 
actuelle « Mariekerke » donnée à Baesrode-Sainte-Marie, 
il à donc confondu cette localité avec le village de Maria- 
kerke, près de Gand (), erreur étrange puisque le texte 
édité par lui-même porte villam de Basserode Sanctae 
Mariae (°). 

Nous possédons — nous l’avons dit plus haut — des 
copies anciennes de ces deux documents. Nous avons donc 
pu comparer la copie de la charte de Bornhem, conservée 
aux Archives départementales du Nord, avec l’édition de 
Warnkônig (7) : il est quasi inutile de dire que cet acte 


(1), Lisez 1228 (a. st.) ou 1229 (n. st.). 

(2) 6 février 1258. 

(*) Lisez Hugo II. Hugues I d'Encre était châtelain en 1139. Hugues IL, sei- 
gneur d'Heusden, époux d’Ode de Champagne, est châtelain de 1227 à 1232. 
(W. BLommaERT, Les Châtelains de Flandre (Gand, 1915.) p. 47 et 51.) 

(4) WarnkÔNIG, op cit., IL?, p. 152. 

(5) Mariakerke, com. de Belgique, prov. de Flandre Or., cant. et arr. de 
Gand. 

(6) Quelques pages plus loin (Jbid., Preuves, n° CCXXXIX, p. 244), Warn- 
kôünig édite la keure octroyée au village de Saint-Amand (Baesrode-Saint- 
Amand) en 1266. Commettant une bévue semblable, dans l’analyse qui précède 
son édition, il intitule ce village « Mariakerke-Baserode » ! 

(7) M. Bruchet, archiviste du département du Nord, a bien voulu collationner) 
pour nous la copie du xrve siècle conservée dans son dépôt (B 1342, no 1198bis 
avec le texte de Warnkônig. Les divergences sont assez importantes. On 
trouve par exemple dans la copie : «...super judiciis suis habenda. Promit- 
timus eciam eis quod cum ad dictum locum venerint pro instructione consimih 
habenda, quod nos homines...» et dans Warnkônig : « ., super judiciis suis 
habenda : quando nos homines... ». 


> MÉLANGES 


ne contient que l’obligation d’aller en chef de sens à la 
cour comtale du Vieux-Bourg, siégeant devant le château 
de Gand, et qu'on n’y trouve aucune allusion à la franchise 
du village voisin(1)}, Jamais la franchise de Baesrode- 
Sainte-Marie n’a donc été concédée à Bornhem. Ces deux 
localités n’eurent de commun que leur situation dans une 
même seigneurie. Juridiquement elles différaient fort. 
Bornhem conserva jusqu’au xv° siècle sa «vierschaer » 
composée d'hommes de fief. Ce n’est qu’en 1450 que 
Philippe le Bon, voulant remédier à la façon défectueuse 
dont ceux-ci rendaient la justice, autorisa le comte de 
Saint-Pol, seigneur de Bornhem, à leur substituer un 
banc échevinal (?). Par contre, Baesrode-Sainte-Marie ou 
Mariekerke, était une terre franche depuis la concession 
de la charte de 1229. Elle possédait un banc d’échevins, 
ainsi que des bourgeois (*), et même, du moins au xiv*siècle, 
des bourgeois forains (4)! 

Nous avons cru que cette rectification s’imposait, certain 
de nos historiens modernes s’étant déjà laissé induire en 
erreur par Warnkônig (°). 

HENRI NOÉ. 


(1) La meilleure édition de la charte de franchise de Baesrode-Sainte- 
Marie est celle du comte pe LimBurG-SriRuM, Coutume de Termonde, p. 256, 
d’après la copie conservée aux Archives du Nord (B 1342, n° 494). 

(2) L. Mes, Geschiedenis der gemeente Hingene, Gand, s. d., in-8, p. 426 et 
suiv. Le village de Hingene, faisant également partie de la seigneurie de 
Bornhem, reçut aussi des échevins, par le même acte. 

(3) I sont cités dans la charte de 1229 (LimBurG-STIRUM, 0p. cit, p. 256-257). 

(+) Arch. de l'Et. à Gand, Chartes des comtes de F1., fonds Saint-Genois, 
n° 159. Prisée des terres données en apanage à Robert de Cassel (7 sept. 1318), 
à l'article de la Sie de Bornhem : «It., en la ville de Basseroude doit chascune 
» masure maisonnée deux souls par. et deux chapons chascun an au sein- 
» gneur... Encore y a il bourgois qui residaument ne sont mie en la dite 
» ville, ainz vienent en la ville et revont au leur quant il voelent, et qui pour 
» ce, ne usent mie mains ne ne doivent user de la franchise de la dite ville, 
» et qui ensi et tant paient Comme li résident au lieu... It., pour les chapons 
» de ces forains bourgois, dont il en a mis en pris quarante et quatre...» etc. 

(5) W. BLommAERT, 0p. cil., p. 67-63. De plus, l'interprétation de cet acte, 
donnée par M. Blommaert, ne nous semble pas exacte. Il déclare que d’après 
notre document « les hommes du comte au village de Bornhem sont tenus de 
citer en justice ou de se faire juger à la cour castrale de Gand... .».(Ibid., p.67). 
Les mots «homines de Bornhem » désignent ici, croyons-nous, non les habi- 
tants de Bornhem, mais les hommes jugeurs de la cour de justice de cette 


MÉLANGES 325 


Une princesse namuroise 
sur le trône de Norvège. 


Dans un article récent ({), M. H. Koht, l'historien nor- 
végien bien connu, fait une étude sur un mariage princier, 
qui n’est pas sans intérêt pour les Belges, l’une des parties 
contractantes étant une princesse belge. Il s’agit du roi de 
Norvège, Magnus Eriksson, qui épousa, en 1335, Blanche 
de Namur. Les historiens norvégiens se sont souvent 
demandé pourquoi le roi avait choisi cette princesse, « que, 
disait P. A. Munch, dans sa Norges Folks Historie (His- 
toire du peuple norvégien), il n'avait probablement jamais 
vue, et qui n’appartenait pas à une des grandes maisons 
princières ». Munch en était réduit à faire quelques conjec- 
tures, qu’il ne pouvait pas soutenir très sérieusement. Il 
pensait que pendant la croisade contre les païens slaves à 
laquelle assistèrent, précisément en 1335, les frères de 
Blanche, Jean et Philippe, ceux-ci auraient pu faire la 


localité. C’est à ceux-ci que le comte donne « {alem libertätem, videlicet quod 
ante castrum Gandense inquisitionem (jussionem, d'après Warnkônig) seu 
instructionem super judicis suis petant, et quod ad aluim locum quam ante 
castrum Gandense à nobis vel servientibus nostris duci seu citari non possunt 
pro instructlione super judiciis suis habenda...». 11 Teur assigne donc comme 
chef de sens la cour du Vieux-Bourg de Gand. C'est à ce tribunal que les 
juges de Bornhem devront recourir pour avoir un avis sur les sentences qu'ils 
se croient incapables de prononcer eux-mêmes («pro instruclione super judi- 
ciis suis »). La suite de l'acte démontre bien qu'il s’agit d’un recours au chef 
de sens : le comte leur promet que lorsqu'ils se présenteront devant la cour 
comtale « pro instructione consimili habenda » ; ils y trouveront des hommes 
« qui ipsos instruent, et judicium eis dabunt ». 11 termine en disant : « feoda, 
hereditates et catalla illo modo partiri debent homines de Bornhem, quo ante 
collationem istius libertatis partiri consueverunt. » (Les citations sont faites 
suivant la copie des Archives du Nord.) La charte de Bornhem constitue donc 
un des textes les plus anciens où il soit fait mention du recours au chef de 
sens en Flandre. (Cf. les textes cités par J. LAMEERE, Le recours au chef de 
sens [Discours de rentrée de la cour d’appel de Gand] Bruxelles, 1881.) De plus, 
dans un « Rapport sur les coutumes de l’ancienne Flandre », travail manuscrit 
conservé à la Bibliothèque de l’Université de Gand (G. 27, fol. 49), qui nous 
a été signalé par notre collègue M.-J. Denys, A.-E. Geldolf non seulement 
distingue bien les deux actes, mais aussi interprète la charte de Bornhem 
ainsi que nous l'avons fait. 

(:) Hazvran Kour, « Mägnus Erikssons giftermaal med Blanche av Namur ». 
Extrait de Historisk Tidsskrift (Christiania), série 5, tome V, 1923. 


924 MÉLANGES 


connaissance du duc Albert de Mecklenbourg, fiancé 
depuis 1321 à Euphémie, sœur de Magnus. Le mariage 
aurait été conclu alors par l'intermédiaire du due Albert. 
Munch supposait encore que les seigneurs de Namur 
avaient pu revenir par la mer Baltique et rencontrer eux- 
mêmes le roi Magnus ou en Norvège ou dans le sud de la 
Suède. 

Ces conjectures ne résolurent pas la question que 
M. Koht vient de reprendre. Il cherche à établir d'abord 
que Blanche de Namur était membre d’une très importante 
maison princière, qui appartenait à un parti déterminé 
dans la politique européenne, et ensuite qu'il est possible 
que le roi Magnus ait vu la future reine avant le mariage. 
Son travail à été fait à l’aide de sources qu’il a pu consul- 
ter pendant un séjour à Bruxelles, car la plupart de ces 
sources ne se trouvent dans aucune bibliothèque norvé- 
gienne. 

Pour montrer l'importance de la famille de Blanche, il 
en dresse l’arbre généalogique. Il suffira ici de rappeler 
que Blanche était la fille de Jean de Namur (fils de Guy de 
Dampierre) et de Marie d'Artois. Par ses parents elle était 
donc liée à un grand nombre de souverains européens, et 
pouvait faire remonter l’origine de sa famille à Charle- 
magne, ainsi qu'aux empereurs latins de Constanti- 
nople (!). 

Quant à la possibilité d’une entrevue entre le roi Magnus 
et Blanche avant le mariage, il y a quelques faits qui 
semblent indiquer que le roi aurait voyagé lui-même en 
Flandre. En effet, Louis de Nevers, comte de Flandre, a 
donné, le 12 février et le 14 juin 1334, des passeports à 
deux ambassadeurs du roi Magnus auprès du roi de 
France. De plus, le même comte Louis, le 14 juin 1334, a 
donné un passeport permettant au roi Magnus lui-même de 
traverser la Flandre. Maïs les chroniques norvégiennes ne 
donnent aucune indication sur ce voyage du roi, et d’ail- 


(+) Pour ces constatations, M. Koht à employé, entre autres ouvrages, l’His- 
loire du comte de Namur, de Jules Borgnet (Bruxelles, 1851) ; L’administra- 
tion et les finances du comté de Namur, de D.-D. Brouwer (Namur, 1913) et les 
articles sur Gui Il, comte de Namur, d'Ed. Niffle-Anciaux, qui parurent dans 
les Annales de la Soc. arch. de Namur, t. XVIII et XIX, en 1889 et 1891. 


MÉLANGES PAS 


leurs le passeport ne prouve qu’une intention de se rendre 
à l’étranger. Néanmoins, il est fort possible qu'il ait 
voyagé cette année-là, car précisément au printemps 
de 1334, il a nommé des drottreter (régents) aussi bien pour 
la Norvège que pour la Suède. Mieux encore, on ne sait 
rien des mouvements du roi pendant l’été de 1334. Il est 
bien naturel de penser qu’il était hors du pays pendant que 
les régents exercèrent le pouvoir. Le but du voyage peut 
fort bien avoir été de chercher une reine. La recherche 
d’une princesse française semblera d’autant plus probable 
quand on songe que le grand-père de Magnus avait lui 
aussi tenté de négocier un mariage avec une noble dame 
française. Enfin, remarquons que précisément au moment 
où Magnus reçoit son passeport, le comte de Flandre 
donne la permission au comte Jean de Namur et à ses 
frères Guy et Philippe de se rendre en Flandre. Il est tout 
à fait probable, selon M. Koht, que Magnus a rencontré 
ceux-ci en Flandre, qu’il y a vu leur jeune sœur Blanche et 
arrangé le mariage. 

Ainsi, conclut M. Koht, les sources belges aident à 
mettre en lumière une période obscure de l’histoire interne 
de la Norvège et à éclairer les circonstances du mariage 
du roi. 

Sans doute les suppositions de M. Koht sont quelque 
peu hypothétiques, mais à défaut d'indications plus pré- 
cises, on conviendra aisément que son œuvre donne la 
meilleure explication possible des relations entre les sou- 
verains de Norvège et de Flandre. 

ROLF JOHANNESEN. 


2” re TP JU " ‘ D Ua LETEr j La bre) L 


re POP - ) : L 
4 as 4 VPN pe 























CALE DEP PNTU TER LIFE MeE st Moatf ù 
PE TP fr cldtesetp téreft Ham lt br tr 
CN OEM CRT TT Hire Nat PUMA 
toire RATE Fra) AT 2) cas OURS “a 
pur ot ne Géroidé Roth et 
PTS Li, hi PE REA ET ARS Fi : 
y) M LA AR 2 És SA LUI FER sf 1} RAD TE ep. 42 
AUS NU NAIL STI HUE St Ce ï For 
Gode ten at ae Moon UE RTE 
an it ot Qt eE Li k AUTRES Louer PURES 
Font da AE. SP TRE Ebre ÿ au sh 
deb tit af 287 EN o AN ETES ANNE MST 
D Med D À DATÈME sait HIRE EUU p'Hutré Re 
Messe hrs RTE 5#8g HUE itse. 2 
bave CR en RE sine en sidi dent UE 
tot de LE cbhe le arritétr AA DCE fl 

Ï SHON  MHINR IA T0 SÉTN RENE, LA Ar mc 
È SE 4 ro AE TS AN tr if Virton À Ua 

AR dr 4 
Laon bebis Direh ©» SA aa of AT AIME 
AU EL UE NOR LUE) MIT oo ra Nr ENTOT 
sr: + “ Want by LES Ë ‘se # 1! 


” 
pa 
rt 
7 
à 
= 
x 
es 
Re 


HOTEL NA HA A TÉL HT 7 0 

ei autel 9 TM SIN Ne sn, 

dite ver Ep es hf YEN URE” AHAEEES 
bo ast"4n ait TE Dfel iiroit to TRES 

ete Harris D 30 BB TAU) vi 

UE 


va) CA “+ Le : k &: 3 
165,8 4 A16:)} 1tiw PA 4 


4 AE ITS CUT ME M, Ont Ms 1 ny il nn 
térha Nat * Wa manne on ele a adendt dira eut + Re TEIMl LL L. 
’ | ons dent 20 CA Fe om H: 8 Ent it 
| MO AT UND Aile 


at, Cr À. ue Aaitiou, © ii RUE ET 
L 


COMPTES RENDUS 


Anatolian Studies presented to Sir WiLziAM MIiTCHELL 
Ramsay, edited by W.H. Buckler and W. M. Calder. 
Manchester, at the University Press. 1923. Un vol. grand 
in-8° de xxxVi11-480 p. et 11 pl. hors texte. 


À l'occasion de son soixante-dixièmeanniversaire, un groupe 
de savants anglais, français (MM. Chapot, Haussoullier, Radet, 
S. Reinach), belges (MM. Fr. Cumont, H. Delehaye, H. Gré- 
voire), allemands, auxquels s’est joint M. Rostovtzeff, a offert 
au vénérable explorateur de l'Asie Mineure un fort beau 
recueil de trente-deux mémoires singulièrement intéressants, 
qu'il s'agisse d’épigraphie, d'archéologie, de linguistique, de 
numismatique, d’hagiographie, ou que l’auteur se soit réservé 
l'examen de telle question relative à l’histoire politique et à 
la géographie anatoliennes. 

Ne pouvant analyser ici ces travaux ni même les indiquer 
tous, nous voudrions tout au moins en signaler trois ou quatre, 
ceux-là même qui touchent à la linguistique (1). 

M. W. Arkwright commente des épitaphes Zyciennes. On 
n'ignore pas que l’idiome de la Lycie, qui est isolé, a jusqu'ici 
gardé son secret. D'aucuns ont voulu y voir un dialecte indo- 
européen, M. Kalinka le tiendrait pour une langue mixte. 
M. Arkwright signale aussi l'opinion qui en fait une langue 
«appartenant à une famille distincte de l’indo-européenne, 
mais néanmoins apparentée à celle-ci >», une langue « cousine » 
et non une langue « sœur » des nôtres. Avec une sage réserve, 
il ne se prononce pas et réclame une étude plus approfondie, 
dont il ne dissimule pas les difficultés. 

M. J. Fraser s'attaque à un problème analogue. Passant en 
revue les opinions qui ont été émises quant à l'origine et à la 
parenté du Zydien, il croit à des rapports plus ou moins étroits 


(1) La Revue a publié le contenu des Mélanges Ramsay, p. 192 <q. 


328 COMPTES RENDUS 


avec l’étrusque, et que l’un comme l'autre idiome appar- 
tiennent à la même famille que les langues caucasiques 
(vers 1898, l'illustre Vilh. Thomsen avait rattaché l'étrusque 
au groupe des langues lesghiennes); considérant ensuite qu'une 
des acquisitions récentes de la linguistique est la reconnais- 
sance du fait qu’une langue peut être influencée par une autre 
quelconque (même allogène), non seulement dans son vocabu- 
laire, mais dans sa morphologie et dans sa syntaxe, il pense 
qu'à une époque reculée, le lydien a été influencé par une 
langue indo-européenne: ce serait donc exactement le cas 
du hittite, qui, n'étant pas indo-européen (1), a toutefois subi 
dans une mesure plus ou moins large le contact d’un idiome 
indo-européen. 

Cette influence sur le lydien a-t-elle été directe? A-t-elle 
pu s'exercer grâce au hittite et à travers celui-ci? La question 
que je pose ne semble pas susceptible de réponse actuellement 
et un des mérites de M. Fraser est à coup sûr la sobrièté de 
son analyse et de ses conclusions. 

Le XX VIII mémoire est consacré par le vénérable pro- 
fesseur A.-H. Sayce aux langues d’Asie Mineure. (On aura 
rencontré en cours de route deux utiles contributions : The 
Hittites and Egypt, de H.R. HALL, et The Hitlite monu- 
ments of Southern Asia minor, de D.-G. HogarTx.) M. Sayce 
y traite de la langue des tablettes en cunéiforme trouvées 
à Boghaz Keui, capitale cappadocienne de l'empire hittite, 
« langue littéraire artificielle d’un caractère mixte. Des élé- 
ments indo-européens, sémitiques et même sumériens, s'y sont 
incorporés, non seulement dans son vocabulaire, mais même 
dans sa grammaire ». Le professeur Hrozny (Die Sprache der 
Hethiler, Leipzig, 1917) eut tort, dit-il, de la croire indo-euro- 
péenne ; le D' Forrer pense que le hittite dérive d'une langue 
sœur de l’indo-européen commun (cf. une des opinions émises 
plus haut à propos du lycien). Dans ses éléments essentiels, 


(t) Le livre plein d’ingéniosité et d’érudition de M. Car MARSTRANDER, 
Caractère indo-européen de la langue hittite, Christiania, 1919, ne m’a pas con- 
vaincu; je n'ai pu me résoudre à admettre autre chose qu'une influence, très 
forte si l’on veut, d’un parler indo-européen; il reste bien curieux que les 
vocabulaires ne coïncident ou ne semblent coïncider en aucun point. Quant 
aux travaux, que je crois Capitaux, de M. Hrosny (1915 et suiv.), je déplore 
que des circonstances fâcheuses m’aient privé de la joie de les connaître. 


COMPTES RENDUS 329 


poursuit M. Sayce, le hittite demeure asianique ; il a emprunté 
à l'assyrien littéraire; d'autre part, des contacts géogra- 
phiques ont eu pour conséquence des emprunts aux langues 
indo-européennes, et la réciproque s’observe : le grec isolé 
xwp est l'emprunt hittite eskhar iskhar «sang», et kouuôç 
(pour okouuôç) « chant accompagné de musique» est égale- 
ment hittite, cf. iskhami-yazi « il chante »; l’homérique aia 
«terre » est le hittite aiva «le sol» et oivos, vinum, sont le 
hittite winis yanis (1), mais wddûâr « parole ». wera « ciel » 
sont indo-européens; pour d’autres mots on ne sait où est 
l'emprunt : £skhu « verser » : grec xéw (?). 

. Toutes proches de ce hittite sont la langue d’Arzawa et 
celle de Luva ou Luya, mais le proto-hittite du Dr. Forrer 
est totalement différent des dialectes précédents: c’est une 
langue préfixale : Zé-binu «ses fils », sé-binu « tes filles »; 
langue de la dynastie qui régnait avant le transfert de la capi- 
tale à Khattusas (Boghaz Keui), elle mérite avant toute autre 
le nom de hittite (khattoli). 

D'autres parlers prêtent à des considérations d'intérêt secon- 
daire. 

En fait, l'Asie Mineure, comme plus tard le Caucase, a été 
le carrefour d’une quantité de langues non apparentées entre 
elles. Mais les emprunts et les échanges ont dû être nombreux 
dés que le commerce ou la guerre firent franchir l’obstacle 
qu'opposaient montagne ou rivière. Les mots voyagent d’un 
bout à l'autre de la péninsule (vin, métaux) ou même s’intro- 
duisent dans les langues sémitiques : l’hébreu yâyin. l’assy- 
rien #nu « vin > viennent d'Asie mineure et l’hébreu kohen 
« prêtre » n’est que le hittite gaennas, cf. lydien Kaveiv et 
Raves. 

« Là où les barrières étaient faibles ou inexistantes, l’in- 
fluence d’une langue sur une autre a dû s'exercer de trés 
bonne heure, et c’est de la sorte que nous pouvons nous rendre 
compte des similitudes entre le hittite et les vocabulaires, 
ainsi que la grammaire de l’indo-européen occidental, plus 
spécialement dans le cas du grec... Des tribus parlant des 


(t) L'arménien a yini, où g est issu de w; il peut y avoir eu ici emprunt 
indépendant des quatre langues (et de l’albanais véna issu de woind) à une 
même langue méditerranéenne ou pontique ; voir mon Dict. étym., S. vV. oivoc 
et la bibliogr. 


330 COMPTES RENDUS 


langues indo-européennes, de la branche orientale comme de 
l'occidentale (1), ont vécu jadis, non seulement sur les côtes, 
mais aussi sur les hauts plateaux de l’Asie mineure, et c’est 
en Asie mineure que nous devons chercher leur développe- 
ment, sinon leur origine. » 

Le mémoire m'a paru plein d’intérêt; la conclusion appelle 
peut-être quelques réserves. 

ÉMize Boisaco. 


F. Boulenger. I. Æssai critique sur la syntaxe de l'Empereur 
Julien (Xx11-266 p. — 25 fr.). — I]. Remarques critiques 
sur le texte de l'Empereur Jutien (x-75 p. — 8 fr.) (Fasci- 
cules XXII et XXIII des Mémoires et Travaux publiés par 
des professeurs des Facultés catholiques de Lille). (Faculté 
catholique de Lille et Aug. Picard, Paris, 1922.) 


I. M. F. Boulenger se livre, dans ces deux ouvrages, à une 
étude approfondie de la langue de l’empereur Julien, laquelle 
n’est pas dépourvue d'intérêt si l’on songe que. épris de clas- 
sicisme, cet auteur « a dû, en même temps qu'il puisait dans 
le vocabulaire commun, s'inspirer, dans ses constructions, de 
la syntaxe de la langue commune, qui laissait plus de jeu que 
Ja syntaxe de la langue attique au caprice et à l’arbitraire de 
chacun », 

Il n'existe pas de travail grammatical vraiment approfondi 
sur le grec du 1v° siècle de l’ére chrétienne. La grammaire de 
Jannaris (an Historical Greek Grammar chiefly of the Attic 
Dialect, etc. Londres, 1897) ne peut rendre compte de toutes 
les particularités syntaxiques de tous les auteurs. D’autres 
ouvrages peuvent être consultés utilement, et notamment : 
Blass (Grammatik des Neutestamentlichen Griechisch. Gôt- 
tingen, 1896) et J. Viteau (Étude sur le grec du Nouveau 
Testament, Paris, 1893). Mais pour peu qu'on pousse ses 
investigaliôns, on s'aperçoit que l’étude spéciale de la syn- 
taxe d'un auteur comme l'empereur Julien, peut servir à la 
connaissance aussi complète que possible de la langue de cette 
époque. M. Boulenger aurait préféré, nous dit-il, examiner la 
(1) M. Sayce fait évidemment allusion aux satem-Sprachen (telles l’armé- 
nienne, liranienne, elec.) et aux centum-Sprachen. 


COMPTES RENDUS 331 


grammaire des grands Cappadociens et particulièrement de 
Saint Grégoire de Nazianze, mais l’œuvre extraordinairement 
touffue et le mauvais état des textes de cet auteur l'ont obligé 
à y renoncer et il a choisi un contemporain de saint Grégoire, 
qui fut d’ailleurs son condisciple à l’Université d'Athènes et 
qui a subi, sous le rapport du style, des influences analogues. 
C’est ainsi que M. Boulenger a été amené à étudier, au point 
de vue grammatical, ou plus exactement syntaxique, la 
langue de l’empereur Julien. Son idée premiére a été de faci- 
liter, autant que possible, l’étude des Péres de l'Eglise 
grecque du 1v° siècle. Il a essayé, comme il le dit, « d’amor- 
cer » un «travail d'ensemble et de détail » sur la langue de 
cette époque. [Il a, du reste, circonscrit encore le champ de 
ses recherches en éliminant de son examen les Zettres de 
Julien, surtout parce qu’un assez grand nombre de ces lettres 
(environ 25) ont été suspectées Du reste, c’est au moment où 
le livre de M. Boulenger paraissait, que MM. Bidez et Cumont 
publiaient leur édition des Lettres de Julien. 

M. Boulenger juge que le texte de Julien est encore actuel- 
lement trop douteux en maints endroits, en dépit de l'édition 
de Hertlein, pour entrer dans des détails de morphologie. 
Notre auteur s'excuse de n'avoir pu non plus examiner le 
style de Julien du point de vue métrique ou rythmique, mais, 
comme 1l le fait observer avec autant de justesse que de 
mélancolie, les temps sont « durs à ceux qui publient des 
livres »; et il a dû forcément réduire le plan qu'il s'était 
d’abord tracé. Tel qu’il est, du reste, le premier de ses deux 
volumes est très substantiel, tout en se bornant « à présenter 
une série d'observations sur l’usage de Julien », et l’auteur est 
parvenu à donner un travail approfondi, consciencieux et 
offrant un réel intérêt. Bien qu’il n'envisage, dit-il, que « les 
points où Julien s’écarte de la syntaxe classique », le livre 
nous permet en somme de déduire par nous-mêmes toute la 
syntaxe de l'écrivain. 

L'étude a, en général, pour base le texte de l'édition Hertlein 
(Leipzig, Teubner, 1875) et le contra Christianos à été suivi 
sur l'édition de Neumann (Leipzig, Teubner, 1880). À ce sujet, 
M. Boulenger nous fait encore observer dans sa préface qu’il 
n’a jamais, au cours de son travail, perdu de vue la leçon 
manuscrite; en effet, ainsi qu’il le dit très justement, « la pru- 


23 


332 COMPTES RENDUS 


dence en matière de critique n’est qu’une forme de la sagesse, 
et même de la simple probité. Surtout on doit se garder du 
parti pris; éviter d'asservir, comme il arrive, le texte à notre 
interprétation ou aux habitudes classiques ». 

C'est ici surtout qu’il convient de rappeler le caractère 
délicat d’un travail comme celui de M. Boulenger. En eflet, 
à cause de l'insécurité du texte, on risque souvent d'attribuer 
à l’auteur ancien une faute de grammaire qu’il n’a pas com- 
mise ou inversement de corriger, Comme une faute de 
copiste, une tournure familière à son esprit ou permise à son 
époque. 

Pour le plan, M. Boulenger s'est inspiré de l'ouvrage de 
M. Goelzer sur la Latinité de Saint Avit. 

Un index bibliographique touftu (p. xviI-xix), témoignant 
d’une documentation sûre et aussi complète que possible, est 
suivi d’une liste des œuvres de Julien et d’une table des 
manuscrits. L'auteur consacre ensuite six pages à l’empereur 
et à la publication de ses œuvres. Il nous le montre épris de 
très bonne heure de littérature. Le massacre d’un grand 
nombre de membres de sa famille explique les rancunes qu’il 
nourrit dès son enfance. S'il fut placé sous la tutelle d'Eusébe 
de Nicomédie, qu’il suivit à Constantinople et qui l’initia au 
christianisme, c’est cependant son pédagogue Mardonios qui 
guida ses premières pensées. Et c’est vers les lettres grecques 
que ce Mentor dirige le jeune homme. Julien passa sept ou 
huit années à Macellum et y fit probablement la connaissance 
de nombreux ecclésiastiques cappadociens et peut-être ces 
relations lui firent-elles connaître avec précision les livres 
saints. C’est en 351 qu'il passa à Constantinople, où il continua 
ses études. Puis on le retrouve à Nicomédie et là il subit 
l'influence de Libanios resté païen et « représentant zélé de 
l'Hellénisme »; en 354, compris dans la disgrâce de son frère 
Gaïlos, il obtient cependant de Constance l’autorisation de se 
rendre à Athènes et il y reste trois ans. Ensuite, il devient 
César et épouse Hélène, la sœur de Constance. Il dirige alors 
son expédition militaire en Gaule et il guerroie contre les 
Germains et se fixe à Lutéce. Et c’est ensuite sa lutte contre 
l’empereur Constance, puis son triomphe sur celui-ci. M. Bou- 
lenger nous montre Julien composant ses discours et ses écrits 
de tout genre au milieu d’une vie extraordinairement mouve- 


COMPTES RENDUS 333 


mentée. Aussi ses œuvres ont-elles, pour la plupart, le ton de 
la polémique. 

Cette biographie est une introduction assez naturelle à une 
étude de la langue de Julien. On pourrait toutefois se deman- 
der si M. Boulenger n'aurait pas pu laisser dans l’ombre cer- 
tains faits, militaires par exemple, et par contre s'étendre un 
peu davantage sur les milieux intellectuels dans lesquels l’em- 
pereur a vécu. Car il est incontestable que ces milieux ont 
exercé une grande influence sur la tournure d’esprit de 
Julien. C’est ainsi, par exemple, qu’il n’eût pas été inutile de 
faire revivre, en quelques lignes, le monde athénien de cette 
époque. M. Boulenger se borne à nous dire qu’il y resta 
trois ans. | 

L'étude de la syntaxe en elle même se compose de trois par- 
ties : 1° la syntaxe de la proposition simple; 2° la syntaxe de 
la phrase; 3° les parties du discours. 

L'auteur est arrivé à des constatations intéressantes, qu’il 
résume, en manière de conclusion, dans un dernier chapitre. 
Relevons les principales. 

On sait que le grec, proprement attique, ne connut un com- 
plet épanouissement que pendant deux siècles; il devait deve- 
nir, en étendant son domaine, la langue commune en dépit des 
efforts des Atticistes. Les écrivains chrétiens et leurs adver- 
saires transforment la syntaxe et, tout en continuant à se 
guider sur le grec attique, ils sacrifient aux goûts et aux cou- 
tumes de l’époque. Aussi, chez Julien, comme chez ses con- 
temporains, à côté d’un fonds de classicisme, il y a une syn- 
taxe spéciale. Parmi les emprunts à la langue commune, 
M. Boulenger fait observer : l’usage de certaines prépositions : 
évet le datif au sens instrumental ; Ünép et le génitif rempla- 
çant communément repi et le génitif; le complément du verbe 
passif construit soit avec dé, mapü, Tps et même ëk avec le 
génitif, soit au datif sans préposition, même à d’autres temps 
que le parfait au lieu du génitif précédé de né; l'infinitif 
pour le participe après les verbes de perception ou après Xav- 
Edvw et pOdvw ; la confusion entre oùdé et oùrte, entre un et où 
I] faut encore remarquer les emprunts faits, dans un but de 
recherche du style, à la syntaxe des poëtes. Julien emploie, 
par exemple, semble-t-il, l’optatif sans &äv pour exprimer la 
possibilité d’une action. De même, on reléve un assez grand 


334 COMPTES RENDUS 


nombre de verbes composés d'une ou de plusieurs préposi- 
tions. Julien s'achemine aussi vers le style analytique. Ses 
degrés de comparaison sont particulièrement intéressants à 
étudier. Ainsi il préfère, pour rendre le superlatif, se servir 
du positif, qu'il fait précéder d’adverbes comme müävu, Àiav, 
UdAOTA, etc. 

De son étude consciencieuse, M. Boulenger tire cette claire 
synthèse, qui mérite d’être retenue : « .. Julien, attique par 
formation, moderne par nécessité, céda autant qu'homme de 
son temps au mouvement de la civilisation » et la vie « eut en 
lui raison de l'école ». 

II. Le second des ouvrages de M. Boulenger est, comme 
l'indique son titre, un recueil de notes critiques sur le texte 
de Julien. L'auteur a été amené à ces remarques par l'étude 
approfondie de la syntaxe, car il a dû souvent recourir à la 
leçon des manuscrits pour trancher une question grammati- 
cale. Il nous rappelle dans sa préface (p. v-vu1) que le texte 
nous est parvenu en assez mauvais état; même malgré les 
efforts de Hertlein qui, dans son édition citée plus haut, avait 
mis à profit les travaux de ses prédécesseurs (Marcilius, Mar- 
tini, Uhantecler, Cuneus, Pétau, Spanheim, etc.), les philo- 
logues ont continué à émettre des conjectures. Du reste, Her- 
tlein n'avait pas établi la filiation des manuscrits. La tâche 
d’un futur éditeur de Julien est donc encore assez considérable 
et le livre de M. Boulenger pourra être utilisé par celui-ci 
ainsi que par tous ceux qui s'intéressent à la critique des 
textes en général. 

Ces remarques de critique ont été faites dans des conditions 
aussi favorables que possible : c’est pendant trois années, que 
l’auteur a passées à l'École pratique des Hautes Études, que le 
travail a été entrepris avec l’appui de M. A. Jacob, qui avait 
inscrit au programme de ses leçons l'étude du texte de 
Julien. 

M. Boulenger s’est montré prudent dans ses conjectures et 
s’est méfié avec raison des idées préconçues et des hypothèses 
aventureuses. 

Les Remarques critiques sont précédées d’une étude con- 
sciencieuse des manuscrits et de leur importance. Le premier 
de tous et le plus ancien est le cod. Vossianus Graecus Lei- 
densis 77 (V). M. Boulenger le décrit très minutieusement, 


COMPTES RENDUS 335 


Souvent on est obligé, en cas de lacune de V, de recourir au 
Parisinus 2964 (Pc) du xv° siècle, qui est une copie du Vos- 
sianus, ou aux mss. Mb, E, F ou G. Le Marcianus 366 (M) et 
l’Augustanus ou Monacensis 564 (Aug.) paraissent être, 
après V, les meilleurs et souvent ils fournissent la bonne 
leçon. Il y a encore d’autres manuscrits, mais ils n’ont pas 
l'importance de ceux que nous venons de citer. Du reste, 
sauf V. et Pc., aucun ne contient toutes les œuvres de Julien; 
il faut toutefois en excepter le Scorialensis t. II, 5 (1541); mais 
MM. Bidez et Cumont ont démontré qu'il n’est qu'une copie 
de Pc. | | | 

M. Boulenger étudie successivement environ cent cinquante 
passages de Julien avec un sens critique trés prudent. Il sug- 
gère briévement quelques leçons ou interprétations ingé- 
nieuses et son livre témoigne d’un travail considérable et de 
recherches minutieuses. Nous ne pouvons naturellement pas 
entrer ici dans de longs détails. Bornons-nous à un exemple. 
Dans le Discours I, les commentateurs ont émis plusieurs 
conjectures ou proposé des corrections pour le passage 50, 22, 
suiv. : Tv AVTIOXOU TOÀIV ÉTÜVUUOV ÉTOVOUGLOUCAV AKOUW 
To\dkis, texte incompréhensible. Wyttenbach ajoute, aprés 
TOMYV : EQUTV OoÙ, Reiske, après érwvuuov, ajoute : oot 
éauThv. M. Boulenger imagine que Julien a pu écrire étwvu- 
uov ooù oÙùoav et que üoù oÙùcav étant abimé et mal lu, com- 
biné d'autre part avec étrwvuuov, a pu donner lieu à la leçon, 
inadmissible ici, émovoudtouoav. Pour faire cette conjecture 
après tout plausible, M. Boulenger s'appuie sur ce fait que 
éTwvuuov, dans d’autres passages (79, 12; 447, 9) est employé 
par Julien dans le sens passif de « surnommé à cause de ». 
Cela prouve que l'étude approfondie de la syntaxe d’un auteur 
peut aider à émettre des conjectures au moins aussi accep- 
tables que celles qu'ont données des philologues qui ne 
s'étaient pas livrés à cet examen. 

Disons en résumé que l'ouvrage rendra certainement de 
grands services aux futurs éditeurs de Julien. Si M. Boulen- 
ger ne trouve pas toujours la solution certaine, chose d’ail- 
leurs impossible, ses conjectures ou les leçons qu’il adopte 
devront désormais être prises en sérieuse considération. 


ALBERT WILLEM. 


336 COMPTES RENDUS 


Alice Brenot. Les mots el groupes iambiques réduits dans le 
théâtre latin. Paris, Champion, 1923, xiv-116 pp. in-8. 
(Bibl. de l'Ecole des Hautes Etudes. Sciences philol. et hist., 
239: fascicule.) 


La philologie a ses ascètes. Avec une patience à laquelle il 
faut savoir rendre hommage, Me Brenot a dressé un inven- 
taire complet de tous les vers de Plaute, de Térence et des 
autres comiques latins (fragments publiés par Ribbeck) où se 
rencontre la particularité métrique dite «groupe iambique 
réduit». Qu'est-ce qu'un groupe iambique réduit? Nul ne l’a 
défini plus clairement que M. Havet, dans son manuel de 
critique verbale ($ 254) : « En prosodie archaïque, les mots et 
groupes iambiques comme éuam, apud, domi, sed hanc ont 
deux prononciations : ils forment tantôt un jambe, comme en 
prosodie classique, tantôt un simple demi-pied. De même 
l’ensemble des deux premières syllabes de quid iste, bonum 
ingenium, senectulem, similimcæ, duobus. Chaque fois qu’un 
mot ou groupe de ce genre se présente à l'acteur, celui-ci est 
obligé d'opter rapidement pour une prononciation ou pour 
l’autre... Quand le texte n’est pas corrompu, les problèmes de 
prononciation se résolvent comme d'eux-mêmes, à l'instant 
précis où se présente le mot litigieux, — ou presque immédia- 
tement après qu'il s'est présenté, — l'acteur expérimenté est 
assuré de trouver quelque particularité qui le guide. » 

M'e Brenot a eu soin de relever aussi les indices dont 
M. Havet lui avait signalé l'importance. Elle est ainsi arrivée 
à vérifier par une multitude d'exemples l'hypothèse formulée 
par le Maïtre. Il n’est pas besoin, pensons-nous, d’insister sur 
les services que peuvent rendre à la critique des textes des 
statistiques du genre de celle qu'à dressée M'e Brenot. Si 
ingrate que paraisse une telle tâche, celui ou celle qui l’entre- 
prend éprouve la satisfaction d’en avoir épargné l’ennui à de 
moins patients que lui. 

P. FAIDER. 


Tibulle et les auteurs du Corpus Tibullianum. Texte établi 
et traduit par Max Ponchont. Collection des universités de 
France. Paris, Société d'édition « Les Belles-lettres », 1924. 


COMPTES RENDUS 337 


In-8° de xzv1-190 pages doubles et index des noms propres. 
Prix : 16 fr. 


La collection « Guiilaume Budé » ne chôme pas. Si tous les 
volumes sortis de presse n’appellent pas un éloge sans réserve 
(et de ma part cette restriction s'applique tout d’abord à la 
traduction de Juvénal, pour laquelle on souhaiterait une 
refonte), l’ensemble laisse une impression excellente et 
certains volumes font le plus grand honneur à l’érudition 
francaise, ou, si l’on veut, franco-belge, puisqu'aussi bien 
MM. Bidez et Cumont y ont publié les Lettres, etc. de l’em- 
pereur Julien, MM. H. Grégoire et Parmentier trois drames 
d'Euripide 

Le Tibulle de M. Ponchont est une œuvre mürement 
étudiée. Aux publications allemandes assez nombreuses con- 
cernant l'élégiaque, la France pouvait opposer l'édition 
d'A, Cartault, parue en 1909 et le gros volume intitulé À pro- 
pos du Corpus Tibullianum. Un siècle de philologie latine 
classique (Paris 1906), où le même savant expose les résultats 
de la vaste enquête effectuée par lui sur tout travail intéres- 
sant ce recueil depuis Scaliger. Si M. Ponchont paie à la 
mémoire d'A. Cartault le tribut d’éloges qui lui est dû, il n’en 
conserve pas moins son indépendance quant à l'établissement 
du texte ; il a eu connaissance aussi d’une série de corrections 
et de conjectures proposées par l’illustre Louis Havet. Il a du 
reste publié lui-même en 1923, comme thèse complémentaire 
pour le doctorat ès-lettres, une Étude sur le texte de Tibulle 
el des auteurs du Corpus Tibullianum. 

Qui n’a pas vécu quelque peu dans l'intimité de Tibulle ne 
se doute pas des multiples problèmes que soulévent ces 
poèmes conservés dans des manuscrits tardifs; l’Ambrosianus 
date de 1374 environ et le Vaticanus de la fin du xiv° siècle; 
de plus, la personnalité des auteurs du recueil s’enveloppe de 
nuages. Si nous savons que Tibulle mourut dans les derniers 
mois de 19 av. J.-C.-ou au début de 18, nous ne savons quand 
il naquit. M. Ponchont propose, avec Cartault, l’an 48, contre 
Dissen, qui se prononçait pour l’an 59 et Lachmann, qui, avec 
d’autres, dont Plessis, préférait l’an 54. De même on ignore qui 
est ce Lygdamus, auteur de six élégies du IT: livre. Repre- 
nant une hypothèse de G. Doncieux, M. Ponchont veut voir en 


338 COMPTES RENDUS / 


lui un frêre d’'Ovide, un Lucius (ce prénom a la même scansion 
que le pseudonyme Lygdamus), poète mort jeune, et qui était 
né un an jour pour jour avant l’auteur des Metamorphoses 
(cf. Trist, IV,10, vers 10-32); la thèse est habilement soutenue. 

C'est assez dire que le nouvel éditeur aborde franchement 
toutes les difficultés, et s’il ne les résout pas toutes, il met au 
moins sous les yeux du lecteur toutes les pièces du procès. 
Chaque élégie est précédée d’une copieuse notice, où se révéle 
le même esprit, fait de sobriété et de mesure. La traduction 
est correcte; peut-être l’auteur aurait-il pu parfois serrer le 
texte de plus prés (!). Pris dans son ensemble, le livre fait 
une trés bonne impression et l'on éprouve un vif plaisir: à 
l’'acquérir. 

Émise BoisacQ. 


Paul Thomas. Peétrone. Le Diner chez Trimalchion. Traduc- 
tion nouvelle avec une introduction et des notes. Edition du 
Flambeau, Bruxelles, M. Lamertin, 1923, xxu1-91 pages, 
in-16°. 7.50 fr. 


On se représente aisément le plaisir — la delectatio — qu'un 
latiniste doublé d’un fin lettré dut éprouver à «tourner en 
français » une œuvre profondément originale, débordante de 
verve, éclatante de coloris comme le serait un fragment de 
Rabelais. et cela dans un moment où, utilisant des loisirs 
forcés, il put se livrer tout entier à l’étude d’un de ses autéurs 
favoris. Aussi peut-on dire que voici une version faite Con 
amore, et qui, dés les premières pages, décèle à la fois l'esprit 
laborieux du chercheur et l’art consommé du traducteur. + 

Le Satyricon de Pétrone est certainement un des monu- 
ments les plus curieux de l'antiquité latine. Cette sorte. de 
satire ménippée de l’époque impériale nous trace un tableau 
saisissant des mœurs dépravées du temps. M. Thomas n'en a 
traduit que la partie la plus accessible au lecteur moderne : F 
le diner chez Trimalchion. 


(4) Je pense y être arrivé dans un essai de traduction des meilleures pièces 
de Tibulle et de Properce, publié en 1902 et 1904 à un nombre par trop restreint 
d'exemplaires et aujourd’hui introuvable. (L'élégie en Grèce et à Rome: 
Bruxelles.) | 


COMPTES RENDUS 339 


Dans une introduction d'une quinzaine de pages, l’auteur 
nous montre l’intérêt du Satyricon (). 11 note très justement 
des ressemblances entre l'œuvre de Pétrone et les romans 
picaresques. Le Diner chez Trimalchion est certainement le 
morceau le plus pittoresque de tout l'ouvrage. Il est surtout 
intéressant pour celui qui veut se faire une idée de la vie à 
Rome sous Néron, car tout y est décrit scrupuleusement : 
«maison, ameublement, costumes, bijoux, mets, service, 
ustensiles ». Le caractère de chacun des convives est dépeint 
par son propre langage. Aussi est-ce un régal pour un philo- 
logue que d'étudier la langue de Pétrone. « La forme ici, dit 
M. Thomas, ne se sépare pas du fond : c’est bien dans le 
langage vulgaire que devait se traduire la vie intérieure de 
ces esprits et de ces âmes vulgaires ». Et il étudie leur psy- 
chologie d’affranchis, leur mentalité basse et servile, leur 
amour immodéré de l'argent et des jouissances grossières. 
Ils sont superstitieux à l’excès. Chacun, indépendamment de 
ces traits généraux, a un caractère qui lui est propre : « le 
personnage de Trimalchion est une des plus vivantes créations 
de la littérature : il est légendaire, il est immortel, au même 
titre que f'alstaff, Don Quichotte ou Harpagon. » Suit une 
étude très belle, très fouillée du caractère de Trimalchion. 
Nul doute que cette description ne donne aux gens du monde 
une grande envie de lire l’œuvre de Pétrone dans la traduc- 
tion, car elle provoque cette impression trés nette que tout 
cela, dans les grandes lignes, est encore parfaitement vrai 
aujourd'hui, absolument actuel. (Comment nous empêcher de 
penser à nos nouveaux riches?) Tout en ayant sous les yeux 
«un fragment de la société romaine », nous nous répétons : 
« Eadem Sunt omnia Ssemper. » 

Cette introduction, écrite dans un style alerte et coloré, qui 
est vraiment aux antipodes de toute lourdeur pédante, fait 
bien augurer des quaiités de la traduction. Celle-ci, disons-le 
tout de suite, fait revivre le texte d’une façon intense. 

M. Thomas a su parfaitement rajeunir, raviver les couleurs 
du vieux texte latin : tâche particuliérement ardue en raison 


(1) Rappelons que M. Thomas avait prouvé antérieurement que l'écrivain est 
bien le favori de Néron et le rival de Tigellin (Discours de rentrée de l'Univer- 
sité de Gand, 1905). 


340 COMPTES RENDUS 


de l’allure très spéciale et du caractère très nuancé du style 
de Pétrone. Il s’est joué de toutes les difficultés avec une 
aisance vraiment parfaite. 

Le texte suivi en général est celui de la 2e édition de Fried- 
laender (Petronii Cena Trimalchionis, mit deutscher Ueber- 
setzung und erklärenden Anmerkungen, Leipzig, 1906). Mais 
M. Thomas s’en est écarté de temps à autre. Il à en effet, 
étudié ce texte de très près et l’on sait, du reste, qu'il avait 
précédemment publié des Motes critiques sur Pétrone dans 
les Bulletins de l'Académie royale de Belgique (1919, 
p. 996. ss.) D'ailleurs, le texte est en assez mauvais état, ce 
qui est souvent de nature à induire le lecteur en erreur. 

Pour faire ressortir la différence entre le langage grossier 
de Trimalchion et de quelques-uns de ses convives et celui du 
narrateur, M. Thomas est allé jusqu'à user par endroits de 
l’argot, ce qui donne un aspect souvent piquant à la traduc- 
tion (1). | 

M. Thomas s’accuse d’avoir fait de très larges emprunts à 
la traduction do Héguin de Guerle. I! y a 1à une exagération 
dictée par sa modestie. La différence est, en effet, très sen- 
sible entre les deux versions. Sans doute, Héguin de Guerle a 
traduit scrupuleusement le texte de Pétrone, mais il suffit de 
comparer les deux traductions pour être frappé de toute la 
vigueur de style de M. Thomas, qui a réussi, beaucoup mieux 
que le philologue français, à égaler le modèle latin (Les diffé- 
rences de sens résultent évidemment de la différence des 
textes suivis.) 

La comparaison nous montrera aussi qu’au bout d’un temps, 
il faut rajeunir les traductions des auteurs anciens, les 
remettre au goût du jour. M. Thomas a pleinement réussi en 
ce qui concerne le Diner de Trimalchion. 

Au bas de chaque page, des notes nombreuses illustrent les 
passages obscurs ou mettent le lecteur au courant des cou- 
tumes, des institutions, des mets, des vêtements, des meubles, 
des ustensiles de l’époque où vivait Pétrone. De cette façon, il 
ne subsiste aucune obscurité. Ainsi expliqué, ainsi interprêté, 


(*) Est-il besoin de dire que M. Thomas n’a pas versé dans l'erreur du fantai- 
 siste Laurent Tailhade qui, dans la traduction qu’il a risiquée du Diner, a fait 
de l’argot un emploi tout à fait inconsidéré, 


COMPTES RENDUS 341 


ce curieux écrit recouvre véritablement toute la saveur que 
devaient y trouver les contemporains de l’Arbitre des élé- 
gances. ALBERT WILLEM. 


Ernest Platz. Les noms français à double genre. Contribution 
da une nouvelle orientation dans l’enseignement de la 
langue maternelle. Luxembourg, P Worré-Mertens, 1919. 
62 p. pet. in-&. 


Cette brochure nous est parvenue tardivement. Elle ren- 
ferme un répertoire des substantifs qui sont à la fois du mas- 
culin et du féminin, avec un bref commentaire, inspiré aux 
bonnes sources, sur l’origine de ces anomalies. Dans l’intro- 
duction, l’auteur aborde une question délicate, à propos de 
laquelle il émet des vues non dénuées d'intérêt : dans quelle 
mesure peut-on réclamer de la grammaire doctrinale, dogma- 
tique et exclusive par nature, des tolérances à l'endroit de 
certaines particularités ‘idiomatiques régionales? « À l’école 
primaire, dit-il, durant les premières années de collège, dans 
la vie publique, en littérature, on accordera le droit de cité 
aux particularités qui ne compromettent pas l’unité linguis- 
tique, qui sont sans importance pour la précision et la netteté 
du style et dont l'élimination demanderait des efforts souvent 
inutiles et d'ordinaire trop grands en comparaison du résultat 
obtenu. Les noms à double genre entrent dans cette catégorie.» 
La rédaction du travail, généralement correcte, est entachée 
de quelques tournures peu françaises (p. 13, 23, 30). 


A. BAYoT. 


Jean Haust. Étymologies ‘wallonnes et françaises. Liège, 
Vaillant-Carmanne. Paris, Ed. Champion. 1923, in-8, 
XVI-306 p. (Bibliothèque de la Faculté de philosophie et 
lettres de l’Université de Liége, fase. XXXII) Prix : 25 fr. 


Ce volume, dédié au savant romaniste français Antoine 
Thomas, membre de l’Institut, contient, outre une intéressante 
préface où sont mises en relief l’utilité de l'étude scientifique 
de nos parlers septentrionaux et l'urgence qu’il y a de les 
recueillir, contient, dis-je, deux cent quatre-vingt-onze 


342 COMPTES. RENDUS 


notices, un chapitre sur les noms dialectaux de la « culbute » 
en Belgique roraane et un appendice traitant des mots ger- 
maniques à préfixe ge- qui ont passé en wallon, du suffixe 
-aricius (M. Haust fournissant un supplément considérable 
aux listes déjà copieuses dressées par MM. A. Thomas et 
Jules Feller), et du Dictionnaire élymologique de la langue 
wallonne de Charles Grandgagnage, ce savant belge que 
l'étranger apprécia mieux, semble-t-il, que ne le firent nos 
pères; viennent enfin deux précieux index, lexicographique 
et analytique 

C’est une œuvre de tout premier ordre que M. Jean Haust 
nous offre sous ce titre modeste Étudiant depuis plus de 
trente ans nos dialectes wallons, il a projeté une lumière qué 
l’on peut croire définitive sur un grand nombre de vocables 
jusqu'alors énigmatiques, et si une partie des étymologies a 
été publiée soit dans Romania, soit dans le Bulletin du Diction- 
naire Wallon, c'est avec un plaisir nouveau qu’on les retrouve 

De ces notices, il n’en est pour ainsi dire pas une qui 
n’atteste une documentation complète quant à l’aire d’exten- 
sion du mot, une connaissance approfondie de la phonétique 
romane ou, éventuellement, des déformations que subissent les 
apports germaniques, qui ne révèle un esprit critique toujours 
en éveil, une ingéniosité sans cesse se renouvelant, un flair 
toujours apte à découvrir l’ancêtre latin ou rhénan sous les 
haïllons modernes; l’information bibliographique est vasie, 
au point qu'on peut la croire toujours complète; pour tout 
dire en un mot, nous avons ici tous les éléments qui font 
qu'un livre s'impose à l'admiration du lecteur et contribue — 
ce qui est bien l’unique vœu de l’auteur — à l'avancement de 
la science. 

Mais ce lecteur, qui sera-t il? Il ne faut pas que seuls les 
romanistes s'intéressent à ce recueil, Tout Wallon lettré 
devrait le posséder, et il en tirerait des heures d’une joie que 
j'appellerais volontiers patriale. 

Est-ce à dire que M. Haust a partout et Res découvert 
le vrai, l’étymon impeccable ? Les spécialistes de l’étymolo- 
gie romane nous le diront, mais je serais bien surpris s’il y 
avait beaucoup à reprendre dans ces pages. Et puis, la per- 
fection n’est pas de ce monde, surtout en matière étymo- 
logique. Pr a 


COMPTES RENDUS 343 


Ce livre, où chaque page contient quelque révélation amu- 
sante, l’un ou l’autre rapprochement lumineux auquel on 
sétonne de n'avoir Jamais songé, quelque trait de mœurs 
intéressant le folklore, celivre fait donc le plus grand honneur 
à M. Haust, à la Faculté où il est chargé du cours de dia- 
lectologie wallonne et à la Wallonie tout entière. 

EMILE Boisaca. 


Pierre Villey. Les Grands Ecrivains du XVI siècle. Evolution 
des Œuvres et Invention des Formes liltéraires. Tome I. 
Marot et Rabelais, avec une T'able chronologique des Œuvres 
de Marot. Paris, Champion, 1923. Vol. gr. in-8°. 25 francs. 


M. Pierre Villey, auquel une série de publications fort 
remarquées assuraient déjà un rang plus qu'honorable parmi 
les connaisseurs de la littérature de la Renaissance, vient de 
consacrer à Marot et à Rabelais le tome premier d’un nouvel 
ouvrage qui promet d'êlre considérable. Le savant érudit se 
propose, comme un sous-titre nous l’indique clairement, d’étu- 
dier, chez les grands écrivains du xvi* siécle, l’évolution des 
œuvres en même temps que l'invention des formes littéraires. 
Problème à la fois psychologique et esthétique, puisqu'il va 
nous initier, non seulement à la genèse d’une pensée, mais 
par-delà cette pensée, au travail de l'expression écrite qui lui 
sert de vêtement. 

. Pour atteindre à ce double but, l’auteur adoptera la méthode 
d'exposition chronologique; et il nous dit pourquoi dans un 
avant-propos fort substantiel et qui constitue un solide mor- 
ceau de critique générale, Le xvi° siècle étant avant tout une 
époque de fermentation intellectuelle, se placer, pour l’exa- 
miner, à un point de vue exclusivement statique, c'est se 
condamner à le voir incomplétement, donc à le mal com- 
prendre. Aussi M. Villey conclut-il à la nécessité d'une cri- 
tique franchement dynamique, pour peu qu’on veuille pénétrer 
au cœur même de son sujet. Ce principe une fois posé, le 
patient chercheur, qui se meut d’ailleurs avec beaucoup 
d’aisance sur ce terrain hasardeux de la chronologie, n'a plus 
qu’à suivre le «gentil» poète de François Ie" et le pére amusé 
des folies gigantales à travers les mille vicissitudes de leur 
existence mouvementée. C’est ce qu’il fait. 


344 COMPTES RENDUS 


À la conception courante d'un Marot frivole et licencieux, 
M. Villey entend substituer, dans l'esprit du lecteur, l’image 
autrement vraie d’un homme de la Renaissance, ouvert à 
toutes les influences de l'époque, depuis les leçons des grands 
rhétoriqueurs jusqu'à l'emprise des humanistes, en passant. 
par les imitations italiennes et latines. Marot, rimeur de jolis 
riens, la fausse réputation littéraire ! Sans doute, l’action plus 
continue, plus directe aussi, de la Cour a imposé à son langage 
poétique et, un peu, à ses idées, parfois, un ton d'élégance et 
de miévrerie même, qui filtre, pour ainsi dire, à son usage, 
le grand courant de la Renaissance philosophico-érudite, ne 
laissant passer que ce qui pouvait être accessible au public 
mondain, le pédantisme exclus. Il reste que Marot s'est fait 
l'écho vivant, et fidèle surtout, de toute une période singulié- 
rement agitée de l'histoire des idées et des mœurs; écho 
timide, souvent affaibli peut-être, maïs où l’on pourrait cepen- 
dant retrouver, tantôt sous une émotion — à la vérité parfois 
un peu factice — tantôt dans un coup d’aile — auquel on ne peut 
reprocher que d’être trop court — par instants, la sincérité et 
l'élévation d’un vrai tempérament poétique. 

J'ai dit un mot de la méthode de l’auteur. On ne peut en 
méconnaitre la très réelle valeur au point de vue de l’investi- 
gation documentaire. On doit lui reprocher l’un ou l’autre 
défaut d'ordre pratique. Un des principaux inconvénients 
d’une étude strictement chronologique réside, je crois, dans 
la difficulté du découpage de la matière, de la division en 
chapitres. M. Villey l’aura certes éprouvé. Son exposé manque 
de clarté {ans la division. Et je me demande même s’il n’eût 
pas gagné à n'être pas divisé du tout. On m'objectera que les 
titres des chapitres répondent à des tournants biographiques 
suffisamment accusés que pour pouvoir servir, qui de «termi- 
nus à quo», qui de «terminus ad quem » : Marot à la Cour, 
son exil, son retour en France — voilà bien ce que l’on est 
convenu d'appeler des «dates». C’est vrai. N'empêche que, 
plus d’une fois, l’artifice apparaît. M. Villey n’aurait-il 
échappé au conventionnel de la méthode statique que pour 
tomber, à son tour, dans une autre convention, moins arbi- 
traire d’ailleurs — je me hâte de le dire? Les titres mêmes 
des chapitres ne me paraissent pas toujours heureusement 
choisis. C’est ainsi que je ne parviens pas à saisir le pour- 


COMPTES RENDUS 345 


quoi de la distinction si soigneusement établie entre « forma- 
tion intellectuelle» (chap. 1) et «formation de la poétique » 
(chap. IT), dés lors surtout que M. Villey s’est attaché à placer 
à la source et comme au principe de l’éducation intellectuelle 
du poëte l’action des grands rhétoriqueurs, tandis que l'Italie 
et les Latins n’auraient teinté, de l’œuvre marotique, que les 
théories seulement. — Un détail, M. Viiley a consacré un 
dernier chapitre de son étude à la question de l'influence 
de Marot, problème intéressant à plus d’un égard, mais qui 
me parait faire ici office de hors-d’œuvre. Et si je suis prêt à 
lui pardonner cette coquetterie d’érudit, je lui reprocherais 
plus sévêrement de n’avoir pas songé, au terme de sa prome- 
nade à travers l’œuvre et la vie de Marot, l’une expliquant 
l’autre, à s'arrêter un moment pour embrasser d’un coup d'œil 
d'ensemble la route parcourue. L'étude aurait gagné à con- 
clure. M. Villey — est-ce un écueil encore de la méthode 
chronologique? — ne conclut pas. ou si peu! On rencontre 
bien, çà et là, l’une ou l’autre «rétrospective», mais isolée, 
mais fragmentaire ! Faute de n’avoir pas essayé de nous aider 
à regrouper: nos idées, l’auteur nous laisse sur une impression 
de désarroi, un peu. Ce pourrait être la rançon de notre auda- 
cieuse prétention à nous aventurer dans le jardin clos de 
l’érudition spécialiste, si M. Villey n'avait eu soin de nous 
avertir que son livre aurait peut-être « quelques lecteurs peu 
versés dans la littérature du xvi° siècle. » Par égard pour ces 
lecteurs novices, n'aurait-il pas dû, je ne dis pas vulgariser 
son sujet, mais, puisqu'il le posséde si bien, le plus clairement 
exposer, parfois ? 

L'étude sur Rabelais m'a paru autrement charpentée. 
M. Villey y donne toute sa mesure. De cette «énigme inexpli- 
cable», dont parle La Bruyère, le pénétrant critique arrive à 
nous donner une représentation absolument cohérente et d’une 
intensité de vie impressionnante. Et pour ce faire, il n’a pas 
eu besoin de forcer son sujet, n'ayant pas eu la prétention d'y 
trouver la confirmation d'une hypothèse, plus ou moins tapa- 
geuse, sur les intentions d’un écrivain auquel on en a tant 
prêtées. 

Pour M. Villey, l'unité n'est que dans l'âme de Rabelais, 
âme étrangement ondoyante et diverse, effervescente, bouil- 
lonnante, tout en devenir. C’est précisément cette efferves- 


346 COMPTES RENDUS 


cence, ce bouillonnement, cette fièvre que traduisent à mer- 
veille les quatre romans de Rabelais, successivement conteur 
pour rire, artiste humaniste, érudit, satirique, mais toujours 
pareil à lui-même dans ces renouvellements qui ne sont que 
le développement, au gré des circonstances, d’un cerveau le 
plus compréhensif qui soit. De ce mouvement incessant, et 
j'allais presque dire : de cette sarabande effrénée, où Rabelais 
nous entraîne, par la griserie de son verbe et l’intempérance 
de son esprit, M. Villey, qui se laisse gagner à son tour, 
éprouve, à nous détailler les brusques saillies et le rebondis- 
sement perpétuel, le même plaisir, j'imagine, qui devait 
saouler le pére de Gargantua à l'évocation des prouesses gigan- 
tales mêlées aux mythologies fabuleuses, à la création des 
calembours puérils voisinant avec les sonorités savantes des 
vocables grecs et latins. Maïs queile lucidité pourtant dans 
l'analyse! [1 y a là tel chapitre sur l’art de Rabelais qui me 
paraît bien être, avec quelques pages de M. Plattard, un juge- 
ment définitif sur la personnalité d'écrivain d’un styliste 
unique dans l’histoire des lettres françaises. Quant au dernier 
chapitre « Rabelaïs auprès de la postérité», je ne le jugerai 
pas autrement que celui consacré à l'influence marotique : 
c’est du superflu. 

J’ai dit ce que je pensais des avantages et des inconvénients 
de la méthode chronologique. Et nous avons vu que, pour 
l’avoir suivie trop à la lettre, l'étude sur Marot péchait par 
manque de synthèse. Pour Rabelais, M. Villey a su parer à cet 
inconvénient, en procédant à maintes reprises à des regrou- 
pements d'idées. Ici, on pourrait presque lui reprocher l’excès 
contraire. Mais ce serait faire preuve de méchante humeur. 

Il y aurait d’ailleurs tant de bien à dire sur d’autres points 
que je n’ai même pas effleurés : sur la documentation de 
l’auteur', aussi riche que sûre; sur sa prudence, si sincére, et 
un accent de probité scientifique, qui vont parfois jusqu’à la 
défiance — mais cette défiance même n'est-elle pas préférable 
à une prétendue largeur de vues, qui n’est souvent que de la 
crédulité intéressée? — sur sa connaissance parfaite des 
milieux, non seulement littéraires, mais politiques, mais reli- 
gieux, mais sociaux, scientifiques aussi, et qui fait de sa cri- 
tique, bien souvent, une page d’histoire humaine en même 
temps que d'analyse littéraire. 


COMPTES RENDUS 347 


Je n’ai pas parlé du style de M. Villey, non qu'il n'ait, lui 
aussi, certaines qualités, des qualités de vérité, de relief, de 
précision, mais une précision un peu tendue parfois, un relief 
assez dur et une vérité par trop nue, bien souvent. Il y manque 
le charme. Ce n’est que correct. Je ne veux pas prononcer le 
mot : défaut. Mais, si la phrase coulait. plus limpide, je sais 
fort bien que le livre aurait une qualité de plus. 

Je signalerai enfin les appendices savants, où l’on trou\era, 
à côté d’une table chronologique des pièces de Marot. les 
chronologies, soigneusement mises au point, de Marot et de 
Rabelais, et, sur Marot, une note bibliographique dont ne 
pourront plus se passer ceux qui chercheront encore à appro- 
fondir, après M. Villey, mais pas sans lui, la physionomie 
littéraire d’un grand poëte mal connu. 

FERNAND DESONAY. 


Albrecht Gütze. Âleinasien zur Hethiterzeit. Eine geo- 
graphische Untersuchung. Une brochure in-8 de 32 p. 
et une carte. Heidelberg, C. Winter, 1924. 


Les textes en cunéiforme de Boghaz-keui présentent une 
quantité de noms géographiques dont l’interprétation est 
nécessaire à l'historien soucieux d'établir le plan des cam- 
pagnes, le gain ou la perte des territoires appartenant à l’em- 
pire. Mais une grande incertitude régne encore dans ce 
domaine : les noms hittites se sont rarement conservés 
jusqu'à des époques mieux connues, les flots nouveaux de 
population qui se sont succédé à diverses reprises dans la 
péninsule ayant le plus souvent noyé l’ancienne nomenclature. 

M. Gôtze, en s’aidant de tous les documents actuellement 
déchiffrés, hittites, égyptiens et assyriens, cherche à projeter 
quelque lumière dans cette ombre. Sans entrer dans le détail 
des identifications proposées pour les localités, — et ici l’on 
est trop souvent réduit à la simple conjecture, les points 
d'appui faisant défaut — notons quelques résultats obtenus : 
Kizwadna est l’ancien nom de Katpatuka, la Cappadoce. Le 
«haut-pays » est le territoire qui s'étend entre le haut Halys, 
l’Euphrate et Tochma-su ; sa frontière occidentale est malaisée 
à établir. Arzawa n'est pas la Cilicie, mais une région mari- 
time occidentale de l’Asie mineure; les sculptures rupestres 


24 


348 COMPTES RENDUS 


de style hittite près de Smyrne et d'Ephèse en deviennent 
compréhensiples : ce sont les monuments commémoratifs des 
victoires des rois hittites, qui ont fail laguerre en Arzawa et en 
Mâsha (Méonie. Moves, qui est la graphie correcte, est dérivé, 
au moyen du suffixe fréquent -oves, de Mno- issu de Mäso-). 
Enfin le pays des « Gashgash », ces ennemis irréductibles des 
Hittites, est la Gilicie ; il s'étendait entre Arzawa et Hatti. 

Cette contribution à la géographie ancienne de l’Asie anté- 
rieure paraît s'inspirer d’une méthode saine, correcte et qui 
exclut la fantaisie. Klle sera bien accueillie par ceux qu’in- 
téresse l’histoire du mystérieux empire des Hittites, de cet 
empire dont les destinées, mieux connues, pourraient nous 
aider à percer les brumes qui voilent les temps préhelléniques 
de la Grèce et dont l’idiome, une fois débrouillé, nous ache- 
minerait peut-être vers la solution du séculaire problème de 
la langue et des origines étrusques. 

Ce mémoire est le premier d’une col ection entreprise par 
MM. G. Bergsträsser et F. Boll, sous le titre de Orient und 
Antike. EMILE BoisacQ. 


G. Contenau. Za glyptique syro-hittite, 218 p., I à XII, 48 pl. 
Paris, Geuthner, 1922 (Haut Commissariat de la Rép. Fr. 
en Syrie et au Liban. Service des Antiquités et des Beaux- 
Arts). 


L'auteur fait précèder son exposé par une étude prépara- 
toire du costume hittite, de la langue, de l’armement, des 
objets et des divinités représentées en sculpture — afin de 
discerner plus aisément les représentations semblables qui 
ornent les pierres gravées. Cette introduclion est complètée 
par un aperçu historique. Il est vrai que sans quelques notions 
fondamentales de l’art et de l’histoire des hittites, toute autre 
étude reste vaine; mais on pourrait reprocher à l'auteur 
d’avoir trop développé ces pages : en effet, ses observations, 
d’ailleurs judicieuses, sur le naturisme (p. 35), l’anthropomor- 
phisme (p 37), la déesse-mèére (p. 39), le principe mâle (p. 43) 
dépassent le cadre strictement réservé à l'étude de la glyptique. 
Par contre, il en est d’autres, comme le $ (p. 33) relatif aux 
tables et sièges, qui mériteraient plus de développement, 


COMPTES RENDUS 349 


parce que ces objets sont souvent figurés sur les gravures, et 
que le lecteur a par conséquent intérêt à comparer ceux-ci 
à celles-là. 

L'étude de la glyptique proprement dite, commence par 
une comparaison avec la gravure sumer-accadienne (p. 55) 
et continue par celle de la Mésopotamie. Dans cette dernière 
contrée, l’auteur retrouve les types de transition entre l'Est, 
pays d’origine de la glyptique et les pays syro-hittites. 

Quant à la répartition géographique des ee et des 
cachets, il distingue trois périodes : 

La première période débute au xx1Iv® siéclé et se termine 
vers le xvr° siècle avant notre ére. C’est l’époque à laquelle 
on attribue ces empreintes de cylindres cappadociens qui sont 
apposées sur des tablettes datant des dynasties d’Ur-Isin et de 
ia 1re dynastie babylonienne; il y en a aux Musées d’Edim- 
bourg, de Liverpool, du British Muséum et dans la collection 
Allotte de la Fuje. L'iconographie comporte des scènes de 
présentation. la divinité en char, le taureau-autel, le serpent. 
l’animal-support. De même, des cachets cappadociens de 
cette période, l’auteur donne un aperçu des formes d’après 
Hogarth (Hittite Seals) et indique leurs empreintes sur les 
tablettes cappadociennes du Louvre et leurs influences. 

De la 2° période (1550 à 1100), l’auteur retrace d’abord les 
caractères généraux, les influences égyptienne et égéenne et 
décrit la situation politique du monde oriental. Les principaux 
motifs gravés sur les cylindres sont : le dieu-fils, la hache, le 
bâton courbe, le dieu-pére, les symboles, la grande déesse 
(type d'Ishtar), la déesse nue, les grands dieux (Cybèle-Démé- 
ter), les petits personnages, les scènes de « communion », les 
personnages buvant au chalumeau, les scènes de jugement, 
les semis d'animaux et de figures répétées. Quant à leur com- 
position et à leur technique, on doit en retenir le souci de la 
symétrie, l'absence des vides, la multiplication des motifs et 
l'emploi de la bouterolle. 

Les cachets ont surtout la forme du « marteau » ; l’étude de 
la bulle de Tarkondémos et de la collection de Schlumberger 
clôt ce paragraphe. 

L'auteur insiste sur les scarabées « Hycksos »; trop, croyons- 
nous, car le décor de ceux-ci se compose de motifs qui ne 
jettent que peu de lumière sur le sujet des gravures syro- 


350 COMPTES RENDUS 


hittites. L'influence égéenne se trahit par la tresse, la spirale, 
l'aigle, la colombe, le taureau, le capridé, le cervidé, le galop 
volant, le char, le grifion, le sphinx, des êtres fantastiques. 

%æ période (x1° s.—vie s.) On assiste à la décadence de la 
gravure des cylindres et des cachets et même à leur dispari- 
tion; ce phénomène s'explique par la chute du royaume 
hittite dont la capitale Boghaskeuï est remplacée par Karké- 
mish. En même temps, une autre glyptique — celle de l’Assy- 
rie et du second empire (néo-) babylonien — prend la place de 
la première ; cependant la pauvreté de la glyptique assyrienne 
et néo-babylonienne ne font qu'accentuer davantage la déca- 
dence des deux premières périodes. 

Dans une dernière partie de l’ouvrage, l’auteur critique la 
chronologie et la classification que Hogarth a naguëre défen- 
dues, et il conclut par l’aflirmation que les motifs principaux 
syro-hittites peuvent être rapportés à l'art sumer-élamite. 

Il serait utile de déterminer quelles sont les idées fondamen- 
tales propres à l’auteur et quelles sont celles qui appartiennent 
à ses devanciers; certaines de ces idées ont déjà été exprimées 
par Ward, Delaporte, Legrain et Speleers Il est vrai que 
Ward a imprégné son ouvrage (Seal Cylinders of Western 
Asia) de beaucoup de fantaisie; Delaporte et Legrain n’ont 
fait qu'effieurer ces questions quoique d’une manière magis- 
trale. Dans le Catalogue de Bruxelles, écrit en 1914 et paru 
en 1917, on peut retrouver la plupart de ces idées directrices 
de l’histoire de la glyptique même syro-hittite que l'auteur 
n’a eu ni l’occasion ni la place de développer et que Contenau 
a le mérite d’avoir amplifiées et traitées en bloc. Il en est 
ainsi par exemple de l’origine sumer-élamite de toute la gra- 
vure de l’Asie Antérieure ; elle a été défendue pour la pre- 
mière fois — croyons-nous — dans le Catalogue de Bruxelles 
(p. 21) et dans une étude plus récente (Annales de la Soc. 
Roy. d'Archéologie de Bruxelles, 1920, p. 154 à 160, etc.) 
De même sur l'échange d’influences étrangères (voir Catalogue 
de Bruxelles, p. 25 à 27), sur l’origine de la gravure syro- 
hittite (ibid. p. 48-49). sur leur exécution matérielle (p. 60), etc. 

Quoi qu’il en soit, le livre de Contenau est le premier 
ouvrage d'ensemble traitant spécialement et d’une manière 
approfondie de la glyptique syro-hittite; l’auteur a profité de 
cet avantage, que depuis l'armistice plusieurs collections 


COMPTES RENDUS 25 3 | 


importantes ont été publiées : Oxford, Louvre, etc. L'étude 
consciencieuse de ces dernières lui a permis de dire le der- 
nier mot sur la glyptique syro-hittite et d'illustrer sa doc- 
trine par 3062 excellents dessins de gravures appartenant à 
toutes collections. 

Son ouvrage se fait encore remarquer par ses qualités de 
rédaction : il est substantiel et concis; pas de belles phrases 
ni de digressions élégantes. En somme, il se recommande 
non seulement aux amateurs désireux d'enrichir leurs con- 
naissances, mais encore aux « glyptologues » soucieux d’ac- 
croitre leur documentation. Louis SPELEERS. 


Eugène Cavaignac. Population et capital dans le monde médi- 
terranéen antique, Publication de la Faculté des lettres de 
l'Université de Strasbourg, fascicule 18, Strasbourg, Istra, 
1923, virr-163 p. &°. 


Le travail de M. Cavaignac est divisé en treize chapitres 
qui traitent du tribut de l'Egypte, de la Syrie, de la Chaldée, 
de l’Asie-Mineure (I-IV) sous Darius. Le V° chapitre est con- 
sacré au monde égéen du v° siècle, le VI au capital athénien, 
le VITe au continent grec, le VIII à l'Occident grec, le IX° à 
l'Etat romano-campanien (340-220) ; le X° traite du capital 
romain, vers 2OÙ av. J.-C., le XI° des finances des Séleucides, 
le XIIe de deux textes du 11° siècle av. J.-C. (Inscription de 
Mnésiinachos, Sardes ; inscription de Messène relative à l’eis- 
phora), le XIII du Premier tribut de la Gaule (50). Suit une 
note sur les tributs des provinces romaines. Les chapitres VI 
et IX se bornent à résumer deux études, précédemment 
publiées, de l’auteur, qui a voulu les replacer dans le courant 
économique général du monde méditerranéen. L'objet de la 
première partie est de montrer comment on passe du milieu 
oriental du vi* siècle au milieu grec du 1v°; celui de la 
seconde, est de retrouver, derrière Rome, le milieu occidental 
du 1v° siècle et le milieu hellénistique. 

L'ouvrage, qui ne comporte point de conclusions, constitue 
une série de chapitres entre lesquels le lien n'apparait pas 
toujours bien clairement. Le mérite principal de l’auteur est 
d'avoir réuni une série de données précises et de les avoir 


352 COMPTES RENDUS 


interprétées à nouveau, avec sa compétence bien connue en 
matière économique et financière. Mais à ces chiffres précis, 
souvent discutables, d’ailleurs et souvent contestés, lorsqu'ils 
proviennent de textes littéraires et non de documents épigra- 
phiques, viennent s’en mêler d’autres obtenus par des combi- 
naisons plus ou moins acceptables. Les inconnues semblent 
vraiment encore trop nombreuses pour résoudre avec quelque 
chance d'arriver à unesuffisante approximation des problèmes 
déjà si ardus lorsqu’en possède toutes les données. Ainsi 
(p. 49), pour l’ordre de grandeur du capital de l'empire athé- 
nien, vers 400, M. Cavaignac « risque + le chiffre de 
100.000 talents sans être sûr «qu’il ne faille pas le remplacer 
par celui de 150.000 ou plus (au 1v° siècle) ». 

Nous admirons l’aisance avec laquelle l’auteur édifie ses 
brillantes constructions, sans être sûr qu’elles ne sont pas 
bâties sur un terrain mouvant. Mais il faut lui être reconnais- 
sant de s'être attelé. après Beloch ei Guiraud, à des tâches 
aussi ardues que souvent peu rémunératrices. 

PAUL GRAINDOR. 


G. Glotz. La civilisation égéenne. Un vol. in-& de 472 pages, 
ill. Paris, la Renaissance du livre, 1923. (Forme le tome IX 
de la « Bibliothèque de synthèse historique » intitulée 
L'évolution de l'humanité et dirigée par Henri Berr). 
D'OR TONITAITER. 


Les fouilles pratiquées au cours du dernier quart du x1x° 
siècle à Troie, à Mycènes, à Tirynthe, à Orchomene, à 
Ithaque par Henri Schliemann, avec, en de certains points, la 
collaboration de Wilhelm Doerpfeld, nous avaient fait récu- 
pérer, si l’on peut dire, plusieurs siècles d'histoire grecque et 
l’on pouvait dés lors parler d’une période « mycénienne ». 
Avec sa minutie et sa clairvoyance coutumières, Georges 
Perrot a consacré à « l’art mycénien » le tome VI de son 
Histoire de l'art dans l'antiquité (1894); et si Schliemann a 
vu dans la seconde cité troyenne la « Ville homérique », alors 
que celle-ci n’est que la sixième à partir du fond, sa gloire 
n’en est pas atteinte. | 

Des points cependant demeuraient obscurs. On pressentait 
l'importance que prendrait la Crète, une fois soumise à une 


COMPTES RENDUS 308 


exploration systématique, quand l'anglais sir Arthur Evans 
accomplit cette œuvre « grandiose >» de déblayer le site de 
Cnosse, de remettre au jour « un ensemble unique au monde », 
le Grand Palais, le Petit Palais, la Villa royale, évoquant 
«une société dont l'existence commence au vi millénaireavant 
J.-C. et qui, de progrès en progrès, atteint son apogée au 11° ». 
Ce fut l’œuvre des années 1900 à 1905. Vers le même temps, 
les Italiens exhumaient le palais de Phaistos, et d’autres 
archéologues, Anglais, Américains ou Crétois, leur succé- 
daient, qui arrachaient au sol de l’île, à ses tombes, à ses 
demeures princiéres, à ses sanctuaires, une partie de leurs 
secrets et enrichissaient le musée de Candie d’étonnants tré- 
sors. | 

Une autre civilisation encore, qui, malgré de notables 
points de ressemblance, n’était ni la crétoise ni la mycénienne, 
se révélait dans les Cyclades, sans que le travail archéologi- 
que s’arrêtàt dans la Grèce centrale, la Thessalie et les îles 
Joniennes. 

À la période mycénienne, marquée par des influences exté- 
rieures, s'opposait une période « prémycénienne », qui les 
connaît à peine. | 

Cette culture millénaire prise dans son ensemble, Evans 
l’appelle minoenne, du nom du légendaire roi de Cnosse, 
Minos; aux temps néolithiques succèdent le minoen ancien, le 
moyen, le récent, chacun d'eux étant subdivisé en trois 
périodes. M. Glotz modifie et précise cette chronologie. Il peut 
n'être pas inutile de pointer les étapes qu’il a cru reconnaître, 
tâche malaisée s’il en fût, les documents étant muets et les 
tablettes pourvues d'écriture que la Crête nous a livrées 
n'étant pas déchiffrées. 

a) Placée au centre de la Méditerranée orientale, la grande 
île doit à sa position et à la nature des avantages que les 
anciens n'ont pas méconnus. témoins Homère et Aristote. De 
toute l’Egéide, c’est elle qui présente la civilisation la plus 
ancienne ; l'homme n’y apparaît pourtant qu’à l’âge néolithi- 
que (6000? — 3000); lentement il progresse. 

b) Vient la période chalcolithique ou créto-cycladique (3000- 
2400). L'Egéide se peuple tout entière d'éléments sans doute 
mixtes déjà, ni hellènes ni même aryens, et qui ne viennent 
pas du nord, mais, semble-t-il, de l’Asie antérieure. A côté de 


354 COMPTES RENDUS 


l’obsidienne apparaît le cuivre. Les Crétois naviguent. Les 
Cyclades exportent (— Minoen ancien I et II — Cycladique 
ancien I et II — Helladique ancien I — Thessalien 1). 

c) L'âge du bronze (2400-1200) commence (première épo- 
que : 2400-2000). Vers le xxv° siècle, les peuples s'agitent: les 
Hittites s’établissent sur le plateau de Cappadoce; des Thraco- 
phrygiens reconstruisent Troie (I[° ville); d’autres se jettent 
sur la Thessalie. La Grèce centrale et le Péloponnèése, avec 
leurs Préhellénes (Pélasges) prospérent. L'influence des Cycla- 
des diminue. L'hégémonie crétoise s'affirme (2000-1750) ; 
l'industrie du bronze est l’armature de cette puissance; les 
« premiers palais » s'érigent (Cnosse, Phaistos, Mallia); les 
métiers se perfectionnent ; « une grande et belle civilisation 
s'épanouit»,qu'une brusque catastrophe (révolte?) vient mettre 
en péril. D'autre part, vers 2000, les Aryens, quittant les 
bords de la mer Caspienne, pénètrent dans le Turkestan, l’[ran 
et l'Inde, et, en tant qu'Hellènes {Achéens), entrent en Thes- 
salie, refoulent les Pélasges dans les montagnes, conquièrent 
l’Hellade et, « minorité guerrière », s'imposent aux Pré- 
hellènes ; à l'invasion achéenne succède une êre de recons- 
truction. La période prémycénienne (2509-1600) comprend 
l'helladique ancien II et III, et le moyen I, correspondant à 
peu près au minoen ancien IIf, moyen [et II. 

d) Après un demi-siècle « d'attente et de transition », vers 
1700, la Crète, s'étant ressaisie, reprend sa marche ascendante 
et connait trois siècles de splendeur ; céramistes, bronziers et 
peintres, dans un art naturaliste étonnamment moderne, 
rivalisent d'ardeur et d’habileté. C’est la période des « seconds 
palais ». Au xv° siècle, Minos écrase les cités rivales de Cnosse 
et les vassaux rebelles; la thalassocratie crétoise est à son 
apogée et la civilisation insulaire, que les Egyptiens n'ignorent 
pas (Xefti — Crétois) se déverse en Hellade. L’Argolide se 
« crétise », et cette culture « créto-mycénienne » gagne toute 
l’Hellade (1600-1400), assimilant les bandes éoliennes, venues 
des Balkans. La « seconde hégémonie crétoise » et le « mycé- 
nien ancien » enclosent le minoen moyen [II (1750-1580) (), 


(2) Il n’est pas besoin de rappeler que les limites des périodes sont flot- 
tantes, les dates moins rigides qu'on ne le pourrait croire et l’évolution moins 
brusque, sauf catastrophe. | 


COMPTES RENDUS 359 


le minoen récent [ (1580-1450) et IT (1450-1400), l’helladique 
moyen II et récent I et II. 

e) Les Achéens s’affranchissent de la thalassocratie crétoise, 
comme les pharaons se passent des Kefti pour entrer en rela- 
tions avec Mycènes. Vers 1400, une attaque brusquée met fin 
à la puissance de Cnosse et des autres cités insulaires; 
l’'écroulement est définitif. Tandis que le « centre de gravité » 
du monde égéen est en Argolide (Mycènes, Tirynthe), la civi- 
lisation mycénienne rayonne au loin, absorbant les éléments 
locaux ; c'est maintenant l’Hellade de l’Zliade, et la mer 
n'arrête point cette diaspora ; la Crète, Mélos, Rhodes, Cypre, 
Milet, Ephése, Phocée recoivent des colons créto-achéens ; 
les Hellènes font voile vers l'Occident, vers la lointaine [bérie. 
Et pourtant cette culture est inférieure à la précédente : 
l’Achéen crétisé n’est pas le Crétois; l'écriture se perd ! Mais 
les Achéens sont combatifs, aventureux, âpres à la curée ; les 
Hittites, qui leur tiennent tête pendant plus d'un siècle, subis- 
sent au xu° siécle la défaite de Kadesh (1295); les gens d’Ilion 
et des régions voisines les avaient secourus; ce fut pour les 
Achéens l’occasion d'anéantir la puissance troyenne (vers 
1280); leur attaque dirigée contre le Delta (1229) devait être 
moins heureuse et la défaite de Piriou met fin à leur expan- 
sion. L'hégémonie mycénienne (1400-1200 ; mycénien récent 
— minoen récent [IT — helladique récent III) vit ses derniers 
jours. 

f) Vers 1200, l'invasion dorienne, semant la terreur univer- 
selle, anéantit la civilisation du bronze ; un « moyen âge » 
commençait, qu'une Renaissance suivra. 

Ici se termine l'introduction. M. Glotz va maintenant 
étudier en quatre livres la « Vie matérielle >» de l’Egéide (le 
type physique, le costume et la parure, l’armement, la maison 
et le palais), la « Vie sociale » (le régime social et le gouverne- 
ment, l’agriculture, l'élevage, la chasse et la pêche, l’indus- 
trie, le commerce, les relations internationales), la « Vie 
religieuse » (le fétichisme, les divinités anthropomorphes, les 
lieux de culte, les cérémonies du culte, le culte des morts, les 
jeux), la « Vie artistique et intellectuelle » (l’art — chapitre 
capital —, l’écriture et la langue). Le tableau est complet. Par- 
tout, il nous faut admirer l’érudition de l’auteur, qui s'appuie 
sur une documentation considérable, sa clarté et son élégance 


356 COMPTES RENDUS 


dans l’exposé de questions complexes; il s’est passionné pour 
son sujet, et sa passion, il la communiquera aux nombreux 
lecteurs que son livre ne manquera pas d’avoir. Dans ce 
domaine de la culture égéenne, la France nous avait déjà donné 
un travail de premier ordre, j'ai nomme Les civilisations 
préhelléniques dans le bassin de la mer Egée, de René Dus- 
saud (2° éd., Paris, 1914). Le livre de M. Glotz n'est pas des- 
tiné à un moindre succés. Par toutes ses qualités, il me 
rappelle un autre volume de cette même « collection Henri 
Berr », je veux dire celui qu'a consacré à l’étude du langage 
M. Joseph Vendryes (1) et dont j'ai fort regretté de ne pouvoir 
longuement dire la valeur. 

Encore un mot. Au chapitre de la « langue » parlée dans 
ces siècles lointains par les populations de l’Egéide, langue 
qui n’était ni indo- européenne ni sémitique, M. Glotz dresse 
un tableau des nombreux mots grecs inexplicables par des 
racines indoeuropéennes et il y voit avec raison un legs des 
Préhellènes Vérification faite, ce tableau, qui est précieux, 
est à peu prés exact ; il y a bien deux ou trois vocables pour 
lesquels la parenté indo-européenne est admise ; il en est 
d’autres qui ont leur exact correspondant en sémitique; de 
quel côté serait l'emprunt? Et pourquoi le tableau ne contient- 
il aucun verbe? Quant à la dénomination de mots « crétois », 
elle me semble trop étroite; j'aimerais qu'on qualifiât ces 
vocables d’ « helladiques », et la liste pourrait sans grande 
peine s’allonger (?). 

Venons à la conclusion. La tempête dorienne emporte la 


() Le Langage (Introduction linguistique à l’histoire), vol. 3 de Ia collec- 
tion. 

(*) Pour ce qui est du départ à effectuer entre les mots grecs d'origine 
indo-européenne et les vocables « helladiques », on me permettra de dire 
que cette distinction s’est imposée à moi il y a près d’un quart de siècle. On 
en aurait la preuve dans un rapport d’Alph. Willems inséré dans les Bulletins 
de l'Académie royale de Belgique, classe des lettres, fase. 5 (mai), de l’année 1903 : 
cf. l'avant-propos du mon Dict. étym. de la lg. grecque (1907-16), p. var: « Tout 
ce qu'on peut et qu’on doit affirmer, c’est que les Grecs ont charrié avec eux 
un grand nombre de mots empruntés aux populations qu’ils ont traversées ou 
absorbées ou dont ils ont subi l’action eux-mêmes, et les mots « égéen » ou 
« méditerranéen » sont commodes pour caractériser ces vocables, sans qu'il 
faille s’exténuer à leur trouver un étymon que l'avenir rendra peut-être 
ridicule. » 


Len À 


COMPTES RENDUS 00 


civilisation que les Achéens devaient aux Crétois. L’àge du 
fer commence; on en revient au dessin géométrique, mais 
des épaves subsistent. La colonisation créto-achéenne et de 
nouvelles migrations sauvérent l'héritage du passé. « Les 
semences jJetées avec prodigalité en tant de pays divers ne 
furent pas toutes perdues. Durant le long hiver du moyen âge 
grec, elles sommeillérent, pour lever ensuite dans une splen- 
dide renaissance. La civilisation grecque, mère de la civilisa- 
tion latine et occidentale, est fille de la civilisation égéenne. » 
On ne saurait mieux dire et M. Gustave Glotz termine 
dignement une tâche hérissée de difficultés. Dans un avant- 
propos M. Henri Berr nous dit que ce livre devait être écrit 
par Adolphe Reinach, cet étonnant jeune homme, l'espoir de 
l’hellénisme, dont l'érudition effrayait, et il rend hommage à 
sa mémoire (Adolphe Reinach est tombé, dés la fin d'août 
1914, dans les Ardennes, pour la France, et peut être pour 
nous !). À cet hommage nous nous associons de tout cœur. 


ah EMILE BoisAcQ. 


Charles-F. Jean, — Ze Milieu Biblique avant Jésus-Christ. 
1: Histoire et Civilisation. Paris, Geuthner, 1922. 


M. Charles-F. Jean a entrepris un ouvrage considérable 
où, en trois volumes, il se propose de décrire le milieu biblique 
avant Jésus-Christ. Il a envisagé le probléme très largement: 
le milieu biblique consiste d'aprés lui dans l'histoire de tous 
les peuples cités dans l'Ancien Testament et dont la civilisa- 
tion peut directement ou indirectement avoir exercé une cer- 
taine action sur le développement de la pensée israélite. 

C'est ainsi que nous trouvons dans le premier volume, de 
200 pages environ, un résumé succinct de toute l’histoire de la 
Mésopotamie, de l'Egypte, de Canaan, de la Perse, de la 
Grèce et même de Rome: c’est dire que si ce résumé est d’une 
façon générale très clair et assez exact, il ne faut point y 
chercher beaucoup de profondeur, ni des idées véritablement 
nouvelles. 

La plupart des questions controversées y sont simplement 
indiquées sans que M. Jean les soumette à un examen précis : 
ainsi pour ce qui est de la question difficile de la date de 


3958 COMPTES RENDUS 


l’exode, M. Jean se borne à dire que ces événements doivent 
s'être passés entre 1440 et 1240 environ. On notera cependant 
la très intéressante indication des raisons qui portent à croire 
que le roi nommé Nabuchodonosor dans le livre de Daniel ne 
serait autre que Nabonide (p. 157). 

Il s’agit donc plutôt d’un guide utile pouvant faciliter aux 
lecteurs de l’Ancien Testament la compréhension de tous les 
faits qui y sont cités, plutôt que d’une description du milieu 
biblique proprement dit. Cette dernière étude eût été cepen- 
dant fort intéressante. On peut souhaiter que les deux volumes 
que M. Jean nous annonce et qui traiteront, le premier de 
l'histoire littéraire et le second de l’histoire des idées reli- 
gieuses et morales dans le milieu biblique, pénétreront d'une 
façon plus profonde dans le sujet lui-même. La lecture de ces 
deux volumes dissipera peut-être aussi le sentiment de malaise 
naissant du manque de proportion, qui se manifeste dans 
l'importance que M. Jean accorde aux différents événements 
qu'il décrit, si certains sont exposés avec des développements 
considérables, d’autres peut-être plus importants sont à peine 
effleurés. 

Il y a des appréciations qui étonneront: c'est véritablement 
accorder aux Philistins un rôle tout à fait exagéré que de dire 
que c'est eux qui, avec les Zakkala et les Turisha, jettent le 
pont entre le monde antique et le monde nouveau (p. 108); car 
si assurément la venue sur les côtes d’Asie de ces populations 
égéennes est un fait intéressant, il ne faut point oublier qu’il 
sagit de populations déjà déchues et qui n'avaient conservé 
que de faibles souvenirs de la brillante civilisation minoénne 
d'autrefois, et que, sans migrations, les Crétois avaient d’ail- 
leurs depuis longtemps su faire connaître en Afrique et en 
Asie les produits les plus remarquables de leur technique et de 
leur art. C’est aussi une curieuse conception de la politique 
grecque que d'affirmer que la flotte dont Thémistocle dota 
Athènes n'était en réalité qu’un instrument au service de 
Sparte (p. 162); la conquête de la Gaule par César ne com- 
mença suivant M. Jean qu'en 53 et les guerres des Gaules ne 
durèérent en tout que pendant deux ans (p. 195). 

Le livre se termine par une table extrêmement complète et 
qui le rend très facile à consulter. 

R. KREGLINGER. 


COMPTES RENDUS 359 


Fernand Courby. Les vases grecs à reliefs, Bibliothèque des 
Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, fascicule 125, 
Paris, De Boccard, 1922. x-598 p. &e. 


Dans cette importante étude, M. Courby passe en revue les 
fabriques de vases à reliefs depuis l’époque préhellénique 
jusqu'aux dernières productions de la décadence. Par un désir, 
très légitime, d’alléger une tâche déjà trés lourde, M. Courby 
a laissé de côté la céramique arrétine. Il ne lui échappera 
sans doute pas qu'il y a quelque contradiction à affirmer, avec 
Poittier (p. VIII) que cette céramique « est par excellence la 
céramique romaine », et d'écrire, deux lignes plus bas, qu’elle 
montre la vitalité de la céramique grecque à reliefs implantée 
en terre italienne. M. Courby élimine aussi de son livre les 
vases de Calés et les vases à reliefs d'Italie méridionale, 
d’Apulieet de Campanie « parce que la part d'ouvriers d'Italie 
y fut prépondérante ». 

Les vases que M. Courby a étudiés directement sont ceux du 
Louvre, d'Athènes, de Candie, de Délos, de Constantinople et 
de Delphes. 

On aurait trop exagéré l'influence des vases à reliefs en 
métal sur la céramique à reliefs. Inexistants à l’époque pré- 
hellénique, ces rapports entre les deux arts sont rares aux 
époques archaïques et classiques. Mais, à partir du 1v°siécle, 
les potiers demandent de plus en plus leur inspiration à la 
toreutique, tout en conservant une certaine indépendance pour 
les formes et les motifs décoratifs. 

M. Courby s’est essayé aussi à déterminer d’une maniére 
plus précise les centres de fabrication, tout au moins à partir 
du v° siècle, époque où Athènes après avoir continué les tradi- 
tions de la technique du relief, la développe au siècle suivant, 
préparant, avec la Béotie, le brillant essor de la céramique à 
décor plastique de l’époque hellénistique. C’est la Béotie qui 
aurait créé les bols (dits de Mégare) à sujet littéraires et réa- 
listes, vers la fin du 1v° siècle et le début du 11°: la plupart 
seraient des surmoulages de vases d'argent ou de bronze. 

De la fin du 1v° siécle date une fabrique, probablement 
attique, de bols à glaçure, à décor varié et corolle végétale. 
Une autre eut pour centre Délos : la fabrication s'étend du 
milieu du zr° siècle au milieu du 1° siécle avant J.-C. On lui 


360 COMPTES RENDUS 


doit des bols à vernis mat, où le répertoire décoratif, com- 
posé d'éléments géométriques, floraux, de personnages ou de 
groupes nombreux et d'animaux, est plus riche que dans les 
bols à glaçure. Ces bols s’inspirent de modèles fournis par la 
toreutique alexandrine. 

Entre 150 et 50 avant notre ére environ, fleurit à Pergame 
une fabrique de vases à décor plastique, à glaçure d’un beau 
rouge corallin. La céramique de Pergame est caractérisée par 
les formes, presque toutes inconnues ailleurs, de ses vases, 
par l'ornementation collée à la barbotine : elle comprend sur- 
tout des motifs végétaux, fidèlement imités, et des figures ou 
œroupes dont beaucoup sont empruntées au cycle de Dionysos. 
Influencée par l’art attique, la fabrique de Pergame reyonnera 
au loin; c’est elle sans doute qui donnera naissance à la 
céramique arrétine et, indirectement, à la céramique plastique 
gallo-romaine. Telles sont quelques-unes des principales con- 
clusions du travail de M. Courby. Consciencieux et méthodi- 
que, il n’épuise peut-être pas le sujet, surtout pour les séries 
qui n'ont pu être étudiées aussi minutieusement par l’auteur 
que celles de Délos. Mais il constitue une base de tout premier 
ordre pour les recherches futures, et il faut savoir gré à 
M. Courby de nous avoir donné cet excellent travail d’en- 
semble, sur un sujet passablement ingrat. La fabrication de 
vases à reliefs. avec l'emploi de moules et de matrices a quel- 
que chose de mécanique ; elle ne présente pas le même intérêt 
que la céramique peinte où l’invention et la personnalité du 
décorateur peuvent plus librement s'affirmer. 

PAUL GRAINDOR. 


Francis Haverfield. The Roman occupation of Britain, six 
lectures revised by GEORGE MacDoNALD. Oxford, Clarendon 
Press, 1924, 304 p.. 66 fig., 7 planches et une carte. 


Lorsqu'une mort prématurée l’'emporta, en 1919, le regretté 
Francis Haverfield laissait inachevé le manuscrit de confé- 
rences qu'il avait faites en 1907 sur la Bretagne romaine et 
qu'il avait partiellement remaniées en 1913 pour en préparer 
la publication. M. George Macdonald, bien connu par ses 
travaux sur les antiquités romaines de l Écosse, s’est chargé 
de terminer la tâche qu’un maître trop tôt disparu avait 


COMPTES RENDUS 361 


abandonnée durant la guerre. Grâce à lui, nous pouvons lire 
aujourd'hui ces conférences mises au point et complétées par 
toutes les données utiles qu'ont fournies les découvertes les 
plus récentes. 

En tête du volume, imprimé à la perfection par la Clarendon 
Press et abondamment illustré, M. Macdonald a placé une 
biographie de F. Haverfield suivie d’une bibliographie de ses 
nombreuses publications. Elle met en lumière l’action bien- 
faisante exercée sur les antiquaires anglais par ce savant 
d’une érudition si solide et d’une intelligence si pénétrante. 

Une première conférence nous donne une vue rétrospective 
des études qui furent consacrées à la Bretagne romaine depuis 
l’antiquité jusqu'aux. temps modernes, curieux mélange de 
découvertes et de falsifications, de progrès et d'erreurs, qui 
montre avec quelle peine la vérité s'est peu à peu frayé un 
chemin dans l’esprit des historiens. Une personnalité domine 
toutes les autres, c’est celle de William Camden, à la mémoire 
de qui le volume est dédié. Sa Britannia, dont six éditions 
parurent de 1586 à 1607, condensait tout ce qu'on savait de 
son temps sur ce sujet et même plus qu’on n’en savait, car 
l'imagination de l’auteur n’était point arrêtée par un excés de 
scrupules ({) 

La deuxième conférence, qui offre une description de la 
Bretagne et un récit de la conquête romaine est un admirable 
essai de géographie historique. A la division en {owlands, sud, 
est et centre de l’île, et wplands, frontières de l’ouest et du 
nord depuis Chester et York répond la distinction entre les 
districts civils, dégarnis de troupes, et les districts militaires, 
où 30,000 à 40,000 hommes tenaient garnison. Les caractères 
et les effets de cette occupation militaire sont étudiés dans le 
troisième chapitre avec cette sûreté de vues que donnait à 
Haverfield une longue familiarité avec les institutions de 
l'Empire. 

Les deux conférences suivantes sont consacrées à la civili- 
sation de la province où quelques agglomérations urbaines 
— cinq municipes et un certain nombre de bourgs — s’op- 
posent aux campagnes, où la vie se concentre dans la villa. 
« Les influences romaines en Bretagne ne se confinérent pas 


(:) Je suis surpris que Haverfield n'ait point cité le Lapidarium septentrio- 
nale, de Bruce (1875), qui malgré ses défauts, est une œuvre fort honorable. 


362 COMPTES RENDUS 


dans l'armée ou dans les forts de la frontière. Elles ne traver- 
sérent pas non plus le pays comme une rivière d'Orient qui 
parcourt une plaine à demi-déserte et ne féconde que les 
abords immédiats de ses rives. Elles pénétrérent l’aire entière 
de la région civilisée, elles la firent britanno-romaine dans 
sa langue, sa pensée et sa vie extérieure, mais elles restèrent 
moins intenses que dans les provinces plus proches de la 
Méditerranée... » C’est ainsi que les auteurs formulent (p. 263) 
l’ensemble de leur conception. Particulièrement instructives 
sont les pages où ils montrent la persistance ou pour mieux 
dire la renaissance de l’art celtique à côté de celui qu’avaient 
importé les conquérants. 

Un dernier chapitre expose — dans la mesure où les sources 
le permettent — les circonstances qui ont amené l'abandon 
d’une province excentrique, par l’Empire affaibli et menacé 
et la lutte contre les envahisseurs Saxons Les épisodes en 
sont mal connus mais le résultat en est manifeste. Ces rudes 
barbares détruisirent l’œuvre séculaire de Rome sans pour 
ainsi dire en laisser subsister autre chose que le souvenir. 

Ce livre est un complément de la Romanization of Roman 
Britain, dont une quatrième édition, revue par M. Macdonald. 
paraissait peu auparavant. L’un est plus strictement histo- 
rique et didactique, l’autre, d’une composition plus large, offre 
une plus grande abondance de faits et d’idées; mais on trouve, 
de part et d'autre, la même connaissance parfaite du sujet et 
le même talent d'exposition qui, de l’infinie variété des détails, 
dégage les traits essentiels et les idées maîtresses. Ces confe- 
rences offrent pour nous un intérêt d'autant plus vif que, 
suivant la remarque de l’auteur, la Bretagne se rattache au 
nord de la Gaule non seulement par sa position géographique 
mais par les races qui l’habitaient et par la civilisation qui y 
florissait. F. CuMoxr. 


F, Van Kalken. Histoire de Belgique, 2 édition ; Bruxelles, 
Office de Publicité, 1924, in-16. 


M. Van Kalken à vu s’épuiser avec une extraordinaire : 
rapidité la première édition de son Histoire de Belgique (1). 


(!) Bruxelles, Office de Publicité, 1920. 


COMPTES RENDUS 303 


Nous avons dit ici même tout le bien que nous pensions de cet 
ouvrage (1). 

Une deuxième édition du volume vient de paraître. Dans 
l’ensemble, elle n’est guére différente de la première et 
présente toutes les qualités de celle-ci. 

L'auteur a cependant fait subir à son livre quelques modifi- 
cations, qui l'ont sensiblement amélioré. L’illustration notam- 
ment a été notablement développée ; M. Van Kalken lui a 
cependant, avec infiniment de raison, conservé rigoureuse- 
ment son caractère documentaire. 

Certaines parties du texte ont été retravaillées très sérieuse- 
ment, entre autres les premiers chapitres traitant de la 
Belgique préhistorique, gauloise, romaine et franque. Les 
excellents travaux du Baron de Loë ont exercé une influence 
visible et particulièrement heureuse sur ce remaniement. 

Cà et là dans le cours du volume, bien des points de détail 
ont été retouchés ; nous en avons relevé plusieurs dans les 
chapitres se rapportant à la Belgique depuis 1830. 

Certes ou trouverait encore des imperfections à faire dis- 
paraître dans une troisième édition que nous verrons sans 
doute, un jour relativement prochain. Il ne faudrait, par 
exemple, pas confondre (p. 29) la vengeance directe avec le 
talion. 1] n’est pas non plus exact de dire (p. 70) que le Comte 
de Flandre, Charles le Bon, fut assassiné par le prévôt de 
Saint-Donatien, Bertulphe, ni de donner celui-ci pour un 
chevalier, alors qu’il était clerc. 

Réserves faites pour des broutilles de l'espèce, nous dirons 
du livre de M. Van Kalken, en deuxième édition, avec plus de 
raison encore qu'en première, qu'il constitue à la fois un 
manuel et un ouvrage de références appelé à rendre les plus 
grands services. FRANÇOIS-L. GANSHOF. 


Olivier Martin. Histoire de la Coutume de la Prévôté et 
Vicomté de Paris; t. I, Paris, E. Leroux (Bibliothèque de 
l'Institut d'Histoire, de Géographie et d'Economie urbaines 
de la Ville de Paris), ere in-8°, xv-508 p. 


41h EE TILS de Paris :a exercé, on ne l’ignore point, une 
influence considérable.sur-le Code Civil: De plus, bien qu’elle 


CO) TS 1, 1922, p. 362365. 


364 COMPTES RENDUS 


n’ait jamais atteint à la dignité de droit commun du Royaume, 
ses solutions n’en ont pas moins pénétré dans le droit d’une 
srande partie de la France, par l’intermédiaire de la légis- 
lation royale, de la jurisprudence du Parlement et de l’œuvre 
de jurisconsultes comme Du Moulin. C’est indiquer assez 
l'intérêt que présente pour l'historien du droit, l’étude de 
l’évolution de cette coutume. 

Depuis longtemps, M. Olivier Martin s’appliquait à ce tra- 
vail ; cette préparation prolongée lui a permis, non seulement 
de réunir une documentation d’une merveilleuse abondance, 
mais aussi de travailler en profondeur, de creuser les pro- 
blèmes qu'il avait à traiter, de les voir sous tous leurs aspects, 
de les méditer à loisir. Cette conscience et cette pénétration 
sont peut-être ce qui frappe le plus un lecteur attentif: il n’y a 
pas dans tout le livre une question qui ne soit qu’effleurée. Là 
même où l’auteur s'est montré le plus concis, on trouve les 
traits essentiels de l'institution et l'indication nette de ses 
transformations. 

Le livre débute par une large introduction consacrée au 
cadre historique et géographique et aux sources du droit 
parisien. Puis un livre premier traite de l’état des personnes : 
les diverses classes juridiques et la condition des mineurs. 
Tout ce qui a trait au mariage et à la filiation a, par contre, 
été laissé de côté, comme n'étant pas d’origine coutumiére. 
La plusgrosse part du volume— trois cents pages sur cinq cents 
— à trait à la condition des biens et plus particulièrement des 
terres. L’un après l’autre, l’alleu, le fief, la censive, la tenure 
à champart, l’amortissement, les cens et les rentes sont étudiés 
en détail. 

C’est bien au cours de cette dernière partie, nous semble-t-il, 
que M. Olivier Martin a donné le plus complétement la mesure 
de sa science. L'étude qu'il fournit de chaque institution 
réalise presque la perfection; on y trouve alliées mieux que 
partout ailleurs, la précision et la finesse de l’analyse juridi- 
que avec le sens de l’évolution qu'exige tout travail historique 
digne de ce nom. Nous avons lu ces trois cents pages, la plume 
à la main et pas un instant ne s’est démentie une impression 
constante de solidité, de sûreté. On la doit pour une grande 
part à l’utilisation trés large de la jurisprudence et des actes 
de la pratique; ces sources mettent en présence de la vie même 


COMPTES RENDUS 365 


du droit, alors que le recours presque exclusif aux textes 
législatifs et aux œuvres de la doctrine ont rendu souvent 
conventionnel et faux à bien des égards, l’aspect de l’ancien 
droit français, tel qu’il est décrit dans des ouvrages célèbres. 
Ces sources, l’auteur les à employées avec toutes les qualités 
de l'historien. Mais en juriste — pour être plus précis, en civi- 
liste — M. Olivier Martin a su ne pas se perdre dans le four- 
millement des faits et dégager toujours avec rigueur les 
principes qui sont à la base de toutes les institutions du droit ;. 
les pages où sont étudiés la censive, les cens et les rentes 
peuvent à ce point de vue être citées en modélés. 

Le chapitre des censives présente pour nous cet intérêt 
particulier que Paris n’a pas connu l’affranchissement du sol, 
tel qu’il a trouvé son expression dans l’alleu urbain des villes 
flamandes (!) et dans la tenure en bourgage de Normandie (?). 
La surface bâtie de Paris est restée composée de tenures; l’in- 
stitution s’est assouplie, mais le paiement du cens a continué 
à être dû. 

Peut-être y a-t-il çà et là quelques points de détail sur les- 
quels nous n’avons pas été entiérement convaincu. Aprés 
avoir mis trés justement en lumière le caractère essentielle- 
ment personnel des rapports entre seigneur et vassal, M. Oli- 
vier Martin ajoute qu'à l'époque ancienne le seigneur n'avait 
pas le droit de céder à un autre, le domaine éminent du fief 
de son vassal. Nous éprouvons à cet égard quelques doutes ; 
tout au moins nous croyons que ce droit doit avoir été acquis 
de très bonne heure (3). 

M. Olivier Martin dit aussi que le vassal tenant d’un seul 
seigneur était son homme lige (). Il nous semble que ce rap- 
port d'identité n’est peut-être pas trés justifié et que l’auteur 
rencontrerait des difficultés pour en démontrer le bien-fondé. 


(4) G. Des Marez : Etude sur la propriete foncière dans les villes du Moyen- 
Age, Gand, 1898, 8°. 

(2) R. GENESTAL : La tenure en bourgage , Paris, 1900, 8° — H. Lecras : Le 
bourgage à Caen, Paris, 1911, 80. 

(3) P. 239. cf. ne Coussemaker : Cartulaire de l'Abbaye de Notre-Dame de 
Bourbourg, Lille, 1882-91, 3 vol. 8 t. I. p. 3 (1106). Peut-être en était-il autre- 
ment dans la région parisienne. 

(4) P. 268. cf. D. Zecuin : Der. homo ligius und die franzüsische Ministeria- 
hität, Leipzig, 1915, 80. 


366 COMPTES RENDUS 


Nous éprouvons aussi quelques hésitations devant le rap- 
prochement qu’esquisse M. Olivier Martin entre le droit de 
mainmorte et le « relief » (1). Ce rapprochement paraît rendu 
difiicile par le fait que le premier de ces droits trouve sa jus- 
tification dans une incapacité de transmettre dans le chef du 
de cujus, tandis que l’autre est acquitté par les héritiers pour: 
obtenir la saisine. | 

Mais ce ne sont là que d’infimes détails qui peuvent, 
d’ailleurs, donner lieu à discussion. La valeur du livre de 
M. Olivier Martin n'en est en rien compromise. Son œuvre 
marque, pour nous, une date dans la succession des travaux 
sur l’histoire du droit français et laisse loin derrière elle toutes 
les œuvres analogues, même les plus réputées (*?). 

FRANÇOIS-L. GANSHOF. 


R. Génestal. Plaids de la Sergenterie de Mortemer 1320-1321. 
(Bibliothèque d'Histoire du Droit Normand. Première 
série : Textes V.) Caen. L. Jouan et R. Bigot, 1924, in-& 
XXXII-86 p. 


La Société d'Histoire du Droit Normand poursuit active- 
ment ses travaux; elle vient de publier le 5° volume de la 
série des textes, cette fois encore sous le nom bien connu 
de M. R. Génestal. 

Le manuscrit publié est un rôle des plaids vicomtaux tenus 
du 19 novembre 1320 au 10 avril 1321; il contient 235 para- 
graphes, rédigés au cours même des plaids. 

Ce qui donne un intérêt tout particulier à ce registre, est 
qu’il constitue le plus ancien document de ce genre connu en 
France. Certes, les juges royaux tenaient des rôles dès la fin 
du x1e siècle, mais on n’en a pas conservé quisoientantérieurs 
à celui dont il s’agit ici. 

Qu'est-ce que ces « Plaids de la Sergenterie de Mortemer »? 
M. Génestal l'explique très clairement dans son intéressante 
introduction. La Sergenterie de Mortemer formait une des 


(4) P. 142. 

(?) M. Olivier Martin nous permettra de formuler un souhait, c’est qu'avec 
le tome IT, que nous attendons impatiemment, il nous donne une bibliographie 
complète, comprenant tous les ouvrages cités. Certaines recherches en seraient 
considérablement facilitées. S'il voulait rendre son livre plus précieux encor 8 
il le ferait suivre d’une table alphabétique. 


COMPTES RENDUS 367 


cinq sergenteries de la vicomté de Neufchâtel, comprise elle- 
même dans le bailliage royal de Caux. C’est à Neufchâtel que 
se tenaient les assises du baïilli pour son bailliage et celles du 
vicomte pour ses cinq sergenteries. Aussi le personnel de la 
juridiction de Mortemer appartient-il, soit à cette sergenterie. 
soit à la vicomté de Neufchâtel. 

La composition de ce personnel est, sans doute, un des 
points les plus intéressants sur lesquels nous renseigne ce 
rôle. On y trouve d’abord le vicomte qui préside lui-même 
les plaids, un sergent, qui exerce ses fonctions comme délé- 
œué du titulaire de la sergenterie, deux cleres — scriplores 
placitorum — et un garde de prison. Mais en Normandie, 
comme d’ailleurs généralement au moyen âge, les officiers 
de justice ne rendent pas seuls la sentence ; ils sont assistés de 
jugeurs formant le « conseil des sages » qui dicte la sentence. 
Tel était aussi le rôle de nos échevins. Le nombre et la com- 
position de ce conseil sont variables. [l comprend — comme 
le tribunal échevinal — de 7 à 12 membres; ce sont pour la 
plupart des hommes de loi, que leurs fonctions forcent à assis- 
ter aux plaids, mais le vicomte y adjoint d’autres jugeurs qu'il 
choisit parmi les notables qu’un intérêt quelconque a attirés 
à la séance. Il est intéressant de constater ici que les jugeurs 
de Normandie présentent un type d'institution plus primitif 
que celui des échevins de Flandre, qui, on le sait, n’étaient 
pas désignés au hasard des personnes présentes aux plaids, 
mais nommés et convoqués par le châtelain. 

Si ces -renseignements que M. Génestal à habilement 
déduits du texte sont intéressants pour l’histoire des institu- 
tions, c'est, on le comprend, pour l’histoire du droit privé et 
de la procédure qu'un pareil document est le plus précieux. 
Iei toute analyse, même sommaire, est naturellement impos- 
sible, car c’est tout le droit qui est condensé dans les mentions 
du rôle, dont la concision serait parfois bien embarrassante 
sans les notes nombreuses qui les éclairent et les expliquent 
par des rapprochements avec d’autres textes de la pratique 
ou des renvois aux ouvrages des jurisconsultes et spéciale- 
ment à la célèbre Summa de Legibus Normanniae. 

Le texte a été publié avec le plus grand soin et les très 
nombreux passages mutilés ont été — presque partout — res- 
titués par M. Génestal. 


368 COMPTES RENDUS 


La publication des « Plaids de la Sergenterie de Mortemer » 
ouvre un nouveau domaine aux investigations de l’histoire 
du droit; domaine restreint sans doute, mais dont l'intérêt 
dépasse cependant les limites de la Normandie. 

Nous tenons à signaler pour finir, que deux nouveaux 
volumes sont en préparation dans la série des textes de la 
Bibliothèque d'Histoire du Droit Normand : Le Cartulaire 
Municipal de Falaise (par M. R. N. Sauvage) et Jugements 
d'Assise du XIIT° siècle (par M. E. Bridrey). Il serait à sou- 
haïiter que dans toutes les provinces on mit une pareille acti- 
vité à publieriles documents intéressants pour l’histoire du 
droit. 


ROBERT PIRENNE. 


Henri Lonchay (+) et Joseph Cuvelier. Correspondance de la Cour 
d'Espagne sur les affaires des Pays-Bas au XVII siecle. 
Tome I. Précis de la correspondance de Philippe III (1598- 
1621). [Bruxelles, 1923. Publications in-quarto de la Com- 
mission Royale d'Histoire, 660 p.] 


Les origines de cet important ouvrage datent de loin. Ge 
fut en 1906 et en 1908, en effet, que le professeur Henri Lon- 
chay, l’éminent spécialiste des choses du xvrr° siècle, fit deux 
séjours de six semaines chacun au château de Simancas, près 
de Valladolid, afin de recueillir dans ce dépôt d'archives, 
fondé par Philippe IT, d'importantes données originales con- 
cernant l’histoire de notre pays. 

En principe, le professeur Lonchay avait reçu pour mis- 
sion d'étudier les possibilités de continuer la publication 
célébre de Gachard : la Correspondance de Philippe IT, restée 
inachevée. Mais bientôt il fut entièrement absorbé par l’énor- 
me tâche de dépouillement que lui offraient trois grands fonds 
du xvu® siècle : celui des dépêches envoyées par les rois 
d'Espagne ou leurs ministres aux gouverneurs-généraux, 
ambassadeurs et autres agents de la politique espagnole dans 
les Pays-Bas; celui des lettres répondant aux dépêches ou 
provoquant leur envoi; celui, enfin, des consultes du Conseil 
d'État à Madrid, consultes tenues à l’occasion de la réception 
des lettres ou de l’envoi des dépêches susdites. 


COMPTES RENDUS 369 


L'importance de ce travail était d'autant plus considérable 
pour les historiens belges que le grand fonds de la Secre- 
tairerie d'Etat et de Guerre — dont les richesses sont bien 
connues de ceux qui ont fréquenté les Archives du Royaume 
à Bruxelles — contient certes les minutes des milliers de 
dépêches envoyées par nos gouverneurs généraux, etc., en 
Espagne et les originaux non moins nombreux des dépêches 
des souverains d’Espagne à leurs représentants chez nous, 
mais ne possédent guére de pièces touchant la politique 
occulte des Rois Catholiques ou de documents secrets remis 
par ceux-ci à leurs agents. 

La mort de mon regretté maitre Lonchay, au lendemain de 
la guerre, suspendit la publication du résultat de ses savantes 
recherches. En chargeant M. l’Archiviste-général Cuvelier 
de poursuivre l’œuvre entreprise, la Commission Royale 
d'Histoire fit un choix excellent. Nul mieux que cet ami du 
défunt ne pouvait achever son labeur en lui conservant son 
esprit propre, et en faisant preuve des mêmes hautes qualités 
d’érudition et de sens critique. 

Deux périodes surtout ont fourni à M. Lonchay une abon- 
dante documentation : le règne des Archiducs et le gouverne- 
ment de Maximilien-Emmanuel de Bavière, c’est-à-dire, le 
début et la fin du xvite siècle. 

Ce premier volume, consacré à l’époque de Philippe IT, 
contient l’analyse de 1558 pièces, classées par ordre chrono- 
logique de 1598 à 1621. Les historiens y trouveront de nom- 
breux renseignements d'ordre politique, diplomatique et 
militaire. Plus que jamais, il ressort de l'examen de ces pièces 
que Richardot avait vu clair lorsqu'il disait: « Le transport 
des Pays-Bas n’est qu'une chose simulée ». Combien amers 
deviennent les regrets de Philippe III, au fur et à mesure 
qu'appar2issent moins inéluctables à ses yeux les raisons 
d'agir de son pére à bout d'énergie. Que de subtile diplomatie 
mise en œuvre pour annihiler en fait l’acte de 1598. Que de 
défiances à l'égard de ce pauvre Archiduc Albert, constam- 
ment soupsonné de velléités séparatistes! 

D'autre part, je me souviens — au temps déjà lointain ou 
j'étudiais le crépuscule de la puissance espagnole dans les 
Pays Bas — avoir été vivement frappé par le loyalisme fana- 
tique des derniers Castillans, résidant dans nos provinces, à 


370 COMPTES RENDUS 


l'égard de leur roi valétudinaire et de la cause espagnole, si 
caduque et périmée! Ce dévouement des Bernard de Quiros, 
des Navarro, des Ortiz, et autres personnages de la fin du 
xvie siècle, sentiment trés noble en soi, mais qui unissait 
malheureusement au plus détestable orgueil la haine jalouse 
et défiante du Castillan endetté, famélique, à l'égard du Belge 
bien nourri, franc d’allures et libre en ses manières comme 
en ses propos, nous le retrouvons, cent fois exprimé, dans la 
correspondance de l'ambassadeur Balthasar de Zuñiga ou du 
secrétaire d'Etat et de Guerre Carillo. Le gouverneur-général 
d'Aytona, ce successeur d'Isabelle qui assurait un jour au duc 
d'Olivarés qu'il pouvait placer en nos aïeux « autant de con- 
fiance qu'en lui-même » fut décidément un original. 

Plusieurs facteurs ont rendu la tâche de M. Cuvelier fort 
difficile. Pressé par le temps, M. Lonchay avait laissé de 
beaucoup de lettres des analyses par trop laconiques. Il y 
avait aussi des lacunes regrettables dans son vaste labeur. Au 
prix de grands efforts, M. Cuvelier est néanmoins parvenu à 
reconstituer un ensemble riche en annotations et en citations 
judicieusement choisies. Enfin, la table onomastique (patiem- 
ment constituée par M. l’archiviste Joseph Lefèvre), les 
pièces citées en appendice et la courte mais excellente pré- 
face de M. Cuvelier contribuent à faire du « Précis de la 
Correspondance de Philippe HI » un outil scientifique de 
premier ordre. 

FRANS VAN KALKEN. 


Alfred Bertrang. Histoire de l'incendie d’Arlon en 1785. Avec 
une préface de M. Godefroid Kurth. Arlon, A. Willems, 
1914, in-16° de 204 p. 


Le 11 mai 1785, à 9 heures du matin, le feu éclata au cou- 
vent des Carmes d’Arlon. Favorisé par un vent violent, l'in- 
cendie se propagea avec une rapidité incroyable; la plupart 
des maisons étant couvertes en « bardeaux » ou pannes de 
bois, les flammes ne purent être maîtrisées; vers 2 heures 
toute la ville n’était plus qu’un amas de décombres fumants. 
Rien n'avait pu être sauvé, si ce n’est quelques bâtiments et 
masures ; de tout le mobilier des habitants, il ne restait que 
quelques rares meubles ; des archives, plus rien ne subsistait, 


COMPTES RENDUS | 


aussi bien à l'Hôtel de Ville que chez les notaires, à l'excep- 
tion de quelques registres aux œuvres de loiet des actes du 
cadastre. 

Telle est la catastrophe qui a fourni au professeur Bertrang 
le sujet d’une des plus intéressantes notices qui aient jamais 
été consacrées au passé de sa ville natale, 

Comme le disait fort bien Godefroid Kurth, dans sa préface, 
datée d’Assche, le 4 novembre 1913, l’intérêt que présente ce 
récit n’est pas seulement celui d’un grand désastre qui a coûté 
des larmes à une population entière. On y verra encore com- 
ment l'incendie qui a ruiné les habitants a pu devenir pour la 
ville, grâce aux ressources qu'offre l’organisation d’une 
société civilisée, le point de départ d’une heureuse rénovation. 
Nous lui devons la démolition de l’ancienne enceinte dans 
laquelle Arlon étouffait, l'élargissement de ses rues sombres 
et tortueuses, la création du beau et riant quartier des Fau- 
bourgs. 

« La date de 1785 ne marque donc pas seulement la fin de 
l’Arlon médiéval, elle ouvre aussi l’histoire de l’Arlon mo- 
derne.. (est ce que l’on verra dans le volume de M. Ber- 
trang, et c’est assez en dire l'intérêt. Tous les Arlonais le 
liront avec émotion, et les érudits y reconnaitront avec plai- 
sir un auteur rompu aux bonnes méthodes du travail scienti- 
fique ». 

Ce jugement de l’éminent historien, mieux placé que 
personne pour apprécier un livre traitant d’Arlon, me dispen- 
sera certes de m’'arrêter longuement à caractériser la notice 
du professeur Bertrang. 

Je me bornerai simplement à signaler ici comment l’inté- 
rêt que cette notice, modèle de monographie locale (1), pré- 
sentait déjà aux yeux de Kurth, à la fin de l’année 1913, s’est 
encore considérablement accru depuis; la destruction totale 
de tant de localités, au cours de la Grande Guerre, les diffi- 
cultés presque insurmontables devant lesquelles se sont sou- 
vent trouvés leurs restaurateurs, donnent une portée pour 
ainsi dire actuelle aux événements racontés de facon si 
vivante par M. Bertrang. 


(t) Elle n’appelle guère qu’une critique, d’ailleurs légère : la reproduction 
absolument servile des textes anciens,avec leurs ponetuations bizarres et leurs 
majuscules fantaisistes, en rend la lecture quelquefois malaisée. 


dre COMPTES RENDUS 


Qu'il nous décrive le sinistre même; l’organisation des pre- 
miers secours; les peines que se donna le conseiller de Berg, 
envoyé comme commissaire du gouvernement à Arlon; la 
récompense que lui réserva souvent l’ingratitude populaire ; 
les moyens employés pour réunir les fonds nécessaires aux 
reconstructions; les spéculations provoquées par la transfor- 
mation des anciens quartiers; la construction des baraque- 
ments provisoires; l’adoption du plan de la nouvelle ville; la 
facon dont put se réaliser finalement la restauration d’Arlon; 
pas un de ces chapitres ne se lit sans provoquer les rappro- 
chements les plus suggestifs avec ce qui s’est passé dans la 
plupart des localités sinistrées de la dernière guerre. 

Tout particulièrement, il est curieux de comparer la façon 
dont notre Gouvernement est intervenu pour relever les 
ruines laissées par la conflagration de 1914-1918 avec les 
moyens auxquels eut recours, en 1785, le maître de la cham- 
bre des comptes de Berg, désigné par l’empereur pour diriger 
sur place le relévement d’Arlon (1) 

J. VANNÉRUS. 


Charles H. Pouthas. Guëzot pendant la Restauration Prépa- 
ration de l'homme d Etat. (1IS14-1830). Paris, Plon-Nour- 
rit, 1923. 497 p., y compris un index des noms propres. 


Le but de ce livre est double et excellent. D'une maniére 
générale, l’auteur, professeur agrégé d'histoire au lycée Jan- 
son-de-Sailly, constatant les tendances de l’école moderne à 
réduire le rôle des individus, a voulu faire « un juste départ 
entre les puissances collectives et les forces individuelles ». 
En ce qui concerne plus spécialement son personnage, il vise 
à nous expliquer le Guizot «historique » par l’analyse détaillée 


(:) A ce point de vue, même, il est regrettable, si grande est la part qui 
revient à de Berg dans la restauration de la ville, que M. Bertrang ne nous 
dise pas si, comme j'incline à le croire, le commissaire du gouvernement à 
Arlon n'était pas le même personnage que Ferdinand Rapédius de Berg, le 
conseiller au Conseil privé qui joua un rôle important lors de la Révolution 
brabançonne; ce dernier, en effet, dont le père était d’origine luxembour- 
geoise, s'était fait connaître précédemment, sous le simple nom « de Berg », 
eomme expert en matière administrative, s'intéressant même au bâtiment : 
c’est ainsi qu'il avait écrit un mémoire sur un Projet de salle de spectacle pour 
Bruxelles. 


COMPTES RENDUS sys 


de ses années de formation spirituelle et de préparation 
technique. On conçoit l'intérêt de cet ouvrage; déjà en dehors 
de toute préoccupation lointaine et rien que par sa nature 
intrinsèque, son objet, son cadre, il eût retenu l’attention du 
lecteur. 

Suivons rapidement la surprenante carriére de ce petit pro- 
testant nimois, austère, dogmatique, décidé-malgré le double 
obstacle de la pauvreté et de l’origine obscure — à mettre en 
jeu toutes les ressources de sa haute intelligence, de sa mer- 
veilleuse capacité de travail et de son âpre ambition, pour 
s'élever du rang modeste de précepteur-publiciste à celui de 
conducteur d'hommes. 

Nommé en 1812, à l’âge de vingt-cinq ans, sans préparation 
particulière, professeur d'histoire moderne à la Sorbonne, 
il réussit d'emblée à séduire ses auditeurs. C'est également 
impromptu que l’abbé de Montesquiou, ministre de l'Intérieur, 
le choisit comme secrétaire-général, après l’abdication de 
Napoléon. Sans passé politique, que fera le jeune haut fonc- 
tionnaire? Un instant l’on pourra craindre qu'il s'associe aux 
excès des réactionnaires. Mais déjà il a son système ancré 
dans l'esprit: faire du gouvernement de Louis XVIII un 
régime « moderne et national », en l’appuyant sur la Charte 
et en le préservant des folies des ultras. Pendant les Cent 
Jours, Guizot reste fidèie aux Bourbons. D'instinct, cet intel- 
lectuel calviniste devait haïr en Napoléon le despote qui asser- 
vissait les intelligences et soumettait les cultes à ses décrets. 

À peine entré dans la carrière administrative, Guizot prend 
cette assurance en sa propre valeur qui l’exposera bientôt à 
tant de haïines. Ne voilà-t-il pas qu'il se met en tête d'aller 
arracher le « père de Gand » à l'influence de la coterie de 
M. de Blacas. Combien savoureux le chapitre dans lequel 
M. Pouthas montre notre mince personnage écrasé par la 
morgue froide de Blacas et obligé de confesser qu'il peut être 
difficile d'éclairer un roi, même en exil. Ce fut là une décon- 
venue dont le porte-parole de Royer-Collard ne fut que médio- 
crement consolé par les matelotes de poisson blanc qu'il allait 
consommer, de temps à autre, en compagnie de Château- 
briand, au célèbre cabaret du Sérop. 

Le loyalisme de Guizot trouva sa juste récompense. Nommé 
secrétaire-général du garde des sceaux Barbé-Marbois, il eut 


374 COMPTES RENDUS 


l’occasion de satisfaire son goût de plus en plus accentué pour 
l’action et le pouvoir. Même lorsque l’animosité des ultras, 
qui ne l’appelaient plus autrement que « l’affreux M. Guizot », 
l'eut confiné au Conseil d’État comme maître des requêtes, il 
n’en resta pas moins l’avocat consultant de Decazes et le con- 
seiller officieux du gouvernement. Ce fut lui qui inspira le 
décret de dissolution de la Chambre introuvable. 

L’assassinat du duc de Berry (13 février 1820) et la chute 
consécutive de Decazes arrêtérent Guizot en plein élan. Le 
17 juillet 1820, un brutal arrêté de révocation lui enlevait 
sa place au Conseil d'Etat et le rejetait aux incertitudes d'une 
vie pauvre et sans perspectives. 

Le lecteur sait que, de 1820 à 1828, Guizot traversa la 
période la plus difficile mais aussi la plus glorieuse de son 
existence. Privé même du droit de professer à la Sorbonne, 
pendant six ans, il fut contraint de rentrer en lui-même, de 
müûürir ses pensées et d'élargir son horizon. C’est de cette 
époque que datent ses plus grands travaux. Rompant avec les 
systèmes politico-philosophiques en vogue depuis l'époque 
des historiens de l'Encyclopédie, il pratique l’analyse des 
sources et — tout en restant asservi à un pragmatisme téléolo- 
gisant qui serait, de nos jours, intolérable — il ouvre les voies 
à l’école historique contemporaine. 

Jusqu'à ce point de son étude, M. Pouthas n'avait eu qu'à 
reconstituer des faits. Evitant la tendance trop fréquente des 
biographes à idéaliser leur sujet, ne sacrifiant d'autre part 
aucunement au désir de répondre, par la confection d’un 
panégyrique, à la courtoisie des descendants de Guizot, grâce 
auxquels il avait pu compulser les archives du Val Richer, 
il n'avait prêté le flanc qu'à de minimes critiques: trop 
d'indulgence, peut-être, envers l’élaborateur de la loi de cen- 
sure du 21 octobre 1814, tendance à qualifier d'homme de 
Gauche un Centriste évoluant à la manière de l’escargot. Mais 
ce n'étaient là que des nuances d'appréciation. 

Dans la seconde moitié de son livre, M. Pouthas, par contre, 
développe, de la manière la plus attachante, une véritable 
thèse. Celle-ci donne à son livre le plus grand intérêt, mais 
l’expose du même coup à de vigoureuses discussions de fond. 
Jusqu'en 1820 — dit-il — Guizot avait dû s'adapter à la réalité. 
Mais à partir de ce moment il va systématiser son génie et . 


COMPTES RENDUS 375 


poser cette célèbre « doctrine » qui le rendra distant, supé- 
rieur, àpre et combatif. Avec une froideur tranchante et iro- 
nique, il divisera définitivement le monde en « hommes qui 
comprennent et en hommes qui ne comprennent pas ». Le 
dogmatisme sera « la physionomie même de son talent » 

Cette doctrine, M. Pouthas nous l’expose en quelques pages 
fort belles. Elle n’est ni une tactique, ni même une politique, 
mais une méthode philosophique, une logique abstraite, une 
manière naturelle de raisonner. Elle oppose la souveraineté 
de la Raison, c.-à.-d. de la recherche constante du Juste et du 
Vrai, au droit divin des monarques et à la souveraineté de la 
nation. Or, la Raison, transportée dans le domaine politique, 
c'est le gouvernement de la règle morale ou, en d’autres 
termes, le gouvernement représentatif. Bien entendu, ce 
dernier ne peut émaner que des « éléments de pouvoir légi- 
times, dispersés dans la société afin de réaliser la raison 
publique, la morale publique >. Guizot a horreur des « masses 
indisciplinées ». Est-ce l’image de la Terreur qui l’obséde, le 
souvenir de son père guillotiné en 1794, de sa mére à qui les 
sans-culottes défendirent de porter le deuil? Est-il au con- 
traire trop clairvoyant et comprend-il que la souveraineté du 
peuple serait, à son époque, tout simplement « le nombre mis 
au service des nobles et des prêtres » et, plus tard, l’asservis- 
sement du corps social à la « république des camarades »? 

Quoi qu’il en soit, le régime représentatif ne peut, aux yeux 
de Guizot, aspirer qu'à devenir « un procédé naturel pour 
extraire du sein de la Société la raison publique qui, seule, a 
le droit de la gouverner ». — « L’individu », dira-t-il égale- 
ment, « a des droits permanents et universels qui aboutissent 
tous au droit de n’obéir qu’à des lois légitimes. » Parmi ces 
droits, celui de suffrage est un droit variable, qui dépend de la 
capacité ou « façon d’agir selon la raison »: Ainsi, en dernière 
analyse, Guizot défendant la Charte, les gouvernements qui 
l’appuient et les corps électoraux censitaires capacitaires qui 
en perpétuent l'existence, ne fait autre chose que matérialiser, 
que concréter sa métaphysique politique. 

Que. Guizot, ramené à la politique active en 1827 par le 
bigotisme de Villèle et aussi par le fait d’avoir enfin atteint 
l’âge d'éligibilité, soit désormais une Doctrine incarnée, nul 
ne le contestera. « Parti de l'observation de la vie, il s'évadera 


376 COMPTES RENDUS 


dans un univers artificiel... qui figurera à ses yeux la réalité 
véritable. Avec le durcissement de l’âge, il lui deviendra 
impossible d'en sortir. Berucoup plus qu’un intérêt de 
classe ou que la peur du peuple, c’est le mécanisme propre 
de sa pensée qui fera désormais de Guizot un conserva- 
teur ». 

C’est donc en vertu de la Doctrine qu’à la veille des Trois 
Glorieuses Guizot espérera encore faire supporter par le 
peuple français un Charles X, débarrassé de Polignac. Lors- 
que la résistance s’imposera enfin à son esprit, il ne voudra 
pas dépasser le refus de l’impôt. Et, pendant la révolution de 
Février, c’est la Doctrine seule qui l’'empêchera de faire figure 
d'homme d'Etat. 

« IH s’est », écrit l’auteur, « traîné, sans initiative, à la 
remorque des faits. Il n’a eu, ni au début, ni en cours de crise, 
une vue nette de l'occasion, des possibilités mêmes de la situa- 
tion : sa conception est restée en arrière des événements; ilen 
était au refus d'impôt quand le peuple avait déjà pris les 
armes, à une protestation contre les ordonnances quand le 
peuple avait déjà relevé le drapeau tricolore, au renversement 
des Polignac quand le peuple avait déjà chassé Marmont et 
jeté bas la dynastie. Quand, à l’épreuve, le problème arrêté 
dans son esprit ne répond plus à la réalité, il est désorienté ; 
il a, dans l’après-midi et la soirée du 29 et la matinée du 50, 
vingt-quatre heures presque de flottement : alors, dans le 
désarroi, au milieu de cet effondrement de toute la charpente 
politique du gouvernement, il s'adresse aux forces mêmes de 
la révolution pour recréer un organe d’autorité, mais c’est 
porter du bois à l’incendie; rien mieux que cette initiative 
d'instituer une commission municipale, ne montre comme sa 
pensée a perdu son contrôle et se débat dans l'incertitude, 
jusqu’au moment où surgit, tout à coup, en dehors de lui, une 
solution à laquelle il se raccroche avec hâte, qu’il fait sienne, 
qui lui fournit ce fil directeur qu'il avait perdu, qu’il met tout 
son effort ardent à réaliser: la candidature d'Orléans. Mais le 
voilà, parce qu’il a retrouvé un plan, qui s’y immobilise, 
sans apercevoir que les événements continuent leur marche, 
et c'est à force de buter contre les exigences populaires, qu'il 
en arrive peu à peu à se faire l’artisan d’un édifice nouveau : 
encore, dans la mesure où son action commande, le veut-il 


COMPTES RENDUS JT 


aussi ressemblant que possible à l’ancien. La pensée de Guizot 
n’est pas accordée au rythme des révolutions. 

Une volonté, — ou un instinct, — pourtant a été la sienne, 
pendant toute cette crise: ne pas s’'abandonner au mouve- 
ment populaire. Il a l’effroi du peuple soulevé qui, tout bon 
enfant qu’il se montre en ces Trois Glorieuses, a des mouve- 
ments brusques qui ne mesurent point leur force, de ce tigre 
démuselé, comme dira plus tard son roi. À aucun moment, 
il n’a pensé qu’il y eût à lui céder le pouvoir. D'abord, il y a 
vu un instrument, un peu dangereux à manier, pour réaliser 
le programme parlementaire. Puis quand il l’a vu maitre, 
il n’a plus songé qu'à le remettre en tutelle, à défaut de mieux, 
sous la discipline d’une autorité publique improvisée, dans les 
liens ensuite d’une nouvelle royauté et d’une Charte remise 
au point du programme des députés censitaires libéraux. Rien 
de plus significatif que ses tableaux à la fois effarouchés et 
choqués du cortège du duc d'Orléans au milieu de la foule, 
dans sa marche à l'Hôtel de Ville, ou des abords du Palais- 
Royal gardé, ou envahi, par les hommes du peuple débraillés 
et armés. Il ne voit point dans ce déchainement matière à un 
œouvernement possible, matière à une fondation solide dans 
ses remous tumultueux. Au contraire il en recoit la révélation 
d'expérience de cette puissance mal soupçonnée, connue 
seulement par les livres, par les récits de 93. Le souvenir lui 
restera de ce flot populaire, montant sans obstacle, comme il 
le dira plus tard, jusqu'aux escaliers du palais. [l s’est acharné 
au contraire à maintenir de la légalité dans la Révolution, à 
retenir dans la main des députés, seul reste d'autorité légale, 
le pouvoir qui a glissé dans les mains du peuple: il essaie de 
ne pas sortir du droit, le fait ne crée pas le droit : d’où sa 
répugnance à arborer, lui député, les trois couleurs, à outre- 
passer aux attributions législatives de la Chambre pour lui 
faire désigner un roi et offrir une couronne en échange d’une 
constitution, sa répugnance à déposséder les Païirs de la pro- 
priété héréditaire de leur titre. Il n’a pas le sentimeut qu'avec 
une révolution, un droit public nouveau commence: sa forma- 
tion. de juriste s’y oppose, et, d’ailleurs, si le droit ancien est 
du coup périmé, d’où sortirait le nouveau, sinon de cette sou- 
veraineté populaire dont il n’a jamais admis le principe et 
dont brusquement mis en sa présence, il prend l’effroi? » 


378 COMPTES RENDUS 


Phrases dignes d'être méditées. En elles se retrouve tout le 
Guizot de la Monarchie de Juillet, l’homme au visage de 
marbre qui restreindra la liberté de la presse, dissoudra 
les Chambres, maquillera les résultats des élections, flattera 
Metternich, appuiera le Sonderbund et ne trouvera à opposer 
au flot montant de la démocratie que cette phrase insultante 
et ridicule: « Il n'y aura pas de jour pour le Suffrage Univer- 
sel »! 

Et cependant, où M. Pouthas me semble aller trop loin, c’est 
. quand il veut nous persuader qu'en tout, partout et toujours, 
Guizot doit se concevoir comme une sorte d’automate, répon- 
dant aux directions d’un acquis interne systématisé par des 
années de méditation philosophique. Pour ma part, je crois 
que, plus d'une fois, il répondit à des tendances, à des impul- 
sions plus médiocres mais aussi plus simplement, plus directe- 
ment humaines. 

Et d’abord, comme la plupart des grands politiques désireux 
de jouer coûte que coûte le rôle auquel ils se sentent appelés 
par leur génie, Guizot fut un franc arriviste, un intrigant qui 
opéra de temps à autre, selon les circonstances, des mouve- 
ments tactiques prodigieusement analogues à des pirouettes. 
On cherche en vain le rigide doctrinaire dans l’agitateur qui, 
en 1829, placé à la tête de la société « Aïde-toi, le Ciel t’ai- 
dera », ne se contente plus seulement de l’amitié d'Odilon 
Barrot, mais recherche celle des Mauguin et des Cavaignac. 
Et est-ce de sa part rester étranger à toute compromission que 
de harceler Lafayette, Dupont de l'Eure et d’autres Zeaders 
d'Extrême-Gauche, afin qu'ils patronnent sa candidature à 
Lisieux, que de promettre aux Lexoviens non seulement de 
favoriser la consommation du cidre calvadosien mais encore 
de mener de tout cœur le bon combat aux côtés des Opel 
cains les plus hardis ? 

Et d'autre part, la suffisance, chez Guizot, n’est pas seule- 
ment le reflet de cette ambiance d’infaillibilité dans laquelle 
baignérent presque tous les hommes d’État marquants de la 
première moitié du xix° siècle. Elle est réellement un défaut 
d'ordre psychologique, présent dés les débuts du jeune poli- 
ticien et l’enveloppant en fin de cornpte si bien de ses:volutes 
que son jugement finira par en être oblitéré. Est-cedogmatisme 
ou orgueïl froissé qui pousse Guizot en 1837 à combattre ‘son 


COMPTES RENDUS 379 


rival Molé avec une telle virulence que la Monarchie de 
Juillet tout entière en sera ébranlée? Est-ce doctrine cristal- 
lisée ou incompréhension pleine de morgue qui dicte au 
ministre de Louis-Philippe des attitudes comme celles-ci : 
maintien de la paix à tout prix vis-à-vis de l’Angleterre des 
Marquises et du consul Pritchard ; puis, brusquement, sacri- 
fice de l'Entente Cordiale pour cette niaiserie dénommée « les 
mariages espagnols »? Eten mai 1870, au moment où tous 
les esprits clairvoyants se détachent du Second Empire, que 
fait le vieil homme d'Etat? Il adhère gravement au plébiscite. 
Et quel sera le tout dernier acte de Guizot, octogénaire, 
eflleuré déjà par l’aile de la Mort? Une manœuvre orthodoxe, 
si raide et si intolérante, qu'elle disloquera le synode protes- 
tant et exclura de l'Eglise réformée de France les sectes 
évolutionnistes ! 

Ce commentaire de la doctrine de Guizot et de son influence 
sur ses attitudes m’a entraîné vers de trop longs développe- 
ments et ne me permet pas de consacrer aux dernières pages 
du livre de M. Pouthas (période 1829-1830) une analyse 
détaillée. Comme le reste de l'ouvrage, elles sont fouillées, 
substantielles et amplement documentées. Le Guizot pendant 
la Restauration est un ouvrage de valeur et il est à souhaiter, 
pour-le monde des historiens, que son auteur le fasse suivre 
bientôt d’un Guizot pendant la Monarchie de Juillet. Ce sera 
le couronnement d’une œuvre extrêmement bien commencée. 

FRANS VAN KALKEN. 


F. C. Roe, Maître de Conférences à l’Université de Birmin- 
gham et Docteur de l’Université de Paris. Taine el l'Angle- 
terre, — Paris, Champion, 1923, — 206 pages. 


Un beau sujet, traité avec autorité par un critique anglais, 
si j'en juge par le nom et la connaissance de l’Angleierre; 
français par sa manière sobre, juste, élégante d’écrire notre 
langue. Cette étude, parue dans la « Bibliothèque de la Revue 
de Littérature comparée » intéressera, dans le grand public, 
tous les amis de Taine. On regrette seulement de n’y pas 
trouver une étude détaillée de l'Histoire de la Littérature 
anglaise. L'ouvrage répond trop exactement à son titre : 
l’auteur ne considère, avec les Notes sur l'Angleterre, que le 


26 


380 COMPTES RENDUS 


dernier volume de l'Histoire de la Litiérature consacré aux 

Contemporains. | 
M. Roe montre que Taine s'était préparé pour son grand 
ouvrage, par de nombreuses lectures anglaises. Mais il ne 
connut jamais bien l’anglais parlé. M. Roe donne des exemples 
amusants de ses erreurs de prononciation. [l disait duck pour 
duhe ! Ceci est grave. Taine se trouvait devant des poëêtes 
anglais comme devant les poëtes de langues mortes. Cela 
explique en partie son indulgence pour les harmonies banales 
de Byron, pour les dissonances d'Elisabeth Browning ainsi 
que son indifférence à la musique de Tennyson et de Swin- 
burne. 

Cette insuffisance linguistique ne devait pas moins le désa- 
vantager, comme observateur des mœurs. Mais Taine tenait 
peu à corriger les idées qu’il s'était formées, sur le peuple 
anglais, d’après la littérature et l’histoire, longtemps avant 
son premier voyage en Angleterre. Il publia ses Notes après 
avoir séjourné dans le pays en tout pendant dix semaines et 
les Anglais ne le surprirent qu'en un point: il les trouva 
moins roides, rudes et désobligeants qu’il n'avait imaginé. 
Taine était bien dés lors l’homme qui demandait à Gabriel 
Monod : « Quelles idées allez-vous vérifier en Italie? » 

Le drame, ou la comédie de ce robuste esprit, c'est qu’il fut 
la victime de cet « esprit classique » magistralement défini par 
lui dans les Origines de la France contemporaine. Lui aussi 
« réduit les aspects et les qualités des choses, aboutit à des 
idées générales, c’est-à-dire simples, qu'il aligne dans un 
ordre simplifié, celui de la logique ». 

M. Roe fait observer qu'aux dispositions natives et à l’édu- 
cation normalienne vint se joindre chez Taine l'influence du 
talent tout oratoire de Macaulay. « Dés l'Ecole normale, il le 
considérait comme un des grands maitres de la preuve, de la 
composition, du raisonnement... » L'exemple de Macaulay 
aida Taine à développer son style en cette puissante machine à 
démontrer dont on connaît les travers. Comme le dit M. Roe, 
« la volonté de se faire comprendre, de pousser ses arguments 
à bout, d’étourdir le lecteur à coups de preuves et d'exemples, 
ce talent d'avocat ne va pas sans quelque exagération, et les 
nuances n'y trouvent point leur compte. » Taine donc se soucia 
peu de troubler par des éléments nouveaux l’image qu'il s'était 


COMPTES RENDUS 381 


formée de l’Angleterre. Il aperçut avec force, avec une réelle 
acuité certains caractères seulement et négligea les autres. 
_ Il simplifia, fut plus étroit que superficiel. Il ne vit pas les 
symptômes de changement et prit pour des traits permanents 
du peuple anglais l’aspect momentané d’une époque. 

Pour un voyageur débarquant en 1860, l'Angleterre présen- 
tait, au point de vue politique, l’apparence du calme absolu. 
Palmerston, ce « compromis vivant » gouvernait avec l'appui 
de deux partis opposés qui avaient convenu de remettre à 
plus tard les questions troublantes. Cette tréveiparlementaire 
donna à Taine une impression trompeuse de stabilité. Son 
impression eût été différente s’il eût visité le pays vers 1848 
ou encore pendant la guerre des Boers. 

Taine s’exagère le sentiment de respect qu'inspirent la 
Reine, la constitution, l'Eglise, les lords. Ses opinions d’ail- 
leurs furent colorées par les personnes qu'il fréquenta. Pourvu 
de lettres de recommandations de Guizot, grâce à son cama- 
rade Cornélis de Witt, gendre de Guizot, il avait vu des aris- 
tocrates comme Monckton Milnes (plus tard lord Houghton) 
et plusieurs membres de la famille Russell, notamment le duc 
de Bedford, qui prenaient au sérieux leurs devoirs envers le 
peuple. Il croit l'Angleterre à moitié féodale et ne s'aperçoit 
pas que la révolution industrielle a déjà déplacé les richesses, 
Qu’aurait dit Taine si quelqu'un lui avait annoncé la réforme 
de la Chambre des lords ou le gouvernement travailliste 
d'aujourd'hui ? 

Du monde religieux, il fréquente à Oxford, avec Matthew 
Arnold qui appelait la religion « une morale émue » (morality 
touched by emotion) les ecclésiastiques libéraux, champions 
de l’« Eglise large » tels que les Dean Stanley et Milman; les 
collaborateurs de Æssays and Reviews, Mark Pattison, Jowett 
qu’il trouve « assez voisin de Renan » 

Il crut à un protestantisme purement moral, sans dogmes, 
capable de s'entendre avec la science. Il ne parle pas des pro- 
grès du catholicisme, de Newman dont il semble ignorer jus- 
qu’au nom; ni du mouvement protestant ritualiste, et à peine 
des sectes dissidentes. 

Pareillement, en littérature, dans son volume sur les Con- 
temporains, Taine est loin d’avoir épuisé les figures les plus 
représentatives. Il omet non seulement les Browning, George 


382 COMPTES RENDUS 


Eliot, Ruskin qui auraient confirmé en quelques points ses 
idées sur le caractère anglais, mais encore Meredith qui pré- 
pare une génération plus intellectuelle, mais Rossetti, Swin- 
burne bien gênants quand on a décidé que tout écrivain 
anglais se montre d’une austérité puritaine à l'égard de la 
morale. Ayant étiqueté Swinburne comme un « visionnaire 
malade qui, par système, cherche la sensation excessive », 
Taine le rencontre dans un diner, chez Matthew Arnold ; 
dans sa correspondance, il décrit le poète « qui ne parle que 
raidi, rejeté en arrière, avec un mouvement convulsif et 
continu des membres comme s’il avait le delirium tremens ». 
M. Roe (je ne sais pourquoi il appelle Swinburne « le plus 
attique des poëêtes ») a trouvé dans les souvenirs de M'° Hum- 
phrey Ward, nièce de Matthew Arnold un correctif au 
croquis de Taine. Pendant le diner, le pauvre Swinburne était 
assis devant un feu flambant ; il avait obtenu un numéro du 
Times, en guise d'écran ajouté à sa chaise et pendant tout le 
repas, il lutta pour maintenir le journal à sa place! 

C'est dans le chapitre des Mœurs que M. Roe sans manquer 
de respect à Taine, se montre plutôt ironique. Il croit, par 
exemple, que si le voyageur a dépeint les Anglaises comme 
des femmes instruites, indifférentes à la toilette, c’est qu’il n’a 
fréquenté que des bas-bleus. 

M. Roe regrette que beaucoup de Français (il ne s’agit pas 
des spécialistes de choses anglaises) se représentent encore 
l'Angleterre d’après l’image que leur a fournie Taine, image 
périmée d’une Angleterre victorienne où les Anglais actuels 
ont peine à se reconnaître : 

« Il semble que Taine, épris en bon bourgeois qu’il était, 
des mœurs bourgeoises de l’époque victorienne, ait voulu y 
voir un arrêt permanent des mœurs anglaises au lieu de n'y 
voir qu'une manifestation temporaire qui était elle-même une 
réaction et devait être suivie à son tour par une réaction en 
sens contraire. Son interprétation des choses est statique, non 
dynamique. » 

On me permettra pourtant d'ajouter que cette vue statique 
de Taine, pour incomplète qu’elle soit, n’était point entière- 
ment fausse. Avant lui, aucun Anglais que je sache n'avait 
aussi clairement aperçu certains caractères importants de 
l'époque victorienne; et de ces traits, il subsiste plus, à mon 


COMPTES RENDUS 383 


avis, que ne l'avoue M. Roe. Si de nos jours des Anglais 
comme Lytton Strachey étudient le « victorianisme » avec le 
détachement d'un sourire amusé, c’est Taine peut-être qui, 
venant du dehors, leur ouvrit la voie. 

Un dernier chapitre étudie l’influence de Taine sur les écri- 
vains français qui se sont occupé de choses anglaises, montre 
à quel point ils ont subi son empreinte et comment ses idées se 
sont pour: ainsi dire intégrées à la pensée française. M. Roe 
retrouve sa méthode, rigide chez M. Boutmy. assouplie chez 
M. Cazamian, élargie par la considération de « i'élément celti- 
que > chez M. Jusserand et M. Chevrillon. J’irais plus loin que 
M. Roe. C'est l'honneur de M. Chevrillon de continuer 
l’œuvre de Taine, d'être parmi nous comme un Taine encore 
vivant qui assisterait, sans vieillir, aux manifestations nou- 
velles de l'esprit anglais, telles que l’impérialisme, mais quand 
on parle du « celte » pour l’opposer au « saxon barbare » de 
Taine ou au « viking en sa barque de cuir », je crains qu'on 
ne fasse qu'une application nouvelle de l’idée de race, sans 
avoir: suffisamment élargi, épuré cette idée elle-même. 

Que conclure de cette étude? C’est que tout en vénérant 
l’auteur de la Littérature anglaise, il faut se mettre en garde 
contre les séductions de son système, de son éloquence et de sa 
personnalité. 

La construction logique fondée sur « la race, le milieu, le 
moment » a perdu de son prestige ; les séductions du « système » 
sont devenues les moins dangereuses; elles se confondent sou- 
vent avec les procédés de l’auteur: simplifier à l'excès, «écrire 
des généralités et les particulariser par les grands hommes »; 
négliger chez ceux-ci l’évolution intime, forcer les traits, pré- 
parer des contrastes en sorte que la Littérature anglaise se 
dispose comme une galerie de portraits qui se fassent mutuelle- 
ment valoir... Ces moyens seraient faciles à dépister s'ils 
étaient ceux que nous tend un sophiste et un rhéteur; mais la 
principale séduction de Taine est sa probité intellectuelle qui 
ne nous trompe jamais qu'en se trompant elle-même. 

Aimons-le, malgré son système. Aimons l’homme qui écri- 
vait à vingt et un ans: « Mon unique désir est de travailler sur 
moi-même pour valoir un peu mieux tous les jours ». Aimons 
l'écrivain qui se donne tout entier dans chacune de ses 
phrases, qui chaque fois extrait et rend sa pensée tout entière 


384 COMPTES RENDUS 


dans une forme qui est une création. Admirons ses analyses 
émues d'œuvres individuelles. Taine valait mieux que ses 
théories et l’on ne me persuadera pas qu’il ne sentait pas la 
pature ou ne la voyait qu'à travers des livres. Il définit son 
propre esprit (au début du Voyage en Italie) « un instrument 
sensible devant les beautés de la nature, beaucoup moins 
devant les tableaux et les statues ». Faut-il rappeler ses des- 
criptions de forêts ? En ce raisonneur vivait un poëte. La gloire 
de Taine comme écrivain et conme penseur est d’avoir, un 
des premiers,: dans la littérature française, essayé d’unir 
l'esprit classique et l'âme romantique. 

PAUL DE REUL. 


Isabelle Errera. Répertoire des peintures datées, 2 volumes, 
Braxelles, Van Oest, 1920-1921, 920 p. 4°. 


Dans ce répertoire, M Errera à classé, par ordre chrono- 
logique, 40,700 peintures de 1085 à 1875. Chaque page est 
divisée en six colonnes. Sauf indication contraire, la pre- 
mière donne l’année où l’œuvre a été achevée. Pour les 
œuvres antérieures à la fin du xvI° siécle, époque où le 1° jan- 
vier marque définitivement le début de l’année, Ja présence de 
deux millésimes consécutifs, dans les sources, peut provenir 
de divergences entre calendriers qui ne plaçaient pas le com- 
mencement de l’année au même mois. 

La seconde colonne nous fait connaître la patrie a 
peintres, la troisième leurs noms rangés, chaque année, par 
ordre alphabétique. Dans la quatrième figure le titre du 
tableau où le nom du personnage représenté. On trouvera, 
dans la cinquième, l’endroit où l’œuvre est conservée ou son 
dernier domicile connu. La dernière colonne est réservée 
aux références. 

Il suffit de parcourir les 17 pages, en deux colonnes, don- 
nant les abréviations et les titres des ouvrages spéciaux,mono- 
graphies, catalogues de Musées, catalogues de vente consultés 
et dépouillés par M" Errera, pour se rendre compte de la 
somme énorme de travail que représente ce répertoire si clair 
et si précis dans sa concision, et qui a suivi de si prés le 
Dictionnaire-Répertoire des Peintres, publié en 1913, chez 
Hachette, par le même auteur. 


COMPTES RENDUS 385 


Une table alphabétique des peintres complète cette œuvre 
considérable de science et de patience que ne pourront se dis- 
penser de consulter tous ceux qui s'intéressent à l’histoire de 
la peinture du xI° au xix° siécle. Peut-être trouveront-ils çà 
et là quelque erreur ou découvriront-ils quelque omission ; 
elles sont inévitables dans des travaux aussi vastes et aussi 
délicats et dont la bibliographie est immense; Me Errera 
nous avertit elle-même qu'elle sera la première à les remer- 
cier de les lui indiquer. Mais tous lui sauront gré d’avoir 
abordé avec tant de courage et mené à bien avec tant de 
vaillance une tâche capable de faire reculer les plus intrépides. 


PAUL GRAINDOR. 


| il sn sniqitoré BPRARTTESON 
r SE rno ram ie siétiétol | | 

| sodetttt 8 Podiaitint cie a HAE ER TONS Ta 
SAT troto von 8 SE sg couv 
are siplép enter 50 1 
retire 1° Be ertn Hier als eubià das 
sert fé OMS HrATT see Sqesgn: TEE JR 
Aoinét BL CU QUE EAU AUS sad M 
110% 8"D) bg ner 7 Rire Sen 
où tnt nStl dei HS ét ST 6hAJNES € 


ÉTIU OT Unit Peer entsrel Li ilot » 
BY PER pee 


es 

















AOQUILHTU TA Œ 


dt $ 


Fc denses MA PAPE | 
ENS, CAS TER PET OUR SE (2 STARS 
LA 
L N t “à : gain r ÊN « 
PEARL EN b À Là À | W? } 1 F4 +18 CE- Sa 


k pal : À > ue es : R 
D y «4 + d v’ . it É «y an! CON LCERUS eutte r LU 
n be Les h i Vide + | Ÿ 4; { À l el y (tp 4 Ai ner 


SOC OUR HO IEEE use 1. 7708 f PT RE 
1h iroinénte . AIMER SNDEERE can A 
Ru «tra ue. toedité ‘y fée Pre : 
$ wi POP LES T ‘'rrleest tri 4 ri tré ver «ét 
OU ERA LROINTO ET Le} 


LA + è si } 
4 6 1 t Lai Le 2 0 à» Ÿ 
L 1 
| : ; Sri: DNS es * 
F0 v- FT de 16 Dr) ST LA) FIRE 6 D sCaR Lau D DAME ur La #. 
" ) h N » 
‘ x n: r Te x 
DL PRE: ve Pl 2 118 (hd, us 4 Ar Mots ! 
NO Pare 
r pp RES FPE NE we dus à: 
n 15] di 2 NE Vi" PTE Der 
li 


ao rS don nt rn) ‘ee | + pra enrapel ou 
al Jaciar da ty nr rat & que RATES 
Ex, Mo Hein POLE Aer re 
: M acties vs den de Adrien ANUS Mere Ne: 


t 
c - 
< 
we FE | 
' a” $ 2: P 
à NON 2) 
4 #1). NY RIRES 
“! sé" LP j 
| Cle dt 
4 À LL 4 Pr” LL A 
* : | a Ds ! re (M 


CHRONIQUE 


26. — Société pour le Progrès des Études Philologiques 
et Historiques. 


SÉANCES DU 11 NOVEMBRE 1923. 


Section de philologie classique et romane. 


La séance est ouverte à 10 1/2 heures. 
1. M. ANTOINE GRÉGOIRE (Liége) : L'accent grec et les enclitiques 
homériques. 


Les renseignements que donnent les grammairiens grecs sur 
l’accentuation des enclitiques paraissent trouver leur confirma- 
tion dans la versification homérique. Celle-ci montre, en effet, 
une tendance à écarter les enclitiques de la position aux temps 
forts. A ces mots, dont la plupart sont des monosyllabes à voyelle 
brève, à forme courte et dont la signification est relativement 
d'importance secondaire. la langue semblait répugner à accorder 
les places privilégiées du vers, telles qu'étaient les temps forts, 
et spécialement les temps forts du troisième et du cinquième 
pieds. 

L’enclitique Ye, par exemple, ne figure proportionnellement 
qu'une fois sous l’ictus sur seize fois aux temps faibles; cette der- 
nière position est donc la position normale, d'autant que la plu- 
part des exceptions s'expliquent par des raisons diverses. La 
brièveté prosodique du mot Ye ne peut être invoquée : elle ne con- 
stitue qu'un obstacle relatif à l'apparition de ÿe aux temps forts. 
Pour s’en convaincre, il suffit de comparer le traitement du 
mot dé, qui apparaît une fois aux temps forts contre cinq fois 
seulement aux temps faibles. 

L’interdiction qui vient d'être signalée ne se manifeste pas 
d’une manière absolue; elle est moins sensible, comme on doit s’y 
attendre, dans le traitement des enclitiques à finale consonan- 
tique, que leur finale rend aptes à l’allongement par position, et 
surtout dans les enclitiques à voyelle longue, par exemple tou. 

Dans quel rapport les faits mentionnés se trouvent:ils avec la 
nature de l’enclise? Si, comme on l’a présumé jusqu’à présent, 


388 CHRONIQUE 


l’atonie des enclitiques était d'essence musicale, serait-elle la 
cause du phénomène? On le niera à priori, étant donné que la 
versification grecque ne tenait aucun compte de l’accentuation des 
mots. La longueur n’est pas non plus en question, car les encli- 
tiques pouvaient faire fonction de longues. Il ne rêste plus qu’à 
invoquer le troisième élément dont le débit dispose pour différen- 
cier les sons ou groupes de sons et pour les mettre en évidence, 
à savoir l'intensité. Quand les grammairiens grecs décrivaient les 
enclitiques, ils n'avaient pas tort de dire que ces mots ne por- 
taient point d’accent, à la différence des syllabes accentuées ; 
mais ils n’ont point dégagé tous les éléments de l’atonie des encli- 
tiques. S’il est vrai qu’ils n'étaient point dits sur une note haute, 
il est non moins vraisemblable que la force du souffle s’atténuait 
sur eux, et sous ce rapport, ils étaient peu aptes à figurer aux 
temps forts. 

Si l'hypothèse est exacte, il faudrait donc, sinon corriger, du 
moins compléter la théorie des enclitiques, telle qu’elle nous a 
été transmise, Les phénomènes d’intensité n’ont pas dû être tout à 
fait inconnus du grec ancien. Leur importance relativement 
réduite, comparativement à celle dont ils jouissent dans certaines 
langues modernes, a pu les soustraire à l’attention et à l’obser- 
vation des grammairiens. À la faveur de la versification homé- 
rique, les enclitiques semblent devoir nous mettre sur la trace 
des complications ayant marqué la phonétique du grec ancien. 

La communication de M. Ant. Grégoire est suivie d’une discus- 
sion à laquelle prennent part M. Carnoy, Me Daniel et M. Sobry. 


2. M. A. SoBry (Bruxelles): Le Catulle de M. Lafaye (texte éta- 
bli et traduction), édition de la Société des Belles-Lettres. 

M. Sobry reconnaît tous les mérites de cette édition; mais il 
est obligé de faire des réserves sur un certain nombre de détails 
qui appelleraient des améliorations (corrections à apporter au 
texte ; lacunes dans la traduction; traductions discutables; com- 
mentaires parfois insuffisants, parfois superflus, ou même 
inexacts ; fautes d'impression). 

La communication de M. Sobry amène une discussion, à laquelle 
prennent part notamment M. Kugener et Mie Daniel. 


Section de philologie germanique. 


M. J. Dupoxr (Ixelles) : Op zoek naar verloren woorden. 

Le compte rendu de cette section nous est parvenu trop tardi- 
vement pour paraître dans ce numéro. Il sera inséré dans le 
numéro suivant. 


CHRONIQUE 389 


Section d'histoire. 


La séance est ouverte à 10 h. 30, sous la présidence de M. Van 
der Linden (Liége). Secrétaire : M.F.-L. Ganshof (Gand). 

1. M. L. VERRIEST (Anvers) fait une communication sur : Les 
serfs du ‘s Gravenproper dans le comté d'Alost. 

La charte de la comtesse Jeanne, de 1252, n’affranchit pas de 
la mainmorte tous les serfs des domaines comtaux, mais seule- 
ment ceux qui sont restés y habiter: pour ceux-ci la mainmorte 
est remplacée par un cens capital et un droit de meilleur catel. 
Par contre, tous les serfs qui ont quitté le domaine restent sou- 
mis à la mainmorte, ubicumque permanserint, même s'ils habitent 
la ville. 

Les textes postérieurs au xin° siècle permettent de suivre 
l’évolution du servage dans les domaines comtaux du ’s gravenpro- 
per. C’est ainsi que des textes allant du xi1v* siècle au début du 
xvu* siècle révèlent d'importantes déformations : on lève les rede- 
vances sur les descendants de tous ceux qui sont nés dans une 
des seigneuries du ’s gravenproper; bien que la condition servile 
ne soit transmise que par la filiation maternelle, on perçoit les 
droits sur des personnes descendant de serfs par les mâles; la 
coutume homologuée de 1618 met fin à cet abus. D’autres défor- 
mations subsistent jusqu’à la fin de l'Ancien Régime. 

La communication de M. Verriest est suivie d’un échange de 
vues, auquel prennent part MM. Van der Essen (Louvain) et 
Ganshof (Gand). M. Van der Essen insiste notamment sur le fait 
qu'il paraît résulter de l’exposé de M. Verriest que le séjour en 
ville n’affranchit pas nécessairement; il en est de même, assure- 
t-il, en Angleterre. 

2. M. A. G1ELENS (Anvers) traite ensuite la question suivante : 
Les Francs sont ils les ancêtres des Flamands ? 


M. Gielens combat la théorie classique soutenue principale- 
ment par Kurth, d'après laquelle, les Francs auraient colonisé 
le nord de la Belgique actuelle et seraient les ancêtres des Fla- 
mands. Le sud de la Belgique, protégé par la Forêt Charbonnière, 
n'aurait subi qu'une occupation franque beaucoup moins dense; 
aussi est-elle restée romanisée. 

A cette explication de la frontière linguistique, caduque depuis 
que M. Van der Linden a prouvé que la Forêt Charbonnière n’a 
pu jouer le rôle qu’on lui attribue, M. Gielens oppose une autre 
manière de voir. Pour lui les Francs n'ont rien à voir avec la 
frontière linguistique. Si le nord de la Belgique parle une langue 
germanique, il faut en chercher la cause dans une colonisation 


390 CHRONIQUE 


germanique antérieure à la conquête romaine ; les Tongres et les 
Toxandres, notamment, étaient des Germains. 

Un long échange de vues suit cette communication. MM. Van 
der Essen (Louvain), R. P de Moreau (Louvain) et Van Houtte 
(Gand) font observer que si, en effet, la Forêt Charbonnière 
n'entre plus en ligne de compte, la route transversale de Bavai à 
Maestricht a dû servir à arrêter les invasions franques. Cette 
route était fortifiée et passait sur les hauteurs qui séparent la 
Haute et la Basse-Belgique. C'est devant elle — les travaux de 
F. Cumont l’établissent — que s’est arrêtée la colonisation 
franque du 1v* siècle, qui constitue un fait incontestable. Au sud 
de cette ligne il n’y a eu que des invasions et des occupations par 
de petites bandes armées. 

Le R. P. Willaert (Namur), MM. V. Tourneur (Bruxelles), 
F. Van Kalken (Bruxelles), L. Verriest (Anvers), F -L. Ganshof 
(Gand). P. Bonenfant (Bruxelles) présentent diverses observa- 
tions de détail. 

MM. G. Charlier (Bruxelles) et H. Van der Linden (Liége) font 
observer que la Forêt Charbonnière marque la limite des dia- 
lectes picards à l’ouest et wallons à l’est. 

La séance est levée à 12 h. 45. 


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE. 


l. Rapport des secrétaires sur les séances des sections. 

2. Admission de nouveaux membres. 

3. M V. Tourxeur (Bruxelles) : Les médailles de Constantin et 
d’'Héraclius (avec projections lumineuses). 


SÉANCES DU 11 MAI 1924. 
Section de philologie classique et romane. 


La séance est ouverte à 10 h. 1/2, sous la présidence de M. Paul 
Thomas (Gand). Secrétaire : M. l’abbé Belpaire (Bruxelles). 

1. Communication faite par M. Carnoy (Louvain) sur l'Étymo- 
logie du nom du dieu de la mer Poseidon. L'auteur à analysé les 
formes les plus anciennes de ce nom : rmoceiddwv (Homère), roceibwv 
et dewv (Hésiode). toceidns en ionien, moceidba et motidbav en éolien 
et notidas en dorien. Après avoir réfuté les hypothèses qui ratta- 
cheraïent le nom à wo616 — boisson et rotauoc fleuve, M. Carnoy 
pense qu'il faut couper le mot en : 

Tortis signifiant «maître » (mis au vocatif donne moTët) et un mot 
daFov signifiant « eau » et qu’on retrouve dans diverses langues 
indo-européennes avec le sens de corps liquide, Cette intéressante 


CHRONIQUE 391 


<ommunication a été le sujet d’une vive discussion qui a fait res- 
sortir combien l’étymologie proposée par M. Carnoy est plus 
ingénieuse et plus rationnelle que les explications proposées 
jusqu ici. 

2. M. Bayot (Louvain) nous a entretenu ensuite du mot Rognac, 
vocable qui s'applique à cinq endroits différents en Belgique et 
désigne probablement une vallée marécageuse. Des vocables sem- 
blables se retrouvent dans plusieurs noms de localité en France, 
où ils sont la transformation du mot Runiacum. Étant impossible 
d'admettre la même origine pour des vocables qui ont subi les 
transformations phonétiques du Nord, force est de chercher une 
autre explication. 

Rhon semble bien indiquer un cours d’eau. Le suffixe ac n’exis- 
tant pas dans les dialectes du Nord on pourrait peut-être l’expli- 
quer par une contraction du mot germanique acker — rognac 
étant alors le mot germanique rodenacker prononcé par un 
Wallon. 

Ou bien en admettant rhon — cours d’eau, pour le suffixe ac 
on pourrait admettre une terminaison adjective en aceus ou acea, 
cette dernière ayant donné ache, d’où l’on aurait fabriqué rognac 
en masculinisant la terminaison. 

Cette communication, bien que n’aboutissant pas à une conclu- 
sion positive, à été suivie avec le plus vif intérêt, tant pour le 
grand nombre des matériaux apportés que pour l'originalité des 
explications. A la discussion ont pris part plusieurs membres qui 
s'étaient déjà livrés à des recherches analogues. 

3. M. Sobry (Bruxelles) nous à entretenu ensuite de 52 odes de 
Catulle (Lesbialieder), qu'il pense pouvoir rattacher toutes aux 
amours de Catulle et de Claudia, la femme de Metellus. Il pro- 
pose de les ranger dans un ordre logique, où l’on suivrait pas à 
pas l'intrigue amoureuse depuis la déclaration (p. 51) jusqu’à la 
rupture définitive (poème 11), en passant par le bonheur, les infi- 
délités, les brouilles et les réconciliations. Ce classement qui est 
bien un peu entaché de subjectivisme, comme l’a mis en lumière 
la discussion qui suivit l'exposé, a pourtant le grand mérite de 
montrer les pièces de Catulle sous un jour autrement vivant, de 
nous faire entrer au vif dans les sentiments et de nous faire 
goûter plus parfaitement l’art de l’ardent poëte latin. Cette com- 
munication a vivement intéressé les auditeurs et a donné lieu à 
des remarques intéressantes de MM. Faïder (Gand), Kugener 
{Bruxelles) et Thomas (Gand). 


4. M. Grégoire (Liége) communique une observation sur Un 
phénomene actuel de l’évolution du mot Maïs. Ce mot, dont on con- 


392 CHRONIQUE 


naît les avatars et dont l'emploi le plus commun reste encore 
celui de conjonction, est en passe, semble-t-il, d’adjoindre à cette 
fonction celle d’adverbe. La phrase du type : les alliés sont forts, 
mais il faut qu'ils s'entendent, est souvent écourtée en : Les alliés 
sont forts, mais. L'écriture marque par des points de suspension 
l'ellipse de la deuxième proposition; le langage la fait entendre 
par un changement du rythme, qui reporte sur le mot mais le 
point culminant de la phrase entière. Le changement va plus 
loin : maïs est souvent rapproché intimement de la première pro- 
position, par suppression complète de la pause ; de plus, et c’est 
là que le phénomène devient décisif, mais perd tout son relief; 
il adopte le rythme descendant des fins de phrase, et n’est plus 
qu'une addition faiblement restrictive. La phrase : les alliés sont 
forts mais, n’'équivaut qu’à l’affirmation atténuée : Les alliés sont 
forts, sans doute, peut-être. 

Les mêmes phénomènes d'atténuation et de passage à la nature 
adverbiale paraissent se rencontrer dans l’emploi de la conjonc- 
tion parce que, qui parfois en arrive à signifier : bien sûr. 


Section de philologie germanique. 


1. M. M. DERUELLE (Tournai) : KN in the beginning of words in 
English. 
2. M.J. Dupont (Bruxelles): Faust II, Hélène, étape nécessaire? 
Le compte rendu de cette section, parvenu tardivement à la 
rédaction, paraîtra dans le prochain numéro. 


Section d'histoire. 


La séance est ouverte à 10 h. 30, sous la présidence de 
M. L. Leclère (Bruxelles). Secrétaire : M. F.-L. Ganshof (Gand). 
1. R. P. E. DE Moreau, S. J. (Louvain) : Le EE D). la rési- 

dence des évêques de Tongres à Maestricht. 

Après un examen des diverses opinions qui ont été exprimées 
au sujet du transfert du siège épiscopal de Tongres à Maestricht, 
le Père de Moreau soumet à la critique l’opinion traditionnelle, 
défendue en particulier par Ms Duchesne (Fastes épiscopaux, 
III, p. 186) et Hauck (Kirchengeschichte Deutschlands, I, p. 121, 
note 2), d’après laquelle Saint Monulphe aurait, dans la seconde 
moitié du vi siècle, transféré à Maestricht la résidence des 
évêques de Tongres. 

Cette opinion est basée sur un passage de Grégoire de Tours 
(Historia Francorum, 11, ce. 5). L'étude de ce passage et son rap- 
prochement avec d’autres textes, a convaincu le Père de Moreau 
que l'opinion traditionnelle ne s’appuie sur aucune preuve 
sérieuse. Il arrive à la conclusion que ce fut un successeur de 


CHRONIQUE 393 


Saint Servais qui transporta la résidence à Maestricht, avant 
Saint Monulphe. Ce transfert aurait eu lieu à l’occasion de la 
destruction de Tongres par les Vandales. 

La communication du Père de Moreau est suivie de quelques 
remarques de MM. Hansay (Hasselt) et Ganshof (Gand). 

2. M. CH. TERLINDEN (Louvain) : Les Archives de Nieuport. 

Les archives de Nieuport passaient pour avoir été détruites 
pendant la guerre. M. Terlinden fait connaître qu’elles ont pu 
être sauvées dans des conditions dramatiques et annonce qu’elles 
vont être réinventoriées. 

M. Terlinden insiste sur l'intérêt considérable que présentent 
ces archives au point de vue de l’histoire du droit, notamment du 
droit maritime, et au point de vue de l’histoire économique. Le 
dépôt contient notamment un grand nombre de pièces intéressant 
la pêche maritime, dès le xim° siècle; parmi ces pièces figurent 
des contrats de société et des octrois comtaux en vue de la pêche 
aux harengs et à la baleine. 

MM. Leclère (Bruxelles), Nelis (Bruxelles), Rousseau (Bru-: 
xelles) et Ganshof (Gand) présentent quelques observations. 

3. M. F.-L. GANSHOF (Gand) : La valeur d'Eginhard comme source 
de l’histoire politique de Charlemagne. 

M. Halphen (Études critiques sur l'histoire de Charlemagne, 
Paris, 1921, 8: édition de Eginhard : Vie de Charlemagne, Paris, 
1913, in-16) réduit à très peu de choses la valeur de la Vita Caroli 
comme source de l’histoire politique de Charlemagne. 

M. Ganshof admet. avec certaines réserves. la manière de voir 
de M. Halphen en ce qui concerne les événements militaires. Il en 
est autrement pour les événements diplomatiques. M. Ganshof 
examine successivement les relations de Charlemagne avec les 
rois anglo-saxons et espagnols, avec Haroun-el-Rasjid et avec les 
empereurs byzantins. En ces diverses matières il arrive à la con- 
clusion que la Vita constitue une source originale et digne de foi. 

La communication de M. Ganshof est suivie de quelques obser- 
vations présentées par le R. P. de Moreau, S. J. (Louvain, le 
R. P. Willaert, $. J. (Namur), M. Hansay (Hasselt) et M. Leclère 
(Bruxelles). 

La séance est levée à 12 h. 30. 


27. — Annuaire de l’Académie Royale de Belgique. 


L'Annuaire de l'Académie Royale de Belgique pour 1924 ren- 
ferme les biographies de plusieurs historiens et de juristes dont 
les travaux abordèrent souvent le domaine historique. Ce sont 


394 CHRONIQUE 


celles de Jules Lameere (par M. Maurice Vauthier), de Paul 
Errera (par le même), du P. Charles de Smedt (par le P. H. Dele- 
haye), de Godefroid Kurth (par M. H. Pirenne), de Stanislas 
Bormans (par M. J. Cuvelier) et de Paul Fredericq (par M. H. 


Pirenne). 


28. — Université juive de Jérusalem. 


La nouvelle Université a commencé en 1923 deux séries de 
publications : 1. Mathematica et physica. 11. Orientalia et judaïca. 
Voici le sommaire du vol, I de cette seconde série : S. KLEIN, 
Die Küstenstrasse Palestinas. — KE. TAUBLER, Das Land Kde 
und das Volk Gojim.-- E. MAHLER, Zur Chronologie der El- 
Amarna-Zeit. — J. SCHEFTELOWITZ, Die Bewertung der Ara- 
maischen Urkunden von Assuan und Elephantine für die 
Jüdische und Iranisvhe Geschichte. — V. APTOWITzER, Jüdisches 
in Surischen Rechtsbüchern — J. Horrovirz, Das Koranische 
Paradis. — I. Davipson. Liturgis fragments from the Genizah. 
— S. H. MARGULIES, Das Schwertlied Ezechiels — A. ScHWARZ, 
Die Hauptergebnisse - der wissenschaftlich - hermeneutischen 
Forschung. — $S. KRrauss, Glossae Sacrae. — J. KLAUSNER, The 
Origin of the Mishnaic Language — E. Mirrwocx, Hebraïsche 
Etymologien. — I. Lôw, Muscari und Ornithogalum. — E. KRuBir- 
NOWITZ, The Caper-Tree. 


29. —. Byzantion, Revue internationale 
des Études Byzantines. 


Le Ve Congrès International des Sciences Historiques 
(Bruxelles, 1923) a émis, à l’unanimité, un vœu en faveur de la 
création d’une Revue Internationale des Études Byzantines. 

Les subventions de la Fondation universitaire de Belgique, des 
gouvernements hellénique et français, de l'ambassade et du 
consulat général d'Italie à Bruxelles, et les dons généreux de 
Me Isabella Errera et de M. Nicolaïdès, ont permis au Comité 
de rédaction provisoire (‘), en attendant les concours, annoncés 


(4) Ce Comité, désigné par le Congrès de Bruxelles, dans sa dernière séance, 
se compose de MM. Andréadès, Bidez, Collinet, H. Delehaye, Ch. Diehl, Efsta- 
thopoulos, de Francisci, Grabar, Graiador, H. Grégoire, lorga, Millet, 
P. Peeters, Pernot, Sir W. M. Ramsay, Rostovtzefr. 


CHRONIQUE 395 


et promis, de la Roumanie, de la Serbie et d’autres États, de 
réaliser ce vœu, qui était depuis longtemps celui de tous les 
byzantinistes. 

En effet, la revue byzantine d'Athènes n’a eu qu’une existence 
éphémère; les trois revues russes consacrées à nos études 
(Vremennik, Obozrenie, Bulletin de l'Institut de Constantinople) 
out suspendu leur publication, ou nous sont inaccessibles; la 
Byzantinische Zeitschrift elle-même, depuis dix ans, n'a donné 
que deux fascicules; le AeAtiov tTñs Xpiotiavikñs ‘Apxatokoyikñs 
‘Etpias recommence seulement à paraître, après une interruption 
de douze ans; malgré l'effort louable de M. Nikos Bees, le vaillant 
éditeur des Jahrbücher, les travaux relatifs à Byzance qui se 
publient aujourd’hui sont dispersés dans quantité de périodiques, 
et l’unité des études byzantines est remise en question. 

Ainsi qu'il à été déclaré formellement au Congrès de Bruxelles, 
les promoteurs de Byzantion ne prétendent faire concurrence à 
aucun périodique existant. Byzantion s’efforcera, au contraire, 
de collaborer avec les autres revues byzantines, notamment avec 
la Byzantinische Zeitschrift, fondée par Karl Krumbacher, dont 
la mémoire reste chère à tous les byzantinistes. 

Byzantion, dont l'existence matérielle est assurée grâce à des 
concours internationaux, sera international dans le plein sens du 
mot. La revue accepte des articles rédigés en français, en anglais, 
en allemand, en italien, en latin, en grec, en roumain, en russe, 
en serbe, en bulgare, en tchéco-slovaque et en polonais. Toutefois, 
avec la permission des auteurs, les manuscrits conçus dans ces 
huit dernières langues seront traduits en français par les soins 
de la rédaction. 

Byzantion paraîtra deux fois par an, en fascicules de 200 à 
300 pages, et comprendra : 1° des articles de fond; 2° des comptes 
rendus critiques ; 3° des bulletins périodiques où seront analysées 
les publications récentes sur toutes les études byzantines. Ces 
bulletins, qui constitueront l'originalité de Byzantion, seront 
rédigés par les spécialistes les plus éminents. 

Le premier fascicule de Byzantion, qui doit paraitre en octo- 
bre 1924, est en préparation. Le Comité provisoire espère que 
les principaux représentants des études byzantines voudront bien 
y collaborer. 

Les manuscrits et les ouvrages destinés à la rédaction doivent 
être adressés aux bureaux de Byzantion, 12, rue Royale, à 
Bruxelles. 11 sera publié un compte rendu de tout ouvrage qui 
aura été envoyé à la Revue. 


396 CHRONIQUE 


30 . — L'Encyclopédie Pauly-Wissowa. 


Le vingt-troisième demi-volume (XII, 1) allant de Kynesioi à 
Legio, vient de paraitre. On y remarque des articles étendus 
notamment aux rubriques suivantes : Kynismus, Kypros, Kyre- 
naika, Kyrene, Labyrinthos, Landwirtschaft, Lares, Latium, 
Lectica, Legatus, Leges agrariae, Legio. 


31. -— Le nouveau Ducange. 


Parmi les vœux émis par le Congrès international des Sciences 
historiques assemblé à Londres en 1913 figurait celui d’une nou- 
velle édition du Glossarium de Ducange. La proposition en 
avait été faite par un petit groupe d’historiens et de juristes 
(MM. Vinogradoff, Bémont, Liebermann et Pirenne). Dans leur 
pensée, l’œuvre nouvelle devait être avant tout, ce qu'est d’ail- 
leurs le Ducange, un lexique des termes techniques du latin 
médiéval. Il est inutile de dire que la guerre empêcha le moindre 
commencement de réalisation. La paix venue, l’idée fut réintro- 
duite devant l’Union académique internationale lors de la pre- 
mière réunion de Bruxelles au mois de mai 1920, accueillie par 
elle maïs sensiblement transformée à la suite de longues délibé- 
rations. L'œuvre à accomplir fut conçue non pas comme une 
remise au point du Ducange, mais comme un dictionnaire com- 
plet de la latinité mediévale. Le point de vue philologique s’y 
substituait au point de vue historique. Mais le travail ainsi 
élargi devenait tellement vaste qu'il parut indispensable de le 
restreindre dans le temps. On décida de ne le pousser que jus- 
qu'au x1° siècle, laissant à chaque pays le soin de le compléter 
plus tard par une série de glossaires nationaux. Un comité spé- 
cial recruté parmi les différents États membres de l’Union fut 
constitué. On trouvera dans les rapports publiés à l’occasion des 
sessions de l’Union académique internationale en 1921, 1922 et 1923 
un aperçu de la marche de ses travaux. Une réunion de ce comité 
tenue à Paris au mois de janvier dernier a pris des résolutions 
importantes et l’œuvre peut être considérée dès maintenant 
comme se trouvant en voie de réalisation. 

Les pays représentés à Paris étaient la France, l'Angleterre, 
les États-Unis d'Amérique. l'Italie, la Belgique et l'Espagne ou 
plus exactement la Catalogne, représentée par des délégués de 
l’ «Institut de estudis catalans ». De leurs délibérations est sorti 
un plan de travail dont on peut résumer ainsi les grandes lignes : 
les académies de chaque nation participant à l’entreprise nomme- 
ront leur comité respectif. Chaque comité national dirige le tra- 


CHRONIQUE 397 


vail dans le territoire actuel de son pays d’après les accords qui 
ont été et seront pris dans les sessions ordinaires et extraordi- 
naires du Comité central, lequel, d’après les délibérations anté- 
rieures, a son siège à Paris. Près du Comité central, également à 
Paris, est institué un bureau de secrétariat et d'archives (Office 
de coordination) aux ordres du Comité central. Le travail de 
dépouillement des auteurs commencera dès le courant de la pré- 
sente année. En principe, chaque Comité national dépouille les 
œuvres écrites dans le pays auquel il appartient. Les Comités 
nationaux dont les pays ne possèdent pas, comme c’est le cas 
pour l’Amérique, une littérature médiévale, ou!'qui, comme la 
Tchécoslovaquie, n’en possèdent qu’une peu abondante, désigne- 
ront les textes dont ils désirent que le dépouillement leur soit 
confié. 

11 a été décidé, en outre, qu’il serait publié, sous le nom de Bul- 
letin Ducange, une revue destinée à jouer le rôle de l’Ephemeris 
epigraphica à l'égard du Corpus inscriptionum latinarum. Ce bul- 
letin, qui paraîtra chez l’éditeur Champion à Paris, sous la direc- 
tion d’un Comité spécial, comprendra des articles et des commu- 
nications sur l'histoire de la langue latine au moyen âge; en 
première ligne et surtout pendant la période du vi au xie siècle, 
c’est-à-dire pendant la période que doit embrasser le Dictionnaire 
en préparation, mais aussi des articles et des communications 
sur le même ordre de sujets pendant la période postérieure jus- 
qu'à la Renaissance. Il tiendra naturellement le public au cou- 
rant de la marche des travaux du dictionnaire. 

M. Gülzer, membre de l’Institut de France, est placé à la tête 
de l'Office de Coordination établi à Paris. 


32. — Histoire du théâtre français à Bruxelles. 


M. Henri Liebrecht, dont on connait la science et l’activité, 
publie chez Champion, à Paris, une Histoire du théâtre français 
à Bruxelles. Nous publierons ultérieurement un compte-rendu 
détaillé de cet important ouvrage. 

La Revue belge de philolog'ie et d'histoire a publié un article du 
même auteur sur le même sujet (1, 1923 n° 2, p. 265-282 : Les 
« Comédiens de Campagne » à Bruxelles au XVII® siècle). 


33. — Dutch Library. 


L'éditeur bien connu, M. Martinus Nijhoff de La Haye, vient 
d'entreprendre une série de traductions en anglais d'auteurs 


398 CHRONIQUE 


hollandais et flamands, tant anciens que modernes. Cette série, 
qui prend le nom de « The Dutch Library », s'ouvre par trois 
traductions d'œuvres du moyen-âge : Lancelot de Danemark, 
Esmoreit, et Marie de Nimègue. Le premier de ces romans a été 
traduit par M. Geyl, prof. de néerlandais à l’université de 
Londres, les deux autres par M. Harry Morgan Ayres, prof. 
d'anglais à l’université de Columbia (E. U A.). Ces derniers sont 
précédés d’une introduction de M. Barnouw, prof. de néerlandais 
à l’université de Columbia. HO 


34. -— Bulletin of the Institute of Historical Research. 


Nous avons signalé déjà (Rev. Belge de Phil. et d'Hist., 1923, 
p. 564-565) l’organisation d’un Znstitute of Historical Research, 
à Londres et nous avons indiqué à grands traits le but et l’activité 
de cet établissement scientifique. 

L'Institute vient de nous faire tenir le premier numéro paru en 
juin 1923 de son Bulletin, publié à Londres chez Longmans Green 
and C°. Nous croyons utile de faire connaître cette publication à 
nos lecteurs. 

Le Bulletin ne se propose pas d’être une revue historique de 
plus, à côté des recueils périodiques excellents publiés en 
Angleterre. Il a pour but de mettre le public scientifique au 
courant des résultats obtenus dans les recherches poursuivies à 
l’Znstitute En même temps ses dirigeants y voient un moyen de 
faire connaître plus facilement par les intéressés des renseigne- 
ments et des indications susceptibles de faciliter les travaux des 
érudits. 

Le contenu du premier fascicule répond à cette double fin. On 
y trouve, en effet, issus des études poursuivies à l’Znstitute, des 
suppléments au Dictionary of National Biography; des indica- 
tions et des demandes de renseignements sur les migrations 
successives de manuscrits historiques anglais; les résumés de 
deux thèses pour le grade de master of arts, que leurs auteurs 
ont préparées à l’Institute, savoir une étude de RuTrH BAIRD 
Civic Factions in London and their Relation to Political Parties, 
1379-1399 et une autre de MILLICENT E. CLARK : British Diplomacy 
and the Recognition of Louis Napoleon. 

Comme renseignements utiles aux érudits, signalons surtout 
les instructions pour la publication des textes historiques (Report 
on editing Historical Documents), préparées par une délégation 
de l’Anglo-American Historical Committee, élu en 1921 par les 
historiens anglais et américains. Nous y revenons plus loin. 


CHRONIQUE 399 


En dehors de ces instructions, attirons l’attention du lecteur 
sur une liste de récentes acquisitions, de classements et d’inven- 
taires du Public Record office Les érudits belges apprendront 
avec intérêt que parmi les pièces entrées récemment figure la 
correspondance du prince de Bouillon (1). Gr 





35. — Règles pour la publication de documents historiques. 
(Reports on Editing Historical Documents). 


Tel est le titre d’un projet d'instructions pour la publication 
des textes historiques arrêté par une commission anglo-améri- 
caine composée de MM. D'R. L. Poole, G. N. Clark, C.G Grump, 
Hilary Jenkinson, Rev. Prof. Claude Jenkins, Prof. Wallace 
Notestein et A. G. Little, rapporteur. Le projet que nous avons 
sous les yeux (?) date de mars 1923. 

Nous avons lu ce projet avec soin et nous l’avons comparé 
notamment avec les Znstructions pour la Publication des Textes 
Historiques (3) publiées par la Commission Royale d'Histoire, 
dont il s'inspire visiblement en plus d’un endroit (4). 

Les auteurs du projet établissent d’abord les règles dont il 
convient de s'inspirer dans la copie des textes, puis celles qui 
doivent présider à l’édition des mêmes textes. Ils se montrent 
singulièrement plus timides dans la première opération que dans 
la seconde. C’est ainsi que la copie conservera les w au lieu de 
uu, les v au lieu des u, les i, pour les ÿ, qu’elle respectera la 
ponctuation ancienne, qu’elle ne résoudra pas les abréviations 
qui peuvent se développer différemment (qg° pour ne pas devoir 
choisir entre que et ge). On reconnait ici les scrupules des anciens 
éditeurs anglais et notamment de ceux qui ont publié de cette 
manière tant de textes dans la première moitié du xix* siècle. 

Heureusement les auteurs du projet se sont affranchis de ces 
scrupules pour ce quiestdel’édition. Les principes qu’ils proposent 


(4) Nous supposons qu'il s’agit de Philippe d'Auvergne, vice-amiral au 
service de S. M. Britannique, qui fut prétendant au duché de Bouillon en 1814, 
ou de son fils, le prince de la Tremoiïlle-Tarente, qui reçut au nom de son 
père le serment de fidélité des habitants. 

(2) Dans le Bulletin of the Institute of Historical Research; vol. 1, n° 1, 
June 1993 ; Londres ; p. 6-25. 

(3) Se servir de la 2e édition ; Bruxelles, 1922, 8. 

(4) Cf. Des Marez et F.-L. Gaxsnor, Compte rendu du Ve Congrès Internatio- 
nal des Sciences Historiques, Bruxelles, 8-15 avril 1925; Bruxelles, 1923, 8; 
p. 447. À. G. Livre, The rules for the edition of historical documents. 


400 CHRONIQUE 


aux éditeurs sont tout à fait rationnels et se rapprochent très 
fort de ceux qui ont guidé les membres de la Commission Royale 
d'Histoire. 

Le projet contient des indications utiles pour la rédaction d'’in- 
ventaires analytiques et de très précieuses suggestions pour 
l'établissement de tables alphabétiques. Signalons à ce propos 
qu'il ne recommande pas seulement de dresser une table des 
noms de personnes et de lieux, mais une table alphabétique des 
matières (subject-index), ce qui bien souvent ne manquera pas 
de soulever des’ difficultés quasi-insurmontables. 

Enfin on y trouve des renseignements sur la terminologie, un 
excellent modèle de description externe d’un document histo- 
rique et des instructions pour la description des sceaux. G: 


36. — Une nouvelle Histoire Universelle. 


C'est un phénomène singulier que celui de voir le nombre 
d'histoires universelles qui paraissent. Rien qu’en France, nous 
avions déjà la collection Berr, dont plusieurs volumes — parmi 
lesquels quelques-uns très remarquables — ont déjà paru; 
l'histoire générale dirigée par M. Halphen, qui commencera sa 
publication sous peu. Aujourd’hui on annonce une troisième 
histoire universelle. 

Ce sera l'Histoire du Monde, dirigée par M. Eugène Cavaignac, 
professeur à l’Université de Strasbourg. L'édition sera assurée 
par la maison de Boccard, à Paris. Parmi les collaborateurs, 
nous avons relevé les noms de MM. Zeiller, Fliche, Vermeil, 
Rocheblave et ceux de deux de nos compatriotes, nos confrères 
M. de la Vallée-Poussin et M. Van der Linden. G. 


37. — Le caractère sacerdotal de la royauté. 


Le caractère religieux, sacerdotal, que la royauté médiévale 
tient du sacre, n'avait pas fait jusqu'à ce jour l’objet d’une étude 
scientifique approfondie. 

Cette lacune vient d’être comblée par M. Marc Bloch, professeur 
à l’Université de Strasbourg. Cet érudit est, en effet, l’auteur d’un 
travail important sur Les Rois Thaumaturges. — Étude sur le 
caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulière- 
ment en France et en Angleterre; Strasbourg; Istra, 1924, in-8° 
(30 fr.). Cet énorme volume de vu-542 pages constitue le fascicule 
19 des « Publications de la Faculté des Lettres de l’Université de 
Strasbourg ». 

Nous en rendrons compte dans un prochain numéro. G. 


CHRONIQUE 401 


38. — Histoire du Droit International. 


Nous avons reçu l'avis suivant que nous nous empressons de 
faire connaître à nos lecteurs : 
Lectori Salutem. 


M. le docteur S. J. Visser, juge aux Colonies néerlandaise 
et décédé en 1919, a légué sa fortune à l’Université de Leyde, à 
condition que les revenus seraient employés dans l'intérêt de 
l’étude du Droit international tant public que privé; il a stipulé 
en particulier que tous les trois ans une somme d’au moins 
5,000 florins des Pays-Bas serait affectée à un concours interna- 
tional. Conformément à ces dispositions, la Faculté de Droit de 
l'Université de Leyde a adopté le sujet de concours suivant : 

Donner une description du Droit International privé d'un ou de 
plusieurs pays de l'Europe aux XVIe et XVIT® siècles. L'auteur 
doit utiliser surtout la jurisprudence et les sources locales de droit. 
Le choix des pays est libre. 

Les réponses devront être écrites en langue française ou néer- 
landaise; dactylographiées et remises avant le 1° décembre 1925 
au doyen de la Faculté de Droit de l’Université de Leyde. Chaque 
manuscrit devra porter une devise, qui sera reproduite sur une 
enveloppe cachetée jointe au manuscrit et contenant le nom et 
l'adresse de l’auteur. 

Aux réponses qui en seront jugées dignes par la Faculté, des 
prix seront décernés, jusqu’à concurrence de 5,000 florins des 
Pays-Bas. 

Dans une séance de la Faculté le doyen ouvrira les enveloppes 
cachetées correspondant aux réponses couronnées et informera 
les auteurs des prix qui leur ont été attribués; les autres enve- 
loppes seront brûlées séance tenante. 

En portant à votre connaissance ce qui précède, en vertu d’une 
décision de notre Faculté, je vous serais reconnaissant de bien 
vouloir, de la manière qui vous paraîtra la meilleure, attirer 
l’attention sur le concours international. 

L’ab-actis de la Faculté de Droit 
de l'Université de Leyde. 


D. VAx BoLm. 





39. — La Basilique souterraine de la « Porta Maggiore )». 


La Revue Archéologique, dans son numéro d'octobre 1923 
(t. XVIII), publie un remarquable article de M.J. Carcopino sur 
la basilique souterraine de la Porta Maggiore. M. Carcopino a 


402 CHRONIQUE 


consacré toute son ingéniosité et toute son érudition à élaborer 
une éclectique synthèse des principales conclusions des mémoires 
les plus significatifs qui ont traité de cette importante découverte: 
celui de M. Léopold, qui a relevé dans les bas-reliefs l’influence 
des idées orphiques; celui de M. Bendinelli qui a surtout été 
frappé par le symbolisme eschatologique des stucs; enfin celui de 
M. Hubaux qui, développant les observations de M. D. Curtis, 
a été amené à supposer que le principal rite pratiqué dans ce 
local devait être une immersion, un plongeon, rappelant le saut 
de Leucade évoqué par le grand bas-relief de l’abside. 

M. Carcopino montre que ces diverses hypothèses s'accordent, 
dans ce qu’elles ont d’essentiel, avec l'opinion émise dès le début 
par M. Cumont : cet hypogée était le local d’une secte néo- 
pythagoricienne établie à Rome. A l’appui de cette thèse, M. Car- 
copino invoque un témoignage qui n’avait pas encore été mis en 
œuvre jusqu'ici et dont l'importance n’est pas douteuse : quelques 
mots de Pline l’Ancien « perdus au milieu de fiches de botanique » : 
et Phaonem Lesbium dilectum a Sappho : multa circa hoc non 
Magorum solum vanitate sed etiam Pythagoricorum. (Nat. Hist., 
XXII, 20). Ce texte permet de rattacher le roman de Sappho et 
de Phaon au cycle des idées pythagoriciennes et ainsi se trouve 
comblée fort à propos une grave lacune de la thèse qu'a si 
brillamment soutenue M. Cumont. Il paraît donc aujourd’hui 
extrêmement probable que la Basilique souterraine était bien 
réellement un sanctuaire pythagoricien, comme l’avait conjecturé 
dès l’abord notre savant compatriote. 


40. Le Prêtre Jean. 


M. Constantin Marinesco, dans une étude récente, vient de ten- 
ter une nouvelle explication du mystérieux Prêtre Jean, dont la 
légende exerça une fascination si puissante sur les navigateurs 
des xIv° et xv° siècles (Le Prêtre Jean, son pays, explication de 
son nom, dans Académie Roumaine, Bulletin de la section histo- 
rique, tome X, Bucarest, 1923). 

Ce souverain chrétien, qui par delà les pays musulmans, aurait 
gouverné les Indes, n’était autre que le monarque noir de l’Ethio- 
pie. Si au xr° et au xi1v* siècle, on a d’une manière générale situé 
son empire en Mongolie ou en Chine, c'est à cause de l’étendue 
exagérée que l’on attribuait aux Indes. | 

Le nom de Jean vient des formes Zan. Gan, Zan, employées 
dans la formation des noms des souverains ; formes confondues 
par les marchands italiens avec Gian (vénitien : Zan), abrévia- 


CHRONIQUE 403 


tion de Giovanni (— Jean). Quant à la qualité de prêtre, c'est Le 
résultat d’une confusion avec le grade de diacre dont l’empereur 
d'Éthiopie devait être revêtu. 

M. Marinesco expose sa manière de voir de façon particulière- 
ment convaincante et fait preuve d’une érudition remarquable- 
ment étendue. G. 


41. — Histoire des Croisades. 


M. Nicolas Iorga, professeur à l’Université de Bucarest, publie 
sur les Croisades et leurs résultats un petit volume substantiel et 
très vivant (Brève histoire des Croisades et de leurs fondations en 
Terre-Sainte. Paris, Gamber, 1924, in-12, xix-195 p.). Il y étudie 
successivement les facteurs ayant déterminé les Croisades (pèle- 
rinages, guerre sainte d'Occident, aventuriers varègues et nor- 
mands en Orient, l’attaque normande contre l'Empire byzantin), 
la première Croisade, les premiers temps du royaume de Jérusa- 
lem, la succession du « royaume de David », l'impérialisme ger- 
manique dans l’Orient des Croisades, les efforts romantiques de 
délivrance. Nous en rendrons compte prochainement. 


42.— Les Universités au moyen âge. 


M. Charles H. Haskins, le savant médiéviste de l’Université de 
Harvard, consacre un savoureux petit volume aux Universités du 
moyen âge : The Rise of Universities (New York, Henry Holt and 
Company, 1923). On en goûtera autant la clarté et la solidité que 
l'humour et le pittoresque de bon aloi. C’est un modèle de vulga- 
risation scientifique. 


438.— Les Classiques de l'Histoire de France au moyen âge. 


La collection d'éditions critiques de textes, que dirige M. L. Hal- 
phen et que publie la maison Champion (1) prend des développe- 
ments nouveaux. 

La liste des publications à paraître prochainement s’est accrue, 
en effet, de quelques œuvres importantes : les Annales Royales 
(741-829), qui seront publiées par M. Halphen lui-même; l’His- 
toire de Guillaume le Conquérant par Guillaume de Poitiers, que 
promet M. H. Prentout: un recueil de poésies historiques des 
trouvères, qu'éditeront MM. Jeanroy et Langfors. 

Notons également que M£' Lesne et M. H. Levy-Bruhl se char- 


(1) Cf. ici-même, t. I, 1922, p, 833-836 ; t. Il, 1923, p. 392-393. 


404 CHRONIQUE 


geront de l'édition des Capitulaires qui avait été réservée à 
M. G. Lardé, décédé l’an dernier. 

Outre la Vita Caroli d'Eginhard, publié par M. Halphen, a déjà 
paru Le dossier de l'affaire des Templiers édité par M. Lizerand ; 
il en sera rendu compte prochainement ici-même. G. 


44. — Pièces historiques du règne de Louis XI. 


La Société des bibliophiles français a édité avec le soin et le 
luxe qui distinguent toutes ses publications, un recueil très inté- 
ressant pour les historiens et les philologues belges : Recueil de 
pièces historiques imprimées sous le règne de Louis XI, reproduites 
en fac-similé avec des commentaires historiques et bibliogra- 
phiques par Émile Picot et Henri Stein (Paris, Fr. Lenormant, 
1923, in-8°, vr-372 pages de texte et 307 pages de fac-similés avec 
titre spécial et table). Il suffira de signaler parmi les dix pièces 
qui composent ce recueil le poème de Molinet, Le Temple de Mars, 
écho des souffrances causées par la guerre en Picardie et en 
Flandre et Le Chevalier délibéré, d'Olivier de la Marche, avec les 
beaux bois de l’édition de Schiedam, vers 1498 ; trois chroniques 
rimées alsaciennes relatives aux guerres bourguignonnes ; la 
Dejjense de l’archiduc Maximilien d'Autriche et de Marie de 
Bourgogne, manifeste de propagande répandu au moment de la 
joyeuse entrée des deux époux aux Pays-Bas; enfin le traité 
d'Arras, du 23 décembre 1482, entre Maximilien et Louis XI. Le 
nom des éditeurs est garant de l'importance et de l'intérêt des 
commentaires joints aux parfaits fac-similés, admirablement 
imprimés par M. Philippe Renouard. EUR, 





45. — Les plans de Jacques de Deventer. 


M. Martinus Nijhoff, éditeur à La Haye, mérite les félicita- 
tions de tous les érudits pour l’achèvement de la reproduction 
des plans de villes néerlandaises, dus au célèbre cartographe 
Jacques de Deventer. L'ouvrage compte 111 plans, réunis en 
portefeuille avec introduction du prof. Fruin, archiviste général 
du royaume des Pays-Bas. 

À quand la publication des quelques fascicules du « Deventer » 
belge qui restent à paraître? Haci: 


Au moment de mettre sous presse, nous recevons le dernier 
fascicule de la série belge, que la maison Falk a commencé à 
éditer il y à quarante ans. Une notice plus détaillée paraîtra 
ultérieurement. 


CHRONIQUE 405 


46. — Histoire du Calvinisme. 


Nous avons reçu l'avis suivant d’un groupe d'historiens hol- 
landais : 


Y a-t-il, dans l’histoire de la Hollande et de la Belgique, une 
période qui ait attiré l'attention des historiens autant que la 
seconde moitié du xvi*° siècle, durant laquelle se déroule la longue 
lutte entre le Calvinisme et le gouvernement de la monarchie 
bourguignonne ? Divers historiens, même en dehors des dix-sept 
provinces historiques, ont consacré des ouvrages détaillés à ce 
vaste sujet, qui est d’ailleurs d’une importance européenne. Car 
il n'est personne qui songe à mettre en doute la puissance du Cal- 
vinisme comme événement européen. C’est surtout dans l’histoire 
de ses menées que l’émeute de 1566 est du plus haut intérêt, étant 
donné surtout que cette manière de combattre le Catholicisme est 
en quelque sorte inhérente au Calvinisme. En effet, la crise de 
dévastation religieuse qui sévit en 1566 dans les provinces unies 
du nord et du sud se retrouve un peu partout, quoique avec une 
intensité moindre et sur une moins vaste échelle, partout où le 
Calvinisme triomphe, soit temporairement, soit d’une manière 
définitive. Il existe donc, en ceci, un lien intime entre la théorie 
et la pratique. Ces considérations ont amené la Rédaction de la 
« Revue historique » à prendre l'initiative de la publication d’une 
série de documents importants au sujet de l’émeute de 1566, docu- 
ments qui reposent aux Archives Royales de Bruxelles. Ce sont 
des rapports officiels sur les événements qui se déroulèrent alors 
dans nombre de villes de Hollande et de Belgique. Cette publi- 
cation mettra au jour quantité de données nouvelles très impor- 
tantes pour l’histoire du Calvinisme; elle pourra par le fait 
même donner lieu à des études comparées sur la doctrine de Cal- 
vin et son introduction dans d’autres pays encore que la Hollande 
et la Belgique, et ainsi la synthèse du Calvinisme comme tel en 
deviendra plus claire à bien des égards 

Les documents seront précédés d’une introduction et accompa-, 
gnés si possible d’un plan de chaque ville, datant du xvi* siècle. 
Quant aux personnes mentionnées, on s’efforcera, dans la mesure 
du possible, d'en donner quelques détails biographiques et histo- 
riques. 

La publication se fera par fascicules séparés, une ou deux fois 
l’an, au total environ vingt feuilles d'impression ; prix : flor. 0.25 
la feuille par souscription 

Dès que le nombre d'abonnés sera suffisant, l'édition du pre- 
mier fascicule sera confiée à l’imprimeur. 


406 CHRONIQUE 


Nous voulons espérer que le projet susdit emportera votre 
pleine adhésion et nous vaudra votre concours. 
Le Secrétaire, La Rédaction : 
Profs DetÉPMELGIIBERS. Dr. Th. GOOSENS 
Dr. H. HUIBERS 
Dr. J. WILTOx 
(Éditeur : W. Bergmans, 35, Langestraat, Tilburg.) 


47. — La biographie du Taciturne. 


La guerre était venue interrompre la publication de la suite de 
l'étude très étendue que M. F. Rachfahl, prof. à l’Université de 
Koenigsberg, avait consacrée à la biographie du prince Guillaume 
d'Orange (Wilhelm von Oranien und der niederländische Auf- 
stand); les deux premiers volumes datent de 1906 et 1908. 

Voici que l'éditeur Nijhoff, de La Haye, vient d'annoncer qu'il 
va éditer les deux volumes qui doivent achever l'ouvrage. Le 
troisième volume de 640 pages environ est sous presse; le qua- 
trième et dernier de 700 pages environ paraîtra d'ici une année 
et demie. Le volume III contiendra l’histoire des années 1567-1569, 
le dernier volume celle de 1570 à la mort du prince (1584). 

Ce quatrième volume aura un caractère différent de celui de ses 
prédécesseurs ; voici ce que l’auteur écrit à ce sujet à l'éditeur 
Nijhoff. 

« Ainsi, dans cette quatrième et dernière partie, il ne reste plus, 
en somme, comme acteurs principaux (en opposition à Philippe II 
et à l'Espagne), que d'Orange et les Pays-Bas du Nord. Il s'agit 
de bien délimiter leurs relations et d'expliquer comment, d’élé- 
ments qui se trouvaient encore au début, absolument divergeants 
en politique et en religion, — il put se former par cette sépara- 
tion du Sud et du Nord, une nouvelle nation, constituée en un 
État bien unifié. 

» 11 ne s’agit pas, ici tant d'entrer dans les détails que de faire 
ressortir clairement et avec netteté les grandes lignes de ce déve- 
‘loppement, de façon à démontrer au lecteur ce qu’il y avait de 
positif dans l’action du Taciturne. Le volume IV sera donc traité 
d’une manière quelque peu différente, et cela d'autant plus qu'à 
partir de 1570 les sources ont déjà été exploitées de façon beau- 
coup plus détaillée ; la mission de l’auteur ne comporte donc pas 
essentiellement une analyse critique et un examen approfondi du 
détail, mais bien plutôt une étude pénétrante du sujet qui lui per- 
mettra d'en tirer une synthèse claire et concise. Le volume IV y 
gagnera donc, en comparaison des précédents, un caractère 
biographique plus accusé. » H. OBREEN. 


CHRONIQUE 407 


48. — Un Liégeois en Suède au XVII* siècle, Louis de Geer. 


M. E. W. Dabhlgren a publié en suédois une étude détaillée sur 
le gentilhomme liégeois Louis de Geer, qui alla faire fortune en 
Suède au xvir* siècle, dans le commerce et l’industrie, et dont les 
descendants occupent une plate en vue dans la noblesse du pays. 
L'un de ceux ci, le baron Louis de Geer, chambellan de la Cour 
suédoise, a assuré à ce travail une édition de grand luxe en deux 
superbes volumes illustrés de reproductions de portraits et de 
documents, et il a eu la généreuse pensée d’en réserver un exem- 
plaire aux principales bibliothèques du pays qui est le berceau 
de sa famille. Voici le titre de l'ouvrage : Louis de Geer, 1587-1652. 
Hans lif och verk tecknade af E. W. Dalhlgren. Uppsala, Almdq- 
vist & Wiksells Bokhyckeri — A. B., 1923. In-4°, deux volumes, 
Tiré à 50 exemplaires sur japon et 250 exemplaires sur papier à 
la cuve. Il serait intéressant d'en donner un résumé en français. 

| À as dé 


49. — Les Archives de la Guerre. 


Il y a deux ans, la Revue belge de Philologie et d'Histoire a 
publié une note sur l’organisation et sur l’activité de la Commis- 
sion des Archives de la Guerre. Pour donner une idée précise des 
résultats acquis au 31 décembre 1921, j'avais annexé à cette note 
la liste des collections déjà rassemblées alors, en indiquant 
quelles étaient celles d’entre elles qui avaient fait l’objet d’un 
inventaire. 

Depuis, grâce aux démarches faites en Belgique et à l'étranger, 
grâce également à la collaboration de ses Commissions provin- 
ciales — dont quelques-unes ont fourni un apport fort appré- 
ciable —, la Commission centrale de Bruxelles à pu accroître ses 
différentes collections dans des proportions notables; malgré 
l’exiguïté de ses locaux et de ses moyens d’action, elle à réuni à 
ce jour, dans les différents champs d'activité qu'elle s'était assi- 
gnés, une documentation aussi étendue que précieuse pour l’his- 
toire des Belges pendant la grande guerre. 

Des fonds d’Archives ainsi rassemblés, la plus grande partie a 
été classée: l'opération était d'autant plus nécessaire que ces dos- 
siers sont souvent arrivés au dépôt de la rue Terre-Neuve dans 
un désordre complet, fort explicable d’ailleurs par les nombreuses 
pérégrinations par lesquelles ils avaient passé depuis le jour où 
s'étaient fermés les bureaux où ils avaient été constitués. La 
mise en ordre de ces fonds, où le classement d’origine à toujours 
été respecté autant que possible, s’accompagnait chaque fois de 


498 CHRONIQUE 


la confection d’un inventaire; tous les fonds ainsi arrangés 
sont donc, désormais, accessibles aux recherches des travail- 
leurs. 

Les travaux de classement ne se sont pas bornés aux seuls 
documents, et les autres collections des Archives de la Guerre 
ont également été l’objet de triages et d’inventorisations. C’est 
ainsi, par exemple, que la Bibliothèque, où l’on s'efforce de réunir 
tous les imprimés relatifs à la Belgique pendant la guerre, est 
arrivée actuellement au n° 13230 de son catalogue; ce répertoire, 
dressé en double, sur fiches, est absolument à jour; la plus belle 
acquisition faite par la Bibliothèque est, certes, constituée par la 
magnifique série d'ouvrages — au delà de trois mille — que les 
Archives de la Guerre doivent à la générosité éclairée de M. et 
Me Henri Leblanc, de Paris. 

Les affiches. autre source de renseignements capitaux pour 
l’histoire de nos populations pendant la grande tourmente, ont 
aussi continué à être arrangées, malgré les difficultés que pré- 
sentent la manipulation et le triage de ces encombrants placards 
dans un local absolument trop étroit; aussi n’est-ce que lorsque 
les Archives de la Guerre pourront disposer de tout l’espace 
nécessaire, que leurs affiches pourront recevoir leur classement 
définitif. 

11 n’en est pas de même, heureusement, pour les cartes géogra- 
phiques, qui ont pu être complètement arrangées et répertoriées ; 
elles sont, il est vrai, encore peu nombreuses, mais il en est, 
parmi elles — par exemple, celles provenant de la quatrième 
armée allemande — qui offrent un grand intérêt documen- 
taire. 

Mais revenons aux Archives, qui constituent naturellement la 
partie essentielle des collections réunies rue Terre-Neuve; les 
changements survenus dans leur composition depuis qu’un aperçu 
en a été donné dans la Revue, en 1922, sont tels, certes, qu’ils 
méritent d’être signalés ici. De même que dans ma première note, 
je ne puis mieux faire que de passer une revue rapide des diffé- 
rents fonds qui ont été l’objet d’accroissements importants ou 
d’inventorisations. 


À. — Archives allemandes. 


Le fonds Finanz À bteilung beim General Gouverneur in Belgien 
présente malheureusement des lacunes, dont une partie vient 
d’être comblée par l’entrée de différents dossiers ; certains d’entre 
ceux-ci présentent un vif intérêt, tels l’inventaire des dossiers de 
la registrature et ceux intitulés « Abbau der deutschen Ver- 


CHRONIQUE 409 


waltung in Belgien; Besondere Fragen für die Friedensverhand- 
lungen; Sicherung des Deutschtums in Belgien; Belgische 
Uebergangswirtschaft; Verwaltungsberichte der F. A.; Zur Zoll- 
vereinigung mit Belgien; Kriegsentschädigung und Ersatz von 
Kriegsschäden ». 

D'autre part, la série des inventaires des fonds allemands s’est 
augmentée des relevés suivants, dont les titres seuls indiqueront 
le plus souvent l'intérêt qu’ils peuvent présenter : 

Kommandantur de Middetkerke. 

Militär-Bauamt (Bruxelles). 

Bataillon d'infanterie Hagen (stationné successivement à Her-- 
stal, Turnhout, Malines, Calmpthout et Bruxelles, d’aeût 1914 à 
décembre 1917). 

Kommandantur d'Etape de Gand. 

Militär Generaldirektion der Eisenbahnen. 

ROHMA (Rohstoff: und Maschinen Verteilungstelle des Kriegs- 
amtes) : dossiers intéressants pour les destructions systématiques 
d'usines. 

Maison Schneider et Strübel (Bruxelles), commissionnaires- 
expéditeurs s’occupant de transports internationaux, spéciale- 
ment pour les envois à destination de l'Allemagne ou en venant. 

Starkstromabteilung beim A. O. K. 4. (Thielt), donne des 
détails précis et curieux sur les accidents arrivés par électrocu- 
tion, dans un secteur de la frontière vers les Pays-Bas, en grande 
partie à des soldats allemands. 

Librairie Georges Stilke (Bruxelles), concessionnaire des librai- 
ries de troupes, des librairies de gares ainsi que des kiosques à 
journaux. 

Prüfungstelle für Kriegsleistungen Lüwen. 

Archives allemandes de la remise Noël (Parquet de Bruxelles). 

Leitung des Kraftfahrwesens beim General Gouvernement in 
Belgien (Bruxelles). 

General Gouvernement in Belgien. 

Armee Intendantur des General-Gouvernements (Bruxelles). 

Krankentransport Abteilung der 6. Armee. 

Deutsche Vermittlungsstelle C. N. Brüssel : organisme servant 
d'intermédiaire et de contrôle pour les opérations du Comité 
National d'alimentation. 

Kreischef Brüssel-Land. Contient, entre autres, des listes sug- 
gestives pour les transports d'ouvriers belges dirigés en Alle- 
magne par le trop célèbre « Deutsches Industrie-Büro » (la der- 
nière donne, par exemple, les noms de trois ouvriers que l'on 
envoyait encore à Fr. Krupp, à Essen, le 24 octobre 1918 !). 


410 CHRONIQUE 


B. — Archives belges. 


a) En Belgique : commissions, œuvres, maisons de commerce, 
associations professionnelles, etc. 

La Commission d'enquête sur les violations du droit des gens a 
remis aux Archives de la Guerre, en octobre 1923, une nouvelle 
série des dossiers réunis par elle pour sa documentation; il con- 
vient d'y relever spécialement des documents de la « Finanz 
Abteilung », de L’« Abbau-Konzern », de diverses Centrales alle- 
mandes, du Gouvernement général, de la Kommandantur de 
Péruvwelz, 

Trois nouveaux inventaires ont été dressés : 

Société Vereenigde Oliefabrieken (Vero), à Bruxelles. 

Beroepsvereeniging der Boterhandelaars van Limburg. 

Ligue des marchands et producteurs de beurre du Brabant. 

b) En Belgique : communes. 

Sept inventaires se sont ajoutés aux cinq qui existaient déjà. 
Ils concernent les archives des communes de Jumet, Nieuw-Rhode, 
Rhode-Saint-Pierre, Tongres, Basècles, Aulnois et Eghezée. 

c) A l’étranger. 

Les inventaires de cette série se sont accrus des relevés sui- 
vants : 

Consulat de Belgique à Maestricht. 

Comité d'enquête économique, à La Haye. 

Conseil économique, à La Haye. 

Comptoir national pour la reprise de l’activité économique en 
Belgique (section de La Haye). 

Commissaire général du gouvernement belge à Londres. 

Fonds Auguste Dupont (Comité belge de La Haye). 

Bureau de renseignements pour réfugiés belges, à La Haye. 

Œuvre ( Santé à l'Enfance» (Pays-Bas). 

Service médical belge auprès de la légation de La Haye. 

Certains de ces fonds, particulièrement ceux signalés en der- 
nier lieu, sont d'importance fort secondaire; il m'a cependant 
paru utile de renseigner ici tous les inventaires dressés depuis 
deux ans aux Archives de la Guerre, grands et petits, car leur 
énumération complète donnera une idée de la variété de la docu- 
mentation que notre dépôt offrira à nos historiens de l’avenir : 
quel que soit le point de vue auquel ils se placeront, ils trouve- 
ront certainement, dans nos collections, des renseignements 
précis sur la situation faite aux Belges par la guerre, dans le 
pays même comme à l'étranger ; bien plus, on peut l’affirmer, 
aucun chercheur ne pourra, s’il veut étudier à fond quelque 
aspect de l'existence de nos populations pendant la conflagration 


CHRONIQUE 411 


de 1914-1918, se dispenser de recourir à nos documents; qu'il 
s'agisse, par exemple, des événements militaires, des phénomènes 
économiques ou de l’état d'esprit de la foule, les Archives de la 
Guerre pourront toujours lui fournir l’une ou l’autre précision. 

Évidemment, cette façon si large de comprendre le rôle qui lui 
a été assigné, oblige la Commission des Archives de la Guerre à 
rechercher d’une façon générale tout ce qui a trait à l’époque de 
la guerre, comme à recueillir tout ce qu’on lui envoie sur cette 
période ; elle ne saurait donc assez insister sur l'utilité qu'il y a 
à ce qu'on lui remette tous les documents généralement quel- 
conques, écrits ou imprimés, datant de l'occupation allemande ; 
le moindre « papier », d’un intérêt nul en apparence quand on le 
rencontre isolé, peut compléter une série des Archives de la 
Guerre et acquérir par là-même une valeur qu’il ne peut certai- 
nement pas présenter pour son détenteur actuel. Je profite donc 
de l’occasion pour recommander une nouvelle fois aux lecteurs de 
la Revue les collections de la rue Terre-Neuve, 105; ils peuvent 
être assurés que leurs documents trouveront là leur maximum 
d'utilisation, car ils y seront incorporés à des fonds Spéciaux, 
destinés à être classés et inventoriés méthodiquement, s’il ne le 
sont déjà. 

Cette mise de tous nos souvenirs de la guerre à la disposition 
complète des travailleurs va bientôt, d’ailleurs, être grandement 
facilitée du fait du transfert prochain des Archives de la Guerre 
dans un autre immeuble infiniment mieux approprié pour un 
dépôt d'archives : l’ancien hôtel van den Peereboom, à Ander- 
lecht, que le Gouvernement a mis à la disposition de la Commis- 
sion: celle-ci pourra, enfin, donner libre cours à ses ambitions et 
prendre possession de toute une série de fonds qui lui sont des- 
tinés depuis longtemps, mais qu’elle ne pouvait accepter, jusqu’à 
présent, faute de place. J. VANNÉRUS. 


50. — Une revue belge consacrée à la guerre. 


Nous avons reçu l’annonce de la publication à Bruxelles 
(Librairie Falk et Fils, G. Van Campenhout, success.) d'une Revue 
belge des Livres, Documents et Archives de la guerre 1914-1918. 
Elle est dirigée par un groupe de personnes s'intéressant à 
l'histoire de la Belgique pendant la guerre, notamment par 
MM. Th. Heyse et H. Nélis. 

La Revue a l’ambition de donner une bibliographie critique 
périodique des publications et documents pouvant servir à l’his- 
toire de la Belgique de 1914 à 1918. Pour qu’elle puisse répondre 


28 


LL: 


412 CHRONIQUE 


à ce but, il faudra qu’elle fournisse les résultats de dépouillements 
extrêmement complets 

Nous attendons la publication de plusieurs numéros pour juger 
si cette nouvelle Revue répond à ce que l’on peut attendre d’elle. 
Le premier numéro qui nous est parvenu contient l'analyse de 
quelques publications intéressantes et d’autres qui ne présentent 
avec l'histoire de la guerre que des rapports très indirects (A ppel 
à l'Europe [de Ch. Potvin], 1853 — La mort de Guillaume I 
[suppl. à l'Étoile Belge], 1888 — Albert Giraud : Le Laurier). Le 
ton de plusieurs comptes rendus est, d’ailleurs, plus déclamatoire 
qu’il ne convient dans un périodique de caractère scientifique. 

La Revue que nous signalons à nos lecteurs, poursuit un but des 
plus louables et mérite d’être encouragée. Mais pour rendre de 
réels services elle devrait organiser plus systématiquement ses 
analyses et comptes rendus. Elle devrait présenter des vues 
d'ensemble critiques de ce qui a paru d’essentiel au sujet de tel 
ou tel groupe de faits intéressant l’histoire de la Belgique pen- 
dant la guerre; je cite à titre d'exemples : « les causes de la 
guerre »,"(« les événements et négociations qui ont conduit direc- 
tement à la guerre », « la campagne de l’armée belge ». « l’alimen- 
tation de la Belgique », « les déportations »... etc. On trouverait 
d'excellents modèles dans les revues d'ensemble de la Revue His- 
torique. 

F. L. GANSHOF. 


51. — L'histoire d’une grande ville française 
pendant la guerre. 


Tel est le sujet du livre que publie en ce moment M. Michel 
Lhéritier : Tours pendant la guerre (Tours; Delis, 1924, 8e). 

L'auteur, docteur ès lettres, connu par d'excellents travaux 
d'histoire diplomatique et d'histoire administrative moderne s’est 
proposé l’étude de la vie de cette grande ville de province pen- 
dant la guerre. Un ouvrage de ce genre peut rendre les plus 
grands services pour l’histoire économique, sociale et administra- 
tive de la guerre en France. 

Signalons que Tours a été l’un des grands centres de séjour des 
réfugiés belges en France. 

Le chapitre consacré par M. Lhéritier à nos compatriotes est, 
à cet égard, d’un très vif intérêt. 

G. 


BIBLIOGRAPHIE 


Le professeur Oppermann et son Institut 
pour l’histoire du moyen âge à l’Université d’Utrecht. 


Lorsque, il y a aujourd’hui une vingtaine d'années, le profes- 
seur Oppermann vint d'Allemagne en Hollande pour y occuper la 
chaire qu’on avait créée à son intention à l'Université d'Utrecht, 
les études de diplomatique étaient fort délaissées chez nos voisins 
du nord. 

Certes, il y eut de tout temps dans ce pays, comme partout 
ailleurs, des érudits qui, au cours de leurs recherches, se virent 
obligés de s'attaquer à des problèmes de critique diplomatique, 
mais une méthode sérieuse, une école proprement dite firent 
absolument défaut. 

C'est au professeur Oppermann que reviens l'honneur d’avoir 
comblé cette fâcheuse lacune, et il m'a semblé non sans intérêt 
pour les lecteurs de cette revue de leur donner un aperçu succinct 
sur ce que le savant professeur a su atteindre dans ce domaine, 
grâce à vingt années d’un travail acharné. 

Lui même débuta par une série d’études sur l’histoire de l’ancien 
évêché d'Utrecht à laquelle il donna toute son importance en 
attirant l’attention sur les rapports existant entre elle et l’his- 
toire générale de l'Empire allemand. En même temps l'histoire 
communale et les facteurs économiques y trouvèrent une place 
très large. Ces études, parues dans la Westdeutsche Zeitschrift, 
vol. 27 et 28, ouvrirent de nouvelles voies aux érudits qui s’occu- 
pent de l’histoire de l’ancien diocèse. 

Mais rapidement le professeur Oppermann s’aperçut que la 
critique des sources devait être à la base de tout travail et il 
entama vigoureusement ce domaine où tout restait à faire; il 
dirigea ses élèves dans cette voie et, en 1913, parut le premier 
volume des Bijdragen van het Instituut voor middelleeuwsche 
geschiedenis der Rijks Universiteit te Utrecht. Ce livre, intitulé : 
Diplomatische studiën over Utrechtsche oorkonden der Xe tot 
XII° eeuw, fut la thèse du jeune docteur N.B. ten Haeff, élève 
du prof. Oppermann, qui y fit la critique des plus anciennes 
chartes d’Utrecht : d’une charte de l’évêque Baldéric de l’an 943, 


414 BIBLIOGRAPHIE 


de quatre chartes d'Utrecht qui nous sont parvenues en copies 
dans un codex de Hanovre, de pièces fausses concernant les 
églises de Deventer et de Zutphen, et enfin des plus anciennes 
chartes de l’abbaye de Saint Paul d’Utrecht. 

L'examen critique des chroniques suivit. Le second volume des 
Bijdragen fut consacré en 1914 par le docteur H. P. Coster à la 
fameuse chronique de Jean de Beka (milieu du xiv* siècle) qui 
elle-même est en quelque sorte la base de toute la chronicogra- 
phie hollandaise du moyen âge. 

Mais le professeur Oppermann et ses élèves ne se confinèrent 
pas à l’histoire d'Utrecht; il fallut forcément s'attaquer aux 
anciennes sources de l'histoire du comté de Hollande, si intime- 
ment liée à celle de la métropole spirituelle. Et comme les 
anciens écrits de l’abbaye d'Egmond sont le fondement de toute 
l’histoire du comté de Hollande, il fallut commencer par là Ce 
vaste travail, devant lequel — soit dit en passant — tous les éru- 
dits hollandais avaient jusque-là reculé, fut entrepris par le pro- 
fesseur Oppermann lui-même. Pas moins de trois volumes des 
Bijdragen (les n° III, IV et V, 1920-1921) y furent consacrés sous 
le titre général : Untersuchungen zur nordniederländischen 
Geschichte des 10 bis 13 Jahrhunderts (vol. I. Die Egmonder 
Fälschungen; vol. 11. Die Grafschaft Holland und das Reich 
bis 1256; vol. III un recueil de fac-similes). 

Il est malheureusement impossible de donner ici ne fût-ce qu’un 
aperçu rapi te des résultats auxquels le savant auteur est arrivé ; 
cette matière ne se prête guère à un résumé. Bornons-nous à dire 
que le professeur Oppermann ne s’est pas seulement contente de 
déblayer le terrain, mais qu'il construit — notamment dans le 
volume II des Untersuchungen — une synthèse très hardie et 
absolument neuve de l'histoire la plus ancienne de l’ancien comté 
de Hollande; travail assez méritoire, dira-ton, si l’on songe que 
depuis plus de trois siècles l’érudition hollandaise s’était presque 
exclusivement consacrée à l’étude des origines de cette province 
qui forma. le noyau de la puissante République dans laquelle ces 
érudits vécurent. 

Dans le sixième volume des Bijdragen (1921) le docteur C. D. 
J. Brandt soumet à une critique les privilèges des villes hollan- 
daises (Bijdrage tot de kritiek van Hollandse stadsrechten der 
XIII° eeuw). Diverses observations présentées firent que le 
professeur Oppermann publia une ajoute (Bijdragen VI, 2) à 
cette étude (Opmerkingen over Hollandsche stadsrechten der 
XIIIe eeuw, met een aanhangsel over de wording der legende van 


St. Jeroen.) 


BIBLIOGRAPHIE 


Parmi tous ces travaux le professeur Oppermann n'oubliait pas 
son pays natal, ni la promesse qu'il avait faite de publier une 
nouvelle édition des anciennes chartes des pays rhénans; aussi 
le volume VII des Bijdragen, paru en 1922, forme-t-il le premier 
volume des Rheinische Urkundenstudien : Die Kôlnisch — Mittel- 
rheinische Urkunden. Signalons aux lecteurs belges de cette revue 
que le professeur Oppermann y soumet entre autres à la critique 
des chartes de Stavelot, de Waulsort et de Rolduc. 

Les deux derniers volumes qui ont paru dans la série sont 
de nouveau des thèses d'élèves du professeur Oppermann. Le 
n° VIII : D. Th. Enklaar, Het Landsheerlijk bestuur in het Sticht 
Utrecht aan deze zijde van den Ysel gedurende de regeering van 
bisschop David van Bourgondië, 1456-1490, paru en 1922, intéres- 
sera très vivement ceux qui s'occupent de l’histoire de l’adminis- 
tration d’un grand diocèse au xve siècle, et nul doute qu'il y ait 
des rapprochements à faire avec l’évêché de Liége. 

Dans le neuvième volume enfin J. W. Berkelbach van der 
Sprenkel (Geschiedenis van het Bisdom Utrecht van 1281 tot 1305, 
paru en 1923) étudie l’histoire du diocèse au point de vue de cette 
politique interna'ionale de la fin du xrrr° siècle, si importante sous 
tous les rapports. Terminons ce rapide aperçu en exprimant 
l’espoir qu’un jeune historien liégeois puisse s'inspirer du livre 
du D' Berkelbach pour nous donner une étude sur la politique 
des évêques de Liége à la même époque. 

HENRI OBREEN. 


OUVRAGES BELGES 


La Belgique et la Guerre. I. GEORGES RENCY (Albert Stassart). 
La vie matérielle de la Belgique durant la Guerre Mondiale ; 
1920, x1-390 p. (Préface d’'H. Carton de Wiart). II. JosEerx 
CuvELIER. L'invasion allemande: 1921, vi-407 p. (Préface 
d’H. Pirenne). III. Lieutenant-colonel B. E. M. Tasnier et Major 
B. E. M. VAN OVERSTRAETEN. Les opérations militaires; 1923, 
Vi-406 p. IV. ALFRED DE Ripper. Histoire diplomatique ; 1922, 
vi1-390 p. (Préface du Baron Beyens). Bruxelles, H. Bertels, 
in-4°, illustr., cartes. 

Berlière (Dom Ursmer). Le recrutement dans les monastères 
bénédictins aux xuI° et xiv° siècles. Bruxelles, 1924, in-8°, 66 p. 
(Mém. Acad. R. de Belg:.). 

Bigwood (Georges). Le régime juridique et économique du com- 
merce de l’argent dans la Belgique du Moyen Age. Bruxelles, 
1921-1922, 2 vol. in-8, 683 et 497 p. (Mém. Acad. R. de Belg.). 


416 BIBLIOGRAPHIE 


Carton de Wiart (C!°). La candidature de Philippe d'Orléans à la 
souveraineté des Provinces-Belgiques en 1789-1790. Bruxelles, 
1924, in-8°, 86 p. (Mém. Acad. R. de Belg..). 

Cumont (Franz). Aîfter life in Roman Paganism; New Haven, 
Yale University Press; London, Humphrey Milford:; Oxford, 
University Press; 1922, gr. in-8°, 225 p. (Lectures delivered at 
Yale University on the Silleman foundation). 

Delatte. La vie de Diogène Laërce. Bruxelles, 1922, in-8°, 271 p. 
(Mém. Acad. R. de Belg:.). 

de Ligne (Princesse), née Princesse Lubomirska. Souvenirs 
(1815-1850) publiés par la Princesse Ch. de Ligne Bruxelles et 
Paris, G. Van Oest et Cie, 1922. in-8°, 406 p., illustr. 

de Loë Baron). Notions d'archéologie préhistorique belgo- 
romaine et franque à l’usage des touristes. Bruxelles, K. Van 
Buggenhoudt, s. d. [1922], in-16, 282 p., illustr. (Publications 
du Touring Club de Belsique). 

De Seyn (Eug.). Dictionnaire historique et géographique des 
communes belges ; fascicules 1 et 2. Bruxelles, Bieleveld, 1924, 
in-8°. 

Gevaert (Emile). L’Héraldique. Son esprit, son langage, ses 
applications. Bruxelles et Paris, Vromant et Cie, 1923, in 4, 
444 p.,illustr. (Editions du Bulletin des Métiers d'Art). 

Hubert (Eugène). Le protestantisme dans le Hainaut au xvre 
siècle. Bruxelles, Lamertin, 1923, in-4°, 189 p. (Wém. de l’Acad. 
R. de Belg.). 

Hubert (Eugène). Notes et Documents sur l’histoire religieuse 
des Pays-Bas Autrichiens au xvin siècle. Bruxelles, Lamertin, 
1924, in-4°, 142 p. (Mém. de l'Acad. R. de Belg:.). 

Michel (Edouard). Abbayes et Monastères de Belgique. Leur 
importance et leur rôle dans le développement du pays. 
Bruxelles et Paris, G. Van Oest et Cie, 1923, in-8°, 269 p., 
illustr. 

Paquay (Jean). Les anciennes listes paroissiales de la province 
de Liége. Liége, Dessain, 1923, in-8°, 100 p. 

Prims (Floris). Geschiedenis van Sint-Joris parochié en kerk te 
Antwerpen (1304-1923). Antwerpen, Boekhandel der Bijdragen 
tot de Geschiedenis, z. d. [1924], xr-519 blz., illustr. 

Schmitz (chanoine Jean, et Nieuwland (Dom Norbert). Docu- 
ments pour servir à l’histoire de l'invasion allemande dans les 
provinces de Namur et de Luxembourg, 5° partie, t. VI. 
L'Entre-Sambre-et-Meuse. Bruxelles et Paris, G. Van Oest et 
Cie, 1923, gr. in-8°, 233 p., illustr. 

Speleers (Louis). Les textes des Pyramides, trad. t. I. Paris, 
Ed. Champion, 1923, in-8, 80 p., illustr. 


BIBLIOGRAPHIE 417 


Speleers (Louis). Le costume oriental ancien. Paris, Ed. Cham- 
pion, 1923, in-4°, 80 p., illustr. 

Stein (Henri). Nouveaux documents sur Olivier de la Marche. 
Bruxelles, 1922, in-4°, 70 p. (Mém. de l’Acad. R. de Belg:.). 

Van der Essen (Léon). La révolution belge et les origines de 
notre indépendance (1830-1839). Bruxelles, La lecture au foyer, 
1924, in-8°, 54 p., illustr. 

Verhaegen (Paul). La Belgique sous la domination française 
(1792-1814), t. I. La conquête (1792-1795). Bruxelles, Goemaere, 
1923, in-8, 666 p. 

Verkooren (Alphonse, Inventaire des chartes et cartulaires 
des duchés de Brabant et de Limbourg et des Pays d’Outre- 
Meuse. Première partie, Chartes originales et vidimées, t. VIIT. 
Renaïix, 1922-1923 [paru en 1924], in-8°, 445 p. 


PÉRIODIQUES 


Index sommaire. 


Philologie. Généralités. — 7, 15, 18, 26, 27. 
— indo-européenne. — 27. 
— grecque. — 11. 
— latine. — 11, 27. 
— celtique. — 27. 
— romane. Généralités. — 23. 
— française. — 4, 23, 27. 
ee italienne. — 2, 11. 
. espagnole. — 27. 
— catalane. — 27. 
— allemande. — 27. 
— anglaise. — 23. 
— slave. — 27. 
Toponymie. — 27. 
Littérature. Généralités. — 9, 19. 
— grecque. — 7, 15, 26. 
— latine. — 7, 15, 18, 26, 28. 
— — du moyen âge et des temps modernes. — 23. 
-- française. — 1, 4, 5, 7, 8, 10, 18, 19, 22, 93, 25. 
— italienne. — 2, 3, 7, 10. 
— allemande. — 7, 18, 22, 24, 28. 
— anglaise. — 7, 8, 9, 18, 19. 
— néerlandaise. — 2, 5, 9, 24, 95. 
— slave. — 7, 27. 
— autres langues. — 8. 
Histoire. Généralités. — 4, 7, 192, 15, 17. 
— préhistoire. — 15. 


418 BIBLIOGRAPHIE 


Histoire de l’orient. — 4, 8, 21, 25. 

— antiquité. — 2, 4, 6, 8, 13, 15, 20, 22. 

— byzantine. —- 21, 26. 

— moyen âge. — 11, 16, 18, 20, 21, 22, 25, 26, 27. 

— orient chrétien. — 21. 

— temps modernes. — 2, 3, 8, 9, 12, 16, 20, 22. 

— contemporaine. — 2, 3. 4, 8, 9, 12, 15. 16, 17, 18, 22. 

— dela guerre. — 18. 

— économique et sociale, — 18, 20. 

— du droit. — 15, 27. 

— des colonies. — 16, 24. 

— des religions. — 4, 6, 7, 8, 11, 15, 18, 21, 24, 27. 

— de la philosophie. — 5, 7, 8, 13, 15. 

— des mœurs. — 1. 

— des sciences. — 4, 8, 15, 17, 24, 

— des arts. — 1, 2, 3. 4,7, 8, 13, Î 
Archéologie. — 2, 6, 8, 13, 19, 22. 
Autres sciences auxiliaires de l’histoire. — 6, 18, 14, 15. 
Bibliographie et histoire du livre. — 3, 5, 28. 
Géographie et histoire de la géographie. — 24. 





1. — Académie Royale de Langue et de Litt. françaises. 
Bulletin I, 19283. 
G. CHaRLier. Le premier « Tartuffe ». 25. 
J. Fezcer. La réforme de l’enseignement du français à l’athénée. 67. 
A. Couxsox. Le français à Gand. 195. 
A. Gorrin. Michel-Ange. 181. 
H. Krans. Eugène Demoider. 227. 
A. Couxson. Qu'est-ce que la civilisation ? 261. 
2. — Nuova Antologia. LVIII, 1923. 


C. MAGALHAES DE AZEREDO. Un imperatore americano : Dom Pedro Il. 

A. Donari. [ « Disèqui letterari » di Giaccomo Leopardi. 146. 

I. DEL Lunco. La Crusca e il suo vocabulario. 306. 

A. PrapEeLETTo. L’eræ italico : G. Garibaldi. 334. 

IV, 1923. — V. Cran. Giovanni Prati propagandista d'italianita à Torino 
(1834-44). 97. 

M. Mazziorni. Napoleone III e l’Italia. 120. 

A. ZARDO. Il villeggiare de Veneziani e GC. Goldoni. 198. 

A. Rovini. Bartolomeo Colleoni e i suoi tempi. 202. 

L. CAvazzi. La facciata di S. Maria in Aracoeli e il VII centenario d 
S. Francesco d’Assisi. 303. 

E. Pepe. E. Rostand, poeta dell’ideale. 317. 

A. Manani. La Beatrice di Dante e il Canova. 348. 

V, 1923. — J. nez Lunco. Capricci di lingua. 8. 

A. Tavozara. La rivoluzione francese prevista da un italiano. 9. 

N. Buserro. Il pensiero e l’arte di A. Manzoni. 28. 


BIBLIOGRAPHIE 419 


PramPouini. La letteratura fiamminga contemporanea. 77. 

GaLimMBERTI. Nuovi studi su Torquato Tasso. 86. 

GxoLr. Il libro del paradiso dal « Divano + di Volfgango Goethe. 108. 
SEGRE. Il terzo centenario di una edizione famosa. 3925. 

. Prococo. La poesia di G. Leopardi. 338. 

VI, 1923. — A. Berzeviezx. Nel centenario della nascita del Petôfi. 97. 
Voupe. La corsica dapo il 1709. 107. 

Mona. Il Circo massimo e la zona monumentale. 204. 

ALBERTAZZI. Nita dettecentesca. 220. 

CaTELLANI. Il centenario della dottrina di Monroe. 249. 

SALATA. Il Manzoni e l’Austria. 268. 

SALATA. Napoleone IIT e Francesco Giuseppe alla pace di Villafranca. 289. 
. GIOVANNONI. Apere sconosciute di Bramante. 334. 

DaLL’ Osso. Una nuova visione di Roma primitiva. 350. 


3. — La Bibliofilia. XXV, 1923. 


V. Ferrari. La miniatura dei Corali della Ghiara e di altre chiese di Reggia 
Emilia. 57. 

G. M. Mori. Bibliografia della laude. 71. 

L. BerrALoT. Un nuovo codice viennese della racolta veneziana di lettere de 
Petrarca. 76, 148. 

C. Frari. La leggenda di S. Caterina da Sienna con disigni attribuiti à Jacopo 
Bellini. 97. 

E. Micnez. Î manoscritti relativi alla storia del Risorgimento (1748-1810) nella 
Biblioteca nazionale di Napoli. 130. 

V. Apami. Nicolo Brenta da Varenna stampatore. 193. 


4. — Bibliothèque universelle et Revue Suisse. CXXVIII, 
1923. 


P. Moreau. Montaigne et Pascal. 40. 

GC. G. Picaver. Le mouvement historique en France au xixe siècle. 129. 

J. ne Mestr\L. Combremont. L’impératrice Eugénie. 167. 

G. JéÉquier. Toutankhamon. 296. 

11, 1928.— F. pe CruE. Necker, Mirabeau et les Genevois de la Révolution. 1. 

L. pe TECHTERMANN. Une femme du xvure siècle, précurseur de la géologie 
minière. 176. 

À. François. Les minutes de J.-J. Rousseau. 

E. Mowrer. Les livres poétiques de l’ancien Testament. 129. 

W. Donna. La place de la Grèce dans l’histoire de l’art antique. 150 


5. — Het Boek. XII, 1923. 


E. KROXENRERG. Van den gedinghe tusschen eenen coopman ende eenen 
jode. 1. 

J. H. Hessezs. Een drukkerij buiten Mechelen. 15. 

M. Sapee. Vijf vroeg- xvie ceuwsche nederlandseche drukken. 49. 

C. P. BurGer. De Gazeta de Amsterdam. 57. 

B. KkurrwAGENx. Rondom een onbekerden nederlandschen incunabel. 81. 

W. Muuer. Een deventersch Ockham-handsechrift. 964. 

E. KRONENBERG. Bibliografische onkruid. 101. 


ToH>e 


RAARET 


420 BIBLIOGRAPHIE 


FR. Kossmax. Mr Johan. Koenerding’s letterkundige betrekkingen. (Vondel, 
Westerbaen, Brandt, S. Coster, enz.). 113. 

Van Mierr. Een zeldzaam werkje van Martinus Vuweanus. 127. 

—  —- Een onopgemerkte Elsevierdruk. 131. 

P. Leman. Das älteste Bücherverzeichnis der Niederlande. 207. 

A. J. Deux. De illustraties van « Le chevalier délibéré ». 278. 

C. P. BurGer. Geillustreerde dictaten. 233. 

A. B. VAN DER Vies. Jacques Lemoine de l’Espine. 239. 

M. J. ScuRerLen. De uitvinding der boekdrukkunst en de Coster-overlevering. 
275. 

M. Boas. De Cato berijming van H. Brand. 303. 


6. — Bulletin de correspondance hellénique. XLVII. 1923. 


P. Roussez. Remarques sur la chronologie des archontes de Delphes au 
ine siècle av. J. C. 1. 

A. SaLAË. Inscriptions du Pangée, de la région Drama-Cavalla et de Philippes. 
49. 

P. CLocné. La politique de Démosthènes de 354 à 346 av. J. C. 97. 

À. PLassarr. Inscriptions de Pierie, d'Emathie et de Bottiée. 163. 

L. Renaunix. La nécropole « Mycénienne » de Skhinokhori-l,;yrkeia. 190. 

Cu. Picarp. Un rituel archaïque du culte de l’Heraclès Thasien trouvé à 

. Thasos. 241. 

G. I. Kazarow. Inscriptions et antiouités de la Macédoine occidentale. 275. 

A. JARDÉ. Note sur une inscription de Délos. 301. 

J. Six. La perspective d’un jeu de balles. 307. 

À. »E Ripper. Fouilles de Thespies et de l’Hieron des muses de l'Hélicon. 217. 

R. DEMANGEL et A. LAURENT. Inscriptions d'Ionie. 307. 

F. Macroy. Monuments funéraires de Constantionople. 356. 

A. PERSSoN. Inscriptions de Carie. 394. 

G. Daux. Questions d'architecture delphique. [. L'édifice ionique de Marma- 
ria. 427. 

J. REPLAT. Questions d'architecture delphique. Il. Remarques sur un chapiteau 
ionique attribué à l’ordre intérieur du temple d’Apollon à Delphes. 435. 

G. Daux. Inscriptions de Delphes. 439. 

R. DEMANGEL. Nouveaux fragments d'inscriptions trouvées à Delphes. 467. 

W. W. Tarx. Le monument dit « des Taureaux » à Délos. 475. 
7. — La Cultura. II, 19283. 

A. MuxXoz. Nel centenario della morti di Canova. 77, 154. 

G. Marcoccnra. Un poeti epico croato del secolo decimonovo. 102. 

. Guzzo. « Hellas » di P. B. Shelley. 111. 

. PEsra. Omero. 145. 

. Buoxaxiri. 11 martirio cristiano. 162. 

. Viscarpr. Le forme generali del pensare medievale. 165. 

. Vosscer. La linguistica e la spirito moderno. 193. 

. BorracxraRI, Hoffmann e Beethoven. 198. 

RENANIANA. (Nell’ occasione del centenario). 207. 

V. Moscuinr. Sculptura barocca in Roma dopo il Bernini. 241. 337. 

R. Ortiz. Dal Manzoni allo Stendhal. 248. 


Dm H> 2 > 


BIBLIOGRAPHIE 42] 


. PaLmIERI. Il poeta sloveno dell’ Isonzo Simone Gregoreie. 261. 

. Pesror. Storia e poesia nel!’ Africa del Petrarca. 281. 

. MEozzi. À proposito di reminiscenze pascoliane. 301. 

. Vossier. La poesia della correttezza. 312. 

Ruzzarra. Gli « Chants modernes » di Maxime du Camp. 315. 

. TOFFANIN. Cinquantenario manzoniano. 337. 

. GALLETTI. Perchè il Manzoni non fu un romantico. 385. 

. DE Lozuis. Ovidio e Orazio, ovverosia il falso il vero signore. 398. 

. ToFFAnIN. Casanova sanfedista. 433. 

. ViTALETLI. Per la nostra poesia popolare. 449. 

. VossLer. L’universita e la cultura universale. 458. 

. DE LOLLis. I casi di Rolando e quelli della critica. 481. 

. Viscarni. Francesa Petrarea storiozrafico. 491. 

. Maver. Esiste una letteratura jugoslava ? 507. 

. Vosscer. Una filosofia della grammatica. 529. 

. Pesra. Ancora Omero. 534. 

. Guz20. L. Hegel e la scultura. 541. 

III, 1923. — E. Beviracqua. La impopolarita dei « Promessi, Sposi ». 11. 

P. TromPEo. Un imperatrice stendhaliana. 19. 

V. Mara. Per l’arte di Luca Signorelli. 26. 

A. Zotrour. Risonanze arcadiche e melodrammatiche nei versi di Grac. Leo- 
pardi. 40. 

R. Brampami. Gottfried Keller e il suo Grüner Heinrich. 65. 

M. Reccui. Il barocco arte della controri-forma. 72. 


8. — Etudes. LX, 1923. 


G. DE JERPHANION. La représentation de la croix aux origines de l’art chré- 
tien. 26. 

G. Léonar». Les influences et la tradition méditerranéenne dans l’histoire de 
l’art français. 303. 

A. MazLox. Les fouilles de Luxor. La sépulture d’un pharaon. 694. 

II, 1923. — JL. pe GRanpmalsox. L'histoire pathétique du peuple acadien. 
129,270. 

L. JALABERT. Au bord d’une route. L’Angleterre et la France sur l’Isthme de 
Suez à la fin du xvure siècle. 187. 

P. Soxnie-Moret. Un précurseur et une victime, Théophraste Renaudot et les 
« consuliations charitables ». 412. 

A. VALENSIN. Le pari de Pascal. 518. 

IIT, 1923. — Bibliothèque des Dames chrétiennes publiée sous la direction 
de Lamennais (1820-1895). 39. 

P. Dunon. Pasqual a-t-il inventé le haquet et a-t-il lu les « Exercices » de 
saint Ignace ? 596. 

IV, 1923. — P. Guuoux. Les idées d’un réformateur poète. Ruahir et la 
société moderne. 5, 164. 

V. Poncez. Loti, l'amour, la mort. 129, 289. 

P. Zsorowsky. Le poète hongrois Alex. Petôüfi. 345. 

G. DE GRANDMAISON. Il y a cent ans. L'expédition française en Espagne en 1823. 
D29, 685. 


>2RO>OMODOEOE-HEZ> 


422 BIBLIOGRAPHIE 


9. De Nieuwe Gids. XXXVIII, 19283. 


W. Koos. Psycho-analytische beschouwingen van een literairt onmensch over 
letterkunde. 265. 
— _ Nog eens Huet en Shelley. 279. 
K. H. »E Rocar. Pieter Corneliszoon Hooft. 391, 700. 
W. KLoos. Frans Coenen tegen de Hollandsche literatuur van ’80. 721. 
— Het Alexandrijnsch zoogenaamde « Erotische fragment ». 883. 
II, 1923. — G. N. CLark. Dutch influences and British history. 505. 
_J. C. Cosrerus. Utrechtsch studententeven omtrent 1870. 673. 
P. Erens. Over Sarah Burgerhart. 692. 
W. Kzoos. Joannes Stalpart van der Wielen. 723. 


10 — Giornale storico della letteratura italiana. XL1, 1928. 


R. Dusr. 11 classicismo e il romantismo nella storia della critica. 1. 

E. Mece. Opere del Gracian e d’altri autori Spagnuoli fra le mani del 
P. Casalichio. 71. 

C. DE CourTEN. La fortuna del teatro de J. M. Chénier in Italia. 87. 

P. Marnio. 1} « Ouvrage de grammaire » de Stendhal (1818). 113. 

G. Berroni. An cora del « Fiore » del « Detto d'amore ». 220. 

L. Picaionr. Per l’interpretazione di un passo della canzone petrarchesa « aï 
signori d'Italia ». 2923. 

V. Can. Nota manzoniana : Alessandro Manzoni, il generale Giac. Cottalorda 
e il P. A. Bresciani. 2925. 

D. Braxcai. La teoria e la realta dell’ Arte di G. B. Niccolini. 245. 

L. NeGri. La luce nella filosofia naturale del’ 300 c© nella « Commedia ». 
925, 

G. ZAccaGnini. Cino di Pistoia fu di parte bianca o nera ? 337. 

P. VerRuA. Tideo Acciarini e la Corte dei Sovrani Catholici. 349. 

Supplemento n° 22-23. -_ V. Misrruzzi Giovanni Cotta. 1. 

G. Pari. Su la fortuna e l’autenticità delle liriche di Ludovico Ariosto. 133. 


11 — Glotta. XII, 1928. 
P. Line. Die Stellung des Verbes in der lateinischen Prosa. 153. 
P. KRETSCHMER. Griechisch. 179. 
G. HERBIG, E. HarTMaNN und W. Kroz. Italische Sprachen und lâteinische 
Grammatik. 230. 
W. Scnuzze. Zur lateinischen Deklination. 277. 
P. KreTSCHMER. Messapische Gôttinnen. 278. 
— Zu lat. mentula 283. 
— Messap. kavasbo. 285. 


142. — History. VIII, 1925. 


T. F. Tour. The place of the middle ages in the teaching of history. 1. 
W.J. Harte. Local history : au Exeter experiment. 19. 
A. F. PozLar». History and progress. 81. 
H. JENKINSON. On autographs. 98. 

— The fewels lost in the Wash. 161. 
R. N. Kersnaw. The recruiting of the Long Parliament, 1645-1647. 169. 
À. P. Harrersiex. The emancipation of slaves at the Cape. 180. 


BIBLIOGRAPHIE 423 


13. The Journal of Hellenic Studies. XLIII, 1923. 
M. Ramsay. Military operations on the north front of Mount Taurus. IV. 
Campaigns of 319 and 320 B. C. 1. 
M. N. To». The progress of Greek epigraphy. 11. 
J. G. Muxe. More relies of graeco-egyptian schools. 40. 
A. H. Save. The early geography of south-eastern Asia Minor. 44. 
P. GARDNER. A penale head of the Bologna type. 50. 
—- A statue of à tomb. 53. 
G. Driver. A new seal in the Ashmolean Museum. 55. 
P. Srupniczxa. The Sophocles statues. 57. 
14. — Museumskunde. XVII, 1923. 
W. Josepar. Das Schweriner Schlossmuseum. 1. 
L. Fiscnez. Der neue Anbau der Städel'schen Galerie. 7. 
H. Kaurrmaxx. Wie Holland seine Museen reformieren môchte. 18. 
H. Wirte. Vom Neustrelitzer Landesmuseum. 13. 
H. ReirrerscHerD, Noch das Neustrelitzer Landesmuseum. 34. 
E. Lünic. Das Museum zu Pernau. 36. 
A. v. OERTZEN. Einrichtung der Münchner Gemildegalerie durch Mannlich 
und Dillis. 38. 
R. Bac. The museum and the teacher, 58. 
W. Toma. Theorie der Einrahmung. 62. 
F. RatTuGEeN. Die Bestimmung des spezifischen Gewichts von Elektronmünzen. 
74. 
15. — The Classical Review. XXXVII, 1923. 
D. S. RoBerTSsox. Pindarica. 5. 
W. M. Cazper. Ulpian and a Galatian inscription, 8, 55. 
E. Harrison. Aristophanes, Proggs, 1203. 10. 
G. ErrRem. Venus Calva and Venus Cloacina. 14. 
T. L. ArGar. Suggestions on the Àgamemnon of Aeschylus. 16. 
D. A. SzarTer. Three cases of transposition. 19. 
S. M. M. Furxess. Some notes on passages of Lucretius, Book V, 20, 
W. M. Cazner. Lucretius V, 1009-1010. 21. 
se Aeschylus, Agamemnon, 11. 42-44. 23. 
. RicHarps. Sophocles, Philoctetes. 35, adTtoEuAov ’ékrwua. 23. 
. L. Drew. Horace, Epodes V, 49-82. 2. | 
. A. SLATER. Two notes on Catullus. 25. 
. FREEMAN. The dramatic technique of the Oedipus Coloneus. 50. 
. À. SLATER. Tages etruscus. 54. 
. Harrison. Catullus LXVI, 92-94. 57. 
. S. RoBErTsoN. Euripides and Tharyps. 58. 
. E. Housman. Allobroga. 61. 
. JULIAN. Peculium. 61. 
S. PHiLLIMORE. A problem in Propertius. 61. 
. L. Drew. « Expelle Herculem » : Horace, Odes II, 3, 1-12, 62. 
. À. SEyMOUR. Further notes on the Boiotian army. 63. 
. WmmLey. Cicero. Ad familiares VII-32. 64. 
. N. URE. Themistocles, Aeschylus and Diodorus. 64. 


. 


OS = © © © 


TR D Ci C2 ni CA El 


424 BIBLIOGRAPHIE 


W. Lear. Prehistoric Corinth. 65. 

D. A. SLarTer. The Ovid of the « New Plautus fragment », 66. 

H. J. Rose. Horace, Odes I, 13, 15-16. 66. 

W. M. Linpsay. Plautus and The beggar's opera. 67. 

E. Lucas. The reverse of Aristotle. 98. 

A. E. Housman. Horace, Epodes XIIX, 3. 104. 

A. C. PEansoN, Agamemnon, 40 ff. 104. 

W. R. Hazzimay. Mossynos and Mossynoikoi. 105. 

W.S. Rosertrson. Notes on the younger Pliny and Apuleius. 107. 

R. D. Hixs. Diogenes Laertius X, 60. 108. 

C. Sauxpers. The political sympathies of Servius Sulpicius Rufus. 100. 

D. TarRAnT. Aristophanes, Birds, 700. 113. 

H. J. Rose. Interlinear hiatus in the odes of Horace. 113. 

W. R. Hazuipay. Herodas, Mimes III, 93. 115. 

À. Sourer. The Gelenian codices of Livy. 115. 

W. B. Sepewicx. Lucretius and Cicero’s verse. 115. 

G. M. Cooxsox. On translating greek tragedy. 146. 

J. M. Epmonps. Some notes on the greek Bacchylides papyrus. 148. 

J. Mason. The religion of Lucretius. 149. 

D. S. Roerrsox. Notes on Demosthenes and Pliny. 152. 

E. Gopparp. Propertius, Cynthia and Augustus. 153. 

H. D. Tayzor. Quintilian on latin word-order: 156. 

T. A. SinccarR. On Strabo XI, 8, 2. 159. 

H. W. Garron. Locrica, 161. 

A. W. vax BuREN. Graffiti at Ostia. 163. 

A. Nocx. “O ueyac wav Teôvnke. 164. 

D. S. Rorertson. Cleon and the assembly. 165. 

W. M. Caner. Aeschylus, Septem c. Thebas, 101-102. 166. 

J. K. FotueRiINGHaAN. The probable error of a waterclock. 166. 
16. — The American Historical Review. XXVIII, 19283. 

W. G. Lezann. The International Congress of Historical Sciences, held at 
Brussels. 639. 

D. Perkins. Russia and the Spanish colonies, 1817-1818. 656. 

J. T. Apams. The unexplored region in New England history. 673. 

D. H. Bacor. The South-Carolina up country at the end of the xvimtb century. 
682. 

XXIX, 1923. — E. Emertow. Altopascio. A forgotten order. 1. 

R. Lor». Bismarek and Russia in 1863. 95. 

M. Masson. The Odyssey of the Muir. 49. 

L. Gross. An unpopular seventeenth-century view of Magna Carta. 74. 
17. — La Révolution française. LXVI, 1923. 

L. R. GorrscnaLxk. Marat dans Ja journée du 14 juillet 1789. 13. 

R. Bonnet. La liberte ou la mort. 19. | 

A. AuLARD. La théorie de violence et la Révolution. 97. 

G. PerReux. L'affaire du drapeau rouge (5 juin 1832). 133. 

M. HanpeLsmax. L'opinion de Lazare Carnot sur les Cent-jours. 149. 

L. Dusreuis. Les débuts de la Révolution à Evreux : le duc de Bouillon. 205. 

GC. RicHar». Les savants et le salpètre en Normandie pendant la terreur, 231. 


BIBLIOGRAPHIE 425 


. SÉe. Quelques mots sur Taine historien. 247. 
AuLarD. Le Père Loriquet : sa personnalité, sa fameuse phrase. 289. 
. BRagscH. Le dernier domicile du Père Duchesne. 312. 

18. — Revue des cours et conférences. XXIV, 1923. 
. Rexouvix. Les origines immédiates de la guerre. 193, 385, 614, 851, 1034, 
1325, 1504. 
. VIANEY. La Bible dans la poésie française depuis Marot. 212, 305. 

Cox. Ronsard, sa vie et son œuvre. 239, 407, 503, 700, 1057, 1204, 1467. 
Pommier. E. Renan, essai de biographie intellectuelle. 161, 260, 327, 4928. 
LeJay. Leçons sur l’histoire de la littérature latine. 275, 350, 438, 548, 
639, 690, 839, 1072, 1175, 1287, 1413, 1494. 
A. Fuicne. La crise religieuse depuis la mort de Grégoire VIT jusqu'à l’avène- 
ment d’Urbain II. 169, 320, 532, 632, 934, 1122, 1217, 1249, 1405, 1458. 
. Hauser. Le capitalisme en France au xvi s. 342. 
. Vuzuiop. Le théâtre de Gerhart Hauptmann. 369, 747. 
. Moreau. L’année de Molière et les leçons de son œuvre. 446. 

BERGER. Les poëtes anglais de l’époque victorienne. 458, 570, 577, 812, 
1000, 1105, 1292, 1369. 
. RoussELOT. Fhonétique expérimentale. 481. 

Meyer. L’art et le style chez Renan. 602. 673. 

Prenrour. Les conséquences de la conquête de l’Anglelerre. 650. 

Douer. Le gouvernement de Louis XI. 737, 942, 1010, 1233, 1277, 1360. 
Srowsxi. Alfred de Vigny. 769. 1083. 
Larzarus. La poésie dans les Bucoliques. 778, 896, 1136, 1226. 
Marniez. La Convention. 796, 986, 1180, 1467. 
Ascozr. Vauvenargues. 827. 
. Marin. La poésie symboliste. Verlaine. 865, 961, 1153, 1264, 1345, 1441. 
. GairFrE. Le théâtre et la vie française d'aujourd'hui. 1020. 
. STROWSKI. Emile Faguet. 1045. 
Pa. SaGnac. Cours d'histoire de la Révolution française. 1249. 
A. Dusreux. A propos de Rabelais. 1422. 

19. — La Grande Revue. CX, 1923. 
Ezre Faure. Montaigne. 353. 562. 
M. Geisrnoerrer. La résurrection de Lamennais. 443. 
CXI, 1923. — E. Faure. Montaigne. 32, 277. 
R. Benoist. Sarah Bernhardt. 254. 
L. ProaL. L'esprit satirique de J. J. Rousseau. 423. 
CXII, 1923 — E. Faure. Shakespeare. 529. 
E. VazuiÉé. Trois formes d’un sonnet de J. M. de Hérédia, 547. 
M. Grisrpoerrer. Comment les faux entrent au Louvre, 581. 
CXIII, 1923. — E. Faure. Shakespeare. 63. 
G. TÉRy. W. B. Yeats, poète irlandais. 259. 
M. Doux. Les récentes fouilles archéologiques d'Algérie. 273. 
H. n’ALmÉRAs. Ce qu’on lisait il y a un siècle. 287. 
20. — Revue historique. CXLIV, 1923. 

A. Decerr. Le mariage de Gaston d'Orléans et de Marguerite de Lorraine. 1. 
H. Wers. Chevalier de Gentz. 58. 

P. CLocné. Les dernières années de l’Athénien Phocion. 322-318 a. J. Ch. 161. 


M m>EH 


De 1903 2e 


Do © 


THTOr-WETRERE 


426 BIBLIOGRAPHIE 


H. Sée. Les origines de l'industrie capitaliste en France à la fin de l’ancien 
régime. 187. 
21. — Revue de l’Orient chrétien. XXIII, 1922-1928. 

P. Pecuior. Les Mongols et la papauté. 3. 

P. Tourneg1ze. Ravages de Timour-Leng en Arménie. 31. 

H. Baswapyan. Les inscriptions arméniennes d’Ani, Bagnaïr et de Marmachen. 
41. 

H. Bécux. Recueil d’homélies du 1x° siècle cn langue syriaque. 82. 

W. Cru». Sévère d’Antioche en Egypte. 97. 

M. Jucx. Le culte de Photius dans l’église byzantine. 103. 

E. Tisseranr. La liste des patriarches d'Alexandrie dans Galgachandi. 193. 

N. Banescu. Macarros Caloritès et Constantin Anagnostès. 144. 

M. Caine. Catèchèse attribuée à S. Basile de Césarée ; une lettre apocryphe 

de $. Luc. 150. 
— La durée du patriarcat d’Isaac, xure patriarche d'Alexandrie. 199. 


22. — La Revue rhénane. IV, 1923-1924. 

A. VIALATTE. Les brigands du Rhin. Schinderhannes et sa bande. 8. 

J. Barpoux. Deux tombes. Hoche et Marceau. 10. 

RHexanus. Les garnisons françaises à Mayence. 13. 

R. P. DurizceuL. Saint Bernard à Spire. 19. 

J. Bamvize. Louis XIV. 27. 

W. Brunxer. Mittelrheinische Terracottakunst. 36. 

RHEenanus. Une nécropole rhénane. Le cimetière de Mayence. 68. 

A. V. Les brigands du Rhin. Damien Hessel et ses complices. 74. 

J. Barpoux. Vieux papiers, vieux souvenirs. 79. 

J. Mazxe. Deux-Ponts, ville d'influence française au xvimre siècle. 85. 

Cu. Senmwr. Le pont dé Mayence. 93. 

P. Foxcu-BRENTANO. Les artisans rhénans en France : Winterhalter. 97. 

Ra. La Favorite. Un château de plaisance rhénan construit sur le modèle de 
Marly. 101. 

Ta, KappsteIx. Hermann Hesse, ein deutsches Dichterporträt. 106. 

J. Kapp. Les pays rhénans et la musique. 112. 

A. Cogcroy. Notes sur le roman wagnérien français. 114. 

Wernoue. Die Vergiftung des deutschen Volkes durch die Lesebücher. 120, 

G. Wirkowski. Bettina et Gœthe. 138. 

R. Burnanr. L'hôtel royal des Invalides. 143. 

K. LicnrerBecx. Der franzôsische Revolutionsgeneral J. B. Kleber in Krefeld. 
148. 

Fuoncx-BRENTANO. Les artistes rhénans en France : Pol, Jehan et Herman de 
Limbourg. 157. 

L. VarzLaT. Nejma Ezzohra. 157. 

A. VIALATTE. Georg Kaiser. 170. 

J. et J. Taaraur. Le Rêve abandonné, 198. 

L. Gizcer. La vie de Maurice Barrès. 199. 

R. Currius. Deutsche Ansichten über M. Barrès. 206. 

V. Grau». Les maîtres de l'heure. M. Barrès. 203. 

Ta. KaPPSTEN. J. A. Graf von Gobineau. 208. 


_ 
Î 


BIBLIOGRAPHIE 42 


P. DE VaissiERE. Cantonnements d’émigrés en pays rhénans (1791-1792). 231. 

RuEeNanus. Art et artistes rhénans. 222. 
23. — Romania. XLIX, 1923. 

O. H. Prior. Remarques sur l’anglo-normand. 161 

M. Manx. La couleur perse en ancien français et chez Dante, 186 

E. FaraL. La pastourelle. 204. 

P. Marcuor. Sur le plus ancien texte rétique. 2614. 

A. Dauzar. Gaba et ses dérivés. 265. 

L. CLévar. Les plus anciennes locutions formées avec « ainsi ». 267. 

H. Caayror. Fragment of the Roman de Troie. 269. 

A. Mansiox. Les plus anciens mancions du Roman de Berinus. 271. 

J. L. Wesrox. Notes on the Grail romances; caput Johannes — caput Christi. 
219. 

E. G. Léonarn. Note sur le ms. B. N. lat. 17730. 279. 
24. — Studien. LV. 1923. 

P. ZeeGers. « Deutschland, Deutschland über alles ». 22, 107. 

3. v. MrLo. De « Bruloft » van Ruysbroeck als voorbeeld der « Twaelf Dog- 
hedeu » gehandhaafd. 35. 

J. Vocezs. P. Van Meurs en Nic. Beets. 63. 

J. v. RYckEVORSEL. Henri Ghéon’s theorie en praktyk. 169. 

J. van MierLo. Is het « Boec vanden twaelf Dogheden » een werk van Ruys- 
broec ? 200, 476. ‘ 

C. WEsseLs. Een portugeesche missiepoging op Bali in 1635. 433. 

II, 1923.-—7J. van Miro. Is het « Boec vanden twaelf Dogheden » een werk 
van Ruysbroec ? 133. 297 

C. WesseL. Samuel Fritz, S. J., 1654-1725, ontdekkingsreiziger in de Amazona- 
vallée. 245, 348. 

G. P. Boumax. Louis Couperus. 411. 
25. — Dietsche Warande en Belfort. XXIII, 1923. 


L. Reypens. De geestelijke physionomie van Ruusbroec. 1. 

J. RomBours. Simon Stevin. 159, 994. 

A. Van Hoownacker. De profeet Isaias en het Joodsch gemeenebest in de 2ehelft 
der vie eeuw v. C. 253. 

M. De Meyer. Het kinderlied in Vlaanderen. 375. 

C. GEZELLE. West-Vlaamsch Hollandsch. 509. 

J. PEersyn. Marcel Proust. 591, 631. 

C. GEZELLE. Guido Gezelle en Fransch-Vlaander n. 853. 

G. Priirps. Nog eenige beschouwingen over het Lam van Van Eyck. 879. 

J. Persyx. Multatuli en de Vlamingen. 927, 1170. 

J. A. Goris. Bijdragen tot de kennis der atmosfeer van Gezelle’s jeugd- 
jaren. 969. 

C. GILLES pe PÉLicay. De universiteit in de middeleeuwen. 1036. 

J. Van Mierco. Hadewych en Eckhart. 1138. 
26. — Philologische Wochenschrift. XLIII, 1923. 

TH. GRIENBERGER. Varini et Charini. 934. 

R. Rau. Sophocles Ichneutai, 281 f. 989. 

K. Wirre. Horazens Verhältnis zu Vergil. 1075. 


29 


428 BIBLIOGRAPHIE 


Ca. Rocce. Alte etymologische Rätselsfragen II. 1082. 

Fr. Scnemme. Die Schulen von Constantinopel vom 1x.-xr. Jahrhundert 1178. 
27 — Wôrter und Sachen. VIII, 1928. 

W. Meyer-LüBke. Senyor « Herr ». 4. 

— —  Altfranzôsisch clamer, prov. clamar, klagen. 12. 

R. MERNGER. Der Spiegel im Aberglauben. 17. 

M. NienERMANN. Die Benennungen der Kartoffel im Litauischen und im Let- 
tischen. 33. 

A. GRIERA. Terminologia dels ormeigs de pescar dels rius i costes de Cata- 
lunya. 97. 

R. RIEGLER. Span. descuernacabras « scharfer nordwind ». 101. 

— Die Schliceszschlange-franz. le gicle. 104. 

P. Funse. Der Kräuel. 107. 

G. Scan. Zur geschichte der Schlaginstrumente auf Germanischen Sprach- 
gebiete bis zum Beginn der Neuzeit. 108. 

R. MERINGER. Die täglichen Fehler im Sprechen, Lesen und Handeln. 122. 

A. Bac. Die Ortsnamen auf-heim im Südwesten des deutschen Sprachgebietes. 
142. 

L. LoewenTaaL. Wôrtererklärungen. 176 

E. ScawenrNer. Bibliographie zur indogermanischen Worstellung, 1823- 1923. 
179: 

H. Gozpscammwr. Ein alter Brauch im heutigen Ruszland. 183. 

W. Mevyer-LürkE. Gallisch *sutege — schweinestall. 185. 
28 — Zeitschrift für Bücherfreunde. XVI, 1923. 

W. Mozsporr. Zur Coster Iconographie. 1. 

EF. BenRenr. Corveys elfhundertjährige Geschichte im Spiegel seiner Bücher- 
sammlung. 4. 

H. Beux. Der Erstdruck von Goethes Faustfragment. 41. 

G. Wirkowsxi. Goethe und Küstner. 49. 

A. Becarozr. Nochmals der « Fliegende Wanderersmann » und Grimmels- 
hausen, 51. 

R. HEINzE. Ein neuer Plautus. 58. 

P. HANSsEN. Aus der Buchdruckersprache. 59. 


ERRATUM 


Dans l’article de M. P. Graindor (Liste d’éphèbes athéniens 
de 128:127.:R°B.,P. H:,, t IL 419747. 14 col LI MAD EEE 
Kitrios au lieu de ZpñTtTioc. 


Etat de la syntaxe française 
d’après des travaux récents. 


11 ne s’agit point dans cet article de travaux pédago- 
giques. Certes, nous serions heureux de saluer l'apparition 
de quelque ouvrage magistral asseyant sur des bases plus 
scientifiques la grammaire des écoles, mais cette œuvre 
délicate, de science et d’art à la fois, réclamerait toutes 
les connaissances et tout le tact d’un Gaston Paris. Et puis, 
réalisée, elle ne s’imposerait pas! C’est que, vraiment, le 
conflit entre la science traditionnelle et la science réelle 
ne dépend pas de l'existence d’un livre. Il y a des causes 
plus profondes. Mais ne nous laissons pas détourner de 
notre but par les séductions de ce sujet. Malgré les len- 
teurs de l’école à envisager les phénomènes du langage 
historiquement, dans leur évolution, ou. plus humblement, 
par l'observation et la description, les philologues, eux, 
continuent à poursuivre leurs analyses. La syntaxe, long- 
temps négligée, sollicite maintenant des esprits d'élite. 
Nous tenons quelques monographies de ces derniers mois, 
qui nous serviront à montrer l’orientation de ces études et 
à mesurer leur valeur. 

Nous avons parlé ailleurs (1) du livre si suggestif de 
M. Ferdinand Brunot, La pensée et la langue, dans lequel la 
logique, la psychologie et le langage sont confrontés sans 
cesse au profit de solutions théoriques nouvelles. Nous n’y 
reviendrons pas. Nous nous croyons dispensé aussi de 
rechercher ce que la syntaxe historique doit au labeur de 
M. G. Cayrou, qui vient de publier, sous le titre Le fran- 
çcais classique, un ouvrage compact sur la langue du 


(1) Bulletin de l’Académie royale de Langue et de Littérature francaises, 
numéro de novembre 1922. — Revue Le Flambeau, 19923. 


30 


430 J. FELLER 


xvii* siècle ({). Dans ce livre, publié sous forme de lexique, 
l’auteur a eu soin de rassembler toutes les indications 
d'ordre historique, grammatical, stylistique, etc., qui 
peuvent faciliter l'interprétation littéraire des textes Mais 
cet ouvrage, qui remplacera dans la pratique l’ouvrage plus 
modeste de E. Huguet (?), n’a pas l'occasion de faire place 
à des théories nouvelles ni de s'étendre en études systéma- 
tiques. Nous trouverons, au contraire, des vues person- 
nelles dans deux œuvres récentes, qui, phénomène à noter, 
émanent de deux étrangers : l’une, d’un Hollandais, 
M. C. De Boer (°), l’autre, d’un Suédois, M. Hjalmar Kal- 
Anse. 
L 


Le premier de ces travaux contient trois essais, l’un sur 
la place de l’adjectif attributif, le second sur la place du 
sujet nominal dans la phrase non interrogative, le troi- 
sième sur le subjonctif. | 

Nous commencerons par détacher de ces monographies 
les idées générales. Si elles sont bonnes, elles peuvent 
devenir fécondes pour d’autres esprits et suggérer d’autres 
recherches; même erronées ou trop systématiques, en pro- 
voquant la discussion, elles aideront à se rapprocher 
davantage de la vérité. 

L'auteur se déclare profondément convaincu de deux 
choses : 1° que les syntaxes actuelles ne sont ni scienti- 
fiques ni même pratiques ; 2 qu'il n’y à point d’espoir de 
créer une syntaxe historique vraiment scientifique tant 
que nous ne posséderons pas la vraie syntaxe moderne 
scientifique. C’est donc à établir sur des bases nouvelles 
la syntaxe moderne que s’appliquera l’auteur, puisqu’'à ses 


(4) G. Gayrou, Le français classique, lexique de la langue au XVI siècle, 
Paris, Didier, 1923. Voir le compte rendu dé cet ouvrage ci-dessus, p. 142. 
On se demande pourquoi l’auteur n’a pas utilisé ou cité les deux volumes de 
Godefroy sur La langue de Corneille comparée à celle des autres auteurs du 
sièclei 

(?) E. Huever, Petit glossaire des classiques francais du X VILe siècle, 1907. 

(3) Essais de syntaxe francaise moderne, par C. De BoEr, Paris, Champion, 
et Groninghe, Noordhoff, 1923. 

(#) Étude sur l'expression syntactique du rapport d'agent dans les langues 
romanes, par HyALMAR KALUN, Paris, Champion, 1923. 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 431 


yeux elle n’existe pas; et il ne semble pas disposé à l’éta- 
blir sur la syntaxe historique, puisqu'il subordonne celle-ci 
à l’autre. Ainsi M. De Boer taquine un des principes que 
l’on croyait acquis, à savoir : qu'une syntaxe moderne doit 
s'appuyer sur l’histoire de la langue. Qui a raison? L’expli- 
cation des faits actuels peut-elle se séparer de l’histoire? 
Non sans doute. Il faut en conclure que l’auteur entend par 
syntaxe moderne non une explication des faits, mais la 
statistique et la classification. Cependant des objections 
surgissent. L'histoire ne serait pas de trop, même pour 
imaginer un classement judicieux des faits. Et puis quelle 
séparation artificielle! S’il faut au préalable rechercher 
les faits, les observer, les grouper, employer tour à tour 
analyse et synthèse, il faut en agir de même pour toutes 
les époques de la langue et non pas seulement pour ia 
période actuelle. Ces statistiques des faits concomitants 
ne dispensent pas de l’histoire des mêmes faits dans leur 
évolution à travers les âges. Ces deux ordres de travaux 
se relient et se complètent, comme sont liés l’espace et le 
temps dans l’existence des phénomènes de tout genre, 
Serait-il plus déraisonnable d'affirmer, au rebours de 
notre auteur, que cette syntaxe moderne scientifique, qu’il 
se propose d’édifier, ne sera vraiment créée que si elle 
s'appuie sur la syntaxe historique? Il n’y a qu'un moyen de 
concilier des affirmations aussi contradictoires, c’est de 
ne pas élever un mur entre le déroulement du passé et 
l’aboutissement du présent. Déterminer si c’est la syntaxe 
historique qui est la maîtresse ou la servante, c’est mal 
poser la question, c’est créer une séparation arbitraire. 
Tel est le défaut des esprits systématiques. 

La syntaxe, union des mots en raison des sentiments et 
des idées, de la tradition et de la mode, évolution vivante 
et multiforme, peut sans doute être étudiée partiellement, 
à des points de vue très divers, être exclusivement logique, 
ou psychologique, ou historique, ou stylistique, ou pra- 
tique; mais, on peut en être persuadé d’avance, chacune de 
ces syntaxes ne sera pas d'autant meilleure, elle ne elas- 
sera ni n’expliquera d’autant mieux les phénomènes qu’elle 
se cantonnera plus étroitement dans sa cellule. Au con- 
traire, chacune risquera d'autant moins de se tromper 


432 J. FELLER 


qu’elle consultera davantage les vues, les explications et 
les groupements des autres. 

Aux yeux de l’auteur, pour faire une bonne description, 
il faut partir des formes grammaticales, non du système 
abstrait des cadres logiques dans lesquels on a essayé 
d’emprisonner toutes les formes, ce qui en déguise la libre 
éclosion. Ceci fait le procès à la logique du xvri* et du 
xviit siècle appliquée au langage, mais non à la grammaire 
historique: C’est une des idées directrices aussi de cet 
autre inventaire du français moderne, La pensée et la 
lang'ue, que M. Brunot a composé, tout en élevant à l’His- 
toire de la langue française le monument que l’on connaît. 
Il existe une remarquable analogie entre l'attitude de 
M. Brunot et celle de M. De Boer; mais, tout en manifes- 
tant sa répugnance à emprunter en grammaire les cadres 
de la logique abstraite, à considérer comme des aboutisse- 
ments historiques des phénomènes qui vivent d’une vie 
propre dans la bouche du peuple et qui ont pu recevoir de 
son ignorance même des interprétations inattendues, 
M. Brunot a sagement conservé la plupart des classements 
antérieurs et le plus gros de la terminologie, et il a sou- 
vent, très souvent fait appel à la grammaire historique. 
Nous l’avons constaté, M. Brunot est plus radical en théo- 
rie qu’en pratique, et c’est trop naturel pour que cette 
constatation devienne un reproche. M. De Boer, lui, 
semble disposé à traiter la syntaxe par amputation. I] 
exagère en ce sens. Qu'on choisisse ses bases, son point de 
vue, c’est légitime; qu’on se prive par système de tout le 
travail accompli, sous prétexte qu’il s’agit d’une autre 
science, ce n’est pas le moyen d'approcher davantage de la 
vérité. 

I1 y a bien d’autres précautions à prendre que d’écarter 
la logique et l'histoire, si nous en croyons M. De Boer, 
pour assurer l’observation intégrale des phénomènes sans 
céder aux suggestions des sciences connexes. L'auteur 
les indique dans son premier essai particulier, mais ils 
seront mieux en place ici en raison de leur portée géné- 
rale. 

L'auteur distingue entre l’usage collectif, qui constitue 
la physionomie du langage à une certaine époque, et l’usage 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 433 


personnel ou individuel. C’est l’usage collectif qui est seul 
du ressort de la grammaire, l'usage personnel est du res- 
sort de la stylistique. Acceptons le mot, bien qu'il répugne 
aussi de mettre sur le même pied, sous le nom de style, les 
hardiesses du génie et les fautes grossières de l'ignorance. 
Mais, s’il est utile de distinguer la stylistique et la syntaxe 
collective, sera-t-il avantageux de les séparer absolument? 
Est-ce que l’usage de la majorité n’a pas commencé par 
être l’usage d’un seul, puis celui d’une minorité? Faire 
abstraction des humbles origines de l’usage collectif, c’est 
possible tant qu’il ne s’agit que de l’enregistrer, c’est 
impossible dès qu’il s’agit de l’expliquer. 

I1 faut éclaircir aussi cette question de l’antagonisme 
entre la méthode logique et l’observation psychologique 
des faits. L'analyse du langage peut être entreprise au 
point de vue des idées à exprimer, abstraction faite des 
mots et des tournures, qu’on peut considérer comme des 
matériaux de construction. Cette analyse, commencée par 
Aristote, a été surtout poussée au xvir® et au xvirie siècle 
par les logiciens français. Ceux-ci n’ont donc envisagé le 
langage qu’au point de vue intellectuel, comme expression 
de pensée et de raisonnement. L’expression des émotions, 
des sentiments. de la volonté fut méconnue par eux ou 
ramenée au mètre de l’expression intellectuelle pure. Les 
grammairiens, qui auraient dû voir les faits linguistiques 
à un autre point de vue, emboîtèrent le pas des logiciens. 
Toute phrase ou combinaison significative de mots fut 
donc assimilée par eux à une « proposition », c’est-à-dire 
à une affirmation « proposée » à l’assentiment d’autrui. 
Ainsi « Venez »,.expression d’un ordre, devient à leurs 
yeux une proposition; « Dieu nous en préserve ! », « vive 
le roi », formules de souhaits, sont présentés, en vertu de 
cette analyse étroite, comme des déformations ou abrévia- 
tions d'expressions plus pleines et plus correctes : « je 
souhaite que Dieu vous en préserve », « je souhaite que le 
roi vive ». C’est le triomphe de l’explication des tournures 
par l’ellipse et le sous-entendu. Ce mode d'analyse règne 
encore en maitre dans les écoles. Essayez de faire admettre 
que « vive le roi » est une proposition principale : on ne 
vous l’accordera que de bouche et sans conviction; et, si 


434 J. FELLÈER 


vous ajoutez que ce n’est pas même une « proposition », 
on ne vous comprendra pas ! à 

- Dans ce système, qui mêle la grammaire et la East 
la pensée et le langage, toute l’analyse du discours n’est 
pas fausse. Si elle l'était, le système, qui vient de très loin, 
n'aurait pas subsisté pendant des siècles. Pour en corriger 
les erreurs, il à fallu se déshabituer du préjugé un peu 
trop aristocratique que le langage du raisonnement est seul 
digne d'examen. Il à fallu s’aviser que le langage enferme 
aussi l'expression de la vie affective, puis, faisant un pas 
de plus, s’apercevoir que c’est la vie affective même qui 
est la génératrice du langage. Or sensations, sentiments, 
imagination, passions, volonté sont du domaine de la psy- 
chologie; ce sont d'autres facultés de l’âme, qui se’ dis- 
tinguent de la raison pure. Telle est la portée immense de 
cette observation, que l’étude du langage doit être placée 
sur le terrain de la psychologie. 

C’est d’après cette conception plus large que de Saus- 
sure, Sèchehaye et d'autres à leur suite ont abordé lés. 
études syntaxiques. Ils se sont attachés aussi à délimiter 
plus strictement ce qui est du domaine de la syntaxe et ce 
qui doit cesser d’en faire partie. M. De Boer appartient à 
leur école. 

M. Sèchehaye séparait de la syntaxe proprement dite ce 
qu’il appelait la symbolique. Toute construction devenue 
par le mécanisme de l’habitude une unité d'expression 
immobilisée, figée, passe de la syntaxe vivante et con- 
sciente dans le magasin des signes ou dictionnaire. Il y à, 
c’est-à-dire, est-ce que, tout à coup, ventre à terre, gen- 
tilhomme, portefaix, vainement, beaucoup, Le Havre, 
l’on, ete., ont cessé d'être sentis dans leur composition 
ét sont devenus des unités, des symboles, à étudier à part, 
dans la Symbolique. Certes on pourrait se passer du mot, 
et M. De Boer préfère s’en tenir à une distinction entre 
syntaxe figée et syntaxe vivante. Mais l'important est de: 
savoir si les futurs grammairiens ne vont pas se dispenser 
d'examiner la moitié de la syntaxe en la renvoyant comme 
un volant aux spécialistes symbolistes, — qui n'existent 
d’ailleurs pas, — comme on se débarrassait jadis des de et 
des ne gènants en les déclarant «explétifs », et des quelque. 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 435 


que, quoique, parce que en les baptisant « locutions » pour 
ne point les analyser. Contre cette tactique de fragmenta- 
tion, il faut remarquer que l'unité desdits symboles est 
toute relative. Elle dépend des époques, et, pour une même 
époque. elle dépend des facultés analytiques des individus. 
Les locutions composées qui sont figées aujourd’hui ont 
eu leur période de formation, de nouveauté et de vie intel- 
lectuelle. Comme l’étude philologique, même ramenée au 
niveau de l’école, ravive ces locutions en les analysant, ce 
qui est pour l’ignorant une unité figée, une sorte de signe 
algébrique, éveille chez l’homme instruit à la fois l’idée du 
tout et l’idée des parties composantes de ce tout. D'autre 
part, il y a moins de locutions figées pour celui qui a l’habi- 
tude d'écrire. L’attention de celui qui écrit est forcément 
ramenée à l’examen des tournures. Il doit se les analyser 
pour les figurer convenablement. L'écriture n'est pas une 
représentation purement phonétique : elle décompose et 
recompose en raison du sens. Fausse-clef est un mot unique 
peut-être pour l’ignorant, qui, à l’occasion, l’écrira fosclé; 
il reste une locution de composition visible, donc syn- 
taxique, pour l’homme averti qui écrit fausse-clef. Si donc 
une même locution peut apparaître simple ou complexe, 
suivant les époques ou suivant la culture des individus, 
si des expressions passent sans cesse de la conscience à 
lautomatisme et de l’automatisme à la conscience, il en 
résulte que les symboles de M. Sèchehaye ne peuvent pas 
être détachés pratiquement de la syntaxe. 

- M. De Boer apporte à la syntaxe d’autres limitations. 
S'il pose d’une part en principe, pour écarter la logique, 
que « les règles n’ont pas besoin d’être logiques », il exige 
d'autre part que les règles, pour acquérir la valeur et la 
puissance impérative de règles, formulent des habitudes 
collectives, communes à la majorité des individus. Car «la 
grammaire est un système au service de la communauté ». 
Si un particulier viole les règles, il pèche « contre la com- 
munauté ». Vaugelas aurait dit simplement « l'usage », 
mais ne fallait-il pas démocratiser un peu les définitions? 
En vertu de ce principe, la grammaire n à pas à expliquer 
les emplois individuels : ce travail revient à la Stylistique. 
M. De Boer exclut donc la stylistique de la syntaxe et il 


436 J. FELLER 


reproche aux historiens de la langue et aux grammairiens 
de perdre trop souvent de vue cette différence. 

Il en est de cette différence comme des précédentes. 
Nécessairement toute expression a commencé par être un 
idiotisme. Un idiotisme peut rester isolé, mais il peut aussi 
se propager, faire fortune, être adopté par une minorité 
qui deviendra peu à peu majorité. La grammaire histo- 
rique doit tenir au guet les constructions individuelles 
qu'elle surprend, embryons de l’usage futur. Au reste, une 
construction individuelle n’est pas un pur produit de la 
fantaisie : c’est un phénomène qui à sa raison psycholo- 
gique. Dès lors, vraiment, peu importe qu’on l’étudie sous 
une rubrique ou sous une autre. Le mal serait de l’écarter 
sous le prétexte banalement administratif : « cela n’est pas 


de mon ressort! » 
FL 


Nous pouvons maintenant aborder les applications que 
M. De Boer fait de sa méthode. 

Dans un premier essai il étudie la place de l'adjectif 
attributif en français. Pour épargner au lecteur des 
méprises de terminologie, rappelons que l’auteur entend 
par là, selon la coutume allemande, ce que nous nommons 
épithète ou adjectif accompagnant le substantif, et non 
l'adjectif adjoint à un verbe pour former l’attribut. 

En français, l’accent de force d’une expression est fixé 
à la finale, comme l'accent tonique d’un mot isolé (1). 
Autant dire que l'expression composée sonne comme un 
motunique. Donc, quand l’adjectif est préposé au substan- 
tif, c'est le substantif qui a l’accent: si l'adjectif vient à la 
finale, c’est l’adjectif qui aura l’accent. Il n’y a qu’un 
accent, l'expression forme une unité. Ainsi ce que l’on veut 
relever comme nouveauté dans une expression, ce que l’on 
donne comme important ou distinctif, doit venir à la 


(1) Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi la pensée de l'auteur (p. 18 et 19) 
sur l'accent. Il parle de l’accent mobile du néerlandais et conclut : « le hol- 
landais étant une langue à accent mobile, l'ordre des mots a pu y devenir 
fixe. » Je comprends que l’on y déplace l'accent suivant la valeur des môts, 
sans avoir besoin de déplacer les mots. D'autre part, le français est qualifié de 
« langue à accent fixe final »; mais, quelques lignes plus bas, on demande 
« quelles sont les conséquences de cette mobilité d’accent en français ». 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 437 


finale, De ce principe découle la première règle formulée 
par M. De Boer : 

« L’adjectif se place devant le substantif partout où, 
sans encore être entrée dans la syntaxe figée, la combi- 
naison adjectif + substantif est très fortement sentie 
comme une unité, et où donc il y a synthèse. » La restric- 
tion relative à la syntaxe figée a pour but de réserver les 
cas qui apparaîtraient contraires à la règle et pour lesquels 
il faudrait chercher une explication historique. 

L'auteur devait poser en regard le cas d'analyse. Et si, 
dans l’analyse, on veut attirer l’attention à la fois sur 
l’objet et sur sa qualité, il faudrait que l'expression contînt 
deux unités et deux accents. Au lieu de la solution logique, 
l’auteur formule les deux règles partielles suivantes : 

« Lorsque, dans l’analyse, l'adjectif n’a pas ou très peu 
de force affective, la grammaire oblige l'individu à le pla- 
cer après le substantif. » « Dans les cas où l’adjectif, dans 
l’analyse, est fortement affectif, on peut le placer devant 
le substantif. » 

Voilà des règles nouvelles. Elles sont basées sur des 
observations, et pourtant elles ne nous satisfont guère. 
Faisons-leur l’honneur d’un examen critique. Dire ses 
scrupules, expliquer ses doutes, c’est montrer qu’on prend 
son auteur au sérieux et qu’on rend hommage à ses efforts; 
et c'est peut-être contribuer aussi à la solution. 

La première de ces trois règles se comprend facilement. 
Elle n’est que la répétition de ce qui est contenu dans le 
principe. Synthèse, donc unité d'expression, donc unité 
d’accent, donc adjectif à la place où il sera proclitique. 
Mais comment saura-t-on s’il y a synthèse? Le sujet par- 
lant a-t-il le temps ou l’habileté de faire cette distinction ? 
Non, n'est-ce pas? C’est par instinct, par habitude figée 
que le sujet parlant formulera son expression; et c’est uni- 
quement par le résultat que nous, auditeurs, nous jugerons. 
Il n’y a donc point là de règle pratique, et nous verrons 
tantôt pourquoi. 

Ensuite, après avoir distingué les deux cas de synthèse 
et d'analyse auxquels il semblait qu’il fallait s’accrocher, 
on distingue tout à coup entre valeur affective forte de 
l’epithète et valeur affective faible. Et, dans ces prétendus 


438 J. FELLER 


cas d'analyse, on aboutit à deux solutions opposées, dont 
l’une est Fue du cas de synthèse. 

Autant avouer que la distinction entre saritSSà et syn- 
thèse ne joue pas le rôle prépondérant que l’on suppo- 
sait. 

Mais peut-être la seconde distinctiou, le degré de force 
affective, mérite plus de considération. Relisez les règles 2 
et 3; voici ce qu’elles disent: si l’adjectif a peu ou point de 
force affective, sur ce caractère purement négatif, on le 
met à la place d'honneur, sous l'accent! S'il a beaucoup de 
force affective, on lui donnera la place effacée et subal- 
terne | 

Évidemment, ces règles ne contentent point notre 
logique. 

Le critérium « y a-t-il synthèse? y a-t-il analyse? » n’a 
pas de valeur pratique. Qu'est-ce qu'un maître, qu'est-ce 
qu'un élève peut tirer de ces formules pour préposer ou 
postposer l'adjectif? Et notez que ces règles sont surtout à 
l'usage des étrangers. Le Français, lui, n'a pas besoin de 
règles, il place l’épithète d’instinct; mais l'étranger hésite, 
beaucoup de cas l’embarrassent. Vous lui répondez : voyez 
s’il y a synthèse ou analyse! Revient-il à la charge, vous 
l’éclairez par une synonymie : quand il y a unité d'idée, 
c’est la synthèse ; quand il y a dualité, c’est l'analyse. Mais, 
cette unité ou cette dualité, à quoi la reconnaître? Au désir 
d'exprimer deux idées ou une idée? Nullement, certes. La 
distinction entre les deux cas est loin d’avoir cette préci- 
sion. Quand-j'ai deux mots à énoncer, j'ai toujours l’illu- 
sion d’avoir deux idées. Si les théoriciens voulaient être 
sincères, ils répondraient bravement qu’eux-mêmes recon- 
naissent l’unité ou la dualité d'idée au résultat. Et c’est 
donc un cercle vicieux qu’ils font en installant, comme 
cause et motif dé la solution à trouver, un état qui ne peüt 
être qualifié que par la solution. En réalité, synthèse, 
unité, proclise de l’adjectif sont des synonymies, rien de 
plus; ces mots énoncent des caractères du phénomène, 
non la cause efficieunte. 

. Ce qu'il faudrait rechercher, c’est la raison pratique qui 
tait qu’on synthétise où analyse, sans le savoïr, comme 
M. Jourdain faisait d2 la prose. 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 439 


Mais on peut aller plus loin et nier la légitimité de cette 
distinction entre cas de synthèse et cas d'analyse. 

Soit un objet énoncé par un substantif. Cet objet a des 
qualités ou attributs divers. Que je veuille en distinguer 
un par la parole, je le ferai à l’aide d'un nouveau mot que 
j'adjoins au premier. C'est en qualité d’adjoint qu'il est 
nommé adjectif. La perception de cette qualité à part est 
une abstraction ou analyse. Le fait de la rattacher à l’objet 
en une expression de deux mots unis par accord ou par 
simple juxtaposition est une synthèse. Il y à analyse et 
synthèse à la fois dans toute expression formée d’un adjec- 
tif et d’un substantif, car les deux mots sont à la fois 
séparés et réunis. 

Mais tantôt ils sont plus réunis que séparés, tantôt plus 
séparés que réunis. En vertu de quelle différence de 
pensée? Là gît tout le problème. Mais qu’on ne vienne pas 
fournir comme caractère distinctif les opérations d’ana- 
lyse et de synthèse qui se retrouvent précisément dans 
tous les cas! Et si M. De Boer nous objectait que, de notre 
propre aveu, tantôt l'analyse prédomine et tantôt la syn- 
thèse, il serait d'autant plus difficile de déterminer sur une 
différence de plus ou de moins ce degré de prédominance. 
La règle modifiée dans ce sens en deviendrait encore moins 
pratique, Ainsi, pour conclure en ce point, le eritérium 
choisi n’est pas faux, il est seulement exagéré. La sagacité 
de l’auteur est hors cause, mais la distinction estinefficace. 

Voyons s’il y à moyen de sauver le critérium de force 
affective. 

Pour éviter des équivoques, remarquons d’abord qu'il 
ne s’agit pas de doser une fois pour toutes la valeur affec- 
tive de chaque adjectif, mais que chaque adjectif, suivant 
les circonstances, est susceptible de recevoir l’une ou 
l'autre des deux valeurs au choix. Âu choix, évidemment, 
de celui qui formule. Maïs le choix de celui qui formule est 
déterminé par l’usage de la communauté, qui est aussi le 
sien, qui est également celui de son interlocuteur. Si tout 
le monde n’est pas capable de disserter sur cet usage ni de 
le réduire en règle, tout le monde au moins sent de même 
la différence. Or, il n’y à que deux positions de l’adjectif, 
deux solutions possibles, donc deux distinctions à établir. 


440 J. FELLER 


Ces deux distinctions, a priori, ne doivent pas être très 
compliquées, puisque tout le monde instinctivement les 
comprend et les réalise tour à tour. En vertu de quel tra- 
vail psychologique? 

La rhétorique appelle épithète de nature celle qui ne 
nous enseigne rien sur un objet que nous ne connaissions 
déjà, On pouvait s’en passer. Elle ne fait que rappeler une 
qualité banale : «les vertes prairies », «le grand Napo- 
léon », « les hauts peupliers », « les sombres bords du 
Styx ». Mais, si cette qualité est connue au point d’en être 
devenue banale, pourquoi l’exprime-t-on? Parce que, si 
cela est un truisme au point de vue de la logique et de la 
vérité, on ne prétend pas non plus enseigner du vrai 
en disant «les vertes prairies »; on veut produire une 
impression de couleur, une image; on s'adresse à la sensi- 
bilité, non à l'intelligence. Ce fait relève de l’esthétique. 
Quelle est la place de l'adjectif en ce cas? Il fait corps avec 
le substantif, il le précède, il est proclitique. 

Dans le cas de « romans français », « terre cuite », « les 
gens riches », « la voie lactée », « la guerre maritime », 
l'adjectif sert à spécifier, c’est-à-dire à distinguer une 
espèce dans un genre ou tout au moins un objet d’un autre 
de même espèce. L’adjectif a donc une valeur spécificative 
et distinctive. Au moyen de l’épithète, on crée ici une 
espèce, qui n’a peut-être pas la valeur ni la fixité des 
espèces créées par les naturalistes, mais qu'importe? elle 
est créée exactement de la même façon ; et, si elle intro- 
duit une division fugitive, tout occasionnelle, cette divi- 
sion suffit pour l’usage pratique et momentané que l’on 
veut en tirer. Faut-il répéter que le langage, sans cesse, 
analyse, distingue et classe? 

L’épithète spécificatrice vient après le substantif, sous 
l'accent. 

Ces distinctions sont-elles capitales ? Épuisent-elles tous 
les cas possibles? Nous en serions étonné nous-même. 
Nous avons posé deux cas faciles à interpréter, deux cas 
extrêmes aussi divergents que possible, au hasard, parce 
qu’il faut bien commencer son observation au hasard, à 
moins de tenir déjà une solution. Mille doutes surgissent 
à mesure que les exemples se présentent. 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE _ 441 


Quand on dit « le vieux chêne », « de vieux vins », est-ce 
que l’on a affaire à une épithète de nature? « Les lointaines 
étoiles » signifie-t-il que « toutes les étoiles sont loin- 
taines » ? ou seulement « les plus lointaines des étoiles »? 
Examinons. 

Je vois une affinité entre le cas de « vieux chêne » et 
celui de « vertes prairies ». Quand on dit épithète de nature, 
cela ne signifie pas que la qualité existe toujours, invaria- 
blement et sans exception, dans l’objet. 11 y a des prairies 
jaunes de renoncules et de pissenlits en fleur; il y a des 
prairies desséchées, roussies, brûlées. Épithète de nature 
signifie donc tout simplement que la qualité existe d’ordi- 
naire dans l’objet : on l'exprime comme descriptive de 
l’objet. De même, quand je dis «le vieux chêne », je sais 
bien qu’il y a aussi des chènes jeunes; mais à ce moment, 
je n’ai pas l'intention de diviser, de classer. de distinguer, 
de spécifier. Je veux négliger, au contraire, toute division 
et tout enseignement de cette nature. Je veux parler à 
l'imagination et non à la manie de catégorisation logique. 
En d’autres termes, je table sur l’expérience que je vous 
suppose d'une qualité précieuse, « vieux cognac », d’une 
forme imposante, « vieux chêne », et je fais appel aux sen- 
sations et sentiments que cette qualité ou cette forme 
évoquent en vous. Ainsi s'étend et se corrige notre obser- 
vation. Nous découvrons que ce n’est pas le degré de fixité 
d’un attribut qui est la chose importante; c’est le fait de 
vouloir faire sentir comment l’objet nous apparaît à un 
moment donné. La place de l’épithète reflète notre inten- 
tion toute subjective. 

Quand je dis «les lourdes clefs d’une prison », je n’ai pas 
du tout envie de vous enseigner que les clefs d’une prison 
sont lourdes, je décris, je note une qualité que vous con- 
naissez aussi bien que moi. Eïles seraient légères par leur 
poids que je les dirais lourdes pour le pauvre prisonnier. 
L’épithète produit un effet de sentiment. Supposez que je 
dise au contraire « les clefs lourdes d’une prison », c’est 
que, sur le moment, j'ai découvert qu'elles sont lourdes et 
je veux vous le faire découvrir. Le mot vient à sa place de 
découverte, de nouveauté, d'enseignement, d’explication. 
Autant dire : «les clefs d’une prison, et vous savez qu’elles 


442. J. FELLER 


sont lourdes! ». D’après cette analyse, une épithète peut 
être placée en position descriptive ou en position explica- 
tive. | | 

« Les lointaines étoiles » peut avoir deux sens. Ou bien, 
dans ma pensée, elles sont toutes lointaines; l’épithète 
m'apparaît comme une qualité inhérente à toute étoile, 
bien que relative à notre situation terrienne. Je vous invite 
à vous pénétrer du sentiment de la distance. Ou bien je 
sais qu’il y en a de plus lointaines et de moins lointaines 
et je n’entends parler que de celles qui sont très éloignées; 
mais j'en parle comme d’une espèce connue sans vouloir 
introduire actuellement la moindre idée de spécification. 
Je ne songe qu’à la distance. Je vous invite à sentir la 
distance. Ainsi, dans les deux cas, la solution est la même 
parce que mon intention est la même. C’est donc cette 
intention qui doit régler la place de l’adjectif, et non le 
fait que l’épithète est plus ou moins intrinsèque, naturelle, 
inhérente à l’objet. Par contre, «les étoiles lointaines » 
peut se comprendre en deux sens, soit comme spécifiant 
qu'il y a distinction des étoiles en deux catégories, soit 
comme enseignant ou expliquant le fait de la distance. La 
spécification ne nous apparaît plus ainsi que comme un cas 
particulier de l’explication. C’est donc cette intention en 
quelque sorte pédagogique d'expliquer qui doit régler la 
place de l'adjectif. 

Si cette analyse ne doit plus subir de modification, ce 
que nous ne pouvons pas encore garantir, elle simplifierait 
la théorie des états d’analyse ou de synthèse, des degrés 
de force affective : il ne s’agirait plus que de sentir si 
l’épithète a valeur descriptive ou explicative, valeur senti- 
mentale ou valeur logique et intellectuelle, deux phéno- 
mènes assez objectifs et d'appréciation facile. 

Il existe un cas où le substantif et l’adjectif conservent 
chacun leur accent. C’est quand l’adjectif est employé pour 
marquer une circonstance. La circonstance n’est pas inhé- 
rente à l’objet : elle est conditionnelle, limitée à un temps, 
à un lieu, à quelque chose d’extrinsèque et de fortuit. Com- 
parez ces deux phrases : 

« Les citoyens riches sont plus faciles à gouverner que 
les pauvres ». « Les citoyens, riches, sont plus faciles à 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 443 


gouverner que pauvres ». Dans le premier exemple, les 
citoyens sont conçus comme divisés en deux classes, les 
riches, les pauvres. Citoyens n’est plus même qu’un sup- 
port pour l'adjectif, support dont on pourrait se passer. 
L'’épithète est spécificatrice. « Citoyens riches » forme une 
unité. 11 n’y a qu’un accent d'intensité. C’est riches qui est 
affecté de cet accent. Au contraire, dans le second exemple, 
les citoyens sont conçus comme formant un tout indivis, 
mais envisagé dans deux circonstances opposées : « quand 
ils sont riches », «quand ils sont pauvres ». Chaque cir- 
constance restrictive fait en réalité partie de l’attribut et 
l’on pourrait soutenir avec raison que nous n’avons plus ici 
le cas de l’adjectif épithète accolé au substantif. Ici il y a 
bien réellement dualité d'expression, dualité d’accent. On 
le marque en mettant une césure entre le nom et l’adjec- 
tif. Dans l'écriture, les esprits précis noteront cette césure 
par une virgule. On peut encore placer l'adjectif en avant, 
séparé du nom par l’article : «les citoyens, riches, ...», 
« riches, les citoyens, ...». On peut hardiment dénommer 
ce sens le sens attributif et isoler ce cas de celui de l’épi- 
thète. Mais, pour l’isoler, il fallait bien l’examiner. 

Nous trouverons d'autres cas difficiles ou douteux dans 
le travail de M. De Boer. Il s’en débarrasse facilement, 
renvoyant les uns à la stylistique, d’autres à la poésie, 
d’autres à la syntaxe historique ou à la syntaxe figée. Pour 
lui, « c'est à la grammaire diachronique et non pas à la 
grammaire synchronique de les expliquer », « ce sont des 
questions de sémantique ou de sémasiologie ». Tout cela 
semble d'une ordonnance très profonde et témoigne d’un 
esprit net amoureux de précision. On s’illusionne cepen- 
dant si l’on croit que les progrès de la syntaxe sont subor- 
donnés à cette manie de réglementation germauique. Au 
lieu d’expulser ce qui est génant, mieux vaudrait le retenir 
et l’étudier. | 

Comment d’abord suffirait-il, pour se débarrasser d’une 
exception, de déclarer qu’elle est d’un temps antérieur? 
C’est reconnaitre qu’à une époque antérieure, l’usage ne 
traitait pas l’adjectif épithète de même qu'aujourd'hui. Si 
c’est vrai, quand donc le changement s'est-il opéré? par 
quelle cause? « Demandez à la grammaire historique, 


444 J. FELLER 


répond-on au consultant; cela ne nous regarde pas. » Nous. 
ne dénions pas au spécialiste de la grammaire synchro- 
nique le droit de proférer cet aveu d’incompétence, nous 
en contestons l’opportunite. Le consultant ne tient pas, 
lui, à être renvoyé de bureau en bureau; et ce procédé ne 
favorise ni la science, ni la diffusion de la science. — 
2° Quand on renverra une expression à la syntaxe figée, ce 
sera, évidemment, parce qu’elle contrarie la règle actuelle. 
Mais cette expression dissidente, avant de s’immobiliser, 
faisait-elle exception déjà ou était-elle alors conforme à la 
règle? — 3° On signale des différences de construction 
entre la prose et la poésie; on accuse les nécessités de la 
rime et de la mesure. Que valent ces explications? — 
4° On signale des cas de « style », où l'individu s'éloigne 
de l’usage commun, se désolidarise, suivant l’expression 
de M. Sèchehaye, Mais quelle est la cause et quel est l'effet 
de ces particularismes? — 5° Les noms de couleurs, les 
noms géographiques et ethnographiques suivent le sub- 
stantif, constatent les grammairiens. Est-ce une exception 
ou est-ce conforme aux règles générales? — 6° Certains 
adjectifs ont une place fixe, tout, même, feu, excepté. En 
vertu de quelle loi? Serait-il impossible d’élucider ces 
divers cas laissés en souffrance ? 

On dit « la Terre Sainte » et « le Saint Siège » : contra- 
diction. On dit « fermement » et « d’un esprit ferme » : 
contradiction. Renvoi à la syntaxe figée et à la grammaire 
historique. Eh bien! celle-ci nous fera remarquer d’abord 
que nos deux règles de position de l’adjectif sont secon- 
daires et de syntaxe actuelle. La position de l'adjectif n’est 
qu’un moyen de l’accentuer ou de ne pas l’accentuer. C’est 
donc à des règles d’accent plutôt que de position que nous 
avons affaire. S'il y avait jadis un autre moyen de donner 
l’accent convenable indépendamment de l’ordre des mots, 
on pouvait en user. Or en latin ce n’est point, en général, 
par la postposition de l'adjectif qu’on spécifie ou qu’on 
explique. Ce moyen existe, sans doute, mais concurrem- 
ment avec d’autres procédés. Il est de règle que l'adjectif 
précède, dans tous les cas: c’est une exception, un fait de 
« stylistique », quand il suit. C’est donc par l’accent qu’on 
distingue entre le sens descriptif ou sentimental ou esthé- 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 445 


tique, le sens explicatif ou intellectuel ou logique, le sens 
circonstanciel ou attributif. J'imagine que media arbor, 
l'arbre médian ou du milieu, se prononçait autrement que 
media arbor, l'arbre considéré en son milieu, le milieu de 
de l’arbre. Il devait y avoir union et unité d’accent dans 
magno antmo, bono animo, bona mente, pusilli animi, à 
preuve les composés magnanimus, pusillanimus, unani- 
mus, aequanimitas, bonnement, fortment, gramment. L'o 
bref de magnopere le montre encore plus visiblement. 
Mais meo quidem animo par disjonction produit le même 
effet que animo meo. Voulez-vous des exemples de la post- 
position, plus rare, de l’adjectif? Vous rencontrerez fac 
animo magno fortique sis. Quand César écrit, au début des 
Commentaires, « Gallia est omis divisa in partes TRES », 
il donne à omnis une position attributive et restrictive, à 
tres une position privilégiée et un accent propre : il ne faut 
pas comprendre comme nos écoliers de cinquième : « toute 
la Gaule est divisée en trois parties », mais « la Gaule est, 
prise en général, divisée en parties, qui sont au nombre de 
trois ». Le latin jouissait donc déjà, mais avec plus de 
liberté et de souplesse, de la faculté d'exprimer les nuances 
de sens en plaçant l'adjectif avant ou après. Le français à 
systématisé et figé peu à peu cet usage. L’épithète descrip- 
tive mise en avant a formé une sorte de mot composé, qui 
parfois s'écrit même en un seul mot : sagement, ferme- 
ment, gentilhomme, bonhomme I a fallu exprimer diver- 
sement l'épithète spécificatrice, explicative, restrictive et 
le latin fournissait aussi la solution. Ainsi saint-sièg'e est 
fabriqué comme sagement : sens descriptif, le sens affectif 
de M. De Boer; terre sainte est fabriqué comme terre 
cuite : sens spécificatif; c’est le sens non-affectif de M. De 
Boer, qu’il convient de désigner par un terme moins 
négatif. 

Dans galant homme, honnête femme, grande dame et 
bien d’autres groupes, on ne peut dire que le substantif 
est l'élément fort qui devait recevoir l’accent. On pourra 
même penser que le sens est ici spécificatif et que la règle 
est en défaut. On renverra le tout à la syntaxe figée, et que 
la grammaire historique se dépêtre ! Figée, certes ; mais la 
règle n’est pas en défaut. Il ne s’agit que de distinguer 


31 


446 J. FELLER 


entre la spécification actuelle et celle qui est acquise, 
connue, faite depuis longtemps. Quand la communauté a 
distingué pendant des siècles des femmes honnêtes et des 
femmes vicieuses ou galantes, il se forme des noms com- 
posés à défaut de noms simples, dans lesquels l’épithète, 
cessant de spécifier, reprend l’ancienne position descrip- 
tive et fait corps avec le nom. C’est le cas que nous avons 
décrit de vieux chêne, vieux cognac. On mettra cognac 
vieux sur l'étiquette de la bouteille, afin de renseigner le 
client; mais le romancier qui écrit de vieux cognacs pré- 
fère vous épanouir les papilles sensibles que de vous ensei- 
gner qu’il est vieux. Ainsi la catégorie du spécificatif et de 
l’explicatif aux allures pédagogiques se videra toujours 
pour enrichir la catégorie du descriptif. Il ne faut pas jus- 
tifier autrement la tendance actuelle de la littérature, si 
souvent déplorée et honnie, de préposer de plus en plus 
l'adjectif. 

Mais les dissidences, en poésie, ne paraissent vraiment 
que des écarts de style, et même de mauvais style, des 
fautes de langage! Nous n’en croyons rien. Abandonnons 
à la censure les mauvais poètes qui forcent l’usage par 
impuissance ou paresse; mais quand un bon poète écrit 
gothique architecture, soyez sûr que ce tour n’a pas le 
même sens qu'architecture gothique : son épithète, au lieu 
de classifier, décrit et devient purement sentimentale ou 
affective. 

Les noms de couleurs, les noms géographiques et ethno- 
graphiques se placent, dit-on, après le substantif. C’est une 
vérité exagérée. Si on les trouve plus souvent après, c’est 
que, de par leur signification propre, ils sont plus souvent 
employés comme spécificatifs. Mais on pourra dire, suivant 
l'effet à produire, de noirs nuages et des nuages noirs, les 
blonds épis et les épis blonds, un ciel gris et un gris ciel de 
décembre. On dit très pédagogiquement l’ours gris, l’élé- 
phant blanc, l'art grec, la littérature romaine : c’est con- 
forme au sens. (Cependant nous ne voudrions pas exagérer 
à rebours. Comme, entre noirs nuages et nuages noirs, il 
n’y a vraiment qu’une nuance, qui peut s’atténuer jusqu’à 
l'effacement, on comprend que le langage, surtout le lan- 
gage poétique, ait choisi parfois entre les deux expressions 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 447 


moins en.considération du sens qu’en raison de l’euphonie 
ou de la rime. On comprend aussi la tendance du langage 
courant à s'en tenir à une expression et à l’immobiliser. Il 
ne faut pas dire alors que cette expression figée prend les 
deux sens possibles, mais que le langage se refuse, jusqu’à 
nouvelle initiative, l'expression d’un des deux sens. Nous 
sommes bien forcé de constater qu’on dit couramment un 
ciel gris, un chat gris, un col blanc, une robe blancke, la 
foi punique, une lourdeur germanique, ete. Mais on n’a 
pas le droit d'affirmer que le sens ne concorde pas avec la 
tournure et que la règle en est infirmée. Aussi la poésie, 
plus libre d’allure, et la prose soutenue, se permettront de 
renverser la tournure et le sens. Quand elles diront son 
blanc manteau de neige, un gris ciel de décembre, sombres 
bois, vert gazon, mornes plaines, puniques promesses, 
machiavéliques discours, parisienne volubilité, germanique 
lourdeur, nous admettrons que le virement de l’épithète 
confère à l'expression le sens descriptif. Ainsi lorsque Vic- 
tor Hugo s’écrie : « La garde, espoir suprême et suprême 
pensée! », il y a là un peu plus qu’une banale oratio 
variata. I] construit d’abord espoir suprême en tournure 
explicative, il nous enseigne que cette réserve est la der- 
nière; puis il reprend l’épithète en fonction descriptive. 
C’est assez conforme à la logique. On conviendra qu’il 
n'aurait pu dire aussi logiquement « suprême espoir et 
pensée suprême ». 

C’est abuser de l'identité accidentelle des termes de 
mettre en opposition grand homme et homme grand, sag'e- 
femme et femme sage, certaine science et science certaine, 
différents usages et usages différents. un seul adversaire 
et un adversaire seul, une pure théorie et une théorie pure, 
une grosse femme et une femme grosse, un honnête homme 
et un homme honnête. Que la grammaire avertisse de la 
différence de sens, soit; mais elle ne doit pas insinuer que 
la différence provient de la place de l'adjectif : la différence 
provient du rétrécissement du sens de l'adjectif, auquel on 
a donné dans la moitié des cas une signification spéciale. 
Si on ne peut plus invertir l'expression homme grand 
pour parler de la taille, c’est uniquement parce que la place 
est prise et qu'il faut éviter les équivoques. 


448 J. FELLER 


Enfin, quand on prétend confronter avec la règle les 
mots tout, feu, excepté, on exagère si on croit prendre la 
règle en défaut. On ne peut assimiler la construction 
archaïque ou anormale de ces mots avec celle de l’épithète. 
Tout est un adjectif pronominal ou déterminatif, non un 
qualificatif. [l se place avant l’article. De même feu se 
place avant l’article, sinon il se soumet à la règle (la feue 
reine). Excepté a pris la valeur d’une préposition et ne 
rentre pas plus dans nos cadres que PLEIN les pockes et 
à MÊME la bouteille. 


TITI 


Le deuxième essai nous donnera moins d’embarras. 
D'abord nous le trouverons délesté des questions de gram- 
maire générale intercalées dans le premier, puis la déter- 
mination de la place du sujet ne dépend pas de distinctions 
psychologiques aussi subtiles. L’auteur enfin a limité son 
examen à la phrase non interrogative et à l'expression du 
sujet substantif ou nominal. 

L'ordre ordinaire dans les langues analytiques consiste 
à placer le sujet avant le verbe. Je ne veux pas insinuer 
que l’ordre inverse serait moins conforme à la succession 
des idées : puisque nous n’avons de témoin que le langage 
pour découvrir comment le film de nos idées se déroule, ce 
serait faire un cercle vicieux que de déclarer telle ou telle 
construction contraire à l’ordre psychique. 

L'auteur élague d’abord les expressions de syntaxe figée 
qui sont des archaïsmes (vive le roi, fasse le ciel, tant va la 
cruche à l'eau...), les expressions brachylogiques ou 
clichés incomplets (entre Hernani, seront punis ceux 
qui..…., ete.). 

La question étant ainsi limitée, le tableau des règles que 
fournit M. De Boer ne laisse pas d’être assez compliqué. 
T1 s’en console à la fin de l’article en disant qu’il ne s’agit 
pas de savoir si elles sont compliquées, maïs si elles sont 
exactes. Pourtant, si les règles sont surtout faites à l’usage 
des étrangers, il est nécessaire qu'elles soient pratiques et, 
par conséquent, peu compliquées. 

Y a-t-il vraiment moyen de ramener ces règles à des 
principes simples? La question de l’inversion du sujet 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 449 


dépend beaucoup d'habitudes anciennes, invétérées, figées, 
que la grammaire historique peut seule expliquer. La 
question est de celles que la syntaxe synchronique et 
actuelle chère à M. De Boer ne peut guère élucider. 

On s’en aperçoit aux aphorismes qui lui servent d’intro- 
duction. Il parle sans cesse de la « marche de la pensée », 
de « l’ordre des idées », comme si cette marche et cet ordre 
étaient connus autrement que par le langage. « Si tout dans 
la langue était primaire, dit-il, la place du sujet par rap- 
port au verbe serait déterminée par la marche de la pen- 
sée ». Dans les constructions secondaires, « les pensées ne 
déposent plus leurs expressions dans le véritable ordre 
psychique ». « L'accord du verbe avec le sujet prouve que 
nous avons affaire à une construction, à une unité secon- 
daire. » À mon sens, ces entités, la marche de la pensée, 
l’ordre des idées, le véritable ordre psychique n’ont pas 
plus de consistance ou de réalité que la création de la 
copule et autres inventions de l’ancienne logique. Il vau- 
draït bien mieux s’enquérir de la façon dont les langues les 
plus anciennes formaient le tableau de la pensée, On 
s’apercevrait que le verbe grec, le verbe sanscrit, le verbe 
latin sont encore des héritages de l’époque agglutinante. 
Une forme verbale est une phrase. On peut y saisir sur le 
vif par l’analyse des formes l’ordre des idées. L’attribut, 
en gros, est au début; le sujet est à la fin ; les circonstances 
de temps, de mode, quand elles s’y trouvent exprimées, 
sont rattachées au thème de l’attribut, soit après, soit 
avant. Quand les premiers latins disaient milites clamave- 
runt, remarquez qu'ils exprimaient deux fois le sujet, 
comme si nous disions «les soldats ils s’écrièrent ». Il n’est 
donc pas vrai, comme se l’imagine M. De Boer, qu’il y a 
« plus de chance de découvrir l’ordre primitif là où le sujet 
est un substantif ». Le sujet substantif ne fut à l’origine 
qu’une explication apposée au vrai sujet, lequel gît à l’ex- 
trémité de la forme verbale. L'accord entre milites et cla- 
maverunt n’est pas prémédité : chaque mot est au pluriel 
pour son propre compte; l’accord est un résultat et rien 
de plus, comme l'emploi de tel ou tel cas avec un adverbe 
devenu préposition. Dans ces conditions, il est'hasardeux 
de rechercher ce qui est de construction primaire en fran- 


450 J. FELLER 


çais : tout apparaît de construction secondaire dans le 
langage dès le début des temps historiques, et c’est l’ana- 
lyse du verbe synthétique des langues anciennes qui nous 
permet seule d’entrevoir la construction première. Mais 
cette distinction n’a pas si grande importance que l’on 
s’imagine, si la pensée, comme je le crois, contracte l’ha- 
bitude de s’analyser en conformité avec les habitudes nou- 
velles que le langage acquiert progressivement, si l'analyse 
interne de l’idée ne se fait réellement que dans les cadres 
linguistiques, sinon mot par mot, du moins unité par 
unité. 

Quoi qu'il en soit, M. De Boer, sans le dire expressé- 
ment, a bien l’air de considérer comme une construction 
secondaire la disposition sujet-verbe, comme primaire la 
disposition verbe-sujet. Cela n'empêche pas que, depuis des 
siècles, la tournure droite paraît celle qui énonce d’abord 
le sujet, et l’on peut continuer à nommer inversion la con- 
struction opposée. 

Tout le problème revient donc à déterminer quand il ya 
inversion, soit obligatoire, soit facultative. Avec un peu de 
patience à collectionner et classer des exemples, on peut y 
arriver. [1 faudrait distinguer entre principales et subor- 
données : celles-ci présentent ce trait caractéristique que, 
hors le cas où elles commencent par le pronom relatif 
sujet, — ce qui, pour ce cas, résout la question, — elles 
sont introduites par un complément : elles rentrent donc 
de ce chef dans la catégorie générale des propositions qui 
débutent par un complément. I] faut distinguer aussi entre 
la proposition première d’un ensemble et celles qui 
viennent en second ou en troisième lieu. En général, dans 
une proposition première ou isolée, le sujet se présente 
d’abord ; dans une proposition liée, l’idée qui surgit la pre- 
mière est suscitée par les idées qui précèdent. Ce ne serait 
donc pas pénétrer très profondément dans le mécanisme 
de la phrase que de considérer seulement des phrases iso- 
lées. Il faut observer encore que les conjonctions de coor- 
dination n’appartiennent pas à la proposition subséquente 
et ne doivent pas être confondues avec des compléments 
initiaux : le ainsi à sens logique n’aura pas le même effet 
d'inversion que le ainsi adverbe de manière, 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 451 


Quand on aura pris toutes les précautions pour saisir la 
loi des constructions actuelles, on s’apercevra, je pense, 
que cette loi est assez simple. Il y aura inversion, pour un 
sujet nominal, quand la proposition commencera par un 
complément : « du haut des airs s’abattirent des nuées de 
sauterelles »; «dejà prenait l’essor. . cet aigle... »; «..,tou- 
jours vous tromperont les brasseurs d’affaires »; «...encore 
y périront les faibles »; « grande fut ma surprise »; «.. plus 
s’acharnent sur nous la misère et le deuil »; «tu la troubles, 
dit le loup »; « ...tels seront nos enfants » ; « quand viendra 
la vieillesse »; « où gisait le cadavre »; « dont se vantait 
le traître »; «à qui revenait la vigueur »; « que liront avec 
fruit les débutants »: « à l’aide desquels voudront se libé- 
rer les vaincus »; « pendant que croisaient le fer nos deux 
champions ». 

Ce qu’il y a de commun à toutes ces propositions, prin- 
cipales ou subordonnées, c’est qu’elles commencent par 
une portion de l'expression attributive. Alors l’expression 
attributive peut passer toute, indivise, avant le sujet. Et 
c’est naturel : l'esprit ne pense point par mots, mais par 
groupes logiques. Pour acquérir une valeur pratique, cette 
loi fondamentale doit être éclairée et complétée par des 
observations subsidiaires : quand cette inversion est-elle 
obligatoire? quand facultative? quand devient-elle impos- 
sible? En vertu de quelles considérations nouvelles trou- 
vera-t-on l’attribut ou le sujet divisé? Quelles différences 
se produisent si le sujet est un pronom? car, il n’est pas 
prudent de ne point comparer sous prétexte de limiter 
l'expérience. Il faut encore prévoir le cas où l’inversion se 
produit sans complément initial : « Restait cette redou- 
table infanterie de l’armée d’Espagne... ». Cette phrase 
suppose, à mon sens des phrases antérieures. C’est donc 
comme si Bossuet avait dit : « alors restait... ». On trou- 
vera dans le mémoire de M. De Boer, sinon des réponses 
définitives à ces questions, du moins des suggestions inté- 
ressantes. On y voudrait plus d’ordre et de précision, des 
conclusions plus pratiques. 

I] est peu pratique de faire entrer dans les règles le degré 
« émotionnel » du sujet ou de la phrase, la qualité du verbe 
«introducteur », de verbe plus ou moins revêtu de force 


452 J, FELLER 


psychique, de sujet « plus fort » ou « moins fort » que le 
prédicat (attribut). On ne peut mesurer ces degrés-là que 
sur des phrases toutes faites, quand le problème est 
résolu! Je ne veux pas dire que ces observations sont 
fausses, mais que, pour devenir utiles, elles auraient 
besoin de passer de la phase métaphysique à la phase 
mathématique. Si, au contraire, l’auteur n'entend fournir 
ces raisons que comme l'explication suprême et le principe 
des constructions, il faudrait présenter ces distinctions de 
force, de qualité, d'émotion en une théorie cohérente en 
dehors des règles pratiques. 


IV 


La troisième étude, la plus longue, est consacrée au 
subjonctif. Résumons les conclusions que l’auteur en a 
données lui-même (p. 126). I1 a distingué entre les cas de 
syntaxe « figée » ou « locutionnelle » et les cas de Syntaxe 
«vivante» ou «mobile », entre ce qui appartient à la 
«grammaire » et ce qui revient au « style », entre ce qui 
est « psychologique » et ce qui est devenu «convention- 
nel », entre ce qui est « psychologie grammaticale » et ce 
qui est «psychologie stylistique ou individuelle ». I1a traité 
à part comme étant une sorte d’autre mode, le plus-que- 
parfait du subjonctif. I1 reconnaît trois formes du sub- 
jonctif au point de vue syntaxique : la forme simple, la 
forme avec que, la forme avec pouvoir. Il tâche de prouver 
que le subjonctif n’a plus que deux fonctions en français, 
la « notion optative » et la « subordination d’idée ». Il y a 
enfin quelques rares cas d’analogie purement méca- 
nique. 

Après ce schema, notons quelques traits sujets à médi- 
tation. Depuis le latin classique, remarque l’auteur, le sub- 
jonctif a perdu beaucoup de terrain. Il n'a conservé dans 
la principale et dans la relative explicative que la fonction 
« optative »; mais il ne peut plus exprimer dans la princi- 
pale la simple « potentialité », qui était son sens primitif. 
Dans la subordonnée, il a continué à exprimer la « subor- 
dination d’idée ». En latin aussi, il n'avait que cette fonc- 
tion-là dans la subordonnée : les prétendus subjonctifs de 
volonté, de but, de conséquence, etc., ne marquent que la 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 453 


subordination. Toutes les grammaires latines sont à revi- 
ser sur ce point, C’est une illusion, ajoute-t-1l, de voir dans 
ces divers emplois des affaiblissements du conjunctivus 
optativus : volonté, subordination psychologique dérivent 
au contraire du sens de « potentialité ». Ces doctrines pro- 
voquent des réflexions. 

I1 semble que les auteurs ne soient donc pas encore 
d'accord sur le sens fondamental du subjonctif. Pourtant 
le subjonctif n’est pas une spécialité du français. On l’a 
défini dans toutes les langues de l’Europe et dans des mil- 
liers de grammaires Le désaccord gît dans les termes de 
la définition plus que dans l’idée. Tous les auteurs ne dis- 
posent pas d’une langue philosophique très nette, et leurs 
idées non plus n’ont pas la précision souhaitable. La plu- 
part répètent que le subjonctif est le mode du doute ou le 
mode de l'incertitude : ce n’est pas se montrer grand con- 
naisseur de l’idée ni des mots. Ceux qui disent éventualité 
emploient un mot meilleur, mais cette possibilité de réali- 
sation n’est pourtant pas ce que le subjonctif exprime. 
Celui qui lui assigne l’irréalité oublie que l’affirmation du 
non-êitre est tout aussi affirmative que celle de l'être : il 
confond l’irréel et le subjectif Il n’y a qu’un mot, à mon 
avis, pour caractériser le subjonctif en regard de l'indica- 
tif. Le mode indicatif, — son nom est assez parlant, — 
indique, montre les faits en dehors du sujet pensant, donc 
comme existants, réels, visibles et tangibles. Il est le mode 
de l’objectif. En face de lui se pose le mode du subjectif, 
exprimant toutes les choses dont le sujet pensant ne peut 
pas, ou ne veut pas affirmer l’existence ou qu’il ne pense 
même pas à affirmer. Quant à déterminer le sens qui a 
servi de point de départ, c’est une autre question. M. De 
Boer dit que le sens primitif est le potentiel, Sur quels 
faits s’appuie-t-il? Sait-il que le latin à eu un subjonctif et 
un optatif? Si moneam, audiam, legam, sont par leur com- 
position des formes subjonctives, sim, amem, amarem, 
amaverim,amavissem sont par leur composition des formes 
optatives, Le latin a donc laissé se perdre avant la période 
classique, la distinction entre les deux modes, et c’est 
l'optatif qui prédomine dans ce qu'il a conservé. Par con- 
séquent la filiation des sens du prétendu subjonctif ainsi 


2 


494 J. FELLER 


obtenu est un problème historique qui ne permet pas de 
poser le potentiel à la base. 

Le mode sub-jonctif est dénommé d’après l’unique carac- 
tère de sub-ordination. Mais on sait la pauvreté de la 
terminologie grammaticale, créée presque tout entière 
d’après les premières apparences. [1 n’y à donc rien à tirer 
de ce mot au point de vue de la définition. 

Si le subjonctif est employé de moins en moins en fran- 
çais, comme le constatent M. De Boer et M. Foulet dans sa 
Syntaxe de l’ancien français, c’est que le peuple n’a pas le 
sens du subjectif. À la phrase « je ne crois pas qu’il 
vienne » il substitue « je ne crois pas qu’il viendra ». Ce 
qu'il y à d'éventuel dans le futur lui suffit; il crée plus dif- 
ficilement un « qu’il vienne » conçu comme action seule- 
ment pensée sans préjuger de sa réalisation. On ne sait 
plus faire non plus la concordance des temps du subjonctif 
de la subordonnée avec les temps de la principale. 11 y a 
néanmoins des exceptions. Certaines régions wallonnes 
emploient très bien le mode et les temps du subjonctif, 
plus fidèlement en tout cas que le peuple français : à fât 
qui v’s oyésse, i fâreût qui v’s avahiz (il faut que vous 
ayez, il faudrait que vous eussiez), si v's avahiz dès oùs, 
vos f’riz dès hägnes (si vous eussiez des œufs, vous feriez 
des écales). Syntaxe figée, répondra-t-on, non intention- 
nelle et vivante! Il est bien hardi de vouloir faire le départ 
entre les deux de façon aussi tranchée. Je n’en crois pas 
M. De Boer quand il voit dans « qu’il vienne » une unité 
aussi figée que celle de veniat ou du futur crotirai. « Si le 
raisonnement qu’on vient de lire (pour croir-ai) est exact, 
dit-il, & faut l'appliquer également à la forme moderne du 
subjoncetif » I] faut! nous n’en voyons pas l'absolue néces- 
sité. Quand l'écriture des demi-lettrés en sera à la phase 
quivienne ou kivienne, nous l’admettrons. 

Quoi qu’il en soit de tous ces détails, il y a dans les trois 
essais de M. De Boer une tentative curieuse, neuve, nulle- 
ment banale, suggestive au plus haut point. Il est heureux 
que la psychologie féeonde l’étude des phénomènes du lan- 
gage. Il serait moins heureux de repousser par esprit de 
système les secours de l’histoire, de la philologie, de la 
logique elle-même. En des mains moins expertes, la tac- 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 459 


tique équivaudrait à substituer les raisonnements de la 
théologie, de l'intuition, aux observations des sciences 
naturelles. Ces trois essais nous poussent à réfléchir là où 
les manuels nous laissent indifférents : c’est un beau 
résultat, dont il convient de féliciter l’auteur. Nous lui 
demandons de ne point s'arrêter en si bonne voie, de mul- 
tiplier ses études, d'amener ses théories à l’état dernier à 
la fois comme théories directrices et comme règles pra- 
tiques. 
EN 


Nous pénétrons dans tout autre ordre de conceptions 
avec l'étude de M. Hjalmar Kallin sur l'expression syntac- 
tique du rapport d'agent dans les lang'ues romanes. Disons 
tout de suite que le « rapport d'agent » est celui qu’on 
trouve au passif en français exprimé dans les prépositions 
par et de. Il s’agit de déterminer les variations successives 
de l’expression de ce rapport à travers la latinité et les 
langues dérivées. Nous avons donc affaire à un fait de 
syntaxe étudié dans son évolution. 

Ici point de dissertations philosophiques sur les apti- 
tudes de l’ablatif et des diverses prépositions latines et 
romanes à marquer l’agent en fonction de l’éloignement ou 
séparation. L'auteur est un réaliste. Ainsi compris, le 
sujet n’est pas de ceux qui procurent des surprises et pro- 
voquent des émotions sur la psychologie du langage. Il est 
de ceux-là, moins brillants et plus solides, qui fournissent 
des démonstrations précises sur des points trop vaguement 
connus, trop dédaignés parce qu’on croit les connaître 
assez par les grammaires classiques de Diez, de Meyer- 
Lübke,de Bourciez, ou par l'Histoire de M. Brunot. Œuvre 
de recensement et d'analyse à la facon des travaux de 
Draeger, Haase, Tobler et autres. 

À ce point de vue, l’étude de M. Kallin semble bien défi- 
nitive. Chaque affirmation est étayée d'exemples nom- 
breux. Le sens des divers modes d'expression est discuté 
par le menu On peut différer d'opinion sur l'interpréta- 
tion de telle nuance dans l’un ou l’autre cas, mais, comme 
les exemples abondent, la suppression de l’un ou l’autre 
n’aura point le pouvoir d’infirmer les constatations. L’au- 


456 J. FELLER 


teur compare même les expressions romanes avec celles 
des diverses langues germaniques, même avec celles du 
finnois, qui n’est pas une langue indo-européenne. Ce qui 
est le pius étonnant pour nous Français dans cet ouvrage, 
c’est qu'il est composé en français par un Suédois d’Upsal, 
imprimé à Greiswald, édité en France, et que son auteur 
manie familièrement toutes les littératures des langues 
romanes. 

11 faudrait trop de place pour résumer cette analyse 
fouillée d’un in-octavo de trois cents pages en conservant 
quelque chose de sa force démonstrative. Les philologues 
d’ailleurs devinent ce qu’on peut en attendre. Nous préfé- 
rerions donc souligner en peu de mots certaines tendances 
d'esprit qui nous ont paru détonner dans une œuvre com- 
parative et évolutive. 

Le système de l’auteur, dans son ensemble, consiste à 
suivre l’expression du rapport d'agent depuis le latin 
archaïque jusqu’à l’état actuel de chaque langue romane. 
Mais, dans chaque étude partielle, on à l'impression qu'il 
continue à envisager les phénomènes à l'état statique. Il 
fait de grands efforts pour établir si, à tel moment, tel 
complément est complément d'agent ou de provenance, ou 
de cause, ou d’instrument ou d’intermédiaire, si la prépo- 
sition employée est prise dans son sens originel ou devenue 
un simple mot-outil, si le verbe choisi est pris sous son 
aspect perfectif ou sous son aspect duratif (sens dynamique 
ou statique) ete. Il nous semble que M. Kallin complique 
les choses parce qu’il se refuse à concevoir les rapports 
comme sentis d’abord par à-peu-près et exprimés ensuite 
de même. C’est pourtant le procédé de toute appropriation 
psychique et de toute expression verbale. Le langage, 
impuissant à créer des formules abstraites, procède par 
métaphores et approximations. Au lieu d’énoncer la cause, 
il énonce la provenance ou l’accompagnement : ab hoc, 
cum hoc au lieu de propter hoc, et propter lui-même 
n’énonce pas autre chose. Ut conjonction, on plutôtadverbe 
conjonctif de manière, lui sert à énoncer la conséquence, 
le but, la supposition. Alors que, tandis que, puisque, 
locutions conjonctives de temps, lui servent à exprimer 
des rapports qui sont en réalité des rapports d'opposition 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 457 


ou cause inhibitrice ou bien de cause efficiente. Or, si le 
sens originel est corrigé à la longue grâce à la pénétration 
d'esprit des auditeurs, si le terme vague, maladroit, indi- 
gent, finit par s'enrichir et signifier plus qu’il n’exprime, 
il ne se transforme pas ainsi au même degré ni à la 
même date dans tous les esprits. Il faudrait faire la part 
à cette ingrate période de stage, qui peut durer plusieurs 
siècles. 

Est-ce une précaution inutile? Nous ne le croyons pas. 
Moins préoccupé de « fixer » le sens que de lui laisser du 
jeu. le grammairien verrait les phénomènes sous une autre 
lumière. Par exemple, il ne déciderait pas aussi péremp- 
toirement que le « soleil brille » ou « l’arbre fleurit » signi- 
fient des états et non des actions. I] constaterait plutôt que 
l’on exprime, par les mêmes formes actives du verbe les 
actions qui se traduisent en mouvements visibles, comme 
courir, et les actions à développement interne, comme 
briller et fleurir. Là où l'esprit analytique du grammairien 
saisit des différences, le peuple n’a vu qu’un seul et même 
mode d’action. Le primitif a mis dans l’arbre un génie ou 
démon qui pousse des feuilles et des fleurs. Dans la phrase 
«un mur entoure le jardin », l’esprit mathématique voit 
que le mur est autour du jardin, lesprit poétique peut 
continuer à voir le mur se dérouler autour du jardin. Je 
n'accepte donc pas sans restriction le sens statique que 
M. Kallin donne à ces phrases. Ce n’est pas sans intention 
de présenter les choses sous l’angle de l’action que le 
conteur vous dit qu’ «un arbre se dresse », qu’ « un pont 
s'étend », qu’ « une ruine menace ». À ce point de vue, 
substituer le sens logique à la sensation, c’est supprimer 
toute la portion instinctive, imagée, en même temps impré- 
cise et approximative du langage, qui relève de la psycho- 
logie. 

Dans le même ordre d'idées, que d’excès de zèle et de 
contresens commettent les grammairiens ! Ils s’entêtent 
par exemple à spécifier que tel temps du verbe «signifie » 
ou « marque » telle nuance. La vérité est qu’un imparfait 
ne signifie jamais l’action habituelle ou répétée ou de fré- 
quence indéterminée, Tout ce qu’il y a de vrai est que son 
sens général ne s'oppose pas à ce que l’action décrite soit 


458 J. FELLER 


une action répétée. C’est le contexte, non la forme ver- 
bale, qui indique si « les druides immolaient des victimes 
humaines » doit se prendre au sens d’une action unique ou 
d’une action multiple. Or, combien la grammaire serait 
simplifiée si on ne surchargeait pas chaque expression des 
sens qu’elle n’a pas mission de signifier ! 

11 y à encore au début de cet ouvrage bien des distinc- 
tions et explications qui deviendraient inutiles si les 
grammairiens avaient fixé plus clairement le sens des 
termes et mis plus de rigueur dans leur emploi. Nous ne 
faisons pas un grief à M. Kallin d’avoir discuté !:a termi- 
nologie. Il a trouvé le langage technique encombré de 
toutes sortes d’équivoques et il a bien dû prendre ses pré- 
cautions. 

D'où provient, par exemple, cette confusion entre sujet 
et agent, et l’imbroglio qui s'ensuit ? De la confusion de 
deux ou trois modes d’analyses, qui devraient rester 
chacun à sa place et que les grammairiens mélangent sans 
cesse à leur insu. Il y à une analyse logique du langage. 
Celle-ci ne doit se faire qu’au point de vue de l'idée, 
abstraction faite des mots et même de la variété des 
langues. Une unité de pensée se divise en sujet et attribut, 
la chose dont on énonce une qualité et la qualité attribuée. 
Si la qualité attribuée est une action, le sujet est alors 
agent de cette action, comme dans «il saisit »; mais si 
l’attribut est une action inverse comme « est saisi », le 
sujet est le patient. I1 n’y a donc pas lieu de confondre 
sujet et agent. Dans la tournure passive, donner à l’agent 
le nom de sujet réel, comme le propose M. Kallin, c’est 
prendre sujet dans le sens de « celui qui fait l’action » et 
lui retrancher la moitié de son sens. 

Dans la phrase « Romulus fonda Rome », le sujet et 
l’agent sont identiques, si on n’a égard qu’à la personne; il 
n'empêche que chercher quel est le sujet et chercher quel 
est l’agent sont deux problèmes différents. Dans la phrase 
« Rome fut fondée par Romulus », il n’y à point d'action de 
fonder dans l’idée, il y a l’action inverse être fondée. Si 
donc, dans une phrase semblable, l’agent est indiqué, ce ne 
peut être comme sujet de la pensée, ni réel ni autre, mais 
d’une façon tout à fait accessoire et complétive. Il n’y a 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 459 


donc pas lieu de distinguer un agent de l’actif et un agent 
du passif, c’est confondre dans la même formule deux 
ordres d’idée. Mais il est légitime de parler en analyse 
syntaxique d'un complément d'agent, parce que la notion 
de complément n'appartient pas à l’analyse logique, mais 
à l’analyse syntaxique. 

Mais on a l'habitude d’enchevêtrer si bien les deux ana- 
lyses que cette distinction paraîtra byzantine. Elle. est 
pourtant capitale. C’est la confusion introduite dans l’ana- 
lyse qui fait détester la grammaire, qui la convertit en 
grimoire. La confusion était presque fatale. En effet, si 
l'analyse logique n’a pas à s'intéresser aux mots, mais aux 
idées, à leur composition et à leur groupement; si l’analyse 
grammaticaie ou plutôt morphologique n’a d’autre fonction 
que de classer les mots et d’en indiquer le signalement; 
l'analyse syntaxique, elle, ne peut définir les constructions 
qu’en raison de ce qu’elles signifient, en vertu des idées 
dont elles sont les symboles. Il faut sans cesse confronter 
la parole et la logigue. Par malheur, pour faire cette com- 
paraison inévitable, le grammairien ne s'est pas con- 
tenté d'emprunter les termes de la logique, il les a déna- 
turés et rapetissés. Un exemple fera mieux saisir la situa- 
tion. 

Pour ses besoins la logique n’a qu'à diviser l’idée en 
sujet et attribut. Mais elle ne peut diviser que l’idée for- 
mulée ; qu'on ne s'étonne donc pas si la matière sur laquelle 
elle travaille paraît être la même que celle de la syntaxe. 
Soit donc une phrase « l’enfant du jardinier court dans la 
prairie » : pour le logicien le sujet est « l’enfant du jardi- 
nier », l’attribut est « court dans la prairie ». Pour le gram- 
mairien le sujet se restreint au mot «enfant » et l’attri- 
but...?il n’y a pas même dans cette phrase de mot qu'il 
dénomme attribut; il a l’idée que l’attribut est un adjectif 
ou un participe, parce qu’il à tablé sur l’exemple classique 
à trois termes « Dieu est juste ». À ses yeux l'attribut est 
l'adjectif juste. Et, comme une sottise en engendre une 
autre, est est devenu la mirifique copule. Il y a une troi- 
sième facon de comprendre le sujet : c’est de faire dire que 
le mot enfant est le sujet du mot ou du verbe courir. Ainsi 
les beaux termes empruntés aux logiciens grecs sont à peu 


460 J. FELLER 


près vidés de leur sens profond et banalisés, réduits au 
rôle des noms propres qui désignent sans signifier. 

Et si, par hasard, le grammairien s’avise de dénommer 
le complément d’agent sujet log'ique; et si, comme le pro- 
pose M. Kallin, il s'amuse à l’appeler sujet réel, le gâchis 
s'étend. On n’analyse plus ni la pensée ni la phrase en ce 
qu’elles sont réellement, mais en raison de ce qu’elles 
seraient si on en convertissait le passif en actif. C’est par- 
tir de ce principe qu'il n y a point de différence de pensée 
entre la tournure passive et son homologue à l'actif. Cette 
réversibilité du passif en actif ou réciproquement est un 
jeu théorique qui peut servir parfois dans une démonstra- 
tion; mais ce jeu n'a pas plus de valeur que la conversion 
des syllogismes en logique, qui n’a pas du tout l’importance 
que la scholastique lui avait attribuée. 

Voyez-vous le petit bonhomme d'élève barboter au 
milieu de ces équivoques? Comment s’y retrouverait-1l, 
puisque son maître, un savant, ne s’y retrouve pas! Le 
remède serait bien simple cependant. Veiller à ne jamais 
employer sujet et attribut qu'au sens de la logique. Si 
ces deux parties de l’idée sont exprimées dans la phrase 
chacune par un seul mot, il n’y a aucune difficulté. Comme 
elles sont d'ordinaire exprimées par plusieurs mots, il faut 
faire décomposer, logiquement d’abord, la phrase com- 
plexe, si longue qu’elle soit, en deux parties. Il faut 
ensuite, au point de vue syntaxique, déterminer le mot 
capital de l’expression-sujet, le mot capital de l’expression- 
attribut. Le mot capital n’est pas le plus voyant, c’est celui 
dont tous les autres dépendent. Ses annexes sont appelées 
en syntaxe des compléments. Les propositions subordon- 
nées ne sont elles mêmes que des compléments. Voilà donc 
la notion de complément éclairée à tout jamais par cette 
simple analyse. Chaque complément, énoncé toujours dans 
son intégrité, à de même son mot introducteur er ses 
annexes. C’est un jeu de les décomposer, d’en fixer le sens 
et la fonction : nous ne nous y arrêtons pas. Le complé- 
ment d'agent, pour en revenir à notre point de départ, 
n’aura jamais besoin d’être appelé sujet, ni sujet réel, ni 
sujet logique. L'agent et le complément d'agent resteront 
deux choses différentes : l’agent sera, par exemple, le per- 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 461 


sonnage historique Romulus, mais le complément d'agent 
sera « par Romulus ». Ces simples précautions supprime- 
raient toutes les équivoques et tous les embarras de termi- 
nologie que M. Kallin a rencontrés au début de son exposé 
et dont il ne s’est tiré qu'imparfaitement. 

Au début encore, M. Kallin a-eu le bon esprit, en dis- 
tinguant l'agent et la cause, de noter que « celui qui parle 
ne fait pas toujours la distinction » Il aurait pu étendre 
cette observation féconde à bien d’autres rapports. Il y a 
bien moins de cas dans la déclinaison et bien moins de 
prépositions qu'il n’en faudrait pour exprimer tous les 
rapports logiques. Si, à des époques de raffinement, on 
crée des combinaisons comme à cause de, au sujet de, par 
rapport à, en vertu de, à raison de, au moyen de, d'auprès 
de, par l'intermédiaire de, afin de, on s’est contenté de 
beaucoup moins de précision auparavant. Il y a eu un 
temps où dans l'arbre n’avait d'autre expression qu’une 
pure juxtaposition signifiant arbre-cavité ou arbre-trou. I 
est bon de se rappeler ces états informes du langage pour 
ne pas infuser prématurément les analyses savantes des 
grammairiens aux à-peu-près, aux quid pro quo, aux 
approximations de tout genre 

Ces réflexions ne concernent que les principes. Une fois 
que l’auteur a clarifié ses rapports, toute la doctrine se 
déroule dans la forme classique pure et impeccable. Il y a 
peut-être une ou deux interprétations controversables de 
tournures. Ni de près ni de loin, le texte de César « minora 
castra majoribus inclusa » (Civ., III, 66) ne contient un 
complément d'agent. Majoribus est donné (p. 3 et encore 
dans un autre passage) comme un ablatif: c’est un datif 
complément du préfixe in de inclusa. Il faut comprendre 
«enserré dansle grand camp » etnon «entouré par le grand 
camp »._ C’est trop de zèle aussi d’assimiler le mihi de 
« epistola mihi scribenda est» à un complément d'agent, 
I1 n’y a pas plus d’ agent dans la phrase latine que dans 
le français « j'ai une lettre à écrire », et mihi n’est pas 
même complément de scribenda.. Visiblement d’ailleurs, 
l’auteur n’a fait place à cette tournure que pour ne rien 
omettre de ce qui, de près ou de loin, ou par comparaison 
avec d’autres langues, rappelle le rapport d'agent. 


32 


462 J. FELLER 


VI 


Les quatre études que nous venons d'examiner suscite- 
ront, espérons-le, d’autres études aussi sérieuses. Ce n’est 
point la matière qui manque : il en reste quelques milliers 
d’autres à exécuter. L’esprit s’effare en pensant à la mul- 
tiplicité des questions que la syntaxe n’a guère abordées 
que de surface où à contresens. Nous souhaitons seule- 
ment que, tout en distinguant syntaxe historique et 
syntaxe descriptive, syntaxe stylistique et syntaxe gram- 
maticale, syntaxe figée et syntaxe vivante, syntaxe logique 
et syntaxe psychologique, les auteurs n'abusent pas de ces 
distinctions pour se cantonner dans un seul aspect des 
phénomènes. En traitant ainsi un huitième de la question, 
on ne fera pas un examen plus approfondi, on se refusera 
seulement les moyens d'expliquer le présent par le passé, 
l'usage collectif par l'usage individuel, les survivances 
stéréotypées par les formes vivantes d'autrefois, les tour- 
nures peu logiques par des inventions du sentiment et de 
l'imagination Nous souhaitons aussi que chacun soumette 
à une critique rigoureuse les principes et les termes tech- 
niques dont il jalonne sa route. Enfin, de même qu’on 
s'’habitue en toute science, en psychologie, en logique 
même, à concevoir les phénomènes en action, en transmu- 
tation, et à ne voir dans les lois et les règles que des 
moments, isolés par abstraction, de la vie indéfinie des 
choses, qu’on en agisse de même et à plus forte raison en 
philologie, puisque le langage est fluent et mouvant comme 
la surface tumultueuse des mers. 

Quant à l'adaptation de la science aux écoles, c’est un 
autre problème. Il faudrait commencer par déblayer le 
terrain en faisant un examen critique de la terminologie. 
Elle est devenue encombrante et vague au lieu d’être sobre 
et précise. A notre estimation, c’est la moitié du travail de 
vulgarisation nécessaire. Le dégoût des jeunes gens par 
rapport aux phénomènes linguistiques provient de ce qu'ils 
ne comprennent pas. Ils sont réduits à loger dans leur 
mémoire, par répétition machinale et sans cesse renou- 
velée, et toujours inefficace, ce qui n’a point de prise sur 
leur entendement. Quand les écoles sauront décomposer 


ÉTAT DE LA SYNTAXE FRANÇAISE 463 


une phrase logiquement, ce qui n’est pas bien compliqué, 
quand elles verront comment un sujet et un attribut s’ex- 
priment invariablement dans les grandes lignes par les 
mêmes éléments grammaticaux, alors la clarté se fera dans 
les jeunes esprits; ce qui était casse-tête et grimoire 
deviendra un jeu; et les règles, éclairées sobrement par 
l’histoire, ne seront plus que des condensations d’observa- 
tions particulières, qu’ils pourront formuler eux-mêmes 
ou dont la formule en tout cas cessera de leur apparaître 
cabalistique. 


Mai 1924. JULES FELLER. 


Ed 





” | , 
KL AN 18 tr 
w ris à tre : | 4 niet 
os AVE nie + PEU 
E ad 
4 2 0 eu. Â 
. re = EM . 
1 RP 
LF Ê 1 À LETE j ; ” 
Mertnrirel \ FE) ANT rie Et ES 9 EUR CE HA Er: lex 
REA ES PS à dé Lu | < è 
L2 1 É # $ 
ns (Lt en 17: tra tOéY HIGELIN 
ee # + 1, À : + | 
y £ CRT * 2 Fi 
4 A 
2 s 
Cr a 
HAT "4 
LL Le + L 
” [2 CLS 
PRE 2 : 
? 
: & re is é 
ni L L'AUTS À d 
+ es -! h? 
ss 3% SET AN, ' Ce 
F _ se 4 
nn ar Fast 7 
+. # f Ru dt: ] Es 
d'A ‘ LOS TETE 
. 
pr et it" : l 
FLAT ait 
F 
‘ 
“ Le 
: ç 
eo L d 





À 
M 


Les Financiers d'Arras 
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE 
DES ORIGINES DU CAPITALISME MODERNE 


Il est peu de problèmes historiques qui, dans ces der- 
nières années, aient plus passionné et divisé les historiens 
que celui des origines du capitalisme moderne. Les écono- 
mistes, comme les historiens, ont discuté le problème et 
les opinions les plus variées se sont fait jour ({). 

La question est complexe et ne paraît pas susceptible 
d’une solution unique. En fait, du xrr1° siècle à nos jours, 
on peut distinguer trois périodes de formation capitaliste; 
la première comprend les xr*et xiv°siècles, la deuxième 
se constitue au xvi® siècle et s'étend sur le xvri et la 
première moitié du xvirr° siècle, la dernière est contem- 
poraine du développement du machinisme. 

Nous nous en tiendrons à la première période et ici 
toute la discussion se ramène à rechercher comment se 
constituaient les capitaux, dont les actes de l’époque nous 
montrent l’emploi qu’en firent leurs propriétaires. 

L’éloignement relatif de l’époque envisagée accroît la 
difficulté ; la rareté des documents, leur insuffisance, le . 
caractère fragmentaire des données que l’on peut recueil- 
lir, laissent une grande place aux conjectures et aux 
déductions. | 


(1) SousarrT, Der moderne Capilalismus. Leipzig, 1902, 2 vol. — von BELOW, 
Die Entstehung des modernen Capitalismus.: Historische Zeitung, 1903. — 
F. KEUTGEN, Hansische Handelsgesellschaften vornehmtich des XIV. Jahr- 
hunderts. Zeitschrift für Social u. Wirtschaftliche Geschichte, 1904. — 
L. STRIEDER, Zwr Genesis des modernen Kapitalismus, Leipzig, 1904. — 
ScHiPpER, An/ünge des Kapitalismus bei den abendlündischen Juden in früheren 
Mittelalter. Zeitschrift für Volkswirtschaît, 1906. — GuarriGuer, Capital et 
Capitalisme. Paris, 1904. — H. PrReNNe, Les périodes de l'histoire sociale du 
capitalisme. Bull. Acad. Belg., 1914. 


466 G. BIGWOOD 


La seule méthode qui permette de réduire la part laissée 
aux hypothèses et aux raisonnements subjectifs des cher- 
cheurs, est la méthode des monographies ({). 

C’est à une étude de ce genre que sont consacrées les 
pages qui suivent. 


I 


De très bonne heure, Arras a eu la réputation d’être une 
ville riche, s’enrichissant de son argent. Guillaume le 
Breton, dans sa Philippide, passant en revue les diffé- 
rentes villes flamandes qui s’apprêtent à se ranger sous la 
bannière de leur comte, les caractérise chacune par ce 
qu'elle a de plus saïllant. Gand d’abord, puis vient Ypres, 
ensuite 

Atrebatumque potens, urbs antiquissima, plena 
Divitiis, inhians lucris et fenore gaudens, 
Auxilium comiti tanto studiosius addit 

Qui caput et princeps Flandrensis et unica regni 
Sedes existit, tenuit quam tempori in illo 
Comius Atrebates quo Julius intulit arma 
Gallorum populis (?). 


En 1208, Innocent III écrivait à l’évêque d'Arras : 
« Usurarios qui tantum in civitate ac dioecesi tua excre- 
visse dicuntur, quod si censura in Lateranensi concilio 
prodita contra tales proferretur in omnes, omnino claudi 
ecclesias prae multitudine oporteret » (5). 

Les contemporains, dans les contes et chansons sati- 
riques, genre littéraire particulièrement cultivé à Arras 


(*) Parmi les monographies destinées à élucider le problème, citons : 
H. PIRENNE, Les marchands batteurs de Dinant au XIVeet au XVe siècle. Contri- 
bution à l'histoire du commerce en gros au moyen äge. Zeitschrift fur Social u. 
Wirtschaftgeschichte, 1904. — G. Espinas, Jehan Boine Broke, bourgeois el 
drapier douaisien. Ibid., 1904, — R. HEyNeN, Zur Entstehung des Kapitalismus 
in Venedig. Stuttgart, 1905. — Franz ARENSs, Wilhelm Servat von Cahors als 
Kaufmann zu London (1273-1320). Ibid., 1913. — Jos. CuveLier, Les origines 
de la fortune de la maison d'Orange-Nassau. Mém. Acad., 1921. 

(2) Philippidos libri XII, lib. Il, vers 94et ss. Edit. Delaborde, Soc. hist. 
de France, 1885, LI, p. 44. 

(3) SrerN, Urkundliche Beitraege, p. 5, A. 2. Potthast, 3382, cité par Moses 
HorFuanx, Der Geldhandel der deutschen Juden während des Mittelalters, p. 27. 


FINANCIERS D'ARRAS 467 


au xu1° siècle (!), ne se sont pas fait faute de critiquer 
vivement les faits et gestes et surtout les vices des riches 
bourgeois financiers! 

Les sources documentaires viennent confirmer les don- 
nées des sources littéraires. 

Les plus anciens comptes des villes nous les montrent 
fortement endettées envers des bourgeois d'Arras. 

Beaucoup ont même une rubrique spéciale spécifiant les 
dettes dues à Arras « Haec debentur Attrebati », dit le 
plus ancien compte de Bruges (?), d’autres ajoutent «et 
alibi ». 

Ce sont uniquement, puis principalement, les gens 
d'Arras qui prêtent à «usures» ou achètent des rentes 
viagères vendues par les villes. 

Les villes picardes sous saint Louis (1258-1260) ont 
recours aux gens d'Arras — mais non exclusivement — 
pour faire face à leur déficit (*). 

À Calais, les emprunts à des bourgeois d'Arras sont 
signalés depuis 1264(4); vers cette époque, la ville devait 
4,849 1, 10 s. payables à Arras. 

En 1269, elle est fortement endettée envers eux. Elle 
paie cher des renouvellements {5}. Les années suivantes, 
la situation ne s’améliore pas. En 1275, on rembourse six 
créanciers; les intérêts payés aux autres continuent à 
grever le budget local. Les listes des créanciers de la ville 
à la clôture des comptes de 1285, 1287, 1299, 1293, 1297, 
contiennentnombre denoms connus d'habitants d'Arras); 
l’absence d'indication d’origine ne permet pas un relevé 
absolument complet. À un moment donné, on fit parmi 
les bourgeois de Calais un emprunt aux fins d'obtenir les 
1,500 livres nécessaires pour acquitter une première 
échéance due aux Crespin (7). (Voir plus loin.) 


(1) Voir plus bas. 

(?) Compte de 1283-1284, p. 17vo. 

(3) Cu. Durour, Situation financière des villes picardes sous saint Louis. 
Mém. Antiq. de Picardie, 2e s.,t. X, 1858. | 

(4) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, A 15. 

(5) Ibid., À 8741. 

(6) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, À 875. 

(7) Ibid , À 876! et 876*. 


468 G. BIGWOOD 


LS 


En 1294, la ville emprunte à ses bourgeois par à et: 
10 livres aux fins de payer les rentes à vie dues à Arras 
et à Saint-Quentin (°). | | 

La petite ville de Merck ne trouve à la fin du x1r° siècle, 
à une ou deux exceptions près, à emprunter qu'à Arras ou 
auprès d’Italiens (2). En 1319, les crédirentiers arrageois 
sont encore nombreux (?). | 

À Ypres, la totalité des dettes de la ville en 1280-1282 
s'élève à 51,911 1. 4 s. par. et ce sont exclusivement 
des gens d'Arras qui sont créanciers. Il en est encore ainsi 
en 1288-1289(). 

Le compte des rentes à vie se divise en deux chapitres; 
le premier est intitulé : « C’est li rente à vie ke li vile 
d’Ypres doit à Aras». En 1309, les rentes dues à Arras 
sont plus élevées que celles payables à Ypres même(*). 

Enfin les briefs du « Pardekin » mentionnent à chaque 
page des voyages de messagers envoyés à Arras, soit pour 
y effectuer des paiements, soit pour s'entendre avec les 
créanciers de la ville. 

Bruges (6) a particulièrement eu recours à nos gens. En 
1283-1284, les 9,500 livres qu’elle doit emprunter lui sont 
prêtées par des Arrageois. À cette époque, elle leur doit 
39,172 1.9 s. 8 d. Les comptes des années subséquentes 
révèlent une situation presque identique. Quelques prê- 
teurs — surtout parmi les acheteurs de rentes viagères — 
appartenaient à d’autres villes du Nord actuel dela France. 
En 1292, le montant des rentes viagères à payer à Arras 
atteignait 3,900 1. 10 s. tandis qu'il n’était que de 367 livres 
pour Douai et 1,315 1. 4 s. 9 d. pour Bruges même. Vers la 
fin du x siècle, Bruges s’adressa de moins en moins à 
Arras; néanmoins, en 1307, la ville doit «up wouker 
t’Atrecht ende else : 149,110 1. 13 s. 4 d. ». Elle était sur- 
tout endettée envers les Crespin, dont nous nous occupe- 
rons plus loin. 


(1) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, A 876. 

(2) Ibid., À 871. 

(5) Ibid., À 878. 

(4) Des Marez et DE SAGHER, Comptes d'Ypres, I, p. 72 et 100. 

(5) Ibid., p. 308. 

(6) Voir les comptes de Bruges aux archives de la ville. Comme à Ypres, : 
nous constatons l’envoi fréquent de messagers à Arras « tot der Karspinoysen ». 


L 


FINANCIERS D'ARRAS 469 


En 1275, Gand a 38,511 livres de dette, dont 37,711 sont 
dues à six bourgeois d'Arras, Il doit en outre 1,600 livres 
de rentes viagères dont les créditeurs ne sont pas indi- 
qués (‘), mais dont, à en juger par les rachats effectués à 
partir de 1329, la grande majorité appartient au patriciat 
d'Arras. | 

Tournai également fut débiteur des bourgeois d'Arras. 
Les dix contrats de rentes viagères conclus en novembre 
et décembre 1998 se répartissent entre trois bourgeois 
d'Arras et sept de Saint-Quentin(?)}. Dans la suite, les 
noms des bourgeois d'Arras figurent nombreux dans les 
comptes de la Charité Saint-Christophe, comme crédi- 
rentiers (3). 

En 1284, la ville dut emprunter; elle s'adresse à Reims, 
à Arras et à Saint-Quentin. Dans la première de ces villes, 
huit bourgeois lui prêétèrent un total de 1,540 livres parisis 
à 12 p. c. d'intérêt l’an; à Arras, quatre lui avancèrent 
4,201 livres à 16 et 17 p. c. l’an; à Saint-Quentin, enfin, un 
seul prêta une somme qui, avec l'intérêt d’une année, 
atteignait 1,348 livres tournois (4). 

Les princes, de leur côté, avaient eu fréquemment 
recours aux bourgeois d'Arras. Innombrables sont les 
actes d'emprunts et les reconnaissances de dettes qui le 
constatent. 

Pour nous en tenir ici à des généralités, les Arrageois 
figurent pour des sommes importantes dans l’état des 
dettes du comte d'Artois, en 1274(*). 

En 1278, la comtesse de Flandre leur doit encore 
12,664 livres; seules les compagnies italiennes sont plus 
fortement créancières(6). 

Vers 1290, son fils doit à Arras, 65,166..1. 1 s. et 
51,549 1. 18 s. à des Italiens. 


(1) Van WeRvEkE, Cart. ville Gand. Comptes de la ville, p. 1051. 

(2) Archives communales. Fonds des rentes. 

(3) Léo VERRIEST, La Charité Saint-Christophe et ses comptes du XIIL siècle, 
p. 96 à 114. Cf. Archives communales de Tournai, reg. 3364, f. 48 : « Cest li 
rente à vie que Tournai doit à Arras » où l’on retrouve les mêmes noms. 

(4) LÉO VERRIEST, 0p. cit., p. 31, n. 2 et Archives Tournai, reg. 3864, f. 34. 

(5) 8, 768-18-6 sur 114, 536-2-10, dont 51, 601-17-7 étaient dus auroi. 

(6) V. GarzzarD, Chartes des comtes de Flandres, n° 517. 


470 G. BIGWOOD 


En 1985, par l'intermédiaire du trésorier du Temple, 
le roi Philippe emprunte 6,200 livres tournois des bour- 
geois d'Arras, remboursables dans la quinzaine de la 
Chandeleur 1286({). 

Les tableaux annexés à la présente étude montrent avec 
détails la fréquence des emprunts contractés par les con- 
sommateurs de crédit de l’époque sur la place d'Arras. 

Parmi les financiers de cette ville, toujours prêts à 
placer leurs capitaux, deux familles se font particuliè- 
rement remarquer, celle des Crespin et celle des Louchart. 

Il est utile de les étudier quelque peu séparément. 


EL 


La plus ancienne opération de prêt consentie par un 
Crespin que nous ayons pu retrouver remonte à 1293. 
Baldus Crespin et deux autres de ses concitoyens prêtent 
1,040 livres parisis à Gui de Chatillon, comte de Saint-Pol, 
et la même année, avectrois autres, il lui avance 9,000 livres 
parisis. Après lui, un Robert et un Ermenfroy Crespin 
apparaissent comme prêteurs, puis un autre Robert. Le 
nombre d'opérations, rares d’abord, va en augmentant et à 
partir de 1279, elles deviennent fréquentes. Deux frères, 
Baude et Robert Crespin, soit isolément, soit conjointe- 
ment, font un grand nombre de prêts, et constituent des 
rentes viagères sur leurs têtes ou celles des leurs. La der- 
nière décade notamment du xrr1° siècle est une période de 
grande activité. Avec les premières années du x1v° siècle, 
elle se ralentit considérablement. 

Nous avons groupé, au tableau I, toutes les opérations 
de prêts, concernant les Crespin, qu’il nous a été possible 
de déterminer. 

Nous y voyons, parmi les débiteurs de nos financiers, 
des villes telles que Bruges, Ypres, Calais, Tournai, Dun- 
kerque, Béthune, Nieuport, Alost, Courtrai, Merck, Aude- 
narde, Bourbourg, Furnes, Gand, Grammont, etc. 

des princes, comme Gui de Dampierre, la comtesse 
Marguerite, sa mère, la comtesse Jeanne, sa tante, ses fils; 


(:) Bibl. municipale d'Arras, Ms 640, p.33, cité par H. Guy, Essais sur Adam 
de le Hale, p. x1x, note 6. 


FINANCIERS D'ARRAS 471 


l'évêque de Liége, Robert de Thourout, le comte Jean de 
Hainaut, sa femme, le comte d'Artois. 

des établissements religieux, tels que le couvent de 
Saint-Amand en Pévèle, ceux de Saint-Pierre d'Hasnon, 
des Dunes et de Diest, un certain nombre de petits sei- 
gneurs et enfin quelques rares bourg'eois. 

Indépendamment des opérations qui ont pu être rele- 
vées, les sources nous en signalent d’autres que nous 
n’avons pu préciser à suffisance. 

C’est ainsi que le compte de Bruges de 1292-1293 signale 
que la ville devait à Robert et Baude Crespin, à l’échéance 
du samedi après la Saint-Nicaise, une somme de5,000 livres 
dont l’origine ni la cause ne:sont connues. 

Les états de dette du comte d'Artois (1274), de Margue- 
rite de Flandre (1278) et de son fils Gui de Dampierre 
(vers 1290) déjà mentionnés, énumèrent quelques créances 
qui n’ont pu être déterminées plus exactement. 

Par exemple, Gui de Dampierre devait en 1290 à Robert 
et Baude Crespin, du chef de plusieurs renouvellements, 
15,835 1. 3 s., 14,757 1. 16 s. et 2,524 1. 10 s. En outre, comme 
caution de la dame de Wasiers(?),1,610 livres et 4,000 livres 
pour lesquelles les bourgeoïs de Douai s'étaient portés 
garants. 

En 1309, la ville de Bergues devait à Baude Crespin, tant 
en argent prêté qu’en arrérages de rentes, 11,504 livres (1). 

Les deux frères Robert et Baude Crespin semblent s’être 
chargés de la recette du comte de Saint-Pol, car nous les 
voyons payer en 1500 un quatrième et un cinquième quin- 
zièmes de 333 1.6 s. 8 d. tournois « pro debito in redditu 
comitis Sancti Pauli » au trésor du Louvre (?). 

Robert, Baude,Jean et Egide ou Gilles Crespin ($) ayant 
exercé diverses fonctions de receveurs, finirent par devoir 
40,000 livres tournois au roi de France, qui chargea divers 
clercs de leur recouvrement, notamment en se faisant 
payer du couvent de Launaye (?) 1,000 livres qu’il devait à 
Sagalon ou Sauwale Caignet dit Crespin (qui doit être leur 


(4) Archives du Nord, B 4061, God. 4676, B 1568, n. 118. 

(?) Extrait des comptes du Trésor, cité par Prron, Les Lombards, 1, 208 
et 210. 

(3) Voir plus loin pour les détails. 


472 G. BIGWOOD 


frère), lui faisant grâce des 120 livres pour lesquelles il 
s'était engagé et qui‘étaient de l’intérêt (1). 

L'activité financière des Louchart est moindre. Nous 
n'avons pas trouvé de prêts antérieurs à 1244, époque où: 
Robert de Thourout, évêque de Liége, emprunta à Aude- 
froy Louchart avec un autre coneitoyen 1,200 livres. C’est 
à partir de 1265 que Jakemon et Audefroy semblent s’être 
régulièrement livrés à des opérations de prêt. D’autres 
membres de la famille en font autant. HE 

Elles cessent vers 1294. Tous sont également créanciers 
de rentes viagères. | 

Leurs débiteurs sont à peu près les mêmes que ceux de 
leurs concitoyens. Parmi les villes, citons Calais, Béthune, 
Valenciennes, Gand, Ypres, Bruges, Dunkerque ; 

parmi les princes: l’évêque de Liége, déjà cité, Edouard, 
fils du roi d'Angleterre, Gui de Dampierre, sa mère, le 
comte d'Artois; deux établissements religieux : le couvent 
d’Anchin et celui des Dunes; un seigneur : le comte de 
Guine, et deux bourgeois de Douai. 

En dehors des opérations reprises au tableau III, nous 
trouvons le nom de Jacques Louchart, parmi les créan- 
ciers du comte d'Artois en 1274. Deux mentions du 
« Memorial » (?) des lettres obligatoires scellées par la ville 
de Bruges en 1300 rappellent deux règlements, l’un de 300, 
l’autre de 600 livres parisis, intervenus entre la ville et 
Jacques Louchart dit Garet. 

Nous avons réuni aux tableaux IT et IV les mentions 
révélant l’existence de rentes viagères constituées par des 
membres de ces deux familles. 


La puissance financière de ces préteurs fut, à certain 
moment, véritablement incroyable. Ils étaient devenus de 
véritables pouvoirs avec lesquels on devait traiter. 

Les villes envoient à Arras des messagers aux « Cres- 
pinois » ou en reçoivent (*). La mission de ces commis 
variait; souvent ils sont chargés de payer ou de recevoir. 


(1) Archives du Nord. CC à Lille, J. J. 36, f. 96. 

(?) Archives communales de Bruges, sans numéro, fol. 20vo, 

(3) Cf. Des Marez et DE SAGHER, passim. Voir aussi les comptes de Bruges. 
Pour Calais, Trésor Chartes d'Artois, À 874 et A 8762. 


FINANCIERS  D'ARRAS 473 


En effet, c’est à Arras que généralement les rembourse- 
ments devaient s'effectuer. C'était une sérieuse augmenta- 
tion de charges pour le débiteur. En juin 1311, Ypres doit 
payer 6 1. 12 d. « pour les cous et les despens de Willaume 
de Hoghelede et des voitures qui alerent, à quatre chevaux, 
à Lens et à Arras pour mener l'argent POULE paier Baude 
Crespin » (1). 

. Quelquefois l’envoi de messagers avait pour but d'obtenir 
un renouvellement (?). 

Souvent la ville débitrice devait financer pour obtenir 
soit un délai de grâce, soit un renouvellement. 

En 1301, Calais paie 40 livres à Sawale Crespin « pour 
avoir un respit de deniers kon devoit à son père » (#. Ce 
fils se trouvait à ce moment à Calais où .la ville paya ses 
dépenses. Un peu plus tard, paiement de 20 livres « as 
Crespinois pour avoir respit un moys del argent kon leur 
devoit du premier paiement » ({). En même temps on leur 
envoie 12,000 harengs. 

Jacques Louchart recoit, en 1294, un cheval que lui offre 
Bruges (5). 

Au reste, nos gens savaient agir contre leurs débiteurs, 
quand ceux-ci ne payaient pas. En mars 1311, Ypres dut 
s’adresser à l’official d'Arras en suite de la « monnission » 
que Baude Crespin fit faire sur les échevins de la ville. En 
juin suivant, la ville paye 8 gros «à un vallet qui vint de 
par -le. baïlliu de Lens, pour l’arrest que Baude Crespin 
avoit foit sour chius d’Ypre. ». Elle donna quatre deniers 
d’or et six gros «au prevost de Beaukesne pour son service 
qu'il-ajourna le balliu de Lens et Baude Crespin à Beau- 
kesne » et indemnisa « Lambert Cousin pour ses despens 
qu'il fist à Lens quand il i fut arrestés à l’instance Baude 
Crespin » (5). 

Mia in du -xri1°-siècle, les échevins de Fier 
s'adressant au clerc du roi de France et des comtes d’An- 


10 Des Marez et DE re P 349. 
NC ) Ibid., p. 383. | 
… ®) ee Chartes d’Artois B, 8762. 
_(#) Ibid. I s'agissait de l'échéance des 1,500 livres, citée plus haut. 
(5) Compte de Bruges de 1293-1294, fol. 23. 
(6) Des Marez et DE SAGHER, I, p. 347, 349, 350., 


474 G. BIGWOOD 


jou, sollicitant son intervention pour obtenir du répit de 
ses maîtres, s’excusent de ne lui envoyer aucun des leurs : 
« Kar nous sommes, écrivent-ils, si pres waiïtie des Cres- 
pinois et d'autres, tant d'Arras ke d’ailleurs, à qui nous 
devons grans deniers dont termes est passés ke nuls de 
nous n’ose issir de son liu (1). 

Bruges eut également son procès contre les Crespin; 
tout au moins la ville agit-elle en cour de Rome contre 
eux. 

En 1290 et 1991, nous voyons la ville faire de grandes 
dépenses « pro causa synodi et pro aliis negotiis que 
agitantur in curia romana » (?). Mais il est peu probable 
qu'il s'agisse déjà de ses différends avec ses créanciers. 
Par contre, deux dépenses relevées par Kervyn (*) dans le 
compte de 1296 s’y rapportent incontestablement : «It. pro 
litterisimpretatis quontra usurarios de Attrebato, XX turo- 
nenses grossos. « It. pro litteris impretatis quontra Baldui- 
num et Robertum Crespyn usurarios de Attrebato, V turo- 
nenses grossOs. » 

Ces lettres sont certainement la bulle du 21 janvier 1296 
que Boniface VIII adressa au chantre de l'Eglise d'Arras, 
l’informant qu’il a appris que « Robertus et Balduinus dicti 
Crespin cives Attrebatenses multa extorserunt et adhuc 
extorquere nituntur communiter à scabinis et burgima- 
gistris ac universitate ville de Brugis per usurariam 
pravitatem », et lui ordonnant de les contraindre à se 
contenter du principal des sommes prêtées et à se sou- 
mettre aux décisions du concile de Latran sur l’usure ({). 

Le chantre de l'Église d'Arras ne sut-il ou ne voulut-il 
rien faire contre ses concitoyens ? Nous l’ignorons, mais il 
faut le croire, car le 12 juin 1297, le même pape s’adressa 
au doyen de l'Église Saint-Aimé, à Douai, dans des termes 





(1) Archives Pas-de-Calais, A 871. 

(2) Comptes de 1290, f. 39 et de 1291, fol. 38. 

(5) Histoire de Flandre, I, p. 600. Le compte de 1296 ne se retrouve plus. 
Dans l'introduction au Codex Dunensis, p. xur. Kervyn écrit : « Boniface VIII, 
avant de monter sur le siège épiscopal, avait été dans un célèbre procès contre 
les usuriers d'Arras, lPavocat de la commune de Bruges, qui, à l’occasion de 
son avènement, lui avait offert deux riches pièces d’écarlate « pro honore suo 
quod fuerat advocatus causae praedictae. » II ne cite aucune source. 

(4) GizuionTs, Inventaire Archives de Bruges, I, n° 87. 


FINANCIERS D'ARRAS ATD 


identiques (1). Le résultat semble avoir été le même, à en 
juger du moins par l’arrangement conclu entre parties en 
juin 1299. — Voir tableau I. 

Il importe de dire que cet arrangement ne fut pas 
exécuté. Les événements qui se produisirent à ce moment 
s’y opposèrent ; non seulement les circonstances politiques 
provoquèrent la rupture des relations entre Bruges et les 
gens d'Arras (?), mais mirent la ville dans l’impossibilité 
de s'acquitter. Ce ne fut que beaucoup plus tard, vers 1318, 
que la ville commença à racheter les créances en souf- 
france, particulièrement les rentes viagères, dont beau- 
coup étaient éteintes, avec des arrérages plus ou moins 
considérables. 

Ce n’est pas le moment, ici, d'étudier cette liquidation de 
la dette communale. Signalons seulement que la ville se 
libéra à très bon compte. 

Les plus gros créanciers étaient les Crespin. Sewale et 
Robert, son frère, fils de Baude, décédé, réclamèrent à la 
ville non seulement les 110,000 livres reconnues en juin 1299, 
mais encore les arrérages des rentes viagères, dont plu- 
sieurs étaient encore en vigueur. À quoi la ville répondit 
qu’elle devait, en équité, être tenue pour libérée « voragine 
usurarum ». Les parties firent un compromis et soumirent 
ieur différend tout entier à Thote Guy (3), receveur du roi 
Philippe en Flandre, qui fut désigné en qualité d’arbitre 
amiable compositeur. 

Thote Guy rendit sa sentence le 4 septembre 1332, dans 
la maison des échevins, dite « Ghiselhuus ». Il condamna 
la ville de Bruges à payer aux ayants droit Crespin « tam 
pro undecim patentibus litteris qualibet de decem milibus 
libris parismentionem facientibus quam pro quibusdam 
aliis si que sint, et omnibus arriragis mortuorum triginta 
milia libras par. singulis regalibus aureis pro quindecim 


(1) Gizronrs, Inventaire Archives de Bruges, I, n° 100. 

(2) Les comptes de Bruges à partir de 1300 ne mentionnent plus aucune 
nouvelle opération avec les gens d'Arras. 

3) Sur Thote Guy: voir G. Biewoon, Sceaux de marchands ilaliens en 
Belgique, Rev. belge num. 1908, p. 375 et ss. et Le Régime juridique et 
économique du commerce de l'argent, 2e vol. 1921-1922, Mém. Acad., table 
des noms, p. 466. 


476 G. BIGWOOD 


et florenis de Florentia pro duodecim grossis turon. com- 
putatis ». Ce paiement devait s'effectuer comme suit : à 
Pâques 1333, la ville devait payer 4,000 livres et recevait 
deux des reconnaissances de 10,000 livres ; à la Saint-Jean- 
Baptiste suivant, moyennant un paiement de 3,500 livres, 
la ville devait rentrer en possession de tous les titres de 
rentes éteintes; à la même date, et pendant les trois 
années suivantes, la ville devait payer 7,500 livres contre 
restitution de trois reconnaissances, | 

. En outre, et en ce qui concernait les rentes viagères 
encore en vigueur, l'arbitre condamna la ville à payer 
9,000 livres en quatre années à la Saint-Jean et à reprendre 
le payement régulier des arrérages à venir (1). 

Le roi de France confirma cette sentence et plusieurs 
notaires publics donnèrent toute la solennité désirable à 
cette confirmation. (Juin 1333.) \ f5 

Une difficulté surgit sur la portée de cette décision, en 
ce qui touchait la monnaie dans laquelle les paiements 
devaient s'effectuer. 

On consulta les notaires qui avaient été présents au pro- 
noncé de la sentence et l'avaient incontinent transcerite: 
ceux-ci, par prudence, consultèrent les témoins du pro- 
noncé et il résulta de cette enquête que les gros tournois 
dans lesquels étaient évalués les royaux et les florins de 
Florence étaient synonymes de sous parisis, car à Bruges 
ils couraient pour 12 deniers parisis. Cette sentence inter- 
prétative est du 1° juillet 1333 (?). 

La ville ne paya pas ; du moins les comptes communaux, 
qui pour éette période sont sans lacune, ne mentionnent 
aucun paiement aux Crespins. 

. Longtemps après, les bourgmestre, échevins et conseil 
de Bruges écrivirent aux maire et échevins d'Arras de faire 
proclamer que si quelqu'un était encore créancier de 
Bruges, il eût à le déclarer. Un seul se présenta, c'était 
Rolant Crespin, dit de. Hestrus, chevalier. Il se dit créan- 
cier de « certains et grand sommes de deniers ». Bruges en 
fut averti par une lettre des échevins d'Arras du 19 juil- 


( GiLu1or$, Inventaire Archives de Bruges, I, 399. 
_ (2) 1bid., n6 400. 


FINANCIERS D'’ARRAS 477 


let 1384. Rolant Crespin se rendit plusieurs fois à Bruges 
et finit par s'entendre avec la ville au sujet des « lettres 
obligatoires qu’il avait sur yeulx, tant celles faisanz men- 
tion de plusieurs prests du temps passé fais à li dite ville de 
Bruges par feu sire Baude Crespin jadis, tayon du dit sei- 
gneur Rolant, comme des arreraiges de rentes à vie que 
avait feu Robert Crespin sur ycelle ville de Bruges et 
desquelles le dit messire Rolant à cause, tant à cause de 
don comme à cause de l’exécution et testament dicelluy 
feu Robert, si comme il dist. » 

Le 26 mars 1386 (n. st.), il comparut devant les maire et 
échevins d'Arras et reconnut avoir reçu par la main de 
M° Nicole Scakin, souverain conseiller et clerc de Bruges, 
les sommes arrêtées par le règlement de compte entre la 
ville et lui. Il renonça à toutes prétentions (1). 

Les comptes de la ville de 1384-1385 et 1385-1386 sont 
muets à l'égard de ce règlement. 

Ce ne fut pas le seul règlement de compte pénible. 

La comtesse Philippine de Hainaut et son fils Guillaume 
rencontrèrent de grandes difficultés et durentles soumettre 
à des arbitrages. — Voir tableau I, n° 176. 

Ypres de son côté dut soutenir un long procès devant le 
gouverneur-bailli de Lille, Douai et Tournesis, contre 
Jean et Robert Crespin, portant sur la détermination de 
la monnaie dans laquelle la ville devait s'acquitter envers 
eux, à raison des rentes à vie qu’ils possédaient (?). (Jan- 
vier-avril 1330.) 

Les.événements politiques et militaires du premier tiers 
du xiv*siècle avaienteu les plus facheuses conséquences sur 
la situation financière des villes flamandes. Elles se trou- 
vaient dans l’impossibilité de payer leurs dettes. Le roi de 
France vint à leur aide (3). Le 10 juin 1338, reconnaissant 
que « les villes de Gand, de Bruges, d’Ypres et plusieurs 


(1) Gizuronrs, Inventaire Archives de Bruges, n° 684. 

(2) De Sacner, Notice sur les Archives communales d'Ypres, p. 107. 

(3) IL est cependant intéressant de noter que Baude Crespin avait, le 
10 février 1314, associé le roi de France en toutes ses créances sur plusieurs 
villes de Flandre à concurrence d’un tiers, dans l’espoir évident que cet appui 
lui serait efficace. Arch. Nat. PP. 117, fol. 293. Le document n'est malheureu- 
sement connu que par un inventaire. 


33 


478 G. BIGWOOD 


autres villes et chastellenies de Flandres soient obligez et 
en debtes en plusieurs manières et en plusieurs sommes 
d'argent envers les Crespinois d'Arras et autres plusieurs 
leurs créditeurs pour occasion desquelles debtes et obliga- 
tions, plusieurs desdiz habitants des dictes villes et chas- 
tellenies sont souvent pris, saisi et arresté et molesté en 
corps et en biens si quil nosent aler es foires de Champagne 
et de Brie ne es autres lieux de notre royaume où ils vou- 
laient demener leurs marchandises de quoy il gaaignoient 
leurs vivres et de quoy prouffiz venoient souvent aus 
subgiez et au peuple de notre royaume lesquelles marchan- 
dises pour les causes dessus dictes, il leur a convenu et 
convient delessier au très grant grief et damage des diz 
habitants des dictes villes et chastellenies, et au destrive- 
ment du commun prouffit », le Roi déclare que tous les 
habitants de Flandre, sous le sauf-conduit du roi, pour- 
ront circuler avec leurs marchandises en toute liberté et 
sans limitation (1). 

Ce ne fut pas la seule fois que le roi de France eut à s’oc- 
cuper des créances des Crespins. Dans la trêve conclue 
entre lui et les délégués du roi d'Angleterre, dont Jean III. 
duc de Brabant, le 25 septembre 1340 à Esplechin, il fut 
formellement accordé « que les debtes deues à Arras aus 
Crespinois ou à autres du royaume de France (ne seront 
demandées) ne executees les dites trieuwes durant » (?). 

La trêve conclue entre les deux mêmes souverains au 
prieuré de la Magdeleine de Malestroit, le 19 janvier 1343 
(2. st.), renferme la même clause ($). | 

Enfin, celle du 28 septembre 1347 la contient égale- 
ment (*). | 

YIT. 


Que sont ces familles de financiers ? Les annales de la 
ville d'Arras au xrr1° siècle sont remplies de leurs noms. 


On ne peut ici suivre avec quelques détails que les prinei- 


(1) Van Duysse et DE Busscner, Inventaire Chartes Gand, n° 396. 

(2) VERKOREN, Inventaire Chartes Brabant, n° 642. Cf. KErvyn, Histoire de 
Flandre, HI, p. 268. Devizzers, Cartulaire I, n° 120, 

(8) VERKOREN, n° 673. KERVYN, LIL, p. 275. 

(4) KERVYN, III, p. 337. 


FINANCIERS D’'ARRAS 479 


pales, et en particulier les deux plus importantes déjà 
signalées, celles des Crespin et des Louchart. 

Un Baude Crespin est cité en 1164 et un Jean Crespin 
est mentionné en 1170 dans le Polyptique de Guiman 
comme possesseur d’une maison sise à Saint-Maurice près 
de l’église (1). Elle faisait partie des « hostagia » de Saint- 
Vaast. 

Ce Jean Crespin peut être identifié avec le chanoine du 
même nom qui en 1181 intervint à l’acte de fondation d’une 
des chapellenies de Notre-Dame (?). C'est probablement lui 
encore qui est diacre et chanoine du chapitre d'Arras et 
figure en ces qualités comme témoin à des actes de 1209 
et 1214 (S). 

Il est encore mentionné en 1213 et avait pour mère Oede 
Crespine de Strata ({). Un Michel Crespins est mentionné 
en 1218 (), à Skelnier (?). 

L’Estrée est du reste le berceau d'origine de la famille. 
C'est là qu'est le gué ou « wez » d’Amain (6) qui appartient 
à dame Emma Crespine de Strata. Plus tard, juin 1269, 
Jacques Crespin, fils d’'Ermenfroy, et sa femme Marie 
acquirent le moulin de l’Estrée (7); il desservait encore ce 
fief quand, à la suite d’une rupture de barrage, les eaux 
du Cruchon s’écoulèrent laissant le moulin à sec, ce qui 
lui valut un litige au Parlement (°). 

Pendant la première moitié du x1rre siècle, le chef de la 
famille est Robert (1) Crespin. Nous le connaissons par les 
quelques opérations qui figurent au tableau annexe n° I. 
Ï1 était contemporain d’un Baude Crespin avec lequel nous 
ignorons son degré de parenté. 

Robert Crespin, décédé avant décembre 1249, eut trois 
fils : Robert, Ermenfroy et Jean (°|. 


(t) M. Guesxow, Les Origines d'Arras et de ses institutions. Mém. Acad, 
d'Arras, 1895, 2 sér., XXVI, p. 240. 

(2) Ibid:, p. 237. 

(8) DE LornE, Chapitre d'Arras, n°$ 113 et 137. 

(4) M. Guesnon, Loc. cit., p. 239. 

(5) Haurecœur, Doc. litt. et nécrol. de S. Pierre à Lille. Obituaire, p. 158. 

(6) L'expression se retrouve encore en 1395. D'HARBAVILLE, Chartes et doc. 
concernant l'échevinage d'Arras. 

(°) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes d'Artois, À 17. Gon. 279, 

(8) Guesnox, La satire à Arras, p, 242. 

(#) GuEsxON, Quatrième article sur La satire à Arras, p. 146, note 1. 


480 G. BIGWOOD 


Robert (IT) le jeune est un personnage important. Non 
seulement il prête des fonds à intérêts — voir n° 4, 7,9 
et 10 du tableau n° I, — mais il occupe une situation 
en vue dans sa ville. Il est échevin en 1255, en 1263, 
en 1265 (1). 

11 épousa Isabelle Douchette, morte avant septem- 
bre 1977. Lui-même était mort en 1278. On peut fixer 
exactement son décès au 20 janvier 1278, car le Robert 
Crespin figurant à l’obituaire de l’abbaye de l’Eeckhout, 
écrit en 1284, ne paraît pas pouvoir être un autre que lui. 
Ce document relève que ce Robert avait fait plusieurs 
donations à l’abbaye (?). Il fut compromis dans l'affaire des 
faux brevets (). 

Ermenfroy, un deuxième fils de Robert (I), fut désigné 
sous le nom de Frekin, et la branche de sa famille appelée 
Frekinois. Ce sont eux qui sont visés dans un certain 
nombre de satires de l'époque. Il devint le favori du jeune 
comte d'Artois et fut attaqué par Adam dele Hale (4). 

Ermenfroy figure au registre des Ardents à l’année 1278, 
sa femme en 1273. 11 mourut entre 1278 et 1290 {5}, laissant 
— au moins — une fille Mabhaut et trois fils : Jacques, 
Nicolas et Robert (IV). 

Jacques, dit Machonne, né probablement en 1261 (6), 
que nous avons déjà vu tenir le moulin de l’Estrée, figure 
en mai 1285, comme homme du comte, à un plaid où com- 
parurent les échevins de Boulogne qui accusaient leur 
seigneur d’empiéter sur les attributions du maire et de la 
municipalité (7). 11 figure encore en 1283 à un autre 
plaid (5). 

I1 fat argentier de la ville en 1306 (°) et échevin 


(1) Archives Nord. B 1593, pièce n° 98. Gop, IIIT, et GuEsNox, 4e article sur 
La satire à Arras, p. 153, note 2. | 

(2) La Flandre, LE, p. 305. 

(3) H. Guy, Essai sur Adam dele Hale, p. 98. 

(4) H. Guy, op. cit., p. 434. 

(©) H. Guy, op. cit., p. 434. 

(6) En 1307, il se dit âgé de 46 ans. Cf. Archives Pas-de-Calais, A 931. 

(7) Archives Pas-de-Calais. Gop, Inv., I, p. 588-589, cité par H. Guy, 
op. cit., p. 436. 

($) Archives Pas-de-Calais, A 901. 

(°) Ibid., À 931. 


FINANCIERS D'ARRAS 481 


en 1308 (‘), devint maire de la Charité de la Sainte Chan- 
delle de Notre-Dame des Ardents (?). Il eut un fils. nommé 
Colart, qui quitta Arras et eut des démêélés avec la ville; 
celle-ci le fit arrêter, l’accusant d’avoir fraudé des droits 
d’issue. Il eut aussi deux filles : Marie et Pasque. La pre- 
mière mourut durant le carême 1340 (v. st.) (*), nonne au 
couvent du Vergier, et la seconde décéda à la Chandeleur 
de la même année (4). 

Ce Jacques n'apparaît pas dans nos documents comme 
ayant fait des prêts d'argent. 

Par contre ses deux frères, Robert (IV) et Nicolas, se 
livrèrent à des opérations de prêt. De leur sœur Mahaut 
nous ne savons rien. 

Nicolas eut deux filles, Jeanne et Marguerite. C’est lui, 
selon toute apparence, qui reçoit avec trois autres du 
baïlliage de Calais 50 livres tournois, en 1287, que lui rem- 
bourse Philippe le Bel, par l’intermédiaire du Temple (5) 
et qui cède en 1273, un fonds de terre qu’il possédait, à 
Pierre Pouchin (5). 

Le troisième fils de Robert (1), Jean, épousa Oede 
Faverel, était propriétaire (7); en 1290, il vend un 
moulin (8). Il mourut entre 1290 et 1299. 

Revenons maintenant à la famille de Robert (II) qui se 
distingua particulièrement par le nombre et l’importance 
de ses opérations. 

I] eut trois fils : Robert (III), Jehan et Baude, et une 
fille, Saintain. De cette dernière nous ne savons rien. 

Écartons de suite Jehan qui fit quelques rares opéra- 
tions de prêt et qui était mort en 1308, année à laquelle 
appartient un document mentionnant son exécuteur testa- 
mentaire (°). En 1305, il reçut du roi de France une indem- 


(1) Archives Pas-de-Calais A 937. 
(2) I l'était en 1324. Ibid. A 431. 
(3) Compte d'Arras de 1340-1341. Ibid. À 882. 
(*) GuEsNoN, Inventaire d'Arras, p. 54, LX, 2 avril 1315. 
(5) L. DeuisLe , Opérations financières des Templiers, p. 156. 
(6) Archives Pas-de-Calais, H. Prévoté des eaux, copies, f. 55vo, 
(7) BN. lat. 10972, f. 31v0 cité par H. Guy, Loc. cit., p. 430. 
(S) Archives Pas-de-Calais, H. Prévoté des eaux, copies, f. 1vo et fol. 2. 
(°) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes d'Artois, À 235. C£. sur ce 
Jean Crespin, SamT-GENOISs, Inventaire, n° 803. 


482 G. BIGWOOD 


nité de 60 livres parisis à la suite de l’obligation où il 
avait été d'héberger des prisonniers de guerre (‘) Il est 
possible qu'avec Robert, Baude et Egide, il fut receveur 
du bailliage d'Amiens (?). Il eut un fils, Baude (III) 

Robert (III) et Baude (I) Crespin, les deux autres fils de 
Robert (II) le jeune, portèrent au plus haut degré l’in- 
fluence de la famille. 

Robert (III) épousa Marie Louchart et par là s’allia à la 
famille arrageoïise qui était, avec la sienne, au premier rang 
de la riche bourgeoisie locale. Il est échevin en 1279 (3). 

Ce doit être lui qui eut, au Parlement de Paris, un 
litige tranché à la session de Saint-Martin 1281, lequel 
fixa la coutume d'Arras, quant à « l’issue de la bour- 
geoisie » (4). 

Par contre, doit-on le voir dans le Robert Crespin, qua- 
lifié de chevalier banneret, sire de Harmawville, qui en 
novembre 1299, reçut des gages du comte d'Artois pour 
une semonce à ('ambraï? (°). C’est probable. 

I1 mourut avant ou au plus tard en mars 1305 (6), ne 
laissant, semble-t-il, que des filles : Marie, Marguerite et 
Isabelle. La première (dite quelquefois Marotain) épousa 
Sauwale Wion (7), fils de Mathieu et de Gertrude Wagon ; 
ils eurent une fille, Benoîte. Isabelle épousa Jean Cosset, 
appartenant, lui aussi, à une des principales familles 
d'Arras (8). 

Baude (1), à partir de septembre 1296, est qualifié de 
valet du Roi et honoré du titre de messire. Il survécut à 
son frère, mais était mort en 1315 (°). 


(1) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartès d'Artois, A 51. Gon, 2424. 

@) Voir plus bas. 

(3) Archives Pas-de-Calais, À 1149. 

(4) Bouraric, Actes du Parlement de Paris, 4618, p. 370. 
(5) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes d'Artois, A 153. 
(6) Cf. la lettre du 29 mars 1304 (v. st.) du Roi de France. Arch. Ville 
miens, AA 5, f. 25vo, 
(7) A. Jeanroy et H. Guy, Chansons et dits Artesiens du XIIIe siècle : table 
. noms, v° Crespin. LH: Guy, Essai sur Adam dele Hale, p. 46, note ÿ. 

(8) Un Mahieu Cosset est aussi appelé gendre de Robert Crespin. Est-ce le 
même ? 

(?) Ceci résulte des aëtes relatifs à la créance de 8,000 livres à charge du 
comte de Hainaut. Tableau I, n° 176. Cependant il semble difficile d'attribuer 
à un autre Baude l’épitaphe rapportée au nécrologe de Saint-Vaast, p. 36. 


d'A 


FINANCIERS D'ARRAS 483 


Il eut cinq fils : Baude (IT), dit quelquefois Baudet, Saga- 
lon ou Sawale, Robert, Jean et Egide ou Gilles, et trois 
filles : Catherine, Isabelle et Marie. 

Baude (II) qui avait épousé Jeanne, fille du chevalier 
Eustache de Baïlleul, mourut avant juin 1317. Il fut, avec 
de ses frères, en 1299 receveur des émoluments du bailliage 
d'Amiens et de 1295 à 1501, receveur de ce même bailliage 
des sommes levées et dépensées pour les opérations du roi 
de France en Flandre. Avec Robert (V) seul, il exerce ces 
mêmes fonctions en 1305 (1). 

Sagalon ou Sawale est qualifié de chevalier, sire de la 
Braiïelle en 1328. Le 12 août de cette année, il reçoit ses 
gages et ceux d’un autre chevalier avec leurs écuyers pour 
un service militaire (?). Il est homme de la comtesse d’Ar- 
tois (*). Il semble avoir fini tragiquement, car le compte, 
arrêté à la Toussaint 1334, de Gilles de Blety, chevalier, 
baïlli d'Arras, au chapitre des fourfaitures, mentionne une 
recette de : « Robert de Mouronval bany d'Artois, pour ce 
qu'il fu à navrer mauvaisement et en triewes mons. Sawale 
Crespin » (4). 

Sagalon avait épousé N. du Marès, dont il eut un fils, 
Guillaume, mort avant 1371. Il est qualifié de cheva- 
lier. 

Sagalon et son frère Robert (V) s’occupèrent de la liqui- 
dation des créances de leur père (Baude I) et de leur oncle 
(Robert IIT). 

Robert!{V)eut un fils. Rolant de Hestrus, chevalier. Si en 
1586, il eut à régler avec Bruges la liquidation de la vieille 
créance de son grand-père, par contre, nous le voyons, en 
1365, vendre au comte d’Artois du poisson, dont il faisait 
l'élevage (5). 


(2) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes d'Artois, À 484. 

(?) Il assiste en cette qualité aux enquêtes d’un procès en 1329. Jbid., A 72. 

(5) J. Vian», Journaux du Trésor de Philippe VI de Valois, n°5 1364, 1577 
et 2558. 

(!) Archives Pas-de-Calais Trésor des Chartes, À 541. 

(5) Ibid., À 715. Sur les sires de Hestrus qui ne sont pas des Crespin, voir 
HAIGNERÉ et BLen, Chartes de Saint-Bertin, n° 1043 (a° 1957). Archives Pas de- 
Calais. Trésor des Chartes, A 287 (1311), 298 (1312), 405 (1322), 444 (1335), 
561 (1337) et 620 (1342). 


454 G. BIGWOOD 


Quant à Jean (III) ({), baïlli d'Arras en 1306, il figure au 
registre de la Confrérie des Ardents en 1308 (*), et est 
mentionné, en 1316, parini les hommes de la loi, assistant 
le bailli d'Arras, lors d’une vente immobilière (?). 

Plus tard, il s'occupe avec son frère Sawale de la liqui- 
dation de la créance de la famille à charge du comte de 
Hainaut (Tableau I, n° 176). En 1341-1349, il vend à Pierot 
Wyon une terre, vente pour laquelle il doit payer 97 livres 
de droit (4). Il est qualifié de chevalier. 

De Gilles ou Egide Crespin, nous savons seulement qu il 
est en 1299-1301 avec Robert, Baude et Jean Crespin, rece- 
veur au bailliage d'Amiens et avec Jean (5) Crespin en 1301, 
receveur du décime au diocèse d'Arras (6). Il est encore 
mentionné en 1505 dans un compte de redevances pour 
fiefs (7). 

I épousa Jehanne, fille de Sawale Wyon et mourut 
avant 1315, laissant deux fils, Jean et Jacquemart, et deux 
filles, Jeanne et Marote. . 

Est-ce un de ses fils également que le Gilles Crespin qui, 
en 1367, est maire de la Charité de Notre-Dame des Ardents, 
en 1369, garde de la porte Saint-Nicolas {8) et en 1373, éche- 
vin d'Arras (°)? 

Jean et Jacquemart Crespin figurent en 1377 parmi les 
fournisseurs de vin de la comtesse d'Artois (10). 


(1) Né en 1265, si l’âge de 62 ans qui lui est donné dans une enquête tenue 
en 1327 (?) est exact. Archives Pas de-Calais A 960. 

(2) H. Guy, loc. cit., appendice IL, strophes 26-27. 

(8) RicHarp, Cartulaire hôpital Saint-Jean sur l'Estrée d'Arras, n° XLIX, 
Mém. Acad. d'Arras, t. XVI, 2 s. 

(4) Comptes d'Arras 1341-1342. Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, 
A 853. 

(5) On ne peut savoir s’il s'agit de Jean IL fils de Robert (II) ou son 
neveu, fils de Baude (1). Le compte de Merck de 1302 (Archives Pas-de-Calais, 
A 877) mentionne un Gilles Crespin, frère de Jean. 

(5) J. Lrarp, Journaux du Trésor de Philippe VI, n° 1364, n° 729 et n° 1977. 

(*) Archives Nord. CC. à Lille, ancienne côte, B 467. 

(8) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, À 895 et Archives commu- 
nales d'Arras, BB 2. 

(?) PIRENNE et Espinas, Recueil, p. 259. 

° (10) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, À 766. 


FINANCIERS D’'ARRAS 485 


Des trois filles de Baude (1) nous ne savons rien (1). 

Indépendamment de ceux qui viennent d’être signalés, 
la famille Crespin a compté bien d’autres membres, mais 
il nous est impossible de déterminer leur filiation. 

Un M° Crespin est mentionné en 1246-1247, comme pro- 
cureur de la comtesse Marguerite (?). 

Un André Crespin habite Lille au début du xrv* siècle (*). 

Une Marotain Crespine est titulaire d’une rente viagère 
en 12717 (4). | 

En 1311 et 1313, nous trouvons la mention d’un Henri 
Crespin (°). 

Il reste à signaler deux frères Pierre et Guillaume 
Crespin, encore en vie en 1324 (6). Ce Guillaume pourrait 
être identifié avec le fils de Sagalon et de la demoiselle de 
Marès. Il serait alors mort avant 1371. 

Quant à Pierre, en 1345, il donne quittance à Henri Cres- 
pin (7), abbé de Vaucelle, et à Adrien Crespin (8), moine de 
Saint-Vaast, devenu prévôt de Berclau, en qualité d’exé- 
cuteur testamentaire de Marguerite Crespine (?), femme de 
Jacques de la Court d’Angre, écuyer (1°). 

Un mot de leur nom de famille : on a déjà vu qu’ils sont 
quelquefois désignés par une expression générique : les 
Crespinois, Karspynoisen, en latin Crespini. Cette der- 
nière forme a amené certains auteurs à les considérer 


(1) À moins que Catherine de Baillon, épouse de Jacques dit Wyon, ne soit 
l’une d'elles. Une sentence du Parlement de Paris, du 30 janvier 1320, inter- 
vint dans un litige entre elle et Jean et Sagalon Crespin, exécuteurs testamen- 
taires de Baude Crespin, au sujet d’un legs de 1000 livres tournois fait à 
Catherine à condition d'abandonner à Baudet, son frère, le reste de la succes- 
sion. Bouraric, loc. cit., n° 5959. Cette Catherine et Baudet, son frère, seraient 
plutôt enfants de Baude (11). 

(2) Archives du Nord. CC. à Lille, Gop, 887. 

(>) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, À 886*. 

(+) Haurecozur, Cartulaire de Flines, n° 193, p. 215. 

(>) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(6) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(7) Peut-être le Henri Crespin mentionné en 1511 et 1313 — voir plus haut 
— et propriétaire d'une maison rue des Meaux, — voir plus loin. 

(8) Cet Adrien (ou André) figure au nécrologe de Saint-Vaast, p. 39. 

(°) Il y avait deux Marguerite, l’une fille de Nicolas Crespin, l’autre de 
Robert (1I1). 

” (10) Archives Pas-de-Calais, 1150. 16 mai 1345. 


486 G. BIGWOOD 


comme des Italiens. En réalité, l’origine du nom semble 
se trouver dans l’expression de crespes, crespets, crespi- 
nets (!) et cette opinion est renforcée par les armoiries 
que nous leur connaissons : le meuble principal et caracté- 
ristique est un cœur, forme qu’affecte également une 
espèce de gâteau célèbre, spécialité d'Arras (?). 

Certains d’entre eux eurent des surnoms : Jean Crespin 
est surnommé «au cancaig », Baude Crespin le jeune : «au 
carguois ». Les deux frères les plus connus Robert et 
Baude sont quelquefois, notamment à Bruges, appelés 
Kaignet. Ce nom est aussi donné à leur mère, appelée 
Isabelle Kaignette. 


On a vu que les plus anciennes mentions relatives aux 
Crespin les montrent propriétaires fonciers. Les descen- 
dants continuent à acquérir des biens-fonds. 

En novembre 1269, Ermenfroy achète de Manessien 
Cauderons de Saulty, chevalier, 63 mencaudées, une bate- 
lée, quatre lances et demie et six pieds de terre de labour 
faisant partie du fief qu'il tenait du comte d'Artois, à 
Longastre et ailleurs. Le comte d'Artois confirma cette 
aliénation moyennant paiement d'un cens annuel de quatre 
sous ($). 

Nous avons déjà signalé qu’en juin 1269, Jacques et sa 
femme Marie avaient acheté de Collard d’Offermont : 
« Totum feodum quod habebat Collardus d’Offermont in 
molendino sito in strata desuper vadum domine KEmane » 
dont la redevance au comte d'Artois était de sept sols et 
demi (#). 

En 1273, Nicolas Crespin achète à Alard de Carvin, 
22 mencaudées de terres sises au lieu-dit : « li couture 
assom lescluze de Remi» et en janvier 1274, le comte 
d'Artois ratifie cette acquisition moyennant un cens 
perpétuel de 1 denier de rente annuelle par mencaudée, 
sans compter les droits et redevances féodaux (°). 


(1) GuEsNoN, loc. cil., p. 244. 

(?) Cf. la description des sceaux des Crespin, dans DE Raapr, Sceaux Armories. 
(3) Archives du Nord, B1598. 4er cartulaire d'Artois, n° 252. Go», 1606 et 1613. 
(4) Archives Pas-de-Calais, Trésor des Chartes d'Artois, A 17. Gop, 379, 
(5) Archives Pas-de-Calais, Chartes d'Artois, À 21. Gon, 465. 


FINANCIERS D'ARRAS 487 


En 1299, Baude, fils de Robert Crespin, acquiert de 
Renier de Bourianne et de sa femme, la moitié d’une rente 
perpétuelle de 60 s. 8 d. sur une maison sur les fossés « kon 
dist de Bouriane » (1). 

En 1989, Marotain Crespin, femme de Sauwalon Wyon, 
achète un manoir sis à Loyselet, avec ses dépendances, que 
lui vend, par pauvreté, le chevalier Michel de Wendin (?). 

Il existe une lettre, malheureusement mal conservée, 
d’un Crespin, datée de janvier 1299 (n. st.) et adressée aux 
inspecteurs du roi, relative à diverses sommes d’argent et 
à certaines quantités de céréales que Margot, veuve de 
Ghilibert de Houdin, habitant Saint-Legier, lui devait à 
raison de terres qu'elle tenait de lui (*). 

Au début du xiv° siècle nous voyons les Crespinois 
acheter, « 200 livres de terre au paresis » de l'abbé et du 
couvent de Ham. L’acquisition était faite « à leur vie », il 
se pourrait que ce fut une vente forcée par suite d’une 
opération financière (i). 

Le 2 janvier 1302 (n. st.), Baude Crespin achète de Jean 
Pouchin et de sa femme Benoîte, un septième d’une maison 
qui avait appartenu à sire Jehan de Cité, sise rue des 
Meaulx (5) entre la maison de dame Marguerite Louchart 
et celle de Jakemon de Noe, et de Colars Nazars et de 
Jake, sa femme, les six septièmes de la même maison — le 
double achat est conclu moyennant prestation d’une 
rente (6). 

À cette époque Baude Crespin le père possédait une 
maison dans la même rue des Meaulx, entre celle de la 
dame de Harmaïde, et celle de Robert Crespin. Cette 
dernière était grevée d’une rente à « héritage » de 2 sous de 
parisis que possédaient Jakemon le Jovène et sa femme, 





(4) Archives Pas-de-Calais, H 1145. 

(?) Archives Pas-de-Calais, Trésor des Chartes d'Artois, À 33. 

(3) Archives Pas-de-Calais, Chartes d'Artois, A 44. Gon, 1821. 

(*) Confirmation par le comte de Hainaut, 29 mai 1304. Deviirers, Description 
anal. de carltulaires et chartriers, NE, p. 42. 

(5) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(5) A signaler que la demeure de Jean Crespin, cellérier, tenancier de Saint- 
Vaast, se trouvait entre la porte de « Méallens » et la porte de la Cité. Guimax, 


O0 


Cartulaire de Saint-Vaast, p. 295. 


483 G. BIGWOOD 


Ceux-ci l’avaient vendue à Gilles Louchart, qui à son tour, 
en février 1309 (n. st.) la vend à Robert, fils de Baude 
Crespin (1). 

Marote Louchart, veuve de Robert Crespin, donne, le 
27 juin 1310, à l'hôpital de Saint-Jean en l’Estrée, à Arras 
16 mencaudés |?) et 27 verges de terre aux terroirs de 
Carrency et de Villers en Oreillemont, pour fonder quatre 
pitances et quatre messes de Requiem en l’octave des 
quatre notaux, et plus tard, en février 1316, elle lui 
donne encore diverses rentes sur plusieurs maisons d’Ar- 
ras (). 

De son côté, Maroie Crespin, belle-sœur de Jacques 
Crespin (*) possède au début du xrv° siècle une série de 
fiefs parmi lesquels se retrouvent, au moins en partie, celui 
que son beau-père Ermenfroy avait acquis en 1269 (°). 

Un Baude Crespin, probablement le père, avait acquis, 
sa vie durant, une maison et des terres sises à Courchelles, 
dépendant de l’abbaye d’Anchin, or, « fu li maisons arsse 
de le were de Flandre, et li bien wasti, se demanda lidis 
Baudes au dit abbé a ravoir ses damages, pais faite entre 
le dit abbé et le dit Baude parmi M 1b que li di abbés lui 
rent ($) ». 

En 1341-1342, Jehan Crespin,un des fils de Baude, vendit 
un héritage à Pierot Wyon (‘), et le 20 avril 1371, Rolant 
de Hestrus, chevalier, et André Louchart, tuteurs 
d'Audeffroi Crespin, dit de Hestrus, acquièrent en cette 
qualité toutes les rentes qui appartenaient à feu Guillaume 


(1) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(?) Sur les revenus qui en provenaient et leur affectation, cf. J. M. Ricaam», 
Cartulaire hôpital Saint-Jean en l'Estrée, p.114. 

(3) Rica», Cartulaire hôpital Saint-Jean en l'Estree, nos 39 et 48. Cf. Archives 
Pas-de-Calais, Trésor des Chartes d'Artois, A 887. Compte de l'hôpital de 1309- 
1310. Une Maroie Crespine y figure comme ayant donné cette année-là 16 men- 
caudés. 

(+) Elle devait avoir épousé Robert (IV) ou Nico!as. 

(5) Archives Pas-de-Calais. Chartes d'Artois, À 47. HAUTECŒUR Cite un obitus 
Marie Crespin, uxoris Johannis Crespin IL sol. supra domum suam in vico 
Anglie.., Doc. litt. et nécrol. de Saint-Pierre à Lille, p. 176. 

(5) Compte du bailliage de Bapaume, Chandeleur 1310. Archives Pas-de- 
Calais. Chartes d'Artois, À 259. 

(7) Compte d'Arras. Archives Pas-de-Calais, A 883. 


Ermenfroy 
mort avant avril 1277 


Robert (IV) Nicolas Jacques Mahaut 
dit Machonne 
épouse Marie 


| | | | | 
Marie Jeanne Marguerite  Colart Marie  Pasque 


épouse * 
fils de Mathieu 


Nous résumons dans le crayon généalogique ci-dessous les données qui précedent : 


Robert (I‘) 
(1237) 
mort avant décembre 1242 





Robert (II) 
épouse Isabelle Douchette 
décédée avant septembre 1277 
mort en février 1278 


Jean (1°!) 
épouse Oede Favere] 
# entre 1290 et 1299 


I 


Robert (III) 
chevalier banneret, sire de Harmawville 
épouse Marie Loucharde 
fille de Jakemon Louchart, dit Garet, 
mort avant mars 13035 


Marguerite Isabelle aude (ITI) 
épouse Jean Cosset 


Jehan (II) 


Marie 
épouse Sauwale W yon 
fils de Mathieu et de Gertrude Wagon 


Benoite 


Rolant, dit de Hestrus 


aude (1°) 
mort en 1315 


Sain rien 


| | 
Baude (T1) Sagalon 
épouse Jeanne, fille 
d'Eustache de Bailleul 
chevalier 
avant juin 1317 | 


LOC RE RE 


Jean (IV) Jacquemart Jeune Marote 


Robert(V) Jean (III) 
probablement 


né en 1265 


Egide Catherine 
ép. Jehanne, fille 


de Sauwale Wyon 


Isabelle Marie 
sire de la Bruïelie 


ép. dem! du Marès 





Willaume 
+ avant 1371 


Robert (IV) 


Ermenfroy 
mort avant avril 1277 


Nicolas 


—_—_—_— 


Jeanne Marguerite 


Jacques Mahaut 
dit Machonne 


épouse Murie 


| | | 


Colart Marie  Pasque 


FINANCIERS D'ARRAS 489 


Crespin, dit Alemant (?), fils de Sauwale, que leur vendent 
les trois demi-frères dudit Guillaume (1). - 

La branche de Gilles ou Egide Crespin, possédait égale- 
ment des propriétés qui paraissent importantes. — Nous 
avons déjà dit qu’en 1304, Gilles était possesseur de 
fiefs (?). 

L'un de ses fils, Jean, en mars 1315 {n. st) donne à son 
frère Jacques de « tous les héritaiges ensi quil sestendent 
de Viteri et de Saïlli en Ostrevant soit en rentes et en 
toutes autres coses de tant comme au devant dit Jehan 
puoit ne deveroit appartenir » (3). 

Peu après, 1" janvier 1317 (n. st.), ses deux filles, Jeanne 
et Marie vendirent à Ermenfroy de Paris, tous leurs biens 
sis dans la rue des Meaulx « séans entre li maison condist 
au Limechons d’une part et li maison Henry Crespin qui 
fu Jehan a la Naze de l'autre part, et tous leurs autres 
héritaiges par derrière appendans au manoir dessus dit 
séans en la rue condist de lours tenans a le cambre condist 
dalaus (?) d’une part et au manoir le dit Henry Crespin de 
l’autre part » ({). 


Les Crespin étaient-ils des marchands? Un seul texte 
nous est connu qui soit explicite à cet égard. Parmi les 
licences, accordées en 1273 par Edouard I‘ d'Angleterre 
à des marchands d'exporter de la laine, figure, sous la date 
du 12? mai, une licence octroyée à Jacques Crespin, mar- 
chand d'Arras, qui est autorisé à exporter 80 sacs de 
laine (°). Dans l'ensemble des exportations de cette année- 
là (6) Arras ne figure que par six de ses habitants, pour un 


(1) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(?) Archives du Nord CC, B 467 (ancienne côte). 

(3) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(+) Ibid. 

(5) Patent Rolls, Edouard Ir, p. 17. Les Close Rolls d'Edouard Ie mention- 
nent un Robert de Araz, à quatre reprises, en 1274 (mars et juin) 1278 et 1286. 
Il est qualifié de marchand et citoyen de Londres. On lui doit et il doit notam- 
ment à des marchands italiens. Close Rolls, Edouard Ier, p. 114, 1923, 552, 422, 
Ces mêmes Rolls mentionnent également un William d’Araz, un Wybert d’Araz 
et Philippe le Tailleur, qui est également cité comme marchand exportateur 
de laine en 1273; voir plus bas. 

(6) Sur cette exportation, Ad, Scaauge, Die Wollausfuhr Englands vom 
Jahr 1273. — Viertelj. für Social u. Wirtschaftgeschichte, 1908, p.39, 159. 


490 G. BIGWOOD 


total de 160 sacs. Sauf notre Jacques Crespin et un 
Guillaume Alan {?), les autres ne sont indiqués que par 
leurs prénoms : Robert, Jean, Richard et Guillaume (1). En 
ce qui les concerne, toutes les hypothèses sont permises. 

Dans cet ordre d'idées, il faut signaler parmi les lettres 
de foire d’Ypres, trois lettres où des Crespin apparaissent 
comme créanciers : le 20 février 1271, Ermenfroy Crespin 
se fait reconnaître créancier de 1 livres parisis payables 
à la Noël, à Arras, par Pierres li Sauniers, Bauduins li 
pelletiers et Bertelmieus Vettine solidairement ; ce même 
Ermenfroy, le 27 mars 1274 est créancier de 11 1. 105. par. 
payables à Arras à la Noël encore, par Willaume de le Soif 
et Ghenars Raïe solidairement. Son fils Robert figure dans 
upe lettre du 5 janvier 1272 par laquelle Jean et Laurent 
Warel, Jehan Prieur et Jehan de Cannighen sont tenus 
solidairement de lui payer 46 livres parisis à Arras et à 
Noël de la même année. 

La cause de ces obligations n’est pas indiquée. Il est 
plus vraisemblable d’y voir des dettes commerciales que 
des reconnaissances d'emprunts (?|. 

Nous ne signalons qu'avec les plus grandes réserves un 
Jehan de Crespin, drapier, qui en 1365 paie à Valenciennes 
une redevance féodale pour le compte du due de Brabant (5) 
et un Gilles Crespin qui en 1405 s’associe avec les fermiers 
de la maltote du vin à Arras (). 

IV 

Si nous passons à la famille des Louchart, nous en trou- 
vons les premières traces à l’époque du Polyptique de 
Guiman. En 1170, un Henri Lucart est témoin à un acte 


(1) Calendar of the Patent Rolls, Edouard Ier, p. 13, 15, 17, 25, 64, 65. Que 
des marchands d’Arras aient trafiqué de bonne heure en Angleterre, le fait 
n'est pas douteux. On en trouve des traces dès 1224. Cf. Calendar of Patent 
iolls, Henry Il, passim. ‘ 

(?) Nous signalons, sans y attacher d'importance, la vente d’un cheval faite 
en 1270 par Robert Crespin le vieux à Hellin et Gillebert d’Averdoingt, pour 
20 1.35. p. Archives du Nord CC, à Lille B 1543. Gon, 1641bis. 

(3) VERKOREN, Inventaire des Chartes du Brabant, n° 2691. Cf. ibid., 2516 un 
autre paiement de cette même rente. Le testament de Jehan de Crespin li 
aisnés est du 16 octobre 1381. 

(*) Archives de la ville d'Arras. Reg. Mém. IV, f. 89 vo, cité par GUESNON, 
« Le hautelissenr Pierre Féré d'Arras ». Revue du Nord, I. 


FINANCIERS D’ARRAS 491 


intéressant le chapitre d'Arras (1). Il était mort avant 
1202 (2). En 1170 aussi, un Ingelbertus Lucears tenait de 
Saint-Vaast un fief important au faubourg de Saint- 
Sauveur et un Robert Loucars occupe une maison de la 
Petite Place en face des Changes (%). C’est sans doute le 
même qui est témoin dans un acte de 1206 ({). 

En 1254, un Robert Louchart figure parmi les clercs qui 
* procèdent contre les échevins de la ville et obtinrent d’In- 
nocent leur affranchissement de la taille (5). 

À la même époque existait un Audefroi Louchart, qui 
de 1244 à 1270 — à nous en tenir au relevé du tableau III 
— se livre à des prêts d'argent. Il est échevin en 1953 et 
meurt vers septembre 1273. 

Les documents nous le renseignent comme père d'un 
André, d’un Jacques et de Marie. 

Toujours à la même époque Arras comptait un Engle- 
bert (II) Louchart, mort vers Pâques 1269 (6), qui a eu 
également pour fils un André et un Jacques. Peut-être — 
l'identité du nom nous y autorise — faut-il lui donner 
comme fils l'Englebert Louchart qui est échevin en 1276 et 
meurt vers Pâques 1305. 

Assez nombreux sont les documents qui font mention 
d'André Louchart, mais sauf de rares exceptions, ils ne 
précisent pas s’il s’agit d’un fils d'Audefroi ou de celui 
d'Englebert. I1 semble qu’il y en ait un troisième, fils de 
Jean et frère d’un Egide Louchart. 

La plus ancienne mention d’un André remonte à 1258; 
avant cette date, il est bénéficiaire d’une rente viagère. — 
Voir tableau IV. — Les prêts consentis par André 
Louchart vont de 1268 à 1294. En 1261 et 1962, il y a un 
échevin de ce nom (’)}; un d’eux épouse Mathilde de 
Parisius, qui appartenait à une famille patricienne de la 
ville, et en eut deux fils, Jean et André. C’est lui peut-être, 


(1) pe LornE, Chapitre d'Arras, n° 34. 

(2) Ibid., n° 98. 

(8) GuEsNoN. Quatrième article sur La satire à Arras, p. 129, note 1. 
(4) pe LoRnE, Chapitre d'Arras, n° 108. 

(5) GuESNON, Inventaires Archives d'Arras, p. 32, n° XXX. 

(6) Guesnow, Quatrième article, p. 142, note 1. 

(7) GuEesxox, Quatrième article sur La satire à Arras, p. 153, note 3. 


2 


492 G. BIGWOOD 


sinon son homonyme, qui fut père de Jeanne et d'Audefroy. 
Un André eut également une fille nommée Marie, et était 
décédé en 1290. 

Le plus célèbre des Louchart est Jakemon ou Jacques. 
Tous les documents qui mentionnent un personnage de ce 
nom ne s'appliquent pas au même individu; mais rares 
sont ceux qui précisent de quel Jakemon il s’agit. 

En 1255, en même temps qu’un Baude Louchart, dont 
nous ne savons rien d'autre, «Jake », est échevin d’Ar- 
ras (1). De 1265 à 1292, de nombreux placements d'argent 
à intérêts sont consentis par Jacques ou Jacquemon 
Louchart, — voir tableau III. — Il s’agit tantôt du fils 
d’'Englebert, tantôt de celui d’Audefroy. 

On trouve un Jakemon Louchart à Ypres en 1970, où il 
se fait délivrer des lettres de foire. Celui des deux qui, à 
partir de 1284, est mentionné comme sergent du roi — plus 
tard, comme pannetier, est Jakemon, fils d'Englebert. Sa 
femme s'appelait Marguerite (*). Il en eut quatre enfants : 
Nicolas, Eustacie, qui épousa Lambert Hukedieu, Jeanne 
et Jean. 

À moins que l’autre Jacques Louchart ait également eu 
une fille appelée Jeanne, c’est encore lui qui, très en faveur 
à la cour de la comtesse Marguerite de Flandre, en avait 
obtenu une rente de 200 livres par an, sur son tonlieu de 
Damme, laquelle lui fut payée de 1273 à 1295 (3). Bien qu'en 
1986 elle fût cédée à cette fille Jeanne, elle continua à 
être payée à Jakemon. 

Sa mémoire est restée liée à une fondation pieuse, datant 
du 1° janvier 1284 (v. st.), par laquelle il constitua une 
rente perpétuelle de 100 livres parisis à distribuer aux pau- 
vres de Lille (4). 

11 prétendit que sa qualité de sergent du roi l'avait 


(1) Archives du Nord, Gop. 1111. 

(2) Une Marguerite Loucharde mourut vers la Saint-Remi 1341. Il est peu 
probable que ce soit la veuve de ce Jacques, Archives Pas-de-Calais, A 882. 

(#) Sainr-GENois, n9$ 175, 193, 249, 292, 300. V. GaizLaRD, n°5 323, 361, 686, 
687. Archives du Nord, B 1407, B 1563. Go, 2757 et 30885. 

(4) Ed. Van HEn»E, Jacques Louchart, bienfaiteur des pauvres. Mém. Soc. 
Sciences, etc., à Lille, 1880, t. XX, 40 s. Le document est publié dans Brun 
LAVAINE, Livre Roisin, p. 303. 


FINANCIERS D’ARRAS 493 


affranchi du paiement de la taille, mais il perdit le procès 
que lui firent les échevins d'Arras. (Arrêt du Parlement 
de Paris de la Toussaint 1287.) (1). 

Il était mort avant septembre 1295; à cette date, 
Philippe le Bel fit saisir tous ses biens pour la sauvegarde 
de ses droits; la lettre du roi rappelle qu'il était son pan- 
netier (?). 

. Il était quelquefois appelé Garet. 

L'un des deux Jacques Louchart fut arrêté injustement; 
les auteurs de l'arrestation furent poursuivis et condam- 
nés. Jacques renonça aux 100 marces de dommages-intérêts 
qu’il avait obtenus (3) (1280-1281). 

On ne sait non plus lequel des deux est mentionné en 
1283, comme sergent de Soyer de Bailleul (4). De même, 
on ne sait duquel Sainte Louchart était fille, qui devint 
abbesse de Notre-Dame de Douai (°). 

Par contre, on peut affirmer que le Jacques Louchart, 
dit Barbe-Dorée (6) est le fils d'Audefroi. En effet il est 
vivant en 1296, puisque le comte d'Artois le charge, avec 
d’autres, d’une enquête sur la conduite du sous-baiïlli 
d'Arras (7). La même année, un Jacques Louchart est 
«valet du receveur de Flandre » ($). 

Au début du xiv® siècle, nous voyons un Audefroi 
Louchart, né vers 1265-1267 (%}, échevin en 1309, 1319, 
1330, 1331 et 1339 (1°), mort vers le 1 janvier 1342 (nouveau 
style) (11). £ 


(t) Bouraric, Actes, n° 2630 et Beucxor, Olim, IL, p. 273. 

(2) KervyN, Codex Dunensis, p. 269, no CLXXIIT. 

(3) Bouraric, Actes, 2287, 2371 et 2372. Beucnor, Olim, II, p. 159 et 190. 

(*) Sanr-GExois, n° 465. 

(5) Gall. Christ. III, col. 458. 

(6) Un Jacques Barbe Dorée, citoyen d'Arras, figure avec Robert et Jean 
Crespiu, dans un asseurement, passé au Parlement de la Toussaint, 1292... 
BourTaric, Actes, 2794. 

(7) Archives Pas-de-Calais, À 41. Gon, 1631. 

(8) Archives du Nord, B 4056, Gop, n° 3846 et 3863, 

(°) En 1305-1307, il est âgé de 40 ans. — Archives Pas-de-Calais, A 931. 

(40) Archives de la ville d'Arras, AA 11 (n° 47). Espixas et PiRENNE, Recueil, 
p. 187. 137. GuESNON, Inventaire d'Arras, p. 176, note 1. Archives Pas de 
Calais, A 593. 

(41) Archives Pas-de-Calais, A 883. 


34 


494 G. BIGWOOD 


A la même époque, Adam, sans avoir été échevin, est 
un bourgeois d'importance, qui figure comme témoin dans 
divers actes solennels intéressant la communauté ; 1329 (1), 
1393 (?),11395 6). | 

C’est un gros marchand et il fournit régulièrement de 
drap (1309-1314) la cour de la comtesse d’Artois (4). Il 
avait été victime d'attaques et d’une arrestation arbitraire, 
dont les auteurs sur sa plainte furent poursuivis (1324) (°). 
I] fut spécialement protégé par le roi (6). 

Il à un frère appelé Jean, et un fils Englebert. 

Ce Jean Louchart est échevin en 1322 (7), 1324 (8), 1330, 
1381 (°), prend à ferme l’assise du drap, pour l’année 1340- 
1341, mais meurt avant la clôture de l’exercice (10). 

Quant à Englebert, fils d'Adam, il est échevin en 1342{11), 
1347 (12), 1355 (45), peut-être encore en 1317 (14). Il vend des 
chevaux en 1342 (!5), livre du vin à la cour d’Artois en 
1377 (16). Il est baïlli de Carency, Aubigny et Busquoy 
en 1354 (17), et maire de la Charité de Notre-Dame des 
Ardents en 1390 (15). Il fut attaqué et grièvement blessé 
par un certain Haustin Bridoul qui à son tour fut tué par 
Mathieu Louchart, frère d’Englebert et ses proches et 
amis (19), (1377). 








(2) o'HarBavize, Charles et Doc. concernant l'échevinage d'Arras. 

(?) GUESNON, Inventaire des Chartes d'Arras, n° LXXI. 

(3) fbid., p. 65, no LXXIIL. 

(4) Archives Pas-de-Calais, À 256, 263, 278 et 317 et Espinas et PIRENNE, 
Recueil, p. 198 et 1929. 

(5) Bovuraric, Actes, TA406, 7413 et 7426. 

(5) Ibid., n° 74192. 

(7) D'HARBAVILLE, loc. ct. 

(8) GUESNON, Inventaire des Archives d'Arras, p. 65, n° LXXI. 

() Espinas et PIRENNE, Recueil, p. 127 et GuesNow, Inventaire d'Arras, p.176, 
note f. 

(10) Compte de la ville d'Arras, 1340-1341. Archives Pas-de-Calais, A 882. 

(11) Archives Pas-de-Calais, À 884. 

(22) D'HARBAVILLE, loc. cit. GUESNON, Inventaire d'Arras, 93, n° CXII ets. 

(13) Archives d'Arras, BB 1 (£. 1). 

(14) GUESNON, Inventaire des Archives d'Arras, 143, n° CXXX. 

(45) Archives Pas-de-Calais, A 619. 

(16) Archives Pas-de-Calais, À 765. 

(4) Archives Pas-de-Calais, A 87. 

(18) Archives Pas-de-Calais, A 781. 

(2°) GuESNON, Inventaire des Archives d'Arras, 143, n° CXXX. 


FINANCIERS D'ARRAS 495 


Ce Mathieu est membre de la « Vintaine » en 1373 et 
1375 (1). 

Peut-être certaines de ces particularités concernent- 
elles déjà l’Englebert, qui est échevin en 1398. 

Il existe au xive siècle un autre Englebert, lequel est 
religieux de Saint-Vaast, sous-prévôt en 1304 (?), grand- 
prévôt à partir de 1816 (3), procureur de son abbaye en 
1329 dans un litige avec le chapitre de Cambrai (4) et meurt 
en 1341. 

Les Louchart étaient extrèmementnombreux. En dehors 
de ceux qui viennent d'être signalés, les sources en 
révèlent bien d’autres. Nous ne citerons que ceux qui 
semblent avoir eu une certaine importance. 

Au xurr° siècle, un Hues ou Huelos Louchart est échevin 
en 1265 et meurt vers la fin de 1272 (5), et un Pierre Lou- 
chart est banni de Tournai en 1281 (6), pour un an, en qua- 
lité de « hokelere ». 

Au xiv* siècle, citons : 

Sawale, qui, en 1313, jure d'observer la bourgeoisie (7). 

Henri, qui, en 1318, a un procès en sa qualité de fidé- 
jusseur du vicomte du Thouars ($). 

André, mentionné dès 1343, qui est échevin en 1369 et 
en 1371, tuteur d’Audreffin Crespin (?). 

Jacquemont, qui est échevin en 1556, et meurt cette 
même année, assassiné pendant les troubles (10), 

Jacques, qui est mentionné en 1376 (11). 

Regnault, qui, en 1571,estélu successivement «épinseur » 


(1) Espinas et PIRENNE, Recueil, p. 259 et 260. 

(?) Nécrologe de Saint-Vaast, p.32. CF. Archives Pas-de-Calais, H 1150, p. 32, 
17 mai 1337, il vend un cheval à Gérard d’Annay. 

(3) Archives Pas-de-Calais, À 78. Archives de la ville d'Arras, AA 11 (n° 59). 

(4) RicuarT, Cartulaire hôpital Saint-Jean de l'Estrée d'Arras, BYE 

(5) GuEessox, Quatrième article, p. 153, note 2 et p. 17. 

(6) VERRIEST, Reg. de justice. Annuaire de la Societé d'histoire et d'archéo- 
logie de Tournai. Nouvelle série IX, p. 381. 

(7) D'HaRrBaviLLE, Chartes et doc. concernant l'échevinage d'Arras. 

ë Bouraric. Actes, n° 5870. 

(?) Archives Pas-de-Calais, H 1170. Archives de la ville d'Arras, BB 2. 

(10) GuEsNoN, Inventaire des Archives d'Arras, p. 108, n° CIV. 

(41) Archives Pas-de-Calais, A. 760. 


496 G. BIGWOOD 


par la Vintaine, puis membre de celle-ci, et est en 1372- 
1373, échevin de la ville ({). | 

Simon, qui est échevin en 1373, 1391 et 1399 (?). 

Jean, cité en 1380, comme fournisseur de l'Hôtel, qui est 
en 1393 de la Vintaine (?). 

Egide, religieux de Saint-Vaast, mentionné de 1373 à 
1393 (4). 

Mathieu, qui fut religieux à Saint-Vaast ($). Peut-être 
doit-on l'identifier avec le Mathieu Louchart, fils d'Emma 
Lanstière, mentionné au tableau IV. 

Colard qui. en 1414, a le titre d’écuyer, est sénéchal de 
Ternois et achète pour 800 florins d’or à l’écu, cent florins 
de rente perpétuelle de Waleran de Luxembourg (6). 

Comme pour la famille des Crespin, on a voulu leur attri- 
buer une origine étrangère. Kervyn en fit une famille de 
Juifs hongrois (7) et cette opinion a encore récemment été 
reproduite par Gilliodts van Severen (5). 

Nous ne savons sur quelles preuves ces auteurs ont pu 
asseoir leur opinion (°), mais les documents cités dans les 
pages qui précèdent et celles qui suivent établissent à 
toute évidence que les Louchart sont originaires d'Arras 
et sont chrétiens. 

Jacques Louchart, fils d’'Englebert, est quelquefois 
appelé Garet, sans que nous ayons pu trouver la raison et 
la signification de ce surnom (10). 


(:) Espinas et PIRENNE, Recueil, p. 248 et 257. GUESNON, Inventaire des Archives 
d'Arras, p. 138, n° CXXIV. Archives de la ville d'Arras. BB 2, fol. 1. 

(?) Esprnas et PIRENNE, Recueil, p. 258-259. GtESNON, Inventaire des Archives 
d'Arras, p. 155, n° CXXXVI. D'HARBAVILLE, loc, ct. Archives d'Arras, BR 9, 
fol. 27. 

(3) Archives Pas-de-Calais, A 781. Ricaart, Conversion de rentes à Arras en 
1292. 

(1) Nécrologe de Saint-Vaast, p. 59. 

(5) Tbid., p. 44. Cf. un Mathieu Louchart du x siècle, cité dans Haute- 
cœur, Obituaire, p. 139, qui fut chanoine cet sous-diacre. 

(6) Archives du Nord, B 1433. Go, 15274. 

() Histoire de Flandre, 11, p. 363. 

(5) Coutumes de la ville de Bruges, 1, p. 515. 

(°) Peut-être cette opinion se fonde-t-elle exclusivement sur Bouraric, Actes, 
n° 2956, qui cite « Dalmasius li Homgre et li Louchars, ejus frater. » 

(10) A signaler qu’il existe une famille de Lombards de ce nom. 


FINANCIERS D’ARRAS 497 


On a vu que les Louchart ont, de tout temps, mais sur- 
tout au xiv° siècle, occupé des charges municipales; ils 
ont aussi fourni des membres à l’Église. Un seul, Engle- 
bert, est appelé Louchart de Limechons ({), mais sans que 
les textes lui donnent un titre de noblesse ou le désignent 
comme seigneur d’une localité de ce nom. Par contre, au 
début du xv° siècle, Colard Louchart est écuyer. 

Comme les Crespin, les Louchart sont des propriétaires 
fonciers. Les mentions les plus anciennes qui les con- 
cernent, se rapportent à leurs propriétés, consignées au 
Polyptique de Guiman. 

En 1226-1227, un Simon Louchart achète, avec d’autres, 
une partie de bois que vend Guillaume de Kaïeu, seigneur 
de Carency (2). 

Audefroy avait possédé, « in magno vico Sancti Nicho- 
lai », une demeure qui, en 1261, appartenait à Mathieu 
Lanstier ($); en 1266, il acquiert cent bonniers de moeres 
que lui vend la comtesse Marguerite, sis dans le métier 
de Maldeghem ({). 

On a déjà vu plus haut que Marguerite Loucharde, pro- 
bablement la veuve d’un des Jakemon Louchart, possédait 
une maison, rue des Meaux (°). 

Un sire Gilles Louchart possédait en 1302 une rente de 
12 sous sur une maison que Colard Nazars et sa femme 
vendent à Baude Crespin, et lui-même, en 1309, transporte 
à Robert Crespin, fils de Baude, une rente de 2 sous 
parisis qu’il possédait sur une maison appartenant à feu 
Robert, son oncle (6). 

L'hôpital de Saint-Jean de l’Estrée devait 28 sous de 
rente « as hoirs Barbe-Dorée » (7). 


(1) GUESNON, Inventaire des Archives d'Arras, p. 128, n° CXIV. 

(2) Archives du Nord, B 1011. Go, 433. 

(8) BN. lat. 10972, f. 34 ve cité, par H. Guy, loc. cit., p. 444, note 6. 

(4) Archives du Nord, B 1561, pièce 74. Gop, 1462. 

(5) Archives Pas-de-Calais, H 1150. 

(5) Archives Pas-de-Calais, H 1150. Ce Gilles, dit aussi Gillot, est sans doute 
Je Gilon Louchart, qui jure de garder la bourgeoisie en 1313. GuEsNON, 
Inventaire des Archives d'Arras, p. 53, no LIX. 

(7) Ricnarr, Cartulaire de l'Hôpital Saint-Jean de l'Estrée, p. 107. 


498 G. BIGWOOD 


On à vu plus haut les rentes que possédait Marie Lou- 
charde; il faut y ajouter celle qu’en 1323 elle possédait 
sur la maison de Catherine Au Grenon (!). 

Audeffroy Louchart possédait, en 13532, une terre sise au 
terroir de Riencourt sur la voie d'Arras (?). 

C’est probablement sa fille, cette Emmelote Loucharde, 
qui en 1340-1341, après son décès, acheta un héritage à 
« bourgeois » (3). 

En 1381-1382, Jacques Louchart et Jacques Cardon ven- 
dent à Jacqués Sacquespée, chanoine d'Arras, deux fiefs 
qu'ils possédaient au terroir de Wailly, dépendant du 
château de Béthune {{). 

Enfin Regnault de le Cappelle et sa femme Marguerite 
Louchart vendent, en 1387, un manoir à Jean d'Arras, 
châtelain de la même ville (°). 

Que les Louchard aient été commerçants, la chose ne 
semble pas pouvoir être mise en doute, bien que les 
preuves documentaires soient peu nombreuses. 

Nous n’en avons de précises que pour deux des 
membres de la famille. Jakemon Louchart se fait délivrer 
le 18 octobre 1270, à Ypres, des lettres obligatoires 
payables en foire d’Ypres, l’une de 70 livres art. de Watier 
li potier, fillastre Herbiert, et l’autre de 50 livres art. de 
Hus de Rininghe li tainteniers (6). 

Adam est, pendant les premières années du x1v° siècle, 
incontestablement un gros marchand de drap. De 1309 à 
1315, les comptes de l'Hôtel du Hainaut et ceux de la com- 
tesse Mahaut mentionnent de nombreux achats de draps 
qui lui sont faits (7). 


(1) Compte de 1323 de la Maison de Saint-Jean de l’Estrée. Archives Pas-de- 
Calais, À 888. 

(*) RicuarT. Cartulaire de l'hôpital Saint-Jean de l'Estrée, LXIV. 

() Compte de la ville d'Arras, de 1340-1341. Archives Pas-de-Calais, 
A 832. 

(t) Archives Pas-de-Calais, A 784. 

(5) Archives Pas-de-Calais, H 1158. 

(6) Chirographes d’Ypres. 

(*) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes d'Artois. À 256-A 263, A 278, 
À 316. Espivas et PIRENNE. Recueil cité, I, p. 128 et 129. 


FINANCIERS D'ARRAS 499 


V 


Les détails qui précèdent (!) nous font connaître ce 
qu'étaient ces financiers, un instant si puissants : C’étaient 
essentiellement des bourgeois, contemporains des origines 
mêmes de leur ville, gros propriétaires et marchands. 
Bourgeois « heritables », ils participent à l'administration 
de leur ville et occupent les premières magistratures. 

A tous ces points de vue, les deux familles des Crespin 
et des Louchart ne diffèrent pas des autres. Il ne peut être 
question de faire ici la biographie des grandes familles 
arrageoises du x1n1° siècle. Certaines occupaient, à l’ori- 
gine, une situation probablement supérieure à celle de 
nos deux familles. Les Hukedieu, dont un membre dès 
le x11° siècle est une personnalité du comté (?), les Faverel, 
chez qui les fonctions de maire étaient héréditaires, les 
Nazard, les Lanstier, les Wagon, les Wyon, les Douchet,. 

Les documents nous les montrent tous propriétaires, et 
pour beaucoup d’entre eux, nous avons les textes qui les 
qualifient de marchands. Enfin le tableau n° V annexé 
est la preuve qu'eux aussi prêtaient à intérêt. Leurs débi- 
teurs appartiennent aux mêmes groupes. Ils achètent 
également des rentes viagères et les comptes des villes les 
mentionnent à ce titre à côté des Crespin et des Louchart. 
Entre eux et ces derniers, il n’existe aucune différence, 
si ce n’est l’amplitude des opérations et leur nombre. 

Les notes biographiques des Crespin montrent qu’à un 
certain moment les membres de Ia famille ont acquis 
certaines terres nobles et portent un titre de noblesse (*). 
Ils ont cessé à ce moment de se livrer à des opérations 


(t) Ils pourraient être multipliés par des recherches plus complètes que 
celles qu'il nous a été possible de faire à Arras et à Paris. Mais il est douteux 
que les documents qui pourraient être découverts fassent autre chose qu’ap- 
porter des précisions de détail. 

(2) Il signe comme témoin, quatorze chartes de Philippe d'Alsace. H, Cop- 
PIETERS-STOCHOVE, Regesles, passim. 

(3) A signaler un phénomène identique pour les Wyon. A partir de 1340, 
Sauwale Wyon, fils de feu Sauwale, est qualifié de chevalier, seigneur de 
Loysellet et on le voit faire du service militaire. Archives Pas-de-Calais. 
Trésor des Chartes, À 596, A 603. Archives de la ville d'Arras, AA 6. — 
C£. l'achat du manoir de Loyselel en 1289, ci-dessus, p. 487. 


500 G. BIGWOOD 


financières. Les Louchart cessent plus tôt encore. D'une 
facon générale, du reste, les bourgeois d'Arras se sont 
surtout comportés comme prêteurs pendant le dernier tiers 
du xun1° siècle et les toutes premières années du xrv' siècle. 

Dés avant cette transformation, nous les voyons entrer 
en contact avec la cour royale, y occuper des charges 
honorifiques (valet du roi, panetier) et quelquefois entrer 
dans l’administration (fonctions de receveur de certains 
Crespin). 

Au point de vue financier, nos bourgeois présentent des 
caractères bien tranchés. 

Tout d’abord, ils ne pratiquent pas le contrat de société. 
Sans doute à de nombreuses reprises, nous voyons des 
opérations se conclure par plusieurs d'entre eux. Dans ces 
cas, il existe naturellement une association, sans que 
jamais nos sources indiquent sur quelles bases elle est 
intervenue. Il s'agit ici de ce que le droit moderne appelle 
l'association momentanée ou l’association en participation, 
par opposition au contrat de société. Même pour Robert 
et Baude Crespin, qui si souvent agissent de concert, rien 
ne permet de dire qu'ils auraient conclu un contrat de 
société. Alors que pour les marchands italiens, leurs con- 
temporains, les actes disent toujours qu'ils sont associés 
ou membres d’une société déterminée, jamais rien de sem- 
blable ne se présente pour les deux frères. Rien non plus 
ne permet de supposer que les fonds que nous les voyons 
avancer ne leur appartenaient pas en propre et leur 
auraient été confiés par des tiers, en vertu d’un contrat de 
commande ou autre. 

D'où venaient les capitaux dont ils disposaient ? Les 
premiers auraient été acquis par leurs revenus fonciers ; 
peut-être empruntèrent-ils en créant desrentes foncières.Il 
est à noter qu'ils sont tous propriétaires de fonds de terres 
se trouvant en pleine ville, acquérant par là très vite une 
plus-value appréciable. Leur commerce fut la deuxième 
source de gains |!) Enfin les opérations financières elles- 


() Ce commerce est celui de la laine et du drap. Cependant nous trouvons. 
quelquefois d’autres opérations. Ainsi en 1242, Guillaume Wagon achète 
400 muids d'avoine, du châtelain de Bapaume, ce qui suppose qu’il achète pour 
vendre. Archives d'Arras. Gop, Inventarre, 1, 136 cité par Guy, p, 438, note 2, 


FINANCIERS D'ARRAS 50I 


mêmes, surtout au début, leur laissèrent de fort beaux 
bénéfices. 

Les opérations se présentent exclusivement sous deux 
formes: le prêt à intérêt, et l'acquisition de rentes viagères. 
Ce sont les deux modes usuels de l’époque, de faire fructi- 
fier son capital-argent; l’achat de rente foncière ou héri- 
tière ou de biens-fonds, apparaît plutôt comme des place- 
ments définitifs. 


Nous n’examinerons pas ici la technique de ces opéra- 
tions, qui est du reste très simple. Les financiers d'Arras 
n’ont pas de représentant. S'ils fréquentent les foires (1) 
c’est pour leurs affaires commerciales. Les prêts, comme 
le paiement des intérêts et le remboursement, s'effectuent 
à Arras. Quand ils stipulent qu'ils pourront exiger le 
paiement ailleurs, c’est qu’il leur convient pour certaines 
raisons qu'il en soit ainsi. Le taux habituel de l'intérêt 
qu'ils prélèvent était de 12 p. c. l’an (*). Il est à signaler 
que si nos bourgeois exigeaient fréquemment des garanties 
personnelles sous forme de cautions, jamais nous ne les 
voyons demander ou détenir des gages, en sûreté de leurs 
créances. 

Jamais non plus ils ne reçoivent de l'argent en 
« dépôt » (3). 


Le tableau que nous nous sommes efforcé d’esquisser 
de l'activité de nos financiers, ne serait pas complet, si 
nous ne tentions de pénétrer quelque peu dans leur exis- 
tence privée et ne dégagions leur mentalité. 

Cette existence cherche à imiter celle des grands sei- 
gneurs, Elle «est large ; ils étalent leur luxe, surtout à 


(:) Par exemple, celle d’Ypres, — Cf. BourQuELoT, Foires de Champagne, 
I, p. 141. 

(?) Voir les quelques données aux tableaux annexés, qui permettent ce 
calcul. 

(3) Par contre, ils en font quelquefois; par exemple : Baude Crespin avait 
déposé 1,000 livres parisis à l’abbaye de Saint-Bavon. Il fallut l'intervention du 
roi de France pour contraindre l’abbaye à la restitution. Cn. V. LANGLOIS, 
Noticeet Extraits de Mss,p. 189. André Louchart avait déposé des vases d'argent 
à l'abbaye de Saint-Vaast, le bailli les y saisit, nous ne savons pour quelle cause; 
le sénéchal d'Amiens ordonna leur restitution (Saint-Martin, 1282). BouTaRIc, 
2428. — Ces vases n'étaient-ils pas des gages ? 


502 G. BIGWOOD 


l’occasion des banquets. Ils en offrent souvent, notamment 
aux ménestrels, car c’est un trait à noter, ces gros mar- 
chands s'intéressent, à l’art, le protègent, ils se font 
admettre dans la célèbre confrérie du Puy d'Arras. Le 
xu* siècle est le grand siècle littéraire d'Arras. A dam de 
le Hale Baude Fastoul, Jean Bodel, et tant d’autres l’ont 
illustré (!). | 

On sait que c’est la satire qui fut surtout cultivée, et les 
œuvres qui nous ont été conservées donnent précisément 
sur nos personnages l'opinion de leurs auteurs. Elle devait 
être l'écho de l'opinion publique et elle n’est guère flatteuse. 

Le trait dominant est celui de l’abus qu’ils font de leur 
autorité. Jakemon Louchart et Ermenfroy Crespin, 
deviennent les favoris du comte d'Artois — ce qui se 
comprend quand on parcourt nos tableaux — et Adam de 
le Hale, de mettre ses contemporains en garde contre leur 
empire (?). 

Le «Moulin à vent», dit d’un trouvère anonyme (3), 
compare la bourgeoisie d'Arras à un moulin et chaque 
pièce de celui-ci est figuré par un notable; tout le moulin 
sert à tromper et ne donne que du vent. 

Cette puissance, ils l’emploient d'abord contre les petits; 
ils ne paient pas. 

De le laine d'Escoce et de celi de Wales 

Me sires Bauduins et me sire Sawales 

Cascuns d’eus en a bien, je cuit, pièce et demie, 

Mais par leur grant orguel paier n’en voelent mie » (4). 

L'histoire corrobore ces appréciations littéraires. Car 
ils cherchaïient aussi à ne pas payer leur part dans les 
charges publiques. Maîtres de l’administration commu- 
nale, il leur fut aisé de s’exonérer. Ils fraudaient dans les 
déclarations, qu’ils avaient à fournir pour la levée des 


(*) Sur tout ceci voir H. Guy, Essai sur la vie et les œuvres littéraires du 
trouvère Adam dele Hale. Paris, 1898, qui fait de la vie à Arras au xrre siècle 
un tableau fort brillant et très complet. 

(2) Jeu de la Feuillée, vers 797-801, cité par Guy, p. 436. 

(3) Auc. ScneLer, Trouvères belges (nouvelle série), XI. 

(+) A. JEanTy et A. Gux, Chansons et dits Artésiens du XIIL siècle. Bordeaux, 
1898, n° XIX, vers 61-64. Cf. l’analogie du procedé avec celui de Jehan Boine- 
broque, G. Espinas, loc. cit. 


FINANCIEES D'ARRAS 503 


tailles. On finit par découvrir leurs agissements et l’affaire 
des faux brevets, se termina par l'exil des principaux 
bourgeois et échevins, parmi lesquels nous citerons : 
Robert Crespin, Garet, H. Nazard, Bertoul Verdière, 
Tasse l’Anstière, Jean Hukedieu et bien d’autres (1). 

Plus tard ce sont des fraudes électorales qui provoquent 
un scandale; des brevets avaient été faussés pour rendre 
éligibles des bourgeois qui ne l’étaient pas (?). 

Tous les petits moyens leur sont bons pour échapper à 
l'impôt : simulation d’indigence (Wagon Wion), rédaction 
illisible du brevet (Bertoul Verdiére) (). 

Is n’oubliaient, non plus, les moyens d'ordre juridique; 
Jacques Louchart invoqua sa qualité de sergent du roi 
pour se pretendre exempt de la taille ; au parlement de la 
Toussaint 1987 il fut débouté de ses prétentions ({). 

Les Crespin sont accusés de «faire couronne sans 
orpin », c'est-à-dire de se faire tonsurer pour invoquer le 
privilège de cléricature ($). 

On comprend leur impopularité : 


Si je nomme les Frékinois 
Ce serait vilenie, 


dit un auteur contemporain (). 


Dans son Jeu de la Feuillée, Adam dele Halle attaque 
vivement leur avarice et s’en prend notamment aux 
Crespin. De Jean Crespin, le clerc, il dit que tout son 


(1) H. Guy, loc. cit., p. 97-98 et 150. Cf. le dit n° XXIV, publié par JEanry et 
Guy où l’auteur dit que trois seuls sont sincères, Robert Crespin, Garet (J. Lou- 
chart) et H. Nazard ! 

(2) En 1304; cf. Guesxow, 4e article sur La satire à Arras, notes sur le 
n° XXIV de A. Jeanry et Guy et Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, 
A 50, A 51 et A 52. 

(3) Guesnon, art. cit, p. 143. 

(*) Bouraric, loc. cit., n° 2630 et Beuexor, Olim. II, 273. 

(5) Cil de l’Estrée. 

Ont honni leur contrée... 
Frekins Crespin 
Li maisnis fist couronne sans orpin. 
Citation de Guesnow, Les Origines d'Arras, p. 240. 
(6) A. Jurivaz, Nouv. Recueil de Contes et fabliaux, 1859, p. 376. 


504 G. BIGWOOD 


savoir est dans la bourse et toute la pensée à son 
«aubenaille » | 
Car moult est dolans s'on le taille ({). 


revenant ainsi à cette volonté systématique de se sou- 
straire au paiement de l’impôt, qui est générale parmi nos 
financiers. 

Autre trait à noter. 

Nous avons déjà signalé la rigueur avec laquelle ces 
créanciers se comportaient avec leurs débiteurs, et la 
terreur qu’ils inspiraient. 

En voici encore un exemple. En 1314, Baude Crespin 
fit arrêter à Lens quatre bourgeois de la ville d’Ypres, et 
à Dornehem, quatre autres bourgeois de la même ville, 
parce que cette dernière était en retard de paiement, leur 
appliquant ainsi toute la rigueur du droit (?). 

Jusqu'ici, les griefs articulés par leur contemporain à 
leur charge ne dépassent pas une certaine mesure et sont 
plutôt d'ordre moral. Voici qui est plus grave. 

La veuve de Baude Crespin, Jeanne, fille du chevalier 
Eustache de Baïlleul, accusa Audefroy Louchart d’avoir, à 
laide de fausses clefs, pénétré dans la maison d’un chape- 
lain de l’église Notre-Dame et y avoir volé une somme de 
40,000 livres qu'y avait déposée son mari; cette somme 
venait de l’héritage paternel. Baude Crespin s’était plaint 
au baïlli, Audefroy avait été mis en prison, mais l’affaire 
n'avait pas eu d’autres suites. La veuve s'adresse au roi de 
France et mandement est donné à M° Jacques de Reims 
et au baïlli d'Amiens de faire une enquête (*). 


(1) Vers 202, 217 et 279 et ss. cilés par GüEsNON, Orig. d'Arras, p. 241. 

(?) La ville doit les indemniser, Des MarEez et DE SAGHER, Comptes d’Ypres. 
1, p. 197. — On peut encore citer l’'acharnement de Sawale Crespin, fils et 
exécuteur de feu son père Baude, qui avait saisi 180 mencauds de blé et 
182 livres sur les biens d'Isabelle la Blonde, femme de Renier Malet, de Douai, 
pour obtenir paiement d’une créance de 236 livres contractée par ledit Malet, 
mais éteinte par suite du paiement qu'il avait dû faire au receveur de Flandre 
pour compte de son créancier. Il fallut une série de décisions judiciaires. 
FurGeor, Actes du Parlement de Paris. Juges, 1, n° 218 (1er mars 1330). On 
peut inférer de cette procédure que Baude Crespin avait été mêlé aux troubles 
de frontières de Flandre. 

(3) Bouraric, n° 4918. Le mandement est du 29 juin 1317 ; la suite de l'affaire 
est inconnue. 


FINANCIERS D'ARRAS 505 


Rien d'étonnant dans un milieu de petite ville, avec les 
caractères que nous venons de décrire et les mœurs du 
temps que des actes de violence de part et d'autre se soient 
produits. 

L'’asseurement intervenu en 1292 entre Robert et Jean 
Crespin et Jacques « Barbe dorée » (Louchart) d'une part, 
Tassin d'Erville de l’autre, et les leurs, marque la fin 
d’une querelle entre eux (1). 

Près de huit ans plus tard, Robert et Jean Crespin, très 
certainement les neveux des précédents, avec trente-deux 
complices envahirent la nuit, à main armée, des maisons 
sises à Beauquesne et y commirent des désordres. 

Les échevins de Beauquesne se saisirent des faits, mais 
leur action fut entravée par le baïlli d'Amiens, au moyen 
de lettres subrepticement obtenues du roi; finalement, un 
arrêt du Parlement condamna, le 28 juin 1320, Robert et 
Jean à 2,000 livres d’amendes et leurs complices à 
4,500 livres (?). 

Cet exemple ne semble pas avoir été efficace, car 
en 1325, Jehan et son frère Savale, avec de nombreux amis, 
pénétrèrent à Hasbourdin, terre d’'Empire placée sous la 
justice du seigneur de Ligny, au comté de Hainaut, y 
mirent le feu à une demeure, s’emparèrent de Baude de le 
Motte et de Gérart de Han, emmenèrent les prisonniers en 
terre de France pour les faire juger et exécuter. Le comte 
de Hainaut s’émut et protesta, mais « a le pryere et 
requeste de plusieurs grosses gens qui pryet nous en ont », 
il absout Savale et Jehan et leurs complices de leurs 
méfaits (*). Ne serait-on pas tenté de voir dans cette abso- 
lution une influence des financiers bien qu'a ce moment 
tous comptes étaient réglés entre la famille Crespin et 
Guillaume. 

Nous retrouvons encore des membres de nos deux 
familles mêlés à des actes de violence : c’est en 1369, 
Englebert Louchart de Limechon, accusé avec divers 


(:) Bouraric, n° 2794. 

(2) Bouraric, n°5 5865 et 6124. 

(3) Le texte dit même qu'ils coupèrent la tête de Gérard et ce, avant de 
l'emmener en France ! Deviczers, Notice sur un cartulaire, p. 27. 


506 G. BIGWOOD 


autres d'avoir tué Jean de Mouchy, ouvrier de haute lisse, 
acquittés par l’échevinage, et contre lesquels le baïlli 
d'Amiens avait pris des mesures d’évocation et de bannis- 
sement qu’il dut rapporter sur l’ordre du roi de France ({). 
C’est enfin, en 1390, Gilles Crespin et ses amis qui s’iu- 
jurient et se battent à la suite d’une partie de dés; le con- 
seil de Philippe, duc de Bourgogne, mit la paix entre eux, 
mais condamna Gilles et un autre à crier « merci », à 
payer une indemnité aux « navrés » et à faire un pèlerinage 
à Notre-Dame de Boulogne (*). 

Par contre nous trouvons de nos bourgeois parmi les 
victimes d’actes de violences. C’est Jacques Louchart, 
qui est arrêté et maltraité en 1280. Il obtient 100 marces 
d'argent d’indemnité et la condamnation des coupables. 
deux chevaliers, à de fortes amendes. Il fil remise des 
dommages-intérêts (5). 

Savale et Jean Crespin, que nous venons de voir com- 
mettre en 1325 des actes de violence en terre d’'Embpire, 
avaient été vers 1322, victimes d’agissements semblables. 
Waleran de Luxembourg et ses amis étaient allés en Artois 
et s'étaient emparés des biens et maisons des deux frères, 
en brisant la main-mise de la comtesse d'Artois sur ces 
biens. Ils furent admis à aveu et obtinrent leur pardon (f). 

A la même époque, c’est Adam Louchart à qui arriva 
une singulière aventure : il est capturé par un certain 
Evrard de Marquette, qui l’'emmène pieds et poings liés, 
dans divers lieux et finalement hors du royaume, d’où il ne 
le reläche que moyennant promesse de lui payer la forte 
somme. Une enquête est ordonnée par le Parlement. En 
attendant, Evrard, bien que banni du royaume, y séjour- 
nait, son arrestation est ordonnée et Adam, ses biens et sa 
famille sont placés sous la sauvezarde spéciale du roi, qui 
le protège notamment contre les difficultés que lui suseite 
la juridiction ecclésiastique, à propos de lettres passées 
sous le sceau d’une officialité (5). 

(1) GUESNON, Inventaire, n° CXIV, p. 198. 

(?) Archives Pas-de-Calais. Trésor des Chartes, À 994. 

(#) Bouraric, n°5 2287, 2371, 2372. 

(4) DE SAINT-GENOIS, loc. cit., n° 1401. 

(5) Bouraric, nos 7406, 7412, 7413, 7496. 


FINANCIERS D'ARRAS 507 


Vers 1355-1356, il y eut à Arras des troubles au cours 
desquels Jacquemon Louchart et d’autres furent tués; les 
auteurs du meurtre obtinrent en mars 1356 des lettres 
de rémission (1). 

Enfin, dernier exemple, au début de 1377, un sergent à 
masse nommé Hanotin Bridoul, blesse un sieur Tassart 
de Hanencamp ; une trêve est imposée aux deux familles ; 
elle expire à la Saint-Jean; le lendemain, Bridoul aper- 
cevait Englebert Louchart, parent de Tassart, sur le pas 
de sa porte, tenant sa fillette sur les bras, le blesse de deux 
coups d'épée: il est arrêté, mais lors d’un transfert à la 
prison de l’évêque de qui il relevait, il est attaqué par ses 
ennemis, y compris le frère d’Englebert, Mahieu Louchart, 
et mis à mort. Les meurtriers cbhtinrent des lettres de 
remission (?). 


Avant de terminer ce tableau de mœurs d’une époque qui 
n’est pas encore dégagée de toute violence, voici un fait 
fort suggestif, et d’où le sentiment n’est pas absent. 
Marie Louchart, veuve de Robert Crespin, fille de 
Jacquemon Louchart, « ex amore mota, sive devotione 
sive ex alia causa » avait donné à un certain Renier 
Pontrekin, certains biens lui appartenant par héritage. 
Cette donation est attaquée par Jean Cosset, son gendre, 
qui sucecombe devant les hommes « sartiers » jugeant en 
la cour de Riencourt, mais leur décision est réformée par 
les hommes de la cour de Bapaume et le Parlement confir- 
me cette réformation, le {février 1323 (v. st.) (3). 


Ce n’est pas ici le lieu d'examiner comment il s'est fait 
qu'un commerce d'argent, accompagné de la perception 
ouverte d'intérêt élevé, a été admis par l’autorité ecclésias- 
tique. A-t-elle eu, tout au début, des velléités de sévir ? Il 
existe une attestation émanée de l'évêque d'Arras, Asson({), 


(1) Archives de la ville d'Arras, AA 33 (n° 3) et GuesNon, Inventaire, p. 108, 
no CIV. 

(2) GUESNON, inventaire, p. 243, n° CXXX. 

(3) Bouraric, n° 7051. 

(4) Archives Pas-de-Calais. Inventaire des Chartes, À 10. Gop, 169. — Huke- 
dieu sommé de comparaître aux foires de Champagne, fit défaut. L’évêque 
l'excommunia à Arras. 


508 G. BIGWOOD 


d’un jugement rendu en 1244 par le frère Robert, de l’ordre 
des Frères Prêcheurs, juge délégué en France contre les 
hérétiques. contre Henri Hukedieu. La poursuite n’est pas 
dirigée contre lui pour usure, mais pour avoir « mal parlé 
de la foi ». Peut être l'impuissance de l’Église de faire 
respecter la prohibition du prêt à intérêt, la violation 
quotidienne des décisions des conciles, qu'il avait sous les 
yeux, à t-elle amené le fier bourgeois à parler en termes 
malséants de la foi ? 

Rappelons la bulle papale du 21 janvier 1296 contre les 
Crespin restée sans effet ({). 

Ce n'est pas que nos financiers n’aient eu de beaux 
gestes. En voici quelques-uns. 

En septembre 1266, Audefroy Louchart fonde un hôpital 
sous le vocable de Sainte-Madeleine (2). | 

En 19286, Jacquemon Louchart et Margaritain sa femme, 
concèdent 1,000 livres pour aumônes à l’abbaye de 
Vaucelles (*). 

Le-1:r juillet 1289, les mêmes fondent en l’église cathé- 
drale de leur ville une chapellenie perpétuelle ({). 

Rappelons que le 1° janvier 1984 (v. st.), Jacques 
Louchart avait institué une rente perpétuelle de 100 livres 
parisis à distribuer aux pauvres. 

Fait-il attribuer au même sentiment les restitutions que 
la veuve de Robert Crespin, la même qui fit cette donation 
annulée rappelée ci-dessus, fit à la ville d’Ypres, à qui par 
deux fois elle « donne en restor » 300 livres (5). 

Signalons en terminant une affirmation de Kervyn ($) 
que nous n’avons pu contrôler : Jacques Louchart aurait 
obligé Bruges à lui élever une statue dans l'église de 
Saint-Donatien. 

(A suivre.) GEORGES BIGwo00b. 


(:) Sur l'action de l'Église dans la lutte contre l’usure, cf. G. Biewoop, 
Régime juridique et économique du commerce de l'argent, 1, p. 575 et ss. 

(2?) ne Héricourr, Rues d'Arras, Il, 74-75. 

(8) H. Guy, loc. cit., p. 434. 

(1) Ibid. 

(5) Des Marez et DE SAGnER, Comptes d'Ypres, I, p. 327 et p. 506. 

(6) Histoire de Flandre, % éd. IF, p. 33, cité par ne Héricourr, Rues d'Arras, 
IDD. 





Les doyens de chrétienté 


(suite). 


S 3. LES ACTES DES DOYENS DE CHRÉTIENTÉ. 


Les fonctions de doyen de chrétienté ne furent jamais 
réglées, avons-nous vu, par l’autorité ecclésiastique ; il ne 
faut donc pas s'attendre à rencontrer des recueils d'ordre 
général d'actes fictifs faits à leur usage. Si, par un heu- 
reux hasard, quelques modèles se présentaient au cher- 
cheur, ils seraient l’œuvre personnelle d’un doyen zélé, 
entreprise dans le but de se faciliter la besogne, voire celle 
de ses successeurs. C’est dire aussi que le formulaire des 
chartes décanales présente des variétés locales notables, 
difficiles à réduire toutes à un type commun, au moins 
pour une époque déterminée. 

La période des débuts, celle de 1200 (c) à 1950 (c), offre 
les caractères d’irrégularité et de variété de style propres 
aux temps d'essai et de tätonnement. Peu à peu, les termes 
du formulaire se fixent en se rapprochant de ceux de la 
chancellerie épiscopale et surtout officiale (1). Le fait est 
naturel, attendu que les doyens dépendent de l’ordinaire, 
qu’ils sont constamment en communication épistolaire 
avec leurs chefs hiérarchiques et servent d’organe à ceux-ci 
pour la juridiction volontaire. La charte décanaie est par 
conséquent une charte ecclésiastique. Ce sont surtout les 
actes de cette période que nous analyserons ici, comme 
types de tous les autres. 

L'aspect extérieur de la charte décanale ne présente 
guère de particularités bien saillantes,æe sont celles de 
l’acte administratif du milieu du xxr1° siècle, émané de l’au- 
torité ecclésiastique (évêque, archidiacre et official). Elle a 





(2) Cf. P. Fournier, « Étude diplomatique sur les actes passés devant les 
oflicialités » dans Bibl. École des chartes, t. XL (1879), p. 296. 


30 


510 H. NELIS 


habituellement la forme quadrangulaire; l’écriture est tan- 
tôt la belle minuscule gothique, tantôt la cursive gothique 
soignée. Le sceau personnel du doyen ou du concile colla- 
bore à donner à l’acte un aspect correct. Nulle part nous 
n'avons remarqué qu'un doyen ait subi au point de vue 
graphique d’une facon marquante l’influence d’une école 
d'écriture quelconque, soit locale, soit régionale; les traits 
paléographiques sont réguliers et peu originaux. 

Si l'on décompose maintenant l'acte dans ses parties 
essentielles, on y trouve généralement les éléments sui- 
vants : 

La suscription comprend : 1° le nom du doven dont 
émane la charte ; 2° une adresse générale. Exemples : Uni- 
versis Christi fidelibus tam futuris quam presentibus ad 
quorum noliciam presentes litteras pervenire contigerit… 
decanus christianitatis…. in Domino salutem.(V. A.n’Her- 
BOMEZ, Cartul. Saint-Martin de Tournai, t. I, p. 463, 
n° 431 : année 1236.) Universis Christi fidelibus litteras 
has visuris... decanus in Domino salutem. (Cf. Ibid. 
D. 454, n° 494, ou encore : decanus christianitatis... uni- 
versis presens scriptum visuris salutem. (Cf. CH. Prior, 
Cartul. ÉEenaeme, p. 189, n° 220.) 

Il faudrait naturellement citer une foule de variétés. 
Aïnsi une ratification faite devant le doyen de chrétienté 
de Courtrai est libellée au nom de l’évêque de Tournai ({). 
Dans des chartes très anciennes on trouve encore l’invoca- 
tion archaïque : In nomine sanctlae et individuae trinitatis 
(Cf. GOFFINET, Cart. d'Orval, p. 198 [vers 12091); ou bien 
l’entrée en matières est très simple et se fait «ex abrupto » : 
E2'o decanus... notum facio praesentibus et futuris quod 
(ibid., p. 163). 

Comme particularité très rare, notons, dan$ un acte 
administratif du doyen du concile de Léau, cette intitula- 
tion : R...., DEI GRATIA decanus Lewensis conciliti (?). 

L’exposé atteste toujours la comparution des parties, 
avec noms et qualités, devant le doyen : In nostra presen- 
tia constituti (*), ou : en nostre présence establi et en 

(t) Cf. A. D'HERBOMEZ, 1bid., t. I, p. 571, n° 522. 


(2) Cf. Jan Paquay, Cartulaire de Notre-Dame de Tongres, p. 111, n° 49. 
(3) Cf. Tu. pe LimBurG-SriRum, Le chambellan de Flandre (1868), p. xv. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 5T1 


droit (1). Si, par contre, le doyen instrumente en vertu d’un 
mandat de l’évêque ou de l’official, mention n’en est jamais 
faite en cet endroit de l'acte. | 

L’exposé s'étend parfois sur les circonstances utiles à 
signaler, par exemple, à la suite de quelles difficultés ou 
conflits, des résignations, des abandons de prétentions ou 
des genérosités ont eu lieu. C’est surtout dans les plus 
anciennes chartes décanales du début du x1I11° siècle qu'on 
relève des détails anecdotiques (?); c'est ici notamment 
qu’on insère la formule juridique : in jure nobis constitu- 
tus (3). 

Le dispositif est évidemment la partie la plus impor- 
tante de l'acte; le doyen y relate les contrats juridiques 
dont on est venu témoigner la réalisation ; ce sont, on se le 
rappelle, des donations, des ventes, des arrentements, des 
acensements, des reliefs de fief, des prets d'argent ou 
autres conventions entre parties. 

Le style du dispositif est habituellement clair et bref; 
à ce point de vue il en est parfois de remarquables. 

Le dispositif énumère, s’il y a lieu, les différentes 
clauses obligatoires à l’accomplissement de l'effet juri- 
dique des conventions C'est donc ici qu’on trouvera les 
formules de renonciation, de restriction, les promesses et 
autres garanties exécutives. On ne pourrait s’en faire une 
idée plus exacte qu'en examinant en détail un acte de 
doyen de chrétienté; on y observe la réalité vivante; 
celui-ci émane du doyen de Bruges de février 1265 (n. st.): 
son langage est singulièrement instructif : 

« Quam terram dieti venditores dicte ecclesie [de Ouden- 
borgh] contra quoscumque garandisare promiserunt, fir- 
menter juramento ab ipsis corporaliter prestito et fide 
media promittentes quod ipsi vel aliquis ipsorum contra 
dictas venditionem, festucationem, guerpitionem, ul dictum 
est, coram nobis [decano] legitime facta per se vel aliam. 
vel alios non venient in futurum, nec querent artem vel 
ingenium, nec causam vel materiam, per quam dicta eccle- 
sia in posterum impediri valeat, quominus de dicta terra 


(1) Cf. Gorriner, Cart. Orval, p. 412. 
(2) Cf. L. GornièrE, Le prieuré de Saint-Amand, p. 215-216, n° LXIX et 
G. Esrinas, Hist. de Douai, t. LU, p. 19, no 25. 


D12 H. NELIS 


perpetuo gaudere possit pacifice et quiete; promiserunt 
etiam dicti venditores, sub jurameuto et fide praedictis, 
quod nullum jus in dicta terra ratione dotis vel alia qua- 
cumque ex causa de cetero reclamabunt. Renunciantes 
omni contestationi juris doli et facti et unicumque auxilio 
quod dictis venditoribus posse prodesse et dicte ecclesie 
obesse. Praeterea praedictus Eustacius [thelonearius de 
Oudenborgh] promisit coram nobis, sub pena viginti libra- 
rum flandrarum dicte ecclesie solvendarum, quod Coppi- 
nus, filius dicti Eustacïi, frater videlicet dictorum libe- 
rorum minor ad presens nullum jus in dicta terra in poste- 
rum reclamabit, et quod legitimam donationem, festucatio- 
nem et guerpitionem faciet dicte ecclesie de portione ipsum 
in dicta terra contingente quam eito ad annos pervenerit 
discretionis dummodo super hoc fuerit requisitus » (1). 

La formule de renonciation à une rente du %5 février 1158 
(n. st ) est également suggestive (?) : 

Renunciantes etiam super premissis exceptioni non leg'i- 
time venditionie facte, non tradite, etc... 

On est frappé à la lecture du premier acte, des précau- 
tions dont cette donation est entourée; en comparant, 
d'autre part, des chartes décanales et des chartes des offi- 
ciaux de cette époque, avec des actes privés de la fin du 
xt siècle ainsi que d’autorités laïques du siècle suivant, 
on constate immédiatement des différences profondes dans 
le formulaire usité. Non seulement le dispositif est infini- 
ment plus net, plus clair, dans les chartes du doyen que 
dans celles des chancelleries laïques (chartes échevinales 
et seigneuriales), mais on entre dans des détails juridiques 
rarement exprimés ailleurs avec autant de précision. 

L'influence du droit romain dans ces contrats se laisse 
facilement deviner, comme l’a reconnu M. Paul Fournier 
pour les actes des officiaux (°) En analysant plus à fond 
les stipulations diverses dont ils sont munis, on se rend 
compte qu'à partir du milieu du xmi° siècle, la nature juri- 
dique de la charte décanale est quasi la même que celle de 
la charte d’officialité ou celle de ses notaires attitrés. Des 





() Cf. Ta. pe LimBurG-SriRUM, Le chambellan de Flandre, p. xvr. 
(2) Cf. [Serrure], Cartul. de Saint-Bavon, p. 277, n° 293 (Actes). 
(3) CÉ. Bibl. École des chartes, 1. XL (1879), p. 314-324. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ P13 


deux côtés, se manifeste le désir de régler les conventions 
suivant une coutume uniforme fondée sur les prescriptions 
de la législation canonique et l'esprit du droit romain. 

La formule dispositive se termine par la promesse de la 
part d’un des contractants de se conformer aux stipula- 
tions inscrites dans l’acte, puis, par l’énoncé des peines 
disciplinaires que l’on encourt par leur inobservation. 

La promesse est libellée sous forme de serment, intro- 
duite par les mots d'usage : cum fide et juramento (1), fidem 
cum juramento interponere corporalem (?), ou promettre 
par leur fois (*). 

Les clauses pénales de nature ecclésiastique sont 
anciennes mais, au xx siècle, d’un emploi exceptionnel. 
On les rencontre, par exemple, en 1185, dans une donation 
devant le doyen du concile de Fleurus, où elles affectent 
cette forme originale : H..., decanus concilii de F'lerus con- 
gratulabatur hiis que videbat fieri ad sustentationem pau- 
perum et remedium Christi fidelium consilio et juditiv cle- 
ricorum et synodalium excommunicavit eos qui super Rac 
elemosina ullam deinceps pauperibus inferrent moles- 
Éernent). 

Dans une charte, déjà citée, de février 1265 (n. st.) du 
doyen de chrétienté de Bruges, nous lisons : Concesserunt 
autem omnes et sing'ulos ad omnia et singula contenta in 
presenti littera observanda per censuram ecclesiasticam 
compellere possemus, et contra ea vel aliquid eorum inve- 
nit in futurum, se quantum ad hoc juridictiont nostre Sup- 
ponentes ubicumque ipsos contigerit commorari (°). 

Le corps ou l’essentiel de l’acte se termine après ces 
clauses; la charte finit par la relation, dans une espèce de 


(*) Cette formule est très ancienne; on l’emploie déjà en 1169; cf. Var, 
Arch. admin. de Reims, t. 1, p. 358. 

(2) Cf. Cn. Pior, Cartul. d'Eenaeme, p. 195, n° 296. 

(3) C£. Gorriner. Cartul. d'Orval, p. 415 (avril 1165). V. fidei interpositione 
creantavit dans Cart. abb. Vormezeele, fol. 27, acquis. 3472, aux Arch. Etat 
Bruges. 

(4) Cf. E. pe Marnerre, Cartul. d'A filighem, p. 257. 

(5) Cf. px LimeurG-Srirum, tbid., p. xvi-xvir. Des clauses pénales se ren- 
contrent aussi dans une charte de novembre 1242 du doyen de chrétienté de 
Fürnes; cf. F. V. et C. C., Chronicon et chartularium Sancti Nicolai * 1°1 
1235. 


514 H. NELIS 


protocole final, les noms des témoins, l’apposition du 
sceau, enfin, par l'indication du lieu et de l'année. 

L’énumération des témoins présents à la passation soit 
de l'acte juridique en cause ou de l'attestation devant le 
doyen occupe parfois une place relativement considérable. 
Rappelons, ce qui déjà a été dit, que les plus anciennes 
conventions sont faites tant en présence du doyen que de 
celle du concile ou aussi devant un nombre variable de per- 
sonnes de réputation honorable; depuis 1230 (c) les noms 
de celles-ci disparaissent insensiblement des actes et cette 
disparition est caractéristique d’un changement de régime, 
si l’on peut dire. Mais il va sans dire que ces témoins nom- 
breux ont disparu ici plutôt que là, suivant les coutumes 
locales. 

Bornons-nous seulement à citer quelques traits sail- 
lants. Dans les premiers actes décanaux, on note la pré- 
sence de curés: ainsi, en 1187, on constate à Fleurus : 
Hujus rei testes sunt investiti concilit, Balduinus de Hep- 
penneis, Lambertus de Goi, Gillardus de Celle, Bosira de 
Bergoltdes, Walterus de Metene; sinodales Fraxinensis 
ecclesie Bode, Alardus, Ardenois, Arnoldus Siret, Benedic- 
tus Dodo, Arnoldus et alii quam plures (*). | 

D'autres fois, on mentionne toute une assemblée d’ecclé- 
siastiques et de laïques, comme dans cette charte du doyen 
de chrétienté d’Helchin, du 7 juin 1932 : Presentibus : 
Th.monacho S. Bavonis, dominus Petro presbytero de Wa- 
terlos, Yvone clerico ejusdem loci, Symone del Hornuire, 
Waltero del Espire, Jhoanne del Mairie, hominibus dicti 
abbatis ; Bernardo forestario, Rogero del Espire, Wilhelmo 
Pressart, scabinis de Waterlos, et aliis probis viris (?). 

I1 faut signaler comme exceptionnelle la formule sui- 
vante dont se sert dans un acte de 1935 le doyen de chré- 
tienté de Longnion : Hujus vero actionis sicut fidelis testis 
interfui (*). 


() Cf. E. pe MaRNEFrE, tbid., p. 257-258 et les actes de 1205, p. 332. 

(2) C£. E. pe MARNEFFE, ibid. p. 257-258 et actes de 1205 (1bid.), p. 332. 

(5) Cf. H. Gorriner, Cartul. d'Orval, p. 184, n° CXLIIL. Noter aussi cette 
formule caractéristique du doyen de Carignan, de 1263 : Haec omnia, UT FIDE- 
LIS TESTIS el prefalae ecclesiae juris DEFENSOR el verus CONSERVATOR, siqülli mei 

1 J 4 
munimine censui roborare.. Cf. GOoFrriNET, Cartul. Orval, p. 141, n° CI. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ D19 


La formule de scellage constitue une des parties essen- 
tielles de la charte décanale; car, c’est de l’apposition du 
sceau authentique que dépend, en effet, la valeur juridique 
qui lui est propre. La présence du sceau est donc toujours 
annoncée en termes explicites dans l’acte. 

Parmi les sceaux usités il y a à distinguer, au moins en 
théorie, deux espèces : le sceau du doyenné (ou du concile) 
et le sceau personnel du doyen de chrétienté. 

Depuis le moment où l’on se mit à instrumenter au nom 
du concile on dut naturellement faire usage d’un sceau 
propre à cette réunion de curés. Dans un acte de donation 
de 1183, il est déjà question du sigillum concilii de Fle- 
rus (*) puis le 12 juin 1202, du sigillum decanatus nostri 
[de Juvigny] (*), et le 18 juin 1984 : avons nous [doyen 
d’'Yvoix] mis noustre seel de la doienneit (?). 

Au nombre des figurations les plus fréquentes que 
Douet d’Areq a rencontrées parmi les sceaux des doyens 
ruraux de France au cours du xir1* siècle, il y a lieu de 
mentionner la fleur de lys, couronnée de trèfles, l’agnus 
Dei, les figures d'animaux, soit cerfs, aigles, paons, dra- 
gons, des personnages bénissant ou tenant en mains un 
livre (f). 

Les sceaux décanaux présentent également dans nos 
provinces une grande variété de représentations qu'on 
peut néanmoins réduire à quelques types connus. 

Le plus ancien sceau que l’on connaisse est celui du con- 
cile de Fleurus; il est en cire brune et représente Dieu le 
père assis sur un banc, tenant de ia main droite une eroix 
et bénissant de la main gauche (5). 

Les emblèmes le plus ordinairement représentés dans 


(1) Cf. DE MARNEFFE, loc. cit., p. 257. 

(2) Cf Gorriner, Carlul. Orval, p. 138. 

(3) Zbid., p. 547. Dans une charte du 13 mars 1281 (n. st.) le doyen de chré- 
tienté de Roulers distingue nettement entre le sceau de son eglise et celui de 
la chrétienté, c’est-à-dire probablement son sceau personnel : Ef in hac parte 
utimur sigillo PAROCHIE NOSTRE, Cum siqillin DECANATUS NOSTRI ad presens penes 
nos non habemus. Cf. E. Havrcœur, Cart. du chap. Saint-Pierre de Lille, t. I, 
p. 491. 

(+) Cf. Invent. et documents. Collection de sceaux, t. 11 (1867), p. 687-693, 
n°s 7877-1935. 

(5) Original aux Archives générales du royaume (Chartrier d'Affighem). 


516 H. NELIS 


nos provinces peuvent se ranger dans les huit catégories 
suivantes : 

1° Z.es saints. Représentation de saints, soit tenant un 
livre en main, comme dans le sceau de W., doyen de Grem- 
bloux, de 1215 (c) (1), soit, habituellement, figurés debout; 
les sceaux de Gauthier (?)}, Thomas (ÿ)}, Jean (4), Wol- 
fram (5) et Galbert (6), respectivement doyens de chré- 
tienté de Hal, Hanret, Jodoigne, IV métiers et de Saint- 
Remacle, des années 1290, 1928, 1224, 1238 et 1232 portent 
ce dernier emblème. Il y a aussi la figuration du saint bénis- 
sant, comme à Bruges, en 1231, par le doyen Gauthier (7). 

2 La Vierge. Se sont servis, par exemple, d’un sceau 
analogue, Jacques, doyen de Fleurus, en 1296 {($) et, en 1262, 
Lambert, doyen de chrétienté à Furnes (?)- 

3 L'église. La représentation d’une église (avec une, 
deux ou trois tours) paraît avoir été d’un emploi assez 
répandu; on la signale, en 1235, pour Henri, doyen de Gem- 
bloux (10), en 1951, pour Gossuin, doyen de Bruxelles (11) et, 
en 1254, pour Pierre de Gravia, du concile de Jodoigne !{t?). 

4° La main. Le 10 janvier 1281, Roger, doyen du con- 
cile de Maestricht, faisant usage d’un sceau représentant 
une main et trois figures, soit celles de la lune, du soleil et 
du Christ (3); en revanche, en mars 1234, on rencontre 
une main bénissante, sortant d'un nuage, sur le sceau de 
Pierre, doyen du concile de Louvain (!{). 

oo Le calice. Le calice figure sur le sceau de Conrad, 
doyen d’Arlon, en 1267 (15). 

(!) Collection sigillographique, n° 1765, aux Archives gén. du royaume. 

(2) Ibid., n° 17316. 

(3) Ibid., n° 2259. 

(4) Jbid., n° 19835. 

(5) 1bid., n° 18144. 

(6) Ibid., n° 13775. 

(7) Ibid., no 21999. 

(#) Ibid., n° 19908. 

(?) Ibid., no 3258. 

(10) Ibid , n° 446. 

(1) Jbid., no 3392. 

(12) Jbid., no 19845. 

(15) Cf. J. Cuveuier, Cartul. Val-Benoit, p. 243, n° 186. 
(#1) CF, DE TROOSTEMBERGH, Chartes de Gempe, p. 24. 

(4) Collection sigillographique, n° 6501. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 517 


6° Les oiseaux. À juger par les embièmes des doyens de 
chrétienté de France, cette représentation a dû y être très 
fréquente. Dans nos anciennes provinces, on doit citer le 
sceau du doyen de Bruges, de l’année 1239, où un oiseau est 
accompagné d’un lys (!); un sceau particulièrement remar- 
quable est celui dont fit usage, en 1233, le doyen du 
concile de Saint-Trond et représentant une aigle à ailes 
déployées (?). 

1° Le lys. Cet emblème peut figurer seul ou accompa- 
gner un autre. Il paraît seul, par exemple, sur le sceau de 
Wery, doyen de Mersch, en 1267{(3); il accompagne un 
oiseau sur le sceau du doyen de Bruges, en 1239 (4); le 
sceau du doyen de Louvain, le 15 août 1243, représente un 
lys tenu par une main (°). 

8° L’Agnus Dei. Cet emblème, fréquent dans les sceaux 
du moyen âge, est employé pareillement par les doyens de 
chrétienté; il figure notamment, en 1247, sur le sceau de 
Thomas, doyen de Hanret (6;, puis, le à février 1295 (n. st.), 
sur le sceau de Jean, doyen du concile de Beeringen (7). 

Mentionnons, en dehors de ces huit catégories d’em- 
blèmes, un sceau avec emblème parlant; c’est celui du 
doyen du concile de Maeseyck, Th..., en 1239, représentant 
un chêne {eyck) (8. 

Il est impossible de dire si les sceaux dont on vient de 
parler sont des sceaux personnels (proprium) ou bien des 
sceaux de la chrétienté ou du concile. La distinction, par- 
fois subtile, doit néanmoins être faite; la plupart du temps, 
sans doute, il n’aura existé aucune différence sensible 
entre eux (*). Signalons, en février 1265, une charte du 
doyen de Bruges qui relate à la fois et le sceau personnel du 
doyen et celui de la cour de chrétienté (10) : Nos autem in 


(1) Collection sigillographique, n° 20975. 

(2) lbid., n° 13039. 

(3) 1bid., n° 6502. 

(#) Ibid., n° 20975. 

(5) Chartrier de Sainte-Gertrude de Louvain, aux Arch. gén. roy. 
(5) Collection sigillographique, n° 13825. 

(7) Chartrier d’Averbode, à l’abbaye d’Averbode (Testelt). 

(8) lbid. 

() Certains sceaux personnels portent la mention : [N.] #agister. 
(20) CF. Ta. pe LimBurc-Srirum, Le chambellan de Flandre, p. xvir. 


518 - H. NELIS 


signum memoriam hujus facti sigillum nostrum proprium 
unacum sigillo curie decani christianitatis Brugensis pre- 
sentibus litteris duximus apponendum. 

La légende des sceaux décanaux est ordinairement libel- 
lée d’une manière fort simple; elle se borne à mentionner 
le nom ainsi que celui de la localité du doyen de chrétienté. 
Exemple : la légende du sceau de Pierre, doyen de Lou- 
vain, est libellée dans un acte du 15 août 1243, comme suit : 
« + $S. PE + DECANT + LOV. CONCILII {{). » 

Reste à noter le coutre-sceau décanal. Il était d’un usage 
relativement commun et ancien à Bruges; on le rencontre, 
entre autres, dans cette ville, dès l’année 1226 (?), puis en 
1931 (5), 1235 (f) et en 1938 (5). Le contre-sceau de cette 
année porte la représentation d’une tête accompagnée de 
trois étoiles ($); un autre contre-sceau est celui du doyen du 
concile de Maestricht, du 10 janvier 1981 (n. st.); il repré- 
sente un abbé, mitré, tenant une crosse de la main 
droite (?}. Mentionnons, enfin, le contre-sceau de Jacques, 
doyen du concile de Fleurus, de l’année 1296, figurant une 
tête bandée. 

La formule de datation comprend deux éléments essen- 
tiels : 10 l'indication du lieu où l'acte s’est COURS 
20 l'indication du moment de cette action. 

Le premier élément de la date n’est pas d’un emploi 
régulier dans les chartes; celles où il manque sont bien 
plus fréquentes que celles où il figure. Ce n’est qu’excep- 
tionnellement que les doyens s’avisent de mentionner l’en- 
droit où les contrats juridiques, auxquels le doyen a prêté 
son concours, ont eu lieu. Or, ceux-ci ne s’accomplissaient 
guère, semble-t-il, au bureau même du doyen. Il arrivait 
fréquemment que les conventions des particuliers se pas- 
sassent dans l’église de l’endroit; ainsi, une donation de 
dîmes, de février 1212 (n. st.), devant le doyen de Courtrai 


(4) Chartrier de Sainte-Gertrude de Louvain, aux Arch. gén. roy. 
(?) Collection sigillographique, n° 20859. 
(3) Ibid., n° 21300. 
(*) Jbid., n° 21307. 
(5) Ibid., n° 3244. 

(6) Le contre-sceau du doyen de Bruges en 1241 représente un dragon 
Cf. Ann. Soc. émul. Bruges (1905), p. 282. 

(*) CF. J. Cuveuier, Cartul. de Val-Benoît, p. 243, n° 186. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 519 


est libellée, à sa date : in presentia mea, in ecclesia S. Mar- 
tini de Curtraco constitutus |‘). L'autorité laïque ne craint 
pas, la remarque est superflue pour le xrri° siècle, de prêter 
son concours au doyen dans une église; tel fut le cas, le 
11 août 1936, lors d’une donation faite en présence des 
échevins de Butsel et du doyen du concile de Louvain : 
actum apud Lovanium in ecclesia beati Petri[Lovanien- 
sis] (?). 

Par contre, des transactions s’opèrent loin du lieu de 
résidence décanal; notons : en octobre 1245, Henri de 
Rodenburg, doyen de chrétienté de Bruges, notifie une 
cession d'immeubles faite à ter Doest, c’est-à-dire à 2 lieues 
de distance de cette ville : Actum apud Thosan, ante por- 
tam, in domo feminarum (); le 16 août 1989, Jean Boune, 
doyen de chrétienté d’Ypres, acte une donation de biens 
faite à Dixmude avec le concours du curé et du chapelain 
castral de cet endroit : Datum Dixmude, presente nomi- 
nata Elisabeth... (#). En novembre 1216, le curé de Thieu- 
lain, doyen de Saint-Brice de Tournai, Étienne, date de 
Quartes une charte mentionnant cession de la dîme de ce 
village (°). En juin 1248, Pierre, doyen du concile de Lou- 
vain, passe un acte et le date de Tirlemont en présence de 
nombreux ecclésiastiques (6). 

On est donc amené à croire que les dates inscrites sur les 
chartes décanales se rapportent plutôt à la passation de 
contrats juridiques, à l’action, qu'à leur mise par écrit ou 
la documentation. On admettra sans peine, faute d’élé- 
ments probants, qu'il est impossible de fixer une règle 
invariable. Le fait à néanmoins son importance quand il 
s’agit de chartes données au x111° siècle à des dates où le 
millésime de l’année variait (Annonciation et fête de 
Pâques). 

Telle est, dans ses formules élémentaires, la charte déca 
nale. Il ne reste plus qu’un mot à dire de la langue dans 


(1) Cf. »'HerBomez, Cartul. de Saint-Martin, 1.1, p. 286, n° 279. 
(2) Cf. ne TroosremBerGx, Chartes de Gempe, p. 26, n° VII. 

(8) CÊ. Van DE Purre, Cartul. de Dunis, p. 580. 

(+) Cf. L. van HozeBeke, Cartul. Saint-Pierre de Loo, p. 69. 

(5) Cf. »'HERBOMEZ, loc. eit., p. 252, no 242. 

(6) Cf. Analectes… Reusens, sér. IT, t. XI (1899), p. 143. 


520 H. NELIS 


laquelle elle est libellée, la valeur juridique qui y est atta- 
chée, les revenus qu’elle procure au doyen et, enfin, les 
chartes fausses fabriquées. 

I1 était de règle, ou plutôt de coutume, que l’acte du 
doyen était rédigé en langue latine; c’est dans cette langue, 
celle de l’administration ecclésiastique, que sont compo- 
sées les neuf dixièmes des chartes. Quelques-unes font 
usage de la langue romane, aucune du flamand, Parmi les 
actes romans, on peut relater les suivants conservés en 
original : 1° un arrentement d'octobre 1229, de Gilbert, 
doyen de la chrétienté de Valenciennes (:); 2° un legs, de 
mars 1287 (n. st.), passé devant Baudouin, doyen de chré- 
tienté de Douai (?); une renonciation à la possession d’une 
dime, du 7 novembre 1297 sous le sceau du doyen du concile 
de Bastogne et de trois curés (*). 

La charte décanale tirait sa force probante du sceau spé- 
cial dont elle était munie, c’est-à-dire du sceau authentique 
réservé à l’office du doyen. En examinant en détail ce 
point, on pourrait envisager l’activité décanale sous deux 
aspects distincts en quelque sorte : d'abord comme auxi- 
liaire de l’évêque diocésain (ou de l’official, ce qui revient 
au même), et ensuite, comme agent instrumentant pour son 
propre compte. 

Ilest clair, à première vue, qu’au xrri° siècle, on a dû 
assimiler à la charte épiscopale celle faite par l’intermé- 
diaire du doyen de chrétienté. Les textes sont suffisam- 
ment explicites pour être affirmatif à cet égard. Voici un 
exemple : le 7 juin 1932, donation est faite à l’abbaye de 
Saint-Bavon, à Gand, devant le doyen de chrétienté de 
cette ville, par Agnès de Waterlos, ainsi que par Alcide, 
femme de Jean de la Suis: le rédacteur de l’acte dressé à 
ce sujet a soin de dire qu’en cas de conflit touchant le legs, 
le différend sera tranché par le doyen, agissant au nom de 
l'ordinaire, c’est-à-dire de l’évêque de Tournai ({); autre 

(2) Cf. LE GLay. Mémoire sur les archives de l'abbaye de Vicogne (1855), p. 17. 

(?) Cf. G. Espixas, La vie municipale de Douai au moyen âge, t. IT (1913), 
p. 35, n° 930. Voir un autre acte du 8 novembre 1240, ibid., p. 48, n° 57. 

(3) C£. G. Kurt, Cartul. de Saint-Hubert, t. TI, p. 440. Une charte du 6 jan- 
vier 1272 (n. st.) de Jean, jadis doyen du concile de Gembloux est en français. 


Cf. Chartrier d’Afflighem, Arch. gén. royaume. 
(+) CE. [Serrure], Cart. Saint-Bavon, p. 186, n° 182. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ Sal 


exemple : en 1234, une vente de dimes s’accomplit en pré- 
sence de Gauthier, doyen de Grammont; l’acte note que la 
vente s’est faite : in manu nostra TAMQUAM ORDINARII DICTI 
LOCI [Geraldimontensis] (1). 

S'il en était ainsi, on peut reconnaître à ces actes la 
même autorité que M. Paul Fournier attribue aux chartes 
d’officialité. En d’autres mots, que l’acte décanal faisait 
pleine foi en cour ecclésiastique, mais ne constituait qu’un 
commencement de preuve auprès des juges séculiers. Tou- 
tefois, même pour ceux-ci, en matière de causes matrimo- 
niales, testamentaires, le témoignage de l’official -était 
prépondérant et entrainait preuve complète (?). 

Mais la pratique amenait plus d’une restriction à cette 
règle devant les tribunaux laïques. Une plainte amère à ce 
propos se perçoit dans une intéressante supplique adressée 
au roi de France par le clergé de la province ecclésiastique 
de Reims, du 16 au 26 juillet de l’année 1344 : Combien que 
le seel de l'église [de Reims] soit autentique, et aux lettres 
seellés d'iceluy pleine foy doit estre adjouté, toutefois 
aucun de vos dites gens, jug'es et aultres juges séculiers ne 
veulent pas que en leur cour elles fassent plaine foy (). 
Comme on voit, le refus de l’administration royale est 
formel. 

Animés de tels sentiments, il est évident que les cours 
séculières ne durent guèreavoir plus d'estime au xrr1° siècle 
pour la charte décanale, émanée d’un personnage moins 
élevé dans la hiérarchie ecclésiastique que l’official. C’est 
sans nul doute aussi pour le peu de garanties juridiques 
qu'elle offrait au juge laïc que les particuliers cessèrent, 
vers l’an 1300, de faire appel à l’office du doyen de chré- 
tienté. 

Quelle valeur accordait-on, d'autre part, aux écrits pro- 
prement dits de ce dernier, c’est-à-dire agissant de sa 


(1) C£. A. »'HerBoMEz, Cart. Saint-Martin de Tournai, t. I, p. 372, n° 363. 

(2) Cf. Bibl. École des chartes, t. XL (1879), p. 330-831. Dans une charte de 
l’official de Cambrai, de 1281, à son notaire Jacques de Priches, l'acte de 
l’oficial est déjà assimilé à un instrument d'oflicier public : « ef super ts 
publicum fieri instrumentum ». dE REIFFENBERG, Monuments, t. I, p. 174. 

(3) Varix, Archives administratives de Reims, t. 1f, p. 924, note 2. 


522 H. NELIS 


propre autorité, sans aucune collaboration ou injonction 
de l’autorité épiscopale ? 

Devant la justice des clercs, on pouvait se prévaloir de 
la nature spéciale dont le sceau du doyen était revêtu; il 
participait, grace à la coutume, à cette faveur un peu vague 
du xrr1° siècle, qui conférait aux documents des garanties 
d'authenticité plus solides que d’autres titres écrits ({). 

Les juristes et les glossateurs du xr11° siècle ne sont 
guère explicites sur les personnes ecclésiastiques dont le 
sceau est authentique; la matière prêtait sans doute à 
divergence de vues? Tandis que le canoniste réputé, Guil- 
laume Durand (+ 1296), l’auteur du Speculum judiciale, se 
sent embarrassé et établit la distinction entre actes de 
juridiction et actes sous seing-privé, Mathieu Paris (71259), 
par contre, signale en Angleterre le sceau authentique du 
doyen. 

Malgré l’espèce d'incertitude théorique qui planaiïit sur 
la valeur de la charte décanale, surtout dans des contrées 
où l'institution des doyens en tant qu’officiers publics était 
peu pratiquée, on ne peut nier que dans nos provinces, elle 
eut upe autorité inconnue ailleurs, bien entendu jusque 
vers l’année 1980, date à laquelle commence son déclin. 
L'activité extraordinaire dont les doyens firent preuve 
chez nous montre à suffisance en quelle estime le public 
tenait leur office. Cette faveur du client s'exprime parfois 
d’une manière bien éloquente : tel, par exemple, dans le 
testament, fait en juin 1268, par un bourgeois de Bruges, 
Pierre de Stene; comme le testateur ne possède pas de 


(1) Nicolas, évêque de Cambrai, s'exprime ainsi dans une charte de 1155 : 
« Cum sil autem SOLIDIUS QUICQUID APUD PERSONAS AUTHENTICAS CONSTITUITUR, 
eorum quorum presenlia inter constituendam non defuit, nomina in testimo- 
nium subnotatur. » Bull. comm. roy. hist. (an. dipl., IE, n° 344). Une des plus 
anciennes mentions en Belgique de persona autentica se trouve dans une 
charte de l’évêque Odon de Cambrai, de « nostra sub sigillatione et AUTENTICA- 
RUM PERSONARUM subnotatione ». Ibid., sér. IV, t. VII (1880), p. 325. — Aux 
yeux de certains les curés n’ont pas droit à un sceau authentique ; dans une 
sentence arbitrale de 1263 émanée d'ecclésiastiques de Lille et de Cassel, on 
lit, en effet : « El quia presbyleri memorali [de Wervicq, Gheluwe, Heule et 
Machelen] sicizza non habent AUTENTICA, ordinamus quod pro ipsis sigillum 
curie Tornacensis in signum assensus sui apponi procurent. » CF. HAUTGŒUR, 
cart. Saint-Pierre de Lille, t. I, p. 398. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 523 


sceau de valeur probante, il demande au doyen de la chré- 
tienté de Bruges de munir son testament du sceau de sa 
juridiction; ainsi fut fait : et quod sigillum proprium, cui 
fides debeat adhiberi non habeo, SIGILLO DECANI CHRISTIA- 
NITATIS BRUGENSIS el testamentatorium sigillis, qui sigilla 
habent, presens scriptum feci communiri (1). 

Ajoutons aussi que l’autorité du sceau décanal était plus 
d’une fois renforcée par celle de pouvoirs supérieurs au 
doyen. Je ne citerai que deux cas bien typiques : le pre- 
mier est une déclaration du doyen de chrétienté d’Oulchy 
(dép. de l'Aisne), un nommé D..., est authentiquée en 
même temps par le sceau de sa juridiction et le sceau de 
l’'official de Soissons (?); le second est fourni par un acte 
d'avril 1295 : l'abbaye de Saint-Martin, à Tournai, ayant 
sans doute quelque doute sur la valeur de la vente d’une 
dîime que lui avait faite Gossuin de Roucourt par devant 
doyen de chrétienté, s’empresse de laisser ratifier cette 
vente par Godefroid, évêque de Cambrai () 

C’est ici le moment de signaler certaines coutumes 
locales signalées plus haut; on se rappellera, en effet, 
l'usage existant à Anvers, au dernier quart du xir° siècle, 
de passer des contrats privés non seulement avec la coopé- 
ration du doyen rural mais aussi devant les échevins de 
cette ville (4). Le concours du magistrat communal aidait 
efficacement à fortifier la valeur juridique de l’instrument 
décanal; c'était une garantie non équivoque, aux yeux des 
juges laïcs, et de l'authenticité et du degré de crédit qu’on 
pouvait attacher à ces actes ecclésiastiques. Mais on sait 
que cette collaboration ne fut qu'éphémère et qu'à Anvers, 
aussi bien qu'ailleurs, la charte échevinale remplaça l'acte 
du doyen de la chrétienté. 

Dans le comté de Luxembourg, quoique beaucoup de 
conventions Juridiques fussent passées devant le prévôt 
ou le justicier des nobles, on tint néanmoins à garantir 
l'acte par le sceau du doyen de chrétienté. C'était la recon- 





(4) Cf. Chronica et cartularium de Dunis, p. 608, n° 1031. 

(?) Cf. imprimé et photographié dans M. Prov, Recueil de fac-similés d'écri- 
tures du Ve au VIII siècle. Paris (1904), pl. XIX. 

(3) Cf. A. »'HERBOMEZ, Cartul. Saint-Martin de Tournai, t. 1, p. 815, n° 305. 

(4) Cf. Rev. pluil. et hist., t. HE, p. 260. 


524 H. NELIS 


naissance publique de l’'éminence de ce sceau et proclamer 
sa supériorité sur les autres signes de validation de la pro- 
vince. Maïs ici, comme ailleurs, l’influence professionnelle 
des doyens d’Arlon, de Luxembourg et de Mersch diminua 
d'année en année, dès la fin du xir1° siècle, et s’éclipsa 
devant celle du pouvoir laïc. Il suffira, à ce propos, de 
noter un seul exemple : le 2 octobre 1292, l’écuyer Guil- 
laume de Sanem engage ses biens de Keespelt à son oncle, 
Hennin de Sanem; au lieu de faire sceller la charte qui 
rapporte cette convention par un doyen de concile quel- 
conque, G. de Sanem s'adresse au justicier du comté pré- 
posé à cet office (1); il en sera ainsi dans la suite jusqu’au 
jour où le rôle des doyens n'est plus qu'un lointain souve- 
nir et que personne ne songe plus à faire revivre (2). 

La préparation de l’acte remis aux particuliers occasion- 
nait naturellement aux doyens des frais de bureau dont ils 
ne devaient pas porter la charge. L'achat de parchemin, de 
plumes, d'encre et de cire nécessitait des fournitures de 
chancellerie pour lesquelles ils avaient à se faire rembour- 
ser par leurs clients. Nous ne sommes malheureusement 
pas en mesure de connaître sous cet aspect le train-train 
de la maison décanale; toutefois, leur budget de dépenses 
ne devait guère être élevé. 

Le seul texte touchant ces menus détails de chancellerie 
est une ordonnance épiscopale de Cambrai, du xiv* siècle, 
publiée par le chanoïine Reusens; on y fixe à 6 deniers les 
honoraires qu'un doyen de chrétienté peut toucher pour 
préparation et expédition de n'importe quelle charte éma- 
née de lui : «Item inhibemus decanis nostris christianita- 
lis, ne pro sigillo sui decanatus, quibuscumaque litteris sit 
appensum, ultra sex denarios turonenses fortis monete 
recipiant (). » 


Remarquons aussi que jamais, Contrairement aux pra- 


(1) CE. N. van WervEkE, « Cartulaire de Marienthal », dans Public. Sect. 
hist. de l'Inst. du Luxembourg, L. XXXVIIT (1885), p. 194, no 217. 

(2) Cf. Ibid, p. 196 (16 décembre 1293), p. 204 (1296), p. 205 (1296), 
p. 206 (1296), p. 210 (1297), p° 212(1297),  p. 229 G300 p. 239 (1393) 
et p. 251 (1305). 

(3) CÉ. E. Reusess, Slatuta anliquissima diocæsis Cameracensis (1903), p. 49. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 595 


tiques des notaires d'officialité (1), les replis des chartes 
décanales ne renferment des mentions de paiement ou 
d'expédition de nature à nous éclairer sur les ressources 
financières des doyens. 

Grâce à ses précieuses garanties juridiques, l’acte déca- 
nal jouissait d'une autorité peu commune; aussi chercha- 
t-on à le contrefaire et à usurper la bonne foi du public. Il 
y eut, au x1r11° siècle, des fabricants de fausses lettres épis- 
copales, officiales ou décanales, comme il y en eut de 
bulles apostoliques. Les anathèmes étaient, d’autre part, 
impuissants à frapper les coupables et il fallut édicter des 
peines temporelles sévères; c’est ce que fit, en 1288, dans 
nos provinces, Jean de Flandre, prince-évèque de Liége ; 
ses statuts synodaux punissent, en effet, de l’excommuni- 
cation toute personne confectionnant des pièces fausses 
mises sous le nom de la cour d’officialité, des archidiacres 
et des doyens de concile; la même peine frappait encore 
quiconque coopérera à cet acte malhonnèête, soit par son 
conseil, son concours, ou toute autre collaboration (?). 
Mais nous ne pourrions citer aucun acte d’un faussaire de 
ce genre, ni même une contestation ou enfin une superche- 
rie mise sous le couvert d’un doyen de chrétienté. Cela ne 
prouve évidemment pas que des actes faux n’aient pas 
existé; les instructions de l’évêque de Liége prouvent assez 
que des chartes décanales fausses ont circulé sous le man- 
teau au x1r1° siècle. 

HuBErT NELIS. 


(2) Cf. P. Fournier, Bibliothèque de l'École des chartes, t. XL (1879), p. 324, 
notes 2 et 5. 

(?) CE. J. J. Raxem et L. PoLaix, Coutumes du pays de Liège, t. L (1870), 
p. 471, art..XXXI, $ 2. 


36 


: . 44 M Lt h 
DR (ut 2 Q FA 
È : {à J e #7 2 
: CR n 


+ 


te NrAxiTE « | | 
| POP ENREEN-PPTEE 
“states nf #tlyor, gai, "n Miele ss 


Laal 7 ni Là “É VETETUA : 
210) - je trip ef 45 No à sal 'ronre sig À 8 + 
| k [ } Art 2 i | | 











4 u 4 211 


154 V'ÉTHI2AO! ef Le 19188 ah: 13 var fr SN 
| î rt AU FIN mn he: oo ral 
re. Baies à 
L Fu n] F LS: » ; . + p - Fa. 
#7 OMC LTONTES 116 “pre y ALU ru 
FPE | "TEsrtus ru i ç 
LT e g ALT ERMUTTS LE pes NLT 1 MENT “Hit. A 
*: 210 ALES | Er, 
À; À Hg Eh. ton Hutrod 451 LUE ET UR 7 FA 
HUE mA TI) hOas ET ER: ET: #61 CHE: 131784 
11 brsr nr E v | NA! 
H 1e nf DOMNTON EbaRr 5 6 ét PALPTIE 
J Pr: “ 2 É HA 
p arid 0 k es | 
PISE AMAND ANTNIS OPA AN LH 
sh À ” Le no tr l t« , : tar F : | 
4 AE bé.1 : RE Ge t ù 13 ITEMS) emo | CAE 
ue à È 
É NIV R : | L 
21 ÉTRR. “à T tou RARE À ia" 
: H à LE! + F4 { Î 11 Li LC 
» e « ! n LI 
': + 1m , 441 f{ F 4 D €: 
+ + LE] 4 $ £ ; 1 
d À il MINES METTRE au PETER 
HER TNT "Li? S 7} 4 : DOTÉ ot À | 1F (fi 
| : { H Li » tr Ur HUE 
NOR ES PEN EE ES, | - : Fa u 


»Q4, HART. ET 1 Aron 4h: "il 


+ 


ns F 22 n È nos y 2 F dr Le 
mo »: x) L , : | PERTE Pr Lx A + RyrBdedR y 


D 4 
KR 
ES 
ë 
2 
+ 
… 
“ 


LRO EN ten 3 ail RICE Z À TOR OU Fev de 
dE ViEau et ie DO Nr MR es dE MENT | 
STAGE étre LORS CIE va ST 

VS RIT Afartnt Fr te Pate “ve nee el SA 

Rott Trop. APT Ma PRCUES À ATFTE, FN] TENTE. 

LÆ& n LE 


: QT = | 
ARE SET ÉLE EC VOLE TER 


BE 9 AUDE UM MIO ES ES ARE SA. 


(4 


Has a à Su . . qe 
: 18 LUS PEL Le. Mi CRELCRENT RIT AL Lt 
, sure | Ed 
| IUT ais | 
da) n 
= 
nel # LES 
4 
; T£ , re ki 
» s t ve MS 107% NUE 
ae; L FL 


\ { 
; L 
\ 
ÿ À : 
* > rat 
s 4 
Le 


Guillaume [°* 
et les 


débuts de l’industrie métallurgique 
en Belgique 


Dans la publication si maladroite, Les Rencontres histo- 
riques, rédigée pour essayer de pénétrer le peuple belge 
des grands mérites du roi Guillaume I° envers lui, se 
trouve, entre autres, une planche ayant trait aux relations 
entre Guillaume et Cockerill. Au fond de la gravure on 
voit le château de Seraing que le roi a mis à la disposition 
des Cockerill; on prête au roi les paroles suivantes : « Con- 
tinuez sans crainte vos grandes entreprises et rappelez- 
vous que le roi des Pays-Bas a toujours de l’argent au ser- 
vice de l’industrie. » 

Que le roi ait puissamment appuyé l'extension de 
l’industrie métallurgique belge, le fait est assez connu; 
mais aussitôt que l’on cherche des détails, le fait devient 
moins simple. Ce qu’on ignore surtout c'est le caractère de 
ce concours. En Hollande, on ne s’est jamais, à ma con- 
naissance, occupé de ce problème et des historiens croient 
que l’on chercherait en vain dans le développement des 
intérêts matériels, un plan nettement arrêté. C’est 1à une 
manière de voir qui me paraît injuste et fausse. 

En Belgique, si mes renseignements sont exacts, on sait 
également peu de chose à ce sujet. Dans son article impor- 
tant sur Les débuts de l'établissement Cockerill, M. Ernest 
Mabhaïm fait l'observation suivante : « Comme la figure de 
John Cockerill paraît être une des plus étonnantes que le 
monde industriel ait connue au début du siècle dernier, 
l’histoire économique aurait pu trouver dans ce prodigieux 
établissement un champ unique d'observation. Malheureu- 
sement les documents originaux, concernant du moins la 


528 M.-G. DE BOER 


période qui a précédé la constitution de la société anonyme 
actuelle (1842) font défaut. En 1880, une inondation a 
détruit et rendu ülisible une grande partie des archives; 
pour gagner de la place, on a brûlé une autre partie (1). » 

Or, au cours de recherches faites pour composer la bio- 
graphie de l'ingénieur G.-M. Roentgen, que l’établissement 
Fijenoord, à Rotterdam, dont il a été le fondateur, m'a 
confiée, beaucoup de matériaux ont été découverts qui 
pourraient être utiles pour l’histoire de la métallurgie 
belge. Le gouvernement des Pays-Bas, pour tirer l’indus- 
trie belge du fer de son état d'abandon, a eu recours à 
Roentgen, l’un des hommes les plus remarquables de son 
époque. Ses rapports sur l’industrie métallurgique d’An- 
gleterre et sur celle des provinces wallonnes, ses proposi- 
tions et les contrats conelus entre le gouvernement et la 
maison Cockerill, qui en découlent en partie, sont une 
source de documents extrêmement importants. Ils sont 
conservés en majeure partie aux Archives nationales à 
La Haye, et pour la partie qui concerne les archives de 
Fijenoord, aux Archives économico- historiques de cette 
ville (2). Ces documents peuvent combler dans une large 
mesure la lacune dont se plaint M. Mahaiïim. Ils sont d’au- 
tant plus importants qu’il en ressort nettement que le con- 
cours prêté à Cockerill faisait partie d’un programme de 
travaux bien étudié et exécuté avee un remarquable esprit 
de suite, programme qui a porté des fruits non seulement 
pour Cockerill, mais aussi pour l’industrie métallurgique 
de la Belgique en entier. 


Je n’ai guère de précisions au sujet des circonstances 
dans lesquelles Cockerill est entré en rapports avec le roi. 
11 semble que le comte de Mercy Argenteau ait joué le rôle 
d’intermédiaire.-Dans l’article consacré à Cockerill par la 
Biographie nationale, M. Morren raconte une jolie anec- 
dote d’après laquelle l’industriel belge, lors de la première 
audience, n’aurait pas trouvé une seule réponse à toutes les 


(1) « Les débuts de letablissement John Cockerill à Seraing. Contribution à 
l'histoire de la grande industrie au pays de Liége » (Revue universelle des 
Mines, février 1906, p. 171). 

(?) Economisch Historisch Archief, sous la direction de M. N. J. Posthumus. 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 529 


questions que le roi lui avait posées. Le roi étonné 
demanda au comte de Mercy quel espèce de muet il lui 
avait amené? Ensuite le comte aurait obtenu une seconde 
audience pour son protégé, au cours de laquelle celui-ci, 
ayant tout mürement pesé, aurait répondu au roi de facon 
à le satisfaire complètement et aurait gagné son appui (1). 

Nous ignorons malheureusement quand cette audience 
eut lieu. Cependant il est probable que le roi connaissait 
Cockerill déjà en 1816, puisque le 14 novembre de cette 
année il donne l’ordre d'examiner si l'établissement Cocke- 
rill pourrait être transféré à Seraing et de voir quelle par- 
tie du château, appartenant aux domaines royaux, pourrait 
y être destinée. Un rapport, présenté le 6 janvier 1817 (2), 
donne toutes sortes de détails intéressants sur les entre- 
prises de Cockerill à Liége ; des salles entières y sont rem- 
plies d'hommes, de femmes et d'enfants, qui fabriquent des 
machines de filature et de tissage, Cependant la main- 
d'œuvre,qui compte 4,500 têtes, est disséminée sur diverses 
localités, assez éloignées les unes des autres. C’est pour la 
concentrer et peut-être pour lui donner encore plus d’ex- 
tension, que les frères Cockerill avaient fait déja plus 
d’une fois des démarches pour obtenir le château de 
Seraing. D'après le rapporteur, ce chäteau se trouvait dans 
un état fort délabré; il aurait fallu des sommes considé- 
rables pour le rendre digne de servir de résidence prin- 
cière. La maison Cockerill avait offert de payer 14,175 flo- 
rins; vu le danger de voir transférer l’établissement à Aïix- 
la-Chapelle, où l’on avait offert des bâtiments, il fallait pro- 
poser des facilités aux propriétaires. Leur industrie était 
de la plus haute importance pour la population; ils 
payaient par semaine (sic) 4,725 à 9,450 florins de salaires (#). 


(1) Biograplrie nationale, in voce Gockerill, t. IV, col. 231. 

(2) Archives de l’État à La Haye, 14 novembre 1816, 6, 25 et 29 janvier 1817 
(Kabinet 272). 

(5) Probablement par jour ; une erreur doit s'être glissée dans le rapport. 
D'après les rapports de Roentgen, en Angleterre les ouvriers gagnaïent dans 
la métallurgie, par jour, fl. 4.50 à fl. 2.40. « van 30 tot 48 stuivers ». — Voir : 
« Twee memorién van Roentgen » dans Economisch Historisch Jaarboek (La 
Haye, 1924), p. 39. En Belgique (p. 149) cependant les salaires étaient beaucoup 
plus bas : « veel lager dan in Engeland en slechts weinig hooger dan in de 
armste lande Europens. » 


D30 M.-G. DE BOER 


Lors des négociations, les frères Cockerill surélevèrent 
encore leur offre; aussi, le contrat fut-1il conelu, le 25 jan- 
vier, pour la somme de 45,000 florins ou 121,262 francs, 
payables au comptant; il fut ratifié par le roi le 29 jan- 
vier 1817. 

Pour les années suivantes je possède peu de données sur 
les relations des Cockerill avec le gouvernement; des 
recherches dans les archives hollandaises pourraient pro- 
jeter plus de lumière sur ce problème. Le gouvernement 
leur a probablement confié des commandes importantes, 
mais nous ne constatons pas une intervention directe. 
L'industrie sidérurgique belge traversait dans ces années 
une époque de crise : lors de la domination napoléonienne, 
elle avait été protégée contre toute concurrence du fer 
anglais et les maîtres de forges et de hauts fourneaux 
avaient connu une époque de prospérité inouïe. Mais l’état 
de choses changeait totalement après la chute de Napoléon; 
le fer d'Angleterre faisait maintenant une concurrence très 
forte, ce qui était d'autant plus sérieux que le fer belge ne 
se prêtait pas à toutes sortes d'applications. Les indus- 
triels belges insistaient pour qu’on écartät du marché le 
fer étranger par l'augmentation des droits d'entrée; on ne 
pouvait pas cependant y donner suite tant que l’industrie 
indigène n’était pas à même de procurer, à bas prix, des 
fers de la qualité voulue. 

Vers 1820 la question protectionniste paraît être entrée 
dans une phase plus aiguë; cette année la Société hollan- 
daise des Sciences, à Harlem, mit au concours, probable- 
ment sur les suggestions du gouvernement, la question 
suivante : Est-il vrai que, comme on le prétend quelque- 
fois, le fer indigène soit de qualité inférieure et de quelle 
facon peut-on le perfectionner par le travail indigène à un 
si haut degré, qu'il égale en qualité le fer étranger susdit ? 
Le résultat du concours cependant n’eut pas grande 
importance ; on ne déposa qu'une seule réponse et elle ne 
fut pas jugée digne du prix (1). 


(1) Verhandeling over het Nederlandsche ijzer zynde een proeve tot beant- 
woording van de aan de Maatschaippy der wc:tenschappen te Haarlem voor- 
geslelde vraaqg, in het programma van 1820, omtrent de meer of mindere bruik- 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 531 


Mais le gouvernement avait aussi pris lui-même des 
mesures : M. Falck, ministre de l’industrie nationale, avait 
soumis la question des dispositions à prendre, à un indus- 
triel de Namur, sur lequel les détails m'ont fait défaut 
jusqu’à ce jour, M. d’Artigues. Celui-ci répondait le 
16 avril, en présentant un mémoire intitulé : Mémoire sur 
le grand bien qui résulterait pour les propriétés et forges 
qui existent en Belgique... si le gouvernement des Pays- 
Bas, après avoir reconnu la vérité de ce que je vais avoir 
l'honneur de lui exposer à ce sujet, se décidait à établir une 
école pratique qui propagerait les perfectionnements par 
lesquels on fabrique les fers à moitié prix de ce qu'on les 
fait en Belgique ({). 

Dans cet écrit il traitait spécialement du fer brut, obtenu 
par les hauts fourneaux; il n’insistait pas sur le travail du 
minerai dans ceux-ci. Il prévoyait les plus grands avan- 
tages à tirer d’un meilleur traitement des gueuses. Dans 
les fours d’affinage on perdait trop de métal par suite de 
l'oxydation ; l’affinage devrait se faire dans un bain de sco- 
ries, dans des fours à réverbère d’après le système à 
puddler. Ensuite, il fallait introduire le fer sous des lami- 
noirs, qui devaient remplacer les marteaux-pilons; en agis- 
sant ainsi on gagnerait plus de fer et on économiserait du 
combustible. Il serait tout disposé à donner lui-même 
l'exemple et à ajouter des forges à « ses immenses 
fabriques », mais, dit-il, « on ne peut pas tout entreprendre; 
il faut savoir ne pas commencer avant d’avoir achevé ce 
qui est encore à régler ». C’est pourquoi il proposait d’ou- 
vrir une école pratique dans une des nombreuses forges qui 
chômaient dans les environs de Namur et qu’on essayait 
en vain de vendre. Le directeur de cette école devrait 
commencer par se mettre au courant en Angleterre. De 
cette école, le nouveau procédé rayonnerait ensuite sur les 
environs. 


baarheid van het intandsche yzer, door den generaal-majoor H. Huguenin, 
directeur van ‘’s Ryks yzer Geschutgietery te Luik (s Gravenhage, 1823). — 
Ce livre contient un mémoire avec les noms des propriétaires de hauts four- 
neaux, d'affineries et de laminoirs. Voir appendice L. 

() 16 avril 1821. Archives de l'État, La Haye (Waterstaat na 1814, 


n° 6455 D. 


172 M.-G. DE BOER 


Le mémoire fut transmis au roi et celui-ci chargea le 
ministre Falck de lui présenter un rapport à ce sujet; il 
avait, écrit son secrétaire au ministre, conçu la conviction, 
qu'il ne fallait pas attribuer la vente insuffisante de fer 
indigène à une protection insuffisante, mais à la négli- 
gence des maîtres de forges néerlandais à introduire dans 
leurs industries les améliorations qui ont été apportées 
depuis quelque temps à l’industrie en France et plus parti- 
culièrement en Angleterre. Le roi demandait un avis sur 
les mesures à prendre pour atteindre le but poursuivi. 

Falck remit les propositions de d’Artigues à deux 
experts, jouissant d’une grande renommée. Il demanda en 
premier lieu l’avis du gouverneur de Namur, d’Omalius de 
Halloy, le fameux minéralogiste, fondateur de la géologie 
de la France du Nord et de la Belgique et qui s'était 
révélé administrateur de premier ordre en qualité de gou- 
verneur de Namur. 

Dans sa réponse (1), celui-ci disait cependant n’avoir pas 
les connaissances nécessaires pour traiter cet objet d’une 
manière convenable; « les études minéralogiques aux- 
quelles je me suis livré anciennement et mes occupations 
administratives actuelles étant bien loin de me donner les 
moyens de juger une des plus hautes questions d'industrie 
commerciales, qui puisse se présenter. » 

Pourtant, sa réponse est pour nous d’une grande impor- 
tance, parce qu’elle nous permet de constater l’état déplo- 
rable de l’industrie du fer en Belgique. « Si l’on n’y porte 
remède, nos forges crouleront, indépendamment de tous 
les palliatifs que le système des droits d’entrée et de sortie 
pourrait procurer. » Il parle de l’apathie dans laquelle nos 
maîtres de forges sont demeurés. Peut-on se flatter d’obte- 
nir avec quelques primes ce que la perspective d’une ruine 
imminente n’a pas pu faire jusqu’à présent? 

Le moyen que recommandait d’'Artigues et qui consis- 
tait à envoyer quelqu'un en Angleterre, il le jugeait excel- 
lent mais d'exécution difficile et fort coûteux. « Pour pou- 
voir remplir une telle mission, il faudrait un homme plus 


(:) d'Omalius à Falek, 27 mai 1821. Archives de l'État, La Haye (Waterstaat 
na 1814. Port. 908, 1821, n° 6455 b. 


33 


Qt 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 


instruit que ne sont nos maîtres de forges ; un tel homme 
doit être profond mathématicien pour concevoir et diriger 
la construction des nouveaux fourneaux; il doit être versé 
dans la pyrotechnie pour pouvoir faire ensuite à ces four- 
neaux les changements que commandera la différence des 
lieux et des matières à employer; enfin, il faut être bon 
chimiste pour parvenir à composer les fondants les plus 
favorables pour nos diverses espèces de minerai.» Cet 
homme-là il ne saurait l'indiquer. 

L'autre expert dont l'avis était demandé, était le géné- 
ral Huguenin, directeur de la Fonderie de canons de 
l'Etat, à Liége (‘). Celui-ci mettait en avant une question 
extrèémement importante et que d’Artigues avait totale- 
ment négligée. Alors que d’Artigues attribuait les causes 
de l’infériorité du fer belge surtout à l’état insuffisant des 
forges, Huguenin les cherchait principalement dans la 
composition du minerai de fer travaillé dans les Pays-Bas 
du Sud. Il provenait, non pas des couches mères, où le 
métal est contenu dans le minerai d’origine, mais des 
mines d’alluvion, où le minerai contienttoujours de grandes 
quantités d’autres minerais, tels que le zinc, le cuivre, le 
phosphore et l’arsenic. Or, la chimie, telle qu’on lappli- 
quait dans les hauts fourneaux, n’était pas assez avancée 
pour séparer les éléments étrangers du fer à peu de 
frais. 

Il était donc de la dernière importance de chercher des 
mines fournissant des minerais purs. En outre, il estimait 
que le Gouvernement devrait établir un haut fourneau 
sous la direction d'un homme, qui connaissait aussi bien la 
pratique que la théorie de la métallurgie. Comme d’Ar- 
tigues 1l était d'avis qu'il serait excellent d'envoyer quel- 
qu'un en Angleterre pour se mettre au courant; comme lui 
il ne pouvait désigner cette personne. 

A ce moment même M. Kalck venait de recevoir de la 
part de d’Artigues la communication qu'un jeune officier 
français du génie était disposé à se rendre en Angleterre 
pour y faire les recherches nécessaires et à se charger 


(t) Relation d'un entretien avec M. Huguenin, sans date. Archives de l'Etat, 
La Haye (Waterstaat, na 1814, n. 908). 


534 M.-G. DE BOER 


ensuite de la direction d'un établissement sidérurgique (1). 
Mais Falck avait déjà trouvé son homme; c'était le lieute- 
nant de marine, Gerhard Moritz Roentgen, 

Je ne puis consacrer ici beaucoup de développements à 
cet homme extraordinaire, qui devait jouer un rôle si 
important dans l’histoire économique de son temps (2) et 
qui eut les plus grands mérites dans la création de l’indus- 
trie métallurgique belge. Né en 1794, fils du pasteur Lud- 
wig Roentgen, domicilié en Ost Frise, il y avait suivi sous 
le roi Louis et à ses frais les cours de l’école de marine de 
la Hollande. Incorporé dans la marine française sous 
Napoléon,en 1815,il avait voulu se retirer du service fran- 
çais, mais On l’avait emprisonné dans le fort la Malgue de 
Toulon. Avec deux de ses camarades il réussit à s'évader 
et rentra en Hollande où il s'engagea dans la marine. 
Comme enfant déjà il avait donné des preuves d’une per- 
sévérance extraordinaire ; jeune homme de 21 ans il utilisa 
un long séjour de son vaisseau à Portsmouth pour étudier 
diverses améliorations introduites dans lamarineanglaise ; 
il se distingua tellement, qu’en 1818 on lui confia une mis- 
sion en Angleterre pour y faire des recherches sur les 
progrès accomplis dans la construction des vaisseaux. La 
mission fut d'une si grande importance pour la marine 
qu’à son retour il fut promu au choix et sans examen. Bien- 
tôt ses grands mérites fixèrent l'attention du roi sur sa 
personne. Au cours des années suivantes, désirant quitter 
le service afin de pouvoir se vouer à l’industrie il offrit sa 
démission; le ministre de Marine la lui refusa, mais il eut 
recours au roi. Malgré les avis contraires et péremptoires 
de son ministre, Guillaume accorda à Roentgen sa demande 
en lui laissant son traitement, à titre de conseiller pour 
les affaires de mécanique. 

Comme directeur de l'établissement de Fijenoord à Rot- 
terdam, où il fit les inventions les plus importantes, par 
exemple celle de la machine-compound, Roentgen put tou- 


(t) d’Artigues à Falck,9 mai 1821. Archives de l'Etat La Have (Waterstaat na 
1814). 

(2) M.-G. de Boer : Leven en Bedrijf van Gerhard Moritz Roentgen, grond- 
vester van de Nederlandsche Stoomvaart Maatschappij thans Maatschappij van 
Scheeps en Werktuigbouw Fijenoord (Groningen, 19923). 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 939 


jours compter sur l'appui du roi, qui n'avait pas voulu 
devenir actionnaire, lorsque l'établissement faisait de 
bonnes recettes, mais qui n’hésita pas, dans les temps 
critiques qui suivirent la révolution belge, à hazarder de 
grandes sommes de sa propre caisse, pour secourir la 
fabrique très importante dirigée par Roentgen ({). 

Je ne puis insister ici sur la personne et l'ouvrage de 
Roentgen, qui mourut dans un hospice d’aliénés en 1851 ; 
j'ai publié d’ailleurs, depuis peu, sa biographie, avec des 
renseignements détaillés sur sa vie (?). 

Lorsque Falck demanda au jeune officier d'avenir de 
faire en Angleterre les recherches dont nous avons parlé, 
celui-ci accepta des deux mains. Depuis longtemps déjà il 
avait nourri secrètement le vœu de visiter les établisse- 
ments sidérurgiques d'Angleterre et il s’y était préparé 
par des études et des conversations avec des experts; une 
telle mission lui était agréable au plus haut degré (*). | 

Les recherches en Angleterre l’occupèrent pendant les 
derniers mois de 1821. Il avait reçu la mission de concen- 
trer surtout son attention sur les minerais de fer, où, 
comme en Belgique, le métal était mêlé à d’autres miné- 
raux. En outre il devait étudier tout ce qui avait trait à la 
fusion et au travail du minerai de fer. De grande impor- 
tance aussi était l’ordre de se procurer les dessins et les 
mesures des fourneaux et des machines dont on se servait 
dans l’industrie métallurgique ({). 

Roentgen partitle 21 juillet pour l'Angleterre, où il devait 
d'abord surveiller pour le Gouvernement la construction 
d'un bateau à vapeur destiné au passage du Moerdijk. 


(1) En 1895, la position de la Compagnie était très bonne, on avait offert au 
roi, au pair, des actions qui étaient cotées alors 110 p.c. Le roi répondait qu'il 
donnait de préférence son secours aux entreprises qui en avaient besoin. 
Après la révolution belge, le «le roi marchand » n’hésita pas à hasarder de sa 
propre caisse des sommes très importantes (200,000 florins) pour secourir la 
fabrique de Roentgen, dont les actions avaient baissé de beaucoup, à condition 
seulement que les actionnaires augmenteraient aussi leur participation dans 
l’entreprise. 

©) M.-G. pe Boer, Leven en bedrijf van Gerhard Moritz Roentgen. Les fonds 
où se trouvent les lettres citées dans cet article, y sont indiqués. 

(3) Roentgen à Falck, 20 juillet 1821. 

(+) L'instruction de Roentgen est datée du 3 août 1821, 


b36 M.-G. DE BOER 


Lorsque cette mission fut terminée, il visita le sud de l’An- 
gleterre, puis partit pour ies mines et les usines de fer des 
environs de Birmingham; de là il voyagea à Liverpool et 
ensuite en Ecosse ou il passa le mois de septembre; il 
séjourna surtout dans le district de la Clyde Il passa 
encore le mois d'octobre à Londres et à Portsmouth; il ter- 
mina son voyage par une visite au pays de Galles du Sud 
où il fit entre autre la connaissance de M David Mushet. 
Le 8 décembre il rentra en Hollande, muni de nombreuses 
notes et de dessins des principales machines (1). 

A côté de ses multiples travaux pour la marine, qui 
l’accabla de charges les plus diverses, il s’occupa à dresser 
son rapport sur l’état des usines de fer en Angleterre, un 
travail que le gouvernement attendait avec d’autant plus 
d’'impatience que l’on allait frapper le fer étranger d’un 
droit d'entrée assez élevé ; la question de l’amélioration 
du fer indigène devenait donc toujours plus urgente (?). 

Le rapport tant désiré, remplit un volume de 200 pages, 
et fut présenté au gouvernement le 24 août 1822 ; naturelle- 
ment je ne puis en donner ici qu’un aperçu trés Incom- 
plet (). En premier lieu Roentgen décrit le développement 
de l’industrie anglaise. Il indique comment la houille avait 
remplacé le charbon de bois, comment on avait agrandi 
les hauts fourneaux et construit une machine soufflante 
plus parfaite, « l'âme du haut fourneau ». Il attire surtout 
l'attention sur ce dernier point; autrefois on devait con- 
struire les hauts fourneaux près des cascades, pour uti- 
liser la force motrice de l’eau tombante ; maintenant la 
machine à vapeur permettait de les bâtir près des gise- 
ments de houille et de fer avec grande économisation de 
frais pour les transports. 

D'une très grande importance est aussi ce qu’il dit du 
choix du minerai. De bonne heure il avait compris, qu’en 
Angleterre on ne séparait pas le fer d’autres minéraux et 
que l’on se servait de minerais d’une autre espèce. Ses 
entretiens avec des techniciens anglais l'avait confirmé 


(1) Roentgen à Falck, 7 et21 août, 10 octobre, 2 novembre, 12 décembre 1821. 

(?) Falck à Roentgen, 30 mars 1822; Roentgen à Falck, 1er avril 1822. 

(5) Le rapport est publié dans l'Annuaire de V'Archief van Economische 
Geschiedenis. Economisch Historisch Jaarboek, 1924, page 1-108. 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 991 


dans cette idée; autrefois on s'était servi de minerai de 
terre d’alluvion, mais depuis qu’on avait employé des 
fours à coke, on s’était appliqué à la fusion d’autres mine- 
rais, spécialement du « clay iron stone », qui se trouvait 
beaucoup dans les houillères. 

Au début, la préparation du fer avait 6ffert de grandes 
difficultés, mais on avait fini par les surmonter. Le mine- 
rai se trouvait en grandes masses, ne contenait pas 
d’autres minéraux et fournissait un excellent produit. 

Ensuite il exposait le travail ultérieur du fer dans les 
forges, les fours à réverbère et les laminoirs, dont il avait 
apporté les dessins. Il finit son travail par un regard jeté 
sur l'avenir où le fer aura remplacé le bois et où les forges 
seront aussi nombreuses que les ateliers de charpentiér 
à l'heure actuelle. Il avait déjà vu des grues et un pont de 
fer ; ce métal servira aussi à construire des escaliers et des 
planchers ; on en verrait des tuyaux pour l'éclairage par 
le gaz ; on construirait des navires de fer et des bateaux à 
vapeur pour les Indes. Il prévoit que l’usage généralisé 
du fer produira une révolution complète dans beaucoup 
de domaines, une révolution qui donnera la richesse, la 
puissance et la grandeur à la- nation qui sera la première 
à appliquer cette découverte. 

Le rapport reçut un accuéil des plus favorables ; le 
ministre de l'Industrie nationale fut d'avis que les 
recherches faites avec tant de savoir, d'application et de 
succès, et spécialement les dessins détaillés de toutes les 
machines pour le travail du fer, avaient une valeur inesti- 
mable pour l’industrie nationale. Restait à savoir quelle 
voie il fallait suivre pour introduire ces méthodes dans 
les Pays-Bas du Sud. Comme Roentgen ne possédait pas 
les connaissances locales nécessaires, Falck lui conféra 
une nouvelle mission pour visiter les mines de fer et les 
forges dans les provinces méridionales afin de pouvoir 
présenter un mémoire sur la question. 

Nous pouvons suivre Roentgen, jour par jour, au cours 
de son voyage d'Angleterre; nous possédons par contre 
beaucoup moins de précisions sur son voyage dans les 
Pays Bas du Sud. Il à probablement visité d’abord Liége 
et Seraing, puis les forges et mines dans le pays de Namur 


D38 - M:-G. DE BOER 


et dans le Borinage. Dès son retour il commençait à éta- 
blir son rapport, qui fut déjà présenté le 7 janvier 1893 au 
Gouvernement et qui contient des données très impor- 
tantes sur l’état de l’industrie du fer belge à cette époque{i). 

Son mémoire débute par quelques observations générales 
sur la situation arriérée de l’industrie du fer belge, où 
aucune amélioratior n’a été introduite depuis vingt-cinq 
ans. À l’époque napoléonienne les maitres de forges 
s’enrichissaient en dormant: à l'heure actuelle ils ne 
peuvent plus tenir tête au fer d'Angleterre. Maintenant 
que l'ère des gros bénéfices était passée, ils ne faisaient 
plus d'efforts pour introduire des améliorations, qui 
nécessiteraient de grosses dépenses. Ils mettaient tout 
leur espoir dans le Gouvernement, qui, prétendaient-ils, 
devait empêcher l'introduction des fers étrangers. Toute 
préparation professionnelle faisait défaut; les fils des 
fabricants étudiaient les langues anciennes et négligeaient 
l'étude de la chimie, de la mécanique et de la minéra- 
logie. 

1 entra ensuite dans quelques détails, Tous les hauts 
fourneaux étaient chauffés au charbon de bois ; ils étaient 
de beaucoup trop petits et loin des endroits où l’on trou- 
vait des minerais de fer, près des cascades, afin de profiter 
des forces motrices de l’eau pour actionner les machines 
soufflantes (?). En établissant des barrages dans les vallées 
on avait essayé quelquefois de s’assurer là de plus de force 
motrice, sans pouvoir toutefois entretenir un appel d’air 
suffisant dans les hauts fourneaux dans les cas où l’eau 
manquait. On ne songeait pas à employer du coke; les 
laminoirs manquaient à une exception près; on travaillait 
le fer à l’aide de marteaux-pilons actionnés par l’eau, qui 
avaient une capacité insuffisante. Les directeurs et les 
maîtres de forges ne connaissaient pas leur métier et ils 


(:) Le rapport, publié dans l'Annuaire de la Société Economisch Historisch 
Archief de 1924, pages 103-149, est daté du 7 janvier 1822 (sic) ; l'Exhibitum 
est du 20 janvier 1893 (Waterstaat na 1813, n° 927). 

@) Sur un tabieau de Van Valkenborgbh, datant des environs de l'an 1600, je 
viens de découvrir la représentation d’un établissement de fer tel que Roent- 
gen en à Vu lors de sa visite aux provinces wallonnes en 1822. Voir Appen- 
dice IT. 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 039 


s’en remettaient de tout à des sous-ordres imprégnés de 
l'esprit de routine. 

I1 y avait quelques exceptions favorables, mais là encore 
les résultats ne répondaient pas aux dépenses faites, par 
suite de connaissances insuffisantes. Il cite spécialement 
M.Hanonnet-Gendarme, près Couvin dans le Namuroiïis, qui 
se distinguait par son zèle et son intérêt pour son industrie 
et qui avait fait un grand effort pour se procurer de meil- 
leurs. minerais de fer pour ses hauts fourneaux. « Cepen- 
dant, les connaissances professionnelles lui font défaut et 
des gens, qui se sont fait passer pour des hommes d’expé- 
rience, l’ont grossièrement trompé ». Par contre, il croit 
M. Cockerill à Seraing un praticien de très grande habi- 
leté, qui a obtenu de beaux succès dans ses forges et ses 
fonderies et qui s’est appliqué avec de beaux résultats à la 
fabrication de toutes sortes de machines. 

Cependant, la question essentielle était de savoir si lon 
disposait en Belgique de bonnes espèces de minerai de fer'; 
c'était là ce qu'il tenait pour le but le plus important de sa 
mission. 11 avait constaté peu de connaissances à ce sujet 
chez les propriétaires de mines; ils n’ignoraient pas que le 
« clay iron stone » ou fer argileux existait, maïs ils ne 
. savaient pas qu’il se trouvait en quantité suffisante. Bien- 
tôt, en descendant lui-même dans les mines, Roentgen 
eut des preuves convaincantes de sa présence; à Liége, 
où Cockerill lui facilitait beaucoup ses recherches, le 
minerai en question fut trouvé dans les houillères; des 
explorations dans les mines de Charleroi et de Mons 
avaient un résultat également satisfaisant ; dans plusieurs 
endroits on trouvait des gisements considérables, quel- 
quefois quinze couches superposées. En outre, la houille 
se prêtait admirablement à la fusion du minerai; aussi 
Roentgen s’attendait-il à pouvoir fournir le fer à des prix 
capables de soutenir facilement Ia concurrence du fer 
anglais. 

Un autre problème très important était de savoir ce 
que le gouvernement pouvait faire pour stimuler l'énergie 
des fabricants. Naturellement on pouvait fonder, comme 
d’Artigues et Huguenin l’avaient proposé, des établisse- 
ments nationaux. Roentgen cependant craignait qu’en ce 


010 M.-G. DE BOER 


cas, toutes sortes de règlements et des fonctionnaires trop 
nombreux n’empêchassent le développement de l’industrie; 
« tout ce qui, dit-il, entrave la libre application des forces 
et des moyens à une influence néfaste sur l’industrie ». Il 
voyait plus de profit dans la protection de l'initiative 
privée, spécialement celle de Cockerill. 

Celui-ci était un excellent constructeur de machines, sa 
fabrique était admirablement située: il saurait construire . 
des cylindres soufflants, des machines à vapeur et des 
laminoirs aussi bien que les Anglais, pourvu qu'on lui 
procurat des desseins à cet effet. Puis, et c'était là une 
chose de très grande importance, il était assez large 
d'esprit pour faire profiter éventuellement d’autres fabri- 
cants de son expérience. Jusqu'ici il avait fait venir ses 
gueuses de différents hauts fourneaux, d'Allemagne même; 
il s'était proposé depuis longtemps d'exploiter lui-même 
une houillère sur ses propres terres et de fonder des hauts 
fourneaux et un établissement complet pour le travail du 
fer à l’instar de Angleterre. Si le gouvernement vou- 
lait lui donner son appui et lui fournir une partie des 
sommes nécessaires, il se chargeait de fournir le reste 
de l'argent; en outre il demandait l’appui du gouverne- 
ment pour lui procurer les plans et les dessins nécessaires. 
Quoiqu'il en disposät, Roentgen ne se croyait pas à même 
de donner tous les renseignements nécessaires; il recom- 
manda d'attirer en Belgique un fabricant de fer anglais 
d’une réputation extraordinaire avec un certain nombre 
d'ouvriers ; il proposa David Mushet qui lui avait rendu 
de grands services lors de son voyage dans le pays de 
Galles et qui se montrait disposé à passer quelques années 
sur le continent. Roentgen ajouta à ses propositions quel- 
ques autres idées d’ordre plus général; il fallait créer 
une école supérieure et un musée des arts et métiers, où 
l’on exposerait toutes sortes de modèles; puis il propo- 
sait de diminuer petit à petit les droits d'entrée sur les 
fers étrangers afin d’obliger les fabricants à améliorer 
leurs hauts fourneaux et leurs forges. Il voulait encore 
payer les ouvriers à la pièce au lieu de leur verser un 
salaire journalier afin de les inciter à plus de zèle et à une 
production plus soignée. 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 41 


Le rapport de Roentgen, présenté déjà le 7 janvier 1823 
au gouvernement, ne manqua pas de produire son effet; 
trois semaines après, Falck soumit à Sa Majesté la propo- 
sition de faire consentir à Cockerill un prêt par la Société 
Générale Néerlandaise pour favoriser l'Industrie, qu’on 
venait de fonder. La chose ne se fit pas de cette manière; 
Cockerill annoncça le 93 février, qu’il ne voulait pas avoir 
à faire avec cette société, probablement parce qu’il aurait 
dù grever ses établissements d’une hypothèque. Aussi 
Falck proposa d'avoir recours à d’autres moyens; le 
Fonds de l’Industrie, également fondé depuis peu, sub- 
ventionnerait Cockerill en lui faisant à deux reprises une 
avance de 150.000 florins. 

La convention, soumise à l’approbation du roi, n’était 
pas strictement fondée en droit, mais elle était établie sur 
la bonne foi, provenant de la satisfaction des deux partis 
de leurs anciennes conventions et relations. 

Cockerill se chargeait d'exploiter une houillère, de con- 
struire un chemin de fer pour le transport de la houille 
et une machine à vapeur, un haut fourneau alimenté de 
coke et pourvu de machines à vapeur qui actionneraient 
les machines soufflantes, ensuite un four à puddler, des 
laminoirs, une raffinerie, des chaufferies, etc. Les frais 
étaient évalués à 600.000 florins, dont il toucherait la moitié 
en deux ans à titre de prêt à un intérêt de 3 p.c.; le 
remboursement s’effectuerait à partir du 1% juillet 1895, 
sous forme de fournitures au gouvernement. Pendant les 
deux années suivantes, il construirait encore quatre hauts 
fourneaux. Afin de favoriser les affaires des autres fabri- 
cants, Cockerill acheterait pour ses laminoirs du fer de 
fonte produit par d'autres hauts fourneaux belges; en 
outre, il s’engagea à tenir son établissement accessible 
pour les maîtres de forges du Royaume, à leur fournir, 
à leur demande, les éclaircissements nécessaires, et à 
leur faciliter, grâce aux mécaniques et instruments en 
usage chez lui, l'introduction dans leurs fabriques de 
méthodes et de procédés perfectionnés. Le gouvernement 
avait le droit d'envoyer deux personnes à la fois, desti- 
nées à se familiariser avec la nouvelle fabrication de fer; 
Cockerill ferait tout pour favoriser leur instruction. 


31 


549 M.-G. DE BOER 


Ainsi fut fait; le 20 mai 1823, M. Falck fut autorisé par 
ordonnance royale à conclure le contrat sous ces condi- 
tions {1}. On n'avait pas perdu de vue les autres sugges- 
tions de Roentgen; cela ressort du fait, que le haut 
fourneau, achevé en 1826, fut construit sous la direction 
de l’homme que Roentgen avait mis sur les rangs, David 
Mushet(?). La lacune qu'offre la description de sa vie dans 
le Dictionary of National Biography doit être expliquée 
par son séjour en Belgique. 

Le gouvernement ne se borna pas à aider Cockerill. Nous 
avons constaté que, dans son rapport, Roentgen avait 
parlé en termes assez favorables du fabricant Hanonnet- 
Gendarme à Pernelle, près de Couvin. Celui-ci parait 
avoir été vivement impressionné par la visite de Roentgen; 
dans une lettre, adressée aussitôt après au ministre 
Falck (°), il loue les connaissances approfondies de Roent- 
gen sur le système adopté en Angleterre pour y traiter 
le fer; il parle du mécanisme des machines soufflantes 
anglaises, des divers laminoirs à l’aide desquels les Anglais 
parviennent avec plus de promptitude et à la fois avec une 
économie extrème à procurer à leur fer le plus haut degré 
de qualité. 

« La description que M. Roentgen fait de leurs laminoirs, 
présente tant de simplicité que, malgré l’énorme dépense 
que j'ai déjà faite pour en établir un, je n’hésiterai pas d’en 
construire un nouveau, si Votre Excellence daiïgnait m’ac- 
corder la faveur de consentir que M. Roentgen me pro- 
duisit les plans et les instructions convenables ». Lui- 
même ne dispose pas de personnes sachant construire les 
nouvelles machines ; il fait appel au concours du ministre 
à cet effet et il demande aussi son concours financier. 

Cette lettre paraît avoir donné lieu à des négociations 
et le 20 avril Hanonnet présente une nouvelle requête pour 
demander un prêt de 200,000 florins (f). | 


(1) Les pièces, relatives à Cockerill, se trouvent dars les Archives de l'Etat, 
à la Haye (Waterstaat na 1814 : 1893, nos 925-998). 

(?) Manarm. Les débuts de l'établissement John Cockerill, p. 175. 

(#) 14 nov. 1822 (Waterstaat na 1813-1822, n° 966). 

(4) Le contrat fut signé le 8 décembre 1823. Voir pour des purticularités 
mon : Leven en bedrijf van &. M. Roentgen, 2 D. 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 543 


Une autre requête avait été adressée au gouvernement 
par Cockerill, qui demandait la construction d’un pont sur 
la Meuse près de Seraing et se déclarait prêt à donner un 
subside important. Lorsque Falck voulut à cet effet char- 
ger Roeutgen d’une nouvelle inspection dans les provinces 
du Sud pour pouvoir faire des propositions au roi, le 
ministre de la Marine, qui voyait avec regret le jeune offi- 
cier entièrement occupé par'un autre département ne 
voulut pas le céder. Mais lorsque Falck lui communiqua 
que la présence de Roentgen dans les provinces du Sud 
était très urgente et que Sa Majesté désirait en termes 
exprès que la mission lui fût confiée, il dut obéir (1). 

Nous ne pouvons pas suivre Roentgen à la trace cette 
fois; il fit les projets d’un pont suspendu en fer, entre 
Seraing et Jemeppe, ouvrage remarquable. dont il atten- 
dait les meilleurs résultats à titre d’exemple et d'essai. En 
même temps il présenta un rapport détaillé sur les établis- 
sements de Hanonnet et proposa de lui accorder également 
l’appui du gouvernement pour l’extension de ses établisse- 
ments, sous un contrôle plus efficace cependant qu'il ne 
jugeait nécessaire pour Cockerill, et avec la condition 
spéciale, qu'il devait donner de l’extension à ses mines de 
fer et vendre son minerai à un prix fixé d'avance aux pro- 
priétaires des autres hauts fourneaux (?). 

En 1833 et 1824 les relations de Roentgen et de Cocke- 
rill sont devenues toujours plus étroites; l’industriel lié- 
geois, sur les instances de Roentgen, a puissamment 
contribué à favoriser la constitution de la Société néerlan- 
daise de bateaux à vapeur, à Rotterdam (°), dont Roentgen 
devenait le directeur; c'est Roentgen qui a fourni à 
Cockerill les projets des premières machines à vapeur 
pour bateaux, que eelui-ei a construites; il a promis de 


(1) Ministre de la Marine au Ministre de l'Industrie Nationale, 16 juin 1893. 
Roentgen au Ministre de l'Industrie Nationale, 26 juin 1823. Pour les détails 
voir mon livre Leven en Bedrijf van Gerhard Moritz Roentgen, 28, et les sources 
y indiquées. 

(:) Sur les relations avec Hanonnet voir plusieurs documents à la Haye, 
Kabinet 18923, 1497. 14 mai, 11 juin, 16 oct., 21 oct., 6 déc. et S déc. 1893. 

(3) Aujourd’hui Maatschappij voor Scheeps- en Werktuighouw Fijenoord. 


544 M.-G. DE BOER 


lui confier les inventions dont l’inventeur de la machine- 
compound s’occupait déjà à cette époque (1). 

Entre les sociétés de Seraing et de Rotterdam, une 
communauté d'intérêts fut créée; Cockerill promit de ne 
construire des bateaux et des machines à vapeur pour 
bateaux que pour la compagnie de Roentgen; celle-ci 
promit de faire construire, de préférence par Cockerill, 
toutes les machines à vapeur qui lui seraient nécessaires. 
Comme le Gouvernement imposait à toute compagnie 
qui voulait entamer la navigation à vapeur, la condition 
de ne faire usage que de machines construites dans le 
pays, et que la société de Cockerill était la seule qui pou- 
vait les construire, la société de Rotterdam jouissait ainsi 
d’un monopole assez dangereux, et le développement de la 
navigation à vapeur, dont le gouvernement faisait grand 
<as, pouvait être entravé d’une manière très efficace. 
11 y avait encore autre chose. Dans un mémoire sur l’ap- 
plication des machines à vapeur aux vaisseaux de guerre, 
Roentgen avait élaboré des plans très remarquables ; il 
proposait de construire des vaisseaux à vapeur à éperons, 
des cuirassés montés d’une pièce d'artillerie extrêmement 
forte, précurseurs des Merrimac, des Monitor et des 
Dreadnought. 11 voulait construire des bateaux remor- 
queurs, qui pourraient rendre de très grands services dans 
les batailles navales et qui pourraient trainer les vaisseaux 
de guerre des ports jusqu’en pleine mer. Il proposa même 
de bâtir un paquebot pour entretenir les communications 
avec les Indes orientales. Tous ces plans furent approuvés 
par le roi; beaucoup de machines à vapeur devaient être 
construites eb le roi, effrayé du monopole dont Cockerill 
jouissait, ordonna à Roentgen d'élaborer des plans pour 
l'érection d’un établissement d'État dans la partie septen- 
trionale du pays pour la construction de machines à vapeur. 

Roentgen, conseiller pour les affaires de mécanique, fut 
chargé de chercher un directeur de cette fabrique en Angle- 
terre. Cependant lés plans furent divulgués et Cockerill en 
eut connaissance. Sans hésiter, il proposa le 13 mars 1895 





(4) Les archives de Fijenoord, conservées à la Haye, contiennent des lettres 
{très importantes sur cette matière. | 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 545 


au gouvernement de lui vendre la moitié de son établisse- 
ment, pourvu qu’on conclüt avec lui un contrat d’associa- 
tion. Le protecteur de Roentgen, le ministre Falck, était 
précisément parti en ambassade en Angleterre; M. d'Oma- 
lius se chargea des négociations et, en quelques semaines, 
l'affaire se fit à l’insu de Roentgen, qui avait justement 
trouvé un homme expert en Angleterre ({)} Ce n’est donc 
pas, comme on dit ordinairement, Guillaume I°, mais le 
gouvernement, qui a été intéressé pour la moitié du capital 
dans la maison Cockerill. Il résulte cependant des archives 
privées de Sa Majesté la reine des Pays-Bas, qui m'a gra- 
cieusement permis d'y faire des recherches, que le roi 
aussi s’est intéressé pécunièrement, à une époque que je 
ne saurais préciser, pour une somme considérable qui 
s'élève à plus de 50,000 florins. 

- De cette manière les chemins de Roentgen et de Cocke- 
rill se sont séparés. Lors de la nomination d’un délégué du 
gouvernement à l'établissement de Seraing, Cockerill émit 
le vœu « que Roentgen n’intervienne en aucune manière 
dans la surveillance de l’établissement de Seraing »; sur 
la demande expresse du gouvernement il devait rompre le 
contrat conclu avec la société de Rotterdam. Roentgen, de 
son côté, allait établir près de Rotterdam, à Fijenoord, le 
célèbre établissement qui occupe encore aujourd’hui dans 
le monde industriel une place si importante. Grace à lui 
la Hollande pouvait s'affranchir, pour la fabrication de 
machines, de l’industrie belge, chose très importante aus- 
sitôt que les deux pays se sépareront. 


Dernièrement, M. Terlinden æ soutenu dans un article 
remarquable (?), « qu'il faut reconnaître qu’en matière 
économique Guillaume I® voyait juste et grand ». « On 
peut dire qu’à la fin du règne, le roi Guillaume, avec l'élite 


t 


(t) La valeur de l'établissement fut évalué 2,118,000 florins,: y compris les 
deux houillères Henri Guillaume et Collard; les contrats de vente .et d’asso- 
ciation, l'inventaire de l’établissement, l'instruction du délégué du gouver- 
nement et sa correspondance avec le ministère se trouvent dans lés archives 
néerlandaises de la Haye; j'espère pouvoir donner ultérieurement les détails. 

(2) La politique économique de Guillaume [e*, roi des Pays-Bas. Revue His- 
torique, 1922. As | 


546 M.-G. DE BOER 


commerciale et industrielle du royaume, s'était rallié à un 
système mixte, à un protectionisme modéré, conforme 
aux besoins de la nation ». 11 ajoute que le gouvernement 
de ce roi « mérite les plus grands éloges pour les efforts 
qu'il multiplia en faveur de toutes les branches de l’activité 
nationale ». 

I1 me semble que les résultats de mes recherches au 
sujet de l’industrie métallurgique de Belgique corroborent 
cette opinion. Je crois avoir prouvé ce que jai dit plus 
haut, savoir que les recherches de Roentgen en Angleter:ie 
et en Belgique et le concours prêté à Cockerill en 1623 et 
1825, font partie d’un programme de travaux bien étudié 
et exécuté avec un remarquable esprit de suite, un pro- 
gramme qui à porté des fruits, non seulement pour 
Cockerill, mais aussi pour l’industrie métallurgique de la 
Belgique entière. J'ai été particulièrement heureux de 
pouvoir retracer dans cette Revue le tableau de l’activité 
de Guillaume If, qui, personne ne le niera, a commis de 
graves fautes en matière politique, mais qui a rendu éga- 
lement des services très importants au peuple belge, sur 
lequel, à une heure néfaste pour la Hollande, le destin 
l'avait appelé à régner. 

M.-G. DE BoERr. 








DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 547 


APPENDICE I: 


Lijst de namen bevattende der bezitters van de hoogeovens of 
ijzer smelterijen, zooals ook der groote smederijen, welke zich 
bevinden in de provinciën Luik, Namen, Henegouwen, enz., 
opgemaakt in September 1818 (1). 


(a) Aantal van de 





(:) HuGuenix, Verhandeling over het Nederlandsche ijzer (voir p. 530). 

(a) In de affineriën wordt het in gueusen gegoten ijzer tot ruw gesmeed 
ijzer gemaakt; daartoe wordt een gedeelte van een ijzeren gueus op een 
smedehaard, door middel van houtskolen — met windpijpen hevig aan- 
geblazen — tot een vlocibaar deeg gebragt; hetgeen dan op een aambeeld, 
met een zwaren ijzeren hamer, door een waterrad gedreven zijnde, in gesmede 
staven wordt gevormd. Ofschoon bij deze bearbeiding vele onreinigheden en 
niet tot het ijzer behoorende stoffen (laitier of slakken) uit deze massa worden 
gedreven, is dit eerste gesmede ijzer nog niet volkomen gezuiverd en wordt 
deswegens ruw ijzer genaamd. Dit ruw gesmede ijzer wordt vervolgens, door 
middel van een ligter hamer (maka), welke evenwel mede door een waterrad 
wordt bewogen, tot dunner en mecr gezuiverde staven gebracht. 

In de snijderijen (fenderiën) worden de laatstgemelde staven in dunne repen 
gekloofd ; welke onder den naam van bandijzer (fer fondu) bekend zijn. 

De pletmolens (laminoires) bestaan uit zware ijzeren cylinders, welke door 
waterraden rond worden gedreven; waartusschen men gloeiende dikke ijzeren 
platen in dun plaatijzer (tôle) hervormt. 


Foie Pat 2 Plaatsen waar À ‘ À 
Namen der eigenaars Plaatsen waar de | 3 e à pue | £ £a OA, 2 
5 © de smederijen | DE . 4 . |“ & : a 
= U S = Der or) & A d a 
| hoogeovens ec tot het EME IE TE 
or M S6 S SuPellsEs [fcrel 8% 
en ijzersmelterijen | © % | bewerken van AST ei ES D< 2 £ [= 
buurders S ËE 7er Sal 27 |[F35abma.s 
É D 7 © w. E M ro D = DE Qu 10 
zich bevinden. a zijn gelegen. [2325| 23 [5722 
CRT el = Le Le) 
FL. PROVINGIE Luik 
JANINE 41: Dieupart 1 = + — ss _ 
Lezaac . Chanxhe fl a sh Æ 2e 2e 
Ancion de Ville . . Ferot il Raborrie bi] 1 — — — 
Erwagne 
Thonus de Paauw . Venne 1 = —— — — — 
Idem. k Basse Rasy 1 = 2 re —s Fr 
N. Jaumenne . . . Huy 1 Huy 3 1 — — 
DALOYERM Ne . Id. L'reverber Id. — —- + D 
oven 
Dautrebande . . . Id. 1 Id. I ! —- 2 


048 











M.-G. DE BOER 


Plaatsen waar 


Aantal van de 











n = 
r : h! Plaatsen waar de | & ot. 2) or À 
Namen der eigenaars L ä | desmederijen | a tS Gr 6 gas £ a 
_ hoogeovens e & ot het 28 ÈS £ 2 EE £ ë 
à . .. Lu La » ré Le 
en ijzersmelterijen | © % | bewerken van 22% 5 de ££ © 3 £ El 
S . LÉSEl «6 |[£32:8| &S 
huurders. zich bevinden. D W ME à 5 LES S > 5 Fe leon 
& zijn gelegen. [538 | &°.|=#wS.7 
& L: A .= 
4 a > 
[T. PRovINGIE NAMEN 
Thonus. Fraine 1 — —— — — — 
Moncheur Rimdotte { — — — — — 
Demontpellier Selaineaux 1 — — —— — _— 
Zoude-Mazure Samson 1 Samson 3 F: — | 
Raimond, frères et 
sœurs _—_ 1 Id. j 1 Il — 
Maurissen . Goyet 1 Goyet 3 — — — 
Remy — — Samson " 1 _— — 
J. J. Jaumenne h < — Id. FA — 24 _— 
Raimond, frères et 
sœurs Hayniaux 1 — — — — — 
J. J. Jaumenne Marche les Dame 3 [Marche 7 — — — 
les Dame 
Ve Misson . Wepion il ——- — — — 
Donau . Tailfer il — — — — — 
Raimond de Sevrin . | Burnot 1 Burnot 3 1 1 — 
, fl 
Ve Misson . | — —— Id. 2 — — — 
} 
ll 
= 4 . 
Damoiseaux Rouillon l _. = 2° — 2 
Charles de Moreau Id. il — — —— — —- 
André de Moreau Id. | Rouillon 3 | — — 
Donau _— — Id. | 1 — — 
De Montpellier — — Annevoye 3 — —— — 
De Wilmet. = —- Yvoir 4 | 1 — 
Ch, de Moreau — — Id. 2 — — —- 
Amand . S — Yvoir 3: — — —— 
Damoiseaux — — Id. 2 —- — — 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE 





Namen der eigenuars | Plaatsen waar de é 
F hoogeovens . 
en ijzersmelterijen | © 
ni | zich bevinden. ë 
DAUCHAN. Cou NUE — 
[dem RER Moulin 
Idem TAB . —- 
Amand. . . . .|  Bouvignes 
Iderrae fn LEA. Moniat 
ALLER SCENE PER — 
PauliMaben. |.) .. 7: 
Baron de Rosee . . = 
Idem PEER E + 
Idem SRE ea 
J. J. Jaumenne . . | Le 
Gerard Fallon, . .l: — 
Gerard et Stevenare. | + 
Demontpellier . . — 
IT. PROVINGIE 
HENEGOUWEN EN ZUIin- 
BRABAND 
MOPOISSAUER. L 7- Gougnies 
Decartier L’ainé . . |. — 
HÉISOPETENL AN 7. | +— 
Le Jeune Re. —— 
ONE. Hourbe 
HÉHDrESSE UN. | Gignard 
Ve Decartier . . .| 2 
{dem à hérér 2 


LUS TUE HÉROS as 


0 
smelterijen. 


l 


Plaatsen waar 
de smederijen 
tot het 


bewerken van 


ijzer 
zijn gelegen. 
Yvoir 
Moulin 


Marusoux 


Anseremme 

Weillen 

Boussain 
Lagnée 

Ermeton 

Mazy 
Moulin 
Id. 


Salzinne 


Gougnies 
Id. 
Aiseau 


Morlanwez 


Gignard 
Monceau 
Zone 


Bomerée 


049 


Aantal van de 





werkplaatsen 
waar het ijzer ge- 


zuiverd wordt 


(affineriëén . 


hamers (martinets 
ou makas). 


! 


snijderijen tot Klo- 

visg van hetijzer in 
dunne repen 
\fenderies). 


ts 


Pletmolens 


{(laminoirs) 


990 


M.-G. DE BOER 








Aantal van de 








2 Plaatsen waar : v, É. 
Te NA Te Plaatsen waar de | 3 . à = TE. 
Namen der eigenaars ; 3 | desmederijen [3% .| #,. |= & s.| £% 
hoogeovens 2 2 het AgSSa| La [srae| $ 2 
of 555 Sarre S4 | 
en ijzersmelterijen | © % | bewerken van [Se © Je 2=o2| 3 £ 
Sn si “£dE| v Poele 
huurders. Sioh bevinden: S % ijzer = PRE £ 2 £ S 26 ere 
se zijn gelegen. [332 = Eve — 
& 5 es] 
= AT 
Lottin — — Biatrau 1 — - — 
Puissant. 2, 1h — Hameau 2 — — _ 
Besme Clabeck 4 buit | Clabeek (1) 1 1 — — 
werk 
Diverse eigenaars . — Jemappe £) 3 —- — 
Huart Chapelle LE — Charleroi — 1 — — 
IV. KANTONS, LAATSTE- 
LIJK AFGESTAAN AAN 
HET KONINKRIJK DER 
NEDERLANDEN, 
Paul Maibe Feronval 1 buit Feronval 2 _ — — 
werk 
Idem À eu à d — | Hautmarteau 3 _ — — 
Paul Barchifontaine. |  Solze St-Gery 1 |Solze-St -Gery 4 — + _ 
aul Maibe. Ÿ- — |: Monbillard l — eus = 
Idem à où ns Ostenne 2 es cs 
Deschamps Dabreu- 
quez . Mâcon il ra Br: mt e dsl 
Deschamps Se — Macquenois 2 a ES — 
Comte J. de Caraman Slogne fl — es — pe __ 
Idem. D re — Limelette 2 — _ — 
C. Deprez . + — Jean Petit 1 — — — 
Licot ce — St-Nicolas 1 — -— — 
Idem — —— bij Brutart 1 — — —- 
Fr. Deprez. —— era Virelles 2 LE ss de 
Savary et Comp. — — Lompres 2 = — — 
Bandelot — — | Forge St-Gé- | — — — 
rard 
Hanonnet Gendarme — = Forge il — — T- 


(1) Gelegen bij Hal, ruim twee 


du Prince 


uren van Brussel. (Fr. Clabecq). 





Namen der eigenaars 
of 


huurders. 


en ijzersmelterijen 


Plaatsen waar de 


hoogeovens 


Zich bevinden. 


Getal der ovens 
0 
smelterijen 


Plaatsen waar 
de smederijen 
tot het 
bewerken van 
ijzer 
zijn gelegen, 


DÉBUTS DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE JL 


Aantal van de 








fin 
© 8 Chr 
a tes . a AO a. 
À 5 es s NS © — 
Ado RL EE S.— à 
BN E:o0 AS Es vd 2 
RE ME S © HE 
agrs| ÊS |2<02 
MERÉMart [Reese 
: MIS À 
ul - = à © = © 
SEE] 85 |[$>5 
CREME ST & = DT 
NN = = = 
ë E (| 
> 


Pletmolens. 
Jaminoirs) 





Hanonnet Gendarme 
HPnschetnt it. 
Fr. Déprez en Comp. 
Savary en Comp.. . 
Fr. Deprez en Comp. 
Racot ! 

Fr. Deprez. . 

Le Comte de Mérode 
Paul Maibe . 

Licot de Gurge 

De Rosée . 

Paul Maibe 

De Valensard . 

Paul Barchifontaine. 
Renaux Maque 


Paul Maibe en Paul 
Barchifontaine. 


Ve Decartier 
Ve Lottin 

Ve Decartier 
Maus 

J. L. Puissant. 
F. Puissant 
Maus . 


De Valensart . 


Pernelle 1 
Platinerie 1 
St-Barbe 1 
St-Roch r. 
Boussus 1 
Nismes 1 
Roly 1 
Santour 1 
Falemprise 2 
Battefer buiten 
werk 
Id. — 
Rossignol 1 
Feroule buiten 
werk 
Yves 1 
Saint Lambert | 1 
Fromont 1 
Morialmez 1 
Riz Massart 1 
Poncet 1 


Thy le Chateau 1 


Pernelle 


St-Roch 


Boussus 


Battefer 
Jardinet 
Berzee 
Rossignol 


Neuve Forge 


Yves 


Thy le 
Baud'huin 

Thy le 
Château 





552 M.-G. DE BOER 


Aantal van de 








2 Plaatsen waar 4 
AAC Rare Plaatsen waar de | 7 . rh 2 CL ; 
Namen der eigenaars L a | desmederijen a 5 . | 19 AS e ni 2 #4 
; hoogeovens we tot het SSSe LE Sr ae) fes 
_. _ = AU EX : D n° = 
en ijzersmelterijen | © 7% | bewerken van Sze oi SE ve 0.5 £ & 
: S LE ii #£é0E| a CAE cp 
huurders. ich bevinden s 4 ijzer PME & Ë 2 E S 52 bn es 
FA zijn gelegen. |>S23— & 20 — 
z ee GE 
Amand or Vaux 1 — ne — — Au 
Deceve en Rousseau. Lavalette l — — | — — _— 
Baron de Rosee . . Saint Aubin 1 — — — — — 
Gauthier Puissant . — —- Couilliet — l — — 
Fe #auBonte 1e. 2e — — Arquenne - 1 — — 
Debanque nn tee — — Houdeng — 1 — — 
PrARCOIS EN HRTNRIES — _ Soignées — 1 —- — 
Ve Lafontaine. . . — — Saint Remy — 1 — —— 


APPENDICE II 


Grâce à un heureux hasard je viens de découvrir sur un 
tableau de Van Valckenborgh, datant des environs de l’an 1600, 
une représentation très curieuse d’un établissement de fer tel 
que Roentgen en a vu encore lors de sa visite aux provinces 
wallonnes en 1822. 

L'établissement occupe tout le devant du tableau qui dans son 
ensemble représente un paysage de montagne. Tout à gauche, on 
tire le minerai d’une mine, on le broye et on le lave; à côté, on le 
transporte dans des brouettes à un fourneau à fonte chauffé 
apparemment au bois : le minerai est introduit par derrière ; une 
roue hydraulique sert sans doute à faire circuler un courant d’air 
dans le fourneau. 

Sur le devant, le métal fondu s'écoule du fourneau ; des gueuses 
incandescentes sont visibles dans le sable A gauche se trouve la 
forge, munie également d'une roue hydraulique, servant pro- 
bablement à manœuvrer le marteau-pilon. Tout à droite, près du 
fleuve, on voit peser et embarquer le fer. 

Le tableau en question, qui se trouva dans un magasin d'art à 
Amsterdam, est un souvenir très curieux d’un temps où la tech- 
nique du fer était encore très primitive; il a été acquis par les 
Archives économico-historiques (Economisch Historisch À rchief), 
Prins Mauritslaan, 53, s'Gravenhage ou ceux, qui s’y intéressent, 
peuvent l’étudier. 


La Belgique et la France 
au lendemain du coup d'État 


Dès la chute de la monarchie de juillet en 1848, Léo- 
pold I manifesta les craintes suscitées en sa pensée par 
l'ascension probable de Louis-Napoléon à la tête du gou- 
vernement français (?). Cependant, jusqu’au jour où éclata 
le coup d'État, les relations entre le Roi et le Prince-Pré- 
sident ne laissèrent pas à désirer, bien qu’en Belgique 
on ne vit pas lavenir sans défiance (*). Quand le 2 dé- 
cembre 1851 eut renversé les institutions républicaines, 
les soucis s’accentuèrent. « On ne peut pas encore se for- 
mer une opinion exacte, écrivait trois jours après le coup 
d'État, le roi Léopold à la reine d'Angleterre, mais je suis 
porté à croire que Louis Bonaparte réussira. Le pays est 
fatigué et désire avoir la tranquillité et si le coup d’État la 
lui donne, il n° y fera pas d’objection et laissera le gouver- 
nement parlementaire et constitutionnel se reposer pour 
quelque temps, Je soupconne qu’un gouvernement mili- 
taire à Paris sera vu avec plaisir par les grandes puis- 
sances du continent; elles vont un peu loin dans leur haïne 


(t) Extrait d’un livre en préparation : Le mariage de Leopold IT. — Tousles 
documents dont nous nous sommes servis pour préparer ce travail, sont 
extraits des archives diplomatiques du département des affaires étrangères. 
Les lettres de nos agents à l'étranger auxquelles nous renvoyons et dont nous 
ne mentionnons pas le destinataire sont toutes adressées au ministre des 
affaires étrangères, M. d'Hoffschmidt. 

(?) Lettre de M. S. van de Weyer, ministre de Belgique à Londres, au roi 
Léopold fer, du mois de juin 1848. 

(3) « Rogier, ministre de Belgique à Paris », écrivait, le 2 décembre 1851, 
l'ambassadeur d'Autriche en France, « ne cachait pas ses inquiétudes. Il sait 
que Louis-Napoléon déteste, hait et craint les d'Orléans ». Comte ne HüBNer, 
Souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, t. 1, p.19. 


D54 A. DE RIDDER 


de tout ce qui est par'ementaire. Le Président prend déjà 
quelque chose de Napoléon, Je crois savoir qu'il s’est 
déclaré mécontent de moi, comme si j'avais trop soutenu 
la famille d'Orléans. Je rends parfaite justice au Prési- 
dent, qui, jusqu'ici, ne nous a nullement importunés, mais 
nous nous sommes également abstenus de toute interven- 
tion... S'il s'établit quelque chose qui ressemble à un 
empire, nous aurons peut-être beaucoup à souffrir un 
moment, car la gloire française jettera indubitablement un 
coup d'œil sur les vieilles frontières. Mes espérances c’est 
que les Français seront très occupés chez eux, pendant 
quelque temps, car les querelles de parti battront leur 
plein (1). » 

Victoria avait souhaité l'élection de Louis-Napoléon à la 
présidence de la République (?); elle partageait cependant 
les appréhensions du roi des Belges. « Avec un homme 
aussi extraordinaire que Louis-Napoléon, lui disait-elle, le 
3 février 1852, on ne peut se sentir un seul moment en 
sécurité. Soyez assuré que toute tentative contre la Bel- 
gique serait pour nous un casus belli (°).» 

Un mois après, le à mars, Léopold renouvelait à sa 
royale nièce l'expression de ses craintes et décrivait, par 
une comparaison pittoresque, la situation de la Belgique 
vis-à-vis de la France : « Nous sommes à peu près ici dans 
la fâcheuse position des habitants des pays chauds qui se 
trouveraient dans leur lit en compagnie d’un serpent : ils 
n’osent faire un mouvement dans Ja crainte d’irriter l’ani- 
mal et, cependant, ils ne peuvent guère rester immobiles, 
car ils ont bien des chances d’être mordus (#). » 


(1) Barpoux, La reine Victoria d'après sa correspondance intime, L. AH, p. 508. 

(2) Idem, t. 1, p. 300, 303 et 305. 

(®) Barpoux, idem., t. IE, p. 543. 

Ailleurs encore qu'en Belgique et en Angleterre, on se défiait des intentions 
de Napoléon II à notre égard. Le baron de Humbolt, l'homme d'État prussien, 
écrivait, le 43 octobre 1853, à la duchesse de Dino : « L'homme qui, aux Tui- 
leries, ne parle pas, mais rumine d'autant plus, est bien aise de la rupture des 
traités, de ces provinces occupées qui semblent lui donner des droits ana- 
logues; sa haine personnelle et politique est dirigée de plus en plus contre 
la Belgique. » Duchesse pe Dino, Chronique, t. IV, p. 129. 

(4) Barpoux, La reine Victoria, t. [f, p. 508. 


BELGIQUE ET FRANCE 595 


Les ministres belges unissaient leurs craintes à celles de 
leur souverain. Ils se demandaient si, pour se maintenir, 
le pouvoir nouveau ne serait pas entrainé, sous l’influence 
de l’armée et des souvenirs napoléoniens, hors des voies 
pacifiques. On leur avait rapporté des propos tenus par des 
familiers de l'Elysée, et où se manifestaient ouvertement 
des espoirs de conquête. D’après M. Thiers, on formait 
dans leur milieu des plans ne visant à rien moins qu’à 
un remaniement de la carte de l’Europe. « Des négo- 
ciations sont déjà entamées dans ce sens, auraient-ils dit ; 
l'Autriche redoute pour la Lombardie le voisinage d’une 
tribune italienne. Elle prendra le Piémont et Bonaparte 
prendra la Belgique. La Prusse, qui ne voit pas d’un œil 
favorable le régime de liberté fondé chez ses voisins, ne s’y 
oppose point. Bien plus, si on lui offre une compensation 
au détriment des petits États d'Allemagne, elle s’y pré- 
tera de bonne grace. Quant aux autres puissances on 
avisera {1). » 

« Tels sont les rêves, écrivait le 16 décembre 1851, 
M. d'Hoffschmidt, ministre des affaires étrangères, à 
M. Nothomb, ministre de Belgique à Berlin, que l’on 
caresse, dit on, à l'Elysée. Ils ne mériteraient pas de nous 
arrêter un seul instant si les coups de tête, plus encore que 
les coups d’État, n'étaient dans les habitudes des hommes 
qui entourent le prince Louis-Napoléon. Que ce soient là 
des conspirations de prétoriens en débauche, comme disait 
le général Changarnier, ou des boutades de prétoriens en 
goguette, comme les appelle M. Thiers, je le veux bien, 
toujours est-il qu’elles révèlent des symptômes, des ten- 
dances, sinon des desseins arrêtés, et que nous aurions 
tort de n’y prêter aucune attention. Ce sont des avertisse- 
ments dont il faut, au contraire, tenir compte. » 

On avait cité aussi aux ministres belges le texte d’un 
décret en deux articles signé par l’empereur et tenu prêt à 
être inséré au Moniteur : « Article I. Le royaume de Bel- 
gique, la Savoie et les provinces rhénanes sont réunies 
à la France et redeviennent départements français. 


(1) Lettre de M. d'Hoffschmidt du 16 décembre 1851 à M. Firmin Rogier et 
au baron Nothomb. 


556 A. DE RIDDER 


Article IT. Le ministre de la guerre est chargé de l’exécu- 
cution du présent arrêté (1). » 

Puis, comme s’il voulait donner créance à ce bruit, le 
général Saint Arnaud, ministre de la guerre, dans un rap- 
port du 26 décembre 1851, reproduit par Le Moniteur uni- 
versel du 28, avait écrit que la division militaire de Stras- 
bourg etait destinée à ne pas être modifiée tant que les 
frontières elles-mêmes ne changeraient pas (?). On envisa- 
geait done à Paris l'éventualité d’une modification pos- 
sible des limites françaises. Sur quels points aurait-elle 
porté? Quand? Comment serait-elle opérée? Jamais une 
explication admissible ne fut donnée à cette phrase. 

Si le cabinet de l'Elysée n’allait pas dans ses plans jus- 
qu’à envisager des buts de conquête, ses idées politiques 
ne le porteraient-elles pas toutefois à vouloir exercer sur 
notre vie intérieure une ingérence funeste à notre liberté? 
M. Frère-Orban, alors ministre des finances, prévoyait à 
ce sujet de multiples difficultés. Il exposait sa pensée, dès 
le 7 décembre, dans une lettre adressée à son ami Fléchet : 
« Les événements qui se passent en France, lui écrivait-il, 
sont fort tristes. Tous les amis de la liberté en Europe 
doivent déplorer l’abus que l’on fait de la force au profit 
d’une ambition personnelle qui n’est justifiée par aucun 
service rendu au pays. Si le nouvel ordre de choses se 
consolide en France, ce qui me paraît bien difficile et, en 


(:) Lettre de M. Firmin Rogier du 15 février 1852. — M. de Falloux parle de 
ce projet de décret au tome If, page 168, de ses Mémoires d’un royaliste. I 
raconte qu'il fut même envoyé au Moniteur, puis retiré. M. Firmin Rogier, 
pas plus que les historiens qui ont écrit l’histoire du second Empire, ne paraît 
penser que Louis-Napoléon ait pu, ne fût-ce qu'un moment, prendre une 
pareille décision. Mais M. Frère-Orban déclara publiquement à la Chambre 
des Représentants, dans la séance du 12 avril 1892, qu’il croyait à l'existence 
du décret. Voyez P. Hymaxs, Frère-Orban, Lt. T, p. 401, n. 2. 

@) Lettre de M. d'Hoffischmidt à M. Nothomb du 2 janvier 1852. « Cette 
phrase est, à mes yeux, une étourderie sans signification sérieuse », écrivait 
M. d'Hoffschmidt. De pareilles appréciations sont en quelque sorte de style 
dans les lettres du département des affaires étrangères lorsqu'elles signalent 
quelque danger ou quelque apparence de danger pour notre pays. Quoique 
souvent on soit effrayé, on feint de ne pas croire au danger. Les aflirmations 
de ce genre sont émises parce qu'on se défie toujours de la discrétion de la 
poste et parce que l'on sait que d'une manifestation de défiance inop. ortuné- 
ment révélée pourraient résulter de graves inconvénients. 


BELGIQUE ET FRANCE 557 


tous cas, bien précaire, le vent de la réaction, qui souffle 
de tous côtés, passera peut-être aussi par la Belgique. Les 
pays voisins regarderont comme un spectacle dangereux 
l'usage que nous ferons de nos institutions libérales. On 
nous cherchera des chicanes au nord et au midi. On se 
plaindra de notre presse qui sera la seule libre sur le con- 
tinent. On tentera d’étouffer ici la plainte des opprimés, 
La Prusse, l'Autriche, la Russie approuvent hautement les 
tentatives du Président. Le gouvernement anglais lui- 
même. convaincu que la France était dans une position qui 
conduisait nécessairement à une révolution quelconque, 
ne sait pas désapprouver un coup d’État qui donne, en 
apparence au moins, quelques gages à l’ordre et à la 
paix ({). » Les événements ne devaient que trop confirmer 
ces pressentiments, 

Cependant le gouvernement du Prince, aussitôt après sa 
victoire, s’empressa d'affirmer des sentiments et des buts 
différents de ceux qu’on lui attribuait. 

Le 93 décembre, M. Firmin Rogier, ministre de Bel- 
gique à Paris, saisit l’occasion d’une conversation avec le 
marquis de Turgot, ministre des affaires étrangères de 
Napoléon, pour examiner avec lui les conséquences du coup 
d'État au point de vue extérieur. Il lui demanda si le pou- 
voir du Président ayant reçu une nouvelle consécration de 
dix ans et se trouvant vigoureusement constitué, la paix 
extérieure serait à son tour plus fortement assise et si les 
puissances étrangères n'auraient pas lieu de craindre une 
expansion des idées napoléoniennes, c'est-à-dire des aspi- 
rations belliqueuses à rendre à la France une partie de ses 
anciennes frontières. « Assurément, dit le diplomate belge, 
personne ne met en doute la modération et la sagesse du 
Président et de son cabinet. Cependant, les principes con- 
servateurs, qui dirigent le gouvernement, prévaudront-ils 
toujours sur les entraînements et les rêves de suprématie 
extérieure auxquels se livrent, dès à présent, peut-être les 
chefs les plus influents de l’armée, et même aussi quelques- 
uns des habitués de l'Élysée? » La question était certes un 
peu naïve. Évidemment le marquis de Turgot ne pouvait 


(1) P. Hymaws, Frère-Orban, t. 1, p. 398. 


38 


558 A. DE RIDDER 


que nier toute influence des idées belliqueuses chez le Pré- 
sident et chez ses conseillers les plus influents. Il fit 
d'ailleurs cette dénégation en termes très bons et très 
explicites ; mais il lui était impossible de parler autrement, 
quand bien même il eût prévu que les faits auraient dû 
venir, dans sa conviction, démentir ses paroles à bref 
délai. « Puisque vous m'offrez l’occasion de m'expliquer 
avec vous sur ce point important, dit-il, je ne veux pas la 
laisser échapper. Je ne nierai pas que ces rêves de con- 
quête, ces idées belliqueuses, auxquelles vous faites allu- 
sion, ne puissent germer dans quelques têtes. Qu'importe! 
Est-ce donc un motif de craindre que jamais elles aient 
cours ailleurs et que le gouvernement soit assez peu sage 
pour les mettre en pratique? Non, non, croyez-moi bien, le 
temps des conquêtes est passé, la grande épopée impériale 
ne se renouvellera plus; nous ne songeons pas à alarmer 
l’Europe. Ce que nous voulons, c’est de vivre en parfaite 
intelligence avec les autres peuples ; nous respecterons les 
autres nationalités, comme nous entendons qu’on ne porte 
pas atteinte à la nôtre. Si nous avons une armée nom- 
breuse, aussi courageuse que dévouée, ce n’est pas pour 
inquiéter nos voisins, pour envahir leur territoire ; non, 
non, c’est à maintenir l’ordre, à dompter l’anarchie au 
dedans, à rendre aux lois leur force, à inspirer à tous ceux 
qui possèdent la sécurité, que nous devons l’employer. 
Nous savons bien que ce n’est pas dans la pensée de faire 
de Louis-Napoléon un conquérant que la France va lui 
donner six ou sept millions de suffrages. Cette immense 
faveur populaire qui l'entoure se retirerait bientôt de lui 
s’il était assez mal inspiré pour s'engager un jour dans 
quelque guerre étrangère. Il n’est l'élu du pays qu’à la con- 
dition de lui donner le repos et la sécurité, d'y comprimer 
les démagogues, de rallier sous le même drapeau, celui de 
l’ordre. tous les honnêtes gens, de relever le crédit public 
et de rendre au commerce et à l’industrie leur ancienne 
prospérite. Pour me résumer en un mot, paix et sécurité au 
dedans comme au dehors, voilà toute notre politique (1). » 

Le lendemain du jour où avait eu lieu cet entretien, 





() Lettre de M. Firmin Rogier du 24 décembre 1851. 


BELGIQUE ET FRANCE 559 


M. de Turgot adressait à ses agents diplomatiques une cir- 
culaire où il leur montrait le Président décidé à conserver 
au dehors comme au dedans une politique à laquelle la 
modération n’enlèverait rien de son autorité et de sa puis- 
sance (1). Le 1% janvier 1852, Louis-Napoléon, recevant le 
corps diplomatique accrédité à Paris, lui adressait un dis- 
cours « rassurant et bienveillant », témoignant de son 
intention de concourir au maintien de la paix générale. 
A M. Firmin Rogier, il exprimait particulièrement son 
désir de contribuer à étendre et à consolider les excellents 
rapports de bon voisinage existant entre la France et la 
Belgique. Le cabinet de Bruxelles se hâtait de prendre 
acte de ces paroles et prescrivait à son ministre à Paris 
d'aller, au nom du gouvernement du roi Léopold, en 
remercier Louis-Napoléon (?). Dès le 27 décembre, il Iui 
avait d’ailleurs ordonné de prendre une attitude qui ne pût 
donner lieu en France à aucun sentiment de défiance 
envers la Belgique. Il voulait que ses actes et son lan- 
gage inspirassent à Paris la conviction que notre pays 
tenait essentiellement lui aussi au maintien de ses bonnes 
relations avec la France, sans s'inquiéter de la forme de 
gouvernement qu’il convenait à celle-ci d'adopter (*). Le 
Prince-Président accentuait ce que son discours du 1° jan- 


(*) Lettre de M. d'Hoffschmidt au comte O’Sullivan de Grass du 4 jan- 
vier 1852. -— « M. de la Cour (ministre de France à Vienne), écrivait, le 22 jan- 
vier 4852, le comte O’Sullivan de Grass, vient de recevoir les lettres officielles 
qui notifient les nouveaux pouvoirs conférés à Louis-Napoléon et, à cette occa- 
sion, on lui adresse de nouveau les assurances les plus pacifiques. Ge sont 
autant de démentis pour les cris d'alarme qui ont été jetés par les partis 
vaincus, propagés à dessein dans les pays les plus exposés et accueillis de pré- 
férence en Angleterre, peut-être aussi à dessein. » Le comte O’Sullivan de 
Grass se fit fréquemment l'avocat de Louis-Napoléon près du gouvernement 
belge. 

() Lettre de M. d'Hoffschmidt à M. Drouet, chargé d’affaires de Belgique à 
Londres, du 12 janvier 1852. — D’autres puissances avaient exprimé leurs féli- 
citations au Prince-Président, soit à l’occasion de la réussite du coup d'État, soit 
à l'occasion du plébiscite. La Belgique s’était abstenue de semblable démarche. 
Celle prescrite à M. Firmin Rogier avait pour but de suppléer à cette absten- 
tion. Lettre de M. d’Hoffschmidt au comte O'Sullivan de Grass du 12 jan- 
vier 1852. 

(3) Lettre de M. d'Hoffschmidt à M. Firmin Rogier du 27 décembre 1851. 


560 A. DE RIDDER 


vier avait de bienveillant pour la Belgique en envoyant à 
Léopold I‘ trois beaux vases en porcelaine de Sèvres (1). 

A l'étranger, surtout en Angleterre, en Prusse et en 
Hollande, on ne se montrait pas complètement rassuré 
pour notre avenir par les assurances pacifiques parties de 
l'Élysée (2). On y croyait à une réelle tension dans nos rap- 
ports avec la France et lorsque M. d'Hoffschmidt, malgré 
ses craintes et ses défiances, s’attachait à affirmer que ces 
rapports, au contraire, n'avaient rien que de correct et 
d’amical pour le moment, ses déclarations à ce sujet 
étaient accueillies, notamment à La Haye, non sans une 
certaine incrédulité, par de hautes pérsonnalités gouver- 
nementales (*). Les uns prévoyaient des tentatives de 
conquête, les autres des procédés moins belliqueux. « Le 
Prince, disait lord Normanby, ambassadeur d'Angleterre 
à Paris, veut l'agrandissement de la France, il veut réa- 
liser toutes les idées de l'empire; mais, comme il est con- 
vaincu qu'il y parviendra sans faire la guerre, il me 
recourra à ce moyen que si l’autre échoue (4), » Et le doute 
planait sur la bonne foi de Louis-Napoléon : « Non seule- 
ment, disait M. van Sonsbeke, ministre des affaires étran- 
gères des Pays-Bas, on ne peut pas compter sur la vérité 
d'une disposition actuelle du Président; maïs cette dispo- 
sition fut-elle admise comme sincère, on n'aurait aucune 
certitude que le lendemain elle n'aurait pas fait place à une 
autre (5). » 

La presse anglaise ouvraïit une vive campagne contre la 
France. Le Times, dans un article de fond du 27 janvier, 
affirmait que l'absorption pacifique de la Belgique par ses 
voisins du sud était déjà réalisée, que les six dernières 
semaines avaient réduit notre pays à un réel état de dépen- 
dance. Et il demandait si l'Angleterre allait attendre 


(1) Circulaire de M. d'Hoffschmidt au corps diplomatique belge à l'étranger 
du 13 janvier 1852. 

(?) Lettre de M. Drouet du 19 janvier 1852. 

(5) Lettre de M. d'Hoffschmidt au baron Willmar, ministre de Belgique à La 
Haye, du 17 janvier 1852. — Lettre du baron Willmar du 19 janvier 1852, 

(4) Lettre de M. Drouet du 25 janvier 1852. — Lettres du baron Willmar 
des 14, 16 et 19 janvier 1852. | 

(°) Lettre du baron Willmar du 21 février 1832. 


BELGIQUE ET FRANCE 561 


qu'elle füt atteinte elle-même (1). L'Observer écrivait, le 
S février, que l’invasion de nos provinces était un projet 
bien arrêté dans la pensée du gouvernement français. 
Celui-c1, pour familiariser nos populations avec cette idée, 
les travaillait par une propagande très active entretenue au 
moyen de nombreux agents bonapartistes résidant en Bel- 
gique (?). Le Morning Chronicle racontait, le 11, que, au 
moment où le gouvernement de Louis-Napoléon protes- 
tait de ses intentions de paix, il préparait un traité avec 
l’empereur François-Joseph. Les négociations en cas de 
réussite devaient donner la Belgique à la France et la 
Suisse à l'Autriche. Pour réussir dans cette combinaison, 
les négociateurs auraient compté sur les dispositions bien- 
veillantes pour le bonapartisme de lord Palmerston. La 
chute de ce ministre (?) serait venue mettre obstacle, du 
moins momentanément, à l’accomplissement de leurs pro- 
jets (*). Quelques jours plus tard, le même journal publiait 
une, lettre de son correspondant parisien conçue à peu 
près dans le même sens. L'auteur de la missive faisait 
remarquer que le langage pacifique, tenu non sans quelque 
affectation par le prince parisien devant des hôtes étran- 
gers, Ccontrastait avec le silence que les organes du gou- 
vernement à l’intérieur gardaient sur ce langage, évitant 
même de le reproduire. Il appelait ensuite l’attention du 
public anglais sur la situation de la Belgique. I1 disait 
notre pays inondé d'individus occupés à y créer par tous 
moyens un parti en faveur de la France et à gagner 
l’armée prête d’ailleurs, selon l'opinion française, à frater- 
niser avec les troupes de Louis-Napoléon (5). Le 14 février, 
le Times, le Morning Chronicle et le Daily News reve- 
naient encore sur les menées propagandistes de la France 
dans nos contrées. « Un bruit grave s'il est fondé, disait le 
premier de ces Journaux, circule aujourd’hui. Il concerne 
l’état de l'opinion publique dans quelques parties de la 





(:) Lettre de M. Drouet du 27 janvier 1852. 

(2) Lettre de M. S. van de Weyer du 8 février 1852. 

(*) Lord Palmerston dut se retirer du ministère après une démonstration 
jugée trop pronapoléonienne. 

(#) Lettre de M. van de Weyer du 11 février 1852. 

(5) Lettre de M.S. van de Weyer du 13 février 1852. 


562 A. DE RIDDER 


Belgique, et particulièrement dans l’armée. S'il faut en 
croire cette rumeur, un sentiment défavorable au gouver- 
ment du pays et trop favorable à la France se serait 
montré. » Le Morning Chronicle écrivait de son côté 
« Le Prince-Président pouvait abandonner, depuis la 
chute de lord Palmerston, le projet de décréter purement 
l'annexion de la Belgique, pour recourir à une action 
détournée sur l’opinion publique et sur l’armée. La Bel- 
gique serait censée justifier alors, par sa sympathie, l'acte 
de la réunion ({). » 

Les articles de la presse anglaise ne manquèrent pas de 
soulever des protestations en France. Le journal La Patrie 
s’efforça de réfuter les assertions des journaux londo- 
niens, spécialement celles du Morning Chronicle. Mais 
celui-ei maintint ses affirmations en faisant remarquer 
« la nullité de la dénégation vague et générale » de 
la Patrie. Celle-ci se bornaïit à dire qu’il serait trop long 
et trop fatig'ant de démentir un à un tous les bruits mis en 
circulation par le Morning Chronicle. Le journal anglais 
rappela qu’il avait annoncé, alors qu’ils étaient seulement 
projetés, le coup d'État du 2 décembre et la confiscation 
des biens de la maison d'Orléans, et qu’à cette occasion 
aussi il avait reçu des démentis. Il maintint l'exactitude 
de ses renseignements relatifs aux agissements des propa- 
gandistes français en Belgique, en accusant en même 
temps le parti catholique de sympathies excessives envers 


(:) Lettre de M. $S. van de Weyer du 14 février 1852. — A propos de ces 
articles des journaux anglais, M. van de Weyer écrivait le 15 février : « Il est 
de la plus haute importance que l’on réponde de Bruxelles aux correspondants 
du Times, du Morning Chronicle et du Daily News, qui, tous les jours, 
répandent les nouvelles les plus alarmantes sur les manœuvres des agents 
français en Belgique, sur les tendances du parti catholique, sur les exigences 
du cabinet français et, surtout, sur la prétendue désaffection de l’armée belge, 
toute prête, selon eux, à fraterniser avec les soldats français Ces nouvelles, 
inventées et recueillies à Paris, se crient à haute voix dans les rues de 
Londres, produisent le plus mauvais effet sur l'opinion et ébranlent la con- 
fiance de nos amis les plus dévoués. » L'Indépendance belge du 18 février 1852 
s'attacha à réfuter les assertions de la presse anglaise qu’en Belgique on con- 
sidérait comme « calomnieuses » à notre égard. Lettre de M. d'Hoffschmiat à 
M. S. van de Weyer du 18 fevrier 1852. 


BELGIQUE ET FRANCE | 563 


la France et les membres du clergé d’être les infatigables 
agents de l'Élysée (!). 

Le 21 février, le T'imes publiait encore une lettre signée 
An Englishman, mais qui fut attribuée à quelques-uns 
des principaux réfugiés français admis à résider à Lon- 
dres. Cette lettre jugeait sévèrement le Président et sa 
politique. Encore une fois elle signalait les « manœuvres 
concertées » des jésuites en Suisse, au Piémont et en Bel- 
gique, ainsi que les menées des agents de Napoléon; elle 
représentait notre pays réduit à peu de choses près à l’état 
d’une « province bonapartiste ». « On permet encore, 
disait-elle, au roi Léopold de conserver le trône jusqu’à ce 
que l’humiliation de son gouvernement, la défection des 
fonctionnaires et de l’armée, et le mécontentement général 
du pays aient suffisamment préparé l’annexion; un décret 
et un commissaire français feront le reste » (?). 

Le ton des gazettes britanniques devint si hostile à la 
France que le cabinet de Saint-James erut devoir désa- 
vouer cette campagne. Le premier ministre déclara au 
parlement que les idées défendues par les journaux 
n'étaient pas l'expression véritable des sentiments du 
gouvernement et du pays ($). 

Une partie de la presse allemande s’exprimait comme la 
presse anglaise. À son tour, M. d'Hoffschmidt désavoua 
les exagérations des uns et des autres dans une circulaire 
envoyée, le 5 mars, à tous les diplomates belges de rési- 
dence à l'étranger (4). 

J1 y avait, dans les articles des journaux anglais, des 
outrances et de faux renseignements. Le 27 février, le 
Morning Chronicle condamnait sévèrement le ton impé- 
rieux que le gouvernement français prenait, disait-il, 
depuis quelque temps envers la Belgique, la Suisse et le 


(1) Lettre de M. van de Weyer du 18 février 1858. — II y avait en ce moment 
un mouvement anticatholique très prononcé en Angleterre. Cest ce qui 
explique les suspicions dont on entourait dans ce pays même les catholiques 
étrangers. En ces circonstances, M. van de Weyer défendit résolument l’hon- 
neur des catholiques belges contre les accusations que des Anglais portaient 
contre eux. 

(?) Lettre de M. S. van de Weyer du 21 février 1852. 

(3) Lettre de M.S. van de Weyer du 17 février 1852. 

(#) Dossier : Délits de presse, t. 1, pièce 41. 


564 A. DE RIDDER 


Piémont. Il s'élevait contre les exigences de Louis-Napo- 
léon et l’accusait de vouloir forcer ces pays à changer leur 
législation selon son bon plaisir et à expulser de leur ter- 
ritoire les réfugiés qui lui déplaisaient. C'était, disait le 
journal londonien, méconnaître complètement l’indépen- 
dance de ces États et violer le droit des gens (!). 

Or, à ce moment, la France ne nous avait encore de- 
mandé aucun changement à notre législation ni sur la 
presse ni sur les étrangers. Elle s'était bornée, en se ba- 
sant sur nos lois, à requérir des poursuites contre une 
publication dirigée par des réfugiés français. 

Le Prince-Président, dans une audience qu'il aecorda, 
le 16 janvier, à M Firmin Rogier, se plaignit vivement 
des visées d'absorption qu’on lui prêtait à l’égard de la 
Belgique. Il s’attacha à les démeutir catégoriquement. 
« Dites-moi, interrogea-t-il, ce qui a pu donner lieu à de 
pareilles erreurs? — Que sais-je, Monseigneur, peut-être 
une phrase insérée sans arrière-pensée, je n’en doute pas, 
dans un projet de décret sur la réorganisation des divisions 
militaires en France. — Oh! oui, je sais ce que vous voulez 
dire: « Tant que les frontières ne seront pas changées. » 
Eh! mon Dieu, doit-on s’émouvoir pour quelques mots 
auxquels mon ministre de la guerre, ni moi, ni mon cabi- 
net n'avons, certes, pas attaché la plus légère significa- 
tion? Est-ce donc ainsi que nous dénoncerions nos projets 
belliqueux, si nous en avions médités? Nous, penser à nous 
agrandir au dehors? N’avons-nous donc pas assez à nous 
occuper au dedans, à y remettre tout en ordre, à y rétablir 
le règne des lois, à donner une nouvelle impulsion à notre 
commerce, à notre industrie qui ont tant souffert, à encou- 
rager les grands travaux, à ouvrir partout de nouvelles 
communications ? Non, non, nous ne voulons pas la guerre, 
à moins qu’on ne nous y force; mais ce n’est pas à prévoir. 
L'intérêt de toute l’Europe aujourd'hui n'est-il pas de. 
conserver la paix (*)?» 

Le Constitutionnel, considéré comme le journal semi- 


() Lettre de M. S. van de Weyer du 27 février 1852. 
(2) Lettre de M. Firmin Rosier du 16 janvier 1852. 


BELGIQUE ET FRANCE 565 


officiel de l'Elysée, reproduisit en grande partie ces paro'es 
du Prince-Président dans son numéro du 18 janvier ({). 

Neuf jours après, le 25 janvier, Louis-Napoléon, rece- 
vant à nouveau M. Firmin Rogier, chargé de lui remettre 
une réponse à une lettre notifiant son élection à la prési- 
dence décennale de la République, affirmait encore une 
fois « son désir et sa volonté d'entretenir les relations les 
plus amicales avec les Puissances étrangères et en parti- 
culier avec la Belgique (?) ». 

Le gouvernement du Prince-Président s Dorcart par 
tous les moyens de faire croire à la sincérité de ses senti- 
ments de paix et de conciliation. Et de fait, les influences 
pacifistes semblaient, vers la mi-février, avoir fait battre 
en retraite les tendances belliqueuses manifestées par cer- 
taines personnalités en vue de l'entourage présidentiel. Du 
moins en avait-on obtenu un silence opportun. « Les am- 
bitions trop ardentes qui déjà avaient envahi, par la 
pensée du moins, les bords du Rhin, ceux de l’Escaut et de 
la Meuse, qui franchissaient les Alpes et se répandaient 
sur l'Italie, commencent à se calmer, écrivait M. Firmin 
Rogier le 15 février 1852. Les traineurs de sabre perdent 
un peu confiance et ils en viennent à comprendre que la 
un épopée impériale ne s’est pas rouverte le ? décem- 
bre.» Dans les milieux officiels autorisés à parler, les 
Pom au sujet de la volonté de la France de main- 
tenir des relations amicales avec les Puissances euro- 
péennes grandes et petites se multipliaient : on ne perdait 
aucune occasion de les renouveler. Le cabinet de Bruxelles 
recevait cependant l'avertissement d’avoir toujours à se 
tenir sur ses gardes. « Nous vivons, lui disait-on, dans un 
temps d'exception, où tout ce qui est improbable est pos- 
sible. » On l’engagait notamment à suivre d’un œil attentif 
« certaines sourdes pratiques » tentées par des émissaires 
bonapartistes dans les rangs de l'armée belge, où ser- 
vaient encore d'assez nombreux officiers d’origine fran- 
çaise, afin d'en ébranler la fidélité (3). Ce n'étaient donc 


(1) Lettre de M. Firmin Rogier du 18 janvier 1852. 
(2) Lettre de M. Firmin Rogier du 25 janvier 1852. 
(3) Lettre de M. Firmin Rogier du 15 février 1852. 


566 A. DE RIDDER 


pas les journaux anglais seuls qui parlaient de ces 
menées. 

Le 18 février, le gouvernement français, fatigué de 
la suspicion dans laquelle il sentait qu’on enveloppait sa 
politique internationale malgré toutes ses protestations 
verbales, inquiet de la persistance que les journaux étran- 
gers et ses adversaires mettaient à propager des bruits de 
guerre extrêmement nuisibles au crédit public de la France 
et à son relèvement commercial, fit insérer au Moniteur 
Universel une note protestant contre les projets qu'on lui 
prêtait. 

« Lorsqu’en 1848, disait le journal officiel, il s'agissait 
de la nomination du prince Louis-Napoléon à la prési- 
dence, plusieurs journaux anglais et la plupart des per- 
sonnes intéressées à la combattre, prétendaient que placer 
un Bonaparte à la tête de la France, c'était jeter un défi à 
l’Europe. et ils voyaient dans cette élection le signal d’une 
guerre générale. On sait si ces craintes se sont réalisées. 

« Depuis le 2 décembre, c’est le même système de calom- 
nies. L'esprit de parti et l'ignorance ont conspiré pour les 
accréditer. On a inventé les plus absurdes suppositions; 
tantôt ce sont des demandes faites aux Etats voisins sur 
un ton presque menaçant, tantôt ce sont des préparatifs 
de guerre, et les correspondances étrangères, à l’aide 
d’audacieux mensonges, présentent notre situation sous 
un point de vue tout imaginaire. 

« Le temps, qui fait ordinairement assez prompte justice 
de l’œuvre de la malveiïllance et de la sottise, semble cette 
fois, au contraire, l’encourager. Plus que jamais on sème 
de fausses alarmes, on suppose des projets d’envahisse- 
ment, on montre jusqu'à nos régiments prêts à franchir la 
frontière. De là des atteintes portées au crédit et des 
obstacles funestes à la reprise des affaires. 

«Cependant, depuis le 2 décembre, le gouvernement 
français n’a adressé aucune espèce de demande aux Puis- 
sances étrangères (1), si ce n’est à la Belgique afin qu’elle 
empêchàt de s'organiser chez elle un système d’incessantes 


(*) La note oubliait de mentionner les relations très tendues de la France 
avec la République helvétique au sujet de la question des réfugiés. 


BELGIQUE ET FRANCE 567 


attaques (1). Il n’a pas armé un soldat de plus, il n’a pas 
même passé de revue générale; enfin il n’a rien fait qui 
pût éveiller la moindre susceptibilité de ses voisins. 

« Toutes les vues du pouvoir en France sont tournées 
vers les améliorations intérieures. D’injustes attaques ne 
sauraient l’émouvoir. Il ne sortira de son calme que le 
jour où l’on voudrait attenter à l'honneur et à la dignité 
nationale, Son attitude n’a pas cessé un moment d’être 
pacifique, et toute nouvelle qui tend à la présenter sous 
un autre aspect est une fable grossière, à laquelle, après 
un démenti aussi formel, il ne reste à opposer que le 
mépris. » 

Cette note était rassurante pour la Belgique sans être 
de nature cependant à endormir sa vigilance (?}. Louis- 
Napoléon et son entourage tinrent à en accentuer l'effet 
par des déclarations verbales destinées à être rapportées 
au cabinet de Bruxelles bien qu’elles n’eussent rien d’offi- 
ciel. Ils saisirent pour cela l’occasion d’un bal qui se 
donnait à l'Elysée. 

Après avoir adressé quelques paroles aimables à cha- 
cune des dames du corps diplomatique réunies en cercle 
avant que les danses commencçassent, le Prince-Président 


(!) Allusion à des poursuites intentées contre MM. Thomas et d’Haussonville, 
directeurs du Bulletin francais. 

() « Je dois conclure de l’article du Moniteur français, écrivait M. Nothomb 
le 21 février, qu’il n’a été adressé au gouvernement belge d’autre réclamation 
que celle qui y est mentionnée; sous ce rapport, mais sous ce rapport seule- 
ment, j'attache de l'importance à cet article qui fera cesser, au moins momen- 
tanément, les bruits que l’on a fait circuler sur les nombreuses réclamations de 
la France. Considéré dans son ensemble, cet article ne doit pas nous faire 
retomber dans une quiétude absolue. Il est bon que le public se rassure, mais 
à la condition que le gouvernement reste sur ses gardes. Le motif de cette 
publication est d'ailleurs indiqué. On se plaint des atteintes portées au crédit 
et des obstacles à la reprise des affaires en France. U est à remarquer que l’on 
omet de parler de la note adressée à la Suisse au sujet des émigrés, note dont 
aucun État indépendant ne pourrait accepter les termes. Enfin, la réserve 
d'usage est reproduite : « Le gouvernement français ne sortira de son calme 
que le jour où l’on voudrait attenter à l'honneur et à la dignité nationale. Le 
baron de Manteuflel (ministre des affaires étrangères de la Prusse) a eu l’ouca- 
sion de me faire la remarque que le gouvernement français affecte lrop souvent 
d'énoncer cette réserve. Au total cependant il vaut mieux que le Moniteur 
français ait fait cette déclaration que de garder le silence. » 


568 A. DE RIDDER 


revint vers M Firmin Rogier et, s'étant informé de 
la santé de ses deux petites filles, il lui dit tout à coup 
sans transition: «ÆEstil vrai qu’en Belgique on soit si 
effrayé des bruits de guerre qui se sont répaudus? Mais 
d’où viennent ces bruits? Qui donc les propage et dans 
quel intérêt? Ils sont absurdes et calomnieux. — Je ne 
sais, Monseigneur, d’où ils proviennent; mais n’auraient- 
ils pas leur source dans certain décret en deux articles, 
qui, au dire des fauteurs de nouvelles, devait apparaître 
un de ces matins au Moniteur? C'est absurde, je vous 
l'accorde, Monseigneur, mais, enfin, on s’en est fort pré- 
occupé, et, à la Bourse, encore chaque jour on en exploite 
l'éventualité. — Un décret, reprit le Prince non sans viva- 
cité, mais est-ce donc par décret qu’on s'empare d’un 
royaume? Il faut y mettre un peu plus de facon, je pense. 
Et pourquoi donc tenterais-je de prendre la Belgique? La 
France n'est-elle pas assez grande, et n’avons-nous pas 
assez à faire à l’intérieur, sans songer à chercher querelle 
à l'extérieur? — Bien certainement, Monseigneur, et 
d’ailleurs nous sommes si bien chacun chez nous. — C’est 
bien vrai, nous vivons et nous vivrons en bons voisins, je 
l'espère, et cette bonne entente ne sera pas troublée. — 
Monseigneur, c'est notre plus vif désir. » 

Tandis que le Prince-Président avait cet entretien avec 
la graciense femme du ministre de Belgique, celui-ci était 
entrepris sur le même sujet par l’ex-roi Jérôme, qui se 
faisait l'interprète de sentiments également pacifiques. 
Ce prince, ainsi que le ministre de la marine, le ministre 
de l’intérieur, et les maréchaux Excelmans et Vaillant 
eutretenaient aussi M. Firmin Rogier des travaux de for- 
tifications projetés depuis plusieurs années (!) et que le 
gouvernement belge faisait en ce moment exécuter à la 
tête de Flandre et sous les murs d'Anvers. Le maréchal 
Vaillant, qui connaissait «le fort et le faible » de cette der- 
nière place, recounut que les travanx en question pouvaient 


(!) Ces travaux avaient été réclamés en 1847, en plein règne du roi Louis- 
Philippe, par la commission d'étude des questions intéressant la défense du 
pays, Commission instituée sur la proposition du général Chazal. Lettres de 
M. d'Hoffschmidt du 21 février 1852 à M. Firmin Rogier et du 16 février 1852 
au baron Willmar. 


BELGIQUE ET FRANCE 069 


être fort utiles pour la défense de la ville, mais il exprima 
le regret qu’on ne les eût pas ajournés jusqu’au moment où 
les bruits de guerre auraient cessé de courir, alors qu’exé- 
cutés dans l’effervescence régnant alors, ils contribuaient 
à les accréditer ({). | 
Dans le cours de la même soirée le ministre de la guerre 
reprit avec M" Rogier, au cours d’une promenade qu’elle 
faisait à son bras dans les salons, l'entretien qu’elle avait 
eu avecle Prince-Président.«ïIlne faut pas avoirla moindre 
idée des affaires, dit le général Saint-Arnaud, pour sup- 
poser que la France désire la guerre et qu’elle songe à 
s’agrandir. Que ferions-nous de la Belgique en admettant 
qu’on nous la laisse prendre ? Notre industrie, notre com- 
merce auraient trop à souffrir de cette réunion. L'idée de 
s’en emparer par un décret est impayable et j'espère que 
ni vous, Madame, ni votre gouvernement ne le prenez pas 
plus au sérieux que moi. 11 y à quelque chose qui serait très 
sérieux et le voici : d’après certains avis qui sont transmis 
ici et auxquels je n’ajoute pas foi pour ma part, on aurait 
donné à entendre que si on parvenait à entraîner un seul 
régiment hors de la ligne de ses devoirs, toute l’armée 
belge suivrait cet exemple et demanderait à redevenir 
française. — Général, si vos projets de conquête n'ont 
d'autre fondement que cette nouvelle, nous pouvons être 
pleinement rassurés; Car je puis vous certifier que la 
Belgique, tout en professant pour la France des sentiments 
de cordialité et de sympathie, n’a qu’un désir très réel, 
très unanime dans toutes les classes, c’est de rester ce 
qu’elle est. » Comme M. Achille Fould s’approchait à ce 
moment, le général lui dit en riant : « Vous pouvez compter 
demain sur six francs de hausse quand on saura à la 
Bourse que le ministre de la guerre s’est promené avec la 
représentante de la Belgique ; les esprits les plus effrayés 


(1) Le baron d'André, ministre de France à La Haye, adressa des observa- 
tions au sujet de ces travaux au baron Willmar. Il prétendait qu'ils avaient 
été entrepris sous l'influence de l'Angleterre, qui prenait également des 
mesures de défense effective et qui n'ayant pas voulu rester seule dans 
cette voie nous y avait entrainés à sa suite. Lettre du baron Willmar du 
23 mars 1852. 


570 A. DE RIDDER 


vont désormais être complètement rassurés sur l’entente 
amicale des deux pays ({). » 

Quelques jours après, Louis-Napoléon manifestait à 
nouveau ses intentions pacifiques dans l’audience de 
réception de lord Cowley, nommé ambassadeur d’Angle- 
terre à Paris. Il donna à plusieurs reprises, au cours de 
cette audience, au diplomate britannique l’assurance que 
son vœu le plus cher était de contribuer au maintien de la 
paix en Europe. « La paix, aurait-il dit en s’animant plus 
que d'ordinaire, n'est-elle pas notre premier besoin à 
tous ? La guerre n’entrainerait-elle pas d’effroyables 
catastrophes ? Quant à moi. je le reconnais, je ne pourrais 
faire qu’une guerre révolutionnaire; je n’en saurais vou- 
loir, ma mission, en effet, n'est-elle pas de combattre la 
révolution, de comprimer la démagogie en France, d’y 
rétablir partout l’ordre et le respect des lois (?) ? » 

Recevant au cours de la première quinzaine de mars 
M. Firmin Rogier, il l’entretenait encore une fois des 
bruits de guerre répandus dans les derniers temps et qui, 
selon lui, ne reposaient sur aucun fondement. Il exprima 
l’espoir qu’en Belgique on n’y accordait plus créance et que 
personne ne lui attribuait plus de projets d’envahissement 
et de conquête. « Je ne puis comprendre, ajouta-t-il, dans 
quel but les journaux anglais et allemands me prêtent des 
intentions belliqueuses. La paix, je ne cesse de le répéter, 
est notre premier besoin à tous. La guerre seraït pour 
l'Europe le plus grand des malheurs. On ne pourrait son- 
ser sans frémir aux catastrophes qu’elle entraîneraïit… 
C’est d'améliorations intérieures que nous devons tous 
nous occuper. Pour moi, Ce qui me préoccupe avant tout, 
c’est de féconder par toute la France le travail de l’indus- 
trie, c’est de la rendre paisible et florissante, c’est de multi- 
plier ses richesses en creusant des canaux, en ouvrant des 
routes nouvelles. en défrichant ses landes, en boisant ses 
montagnes. Eh ! mon Dieu, j'ai pour vingt ans de travaux 
immenses à exécuter à l'intérieur sur tous les points. Com- 
ment supposer qu'avec la force et la volonté d'accomplir 


(4) Lettre de M. Firmin Rogier du 18 février 1852. 
(2) Lettre de M. Firmin Rogier du 28 février 1852. 


BELGIQUE ET FRANCE 574 


tant d'utiles projets, je nourriraïs la folle pensée de m'en 
aller en guerre comme M. de Malborough (1)? » 

Malgré tout, le Prince-Président ne parvenait pas à 
rassurer l'Europe. « Des déclarations pacifiques, écrivait, 
le 14 février 1859, M. d'Hoffschmidt au baron Willmar, 
faites, selon l'expression de M. von Sonsbeke (ministre des 
affaires étrangères des Pays-Bas), sur un ton très haut, 
perdent par cela même une partie de leur valeur (?). » 

Deux circonstances avaient notamment en Belgique 
entretenu ou réveillé les suspicions. 

Ce fut d'abord la nomination de M. de Persigny comme 
ministre de l'Intérieur. Cet homme politique avait eu en 
Prusse, en 1849 et 1850, des propos et une attitude hostiles 
à la Belgique. M. Nothomb, ministre de Belgique à Berlin, 
écrivait à son sujet le 2 avril 1850 : « J’ignore l’avenir de 
M. de Persigny; mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas 
un ami de la Belgique; il à, sous ce rapport, tous les pré- 
jugés des Bonapartistes. Si, devenu ministre, il lui fallait, 
dans l'intérêt de l’élévation du Président, une grande que- 
relle au dehors, il la chercherait au besoin en Belgique ($). » 

Le même diplomate disait encore, le 17 mai 1855, au 
moment où M. de Persigny venait d’être nommé ambassa- 
deur de France à Londres : « M. de Persigny s’est élevé 
par une seule idée ; l’Empire napoléonien ; il sacrifiera tout 
pour maintenir honorablement le nouvel état de choses 
créé en France. Il ne sera arrêté par aucune des considé- 
rations de droit public ou de moralité internationales aux- 


(2) Lettre de M. Firmin Rogier du 15 mars 1852. 

(2) Dans cette même lettre, M. d'Hoffschmidt indiquait les divers actes de 
Louis-Napoléon qui étaient de nature à inquiéter l'Europe : « La résurrection 
des institutions de l'Empire, écrivait-il, appel fait à tous les souvenirs napo- 
léoniens, la prise de possession des Tuileries, le rétablissement des aigles sur 
les drapeaux, la fameuse phrase du général de Saint-Arnaud sur les limites 
dans son rapport du 26 décembre, la nomination de M. de Persigny, dont 
l'attitude durant ses missions de 1849 et de 1850 avait été si remarquée, tout 
cet ensemble de faits n’a certes rien de très rassurant pour les puissances 
étrangères . Des diplomates d’un mérite éminent et qui ont résidé à Paris 
jusqu’à ce jour en emportent, je le sais, l’idée que le Président tentera de 
procurer à la France un agrandissement territorial. Quand et par quels 
moyens ? La commencent les incertitudes. » 

(3) Lettres de M. d'Hoffschmidt à M. van de Weyer et au comte O’Sullivan 
de Grass du 28 janvier 1852. 


DT? A. DE RIDDER 


quelles d’autres hommes d'Etat subordonnent le choix des 
moyens. Je ne crois done à aucune assurance de paix ou 
de respect. pour les traités qui me serait donnée par M de 
Persigny que, du reste, j’estime infiniment comme homme 
privé; mais je ne connais personne de plus dangereux 
comme homme public; c’est le fanatique d’uneidée, et d’une 
idée qui a réussi. Le régime napoléonien est, à ses yeux, le 
gouvernement qu'il faut à la France et même à l’huma- 
nité. Dans d’autres temps il aurait fondé une religion. » 
Ce fut ensuite la publication au Moniteur Universel, le 
93 janvier, d’un décret du 22, par lequel le Président con- 
fisquait les biens possédés en France par la famille d’'Or- 
léans. Cette mesure atteignait cruellement dans leurs 
intérêts pécuniaires nos princes royaux, Léopold I, qui 
la considérait comme une violation de son traité de mariage 
du 98 juillet 1832, protesta nettement contre elle par voie 
diplomatique. Le décret fit l'effet en Belgique d'être 
inspiré par ur sentiment révolutionnaire (1), il effraya le 
cabinet de Bruxelles. Mis en défiance déjà à l’égard de la 
France par les affirmations pessimistes de la presse 
anglaise, dont quelques-unes lui étaient représentées 
comme puisées à bonne source (*), le gouvernement belge 
se résolut à avoir «l'œil et l’oreille constamment ouverts, … 
à se conduire de la façon dont on se conduit quand on se 
trouve vis-à-vis de gens dont on peut tout redouter (). » 
À. DE RIDDER. 


(t) En France aussi l'impression fut profonde et défavorable. « Le décret 
de confiscation, écrivait, le 23 janvier, M. Carolus, conseiller de l'ambassade 
de Belgique à Paris, à M. Materne, secrétaire général du ministère des affaires 
étrangères, est d’une portée effrayante. L'acte qu'il pose, joint à ceux qui 
ont été posés récemment à l'égard des expulsés et déportés, ne laisse plus de 
sécurité absolue pour les individus ni pour les propriétés; de plus, il y a dans 
cet acte un cachet de socialisme qui jette une véritable stupéfaction dans les 
esprits. Jamais je n'ai vu une émotion semblable à celle que Le Moniteur de 
ce matin a produite. Aucun acte du gouvernement provisoire n’a inspiré 
d'aussi tristes réflexions que les décrets présidentiels du 22 janvier. Il faut 
avouer que la galanterie dont M. de Salandrouze à été l'interprète ne permet- 
tait pas de pressentir ce qui vient d'avoir lieu. Louis-Napoléon donne trois 
vases de Sèvres au Roi et enlève 30 millions à ses enfants. » 

() Lettre de M. van de Weyer du 11 février 1852, 

(3) Lettre de M. d’'Hoffschmidt à M. van de Weyer du 98 janvier 1852. 


L'étude de l’histoire coloniale 
dans l’empire britannique 


Il m'a semblé que ceux qui en Belgique s'occupent de 
problèmes coloniaux, pourraient trouver un certain intérêt 
à considérer, pour un instant, la façon dont les historiens 
anglais envisagent la question de leur histoire coloniale. 
La Belgique et la Grande-Bretagne ont ceci de commun 
que toutes deux sont de petits pays en possession de grands 
empires coloniaux ; cependant, ainsi que je vais m'’efforcer 
de le démontrer, ces empires sont très différents par leur 
caractère, sinon par leur étendue. 

Mais avant d'entrer plus avant dans mon sujet, je 
voudrais faire voir combien, en Angleterre, nous appré- 
cions l’œuvre accomplie par les écrivains belges dans 
l'étude de l’histoire coloniale en général. Nous avons suivi 
avec intérêt et admiration les volumes écrits par les pro- 
fesseurs De Lannoy et Vander Linden sur l’expansion 
coloniale européenne. Non moins que les Belges nous 
déplorons comme une calamité la destruction des maté- 
riaux concernant l'expansion française, amassés pendant 
de longues années de labeur par le professeur Vander 
Linden; ce dernier ayant résidé à Oxford pendant la 
guerre, nous avons d'autant plus de raisons pour prendre 
part à son malheur. 

Avant la guerre, M. H. Rolin, docteur en droit, éditait 
une publication périodique d’une grande utilité au sujet 
de l’administration des différentes possessions africaines. 
Et qu’il me soit permis de mentionner le fait suivant 
lorsque notre professeur de droit international à Oxford 
eut à se renseigner sur l’administration de la Rhodésie 
(Zambézie britannique) — il avait alors à discuter en faveur 
de la « British South Africa Chartered Company » devant 


39 


574 H. E. EGERTON 


le Conseil privé britannique, la possession du territoire 
en litige entre la Couronne et la dite Compagnie — c'est à 
l’œuvre de M. Rolin qu’il dut avoir recours. 

Ce fait était-il dû à quelque négligence particulière de 
la part des écrivains anglais ? Je crois que l’extrême diver- 
sité de l’empire britannique peut être alléguée comme 
excuse en leur faveur. C’est d’ailleurs sur ce point-là en 
particulier que l’expérience belge diffère de la nôtre. - 

Laissons maintenant de côté l'exemple de cet empire 
colonial, qui, si difficiles à résoudre que soient ses pro- 
blèmes, paraît singulièrement homogène si nous le com- 
parons au nôtre, empire hétérogène s’il en fut, parsemé 
sur la surface du globe, possédant toutes les formes de 
constitutions politiques et représentant tous les degrés du 
développement économique et social. Pour plus de simpli- 
cité nous le divisons en trois groupes : les [ndes, les 
Dominions et les possessions de la Couronne et Protec- 
torats. Par le fait que l’Inde n’a jamais rien eu à faire avec 
le Ministère des Colouies, il semble tout naturel à un 
Anglais de ne pas la considérer comme une colonie, et je 
puis remarquer en passant que lorsque, il y a dix-huit ans 
environ, une chaire d'histoire coloniale fut fondée à 
Oxford, son fondateur, M. Alfred Beit, stipula que le dit 
professeur devrait laisser de côté l’enseignement de l’his- 
toire de l'Inde. On craignait que, ce sujet une fois intro- 
duit, il ne fasse comme la verge d’Aaron, et n’engloutit 
toutes les verges de moindre importance en dehors de lui. 
Aux Indes même, les Anglais, administrateurs ou soldats, 
se sont, sans contredit, montrés convaincus de l’impor- 
tance de l'histoire. James Grant Duff, Joseph Davey 
Cunningham, Mountstuart Elphinstone, sir John Malcolm, 
Robert Orme et William Irvine, ce ne sont là que 
quelques-uns parmi les noms de ceux qui ont prouvé que 
l'esprit britannique était capable d’unir à une vie d'efforts 
et d'activité physique un complet dévouement à la science 
historique. [1 y à quelques années, Lord Curzon, notre 
ancien Secrétaire d'État aux affaires étrangères, écrivit 
sur la Perse un livre qui est tout autant l’œuvre d’un 
savant que celle d’un homme d’État. 

Toutefois, ce n'est pas de l’Inde que je vais essayer 


le 


HISTOIRE COLONIALE DT 


d'entretenir les lecteurs de la Revue, mais bien de ce que 
nous sommes, encore de nos Jours, convenus d’appeler 
l’Empire Colonial. La première grande distinction qu'il 
nous soit aisé de faire, c’est celle entre l’Empire du passé 
et l’Empire de nos jours. Il est vrai que dans les Indes 
occidentales cette distinction n’a pas sa raison d’être, 
comme nous avons là une histoire continue, commençant 
an xvir° siècle et se continuant à l’époque actuelle. Cepen- 
dant il y a une ligne de démarcation distincte entre l’his- 
toire des colonies américaines du continent qui donnèrent 
naissance aux États-Unis d'Amérique, et l’histoire du 
Canada ou celle de l’Australie. Les écrivains américains 
ont témoigné un si vif intérêt pour tout ce qui concerne 
l’histoire de leurs origines, que pour celui qui a l'intention 
d'y faire des recherches, la plus grande difficulté est de 
découvrir un terrain qui n’ait été déjà foulé et fertilisé par 
les efforts de précédents investigateurs. De nombreuses 
collections de documentsetles publications d'innombrables 
sociétés historiques ont déjà servi et servent encore à 
éclairer le chemin, et certes nul ne peut accuser les peuples 
de langue anglaise de négliger ce côté de l’œuvre à accom- 
plir. En Angleterre la publication des volumes de « The 
colonial series of the Calendar of State papers » com- 
mencée en 1860, mit au jour une masse de matériaux, que 
jusqu'alors on avait été obligé de rechercher dans les 
manuscrits déposés aux Archives Nationales. Sans doute 
on a encore, dans certains cas, à consulter les manuscrits 
originaux, mais pour la période qui s'étend de 1674 
environ jusqu'au début du xvrrn° siècle, les lettres sont 
données presque tout au long, si bien que ce qui précède 
ne sera pas fréquemment nécessaire. Par contre il en 
résulte un inconvénient : comme chaque tome traite avec 
une telle abondance de détails de très courtes périodes, 
c’est à peine si la série atteindra la date de la Révolution 
américaine du vivant d'aucun de mes lecteurs. 

Quoi qu'il en soit, l’étude de ces origines historiques est 
de bien des facons profitable et encourageante, et ce serait 
un jour néfaste que celui où l'histoire coloniale de la 
Grande-Bretagne en viendrait à n’être que celle des pos- 
sessions de la Couronne et des Dominions contemporains. 


576 H. E. EGERTON 


Considérons un instant les Dominions. Ici, du moines, 
vous trouverez un état de choses qui n’a de parallèle dans 
aucun autre pays. Au Canada l’on trouve un intérêt plein 
d'activité et d'enthousiasme pour l’histoire du passé. Je 
ne sais pas ce qu'il en est en Belgique entre Wallons et 
Flamands, mais au Canada les nationalités rivales, fran- 
çaise et anglaise, tendent à encourager la concurrence 
dans l’exploration des chemins détournés de l’histoire. Tei 
encore il y à de nombreuses sociétés historiques qui sont 
en train de faire d’excellent travail ; les publications de la 
«Société Champlain », entre autres, se placent en premiére 
ligne peut-être, quant à l’édition, la présentation et les 
illustrations. Mieux encore, le Dominion canadien possède 
à Ottawa l’un des bureaux des archives les mieux outillés 
et des plus effectifs ; et son directeur, le D' A. G, Doughty, 
est infatigable quant à l’extension de ses travaux. Prenons 
comme exemple de l’œuvre en voie d’accomplissement le 
Rapport de l’année 1921. II contient, entre autres choses, le 
texte intégral des proclamations du gouverneur du Bas- 
Canada faites entre 1799 et 1815, un sommaire de la corres- 
pondance de Lord Shelburne, dans la mesure où celle-ci 
concerne le Canada, un autre « Calendar » des pièces 
officielles qui se trouvent aux Archives de Londres, des 
lettres du gouverneur de la Nouvelle-Écosse adressées à 
Lord Shelburne, narrant l’arrivée et l'installation dans sa 
province des « United Empire Loyalists » pendant les 
années 1783 et 1784, et enfin les statuts du Haut-Canada 
4792 et 1793. On nous dit que le nombre de demandes de 
production de documents et de renseignements sur les 
sujets les plus variés faites par les divers ministères, les 
étudiants en histoire, et autres investigateurs va chaque 
jour en augmentant. Pas moins de mille cent cinquante- 
trois demandes du même genre ont été reçues et satisfaites 
pendant ces deux dernières années, tandis que leur nombre 
pour les deux années précédentes n'avait été que de quatre 
cent trente-quatre. 

En Australie le caractère centrifuge du système consti- 
tutionnel rend les efforts collectifs moins aisés, mais là 
également les annales des premiers jours de la Colonie 
sont peu à peu amenées au grand jour; les professeurs 


HISTOIRE COLONIALE D 14 


d'histoire de Sydney, de Melbourne et d’Adélaïde ont fait 
preuve du désir en même temps que de la capacité de 
traiter l’histoire de l'Australie sur la même échelle que les 
plus grands historiens d'Europe ou d'Amérique. L'histoire 
de la Nouvelle-Zélande, plus pittoresque, à naturellement 
excité l'enthousiasme de ses habitants patriotes, bien que 
sans nul doute il y ait encore bien des lacunes à combler. 
L'histoire complète de cette compagnie de Nouvelle-Zélande 
qui joua un si grand rôle dans la fondation de la colonie, 
par exemple, n’a jamais encore été écrite d’après des 
documents originaux. 

Nous arrivons, en fin de compte, à l’Afrique Australe 
Anglaise où encore les luttes entre races rivales, hol- 
landaise et anglaise, servent à exciter le goût des 
recherches dans le passé. Le D' G. M. Theal, ancien 
archiviste de la Colonie du Cap, fit œuvre utile en publiant 
une série de volumes contenant un résumé succinct de 
matériaux d’information relatifs à la colonie pendant les 
premiers temps de la domination anglaise (Bureau des 
Archives de Londres). L’archiviste actuel, Mr. C. G. Botha 
est en train d'étendre activement son champ de travail. 
Nous nous sommes souvent laissé dire que la Grande-Bre- 
tagne est la terre des amateurs : vous en avez un remar- 
quable exemple dans l'Afrique du Sud, où un Anglais, pro- 
fesseur de chimie au « Rhodes College » de Grahamstown, 
a, pendant plus de trente ans, consacré toutes ses vacances 
et tous ses moments de loisir à explorer l’histoire des ori- 
gines de la province orientale de la Colonie du Cap; d’où 
il résulte qu’il a contribué, ou plus exactement (le qua- 
trième volume ne devant pas être terminé de quelque 
temps) est en train de contribuer à l’œuvre historique la 
plus sérieuse que l’Afrique Australe ait encore produite. 

Il en a été suffisamment dit, je l'espère, pour donner une 
idée de notre méthode de travail en ce qui concerne l’his- 
torique des Dominions De même que ce sont des commu- 
nautés politiques jouissant d'une complète autonomie, 
absolument indépendantes de la métropole en dehors de 
toute question affectant la politique extérieure ou qui 
enfreindrait les droits résultant des traités, de même, sur 
le terrain des études historiques, nous reconnaissons 


578 H. E. EGERTON 


qu'ils ont atteint leur plein développement en tant que 
nations et. qu’ils sont, dans le principe, à même de prendre 
sur soi la responsabilité de s’occuper de leur propre passé 
tout autant que désireux de le faire. L’analogie, heureu- 
sement, ne se poursuit pas jusqu'au bout. Alors que 
l’homme d'Etat anglais qui se lancerait dans les mystères 
de la politique des Dominions, serait on ne peut plus mal 
reçu, la bienveillante rivalité des historiens anglais est 
toujours bienvenue des investigateurs de l’un et l'autre 
Dominion. Ce serait un jour néfaste pour l'avenir de l’Em- 
pire Britannique, que celui où en Grande-Bretagne nous 
ressentirions éxactement au même degré, pour le passé de 
de ces Dominions, l'intérêt que nous éprouvons pour le 
passé des pays étrangers. | 

Après tout, malgré le respect que nous avons pour l’in- 
ternationalisme de l’avenir et en dépit de toute la loyauté 
possible envers les principes de la Société des Nations, le 
patriotisme est encore une vertu nécessaire, même chez 
l'historien, et pour nous autres, sujets britanniques, ce 
patriotisme ne serait qu’un bien mesquin amour du clocher 
s’il se confinait aux rives de notre petite île. 

Pendant longtemps, il est vrai, l’histoire des Colonies 
en Angleterre a souffert d’une déplorable négligence. Ceci 
a été dû en partie, je pense, à l’absence d’annales impri- 
mées d’un accès facile (songez quel brillant chapitre 
Macaulay aurait pu ajouter à son histoire, s’il avait eu 
sous la main «The colonial series of the-Calendar of State 
Papers ! »). Une autre raison fut l’incapacité des classes 
intellectuelles anglaises à comprendre la signification, 
pour leur pays, d’un Empire Colonial. Ceux, très rares, 
qui le comprirent, des hommes tels que Gibbon Wakefield 
et Lord Durham, étaient trop absorbés par les soucis de 
l’activité politique pour donner une attention désirable à 
l'histoire du passé. 

Quoi qu'il en soit, la publication en 1883 des brillantes 
conférences de Seeley sur l'Expansion de l'Angleterre 
déclencha un mouvement qui n’a cessé de progresser à 
une vitesse sans cesse accélérée. 

Mon ami Sir Charles Lucas a consacré la plus grande 
partie de son temps qui n’était pas absorbé par ses travaux 


HISTOIRE COLONIALE »79 


au Ministère des Colonies, à écrire ou à éditer des livres 
ayant trait à l’histoire coloniale; et à l’époque actuelle, 
ceux qui se livrent à des recherches dans cette branche 
sont beaucoup trop nombreux pour qu’on puisse les men- 
tionner tous par leur nom. Je dois avouer qu'il n’y a encore 
en Grande-Bretagne que trois professeurs d'histoire colo- 
niale : le professeur d'Oxford, le professeur d'histoire 
coloniale à l’Université de Londres, et un professeur pour 
la même matière à l’Université du Pays de Galles (College 
de Aberystwyth). Maïs une œuvre excellente en ce qui 
concerne les recherches historiques se poursuit active- 
ment dans d’autres universités. 

Les Indes occidentales en particulier offrent un champ 
d’études où il reste encore beaucoup à faire. Les Améri- 
cains comprennent de mieux en mieux l’étroite relation 
qui existe entre ces îles et les colonies du continent aux 
xviI® et xvirie siècles, et après avoir traité d’une façon si 
approfondie l’histoire des origines de leurs propres colo- 
nies, ils commencent à s’aventurer dans cette nouvelle 
direction. Une bienveillante rivalité de cette nature est 
des plus profitables. La principale difficulté vient de ce 
que, dans bien des cas, le climat humide et destructif des 
iles a annihilé des matériaux manuscrits de grande valeur. 

Toutefois, à part les Indes occidentales et quelques 
postes littoraux dans l’Afrique occidentale, il y a un vaste 
domaine d'existence tout à fait récente, dont l’histoire est 
en train de se faire. Comme Anglais et appartenant à une 
race qui, du moins je le crois, n’a pas la réputation de 
posséder des dons intellectuels très spéciaux, nous pou- 
vons avancer avec fierté que les hommes de sens pratique 
qui ont joué le premier rôle dans la création de ces nou- 
velles possessions, ont montré une égale capacité à s’en 
occuper du point de vue littéraire et scientifique. Ici l’his- 
toire se répète, et de même que Bradford et Winthrop 
furent tout à la fois les actifs gouverneurs de la Nouvelle 
Plymouth et de Massachusetts et leurs historiens les plus 
compétents, de même Sir F. Swettenham, Sir H. Johnston 
et Sir F. Lugard, pour ne citer que les noms les plus en 
vedette, ont démontré que les qualités pratiques d’un bon 
administrateur ne sont nullement incompatibles avec 


580 H. €. EGERTON 


celles d’un écrivain de talent. La Malaisie britannique de 
Sir Frank Swettenham, compte rendu des origines et des 
progrès de l'influence anglaise dans cette contrée, est, en 
vérité, en ces temps de désillusion et de tristesse, d’une 
lecture encourageante pour ceux qui aiment à croire que 
les Anglais n’ont pas complètement perdu ce savoir-faire 
dans leurs rapports avec les races arriérées, dont nous 
pouvions à juste titre nous enorgueillir. L'œuvre littéraire 
de Sir H. Johnston affecte dans son ensemble un caractère 
plus sévère, mais il à montré, d’une façon incontestable 
comment on peut combiner les rôles d'un administrateur 
et d'un savant. Sir FF, Lugard sera mon dernier exemple. 
Sir F.Lugard fut le fondateur du Nigeria septentrional, en 
tant que partie intégrante de l’Empire britannique; et le 
Nigeria dans son ensemble lui doit plus qu’à aucun autre 
Anglais. Cependant, dans son livre Le Double Mandat 
dans l'Afrique tropicale, il s’est montré capable de manier 
la plume aussi bien que l’épée ou le bâton de commande- 
ment. Pas un de ceux qui s'intéressent aux problèmes con- 
cernant les dépendances des tropiques — problèmes de 
bien des facons les mêmes pour tous les peuples européens 
— ne devraient manquer de lire son livre. Que l’on soit 
d'accord ou non avec toutes ses conclusions, l’on se sent 
en présence d’une intelligence maîtresse qui a joué un rôle 
important dans la tentative de résoudre ces problèmes. 
L'on voudra bien m’excuser si j’ai pu paraître m’écarter 
tant soit peu du sujet définitif de cet article. Mais, lorsque 
l’on s’occupe d'histoire coloniale on ne tarde pas à trouver 
le passé si étroitement mêlé au présent qu'il est difficile de 
traiter l’un des deux sujets sans faire quelque allusion à 
l’autre. Nous reconnaissons tous, de nos jours, que l’œuvre 
de l'historien n’est pas simplement d'enregistrer les faits 
de guerre et les phases du développement constitutionnel 
et politique. Cette œuvre doit aussi comprendre des sujets 
tels que l’ethnographie et les questions économiques et 
sociales, sujets qui, par leur importance, menacent de faire 
du côté politique un côté tout à fait secondaire. Mais dans 
la pratique, quand on s’occupe des dépendances tropicales 
telles que notre Nigeria, notre Kénia, notre Ouganda et le 
territoire du Congo belge, ces autres facteurs dominent 


HISTOIRE COLONIALE 581 


complètement la question. L'histoire que doit ici consi- 
dérer l'historien c’est celle qui facilitera le plus possible 
la tâche pratique de l'administrateur. Quelles sont les cou- 
tumes chères aux indigènes ? Quelle est la manière la plus 
répandue d'envisager le droit de propriété foncière ? La 
bonne réponse à de semblables questions peut décider les 
indigènes à accepter volontiers une règle étrangère au lieu 
d'accepter le gouvernement qui leur est imposé à contre- 
cœur et avec une amère aversion. Remarquons, par exem- 
ple, qu'en Nouvelle-Guinée (Papua), le Gouvernement 
Australien possède parmi ses fonctionnaires un anthropo- 
logiste attitré. Voilà un exemple que d’autres pays pour- 
raient suivre avec avantage, autant pour ceux dont ils 
ont la charge que pour leur propre confort et sécurité. Il 
me revient que le point faible du Gouvernement allemand 
était que, tandis qu'il traitait avec prévoyance et compré- 
hension les questions d’exploitation économique, il négli- 
geait d'étudier la psychologie des indigènes, sans le bon 
vouloir desquels, comme main-d'œuvre, le développement 
économique n’aurait jamais pu être mené à bien. 

Tei encore il y a un champ d’études pour l’histoire colo- 
niale dans son sens le plus large indiqué précédemment. 
C’est surtout vers des problèmes de ce genre que. pendant 
de longues années à venir,les savants de Belgique vont 
diriger leur attention. En même temps ils conserveront 
quelque sympathie pour ceux d’une autre nation qui fait 
partie d’un empire si hétérogène que le chercheur a de 
quoi être embarrassé avant de décider auquel de ses diffé- 
rents aspects il consacrera ses efforts. 

C’est un dicton chez nous que, dans une course, si 
l'Anglais généralement rate son départ, en revanche il est 
souvent parmi les premiers à atteindre le but. Peut-être 
bien en est-il de même en ce qui concerne nos études sur 
l'histoire coloniale. 

H. E. EGERTON, 


Membre effectif 
de l’Institut Colonial International. 


* 





gti An 


url ua aa ugstr of DHEUEE rie ï Meme 
KE 0 rame LES TO RASE FAUSSES 

AE Hp DRE TEL RTE ARLES 
L'HUSEIATUOET. 91... po RE Ste ii LE 


sh 
. 


a L 
e & +1 t è r La 4 
À : 15 ile TOH'TECS 
i G 
+ } # F7 « LE 
1 | 
RTE ‘8 < do À 1 fs 
| Lba 47% til ide ,FECTNRT LEA +6 
E | - (2 t | 1153 LAS CEE 
! WA “on 
‘ { - 
+ à 
| | ] : À + ET -E 
; 1 ; c'e 
: t De EP LE 
È : s 
! y 
LES E +. Ep: 
a A 
0 * Lé Er 
. 1 ù à | +} 442,9 448 
" ' 
H ; 1 £ "aie fé 
» À C2 
<*! | 
t nd En À { … . 
£ RU DEPS à 
. y L: 
, , |  E e EXT 
1, 
4 : £ 4 
Î L LRLE F1 
« r : ee, £ ans E 
À PRETEL D LE, PAR 
: l ELEC 
PRES - 
n ‘ +» di . + de "#4 
« : rnn” » 2" 4 ; » LA 
, ‘ . 
on : Es PAL, 
CE" £ «€ - LC 
‘ LTD re i 
Ê ' ; 
4 y xt 2 “er d 1 Æ Le Lat 
| À * IR HS SE THRAS 
27% 
‘ F F 
: : | ÿ GATIIRITÉ EL! LES . 
. 3 4" La [= 
> ’ ñ 
+ Rd 
. | t L ? à VER CEE. 1 LES TEL 
.e Éd Cars 
_Ë | 02 ET 268800 ets c 
: Fa CL 
| i Lez saine de 
LA L 
| rs ge 
le, À EP 1 
L . , à 
f pu ti tel 
1 
3 L 
{ rs 1 
D) 
1 
A F D4 
. UNE: 2 
L . 
ts {= 
n 
s- 4 * * 
’ 3 1 . 
+ 
H 1 Li LA 
5 ’ 
à \ 
1 ne: 


% 
Eee À (rar 
2 + : 





MÉLANGES 


Note sur Xénophon, Banquet VII, 5. 


Un passage de Xénophon qu’'Alph. Willems cite dans 
une de ses études sur la comédie grecque (!) offre un 
exemple intéressant de l’aide que l’archéologie peut appor- 
ter dans l’interprétation des textes. 

C’est dans le Banquet, VII, 5 : le maitre de la maison, 
pour charmer ses convives, à imaginé de faire venir un 
Syracusain, lequel entre, suivi de deux beaux adolescents : 
un jeune garçon qui danse et joue de la cithare, et une 
joueuse de flûte qui est en même temps une acrobate 
accomplie. 

Quand il5 ont suffisamment fait montre de leurs talents, 
un des conviés (c'est Socrate), séduit par la beauté du jeune 
couple, s'adresse au Syracusain, et après avoir marqué sa 
répugnance pour les jeux dangereux, s'exprime ainsi : 
« S'ils dansaient dans le costume sous lequel on nous 
dépeint les Charites, les Heures et les Nymprhes, ils S'en 
tireraient plus aisément et le banquet nous paraitrait plus 
agréable (?). » 

La traduction donnée ici du début du passage est, 
croyons-nous, inexacte. Elle néglige, en effet, de rendre 
l'expression technique OÔôpxeto8ai oxMuata, danser des 
figures de danse }, et elle suppose que les danseurs, en se 
dépouillant de leurs vêtements, imiteraient les Nymphes. 


(1) AzPrx. WiLcems, € Le nu dans la comédie ancienne des Grecs », dans Ia 
Traduction nouvelle d'Aristophane, Bruxelles, 1919, t. IL, p. 389. 

(2?) Ei dé oôpxoîvro mpôc Tov auAdv oxmuatra év oi Xdpitéç TE Kai par 
Kai Nüupar Fpdpovtrai, ToAùd àv oîuat aÜTOUS TE POV dIÉYELV Kai TÔ OUu- 
TOO1OV TOÀÙ ÉTIXAPITTEPOV EÏVOL. 

(3) BarLzzy et LIDDELL AND SCOTT, S. \. 


584 MÉLANGES 


Or, il ne peut être question d’une pareille interpréta- 
tion; si nous examinons les monuments de l’époque de 
Socrate où sont figurées (ypäpovro) les Charites, les 
Heures et les Nymphes, nous les voyons, strictement 
vêtues, évoluer lentement dans une marche rythmée dont 
les mouvements, sans causer de fatigue aux danseuses, 
mettent en relief la beauté de leur corps (1). Nous saisis- 
sons alors la pensée de Socrate : « Si ces jeunes gens dan- 
saient au son de la flüte des figures de danse dans les- 
quelles les Charites, les Heures et les Nymphes sont 
représentées, ils s’en tireraient bien plus aisément [qu’en 
torturant leur corps pour accomplir des tours de force 
comme ceux qu'ils nous présentent (VII, 3;] et le banquet 
nous paraitrait beaucoup plus agréable ». Socrate a dit 
(II, 15): « Voyez comme ce jeune homme, déjà beau cepen- 
dant, paraît, grâce à ses attitudes (oùv toîs Oxuaoiv), plus 
beau encore que lorsqu'il se tient tranquille ». 

Ajoutons enfin que Socrate était particulièrement qua- 
lifié pour faire cette comparaison s’il a vraiment, comme 
on le disait (2), sculpté dans sa jeunesse un groupe des 
trois Grâces. 

A. ToMmsix. 


Diminutifs français de noms propres de lieux 
en Angleterre 


M. Eilert Ekwall, professeur à l'Université de Lund, 
auteur d’un traité sur les noms de lieux du Lancashire 
(The place-names of Lancashire. London, Longmasns, 
1922, in-8°), a consacré récemment un volume à la question 
si controversée des noms en -ing (English place-names in 
-ing. Lund, Gleerup; London, H. Milford; Paris, Cham- 
pion ; Leipzig, Harrassowitz, 1998, in-8°). 

Il y aborde, accessoirement, un petit problème dont il a 
entrevu l'intérêt, mais qu’il n’est pas arrivé à résoudre, 
faute de s'être rendu suffisamment compte de l’influence 


(1) Bulletin de correspondance hellénique, Y, 1881, p. 351 et suiv. 
(2)LPADSANISS 97218; 


MÉLANGES DR5 


exercée par le français sur la toponomastique de l’Angle- 
terre après la conquête. 

Au chapitre II (Names in -ingas), nous trouvons, 
page 34, en tête de la liste dressée pour le Kent, la notice 
que voici : 

« Barming, East and West (pars. (1) SW of Maidstone, on 
the Medway) : Bermeling'e, Bermelie, DB (?), Bearmlinges, 
Bearmingletes a. 1150 Text. Roff. (3) 230 f, Barme- 
ling'es 1187, Bormeling'es 1197, Barmolinges 1200, Bar- 
neling'e 1212 RB, de Barmling ce. 1919, IPM (Arch. Cij), 
Barmling 1291 TE, Barmyng 1540 AD ïü... Bearming- 
letes corresponds to the present Barnjet, an alternative 
name of West Barming. Cf. p. 166 ». 

Avant de nous reporter à l’endroit indiqué, lisons la 
notice consacrée à Malling, pages 37-38, dans la même liste 
du Kent : 

« Malling (East Malling, par., v. (4, West or Town 
Malling, par., town; NW. of Maidstone, near the Medway: 
West Malling is the name of à hd.) (5) : æ&t Mallingum 
838 ŒT 434, Mealling'as, East Mallinga gemære 942-946, 
CS 719, de Mealling'is, of Mealling'an CS 1321 F., Meallin- 
getes Text. Roff. 250, Metlinges, Mellingetes DB, Meslin- 
gues A201 Ind., Mallinges 1227-1935 Ind. ïi, Malling, 
Eastmalling”, Mallyng’ (hd.) 1275 HR, Malling, East- 
mallyng 1291 TE, Town Mawlinge 1601 Ind. ii... For 
Meallingetes, Mellingetes, ef. p. 166 ». 

Le problème consiste à rendre compte des formes 1150 
Bearmingleites > Barnjet, et 1086 Mellingetes, 1140-1150 
Meallingetes. Voyons, p. 166, l'explication qui paraït la 
plus vraisemblable à M. Ekwall. 

Nous sommes 1ci au chapitre intitulé « Palatalization in 
names in -ing »; dans beaucoup de ces noms, la termi- 
naison -inge se prononce -indge. L'auteur (p. 166) a 
examiné d’abord le cas de Lyminge, Kent, qui n’est pas, 


1) Parishes. 


( 
(?) Le Domesday Book a été dressé en 1086. 
(3) Textus Roffensis. Écrit vers 1140-1150. 
(4) Parish, village. 

5) Hundred. 


) 
; 


586 MÉLANGES 


selon lui, un dérivé en -ing, mais un composé *Limen-5e, 
de l’ancien nom de rivière Limen et du vieil-anglais 3e 
(— all. gau, goth. g'awi, etc.), « district ». Il ajoute : 
« À similar development has probably taken place in 
Barnjet, another name of West Barming (Barmingletes (!) 
for -5etes Text. Roff.). The second element seems to be 
OE 5eat « gate », perhaps here « gate of à boundary 
fence ». The g in Barming- seems to have become pala- 
talized before the 3|j] of the second element ». La note (1) 
ajoute la remarque suivante : « Curiously enough West 
Malling is called Meallingetes in Text. Roff. Barnjet, 
Meallingetes may have been outlying portions of the 
villages ». 

M. Ekwall reconstitue donc *Bearming-5etes et “Mel- 
ling:-5etes ; il voit dans le second élément le vieil-anglais 
seat (anglais mod. gate), « porte », et suppose que les 
deux localités étaient situées près des portes des villages 
désignés par le nom simple. | 

Quelques remarques se présentent immédiatement à 
l'esprit. La correction de Bearmingletes en Bearmingisetes 
est absolument arbitraire ; il en est de même de la reconsti- 
tution *Melling-5etes (sur Mellingetes, attesté), impliquée 
par le texte de M. Ekwall. L'auteur ne donne aucune 
explication de la présence de l -s final dans les deux 
formes. Enfin, en ce qui concerne West Malling, qui est 
situé à 4 kilomètres à vol d'oiseau d’East Malling, il paraît 
bien difficile de trouver un sens logique au moyen de seat. 
même en admettant qu'il s'agisse, non de la porte d’une 
agglomération, mais de celle d’une clôture de campagne. 

La vérité, c’est que nous avons affaire ici à deux repré- 
sentants de la classe des diminutifs de noms propres des 
lieux(?). Les Normands de Guillaume, venant d'un pays 
où ces diminutifs étaient dans leur pleine vogue, en ont 
créé quelques-uns dans le pays conquis. Mellingetes, pour 
eux, signifiait «Petit Malling» (quelle qu'ait été à ce 


(4) La forme exacte, dans le document de 1150, est Bearmingletes, selon 


M. Ekwall lui-même (p. 34). 
() Voir Auc. VixcenT. Les diminutifs de noms propres de lieux. (Revue 


belge de philologie et d'histoire, 1929, p. 247-264). 


MELANGES 587 


moment la forme courante de ce nom); Bearmingletes 
signifiait « Petit-Barming ». 

Mellingetes (Mealling'etes) est formé au moyen du suf- 
fixe -et sur “Mellinges (Metling'es), ete.; dans Bearming-- 
letes, on reconnaït à première vue le suffixe complexe 
-elet; le radical présente du reste une difficulté, puisque 
dès 1086 on trouve Bermeling'e, et que la simplification en 
Barmyng n'apparaît qu’en 1540; la forme complète, cor- 
respondantau Bearmling'es de 1150, serait “Bearmlingletes. 
Ou bien l’emploi du suffixe -elet a fait éliminer, par dissi- 
milation, |’? du radical; ou bien Bearmingletes est une 
erreur d'écriture pour “Bearm(e)lingetes(suffixe simple-et), 
ce qui paraît plus vraisemblable, étant donnée la forme 
moderne Barnjet. 

Ce diminutif a reçu dans les deu* cas, suivant la règle 
la plus ordinaire, le genre et le nombre du primitif. 


11 y a dix ans, M. R. G. Roberts, dans son étude topony- 
mique sur le Sussex (T'he place-names of Sussex. Cam- 
bridge, University Press, 1914, in-8°) a, lui aussi, mal 
compris deux diminutifs analogues à ceux que nous 
venons d'examiner; mais il y a tout au moins reconnu la 
présence d’un suffixe diminutif français. Voici ce qu’il dit : 


P.61!. « Easthampnett (1). 


1290 Esthamptonet, Cal. Inq. P. M. vol. i, p. 105. 

1995 Esthamptenet, ibid., p. 198. 

O. E. *easthamtun, «the east enclosure round the 
homestead », with the addition of the N.-Fr. diminutive 
suffix -et, -ot (Mod. Fr. -ette). Cf. the pers. ns. Annett 
< Anne; Wilmot < Wilm < Wilhelm. Sce also Little- 
hampton below ». 


P. 171. « Westhampnett (?). 


1974 Hamptonet, Cal. Inq. P. M. vol. i, p. 55. 
1278 Wehtmconett, Plac. de quo War. p. 755. 


(!) Les cartes et répertoires dont nous disposons ne nous ont donné aucune 
indication sur la situation de ce village. 

(?) Westhampnett est situé dans la partie occidentale du Sussex, non loin de 
la Manche, au nord-est de Chichester; l’église est une construction ancienne 
contenant des restes normands. 


588 MÉLANGES 


1302 Hamptonett? Cal. Rot. Ch. p. 135. 

1316 Westhamtonet, Cal. Inq. P. M. vol. i. p. 280. 

1379 Westhamtonet, Cal. Rot. Ch. p. 210. 

O. E. westhamtun (1) > M. E. westhamtün. The -ett 
is the N.-Fr. diminutive suffix, Mod. Fr. -ette. See « East- 
hampnett and Littlehampton above ». 


P. 103. « Littlehampton (?). 


1274 Hampton, H. R. ïüi. pp. 213, 214. 

1278 Hampton, Plac. de quo War. p. 758. 

1333 Hampton, Cal. Inq. ad quod D. p. 296. 

1492 Lyttelhampton, Cal Inq. P. M. vol. iv, p. 411. 

O. E. hamtun > M. E. hamtün > (hæmtn) 

The Little- is a later M. E.addition. See Easthampnett 
above, and W'esthampnett below ». 


Dans les deux premiers noms se trouve le suffixe fran- 
çais -et; le t final sonne naturellement en anglais; c’est 
ce qui amène M. Roberts à donner au suffixe français 
moderne la forme -ette (p. 61 et p. 171). S’il considère -et 
et -ot comme étant un même suffixe (p. 61), c’est sans 
doute parce qu’il a remarqué que le second remplace 
souvent le premier dans les noms de lieux français. 

Quoi qu’il en soit, il n’a visiblement pas saisi la valeur 
des deux diminutifs. Il reconstitue deux primitifs à sens 
bien insolite, *éasthamtun, «the east enclosure round 
the homestead », et [*| westhamtun, et suppose évidem- 
ment, mais sans le dire, qu’à chacun des deux noms a été 
ajouté, ultérieurement, le suffixe diminutif -et. Mais les 
formes 1274 Hamptonet, 1502 Hamptonett(?), désignant 
Westhampnett, indiquent que les éléments les plus récents 
des deux noms sont Æast et West. Les deux formes recon- 
stituées par M. Roberts ne tiennent donc pas. 

Les deux noms sont des diminutifs de Hampton et 
signifient « Petit Hampton de l’est», « Petit Hampton 
de l’ouest », quel qu’ait été antérieurement le sens de 
Hampton. À quelle localité sont-ils opposés ? Nous ne trou- 
vons actuellement, dans la région, que Littlehampton, 


(1) Lire évidemment *westhämtun. 
(?) Littlehampton est un petit port de mer et station balnéaire, à 10 milles à 
l’est du précédent, sur la rive gauche de l’Arun. 


MÉLANGES 989 


signalé par M. Roberts sous la forme simple jusqu’en 1333. 

Les deux localités ont-elles porté d’abord le nom de 
Hampton, mis au diminutif ensuite? Ont-elles reçu direc- 
tement, d’un Normand, le nom de Hamptonet? L'absence 
de documents antérieurs à la fin du xir siècle nous 
empêche de l’établir. 


Les quatre diminutifs que nous venons d'examiner pré- 
sentent la particularité d’être formés sur un nom propre 
de lieu germanique au moyen d’un suffixe roman. Mais 
c'est là une question de forme et non de sens. Nous l’avons 
déjà fait remarquer, l’étymologie du nom propre simple 
n'a aucune importance en pareil cas; que le primitif appar- 
tienne ou non à la même langue que le suffixe, en formant 
le diminutif de ce nom propre, on fait entièrement abstrac- 
tion de son sens étymologique, pour ne considérer que la 
localité désignée, dans l’état où on se la représente au 
moment de la création du diminutif. 

AUG. VINCENT. 


Les imitations de Salluste 
dans la « Chronique de Saint-Hubert » (). 


Le moine qui écrivit la Chronique de Saint-Hubert 
n’était point étranger à la culture classique (?). Salluste, 
notamment, semble avoir exercé sur lui un singulier 
attrait. Il l’a lu et relu, comme le prouvent des imitations 
et des réminiscences assez nombreuses. Quelques-unes 
d’entre elles ont été signalées par les éditeurs allemands 
et, en dernier lieu, par M. Hanquet. Nous ne croyons pas 
inutile d’en compléter la liste. 

Notons d’abord l'emploi fréquent dans la Chronique de 
l’infinitif dit historique (infinitif de description), procédé 

(1) Nous nous servons de l'édition publiée par M. Karl Hanquet dans le 
Recueil de textes pour servir à l'étude de l'histoire de Belgique, Bruxelles, 1906. 

(2) Aux auteurs anciens que M. Hanquet cite (p. xvn) comme ayant été uti- 
lisés par le choniqueur, il faut ajouter Virgile (p. 179, 1. 3-4 : El ne quid inex- 
pertum relinqueret — Énéide, IV, A15 : Ne quid inexpertum — relinquat), 
Juvénal (p. 193, 1. 33-34 : {este conscientia, qua se judice nemo nocens absol- 
vitur = Sat. XIII, 2-3 : Quod se iudice nemo nocens absolvitur), et peut-être 


d’autres encore. 


40 


290 MÉLANGES 


de style qui, comme on sait, caractérise la manière de 
Salluste : 

C. 26 (p. 79, 1. 3-4) : Interea Boso declamare in clero, spargere 
voces in populo. 

C. 45 (p.112, 1. 11-15) : Znterea episcopus ecclesiam beati Huberti 
frequentare, neglectis sedibus episcopit natalitias curias et pasche- 
les celebritates ibidem sollempnisare, ordines ecclesiasticos suis 
temporibus agere et fratribus sine aliqua suorum inquietudine 
familiarius cohabitare. 

C. 70 (p. 159, 1. 15 — p. 160, 1. 1-3) : Znterea Berengerus [Otber- 
tum] criminationibus infamare, vite et moribus ejus derogare, tam 
male se ab eo tractatum continuis querimoniis deplorare, non 
eum ex pontificatu honoratum, sed pontificatum ex eo dehonesta- 
tum declamare: 

Ibid. (p. 160, 1. 19-22) : Znterim Otbertus furere et in abbatem 
indignari, et unde illi lanta constantia contra Leodiensem episco- 
pum [proveniret] demirari, ejiciendos ex loco monachos et militibus 
suis abbatiam dispertiendam minari. 

C, 72 (p. 173, 1. 22-25) : Preterea per quosdam opportunos partis 
sue omnes blanditiis ambire, singulorum animos attentare, fir- 
miores Circumvenire, infirmiores invenire, humilitatem et huma- 
nitatem suam erga eos attentius commendare, eorumque utilitati- 
bus, st sinerent, se commune fore. 

C. 75 (p. 179, 1. 16-18) : Znterea Arnulphus comes singulos, ut 
quemcumque noverat, pro nepole suo aggredi, ejus causa consti- 
lium et auxilium suum ecclesie polliceri, etc. 

C. 76 (p. 180,1. 17-22) : Zngobrandus — contra morem majorum 
quadam liberalitatis specie ferociores religiosorum animos emol- 
lire, Juvenum vero et maxime adolescentium familiaritates affec- 
tare, postremo nec modestie nec sumptui parcere, etc. 

Ibid. (p. 182, 1. 7-10) : Unde et quidam — Ingobrandum impos- 
torem et pessimum clamare, fautores ejus fidei desertores et reli- 
gionis proditores denotare, etc. 


Passons aux imitations de détail ({). 


C: 23 (p.: 60, :1. 12:13) :,nori Jug., 14, 11 ; regnum eius 
debere eum predam pauca facere  sceleris sui praedam fecit. 
sceleris sui, illa que destinabat 
redemptioni anime sue (?). 


(t) Nous avons marqué d'un astérisque les passages où ces imitations ont 
été déjà indiquées par les éditeurs de la Chronique. 

(?) Dans A, il y avait d'abord predam facere sceleris sui pauca illa, ee qui 
nous paraît préférable. 


MÉLANGES 


kC. 54 (p, 128, 1. 17-18) : Quia 
ergo, ul ait quidam, difficile 
imperium relinetur, nist eisdem 
artibus quibus et paritur. 

C. 72 (p. 174. 1. 25-26): Cepit 
unusquisque pericula metu suo 
metiri. 

Tbid (p. 174, 1. 27-28) : infecto 
neg'otio propter quod venerat. 

C. 75 (p. 178, 1. 19-21): Et pre- 
missa queslione, quomodo se 
haberent, quem exitum tot ma- 
lis suis sperarent. 

70 De1o0, 1 16-17) cum 
sit Suum humant ingenti, vel 
potius erroris, credere tardius 
quicquid virtutis 
pulatur. 

1bid. (p. 180, 1. 20-24) : Juve- 
num vero et maxime adolescen- 
tium familiaritates affectare, 
postremo modestie nec 
sumptui parcere, dum quosque 
quasi ad gratiam obnoxios 
[idosque sibi faceret, licet vero 
sit difficile. 

C. 77 (p. 184, 1. 17 — p. 185, 
l. 1): ef ex eo inter utrosque 
medium gravissime oppr'imeba- 
lur episcopium. 

C. 80 (p. 199, I. 8-9) : disposi- 
tis per loca oportuna custodiis. 


inertie ejus 


nec 


VA 2ND. 203,1 19): estina- 
bant captare incerta pro certis. 


*C. 86 (p. 215, 1. 15-16): Que 
quidem repulsa licet altius quam 
quisquamm ratus esset in cor ejus 
descender'it, etc 

Ibid. (p. 215, 1. 17) : pr'o tem- 
pore tamen quasi benigne res- 
pondit. 


991 


2 à 4 
facile eis arlibus retinetur, qui- 
bus initio partum est. 


2, 4 : Nain imperium 


Cat., 31,2: suo quisque metu 
pericula metiri. 


Jug.. 104, 1 : infecto quod 
intenderat negotio. Cf. 58, 6. 

Cat., 40,2: percontalus pauca 
de statu civitatis — requirere 
cœpit quem exitum tantis malis 
sperarent. 

Cat., 3, 2 : quae sibi quisque 
facilia factu putat aequo animo 
accipil, supra ea veluti ficta pro 
falsis ducit. 


Cat,, 14, 5-6 : Sed maxume 
adulescentium familiaritates ad- 
petebat— postremo neque sump- 
tui neque modestiae suae par-- 
cere, dum illos obnoxios fidos- 
que sibi faceret. 


Jug., 41, 5 : Ita omnia in 
duas partis abstracta sunt, res 
publica, quae media fuerat, di- 
lacerata. 


Cat., 50, 3 : dispositis praesi- 


diis, ut res atque tempus mone- 


bat. 

Cat RL 0 ATIICeT LE DrO Cer- 
lis, bellum quam pacem male- 
bant. 

JUSTE, 6701000 Derbi 
in pectus lug'urthae allius quam 
quisquam ratus erat descendit. 


Jus AIT Ad'earlugurtla 
— tamen pro lempore benigne 
respondié. 


592 MÉLANGES 


C. 89 (p. 222, I. 10-11) : Quia Jug., 113, 1 : Sed plerumque 
entm, ut dicitur, voluntates re-  regiae voluntates, ut vehemen- 
gum, ut sunt vehementes, ita et tes, sic mobiles. 
mutabiles. 

Nous reconnaissons ici une trace de la Renaissance 
carolingienne, dont l'influence fut puissante du 1x° au 
xu° siècle. De même qu'Éginhart, dans sa Vie de Charle- 
magne, avait pastiché Suétone, de même notre chroni- 
queur à orné son récit de traits, de sentences, d’expres- 
sions et de tours de phrase empruntés à Salluste. On 
remarquera, entre autres, le passage (c. 76, p. 180, 1. 17-22 
où. pour dépeindre la conduite d'Ingobrand, il a naïve- 
ment copié le Catilina. Au surpius, la prédilection des 
clercs da moyen âge pour Salluste nous est attestée par le 
grand nombre des manuscrits qui nous ont conservé les 
deux chefs-d’œuvre de l'historien latin. 

Ne dédaignons pas ces observations minutieuses et en 
apparence stériles : elles jettent quelque lumière sur l'état 
des lettres à une époque trop sévèrement taxée d’igno- 
rance et de barbarie. P. Tomas: 


L’Origine luxembourgeoise des peintres 
Van Orley. 


Le biographe des Van Orley, Alphonse Wauters, est 
parvenu à rassembler sur leur famille des détails fort cir- 
constanciés, que l’on trouvera relatés dans deux ouvrages 
du consciencieux archiviste : Bernard van Orley, sa 
jamille et ses œuvres, publié à Bruxelles en 1881 (1), et 
Bernard van Orley, paru à Paris en 1895. 

Les recherches approfondies de l'historien bruxellois 
lui ont permis de rétablir comme suit les premiers degrés 
de la filiation : 

I. — Everard I d'Ourle ou d’Orley épousa Barbe Taye, 
fille de Jean Taye, dit « de Gaesbeek », et héritière du 
manoir de Moorsel-lez-Gaesbeek; tous deux relèvent ce 
bien en fief, de l’abbaye de Nivelles, le 4 mars 1435. 


(1) Dans les Bulletins de l'Académie Royale de Belgique, 3e série, t. I, pp. 369 
à 444. 


MÉLANGES 593 


11. — Leur fils, Jean van Orley, reçu bourgeois de 
Bruxelles en 1464, figure en 1482 parmi les membres du 
lignage patricien de s’ Leeuws. 

Il épousa Marguerite Happaert (encore citée en 1515, 
avec son second mari, Pierre van den Wouvwere) et eut 
deux fils : 

III. — à) Everard II van Orley, mentionné en 1490 et 
en 1500, ne laissa qu'une fille, Jeanne, qui porta Moorsel à 
son mari Jean Suls. 

b) Valentin van Orley, né en 1466, admis comme maître- 
peintre en 1512, à Anvers. Il ne figure plus dans les 
lignages de Bruxelles, ni dans lés livres de fiefs, car ïl 
était frère naturel d'Everard IT, natuerlycke broeder 
comme l’appelle un document de 1502. 

« Dépouillé par l’illégitimité de sa naissance des avan- 
tages que lui assurait son origine, Valentin demanda à une 
profession libérale les moyens de soutenir son existence ». 
Encore mentionné à Anvers en 1517, il était de retour à 
Bruxelles en mai 1527; il ne vivait plus en 1532, ayant eu 
six enfants au moins, dont quatre fils, Everard, né en 1491, 
Bernard, le plus illustre de la famille, né vers 1492, Phi- 
lippe et Gommaire, qui, tous, se vouèrent également à la 
peinture et fondèrent une nombreuse lignée d'artistes, 
éteinte seulement au xvirie siècle. 

Sur l’origine d'Everard I d'Orley, Wauters fait remar- 
quer que la généalogie des peintres du nom de Van Orley 
se rattachait, quoi qu’on ait dit, aux riches et puissants 
seigneurs du même nom; ceux-ci, après avoir habité le 
Luxembourg, acquirent de grands domaines en Brabant, 
par le mariage de Bernard, seigneur d'Orley, justicier des 
nobles du duché de Luxembourg, avec Françoise d’Argen- 
teau, dame de Houffalise. héritière de Louis d'Enghien, 
seigneur de Rameru, de Tubize, de Saintes, de Wisbecq, 
de Morialmé, etc. 

« Vers le même temps, un de leurs parents, Everard 
d’Ourle ou d'Orley, prit pour femme Barbe Taye... On n’a 
pas encore retrouvé d'indication de nature à relier, d’une 
manière absolue, les Van Orley de Mourselle à ceux de 
Luxembourg et de Tubise, mais leur parenté est indé- 
niable. Les uns et les autres apparaissent en Brabant à la 


b9 f MÉLANGES 


même époque, au commencement du xv° siècle; ils pos- 
sèdent des biens dans des localités voisines, ceux-ci à 
Tubize, ceux-là à Leeuw-Saint-Pierre et Gaesbeek; ils 
affectionnent les mêmes prénoms et, vers l’an 1500, les 
peintres Philippe et Bernard Van Orley furent probable- 
ment tenus sur les fonts baptismaux par Bernard d'Orley 
et son fils Philippe, l’un et l'autre seigneurs de Tubise et 
de Seneffe, baïillis de Nivelles et du Brabant wallon 
depuis 1497, sauf quelques interruptions passagères, jus- 
qu'en 1554. Ces deux gentilshommes jouissaient d’une 
grande influence à la cour de Bruxelles et leur protection, 
sans doute, ne fit pas défaut à leurs proches moins fortunés 
et ne leur fut pas inutile » (1). 

Les considérations émises par Alphonse Wauters ren- 
daient déjà probable la parenté des peintres bruxellois 
avec les seigneurs luxembourgeois, en dépit des diffé- 
rences de pays et de condition sociale ; depuis, les recher- 
ches qu’il m’a été donné de faire à propos de la seigneurie 
de Laval-lez-Remagne (dans la région de Saint-Hubert) (*), 
m'ont fourni la preuye documentaire qui manquait à Wau- 
ters: la parenté que sa sagacité habituelle lui avait fait 
admettre existait bien réellement. 

Voici comment : à la fin du x1v° siècle, la terre de Laval 
appartenait à Julienne de Welchenhausen, qui l’apporta à 
son premier mari, l’'écuyer Waleran du Chêne, puis à son 
second époux, Jean d’'Orley, écuyer, cité de 1387 à 1408, 
seigneur à Linster (entre Luxembourg et Echternach). 

À la mort de Jean, Laval fut partagé entre ses fils, 
Jean IT et Guillaume; cinq ans plus tard, en 1415, les deux 
frères, s’étant rangés parmi les adversaires de la prise de 
possession du Luxembourg par Antoine de Bourgogne, en 
furent cruellement punis : leur château de Laval est 
assiégé par les troupes ducales, pris d'assaut et démoli; 


(4) Cependant, Wauters écrit en 1893 {Bernard Van Orley, p. 10), à propos 
de l'appui qu'auraient pu accorder Bernard, bailli de Nivelles de 1497 à 1509, 
et son fils Philippe, bailli de 1509 au 18 décembre 1554 (jour de sa mort) : 
« On ne trouve pas que ces deux seigneurs aient favorisé leurs parents moins 
fortunés. » 

2) CE. J. Vaxxérus, La Famille de Welchenhausen el les seigneuries de Noville- 
lez-Bastogne et de Laval-lez-Remagne, dans les Annales de l'Institut archéolo- 
gique du Luxembourg, &. XLVI (Arlon, 1911), pp. 172 à 185 et 194 à 197. 


MÉLANGES 595 


Linster doit également se rendre, après bombardement; 
Jean d’Orley lui-même est fait prisonnier. À la même épo- 
que, encore, il est impliqué dans une guerre contre Simon, 
comte de Spanheïim et de Vianden ({). 

La situation financière de Jean II d’Orley se ressentit 
naturellement fort de ces malheureux événements, si bien 
qu'il dut en 1419 engager sa part de la seigneurie de Lin- 
ster à son frère Guillaume, pour 1,522 florins d’or du 
Rhin; en 1429, nouvelle engagère, cette fois de ses biens 
et revenus de la région de Clervaux, pour 600 lourds flo- 
rins du Rhin (?). 

Cité pour la dernière fois en juin 1452, Jean avait 
épousé Jeanne de Bastogne, fille de Gérard, chevalier, et 
d’'Elisabeth de la Marek, celle-ci fille d'Englebert, sire de 
Loverval, et d'Isabelle de Hamal; il en avait eu, entre 
autres enfants, deux fils, Everard et Englebert, qui por- 
taient des prénoms de la famille de la Marek. 

Everard est déjà mentionné, tout jeune encore, dans le 
testament de son grand-oncle Englebert de la Marek, sire 
de Loverval, qui mourut le 8 mars 1422, après lui avoir 
laissé cette terre. Il intervient ensuite dans divers actes 
— en 1449 et en 1451, avec ses parents — succède à son 
père dans la possession de Laval, puis reparait dans un 
acte du 14 novembre 1464, mentionnant ÆEvert d’'Orley, 
seigneur de Vaulz (— Laval), Barbe Taye, sa femme, 
Englebert d'Orley, son frère, et Marie du Pont, épouse de 
ce dernier ; vers la même époque, encore, les enfants de 
Jean II cédèrent aux fils de leur oncle Guillaume, Ber- 
nard (1) et Jean d'Orley, de Linster, tous leurs biens dans 
le Luxembourg, à Laval, Remagne et ailleurs (3). 

Everard et Englebert rompent dès lors toute attache 
avec le duché, le premier s’étant fixé dans le Brabant, 
tandis que le second s’établissait du côte de la Meuse: 

(1) Archives de Reinach (Publ. de Luxembourg, t. 33, 1877), nos 4147, 1251 
et 1253; Chronique de Dynter, éd. De Ram, I, 1857, pp. 227, 229-232, 711- 
715; Archiv. de Marches (Ann. de l'Institut arch. du Luxembourg, t. X), n° 49. 

(2) Publ. de Luxembourg, t. 25, p. 234; t. 40, p. 416: t. 42, pp. XXIX- 
XXXII; Arch. de la Sect. Hist. de Luxembourg, F. 54. 

(3) J. pe CnesrRer pE HanNErrEe, La Maison de la Marck, p. 24; Arch. de 


Clervaux (Publ. Lux., t. 36, 1883), n° 960 ; ne Raanr, Sceaux armories, L. I, 
p. 74; Publ. Lux., t. 32, pp. 3 et 36, L 35, pp. 352 et 355. 


D96 MÉLANGES 


titré d’écuyer (1459), puis de chevalier (1493), Englebert 
devint baïilli de Bouvignes (1459-1493), ayant probablement 
épousé la fille de Jean du Pont, son prédécesseur au 
baïlliage ; il se remaria avec Marie de Corswarem et nous 
ne lui connaissons qu’une fille, Jeanne, qui se maria à 
Michel de Berlaymont, sire de Floyon et de Kermpt (1). 

Nous voilà donc renseignés de façon très précise sur les 
attaches familiales de Valentin van Orley: par une 
branche quelque peu déchue de sa situation primitive, il 
descendait en ligne directe, bien qu'illégitime, de lignages 
de première noblesse (?). Nous nous rendons également 
compte de la parenté qui l’unissait au seigneur de Tubize, 
Bernard d’Orley, et à son fils Philippe, dont nous parlait 
Wauters: Bernard (IT) était, en effet, fils du justicier des 
nobles de Luxembourg, Bernard I d’Orley, seigneur à 
Linster et à Laval, issu lui-même du mariage de Guillaume 
d’Orley, frère de Jean IT, avec Catherine d’Autel. 

Le crayon généalogique ci-dessous, en même temps qu’il 
fait ressortir l’apparition parallèle des mêmes prénoms 
Bernard et Philippe dans les branches brabançonne et 
luxembourgeoise, montre que Bernard IT était cousin issu 
de germain de Jean TITI d'Orley de Moorsel. 


Jean 1 d'Orlev (1387-1408) 
| 








| | 
Jean II (1408-1452). Guillaume (1408-1460). 
3 | 
| | 
Everard I (1422-1470). Bernard 1 (1441-1494 ou 1495). 
Barbe Taye (1435-1470). Francoise d’Argenteau. 
| | 
| | Le 
Jean III (1464-1482). Bernard. Clément,s. de Linster. 
| | | ( 
| | 
Everard IL Valentin, fils naturel, Philippe. Bernard WE, 


Is n 
(1490-1500). né 1466, + 1527- 1532. s. de Linster. 
| 
| 


Everard TI Bernard Philippe. 
né en 1491. né en 1492. 


A) J. Vaxnérus, Welchenhausen, pp. 180-182. 

(2) Les Orley même étaient originaires de la région d'Uerzig sur la Moselle, 
à mi-chemin entre Trèves et Cochem; c’était une ancienne famille ministé- 
rielle de l’archevêché, connue dès 1129, avec Hermannus camerarius de Urley. 


MÉLANGES 597 


Bernard II, sire de Tubize, et son fils Philippe ont done 
fort bien pu, comme le supposait Wauters, avoir été les 
parrains du peintre Bernard Van Orley et de son frère 
Philippe; le «cousinage» était poussé fort loin à cette 
époque et les deux branches d’une famille luxembourgeoise 
fixées en Brabant auront certainement entretenu d’étroites 
relations : ne voyons-nous pas le vieux Philippe d'Orley, 
baïlli de Brabant, aller assister, en janvier 1554, aux noces 
de son cousin de Linster, Bernard III, avec Anne de 
Malberg (:)? 

II faut encore remarquer, à propos des liens qui unis- 
saient Bernard Van Orley à ses homonymes luxembour- 
geois, que son épitaphe, en l’église de Saint-Géry, à 
Bruxelles, portait pleines les armoiries de la famille : 
d'argent à deux pals de gueules. Wauters observe à ce 
sujet que «Bernard n'avait pas le droit de porter ces 
armoiries, à cause de la naissance illégitime de son père 
Valentin et de sa qualité de simple plébéien. Cette ins- 
eription tumulaire a donc été falsifiée dans les temps qui 
suivirent son décès ». | 

Wauters S’étonne évidemment à bon droit de ce que la 
tombe du grand peintre (mort en 1542) montràät sans bri- 
sure les armoiries de sa famille, mais il a tort de conclure 
à la falsification de l’épitaphe; dès 1521, en effet, Bernard 
van Orley portait ces armoiries pleines, comme le prouve 
un écusson qui se voit sur le panneau central de son trip- 
tyque, La Patience et les Épreuves de Job, conservé au 
Musée Ancien, à Bruxelles. 

Non content de signer le tableau de son nom, Bernardus 
Dorleij Bruxellanus. et de son monogramme, deux fois 
dessiné, le peintre à encore tenu à y apposer une marque 
plus discrète, si discrète qu’elle a échappé à A.-J. Wau- 
ters (?) : comme la scène représente une salle d’une riche 
architecture s’écroulant sur le festin des enfants de Job, 
l'artiste a pu y faire figurer, sur un pilier abondamment 


(1) Archives de Clervaux, n° 1953. 

(2) Catalogue des Tableaux anciens, p. 136. — Fierens-Gevaert et A. Laes 
dans leur Catalogue, paru en 1922, signalent par contre l'écusson, en relevant 
le manque de brisure, 


D98 MÉLANGES 


ornementé, entre sa devise Æ/x sijne(n) tit Orley et la 
date 7521, un écu blanc, chargé de deux pals; ceux-ci, 
actuellement d’un ton brun-rougeñtre, devaient être pri- 
mitivement de gueules. 

Bernard Van Orley tenait donc beaucoup, on le voit, à 
rappeler ses attaches avec l’ancienne famille luxembour- 
geoise; est-ce abusivement qu’il a supprimé toute brisure 
de ses armoiries, la faveur dont il jouissait à la cour de 
Bruxelles le protégeant contre les poursuites des hérauts 
d'armes? Ou bien son père — ou lui-même, peut-être — 
avait-il obtenu du souverain des lettres de légitimation (1)? 
Seules, des découvertes ultérieures pourraient nous four- 
nir des précisions à cet égard. 

Quoi qu'il en soit, il m’a paru intéressant de montrer ici 
comment les documents du Luxembourg fixent de façon 
définitive l’ascendance du « plus célèbre des peintres 
bruxellois » (?). 

J. VANNÉRUS. 


() Si j'ai trouvé, dans l'Inventaire sommaire des Archives dépar'ementales du 
Nord, la mention des lettres de légitimation octroyées en 1561 à Hubert d'Orley, 
bâtard de la branche de Linster, j'ai été moins heureux en ce qui concerne 
Valentin. 

(*) L'expression est de A,-J. Wauters (Biographie nalionale, 1. XVI, 1901, 
y Orley). 


COMPTES RENDUS 


J, À. Faure. — L’ Égypte el les Présocratiques. Paris, librairie 
Stock, 1923, petit in-8, 168 p. 5 fr. 75 c. 


C’est un bien vieux débat que rallume là M. Faure : que 
doivent à l'Egypte, ou à l'Orient en général, les penseurs les 
plus anciens de la Grèce ? Et je ne vois pas qu’il y apporte 
quelque argument nouveau ni même qu'il se soit jeté dans 
la mêlée portant cette «triple armure » de la critique philo- 
logique, qui est pourtant bien nécessaire pour traiter sembla- 
bles questions. 

La thése de l'influence égyptienne sur la philosophie 
grecque primitive est fondée sur des notices suspectes des 
biographes et des doxographes anciens, acceptées sans aucune 
critique, et sur une série de rapprochements entre des textes 
égyptiens de toute époque et des fragments des œuvres des 
Présocratiques. La plupart de ces parallèles n’ont aucune 
valeur probante, cela a été démontré depuis longtemps 
l’auteur aurait dû au moins instituer un débat contradictoire 
sur les principaux points en litige et ne pas se contenter de 
vagues comparaisons et d’affirmations gratuites. On ne voit pas 
ce que la science a à gagner à la publication de tels livres : il 
est vrai qu’on ne voit pas non plus ce qu'elle à à y perdre, 


A. DELATTE. 


J. Van Ooteghem, S. J. Hoinére, Iliade, chant I. Préparation 
annotée et enrichie d'illustrations. Liége, H. Dessain, 1923, 
44 p. in-8° fr. 1.60. 


« Cette préparation, annonce l’auteur, comprend deux 
parties : Une partie philologique et une partie illustrée. » La 
premiére est bien conçue et trés soignée. À part quelques 
explications grammaticales jugées absolument nécessaires, 


600 COMPTES RENDUS 


c’est un lexique qui nous est présenté. Non un de ces vocabu- 
laires arides, véritables instruments de supplice pour ia 
mémoire des enfants : pour chaque mot ou presque, et dans les 
limites d’un travail destiné à de jeunes intelligences, le 
P. van O. remonte au sens primitif, à l'étymologie, et retrace 
ainsi l’histoire, toujours intéressante, d’ün vocable. Il n’est 
pas indifférent, en effet, que le jeune lecteur d'Homère 
apprenne, par de multiples exemples, que le langage est une 
chose vivante, soumise à la loi de l’évolution. En dehors des 
services d'ordre pratique que cette préparation rendra, elle 
aura l’avantage d’éveiller la curiosité et d’afliner le jugement. 

C'est sans doute pour obéir aux tendances de la pédagogie 
moderne que l’auteur a fait la place très large aux illustrations. 
Il croit ces gravures « destinées à rendre plus clair ou plus 
vivant le texte d'Homére ». Le principe est en soi excellent, 
mais il demande dans son application infiniment plus de dis- 
cernement que le P. Van O. n’en a pu avoir, étant données les 
maigres ressources dont son éditeur disposait. On trouve ici 
introduites pêle-mêle une quantité de gravures qui reprodui- 
sent pour la plupart des œuvres d’art anciennes. Mais ces 
œuvres n'ont aucun rapport avec l’époque homérique et ne 
correspondent donc, en aucune façon, aux visions que le vieux 
poëte (qui n’était pas aveugle...) a eues des choses et qu'il a fait 
passer (on sait avec quelle intensité) dans son poème. Il y a là, 
de plus, un évident abus des realia, si peu importants, quand 
on y réfléchit bien, du point de vue littéraire. Or celui-ci doit 
être et rester celui de l’enseignement moyen. Enfin, exception- 
nellement du reste, l’auteur a versé dans la fantaisie la plus 
condamnable quand il a imaginé de reproduire, en guise 
d'illustrations exégétiques, soit l’Apothéose d'Homére, d’après 
Ingres, soit la décoration scénique d'une pièce jouée au Collège 
Saint-Stanislas, à Mons en 1912. Quelque réussie qu'ait été la 
reconstitution tentée en cette dernière occasion, elle ne peut 
être tenue pour autre Chose que pour un divertissement sco- 
laire ; en avoir fait un document nous paraît, de la part du 
P. van O., un tant soit peu naïf... 

Quoi qu’il en soit de ces critiques, la «préparation » qui nous 
est présentée conservera la valeur d’un bon livre de classe 
et elle est destinée à rendre à beaucoup de grands services. Il 
faut féliciter aussi les promoteurs de telles publications pour 


COMPTES RENDUS GOI 


les efforts évidents qu'ils tentent, dans les moments les plus 
difliciles, en vue de perfectionner notre matériel pédagogique. 
Souhaitons que le succès réponde à ces efforts ! 

À. CHARLES. 


A. Willem. Sophocte, (Edipe-Roï, édition classique. Liège, 
H. Dessain, 1922. 


Après ses éditions de l’ÆJécube et de l'Iphigénie à Aulis, 
M. Willem a publié suivant le même plan l’'(Edipe-Roi, la 
tragédie la plus fréquemment expliquée dans nos classes de 
rhétorique. Le Conseil de perfectionnement a adopté cet 
ouvrage comme manuel classique pour les années scolaires 
1922-1923 à 1926-1927. 

Ce qui frappe d'abord le lecteur, c'est l'étendue de l’Intro- 
duction (60 pages), reprise presquet otalement des deux édi- 
tions antérieures. Avec raison, M. Willem attache une grande 
importance à cette partie de son travail, et les professeurs 
chargés d'expliquer l’œuvre de Sophocle seront heureux de 
trouver réuni, dans un exposé clair et substantiel, tout cé que 
les élèves doivent connaître avant d'entreprendre la lecture 
ae la pièce. Dans le premier chapitre de cette notice sont 
exposés les origines et les éléments constitutifs de la tragédie, 
sa formation et son développement, en même temps que tout 
ce qui a trait aux fêtes de Dionysos et aux représentations. 
Viennent ensuite des détails sur la vie du grand tragique, sur 
l'esprit de son théâtre et sur les réformes qu'il a introduites. 
Dans une troisième partie est étudié le sujet de la pièce, puis 
sa composition. Grâce à ces renseignements si utiles, les élé- 
ves ne devront plus écrire dans leurs cahiers quantité de notes 
et ils pourront suivre avec attention l’exposé fait par leur pro- 
fesseur de diverses questions controversées que M. Willem 
n’a pu qu’eflleurer. 

Le texte adopté est en général celui de l'édition savante de 
Tournier (Hachette, 1886). Les modifications que M. Willem y 
a apportées sont inspirées par le désir de se rapprocher davan- 
tage du texte des meilleurs manuscrits : on ne peut que louer 
cette tendance, car il est certain que Tournier, comme tant 
d’autres hellénistes illustres du xix°siécle, a trop souvent cédé 
aux suggestions de son ingéniosité pour multiplier les conjec- 


602 COMPTES RENDUS 


tures et introduire dans le texte des lecons insuffisamment jus- 
tifiées et défendues par des raisons purement subjectives. Il 
est permis même de se demander si M. Willem n'aurait pas 
pu marcher plus avant dans cette voie (voir par exemple plus 
bas, v. 943). Plusieurs améliorations au texte lui ont été ins- 
pirées par l'édition de Jebb (1914), mais il n’a pu utiliser celle 
de M. Masqueray qui a paru dans la Collection des Universités 
de France quelques mois aprés le livre de M. Willem. 

Le texte adopté par l’auteur nous a suggéré quelques obser- 
valions que nous nous permettons de présenter ici : 

V. 741. La lecon de Hartung, étuxe (adoptée par Masqueray) 
est peut-être préférable à eixe qui sapposerait ure construc- 
tion fort compliquée. 

V. 943. Nous croyons que Masqueray a eu raison de conser- 
ver le texte des manuscrits que tous les éditeurs, par un scru- 
pule excessif, avaient corrigé à cause de leur désir de main- 
tenir la symétrie dans la stichomythie (v. MAsQUERAY, Intro- 
duclion, p. XXVIIL Sqq.). 

V. 1280. La lecon des manuscrits uôovou Kkakà peut être 
conservée : la répétition du même mot au vers suivant n’a 
rien qui doive nous surprendre. 

V.1348. La leçon la plus probable est celle qui se rapproche 
le plus du texte des manuscrits : undaud yvüvar rmoT'äv 
(Dobree). 

V.1361. La conjecture de Meineke ôuoXexñs n'est pas inutile 
comme le croit M. Willem :il est difficile de donner à ouoyevns 
le sens actif et la substitution à ôuokeyñs d’un mot plus com- 
mun s'explique aisément. 

V. 1455. Nous croyons que M. Willem a tort d'adopter avec 
Jebb Zdvre au lieu de Zvri que donnent les manuscrits et qui 
s'explique mieux. 

Plusieurs papyrus (*) qui datent du r1° au v° siècle de notre 
ére, c'est-à dire qui sont antérieurs de cinq siècles au moins 
au plus ancien manuscrit de Sophocle, nous ont conservé des 
fragments, très mutilés d’ailleurs, de ses tragédies, Quoique le 
texte qu'ils présentent ne paraisse pas avoir été supérieur à 
celui de nos manuscrits, ils permettent de déterminer la bonne 
lecon dans deux passages de l’'Œdipe-Roi : 


(1) Voir Masqueray, Zntroduclion, p. XxXIH-xxY. 


COMPTES RENDUS 603 


V. 825. éuBateüdo donné par le papyrus, est préférable à 
éuBatetev des manuscrits (cf. les aoristes dans les vers qui 
précédent et qui suivent). 

V. 1310. GianwTôtoai donné par le papyrus (au lieu de 
diaTéTaToi des manuscrits, impossible à cause de la mesure du 
vers confirme une correction de Musgrave. 

Le commentaire, fort étendu, est surtout littéraire et philo- 
sophique, les élèves étant invités à chercher les renseignements 
grammaticaux désirables dans la préparation que M. Deltombe 
a publiée de la même tragédie. On reconnaît ici la main 
de l'helléniste expert et du professeur distingué qu'est M. Wil- 
lem : il s'est attaché à noter les principales nuances de la 
langue de Sophocle et à mettre en relief, par des observations 
judicieuses, tout le caractère tragique de la situation et la vir- 
tuosité déployée par le poëête grec. Des rapprochements fré- 
quents sont établis non seulement avec les auteurs anciens, 
mais encore avec de nombreux écrivains français, ce qui 
augmente l'intérêt et contribue à la formation du goût litté- 
raire des jeunes gens. 

Il serait superflu d’insister sur les qualités de cette édition, 
parfaitement appropriée aux besoins de l’enseignement moyen 
et faite avec la même conscience que les ouvrages antérieurs 
de l’auteur. 

| MARCEL HOMBERT 


The Oxyrhynchus Papyri, Part XV, edited by B. Grenfell and 
À. Hunt; with five plates. Londres, Egypt Exploration 
Society, 1922, 250 p. 


Par la variété et l’importance des textes littéraires qu'il 
contient, ce volume se place au premier rang dans la collec- 
tion célébre qu’il continue. Nous ne pouvons que mentionner 
rapidement ici les numéros les plus instructifs ou les plus 
inattendus. Parmi les fragments théologiques, en tête de la 
série (n° 1778, 1v°s.), viennent une dizaine de lignes de l’Apo- 
logie d’Aristide, qui permettront de mieux apprécier la 
valeur des remaniements syriaques et grecs dont on dispo- 
sait jusqu'ici pour refaire cette œuvre importante des débuts 
de l’apologétique chrétienne ; comme beaucoup d’autres trou- 
vailles analogues, celle-ci montre le danger des reconstruc- 


60 f COMPTES RENDUS 


tions trop systématiques. Les numéros suivants (1779-1786) 
donnent des fragments de l'Évangile selon saint Jean, de la 
Didache et du Pasteur d'Hermas; puis une copie du symbole 
dit de Constantinople; enfin, le spécimen le plus ancien 
QGui° s.) d’un hymne liturgique chrétien, avec des annotations 
musicales dont M. H. Stuart Jones a donné les équivalents 
modernes. 

Les amis de la poésie grecque s’intéresseront surtout aux 
nouveaux fragments du livre IV de Sapho (n° 1787) dont cer- 
tains coïncident avec un papyrus de Halle, précédemment 
publié; les deux numéros suivants (1788 et 1789) semblent 
fournir des vers d’Alcée, avec une scholie du grammairien 
Didyme; sous le n° 1790 (tre s.), nous trouvons une qua- 
rantaine de vers bien conservés, où M. Hunt a reconnu la 
marque d'Ibycus, spécimen plus intéressant pour sa métrique 
que pour sa valeur poétique. N° 4791 (is ) : une vingtaine de 
vers d’un péan de Pindare. donnant le contexte d’une citation 
faite par Pausanias, X, 9, 11-12. Ne 1792 (n° s.) : d’autres 
fragments de Pindare, entre autres (fr. 1) quelques vers 
d'assez belle allure sur la naissance d’Apollon et d’Artémis, 
puis une poussière inutilisable de menus débris. N° 1793 : 
fragments de pièces perdues de Callimaque, notamment de sa 
Victoire de Sosibios; copie du 1‘ siècle, fournissant une ving- 
taine de distiques élégiaques à peu prés intacts. N° 1794 : vingt 
hexamèétres d’un poète alexandrin inconnu, inférieur à Calli- 
maque mais nullement à dédaigner. N° 1795 (analogue au 
n° 15 de la même série) : quatrains rangés suivant l’ordre 
alphabétique de l’acrostiche (| à =), formés d’hexamètres dont 
le pied final est iambique, et suivis chacun des mots aÜüXe ot; 
la plupart de ces quatrains ont pour thème l’insouciante joie 
de vivre. « Ne te fatigue pas à chercher d’où vient le soleil ni 
d’où vient l’eau, mais bien où tu pourras acheter des parfums 
et des couronnes. » Sir Frédéric Kenyon a publié récemment 
upe curieuse description de ce que devait être, dans les villes 
ogrecques du Fayoum, la bibliothèque d'un lettré. Une fois de 
plus, nous constatons que les lyriques, y compris Pindare et 
Sapho, y étaient largement représentés. Cette vogue persis- 
tante de poêtes dont la lecture était plutôt difficile semble 
devoir s'expliquer par une prédilection des écoles de rhéto- 
rique contemporaites pour le lyrisme des Asianistes. 


COMPTES RENDUS 605 


Parmi les ouvrages en prose dont nous découvrons ici des 
restes, les plus importants sont : 1° un traité sophistique sur 
le juste et l'injuste, peut-être d’Antiphon; 2° une histoire 
d'Alexandre (le fragment retrouvé parle de la bataille d’Issus); 
3° un recueil de biographies de personnages historiques ou 
mythiques (Sapho, Simonide, Ésope, Thucydide, Démosthène, 
Eschine, Thrasybule, Hypéride, Leucocomas, Abdérus); 
4° quatre glossaires, où je relève une note curieuse sur Mithra 
identifié avec Prométhée, ainsi que des mots donnés pour 
chaldéens. 

Enfin, viennent des copies fragmentaires de textes conser- 
vés (Trachiniennes) de Sophocle; morceaux divers de Théo- 
crite, d’Aratus (texte excellent): de Platon, Démosthène, Iso- 
crate, des codes Théodosien (VII, 8,9 s.)et Justinien (précieux 
index de la premiére édition, publiée en 529). Enfin Homère 
est représenté, comme toujours, par de nombreux frag- 
ments. 

Le volume se termine, comme les autres, par de nombreux 
et excellents #ndiîces qui permettront d’y découvrir aisément 
tout ce que l’on pourrait avoir à y chercher. Par cette publica- 
tion qui témoigne, comme les précédentes, d’un travail à tous 
égards exemplaire et fécond, M. Arthur Hunt s’est créé des 
titres éminents à la gratitude de tous les heilénistes. Dans sa 
préface il exprime le regret de n’avoir pu profiter de la colla- 
boration de son ami B. Grenfell, éloigné de ses travaux scien- 
tifiques par son mauvais état de santé, et il fait remarquer 
en passant que deux des numéros les plus précieux (1786 
et 1793) ont été achetés par son compagnon d’études sur le 
site d’'Oxyrhynchus pendant l'hiver 1919-1920. 

| - J. Bipez. 


G. Ghedini. Lettere cristiane dai papyri greci del IIT e 
= IV secolo (Supplementi ad Aegyptus, serie di divulgazione, 
n° 3). Milan, 1923, 376 p. | 


- Eusèbe de Césarée considérait l'Égypte comme le pays 
chrétien par excellence Il n’y a pas de témoin plus instructif 
à consulter à cet égard que les lettres privées, retrouvées en 
si grand nombre parmi les papyrus (beaucoup plus de douze 


41 


606 COMPTES RENDUS 


cents). Ainsi s'explique que M. G. Ghedini — dirigé et aidé 
par son maître À. Calderini — aprés avoir entrepris des 
recherches « sur les éléments religieux païens dans les lettres 
privées écrites en grec » ({), ait tenu à donner à cette première 
enquête une contre-partie. C’est ainsi qu’il en est arrivé à com- 
poser ce joli recueil, où il traduit, analyse et commente très 
minutieusement et savamment les quarante-quatre lettres 
auxquelles il a le droit d'attribuer une provenance chrétienne, 
et dont il se sert avec beaucoup de sagacité et de finesse pour 
noter jusqu'où allait, dans la vallée du Nil, au 1v° siècle, la 
pénétration des idées, des sentiments et des expressions 
propres aux croyants de la religion nouvelle. Déjà les statis- 
tiques sont instructives. Rares encore au 1rI°, les correspon- 
dances où le christianisme s’affirme deviennent les plus nom- 
breuses au siècle suivant. Non seulement la foi s’y manifeste 
par un emploi fréquent des formules conventionnelles, mais 
de plus elle donne lieu à des effusions plus libres; il arrive 
même qu'elle fasse le sujet principal de la missive. Bref, on 
voit le paganisme disparaître avec rapidité dans ce genre de 
documents dés la fin du rêgne de Constantin. 

Parmi les considérations générales que M. Ghedini expose 
élégamment dans son introduction, on trouve une étude des. 
particularités qui caractérisent « la technique » dans les 
lettres chrétiennes : le nom du signataire placé toujours — 
en signe d’humilité — aprés celui du destinataire de la lettre; 
la fréquence de la formule év kupiw ou ëv 8e xaipeiv; les mots 
dyarüw et ararntTôs se substituant aux mots iléw, pilos ou 
piitatos ; l'emploi des mots àäèelpôs, mots, etc. Il est inté- 
ressant de constater que toutes ces généralisations se con- 
firment au fur et à mesure que l’on édite des pièces nouvelles. 
Voir, par exemple, H. Idris Bell, Jews and christians in 
Egypt (Londres, 1924), p 128 s. (index), aux mots àyarntôs, 
ddelpôs, et en, ce qui concerne les formules initiales dés 
lettres, p. 76 s., on trouvera un exemple caractéristique : 
Mwuoñs Kai .... où UTodEËOTEpOI UUÈV ÉV [kupitw xaipeiv]. 

Les notes qui suivent, chez M. Ghedini, la traduction de 
chaque lettre sont extrêmement instructives. Jamais le com- 
mentateur, qui paraît très au courant de toutes les publica- 


© (4) Stuai della Scuola papirologica, Milan, Hoepli, t. IE, p. 51 ss. 


COMPTES RENDUS 607 


tions papyrologiques, n’a hésité à chercher les rapproche- 
ments qui pouvaient faciliter l'interprétation du texte. Sous 
le titre d’ « observations grammaticales » (p. 299-326), toutes 
les particularités phonétiques (spécialement du vocalisme), 
morphologiques et syntaxiques sont soigneusement groupées. 
Enfin, le volume est muni d'indices variès (noms des mois, 
noms géographiques, noms de personnes, index général des 
mots (avec traduction) (1), index des citations bibliques, index 
analytique des sujets traités), de sorte que le lecteur fera sans 
aucune peine son profit de tous les trésors d’érudition qui sont 
entassés dans cette édition modéle. Vraiment un travail aussi 
consciencieux et aussi achevé fait le plus grand honnewr à 
M. Ghedini, aux maîtres qui l’ont formé et au pays qu’illustre 
une science si active et si féconde. | 


J. BIDEZ. 


G. Bardy. Recherches sur l'histoire du texte el des versions 
latines du DE PriNcipus d'Origène (Mémoires et travaux 
publiés par les professeurs des Facultés catholiques de Lille, 
fasc. XXV). Paris, Champion, 1923, 218 p. 


Cette monographie est aussi instructive que consciencieuse. 
Le De Principiis est l'ouvrage capital d'Origéne : ses quatre 
livres constituent la premiére somme théologique qui ait été 
écrite. On possède maintenant, grâce à M. P. Koetschau, une 
édition critique fort soignée de tout ce qui nous en a été con- 
servé. M. G. Bardy en a profité pour soumetre à un examen 
nouveau les problèmes qui se posent autour du texte et des 
versions d’un traité fameux dont Photius, le dernier semble- 
t-il, eut le texte complet entre les mains. 

Aprés avoir expliqué l'hostilité sourde ou déclarée des chré- 
tiens, hostilité qui a eu de si fatales conséquences pour la 
conservation de ce grand ouvrage, M. B. rappelle que dés 
avant la mort d'Origène le texte de ses écrits était interpolé 


(1) S. v. bid6eoiç, je ne vois pas figurer le sens d’ « affection », qui me 
paraît certain 41, 23 et 26 ainsi que 42, 4. — On aurait rendu plus facile le 
maniement du volume en rappelant dans le titre courant les numéros des 
lettres. < 


608 COMPTES RENDUS 


ou corrompu par des adversaires malveiliants, et il croit que 
c’est un tel texteque Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée 
utilisérent pour le recueil d'extraits auquel ils donnérent le 
nom de Philocalie, 

Grâce à cette sorte de florilège, nous conaissons en effet une 
grande partie des livres IL et IV du De Principiis. Sans avoir 
pour Origène une admiration aveugle, Basile et Grégoire l'ont 
copié avec respect, laissant de côté sans doute quelques mor- 
ceaux dont l’orthodoxie leur paraissait suspecte, mais sans 
rien changer à ce qu'ils transcrivaient. Malheureusement, les 
excerpteurs de la Philocalie n’ont rien emprunté aux deux 
premiers livres, qui sont les plus importants pour la connais- 
sance de l’origénisme proprement dit. Pour ceslivres Let IT, 
notre meilleure source d'information reste Justinien, qui nous 
fournit vingt-quatre extraits, courts, mais authentiques, et 
‘conservant les formules d'Origène. On ne saurait en dire 
autant des anathématismes qui accompagnaient la lettre de ce 
même empereur au concile de 553 : ils visent immédiatement 
les soi-disant origénistes contemporains et M. Bardy reproche 
à M. P. Koetschau de s'être montré trop accueillant dans son 
édition pour des documents aussi suspects. Par contre, il lui 
reconnaît le mérite d’avoir augmenté de quelques unités les 
découpures d'extraits qu'il y avait lieu de faire, par exemple 
chez Antipater de Bostra et Léonce de Byzance. 

Quant à la traduction latine du De Principits faite par Rufin 
d'Aquilée — et que nous possédons intégralement— M Bardy 
en dit moins de mal qu’on ne l’a fait généralement avant lui, 
Rufin ne s’astreint pas à un mot-à-mot servile. TI! explique et il 
développe parfois. Il se laisse même aller à des réminiscences 
virgiliennes. Mais enfin, il traduit et, dans l’ensemble, c’est 
bien la pensée d'Origéne qu’il exprime. Par contre, dans une 
traduction toute différente de celle-là — et connue par quel- 
ques extraits conservés dans la lettre à Avitus — Jérôme s’ef- 
forçait, ilest vrai, d’être littéral, mais en étalant comme à 
plaisir toutesles défaillances doctrinales d’Origène; il rempla- 
çait par des affirmations trop catésoriques les subtiles et déli- 
cates nuances du texte grec, et il prêtait une forme trop absolue 
à des théories susceptibles d’interprétations bénignes. Aussi 
comprend on que cette traduction de Jérôme ait eu le sort des 
livres hérétiques et qu’elle ait disparu de la circulation. Telles 


COMPTES. RENDUS 609 


sont, brièvement, mais littéralement reproduites, les conclu- 
sions principales de cette monographie que les spécialistes se 
feront un devoir d'étudier de prés et qui leur rendra de grands 
services. Diverses tables, notamment un index alphabétique 
des noms propres et des matières, rendent fort CORMQUEr ie 
maniement du volume. 

J. BIDEZ. 


H. Delehaye, S. J. Les Passions des martyrs et les genres litté- 
raires. Bruxelles, Société des Bollandistes, 1921, 447 p. 


Attrayant et substantiel, cet ouvrage mérite d’être lu de 
prés même dans les milieux les plus étrangers aux recherches 
des Bollandistes. On y trouve l'expression à la fois condensée, 
claire et nuancée des idées d'un savant éminemment com pé- 
tent sur les origines de la partie la plus ancienne de l'hagio- 
graphie — et aussi, exemple à suivre, on n’y voit énoncer 
aucune généralisation qui ne soit illustrée au moyen d’un ou 
de plusieurs exemples lumineux et suggestifs. 

Le Père D. détermine fort bien les conventions littéraires 
d’où provient la forme et souvent même le fond des plus 
célèbres panégyriques de martyrs (chez les deux Grégoire, 
chez Basile de Césarée, même chez Jean Chrysostome). Cette 
influence de la rhétorique, certes, on n’en est plus à la décou- 
vrir, mais le P. D. la décéle dans les morceaux mêmes qui 
prétendent s’en dégager le plus, et il la décrit avec des préci- 
sions et une variété de preuves que personne n'aurait été à 
même d'aussi bien choisir et grouper en un tableau d’en- 
semble (voir, par exemple, pour les descriptions (ékppäceis) de 
pure imagination, les parallèles (Ouykpioeis), les hyperboles, 
les périphrases, etc., les spécimens curieux qui sont cités aux 
pages 204 ss.). 

Aprés lesiècle des grands panégyristes de la chaire, est venue 
la vogue de ce que le savant Bollandiste désigne au moyen d’un 
terme juste et qu’il explique bien — les « passions épiques » — 
documents où l’individualité et l'historicité du martyre s’ef- 
facent dans une amplification de facture et de style purement 
conventionnels Dans la mise en scène théâtrale et uniforme de 
ces passions épiques, qui constituent le principal contenu de 


610 COMPTES RENDUS 


nos ménologes, la part du fait réel devient à peine percep- 
tible. | SEt 
Il n’en est pas de même d’un certain nombre d'actes fort 


anciens (passion de saint Polycarpe, des martyrs Scillitains, 
du «réfractaire » Maximilien, etc.), où nous retrouvons des 
procès-verbaux d’interrogatoires provenant soit des greffes 
des tribunaux, soit de notes prises par un fidèle présent à 
l’audience du fonctionnaire persécuteur (1). Sans jamais se 
départir d’une attentive circonspection, le Pére D. dégage du 
fatras d'actes qui nous a été conservé, la part du document 
véridique, et cette part est encore assez imposante, dans ce 
qui nous reste de l’hagiographie des églises de Smyrne et de 
Carthage notamment. Pour le Pére D., ces actes de martyrs 
n’ont pas été publiés sous l’influence de l’un ou l’autre genre 
littéraire dont ils ne seraient qu’une variété : ils sont le pro- 
duit spontané du milieu et des circonstances. En effet, si pen- 
dant l’occupation allemande, nous avions pu nous procurer 
les procès-verbaux des interrogatoires qui aboutirent à la con- 
damnation à mort de nos martyrs, nous les aurions reproduits 
et répandus — sûrs du succès — sans agir sous l'influence 
d’une discipline littéraire. Il me paraît aller de soi d’ailleurs 
que les récits évangéliques de la comparution de Jésus devant 
ses juges étaient bien faits pour préparer le succés des pre- 
miers Actes des martyrs. 

Dans l'avant dernier chapitre, l’auteur décrit les avatars 
des textes hagiographiques, revisés, remaniés, transformés 
sans cesse — plus encore que ne le furent, dans le cours des 
âges, les recueils de sentences, les manuels d'enseignement, 
les lexiques, ou, pour chercher des analogies moins loin, les 
romans d'Alexandre ou d’Apollonius de Tyr. Pour expliquer 
ces transformations multiples et incessantes, l’auteur nous 
montre qu’il faut prendre en considération tour à tour des 
préoccupations esthétiques, historiques, doctrinales, didac- 
tiques et liturgiques, le temps, les circonstances et la mode 
amenant continuellement de nouvelles exigences chez les lec- 
teurs pour lesquels les textes hagiographiques étaient repro- 
duits. Une tradition manuscrite aussi diverse et ondoyante 


() Dans la loi attribuée à Julien chez Philostorge (p.152 de mon édition), 
il y a, sur le rôle réel ou fictif des commentarienses, un témoignage qui mérite 
peut-être d’être noté, | 


COMPTES RENDUS 6GI1 


rend la tâche des éditeurs modernes bien compliquée. Il est 
rare que le philologue, en ces matières, puisse s’adonner à son 
puzzle de prédilection, la figuration d'arbres généalogiques de 
manuscrits ou la reconstitution du texte d’archétypes dispa- 
rus. Quot codices tot recensiones. À l'appui de ce qu’il dit, 
Pauteur produit ici devant ses lecteurs une série de cas qui 
pourraient sembler désespérés. Comment faire pour introduire 
de l’ordre et de la clarté dans des publications de textes qui 
n ont jamais eu de fixité ni de consistance, et dont nous con- 
naissons des dizaines de remaniements tardifs — grecs, latins, 
orientaux — le plus souvent indépendants les uns des autres ? 
Évidemment, il serait chimérique de vouloir codifier des 
règles à l’usage des éditeurs. Pour chaque cas particulier, 
c'est au bon sens à trouver la méthode Quelles que soient les 
difficultés de ces travaux —- et le Père D. en donne une idée 
saisissante —- ses conclusions n’ont rien de décourageant. 
Nous voyons que, plus d’une fois déjà, l’écheveau a fini par 
se débrouiller : ici comme partout ailleurs, il n’est pas néces- 
saire d'espérer pour entreprendre. La meilleure preuve en 
est dans le fait que ces recherches — si compliquées qu’elles 
soient — ont cependant abouti aux captivantes et instruc- 
tives synthèses que nous présente ce beau livre ({). 

| J. BIDEZ. 


Paul Faider. Ætudes sur Sénèque. Gand, Van Rysselberghe et 
Rombaut, 1921. Un vol. in 8 de 324 p. (Recueil de tra- 
vaux publiés par la Faculté de philosophie et lettres de 
l’Université de and.) Prix : 15 fr. 


Cet ouvrage, qui a valu à M. F. le titre de docteur spécial 
de l’Université de Gand, est une excellente monographie. 
Il est divisé en trois parties. 
Dans la première, intitulée Za Gloire de Sénèque. M.F. 
retrace les vicissitudes par lesquelles ont passé la renommée 


i 


€) Je else ici un exemple fort ancien et important de Bios Kai uap- 
tüptov, celui de Lucien d'Antioche dont Philostorge avait inséré un résumé 
dans son Histoire ecclésiastique. Quant au martyre d’Artémius par Jean de 
Rhodes, il mérite d’être étudié à part. £ 


612 COMPTES RENDUS 


4 


et les ouvrages de LS depuis les temps anciens Le "à 
nos jours. 

D'abord il classe et He les témoignages et les susemouts 
des auteurs païens. Contrairement à l’opinion de M. Colli- 
gnon, il voit avec raison dans le roman de Pétrone une ten- 
dance à ridiculiser Sénéque. Il aurait pu s'étendre davantage 
sur cette petite guerre, car il me semble, d’après certains 
indices, que le philosophe n’a pas reçu les coups du roman- 
cier sans les rendre, Il exagêre, à mon sens, l’hostilité de 
Pline l’Ancien contre Sénèque en tant qu'écrivain, ou plutôt 
les preuves qu'il allêgue de cette hostilité sont fort hypothé- 
tiques. Le célébre jugement de Quintilien porta à la réputa- 
tion littéraire de Sénèque un coup terrible. M. F. le taxe de 
parti-pris et de malveillance. Je n’y contredis pas. Mais il ne 
faut pas oublier que le but de Quintilien était de former le 
futur orateur; or, Sénèque, qui n’a jamais su composer un 
livre, s’astreindre à un plan, conduire sa pensée, ménager et 
graduer seseffets, était assurément pour la jeunesse un modéle 
dangereux. Notre goût moderne ne s’'embarrasse guëére des 
régles de la rhétorique, mais il était naturel qu'un professeur 
d'éloquence comme Quintilien les prit au sérieux. 

Le témoignage de Tacite sur la vie de Sénèéque est le plus 
important que nous ait transmis l'antiquité. M. F. le pése soi- 
gneusement. Si ses conclusions ne nous apportent rien de bien 
neuf, elles sont marquées au coin du bon sens et de l'équité. 

Sénéque, dénigré au point de vue littéraire par les archaï- 
sants du 11° siècle (Fronton, Aulu-Gelle) et au point de vue 
moral par l'historien Dion Cassius, est réhabilité par les écri- 
vains chrétiens, frappés de la beauté de certaines de ses 
maximes. Ici se placent la question du prétendu christianisme 
de Sénéque et celle de l’origine de la correspondance apo- 
cryphe entre lui et saint Paul. Ces questions sont résolues 
aujourd'hui, quoi que certains aient fait pour les embrouiller ; 
mais M. F.a le mérite de les résumer avec clarté et de les 
soumettre à une discussion serrée, pleine de tact ét de mesure. 

Nous arrivons ainsi au moyen âge, qui se forge du philo 
sophe romain une image légendaire et qui professe une sorte 
de culte pour « Seneca moralis », dont il grossit l’héritage 
d’écrits de sa facon, jusqu’au moment où la Renaissance 
inaugure une ère de critique vraiment scientifique. | 


COMPTES RENDUS 613 


M. F. envisage le cours de la destinée de Sénéque à travers 
le moyen âge et les temps modernes à trois points de vue : 
1° la transmission du texte; 2° l'étude de la vie de Sénèque et 
les jugements portés sur sa conduite, sur sa personne morale ; 
3° l'influence de ses idées et même de son style. Gette classi- 
fication est d’une bonne méthode, et les données recueillies 
sont- intelligemment disposées. M. F. ne pouvait songer à 

| matière, qui est vraiment trop vaste; il a dû se 
boruer et choisir. Je regrette toutefois qu’il n'ait pas men- 
tionné la traduction des Épîtres à Lucilius, par Pintrel, 
l’ami de La Fontaine, et qu'il n’ait rien dit de J.-J. Rousseau. 
Rousseau a traduit l’Apokolokyntose, et plusieurs de ses 
ouvrages sont pleins de réminiscences de Sénèque, comme le 
note son ami Diderot (Essai sur les règnes de Claude et de 
Néron, 1. II, $ 17). On peut consulter à ce sujet un assez 
curieux pamphlet de D{om) J(oseph) C(ajot), B(énédictin), 
intitulé {es Plagiats de M. je J. R(ousseau) de Genève sur 
l'Éducation. La Haye et Paris, 1766 (Bibl. roy. de Bruxelles, 
fonds Van Hulthem, in-12, 4601). | 

Dans l’histoire de la critique du texte de Sénèque, je m'é- 
tonne que M. F. ne cite ni Gertz ni Madvig. Le premier, par 
ses éditions du De clementia, du De beneficiis et des Dialogi, 
a fourni une base solide aux travaux ultérieurs; et l’on doit 
au second nombre de corrections palmaires. 

La seconde partie a pour titre La wie et les œuvres de 
Seénéque. Le dessein de l’auteur est surtout de mettre les diffé- 
rents ouvrages de Sénèque en rapport avec les événements de 
sa vie, d'expliquer les premiers par les seconds, et de montrer 
l’évolution, ou, si l’on veut, les fluctuations de la pensée du 
philosophe. Il y a beaucoup à louer dans cette partie de la 
dissertation de M. F. Il y fait preuve d’un jugement tin et cir- 
conspect. Je signalerai notamment ses analyses du De ira, de 
la Consolation à Helvia, du De brevitate vitae, du De cle- 
mentia, du De beneficiis, ses remarques sur l’éducation que 
Sénéque donna à Néron, sa réfutation du reproche d’hypo- 
crisie adressé à Sénéque. À mesure que le ministre de Néron 
se voit impliqué et compromis dans.des actes qu'il désap- 
_ prouve, à mesure qu'il perd son ascendant sur son ancien 
élève, il se rejette du côté de la philosophie, il l'embrasse 
avec plus de ferveur, et, désenchanté du monde, il finit par 


614 COMPTES RENDUS 


se replier sur lui-même et ne s'applique désormais qu’à son 
perfectionnement moral et à celui de son ami Lucilius. 

«Il y a, dit fort bien M. F., dans la vie intérieure de 
Sénèque une ligne dont le tracé est indiqué autant par ses 
écrits que par ses actes, et bien loin de rechercher, suivañt 
l’ancienne méthode, une contradiction entre ceux-ci et ceux- 
là, il convient de montrer comment, durant le rêgne de 
Néron, la pensée de Sénéque, constamment appliquée à tirer 
des événements une conclusion morale, a tendu tout d’abord 
à s'adapter à ces événements, puis à faire de ceux-ci des 
indifferentia, puis à se libérer définitivement de leur Run: 
et à les condamner. » 

La troisième partie est une sorte d’appendice. Elle consisté 
dans uné réédition annotée de la Vita Senecae de l’humaniste 
Paulus Pompilius (né à Rome en 1453 ou 1454 et mort dans 
cette ville en 1490 ou 1491). On ne connaissait de ce Pompi- 
lius, qui fut l’ami du fameux Pomponius Laetus, que ses 
œuvres manusCrites et imprimées. M. F. a pu utiliser une 
courte notice biographique contenue dans un volume de la 
Bibliothèque du Vatican et qui avait échappé jusqu'ici à l’at- 
tention des érudits. | 

La Vita Senecae, dont ia premiére édition parut à Romeen 
1490, est assez intéressante en ce qu’elle témoigne d’une étude 
consciencieuse des sources (pour autant qu’elles étaient acces- 
sibles à l’auteur) et de l'éveil du sens critique, qui manquait 
au moyen âge. Elle est antérieure de seize ans à l'encyclo- 
pédie de Raphaël de Volterra, qui est citée, à propos de 
Sénéque, par tous les historiens de la littérature latine, et qui 
a rejeté dans l’ombre l'essai pourtant méritoire de Pompilius. 
M. F. a réédité avec le plus grand soin cet opuscule rarissime, 
et il y a joint des notes abondantes, identifiant les citations, 
rectifiant les erreurs, signalant les confusions, etc. | 

En résumé, la dissertation de M. F. représente une somme 
de travail considérable. L'auteur est bien documenté; sa cri- 
tique est judicieuse et prudente; il sait voir les choses de haut, 
complète sur plusieurs points les travaux antérieurs et me 
paraît heureux dans ses efforts pour restituer à Sénéque sa 
véritable physionomie; enfin il écrit avec verve et non Sans 
agrément. 1° 
E: FAÔUASS £ 


COMPTES RENDUS 615 


D: Paul Carton. — Ze Naturisme dans Sénéque. 108 p. 6 fr. — 
L'essentiel de la doctrine d'Hippocrate. 106 p. 6 fr., petits 
in-80, Paris, Maloine et Fils, 1922 et 1923. 


La médecine naturiste, qui se rattache à un courant philo- 
sophique appelé naturisme, lequel m’apparaît comme ‘une 
résurrection du stoicisme ancien, « s'occupe de l'étude de la 
constitution de l’homme et de ses conditions de vie normale, 
en tenant compte de ses origines, des liens qui l’unissent 
étroitement aux milieux naturels et de l’évolution qui le con- 
duit progressivement vers la perfection suprême. Elle s’atta- 
che par dessus tout à bien établir les lois physiques, vitales et 
spirituelles qui régissent la vie humaine, parce que les vraies 
raisons de la santé et de la maladie proviennent de faits 
d’obéissance et de désobéissance aux lois divines et naturelles.» 

Le D" Carton est d'avis que la médecine naturiste n’est 
nullement une découverte moderne d’empiriques allemands, 
tels que Kneipp et Kühne, mais qu’elle remonte aux médecins 
et aux penseurs de l’antiquité. Il s’est proposé d'étudier la 
forme de cette traditionnelle conception dans Hippocrate, 
d’une part, de l’autre dans Sénèque. 

Il va de soi que ces livres ne sont pas composés selon la 
méthode philologique : Hippocrate est considéré comme l’au- 
teur de tous les ouvrages du corpus hippocratique et on ne 
trouve nulle trace d’un examen critique des divers aspects de 
la doctrine naturiste, qui pourrait servir à éclairer la question 
de la paternité des diverses œuvres hippocratiques ; de même, 
la question des sources philosophiques, parfois si disparates, 
de Sénéque est entièrement négligée. Ce que les opuscules 
nous présentent, ce sont des extraits des œuvres d'Hippocrate 
et de Sénèque, où apparaît ce que l’auteur appelle la doctrine 
naturiste, et qui, aux yeux d’un historien, est bien plutôt le 
plus souvent soit de l’héraclitisme, soit du stoïcisme. Ils sont 
donc composés bien plus pour l'instruction des médecins que 
pour celle des philologues. 

Est-ce à dire qu'ils ne peuvent nous intéresser ? Loin de 
moi une telle affirmation. Ces extraits sont bien choisis, bien 
classés, quelquefois même briévement commentés, pour 
former une sorte de corps de doctrines que l’on ne retrou- 
verait pas sans difficulté dans le texte original : ‘ils nous 


616 COMPTES RENDUS 


présentent ainsi une forme aisément saisissable d’un courant 
de la pensée antique qui est fort intéressant. 

En outre aucun des échos que trouvent dans la vie moderne 
les doctrines de l’antiquité ne doit nous laisser indifférents; et, 
à cet égard, comment rester insensibles devant l’admiration 
professée par les adeptes de l'Ecole naturiste pour la doctrine 
hippocratique ou pour la philosophie stoicienne, aux pensées : 
de laquelle Sénéque a souvent donné la forme qui survit aux 
siècles ? | 

Je l’avoue, j'ai pris un grand plaisir à déposer pour quel- 
ques heures mes lunettes de philologue et à écouter une fois 
de plus, mais cette fois en compagnie d’un médecin et en 
y trouvant souvent un sens nouveau ou plus riche, les grandes 
vérités proclamées par les voix autorisées d'autrefois. 


A. DELATTE. 


G.Dottin. Les littératures celtiques. (Irlande, Ecosse, Pays 
de Galles, Bretagne), Paris, Payot, 1924. 174 p. Prix, 5 fr. 
in-12 (Collection Payot). 


L’attention fut attirée sur les littératures celtiques en 1762 
par l’Ossian de Macpherson, puis en 1839 par le Barzus 
Breiz de La Villemarqué. Ces deux œuvres étaient d'habiles 
imitations de poèmes gaéliques et bretons, de sorte que, 
comme le dit très justement M. Dottin, «les littératures cel- 
tiques furent célèbres avant d’être en réalité connues ». 

Depuis lors, on a fait du chemin. Les principaux textes 
ont été publiés, et l’on peut se faire une idée de chacune. 

Si la littérature des Celtes du continent est entièrement 
perdue, celle des Celtes des Iles britanniques nous est en 
grande partie parvenue; après les littératures grecque: et 
romaine, c'est la plus ancienne de l’Europe. Elle nous a con- 
servé les idées, les sentiments et les coutumes antérieurs à 
la civilisation classique et au christianisme, bien que les plus 
vieux manuscrits ne remontent Res au delà du x1° siècle de 
notre ére. 

M. Dottin passe rapidement en revue les divers ses litiéras 
tures celtiques. Il analyse fort habilement l'épopée gaëlique 
et ses divers cycles, puis passe en revue la poésie des Geltes, 


COMPTES RENDUS 617 


beaucoup moins importante, et termine par la littérature 
gnomique. | 

Nous souhaitons à son livre tout le succès qu’il mérite. 
V. TOoURNEUR. 


P. E. Dumont. — Histoire de Nala, conte indien Episode du 
Mahabharata, traduction nouvelle. Bruxelles, Lamertin, 
1923, pp. 169 et 4. 


J'ai eu l'honneur d'offrir ce volume à l’Académie et l’occa- 
sion de signaler la valeur technique de la traduction de 
M. Dumont. Il convient ici de recommander la lecture de 
ce petit poème aux amateurs de littérature exotique et aux 
lettrés que doit charmer une « belle histoire d’amour » agré- 
mentée de folklore, de mythologie et de détails sociaux fort 
intéressants. J'ai trop lu de Mahabharata et de littérature 
hindoue pour n'être pas un peu partial dans mon appré- 
ciation. Occidental et classique, je cherche et je trouve dans 
les lettres indiennes des pensées et des choses indiennes. 
Mais le profane admirera ici, grâce à l’art discret du traduc- 
teur, un récit, des scènes et des peintures d'un intérêt humain. 

Rien de mieux et de plus joli que la grande scène du 
mariage de Damayanti, quand la princesse distingue son ami 
des cinq dieux qui ont revêtu, de Nala, « son même air, sa 
démarche, ses yeux et tous ses traits enfin » : mais ils n’ont 
pu perdre un je ne sais quoi de divin qui les fait différents de 
l’homme. Et, mortelle, c’est l’homme qui fait battre le cœur 
de Damavyanti. — La forêt aussi est bonne. Tout est bon. 
Langue simple, idées médiocrement subtiles, un grand 
charme d’idylle, toute puissance du destin, certitude jamais 
ébranlée que tout finira bien. Car c'est une loi de l’art indien 
que le roman, comme le théâtre, doit bien finir. J’aime assez 
cette convention : elle exclut, sans doute, toute vérité; elle 
exclut le drame, la tragédie, l'émotion et la moitié de ce que 
prescrit Aristote. Mais c'est une bonne convention : pourquoi 
ajouter aux pénibles ennuis du réel les cauchemars d’une 
fiction chagrine ? — Lisez donc Nala et cette lecture vous 
donnera le goût d’une littérature où scintillent tant de pierres 
précieuses artistement montées. 
De ee | LA VALLÉE Poussin. 


618 COMPTES RENDUS 


Maurice Wilmotte. De l’origine du roman en France. — La 
tradition antique et les éléments chrétiens du roman. 
Paris, Champion, 1923, in-8°, 71 p. 


Tout manuel d'histoire littéraire du moyen âge indique, 
pour chacun des grands genres de cette époque, des sources 
certaines, probables ou possibles. Les chansons de geste, nées, 
disait-on jadis, du contact de l'esprit français et de l'esprit 
germanique, procèdent, nous assure-t-on aujourd'hui, des 
vies de saints de l'époque carolingienne, exploitées par les 
jongleurs à l'intention de pélerins ou de croisés. Les mys- 
tères et les miracles sont issus des germes dramatiques inclus 
dans les offices de l'Église catholique. La poésie lyrique elle- 
même des troubadours et des trouvéres n'est pas sans rapports 
dûment constatés avec la tradition antique des Floralia. Seul, 
le roman fait exception. Il apparaît soudain, au milieu du 
x11° siècle, par une sorte de génération spontanée, et il pour- 
rait reprendre pour son compte l’orgueilleuse épigraphe de 
l'Esprit des lois : « Prolem sine matre creatam ». L’effort 
des érudits qui l’ont étudié semble s'être épuisé, à cet égard, 
dans la stérile controverse sur l’ancienneté prétendue des 
mabinogion. Tout au plus a-t-on relevé jusqu'ici diverses 
relations, purement formelles, entre certains de ces récits et 
la tradition poétique ovidienne. Mais d'où vient le genre lui- 
même? D'où tire-t-il ses sujets et ses thèmes, ses procédés et sa 
technique? Autant de questions que l’on s’abstient même de 
poser, par désespoir sans doute d’y pouvoir jamais apporter 
une réponse satisfaisante. 

C’est cependant ce problème infiniment délicat qu’un 
maître des études romanes se décide à aborder ici. Les difii- 
cultés dont il est hérissé n’ont pas découragé le savant pro- 
fesseur de Liége. La première et la plus grosse réside dans 
notre disette absolue de textes romanesques à cette période 
des x° et xI° siècles qui est, pour d’autres genres, un àge de 
préparation ou même de fécond épanouissement. D'ou la. 
nécessité de procéder par analyse, et de rechercher de part 
et d'autre, dans différentes formes d'expression littéraire, les 
disjecta membra de ce qui deviendra le roman du xrI° siècle. 
On imagine sans peine ce que pareille enquête réclame d'éru- 
dition, de-lectures, d'attention, et, pour ainsi dire, de flair. 


COMPTES RENDUS 619 


Lt 


Pour s'être courageusement attelé à cette tâche d’alchimiste 
littéraire, M. Wilmotte est parvenu à une conviction qui 
ouvre des perspectives révélatrices. Cent indices concordants 
lui ont décelé l’existence d’une tradition romanesque remon- 
tant, de proche en proche, jusqu'aux premiers temps du 
christianisme. « De véritables romans chrétiens s’échelonnent, 
écrit-il, sur la voie séculaire qui va des évangiles non authen- 
tiqués à Jacques de Voragine. » Ce court mémoire, où il traite 
uniquement de la tradition antique et des éléments chrétiens 
du roman, nous apporte les premiers termes d’une démons- 
tration dont on ne saurait exagérer l'intérêt. 

Il commence par mettre en lumiére les liens multiples et 
forts qui rattachent à la tradition littéraire paienne les pre- 
miers écrivains chrétiens. Il passe ensuite en revue leurs 
modestes productions. C’est pour y retrouver à chaque pas 
des motifs dont notre moyen âge fera son profit. Les apo- 
cryphes — Evangile de l’enfance ou Évangile de Nicodème, 
Pasteur d'Hermas ou Clémentines — analysés avec un sens 
critique acéré, lui fournissent matière à des rapprochements 
significatifs. Dans les Acta et les Passions, il découvre, et 
parfois mieux qu’en ébauche, de petits récits romanesques 
fort analogues à ceux qui raviront nos aïieux des x1l° et 
xInI° siècles. Avec saint Jérôme et saint Augustin, la littéra- 
ture patristique elle-même apporte des éléments utiles à ce 
parallèle minutieux et constant. 

Si, de part et d’autre, la matière est bien souvent la même, 
reste à voir cependant si elle se trouve élaborée de la même 
façon. M. Wilmotte n'hésite pas à répondre oui, et, pour 
fournir ses preuves, il entreprend, dans son second chapitre, 
une étude détaillée du style des écrivains chrétiens. Il limite 
ici fort judicieusement son enquête à la littérature de la 
Gaule, héritière elle-même de celle d'Afrique. Et voici que 
surgissent et se précisent de nouvelles analogies. Mêmes pro- 
cédés de style : antithéses, allitérations, pléonasmes, méto- 
nymies. Même technique dans la description, le portrait et la 
peinture de l'amour. Bien des traits se retrouvent ainsi, chez 
ces Gallo-Romains, -que l’on aurait pu croire propres à 
Chrétien de Troyes et à ses émules. 

Force est bien de nous borner à indiquer ici les grandes 
lignes de la démonstration. Mais pareille étude vaut surtout 


620 COMPTES RENDUS 


par le détail. Ce sont les petits faits significatifs qui, s’accu- 
mulant, finissent par entraîner la conviction. Je crois que 
peu de lecteurs pourront résister à l’éloquence de ceux que 
rassemble et commente M. Wilmotte. Et mis en goût, ils lui 
en voudront peut-être de s'arrêter dès la seconde étape. sur 
une route où le voyage apparaît si riche en points de vue 
nouveaux. Aussi bien le critique constate-t-il lui-même qu’« il 
reste toujours à raccorder tout cela à la tradition ferme et 
régulière qui se stabilise dès 1150 », et il avoue que « ce n'est 
pas un mince-effort ». [1 a donné trop de preuves de son ingé- 
nieuse pénétration pour qu'on ne soit pas assuré qu'il finira 
par surmonter des obstacles redoutables. Et on attend avec 
l'impatience la plus justifiée l'ouvrage complet qu’il annonce 
sur le sujet. Nul doute qu'il ne forme le digne pendant du 
petit livre si suggestif qu’il a intitulé : Le Français a la tête 
épique. 

P. 18, dernière ligne, lire haut et non au. — P. 20, note 1, 
Cf. GÉDÉON HuET « Le roman d’Apulée a-t-il été connu au 
moyen âge? » (Moyen Age, 1909, p. 23-28.) L'importance de 
saint Augustin comme intermédiaire paraît avoir échappé 
au regretté G. Huet. — P. 55, L. 15, supprimer soit. — P. 56, 
l 22, lire Pourtant et non Partout. — P 58, n. 1, lire der 
au lieu de des: — P. 59, 1. 4, il manque un point d’interro- 
gation après fleurie. — P. 61, 1. 2, il manque deux points 
après approbation. — P. 70, n.3, cf. R. HirzEeL, Der Dialog, 
ein literarhistorischer Versuch, Leipzig, 1895. 

| GUSTAVE CHARLIER. 


H ding Kiellman. Le troubadour Raimon-Jordan, vicomte de 
Saint-Antonin, édition critique accompagnée d’une étude 
sur le dialecte parlé dans la vallée de l'Aveyron au 
xi° siècle (142 p. avec 7 photographies dans le texte et 
2 fac-similés), Paris et Uppsala, 1922. | 


M. Kjellman, dans cet ouvrage, pousse à tel point l'amour 
de son sujet, qu'avant d’en aborder la partie proprement scien- 
tifique, il nous conduit dans la vallée de l'Aveyron et nous 
présente, non sans l’aide de quelques photographies bien réus- 
sies, la ville de Saint-Antonin, qui a vu naître Raimon-Jordan. 
Il nous entretient ensuite de la dynastie des vicomtes de Saint- 


COMPTES RENDUS 621 


Antonin et en établit ia généalogie. Izarn II, fils d’Izarn Ie, 
est nommé pour la première fois en 1083 et eut quatre fils, 
dont le troisième, Guillaume, prit le surnom de Jordan par 
souvenir de sa participation à la guerre sainte; le fils de Guil- 
laume-Jordan s’appela Raimon-Jordan. Comme celui-ci est 
attesté, en 1178, lors d’une donation, M. Kjellman place sa 
naissance vers 1190; il fait d’ailleurs remarquer que notre 
troubadour donne à son protecteur, Raymon comte de Tou- 
louse, le titre de pro marques, qui ne peut se rapporter qu’au 
comte de Toulouse étant en même temps marquis de Pro- 
vence; or, Raymon VI, qu'on a regardé jusqu'ici pour le pro- 
tecteur de Raimon-Jordan, ne portait pas ce titre; il ne peut 
s'agir ici que de Raimon V. Il faut donc reporter l’activité 
poétique du poëête à une époque un peu plus reculée que celle 
qu'on admet généralement. Elle doit tomber tout entière sous 
le régne de Raymon V, comte de Toulouse (1148-1194). La 
dynastie des comtes de Saïint-Antonin s'’éteignit d’ailleurs 
bientôt ; en 1247, Izarn V céda la vicomté de Saint-Antonin à 
saint Louis. 

Si M. Kjellman a pu compléter et préciser, dans cette partie 
purement, historique, les données fournies par M. L. Guiron- 
det (*) et par l'Histoire générale de Languedoc, les conjec- 
tures tiennent plus de place dans la vie de Raimon-Jordan 
que l’auteur entreprend de reconstituer. La premiére femme 
qu'aima Raimon Jordan fut la vicomtesse de Péne, qui, 
d’après Chabaneau, était la femme de Raimon-Ameil; c'était 
un amour de jeunesse que M. Kjellman place vers 1180 et qui 
a inspiré le deuxième couplet de la célébre satire du moine de 
Montaudon. Il prit fin bientôt, soit que le troubadour ait subi 
un échec complet, soit qu’une rupture ait eu lieu. Alors, Elis 

- de Monfort, fille de Raimon II, comte de Turenne, mariée 
: avec Bernard de Cazenac, lui offrit son cœur. Il n’eut pas à 
s’en plaindre, car Elis de Monfort, qui joue d’ailleurs aussi 
un rôle dans l’œuvre de Bertran de Born (?), était, avec ses 
deux sœurs, Marie, femme d'Eble V de Ventadorn, et Con- 
tors, femme d'Hélias de Comborn, une des dames provencales 


les plus connues et les plus estimées de son temps. Il mourut 
en 1206. | 


- (1) Dans le Bulletin de la Societe archéolegique de Tarn-et-Garonne, I, 1872. 
(?) C£. S. Srroxskr, La légende amoureuse de Bertran de Born. Paris, 1914. 


42 


622 COMPTES RENDUS 


Il va sans dire que la biographie provençale de notre trou- 
badour a une allure beaucoup plus romanesque; M. Kjellman 
a essayé d’un côté d’en dépouiller tout ce qui est dù à l’imagi- 
nation de Nostradamus, et d’un autre côté, d'identifier les 
personnes et les événements qu'il retient comme exacts. Et 
d’abord, dans les documents qu’il consulte, il rencontre, vers 
la fin du xr° siècle, plusieurs seigneurs du nom de Raimon 
Ameil ; lequel était le mari de la femme qui inspira à Raimon- 
Jordan ses premières poésies? La question est difficile à tran- 
cher, mais M. Kjellman s'oppose à l'opinion de Chabaneau, 
qui s’en tenait à un Raimon-Ameil mentionné en 1198; à cette 
époque, Raimon-Jordan était déjà trop âgé pour un amour 
qui, d’après le témoignage de ses poésies, a dû être une aven- 
ture de jeunesse. 

La biographie raconte encore que Raimon-Jordan fut blessé 
au cours d’une bataille et fut porté pour mort à Saint-Anto- 
nin; la vicomtesse de Péne en aurait concu une telle douleur 
qu'elle se rendit dans l’ordre des hérétiques. Pour identifier 
cette bataille, M. Kjellman admet que Raimon-Jordan prit 
part au soulèvement du « jeune roi » contre son pére Ifenri Il 
Plantagenet; il suppose de plus que c’est pendant cette guerre, 
qui avait précisément pour théâtre le pays où étaient situés 
les châteaux de Ventador, de Turenne et de Monfort, qu'il a vu 
Elis ({), et que c’est après son rétablissement que celle-ci, en 
souvenir d’une rencontre antérieure, l’a appelé chez elle. 

En s'inspirant toujours de l’idée que l’amour pour la vicom- 
tesse de Pène fut une aventure de jeunesse, M. Kjellman classe 
les poésies de Raimon Jordan dans un ordre différent de celui 
de Bartsch et qui se fonde uniquement sur leur contenu. Il 
donne la premiére place à un sirventois qui renferme une cri- 
tique sévére des « anciens troubadours » qui s'étaient permis 
de médire de l’amour et des dames. Toutes les autres chansons 
-ont l'amour du troubadour pour sujet; elles se laissent diviser 
en deux catégories; dans la premiére, le poëte chante une 
dame noble et belle, mais dure et inaccessible (la vicomtesse 
de Péne), ec il assure à la fin du compte qu’il va mourir de 


(1) M. Kjellman aurait pu citer à l'appui de cette thèse les vers 7-8 de la 
chanson X : 





Qu'aissi m'en pris quan de leis mi parti 
Quan me avence per sa terra passar. 


COMPTES RENDUS 623 


désespoir ; dans la seconde, s'adressant à celle qui « de lastres 
melhors » est la plus digne (Elis de Monfort), il sent un nouvel 
amour s'épanouir dans son cœur; dans la derniére chanson, 
il adresse à Dieu la prière de lui donner « de leis poder ». 

L’étude du dialecte parlé dans la vallée de J’Aveyron au 
xu1° siècle, dont l’auteur fait précéder le texte des chansons, 
n'est pas sans intérêt, mais elle n’apporte rien de bien nou- 
veau et ne parait pas être d'une grande utilité pour lintelli- 
æence des textes littéraires. 

Le texte des œuvres poétiques de Raimon Jordan (les nou- 
velles qu’il a composées sont toutes perdues) forme la partie la 
plus importante de l’ouvrage; aussi convient-il de l'examiner: 
de plus près. Il faut savoir gré à M. Kjellman de nous donner, 
après Raynouard, Choix des poésies originales des trouba- 
dours et Appel, Provenzalische Inedila, une édition complète 
des œuvres de Raimon-Jordan. Le texte critique est établi 
d'aprés un judicieux examen des différents manuscrits, la 
filiation des manuscrits est étudiée d’après les bonnes 
méthodes de l'école; toutefois, il y a lieu de faire quelques 
remarques concernant l'interprétation qui, semble-t-il, laisse 
à désirer plus souvent qu’on ne l’aimerait. Je ne mentionne 
pas les inexactitudes de la traduction qui s'expliquent par le 
fait que M. Kjellman, de son propre aveu, n’est pas maître de 
toutes les ressources de la langue française. 

I, 3: Au lieu de Æt er me moll mal e greu a retraire, je 
mettrais Æ£t er m'e molt mal e greu «à retraire; iln’y a pas de 
raison apparente pour mettre le futur. 

24 : Sen anon e's lenhon ab lor est traduit par « qu'ils s’en 
aillent et s'en tiennent avec les leurs >»; comme le morceau 
n'indique nulle part qui sont « les leurs », je préférerais inter-- 
préter : «(que ceux qui sont trompeurs et inconstants vers 
l'amour) se tiennent chez eux, qu'ils restent chez eux »; 07 
serait le pronom personnel employé au sens réfiéchi, comme 
dans cette phrase citée par Schultz-Gora : Z,as dompnas lo 
partran entre lor. 

29 : Que non fes gran honransa « se fait peu d'honneur à 
lui-même » est une traduction trop libre; comme /es est le 
parfait, je propose : « a fait une chose peu honorable ». 

I, 16 : Enadreilt vos esgardatz que'm n'eschai « voyez, 
dame, en ce qui vous concerne quel est mon sort »; je traduis 


624 COMPTES RENDUS 


plutôt : « ce qui me convient, ce que je mérite de votre 
part ». 

19 : Si sentisselz un pauc de la dolor Queu sent per vos, 
adoncs mi graziratz Los mals qu'eu trac, don mi tenc per 
pagatz D'un ardiment qu’'ai endreit vostr’ aïnor; la traduc- 
tion de M. Kjellman me paraît erronée; je mettrais : « Si vous 
sentiez un peu de la douleur que j'éprouve à cause de vous, 
vous me sauriez gré des maux dont je souffre, et par là je me 
sentirais payé de l’ardeur que je mets à vous aimer, » La rai- 
son de cette résignation est encore exposée dans les quatre 
vers qui suivent. 

III, 39-40 : La parenthèse est superflue; nm tanh enardir 
qu'eu l'aus dir lo mal qu'eu trai est une phrase très proven- 
cale. 

42 : Ja est traduit par « jamais »; rappeions que ja avec le 
subjonctif sert souvent à introduire un sens négatif, cf. les 
vers de Bernart de Ventadorn : Ja Dombredeus no'm azir 
Lan qu'ieu ia pueis viva jorn ni mes (Appel, Chrest., p. 59). 
Par conséquent, les vers 5-7 dirai Ja per que S'azir, Mas en 
volh suffrir Greu martire traduits par «et je ne dirai jamais 
rien qui la fâche, mais je veux souffrir grand martyre à cause 
d'elle >», seraient encore susceptibles de cette interpréta- 
tion-ci : « et je ne le dirai pas (le mal que j'ai), de peur de la 
fâcher, mais j'en (c’est-à-dire de ma dame) veux souffrir grand 
martyre. » 

45-48 : Pero far li dei saber qual poder «a en mi qu'a pres 
e conques ; je rapproche ces vers de ceux de Bernart de Ven- 
tadorn : Cor et cors e saber e son e fors’ e poder hi ai mes (au 
service de l'amour), et je préfére traduire : « Maïs je dois lui 
faire savoir quelle force d’aimer il y a en moi... » 

92 : Folsen ai, car ancre li dis qu'ans serai lotz gris qu’il 
m'entenda. La traduction «il faut que je sois fou si je lui dis 
jamais rien, car je serai tout gris avant qu'elle m’écoute » ne 
me contente pas; dis est sans doute le parfait, et voici, par 
conséquent, ma traduction : « Je suis fou (de la servir comme 
un esclave), car je ne lui ai jamais rien dit, de sorte que je 
serai tout gris avant qu'elle m'écoute (puisse m'écouter). » 

[V, 18-19 : Æ si conosc que fatz gran ardimen, Car ja vos 
prec d'amar ni mot von son, Mais eu non posc partir ma 
sospeisson est traduit : « Et pourtant je sais bien que je fais 


COMPTES RENDUS 625 


grande hardiesse en sollicitant votre amour ou en vous faisant 
deviner mon sentiment, mais je ne peux plus rester dans 
l'attente »: je propose : « Je sais bien que je fais grande har- 
diesse en sollicitant votre amour (par ma conduite), sans me 
déclarer ouvertement, mais je ne puis me défaire de ma 
peur. » 

22: La traduction de sobre:ls bos « au-dessus des meil- 
leures >» me semble se heurter à la forme masculine de l’ad- 
jectif. 

V, 26 : Car eu vos am tan desegadamen Com peilz me fai 
la pena e la dolors ; Adoncs aflam e'n sui plus cobeitos De: 
vostr” amor. Voici ma traduction : « Car je vous aime telle- 
ment que, plus la peine et la douleur me font mal, plus je 
m'enflamme et plus je convoite votre amour »; j'arrive à cette 
interprétation en mettant une virgule derrière desegadamen 
et derrière dolors. Voici l'interprétation de M. Kjellman : 
« Car je vous aime d'autant plus excessivement que la peine 
et la douleur empirent mon état. C’est alors que je m’'enflamme 
et que je convoite etdésire le plus votre amour. » 

VI, 45 : Qu'anc melhs senes lotz engans Non amet negus 
amans « Car jamais nul amant n’aima plus tendrement »; je 
regarderais que comme pronom relatif: «(je m'étais donné 
en bonne foi à vous) que jamais nul amant n'aima plus ten- 
drement ». 

18 : Per qu'eu n'estauc rancuros, Qu'ab gen servir el ab 
merce clamar Vos cujei apoderar est traduit : « C'est pour- 
quoi j'ai de la rancune, car j'ai cru pouvoir vous fléchir en 
vous servant bien et en implorant votre merci ». C’est un 
contresens, à mon avis, que d'admettre, chez un amoureux, 
de la rancune pour avoir voulu servir sa dame, d'autant plus 
que le sujet de la rancune est indiqué par le mot #’, qui renvoie 
au vers précédent : as pauc mi val Mmos esfors contra vos. 
Je dirais donc: « Aussi j'en (c’est à-dire de votre dureté) 
éprouve de la rancune, moi qui croyais pouvoir vous fléchir 
en vous servant bien... » 

23 : Per qu'eu conosc que sui pres del fenir, Mas eu non 
posc que cujav al fugir. Je lirais plutôt : ...que cujava't fugir, 
et je traduirais : « Aussi suis-je bien conscient que je suis prés 
de mourir, mais je n’en puis mais d’avoir pensé à la fuir ». 
Pour l'interprétation de ces deux vers, je ferai remarquer 


626 COMPTES RENDUS 


que, dans toute cette poésie, le poëte se dit être partagé entre 
la nécessité de quitter sa dame inexorable et l’appréhension 
d'être malheureux loin d'elle. La traduction de M. Kjellman 
«et je ne peux pas fuir comme je me l’imaginais » entrerait à 
la rigaeur dans l'allure du morceau, mais la construction 
cujara ne me semble guère admissible. 

33 30 : Dans le texte, la ponctuation est bonne; il aurait 
fallu la mainténir telle quelle dans la traduction. 

VIII, 2 : Qu'us etz laissat de solatz ni de chan est traduit : 
« (je veux apprendre de vous-même) que vous avez renoncé 
aux plaisirs ef-au chant » ; que ne veut-il pas dire ici « pour- 
quoi »? L'interprétation exacte de toute cette chanson me 
semble trés difficile à cause de son état fragmentaire. Au der- 
nier vers, au lieu de com s’es vouta l'ironda, je lirais s’es- 
vouta; le présent me semble convenir mieux que le passé 
indéfini. 

IX, 48 : Ben leu jora qu'o denhera grazir «il lui serait 
bien facile de daigner me le tenir à mérite >»; mettez plutôt : 
« il serait bien possible qu’elle daigne me le tenir à mérite. » 

X,7-9 : Qu'aissi m'en pres quan de leis mi parti Quan me 
avenc per sa lerra passar, Qu’anc no'm saubi de leis vezer 
gardar je l’ai senti bien fort en la quittant une fois qu il m’ar- 
riva de passer par sa terre, car je n'ai pas compris qu'il fallait 
me garder de la voir >»; pour mon compte je traduirais (en 
imprimant enpres en un mot): «Car je me suis tellement 
attaché (à elle) en la quittant que je ne-sus jamais me garder 
d'aller la voir. » 

38-39 : Mettez une virgule aprés le vers 38, un point et une 
virgule aprés le vers 39. 

XI, 10 : E tal blasme don ja ses leis no’n er « et un blâme 
à n’en laisser rien aux autres »; j'imprimerais non er, et le 
sens alors serait : « et un blâme comme il n’y en aura jamais, 
sauf chez elle » 

XII, 5 : 4 prelz, mi dons, es sobr'autras plus clars ; sup- 
primez les virgules avant et après #7idons ; c'est le génitif. 

19: Æ pus li plalz que‘m retenh’ a sa part, À leis mi do 
liges ses tot regart «et puisqu'il lui plait de me retenir pour 
sa part »; j'entends : « de me retenir prés d'elle. » 

XIII, 3. E'ls auzeletz esperdutz Quel fregz ten destreilz e 
inulz « car le froid les tient dans sa prise... ». Je regarderais 


COMPTES RENDUS 627 


que comme pronom relatif : « les oiseaux que le froid tient 
dans sa prise. » | 

12-13 : Æ pois tan d'honor madultlz, Ben o dei mi donz 
grazir « et puisque je lui apporte un tel hommage, ma dame 
doit bien l’accepter ». Dei est la première personne (la troi- 
sième personne serait deu); adulz ne saurait être que ia troi- 
sième personne. [l faut donc traduire : « Et puisqu'elle m’ap- 
porte un tel honneur, je dois bien l’accepter ». Que c'est bien 
la dame qui accueille le poëête, cela ressort clairement de la 
fin du couplet : «et chacun de vous serait empressé (d'agir 
comme moi), si la belle dont je suis l’ami vous accueil- 
lait » 

Pour finir, je ne puis m'empêcher d'énoncer la supposition 
que la premiére des pièces publiées ici, celle qui s’occupe des 
« antiques troubadours », ait été composée par une femme. 
Plusieurs vers me semblent trés suggestifs à cet égard; les 
vers 16-20, par exemple, contiennent une sanglante moquerie 
à l’égard des hommes, dès qu’on admet que c’est une femme 
qui parle : 

E fai l’usatge al traïtor 

[Cei] que de so, on plus fort s’[i] aten 
[Plus] ditz [de] mal aissi tot a prezen, 
Car neguns hom, s’avia tota Fransa, 
No pot ses domn’aver gran benestansa. 


Qui ne sait que cet argument revient toujours dans les dis- 
cussions sur la supériorité de l’un ou de l’autre sexe? 
On peut formuler la même remarque au sujet des 
vers 29-30 : 
E die vos be que non fes gran honransa 
Cel que ditz mal d’aisso don naïs enfansa. 


Sans doute, il sort un peu de la réserve propre aux femmes 
de relever ce fait; aussi notre auteur féminin s'empresse-t-il 
de s'excuser : 

Ja no sia negus meravelaire 

S’eu aisso dic ni volh mostrar alhor 

Que cascus hom deu razonar son fraire 
E quega domna sa seror. 


2s deux derniers vers, d’ailleurs, ne veulent-ils pas dire : 
Comme les hommes se défendent entre eux, je puis bien 


628 COMPTES RENDUS 


entreprendre de défendre les femmes? Cette idée est reprise 
au vers 39 : 
Car domna deu àa-z autra far onransa. 

Et c'est là la véritable inspiration du morceau, car immeé- 
diatement apres nous lisons, peut-être comme une excuse 
réitéree : 

E per aisso aï’n eu dit ma semblansa. 

L'éditeur a apporté à l'impression de ce livre un soin et un 
goût que je me fais un plaisir de relever. 

ERNEST PLATZ. 


K.-J. Riemens. Ælude sur le texte francais du » Livre des 
Mestiers », livre scolaire françcais-flamand du XIVe siècle. 
Paris, L. Arnette, 1924, in-8°. 


Je voudrais commencer ce compte rendu par une profession 
de « bonne foy » à la manière de Montaigne, et déclarer que 
les éloges que j'y distribue sont exclusivement inspirés par les 
mérites intrinséques du travail que j'analyse, sans complai- 
sance pour son objet ni pour son auteur, qui me sont égale- 
ment sympathiques. Au reste, pour qui connaît les publica- 
tions de M. Riemens, ces louanges ne paraitront nullement 
exagérées. 

Pour son coup d'essai voulant un coup de maître, il débuta 
par une Æsquisse de l'enseignement du français en Hol'ande, 
qui fut couronnée par l’Académie française (1). 

Admis comme « privat-docent » à l’université d'Amsterdam, 
il consacra, le 28 janvier 1921, sa leçon d'ouverture aux 
débuts de la lexicographie franco-néerlandaise, ce qui nous 
valutun intéressant compte rendu critique, publié ici même(?). 

Le 24 janvier 1924, il présentait devant la même université 
sa thèse pour l'obtention du titre de docteur en philosophie et 
lettres. Cette dissertation est dédiée, en hommage de sincére 


() K.-J.RIEMENS, Esquisse historique de l'enseignement du francais en Hollande 
du XVIe siècle au XIXe siècle. Leyde, A.-W. Sythoff, 1919. Voir le compte rendu 
aussi élogieux que concis de M.J. FeLLER dans le Bull. philol. et histor. 1(1920) 
p. 149-150 et mon appréciation dans Leodium, VI (1993), p. 31. 

(*) K.-J. Riemexs, Les débuts de la lexicographie franco-néerlandaise, Paris, 
E. Champion, 1911. Voir le compte rendu de M. R. VERDEYEN dans cette Revue, 
1 19292), p. 348 à 351. 


COMPTES RENDUS 629 


gratitude, à Salverda de Grave, l’'admirable savant que l’Aca- 
démie française de Belgique vient d'accueillir, en une récep- 
tion digne d'elle et de lui. 

Dans sa Preface, l’auteur nous indique le but et l’objet de 
ce livre : 

« La présente étude — écrit-il — est un supplément à la 
thèse que j'ai soutenue à J’Université de Paris avant que les 
langues modernes fissent l’objet d'examens universitaires en 
Hollande. Ce caractère de mon livre expliquera pourquoi la 
matière en est assez restreinte... J’ai voulu y reprendre 
l'histoire de notre enseignement du français dés une époque 
plus éloignée que celle d'où je suis parti la première fois. 
Mais comme pour la période antérieure au xvi° siècle les 
données sont trop rares pour qu’on puisse essayer une descrip- 
tion générale, la forme de la monographie m'a paru s'imposer 
maintenant ». 

Sa monographie est consacrée au Livre des Métiers, l'an- 
tique manuel composé par un maitre d'école de Bruges pour 
ceux qui voulaient apprendre et « raisonnablement entendre 
rommans et flamenc ». Le manuscrit unique de cet opuscule 
précieux, qui date des premières années du xIv® siècle, repose 
à la Bibliothèque Nationale. Il a été publié autrefois par 
M. Michelant dans une brochure devenue introuvable et dont 
on réclame depuis longtemps une réédition (1). Qu'il me soit 
permis d'ajouter en passant que je m'en occupe activement : 
voilà pourquoi j'ai accueilli avec une joie particulière la 
nouvelle publication de M. Riemens, destinée à aplanir la 
voie au futur éditeur. En attendant, elle intéressera tous les 
philologues, comme le fera voir un aperçu forcément trop 
sommaire. | 

L'auteur s'occupe d’abord du manuscrit publié par Miche- 
lant : la date, l’auteur, le titre, la forme, la matière et la 
valeur sont examinés successivement. Ensuite il étudie les 
différents dérivés, qui se rattachent plus ou moins directe- 
ment au prototype connu. 

Le premier en date est le Livre des Mestiers, imprimé 
vers 1483 en Angleterre par WILLIAM CAXTON et réimprimé 


(2) Le Livre des Mestiers. Dialogues français-flamands composés au XIVe siècle 
par un maître d'école de la ville de Bruges, publié par H. MicneLanr, Paris, 
Tross, 187à. 


630. COMPTES RENDUS 


en 1900 par Henry Bradley (!}. M. Riemens donne (p. 18-24) 
d'intéressants détails sur ce manuel et son imprimeur; on en 
trouvera d'autres dans le magnifique ouvrage de Miss Kathleen 
Lambley sur le français en Angleterre : synthèse merveil- 
leuse, d’une documentation surabondante et du plus puissant 
intérêt, que je me permets de recommander à l’attention de 
M. Riemens, et de tous ceux qu'intéresse l’histoire « externe » 
du français (*). 

Caxton a appris le français à Bruges, dans le manuel du 
vieux maitre d'école brugeois; aussi son œuvre est-elle plus 
brugeoise qu'anglaise. En effet, à part le prologue et la finale, 
qui sont de sou crû, il se contente de reproduire le texte fran- 
çais de son modéle en y introduisant quelques changements, 
la plupart d'ordre topographique (*). Bien plus, les rares 
ajoutes présentent un caractère nettement brugeois : tel le 
portrait de Bussyn «1y bouriaulx de Bruges » et le défilé de 
ses victimes qui nous vaut, d’après M. Riemens, « un petit 
tableau plein de vivacité > reproduit dans son travail ({). 

Enfin, d’après son éditeur moderne, la traduction de 
Caxton serait basée sur le texte flamand, ce qui expliquerait 
certains écarts entre le modéle français et la traduction 
anglaise (?). Pour être complet, j’ajouterai qu'on retrouve 
l'influence du prototype brugeois jusque dans l'exécution 
matérielle : les deux textes sont juxtaposés, alors que dans les 
manuels antérieurs, l'anglais et le français (ou vice-versa) se 
suivent en alternant ligne par ligne (6). 

En poursuivant son étude comparative, M. Riemens signale 
une ancienne édition anversoise, inconnue jusqu'ici, du Zävre 


(1) Dialoquesin French and English by William Caxtlon, adapted from a Four- 
teenth-Century Book of Dialogues in French and Flemish., Londres, 1900. 
(Early English Text Society). 

() Miss K. LauBLey, The teaching and cultivation of the french Lanquage 
in England. Manchester, University Press, 1920. 

(5) « With the exception of the introductory and closing sentences, Caxton 
made few additions to his original. He did indeed supply the names of English 
towns, coins, bishopries and so on; but, on the whole, the setting of the work 
is foreign : Bruges, not London, is the centre of the action, and no doubt the 
place where the original was composed ». Miss K. LAMBLEY, 0p. cil., p. 46. 

(#) RIEMENS, 0p. cit. p. 20. 

(5) BRADLEY, 0p. cit. Introduetion, p. IX ; LamBLEY, 0p. eil., p. 46: RIEMENS, 
op. cil., p. 19 : « Son anglais se ressent de son modèle flamand ». 

(6) C£. LAmBLEY, op. cit. p. 16, 29 et 41. 


COMPTES RENDUS 631 


des Mestiers,imprimée par ROLAND VAN DEN DORPE. Les pages 
qu'il lui consacre (p. 24 à 29) intéresseront particuliérement 
les nombreux bibliophiles de notre métropole (1). Il termine 
par l'examen de deux manuscrits : l’un, édité par Hoffmann 
von Fallersleben ; l’autre, encore inédit. conservé au Musée 
communal de La Haye (p. 24 à 44). 

Après avoir ainsi comparé entre elles toutes les versions du 
Livre des Mestiers, M. Riemens aborde l'étude philologique 
du texte français. 

Il l’examine d'une façon nie et sur Loutes les faces : 
phonétique, grammaire proprement dite (déclinaison, conju- 
gaison et syntaxe), vocabulaire. [Impossible de résumer cette 
partie capitale de son travail ou de le suivre dans les détails; 
nous devons nous contenter d'y renvoyer les spécialistes et de 
reproduire ici sa conclusion : le Livre des Mesliers, pour la 
partie romane, est écrit en dialecte hennuyer (p. 89). 

Aprés la dissertation proprement dite, l’auteur nous donne 
dans la seconde partie (p. 94 à 117), une série de TEXTES, la 
* plupart inédits, et d'APPENDICES, dont l’énumération m'entrai- 
nerait trop loin. Je citerai pourtant, comme particulièrement 
intéressant, l’App. Î proposant certaines « corrections > aux 
textes brugeoiïs et anglais. 

La maigre liste d'Érrata, qui clôt le volume, prouve quel 
soin on à apporté à son exécution typographique. Ces correc- 
tions, qui ne visent que des détails d'exécution, ne modifient 
guere le texte, sauf la dernière, que j'ai accueillie avec joie, 
parce que, dans le commentaire de l'expression pour calel 
(p. 84-86), elle mitige une sentence qui me paraissait trop 
absolue. Et puisque le hasard améne ce mot catel sous ma 
plume, j'ajouterai que je ne partage pas l’interprétation de 
l'auteur, mais que je lui en proposerai une autre, à l'occasion. 

Le compte rendu qui précède. dont il est inutile d’excuser 
la longueur auprés du lecteur averti, a essayé de montrer 
l'importance du livre de M. Riemens, la richesse et la variété 
de la matiére. Il n’a parlé que du fond : il n’a pas encore 
vanté la facon vraiment supérieure dont l'auteur a traité son 


(1) On pourrait compléter la note bibliographique à propos du chapitre 
« Le service de la table » (p.28) en signalant les Onderrigtingen om de tafel t 
denen, fransch en nederduytsch, publiés par K. Srarraerr dans Dielsche 
Warande L (1855) p. 233-237. 


632 COMPTES RENDUS 


vaste sujet, qu'il connaît à fond. M. Riemens possède de pré- 
cieuses qualités de méthode et d'exposition : à l’observation 
patiente et pénétrante, héritée des grands philologues hollan- 
dais d'autrefois, il joint la finesse française et son admirable 
clarté. Je n’en dirai pas davantage, pour ne pas blesser la 
modestie du vrai savant, et je conclus en toute sincérité : 

Quant au fond et à la forme, l'ouvrage de M. Riemens est 
un modéle de dissertation philologique, qui mérite d’être 
accueilli en Belgique avec une faveur toute spéciale. 

JEAN (RESSLER. 


Alex W. Person, Séaatl und Manufahktur im Romischen Reiche 
(Publications de la nouvelle Société des lettres de Lund, 3). 
Lund, Gleerup, 1923, 143 p. 


Le contenu de ce volume ne répond pas tout à fait à ce 
qu'annonce son titre, car l’auteur traite presque exclusive- 
ment des industries textiles, sans guère s'occuper de la fabri- 
cation d'autres produits manufacturés en séries, comme la 
vaisselle de terre cuite ou de métal. Mais dans les limites 
qu'elle s’est assignées, cette étude est une contribution utile à 
cette histoire économique de l'empire romain qui n’a pas 
encore êté écrite, mais le sera bientôt, nous pouvons l’espé- 
rer (‘). L'auteur considére d’abord séparément l'Égypte, où 
les documents abondent et où les Césars ont jalousement 
maintenu à leur profit le système financier des Ptolémées, 
dont on peut ainsi suivre le développement et les transforma- 
tions depuis l’époque alexandrine jusqu’à la fin de l'Empire. 
Ce système a d’ailleurs, à certains égards, servi de modéle à 
celui qui s'établit dans le reste de l'empire romain. 

Parmi les monopoles établis ou maintenus par les premiers 
Ptolémées, l'un des plus importants était celui de l’industrie 
textile. Les tissus les plus fins de coton ou de lin (Büooiva 
000v1a) étaient fabriqués exclusivement dans les temples, qui 
avaient le droit de s'en réserver une partie pour les besoins 
du culte, vêtements des prêtres ou des idoles (un excursus 


_ (4) La « Clarendon Press » d'Oxford annonce un ouvrage de M. Rostovtzerr 
sur ce vaste sujet. 


COMPTES RENDUS 633 


intéressant traite de l'habillement des statues divines dans 
l'antiquité) et devaient en livrer à l’État une quantité déter- 
minée ou son équivalent en argent. La confection des étofles 
plus communes était laissée à une ciasse d’artisans qui étaient 
tenus d'en fournir à un taux fixe un certain nombre au trésor 
public. Celui-ci les faisait vendre par ses agents, qui tou- 
chaient une commission. Ces vieux monopoles, qui remon- 
taient sans doute à l’époque des Pharaons, furent abolis vers 
l'an 100 avant notre ére et remplacés par un système d'impôts 
frappant à la fois la production et la vente. C’est ce système 
que les Romains trouvérenten Égypte, mais ils en revinrent 
peu à peu, dans cette province comme dans les autres, à celui 
du monopole d'Etat, qui triomphe aprés Dioclétien. 

À Rome, le tissage commença par être une industrie domes- 
tique, mais quand le luxe des classes supérieures augmenta, 
on ne se contenta plus des étoffes qu'on obtenait à domicile, 
mais on voulut s’habiller des tissus que produisaient les ate- 
liers réputés du midi de l'Italie et de la Sicile. L’intendance 
de l’armée exigea aussi de bonne heure la production en 
masse de vêtements plus grossiers pour les soldats. L’escla- 
vage assurait la possibilité de cette production, mais au Com- 
mencement de l'empire la paix rendit plus difficile le recrute- 
ment de la main-d'œuvre servile, et les corporations d'artisans 
libres purent alors lui faire concurrence. Ces associations, 
réorganisées par Alexandre Sévére, groupaient obligatoire- 
ment tous les ouvriers d’un même métier. 

Survient la grande crise économique du 11° siècle, La difti- 
culté de se procurer des matières premières, la dépopulation 
croissante, qui fait le vide dans les ateliers, la falsification et 
la dépréciation de la monnaie, qui provoquent une hausse 
énorme des prix, l'édit sur le maximum, qui, en cherchant à 
l’'enrayer, fait disparaître les marchandises, toutes ces condi- 
tions défavorables ruinent l'industrie privée et ne laissent 
plus gure subsister que les fabriques de l'Etat, dont le nombre 
augmente considérablement. Les empereurs ont recours à la 
coercition pour se procurer les ouvriers nécessaires à leurs 
tissages de laine (gynaecia) (1) ou de lin (Zënyfia). À côté des 


(1) Ii y en avait un à Tournai. La draperie flamande du moyen âge est l'héri- 
tière de celle de la Belgique romaine, ef. Cumoxr, Comment la Belgique fut 
romanisée, 1919, p. 36. . 


634 COMPTES RENDUS 


esclaves, on y employait des condamnés aux travaux forcés; 
même les artisans de condition libre étaient en réalité des 
serfs attachés à leur métier, comme le colon à la glébe. Tous 
ces phénoménes économiques et sociaux ont souvent été 
exposés par les historiens de la fin de l'Empire, mais M. Per- 
son a eu le mérite de montrer en détail à propos du tissage 
comment ils se produisirent et quelles furent leurs consé- 
quences : « le socialisme d’ État ne fut jamais plus prés d’être 
réalisé, si ce n’est dans la Russie d'aujourd'hui. » 
F. CuMoxr. 


P. Graindor. Marbres et textes antiques d'époque impériale. 
(Recueil de travaux publiés par la Faculté de philosophie et 
lettres de l’Université de Gand, 50° fasc.), Gand, 192%, in-8° 
de 96 p., 4 planches hors texte. 


La première partie de ce travail est consacrée à des marbres 
conservés au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. L’au- 
teur, prenant comme point de départ l’excellent catalogue de 
M.F.Cumont, étudie une dizaine de monuments, tous d'époque 
tardive, mais de provenances diverses : Grèce, Égypte, Asie 
Mineure, Algérie. D’après la technique, la paléographie ou 
d’autres indices relevés avec soin, il en précise la date ou la 
nature, réformant parfois les conclusions précédemment 
admises. C’est ainsi qu’il affirme avec de bonnes raisons l’au- 
thenticité de l'inscription qui reproduit la dédicace de Xéno- 
phon à Artémis La copie n’est pas l'œuvre d'un faussaire de 
la Renaissance, mais doit dater de l’époque d'Hadrien où l’on 
se plut à faire revivre le passé. 

Dans la seconde partie, M. Graindor examine des inscrip- 
tions ou des monuments figurés, conservés à Athènes ou à 
Éleusis. Athènes, à l'époque impériale, n’a plus guére en par-- 
tage que la gloire littéraire : les monuments qui ne sont pas 
destinés à commémorer le souvenir des empereurs et de leur 
famille, célébrent des hommes de lettres, des sophistes, des 
historiens ou leurs descendants. M. Graindor identifie avec 
plus ou moins de certitude quelques-uns de ces personnages. 
Alors même qu'il propose des hypothèses invérifiables, par 
exemple en reconnaissant le sophiste Polémon dans une belle 


COMPTES RENDUS 635 


tête du musée d'Athènes, à l’air maladif et rêveur, il apporte 
nombre de textes et de rapprochements instructifs, et nous 
instruit des procédés de l’art impérial. Éleusis n’a rien perdu 
de sa célébrité religieuse : un proconsul se fait initier à ses 
mystères; l’empereur Gallien, par un rescrit dont nous 
n'avons que des débris, se préoccupe peut-être d'assurer le 
ravitaillement des pélerins. 

Une « contribution à l’histoire d’Hérode Atticus et de son 
pére » occupe la derniére partie. [ci encore il faut admirer 
l’ingéniosité et la compétence de l’auteur. La connaissance 
qu'il a du droit romain lui permet de critiquer les traditions 
relatives à l’origine de la fortune du pére d'Hérode ou à son 
testament. Il retrouve aussi dans deux textes d’Éleusis la men- 
tion du célébre personnage. 

P. Rousser. 


Pericle Ducati. Gœuida del Museo Civico di Bologna. Bologne, 
Merlani, 1933, in-16, 247 p., 6 lir. it. 


Les nombreux Belges qui ont séjourné à Bologne seront 
heureux d'apprendre que le Musée Civique possède un nou- 
veau et excellent petit (wide illustré. La dernière édition 
de l’ancien remonte, si je ne me trompe, à 1913. Documents 
préhistoriques, monuments égyptiens — la section égyptienne 
occupe une place honorable en Italie aprés celles de Turin et 
de Florence —., antiquités étrusques, grecques et romaines, 
art médiéval, collections de la Renaissance et de l’époque 
moderne, tout est représenté et classé avec soin dans le 
palazzo Galvani. Puisque l’auteur a cru bon d'omettre les 
indications bibliographiques, je rappellerai que nous lui 
devons déjà un inventaire détaillé des Sculptures (Revue 
archéologique, 1911, 2, p. 127-173) et que les 1,800 vases grecs 
ont fait l’objet de deux catalogues de G. Pellegrini : Vast 
antichi dipinti delle collezioni Palagi ed Universitaria (1900); 
Vasi greci dipinti delle necropoli Felsinee (1912). Quant aux 
stèles funéraires étrusques, M. Ducati en a donné une publica- 
tion d'ensemble dans les Monumenti dei Lincei (XX, 1911, 
p. 397-727, 9 pl.). Il prépare d'ailieurs sur l’Arte etrusca un 
ouvrage qui sera sans doute le digne pendant de l’Arte 
Classic«. 


636 COMPTES RENDUS 


M. Ducati a inséré dans les Memorie Storiche Forogiuliesi 
(X VIII, 1922, p. 27-44) une note biographique sur le second 
directeur du Musée, Gherardo Ghirar 1ini (1854-1920), et a 
reproduit le texte du discours que celui-ci avait prononcé en 
1920 sur La Venezia Giulia agli albori della storia. 


H. PHILIPPART. 


E. Pottier. Corpus vasorum antliquoruin. France, Musée du 
Louvre. Fascicules 1 et 2. Paris, Champion, 1925, in-4°, 
49--49 pl. et texte, 55+-55 fr. 2 


Une brochure éditée en 1921 par l’Union Académique inter-- 
nationale (Paris, Champion, 32 p.) contient les premiers docu- 
ments relatifs à l'Organisation du Corpus vasorum antiquo- 
rum : compte rendu de la seconde conférence académique au 
cours de laquelle, le 8 octobre 1919, M. Pottier a proposé la 
publication d’un Corpus des vases antiques; projet présenté 
en 1920 par M. Pottier; décisions diverses et esquisse de classi- 
fication. D'autre part les deux Rapports de M. Pottier sur le 
travail accompli pendant les années 1921-1922 et 19221923 
figurent dans le Bulletin de la Classe des Lettres de l'Aca- 
démie de belgique (1922, n°* 6-7, p. 295-303; 1923, n°° 46, 
p. 85-94) et notre Revue à annoncé à plusieurs reprises (juil- 
let 1922, p. 617; avril 1923, p. 389; octobre 1923, p. 786) les. 
résultats atteints. Il n’y a donc plus lieu de revenir sur les 
considérations d'ordre général. Voyons les réalisations. 

Aujourd'hui nous avons sous les yeux deux fascicules du 
Musée du Louvre qui comprennent un total de 98 planches, 
réparlies comme suit : 

Style proto-élamite (Suze). Premiére période (1 c a;,: 
pl. 1-12. — Deuxième période (I c b) pl. 1-8. 

Style crétois (IT À c) : pl. 4. — (IT À d) : pl. 1. 

Style de Théra (II 8 b} : pl. 1. — (II B c): pl. 1 

Style rhodien (If p c) : pl. 1-7 (une en couleurs). 

Style laconien ou cyrénéen (II p e) : pl. 1-8. 

Style attico-corinthien (IT H d) : pl. 1-23 (une en couleurs). 

Style attique à figures noires (IT x e) : pl. 1-8 

Style attique à figures rouges. Style sévère (III 1 c) : pl. 1- 
24. — Style libre (IT 7 d) : pl. 1-4. 


COMPTES RENDUS 637 


L'introduction (p. 1vV) fournit la clef des indices employés 
pour désigner les groupements principaux établis d'aprés des 
divisions géographiques de moins en moins larges, indices qui 
permettront de classer ensemble très facilement les séries sem- 
blables des différents musées. I. Orient : À. Egypte... c. Elam 
et Perse, etc. — IL. Iles de la Méditerranée orientale : À. Crête, 
B. Santorin, etc. — III. Grèce : À. Argos et Mycènes. B. Macé- 
doine et Thessalie, etc. — IV. Italie et Sicile, Malte, Corse et 
Sardaigne. — V. Espagne et Portugal, Afrique du Nord. — 
VI Gaule, Germanie, Vallée du Danube. — VII. Bretagne et 
Scandinavie. — VIII. Pologne, Russie et pays voisins. Les 
sous-catégories sont définies dans de précieuses notices rédi- 
gées par des spécialistes. On en possède déjà huit dans les- 
quelles la bibliographie tient plus ou moins de place, selon 
qu'il s’agit de civilisations largement explorées par une nuée 
de savants, comme celle de l'Egypte, ou de fouilles relati- 
vement récentes comme celles d'Asie Mineure : 

I. Jean Capart, Céramique égyptienne (périodes préhistori- 
ques, pharaoniques, romaine et byzantine). Dans l’Ap- 
pendice : vases figurés et émaillés; cér de Nubie et du 
Soudan ; poteries étrangères. 

D. G. Hogarth, Pottery of Asia Minor,except Greek colo- 
nies (âges de la pierre, du bronze, du fer; époques hel- 
lénistique et romaine). 

EL. Leonard Woolley, Pottery of Centrat and Northern 
Syria (âges de la pierre, du bronze : premier âge du 
fer; période classique). 

P. L. H. Vincent, Céramique de la Palestine (époques 
néolithique, cananéenne, palestinienne; cér romaine). 

IT. Charles Dugas, Céramiques des îles de la mer Égée, sauf 
la Crète (époque préhellénique, ép. des styles géomé- 
triques, ép. des styles orientalisants) 

III. Léon Rey. Céramique de la région macédonienne (pé- 
riode prémycénienne, époque mycénienne et protomy- 
cénienne, période géométrique postmycénienne, épo- 
ques hellénique, heilénistique et romaine). 

IV. Biagio Pace, Ceramiche della Sicilia (cèr. de type néoli- 
thique, cér. anhelléniques, cér. de style géométrique, 
cér. classiques, cér. non décorées). 


43 


638 COMPTES RENDUS 


V. Pierre Paris, Céramiques de l'Espagne et du Portugal 
(cér. préhistorique, cér. indigène dite ibérique, cér. 
ibéro-romaine, cér. importée). 

Mais revenons aux planches. Sans doute, elles ne sont pas à 
l'abri de toute critique, et ceux qui ignorent que les frais pour 
un fascicule s'élèvent à 16,000 francs et qu'on évalue à 8,000 le 
nombre de phototypies nécessaires pour l'ensemble des Corpus 
se plaindront de l'exiguité de certaines reproductions faites à 
l'échelle d’un huitième. de l’entassement des vases sur une 
même planche, de la présence de figures au verso. Quant à 
nous, nous préférons aux luxueux projets mort-nés une entre- 
prise modeste, mais viable, un instrument de propagation 
scientifique qui n'oublie pas les procul ab urbe studentes si 
chers à M. S. Reinach. Ce n’est pas non plus le sihoueltage 
ou délourage qui nous déplait : M. Pottier en a détaillé les 
avantages trés appréciables dans son Rapport de 1925 (Buul. 
Acad , p. 89) Nous désirerions seulement plus d’homogénéité 
dans la composition de chaque livraison des grands musées : 
nous savons qu'il faut tenir compte du goût des amateurs que 
ne tenterait pas la monotonie d’une vaste série uniforme, mais 
nous comprendrions les scrupules d’un helléniste qui, par ces 
temps de « vie chère », hésiterait à acheter un album conte- 
nant seulementhuit planches de vases attiques à figures noires 
à côté de vingt planches de poteries élamites. 

Les résultats obtenus par les maisons Giraudon et Jacomet 
sont excellents : voyez, par exemple, pl. ITT x d, avec quelle 
habileté M. Pottier et l’opérateur M. L. Pierre ont atténué 
l'effet désastreux des luisants et avec quelle fidélité le report 
phototypique conserve les moindres détails des clichés. Que 
nous voilà loin des « taches noires et vagues » dont parlait, il 
dix ans, G. Perrot, en souhaitant qu’on renonçât à photogra- 
phier les vases! (1) Les portions de sujets données « en gran- 
deur nature, ou à peu prés», sont nombreuses et offrent le plus 
vif intérêt. La planche IT » c 7 reproduit le beau fac-similé 
polychrome du tome X (pl. 19) de l'Histoire de G. Perrot 
(oinochoé Lévy); la planche III Hd 13 en couleurs a été exé- 
cutée d'après l'original (hydrie E 8£9). Le cratère au sphinx 
(IT 1 c 24) est une pièce inédite vraiment curieuse. 


1) Histoire de l'Art dans l'antiquité, t. ie (Paris:"1914)/17 33 nt 


. COMPTES RENDUS 639 


Le texte qui accompagne les planches se réduit pour chaque 
vase à une courte fiche signalétique comprenant l'essentiel de 
la bibliographie : les inscriptions et les graffites sont transcrits 
soigneusement; les ouvrages de P. Ducati et d’'Ernst Pfuhl 
sont déjà mentionnés. On devine avec quelle compétence ces 
notes ont été écrites par l’auteur du célébre Catalogue des 
vases du Louvre, dont on nous promet une réimpression par- 
tielle, Toutefois la consultation serait rendue plus aisée si le 
numéro du Catalogue était toujours placé en tête de la 
description, à côté du nouveau numéro, qui devrait rester le 
même pour les deux faces du vase, et, surtout, si l’ancienne 
cote se substituait à la nouvelle et figurait, au-dessous de 
chaque vase, sur les différentes planches où il est représenté 
en entier ou en partie. On renverrait ainsi automatiquement 
au Catalogue en même temps qu'au Corpus, ce qui éviterait 
des vérifications inutiles. Parmi les repeints ne faut-il pas 
signaler le Chrysaor de III x d 5,8? D'ailleurs ne serait-il pas 
possible de débarrasser les peintures des restaurations mo- 
dernes qui ne se révélent pas aussi nettement sous l’objectif 
que l’affirme M. Pottier? 


Ce début fait bien augurer du reste de la publication. Par- 
tout l’œuvre est poussée très activement et avec le plus grand 
souci de perfection. Les adhésions de corps savants se multi- 
plient. Nous avons reçu, il y a quelques semaines, le premier 
fascicule danois ( Vases du Musée de Copenhague par Ch. Blin- 
kenberg et Fr. Johansen), et les fascicules uniques des musées 
de Compiègne (M"° Flot) et de Sèvres (Mme Massoul) nous par- 
viendront incessamment. La contribution de l’Angleterre, des 
États-Unis etde l'Italie ne se fera plus attendre très longtemps. 
En Hollande, M. J. Six commencera par la collection de 
E. Lunsingh-Scheurleer (La Haye). En Grèce, la collaboration 
de M. Ch. Dugas et de M. Rhomaïios hâtera l'apparition si long- 
temps différée des Vases de Rhénée. Selon les prévisions les 
plus probables, on procédera à la mise en vente d’une dizaine 
de livraisons avant la fin de l’année 1925. En ce qui concerne 
les collections du Cinquantenaire, M. Capart, le directeur 
régional, à libéralement réservé le premier fascicule tout 
entier à la céramique grecque, ce qui permettra à M.Mayence, 
le conservateur-adjoint de la section des antiquités, de nous 


640 COMPTES RENDUS 


offrir bientôt la belle série de planches qu’il prépare avec dévo- 
tion. N’en doutons pas, le Jour où tous nos vases peints auront 
pris place dans une puhlication scientifique internationale, où 
les savants étrangers sauront que nous possédons beaucoup de 
pièces rares des collections Durand, Campana, Ravestein, van 
Branteghem et Somzée, et en feront mention dans des ouvrages 
de vulgarisation, la curiosité des lettrés belges s’éveillera : les 
jeunes gens de nos athénées viendront lire sur l’argile la 
légende épique ou sacrée de l’Hellade, les théories d'étudiants 
défileront devant les signatures de Nicosthénés et de Smikros, 
les dessinateurs chercheront le secret du faire impeccable de 
Douris ou de Hiéron, les désæuvrés eux-mêmes emporteront 
de la contemplation des le-cythes à fond blanc la mat êre d’une 
douce rêverie et la poésie des stèles emplira l’âme des pessi- 
mistes de la clarté des marbres del’Attique. Que les défenseurs 
du grec y songent : par les soins des conservateurs de notre 
musée archéologique national se prépare un « livre d'images » 
qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques classiques du 
pays. Si nous voulons infuser un sang nouveau dans un ensei- 
gnement qui languit, veil'ons à tirer le meilleur parti possible 
d’une initiative française à la consécration de laquelle rien ne 
semble manquer — rien, pas même l’invective du dépit 
d'Outre-Rhin! H. PHILIPPART. 


Pietro Bonfante. Sioria del Diritto Romano. æ éd. Milan, 
Società Editrice Libraria, 1923, 2 vol.in-8°,xx-465, x-317 p. 


Abandonnant le format minuscule des éditions précé- 
dentes, l'œuvre magistrale du professeur Bonfante apparaît 
aujourd’hui sous un aspect qui convient mieux à son impor- 
tance et à la grandeur du sujet. Déjà les développements 
nouveaux consacrés dans cette édition notamment à l'histoire 
du droit pénal et à celle de la procédure civile, nous feraient 
un devoir de la signaler aux lecteurs de cette Revue. Mais 
nous saisissons celte occasion pour dégager ici quelques-unes 
des caractéristiques générales de cette histoire du droit 
romain, l’une des plus puissantes et des plus originales 
synthèses de l'évolution juridique romaine qui ait vu le jour 
depuis von Ihering, et cependant bien loin encore d’être 
connue chez nous comme elle le mériterait. Et si nous 


COMPTES RENDUS 641 


évoquons ici le souvenir de von Ihering, ce n’est pas seulement 
pour des raisons qui tiennent à la forme, également brillante, 
rapide, imagée; c’est surtout une intuition merveilleusement 
imaginative du passé qui rappelle l’illustre romaniste 
allemand. 

Avant tout, il convient d'attirer l'attention sur la méthode 
quia guidé le savant professeur de Rome dans la plupart de ses 
recherches sur les origines des institutions fondamentales du 
droit romain. Les principes de cette méthode, que l’auteur 
appelle « organique » ou d’une expression qui n’est guére - 
traduisible, « methodo naturalistico », c’est-à-dire empruntée 
aux sciences naturelles, sont nettement exposés dans les 
premières pages de l’ouvrage. L'idée première est celle d'une 
distinction entre la forme ou la structure des institutions et 
leur finalité ou leur fonction. Toute institution qui a derriere 
elle un long passé renferme des éléments plus ou moins vieillis, 
archaïques, sans rapport avec sa finalité actuelle. En isolant 
ces éléments des formes reconnues comme plus récentes, l’on 
arrive à reconstituer la physionomie primitive de l'institution. 
11 apparaîtra bien souvent alors que la fonction originaire de 
cette institution différait profondément de celle que lui assigne 
le droit de l’époque proprement historique. Rien n’est plus 
contraire à l'intelligence des institutions primitives que le 
préjugé, parfois inconscient, qui attache chaque institution à 
une fonction unique et invariable pour tous les temps. 

Aucune méthode, croyons-nous avec l’auteur, n’est plus 
sûre, « Elle consiste à demander aux institutions elles-mêmes 
le secret de leur origine et de leurs phases les plus obscures ». 
Résolument M. Bonfante fait prévaloir cette méthode 
« organique » sur celle du droit comparé. Elle l’a mené à 
reconnaître et à défendre contre les tendances niveleuses des 
comparatistes, la profonde originalité des institutions 
romaines essentielles. Non point qu'il repousse l’appui que 
peut fournir à des recherches de cet ordre le rapprochement 
avec le droit d’autres civilisations; mais il n'accepte point de 
sacrifier à une prétendue loi d’uniformité dans l’évolution 
juridique de tous les peuples, le témoignage de ces règles et 
formes primitives encore profondément ancrées dans la struc- 
ture des institutions classiques. Nous signalerons comme l’une 
des plus brillantes applications de cette méthode, les recher- 


642 COMPTES RENDUS 


ches de M. Bonfante concernant les origines de l’héridité 
testamentaire romaine. L'école comparatiste, se fondant sur le 
droit grec ou germanique, avait proclamé que les règles fon- 
damentales de cette institution constituaient une impossibilité 
pour l’époque lointaine où la tradition les fait remonter. Mais 
l'apparition tardive de ces règles est, du point de vue de l’évo- 
lution du droit romain, une impossibilité bien autrement ma- 
nifeste. Aprés avoir dégagé cette institution, des conceptions 
essentiellement patrimoniales du droit récent, ayant réduit le 
testament à ses formes et règles primitives et montré que sa 
fonction originale était d'organiser la transmission d’un 
pouvoir de caractère souverain, M. Bonfante a su faire dispa- 
raître toute invraisemblance et trouver dans le droit comparé 
lui-même de sérieux arguments en faveur de la haute 
antiquité du testament romain. On voit, d’après cet exemple, 
avec quelles précautions il convient de manier la méthode 
comparative ; c’est à la méthode « organique » que doit incon- 
testablement demeurer la priorité. 

L'ouvrage de M. Bonfante est conçu suivant le plan le plus 
large. Il embrasse à la fois l'histoire du droit public et celle 
du droit privé. L'auteur n’a négligé aucune des données ethno- 
graphiques, économiques et politiques susceptibles d’avoir 
influencé de façon notable l’évolution des institutions juri- 
diques. 

Dans la première partie consacrée à la cité et au droit quiri- 
taire, une large part est faite à l’étude des origines des popu- 
lations italiques et des organisations fédératives de. ces 
peuplades. On lira avec un vif intérêt les pages où l’auteur 
formule les conclusions de ses travaux bien connus sur l’orga- 
nisation sociale préromaine, sur les gentes et la familia. 
Peut-être hésitera-t-on à admettre la constitution quasi 
monarchique que M. Bonfante attribue aux gentes. D’autre 
part, l’auteur a renoncé à voir dans les agnats un groupement 
analogue à la gens et d'étendue seulement plus restreinte; 
c'est au consortium familial subsistant habituellement après 
la mort du père de famille qu’il semble attribuer aujourd'hui 
la fonction politique qu’il reconnaissait jadis à la gens (1). La 


(!) Sur cette thèse jadis défendue par M. Bonfante, voyez la critique assez 
vive parfois de M. S. PEROZzI, « Parentela e gruppo parentale » Bull. d. Istituto 
di D. R., 1921, p.88 ets. 


COMPTES RENDUS 643 


distinction n’apparaît cependant pas encore avec toute la clarté 
désirable (4). 

. Quant à l'organisation de la cité, M. Bonfante met tout 
particuliérement en lumière le principe spécifiquement 
romain de la succession au pouvoir par la désignation du 
prédécesseur Ce principe s’observe dans le droit public de la 
royauté; il subsiste sous la république dans le droit de nomi- 
nation qui appartient aux magistrats supérieurs. Mais il n’est 
pas exclusivement propre au droit public. C’est à la mise en 
œuvre du même principe que l’auteur rattache, en droit privé, 
l'institution d'héritier, caput et fondamentum testamenti, 
conçue comme une désignation à la succession de la 
souveraineté familiale. On voit quelle puissante unité cette 
communauté de principe entre le droit public et le droit privé 
tend à donner à tout le système juridique romain. 

En ce qui concerne la loi des Douze Tables, l’auteur défend 
leur authenticité contre l’hypercritique moderne. Il n’y a 
aucune absurdité, aucun « miracle sociologique », suivant 
l'expression de M. Lambert, dans la tradition qui fait 
remonter cette œuvre de codification au v° siècle avant notre 
ère. L’invraisemblance est seulement dans les exagérations 
des auteurs anciens et modernes qu! ont prétendu reconnaître 
dans cette loi la source de tout le droit romain. Ces apprécia- 
tions, observe finement l’auteur, valent ces anecdotes mira- 
culeuses que l’on raconte de l'enfant lorsque, adulte, il est 
devenu un grand homme. En réalité, la loi des Douze Tables 
est un code très primitif, incomplet et sans unité. 

L'auteur trace ensuite un tableau d'ensemble du droit 
quiritaire, sous la forme d’un commentaire au code décemvi- 
ral. De cet examen M. Bonfante tire la conclusion que les 
institutions fondamentales du droit romain sont celles d’une 
caste dominante, les patres. La preuve s’en trouve dans le 
caractère politique de ces institutions : la #anus on potestas 
est une souveraineté sur les personnes, le dominium ex iure 
quirilium est une souveraineté territoriale, le testament 
romain est la désignation d’un successeur souverain. C'est 


(1) Ainsi M. Bonfante (p.70) cite encore la loi attribuée à Numa qui ordonnait, 
en cas d’homicide par imprudence, d'offrir un bélier aux agnats (agnatis eius 
in contione offerret arietem) comme l'indice d'une organisation en commun. 


644 COMPTES RENDUS 


cette organisation juridique d'une caste seigneuriale domi- 
nante qui, étendue à la plébe, forme le droit quiritaire. 

La deuxième partie, intitulée « l'État romain et le 2us 
gentium >», est divisée en deux sections : I, « L’Hégémonie 
républicaine »; [T, « La Domination impériale ». 

Au point de vue du droit public, nous reléverons spéciale- 
ment les pages magistrales consacrées à l’organisation fédéra- 
tive et municipale de l’Italie sous la République, à la crise 
dans laquelle devaient succomber la conception de l’État-cité 
et la liberté politique, au régime municipal sous l'Empire. En 
ce qui concerne le droit privé, l’auteur souligne très heureuse- 
ment l'immense part qui revient à la jurisprudence ancienne, 
aux veteres, dans le développement des institutions civiles. 
Quant à la jurisprudence classique M. Bonfante adopte une 
opinion moyenne entre la thèse de Sokolowski qui attribue à 
la philosophie grecque l'influence la plus étendue sur les 
méthodes des Prudents, et celle de M. Perozzi qui ne voit en 
ceux-ci que de purs praticiens. 

Un examen sommaire du droit classique termine cette 
partie. Notons les réserves, à notre sens assez justifiées, que 
l’auteur fait au sujet dela théorie de Mommsen d’après laquelle 
la procédure des quaestiones perpetuae aurait été établie 
sur le modèle de la procédure civile. D'autre part, M. Bonfante 
adopte sans discussion l'opinion courante qui attribue l’intro- 
duction de la procédure formulaire à la Lex Aebutia, que l’on 
suppose dater du 11° siècle avant notre êre. Il semble pourtant 
bien que le texte de Gains (VI, 30) ne reconnaisse d’autre rôle 
à cette loi que d’avoir contribué à la suppression des legis 
actiones; et cela suffirait à ruiner toutes les hypothèses que 
l’on a émises sur sa date approximative. 

« La monarchie romano-orientale et le droit romano-hellé- 
nique » forment l’objet de la dernière partie de l'ouvrage. 
Aprés un coup d’œil sur les causes de la décadence de l'Empire 
et de la civilisation italienne, l’auteur étudie la constitution 
politique de Dioclétien et Constantin et les sources du droit. 
Il marque les idées nouvelles qui s’introduisent dans le droit 
de la famille, dans le droit de propriété, dont le caractère 
souverain s’efface, dans le droit des obligations où nous voyons 
le cadre rigide des contrats s’élargir devant la reconnaissance 
progressive de l’autonomie des volontés, et dans le droit 


COMPTES RENDUS 645 


successoral. La question de l’organisation de la procédure 
extraordinaire est malheureusement à peine efileurée. Par 
contre, 1l faut compter parmi les plus importants de l’ouvrage 
celui qui est consacré à la compilation de Justinien. 

Nous n’avons*guêre pu souligner que quelques idées éparses 
dans ce vaste exposé. Pour la justification des théories parti- 
culières à l’auteur, on se reportera aujourd’hui commodément 
aux trois beaux volumes de « Scritti giuridici» (Turin, Unione 
tipografico) dans lesquels M. Bonfante a rassemblé la plupart 
de ses études antérieures 

L'ouvrage actuel est complété par de multiples appendices, 
dont les uns constituent des études spéciales sur l'authenticité 
des Douze Tables, sur la méthode des compilateurs, sur la 
recherche des interpolations, etc., dont d’autres, au contraire, 
ont un caractère surtout documentaire et sont destinés à facili- 
ter l'orientation parmi les sources du droit romain. 

F. DE VISSCHER. 


Aug. Fliche. Saint Grégoire VII. Paris, Gabalda, 1920, in-12°, 
x-190 p. (Les Saints). 


Les dimensions et le caractère de la collection dont fait 
partie ce volume ont obligé l’auteur à éliminer tout appareil 
scientifique. Aussi, en attendant la justification de plusieurs 
idées nouvelles, demande:t-il qu’on lui fasse crédit dE « quel- 
ques mois ou de quelques années ». 

M Fliche écrivait ces lignes en 1920. A cette date, il avait 
déjà publié ses Ætudes sur la polémique religieuse à l'épo- 
que de Grégoire VII. Les prégrègoriens. Depuis. et cette 
année même, le Spicilegium sacrum lovaniense nous a 
donné, sous le titre suivant : La réforme grégorienne. I. La 
formation des idées grégoriennes, la genèse du programme de 
Grégoire VII. Le second tome sera consacré tout entier au 
pontificat de celui-ci; c’est surtout dans ce volume à venir, que 
nous irons chercher les preuves de M. Fliche. 

Je dis surtout. Car sur deux points en particulier l’auteur a 
déjà produit sa démonstration, Voici le premier : c'est seule- 
ment sous le pontificat de son prédécesseur immédiat, Alexan- 
dre II (1061-1073), que Hildebrand joue le rôle de premier 


646 COMPTES RENDUS 


ministre. Et le second : les idées dites grégoriennes ont été 
appliquées, mais non pas inventées, par saint Grégoire. Elles 
furent élaborées en Lorraine,timidement d'abord avec Rathier 
de Vérone, plus hardiment ensuite avec Wason ; enfin le car- 
dinal Humbert de Moyen-Moûtier leur donna leur forme défi- 
nitive, sous Etienne IX (1057-1058). Avant tout, âme ardente, 
trés éprise d’idéal chrétien, partant trés désireuse de restaurer: 
la discipline, de remettre en honneur la vieille loi du célibat 
ecclésiastique, d’en finir avec le scandaleux trafic des évêchés, 
le pape, tout en étant décidé à ne rien sacrifier des préroga- 
tives du Saint-Siège, n’a pas été un intransigeant commele car- 
dinal Humbert, mais un modéré comme saint Pierre Damien. 
L'attitude du roi de Germanie et l’insuccés des premières 
mesures contre la simonie et le nicolaisme orientérent peu à 
peu Grégoire VII vers la politiqne radicale de l'école lor- 
raine. | 

Aussi, dans ce petit volume qui résume en moins de deux- 
cents pages le pontificat si rempli de Grégoire VII, un seul cha- 
pitre, de vingt-cinq pages,est donné à Æildebrand. Encore y 
expose-t-on l’état moral de la chrétienté et les idées maîtresses 
de Grégoire VIT avec beaucoup plus d’étendue que l'histoire 
de sa vie monastique et de son activité comme cardinal. 
Personnellement j'eusse voulu un peu plus de développement 
pour ces deux points. 

Dés le lendemain de son élection, Grégoire VII prépare la 
réforme de l'Église, mais en cherchant les alliances des rois 
et des princes. Il parait apprécier surtout celle de Henri IV, 
M. Fliche insiste naturellement beaucoup sur les documents 
qui lui révélent cette politique de Grégoire VII au début de 
son pontificat. 

La seconde année aprés son élection, le pape porte les 
décrets contre les prêtres simoniaques, concubinaires ou 
mariés. Et dès cette même seconde année, ces mesures se 
heurtent à une résistance formidable, qu’il ne parviendra pas 
à briser. 

Voici donc, la troisième année. le décret sur les investitures. 
M. Fliche nous dit que ce décret a été inspiré non par une 
pensée politique mais HnIqUEMIEnE par des nécessités d'ordre 
religieux et canonique; qu'il n'inaugure pas des principes révo- 
lutionnaires dans les rapports entre l'Église et l'État; qu'il 


COMPTES RENDUS 647 


sera appliqué, au moins par le pape, sinon par tel de ses 
légats, avec toutes sortes de tempéraments. 

Nous arrivons ainsi à la querelle des investitures. La 
manière dont l’auteur nous représente l'événement de Canossa 
et ses conséquences n’est pas nouvelle. Hauck avait écrit : 
« En cet instant, le pontife a agi avec grandeur ; pour se con- 
duire avec rectitude, il a compromis tous ses plans.» « En 
pardonnant, écrit à son tour M. Fliche, il a montré qu'il était 
un grand pape et un vrai chrétien. » Il ajoute : « Le vaincu de 
Canossa, ce n'est pas le pénitent qui se prosterne, mais le juge 
qui l’absout. » La suite de la querelle est là pour prouver la 
justesse de cette appréciation. Mais, d’après beaucoup d’histo- 
riens modernes, le pape aurait été l’agresseur au moins en 1080 
quand, pour la seconde fois, Henri IV se vit excommunié. » 
En réalité, répond M. Fliche, dés la fin de 1077, les engage- 
ments de Canossa n'ayant pas été tenus, Grégoire VIT pou- 
vait opter pour Rodolphe de Souabe et ruiner son rival; la 
seule chose qu'on puisse lui reprocher c’est de ne l'avoir pas 
fait. » 

La parole célêbre qu’on prête à Grégoire VIT mourant a des 
chances d’être apocryphe. Mais elle résume bien sa carriére. 
Grégoire VII n’a pas été un grand politique et il manquait 
surtout de psychologie. [1 se considère exclusivement comme 
le vicaire du Christ. [Il obéit constamment et jusque dans ses 
moindres actes à des préoccupations d’ordre surnaturel. Son 
effort gigantesque n’a porté ses fruits que peu à peu. Ils ont 
été incalculables : la règle de chasteté sacerdotale s'est impo- 
sée ; la notion de l’État chrétien a pénétré la société. 

Les deux chapitres où M. Fliche expose la centralisation 
ecclésiastique sous Grégoire VIT et le gouvernement (héocra- 
tique contiennent, à mon sens, plusieurs affirmations contesta- 
bles. Dans le premier il semble avoir voulu développer cette 
affirmation énoncée précédemment: « La primauté romaine à 
laquelle les prédécesseurs de Grégoire VIT n’ont pas craint 
déjà de faire dans leurs bulles de timides allusions, est affirmée 
par lui avec une franchise et une rigueur inconnue. » Qu: les 
circonstances aient amené Grégoire VII a faire plus souvent 
usage de sa primauté et, par conséquent, à en parler : c’est 
fort juste; que ses prédécesseurs, et en particulier un Léon le 
Grand, un Grégoirel®,un Nicolas[*,n’aient fait que detimides 


648 COMPTES RENDUS 


allusions à la primauté, c’est là une affirmation tout à fait 
insoutenable. Nous espérons ne pas les retrouver dans les 
volumes dont nous attendons avec impatience la publica- 
tion. | 

E. DE MOREAU S. J. 


Paul Fredericq. Codex documentorum sacratissimarum indul- 
gentitrum neerlandicarum. Verzameling van stukken 
betreffende de pauselijke aflaten in de Nederlanden 
(1300-1600). (Rijks geschiedkundige publicatiën, kleine 
serie, 21). ’s Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1922, x111-694 p. 


Cette publication de textes, ouvrage posthume du regretté 
Paul Fredericq, se rattache intimement au labeur de toute sa 
vie. Elle est en quelque sorte le complément de son Corpus 
documentorum Inquisitionis haereticae pravilatis Neerlan- 
dicae, et est conçue de la même facon. Comme celui-ci elle 
est destinée à permettre, dans une question peu étudiée et 
sujette à controverses, d’embrasser d’un coup d œil les docu- 
ments qui s’y rapportent et que leur dispersion ou leur état 
manuscrit empêchaient d'étudier avec fruit. Elle constitue 
un travail préparatoire à une histoire des indulgences dans 
les Pays-Bas. 

Comme l’auteur l'indique dans le titre. il n’a réuni que des 
textes relatifs aux grandes indulgences papales (sacratissimae 
indulgentiae). Il était quasi impossible de s'occuper également 
des nombreuses petites indulgences, d’intérêt local, qui ont 
été promulguées durant la même période ou précédemment. 

Déjà en 1899, dans un article paru dans le Bulletin de 
l'Académie royale de Belgique, et intitulé : « La question 
des indulgences dans les Pays-Bas au commencement du 
xvI°sièécle », Paul Fredericq attira l’attention sur l'importance 
des indulgences pour l'étude des origines du protestantisme 
dans les Pays-Bas. Il suscita de l'intérêt pour la question, et 
des séries de documents lui furent successivement signalées à 
Utrecht, à Liège et à Malines. Il les publia sous les titres sui- 
vants : 

Les comptes des induigences en 1488 et en 1517-1519 dans 
le diocèse d’Utrecht (1899). 


COMPTES RENDUS 649 


Les comptes des indulgences dans les Pays-Bas. Deuxième 
série : Les comptes des indulgences papales, émises au profit 
de la cathédrale de Saint-Lambert à Liège(1443-1446) (1903). 

kRekeningen en andere stukken van den pauselijhen aflaat- 
handel te Mechelen in ‘t midden der X V®* eeuro (1443-1472) 
(1909). 

Tous ces documents ont été recueillis dans le Codex. 
Celui-ci contient également un grand nombre de textes déjà 
édités, mais dispersés, tels que bulles papales, extraits de 
chroniqueurs, appréciations d'écrivains contemporains. Il 
apporte enfin quelque cent vingt textes entiérement inédits; ce 
sont eux surtout qui doivent attirer spécialement notre atten- 
tion ici. 

Signalons d’abord un grand nombre de lettres d’indulgences 
(la plus ancienne est de 1410). Elles émanent surtout d'évêques 
et plus tard de commissaires et de légats pontificaux. Elles per- 
mettent de suivre l’évolution de leur forme et de déterminer 
les personnes auprès desquelles elles rencontraient du succés. 

Des extraits de comptes communaux (e. a. Gand) ren- 
seignent sur l'intervention des villes dans l’organisation des 
« pardons ». 

Plus intéressants sont les édits des princes des Pays-Bas 
tendant à faciliter la vente des indulgences, à protéger les 
indulgences papales contre la concurrence des petites indul- 
gences et à interdire le trafic des « questeurs estrangiers ». 

Parmi les bulles papales inédites citons celle qui confirme 
l’indulgence en faveur de ceux qui prennent part à la croisade 
de Philippe le Bon contre les Turcs (1455), et celles qui 
décrètent les indulgences au profit de Saint-Pierre de Saintes 
(1476, 1483, 1487) et de Saint-Pierre de Rome (1514). 

Mentionnons parmi les documents de caractère divers un 
mémoire de l’inquisiteur Henri Kaltysen, dans lequel il 
attaque les thèses relatives aux indulgences (1447), et une tra- 
duction néerlandaise d’un petit écrit de Luther de 1517 parue 
déjà en 1520 à Anvers. 

Toutes ces pièces complètent heureusement les données four- 
nies par les publications partielles citées plus haut, qui 
avaient déjà fait connaître dans les plus petits détails l'orga- 
nisation de la vente des indulgences. Avec ces documents et 
ceux de nature plus générale, déjà publiés ailleurs, mais réu- 


650 COMPTES RENDUS 


nis ici, il y a désormais moyen de se faire une idée de l’évo- 
lution des indulgences, de la manière dont les contemporains 
les ont accueillies et de leur influence sur les origines de la 
Réforme. 

L'œuvre, comme Fredericq le rappelle dans sa préface, est 
le fruit de sa collaboration avec les étudiants qui se sont suc- 
cédé pendant de longues années à son cours pratique d'his- 
toire nationale. Le repos forcé que la guerre apporta au pro- 
fesseur lui permit de mettre son ouvrage au point. Quatre mois 
aprés l'avoir terminé il fut déporté en Allemagne. Aprés 
l’armistice l'ouvrage fut livré à l'impression et Fredericq 
avait déjà corrigé une partie des épreuves lorsque la mort 
l’'enleva subitement. Son ami, Sam. Muller, l’archiviste 
d’Utrecht, également décédé depuis, fut chargé de continuer 
la correction. Enfin, M. Van Hinsbergen, des Archives 
d'Utrecht, a dressé une table des noms de lieux qui facilitera 
les recherches. La publication, ainsi terminée, constitue en 
même temps une contribution à la science et un pieux hom- 
mage à la mémoire de l’auteur. 

Haxs VAN WERVEKE. 


Roger Chastanier. U/n aspect des lois relatives aux minorités 
religieuses. L'état civil des Protestants, 1550 - 1792, 
s. 1., 1922, in-8°, 240 p. [Nimes, impr. Chastanier|. 


L'organisation actuelle de l’état civil remonte à un décret 
de l’Assemblée législative du 20 septembre 1792. Ce décret 
s'inspire lui-même en grande partie d'un édit de Louis XVI 
de 1787 qui avait fixé les règles pour la constatation des nais- 
sances, mariages et décés des protestants de France. C’est donc 
la genèse de notre législation sur l’état civil que nous expose 
M. Chastanier, en nous donnant un historique de l’état civil 
des protestants en France de 1550 à 1792. 

Aprés avoir rappelé sommairement les origines de l’état 
civil et la façon dont il fut définitivement organisé en France 
au xvI° siècle et confié au clergé, l’auteur analyse dans une 
première partie ia législation spéciale qui fut accordée à cet 
égard aux protestants, à la suite des guerres de religion, et les 
dota d’un état civil propre. 


COMPTES RENDUS 651 


En 1630, commencent les persécutions de Louis XIV contre 
les réformés. Des ordonnances nombreuses, dontles principales 
furent celle de la Révocation de l’édit de Nantes et celle de1715 
proclamant la « fiction légale » qu’il n’y avait plus de protes- 
tants en France, mirent les réformés dans l’alternative soit 
de faire, contre leur conscience, acte de soumission à l'Eglise 
catholique, soit de se voir privés de tout état civil légal. 
Les enfants durent être baptisés à l’église. Les mariages 
conclus ailleurs que devant les curés, soit « au désert », soit 
à l'étranger, soit « par paroles de présent » (1), furent consi- 
dérés comme nuls, les femmes furent qualifiées de concubines, 
des séparations scandaleuses furent prononcées, des enfants, 
traites en bâtards, se virent privés de l’héritage paternel. Les 
inhumations durent se faire clandestinement, la loi ordonnant 
que le corps de ceux que le clergé refuserait de considérer 
comme catholiques, malgré la « fiction », serait traîné sur 
une claie, puis jeté à la voirie. 

Sous Louis XV, cette législation ne subit pas de modifications 
importantes. Dès le second quart du xviri° siècle, un mouve- 
ment d'opinion s'était dessiné cependant en faveur des protes- 
tants. L'abbé Robert, Joly de Fleury, Rippert de Monclar 
s'en étaient faits successivement les porte-parole. Le pape 
Benoit XIV avait déclaré valides les mariages des protestants. 
Vint ensuite l'affaire Calas et l’on sait le retentissement que 
sut lui donner la plume de Voltaire. « La notion de tolérance, 
jusqu'ici réservée à une élite, dit M. Chastanier, envahit 
désormais le grand public. » La jurisprudence devint plus 
favorable aux protestants. Louis XVTenfin fut converti aux 
idées nouvelles par le baron de Breteuil, Rulhiéres et 
Malesherbes : on lui persuada fort habilement que les véri- 
tables intentions de Louis XIV vis-à-vis des protestants avaient 
été dénaturées soit par son entourage, soit aprés sa mort. En 
novembre 1787, par un édit dont nous avons signalé plus haut 
l'importance, le roi rendait aux protestants un état civil légal. 

L'intéressant travail de M. Chastanier est clair et fort impar- 
tialement rédigé. Mais il est regrettable que l’auteur n’ait pas 
cru devoir toujours citer ses références ou ne l’ait fait généra- 
lement que de façon imparfaite. De même, la « bibliographie », 


(1) Mariage par contrat devant notaire. 


652 COMPTES RENDUS 


à la fin du volume, laisse à désirer. Les fautes d'impression, 
trop nombreuses, sont parfois fâcheuses. Certaines dates sont 
par trop approximatives : « vers le x1I° siècle » (p. 24), « vers 
la même époque » (p. 181), « à la même époque » (ibid.). 
P. 227 : l’édit de tolérance de Joseph II est de 1781 et non 


de 1766; p. 22 : l'expression « race indo-européenne » est 
fautive. 


P. BONENFANT. 


Henri Hauser. Travailleurs et marchands dans l’ancienne 
France. Paris, Alcan, 1920, in-& de vrr1-222 p. 


Sous le titre transcrit ci-dessus. M. Hauser, professeur à la 
Sorbonne et au Conservatoire national des Arts et Métiers, 
réunit six études. qui ont paru dans différentes revues entre 
16095 et 1914, sans y apporter d'autre modification que quel- 
ques corrections de pure forme Il en résulte que ces études 
ne sont pas toujours « au courant » de la bibliographie la plus 
récente. Mais aucune pourtant n'est vieillie quant à l’exacti- 
tude matérielle des faits exposés. Plusieurs, d'autre part, ont 
puisé dans la crise économique que nous traversons depuis 1914 
un regain d'actualité. 

La première des six études de M. Hauser est intitulée : 
L'histoire économique de l’ancienne France (p. 1-56). Elle 
est divisée en quatre parties. Les deux premières passent en 
revue la bibliographie historique du sujet, la troisième exa- 
mine les résultats obtenus et la quatrième étudie les pro- 
blèmes qui se posent actuellement devant l’historien-écono- 
mis e, ainsi que les sources au moyen desquelles il pourra 
essayer de les résoudre. Le passage qui nous a frappé le plus 
dans ces quatre leçons — car il s’agit de quatre leçons faites 
en 1904 à l'École des Hautes Études sociales de Paris — est 
celui où M. Hauser nous montre que les questions écono- 
miques ont été mises au rang des problèmes historiques, non 
par les économistes, mais par les historiens. Et parmi ceux-ci 
il faut faire une bonne place aux représentants de l'école 
romantique. à Augustin Thierry et à Michelet notamment, 
qui ont éveillé l'intérêt pour l'histoire des « foules ano- 
nymes ». 11 y a là, en effet, un aspect insoupcçonné de l’œuvre 
des Romantiques. 


COMPTES RENDUS 653 


La deuxième étude, intitulée La géographie humaine et 
l'histoire économique, est très brève (p. 57-74:. Elle vise à 
déterminer l'influence du milieu géographique sur les établis- 
sements humains, les cultures et les industries. Elle rappelle 
naturellement l’œuvre de Karl Ritter, de Fr. Ratzel et de 
Vidal de la Blache. Elle signale aussi ce qui a été fait dans ce 
domaine par des auteurs plus récents, tels qu'Henri Sée. Mais 
elle ignore — cela s'explique par la date de la première paru- 
tion de cette étude — les travaux de Jean Brunhes et de 
Lucien Febvre. 

L'intérêt que nous inspire l'histoire des prix nous a fait lire 
avec une attent on particulièrement soutenue la troisième 
étude, consacrée à une controverse sur les monnaies (1566- 
1578). Il s’agit des « Paradoxes », publiés en 1566 par le sei- 
gneur de Malestroict, conseiller de Charles IX et « maistre 
ordinaire de ses comptes » sur la cherté dont on se plaignait 
alors en France et dans les piys voisins. Pour Malestroict il 
n’y à pas de renchérissement efiectif des denrées au moment 
où il écrit, mais seulement un avilissement de l'instrument 
d’achat, la monnaie. Il affirme, en comparant son temps à 
celui de Philippe de Valois, que « pour l’achat de toutes choses 
l’on ne baille point maintenant plus d’or ni d'argent que l’on 
baillait alors », et il cherche à le démontrer avec une largeur 
d'esprit et un sens économique remarquables. Nous ne pou- 
vons, dans ce compte rendu, entrer dans le détail de sa 
démonstration, ni dans celui de la réfutation qu’en fit le 
célèbre Jean Bodin. La controverse que M. Hauser expose 
avec une grande clarté et beaucoup d érudition, se rattache à 
un problème qui a des points de contact nombreux avec la 
crise de cherté dans laquelle nous nous débattons à l’heure 
présente. Elle en acquiert une actualité d'autant plus grande. 
Aussi a-t-on vu paraître récemment pas mal d'ouvrages sur 
la question de la hausse des prix au xvi* siècle. Citons notam- 
ment l'ouvrage d'André Liautey sur « la hausse des prix et la 
lutte contre la cherté en France au xvI° siècle » (1921) et une 
série d'articles copieusement documentés de Cristobal Espejo 
sur « la carestia de la vida en el siglo xvI y medios de aba- 
tarla » (la cherté de la vie au xvi° siécle et les moyens d'y 
remédier) dans la Revista de Archivos, Bibliotecas y Museos 
de Madrid (1920 et 1921). Ces deux travaux jettent un jour 


44 


654 COMPTES RENDUS 


nouveau sur la question traitée dans la troisième étude de 
M. Hauser. Mais ayant paru après celle-ci, elles n’ont pu être 
utilisées. 

La quatrième étude, qui comporte seulement une quinzaine 
de pages, est la reproduction d’une communication faite à 
l’Académie des sciences morales et politiques en 1914 sur Une 
famine il y a 400 ans. Organisation communale de la 
défense contre la diselte. C’est de la disette de 1529 qu'il s’agit 
et des mesures qu’on prit à Dijon pour la combattre. M. Hau- 
ser avait déjà étudié précédemment les effets de la même 
disette à Lyon. Ajoutons que les articles de Cristobal Espejo, 
cités ci-dessus, sont pleins de faits analogies pour l'Espagne. 
Les Ordonnances des Pays-Bas pour l’époque de Charles V 
et l’Inventaire des Archives d’Ypres d’E. de Sagher con- 
tiennent également des renseignements précieux sur les 
moyens imaginés par les pouvoirs publics pour combattre la 
cherté des grains. Il y aurait là matière à des comparaisons 
suggestives. 

La cinquième étude est la plus longue : Les pouvoirs 
publics et l'organisation du travail dans l’ancienne France 
(p. 430-216). Voici comment M. Hauser en indique lui-même 
l’objet : « Tandis que le pouvoir seigneurial et le pouvoir 
municipal (du moins dans les villes de commerce) sont encore, 
au XvI° siècle, des réalités agissantes, le premier sera peu à 
peu annihilé par les empiétements des fonctionnaires royaux; 
le second, dés le temps de Louis XIII et plus complétement 
encore sous Colbert, verra peu à peu se restreindre la sphère 
de ses compétences. Quant à la puissance royale, elle ne 
s'exerce pas d’une façon simple et toujours identique à elle- 
même. Tantôt c’est du centre, conseil du roi, conseil du com- 
merce, que partent les ordres et que descendent les décisions. 
Tantôt c'est l’agent régional ou local qui applique à des espèces 
particulières une disposition générale, ou simplement obéit à 
la tendance instinctive qui pousse tout fonctionnaire à étendre 
ses attributions. Tantôt ce sont des corps constitués, parle- 
ments, cours des monnaies, qui prétendent exercer sur les 
consommateurs et les producteurs une sorte de haute tutelle, 
ou qui plus égoïstement défendent leurs propres préroga- 
tives. » M. Hauser a tàäché, comme il dit, « de débrouiller un 
peu ce chaos », de « démêler l’action de ces divers pouvoirs 


COMPTES RENDUS 655 


sur la vie économique des classes industrielles ». Pour le faire, 
il s’est imposé un labeur considérable, recourant tour à tour 
aux archives des grandes communes françaises, surtout à 
celles de Dijon, qu'il connaît mieux que toutes autres. Cette 
étude est de tout premier ordre et digne de l’auteur des 
Ouvriers du temps passé, qu'elle complète sur bien des points. 

Reste la sixième étude : Spéculation el spéculateurs au 
XVI siècle (p. 217-231). C'est la bourse d'Anvers, la premiére 
bourse internationale des valeurs mobilières, créée en 1531, 
et trés différente des anciennes foires, qui fait presque exclu- 
sivement les frais de ces quelques pages. Elies ne contiennent 
rien que nous ne sachions déjà par les travaux antérieurs. 
Mais par leur concision et la clarté de l’exposé, elles se recom- 
mandent à l’attention de ceux qui voudraient pousser plus 
avant une étude sur laquelle les archives communales d’An- 
vers possèdent encore tant et de si précieux documents iné- 
dits. 

Concluons : en publiant à nouveau, dans un même recueil, 
ces six études, M. Hauser a fait œuvre méritoire : il les a mis 
mieux à la portée du public et il en a, en même temps, renou- 
velé l'intérêt. 

H. VAN HouTTeE. 


Camille Tihon. La Principauté et le diocèse de Liège sous le 
règne de Robert de Berghes, 1557-1564. Liège, Vaillant- 
Carmanne, et Paris, Ed. Champion, 1923, in-8°, 332 p. (fasci- 
cule XXXI de la Bibliothèque de la Faculté de Philosophie 
et Lettres de l’Université de Liège ) 


Malgré sa briéveté, le règne de Robert de Berghes fut mar- 
qué par des événements d’une importance telle qu'on peut les 
considérer comme décisifs, à bien des égards, pour l’avenir du 
peuple liégeois. C’est ce qui, sans doute, aura engagé M. Tihon 
à en entreprendre l’étude. 

Ainsi qu'il le dit dans sa préface, des raisons d'ordre maté- 
riel l’ont empêché de tracer un tableau complet des rapports 
entre la Principauté et le Saint-Empire. Sur la vie économique, 
intellectuelle et morale, il s’est vu contraint à un aperçu som- 
maire. 


656 COMPTES RENDUS 


Il convient de tenir compte de tout cela pour apprécier son 
travail. 

Ses conclusions se résument comme suit : très pieux, très 
instruit, animé des meilleures intentions, Robert de Berghes, 
terrassé par la maladie, ne put jouer dans la Principauté le 
rôle auquel ses talents lui eussent permis de prétendre. Et ce 
fut dommage, car la politique extérieure, la question finan- 
ciére, l’hérésie et les difficultés résultant de la création des : 
nouveaux évêchés réclamaient, d'une manière tout particulié- 
rement pressante, la présence, à Liége, d’une direction ferme 
et avisée. 

Sous notre évêque, l’alliance de 1518 perdit peu à peu les 
sympathies des Liégeois. Si la Principauté retira quelque avan- 
tage de la paix de Cateau-Cambrésis, elle n’en eut pas moins 
à subir les exactions des gens de guerre. D'autre part, lésé dans 
l'affaire des nouveaux évêchés, le chapitre cessa de se mon- 
trer enthousiaste du rapprochement avec les Pays-Bas. 

L'hérésie profita largement de la faiblesse du pouvoir pour 
recruter de nouveaux adeptes et préparer ainsi au successeur 
de notre évêque une deses tâches les plus malaisées. 

Dans la question des nouveaux évêchés, l’attitude de l’évê- 
que et du chapitre est facile à comprendre. Ne pouvant enrayer 
la réalisation des vues du gouvernement de Bruxelles, ils se 
bornèrent à réclamer des compensations d'ordre matériel et 
moral. 

Au point de vue de la civilisation, l’époque de Robert de 
Berghes se caractérise par l’organisation de la contre-réforme, 
le développement de l’'humanisme et de louables efforts pour 
donner au peuple une instruction plus étendue. 

Économiquement, on assiste aux débuts, chez nous, de l’in- 
dustrie capitaliste. 

D'une manière générale, on peut, semble-t-il, se rallier aux 
thèses de M. Tihon. 

Son travail s'appuie sur une bibliographie très complète. 
L'auteur n’a négligé aucunesource, et aucun travail de quelque 
valeur ne lui a échappé. 

Sur la vie de Robert avant son accession à l’épiscopat, ii est 
bien près d’épuiser la matière. Même remarque en ce qui con- 
cerne la question des nouveaux évêchés. M Tihon a trés bien 
exposé cette partie de l’histoire liégeoise. [l en a vraiment 


COMPTES RENDUS 657 


compris l'importance. Le régime spécial appliqué aux héré- 
tiques dans la principauté a fait l’objet d’un examen minutieux, 
et l’auteur a su mettre en relief son caractère libéral pour 
l’époque. On peut en dire autant de l’exposé des rapports entre 
la Principauté et les Pays-Bas. 

Amené à reprendre l'étude des rétroactes de toutes les 
grandes questions qu'il a traitées, M, Tihon l’a fait avec tact, 
précision et justesse. 

Son étude se recommande donc d'un mérite très réel. 

Ceci posé, il est permis de se demander si, malgré sa brié- 
veté, l’époque de Robert de Berghes n'offre pas à l'historien 
un champ trop vaste pour permettre une étude approfondie. 
Un simple coup d'œil sur la bibliographie démontre, en effet, 
que les travaux d'approche ne sont pas faits. Nombre de ques- 
tions sont et resteront longtemps encore sans solution satisfai- 
sante. On comprend aisément que M. Tiñnon se soit trouvé dans 
l'impossibilité de les envisager toutes. Mais il eût pu, semble- 
t-il,indiquer davantage qu'il se les était posées. On s’en rendra 
compte en parcourant notamment son étude sur les négocia- 
tions qui précédérent la résignation de Robert. À aucun 
moment, il ne nous parle de l'attitude du peuple liégeois dans 
cette affaire qui a dû, cependant, l’intéresser quelque peu! ({) 

Lorsqu'il traite des rapports de la Principauté avecles Pays- 
Bas, M. Tihon ne fait pas ressortir, semble-t-il, un fait qui 
domine l’ensemble du débat. 

Pendant la première moitié du xvi* siécle, l’alliance se 
justifia par des raisons plus évidentes et plus plausibles que 
dans la suite. En effet, la réunion de l’Empire aux Pays-Bas 
rendait impossible aux Liégeois la continuation d’une poli- 
tique francophile. Dans le conflit entre François [°° et ia Mai- 
son d'Autriche, ils eussent été sacrifiés sans pouvoir jouer un 
rôle quelque peu décisif. L'alliance de 1518 était donc, pour 
eux, une réelle sauvegarde. 

Mais, plus tard, les événements changérent notablement la 
position internationale du pays. En 1554, l’Empire fut séparé 


(2) Plus d’un détail demanderait à être précisé. Ainsi, parlant de l'élection 
de Groesbeeck comme coadjuteur, M. Tihon ne nous dit pas si l'élu réunit 
l'unanimité ou la simple majorité des suffrages. Il ne nous fait pas connaître en 
détail le texte de la commision dont l'administrateur fut muni. Cf. op. cit., 
pp. 73 et 74. | 


658 COMPTES RENDUS 


de la monarchie espagnole. L'un des bras de la tenaille qui 
enserrait politiquement la Principauté fut, de ce fait, brisé. 
Incapable, par sa faiblesse intérieure, de défendre le pays 
contre les entreprises françaises, l’Empire se révéla impuis- 
sant à exercer sur les Liégeois une véritable domination, et 
ceux-ci s'affranchirent de toute sujétion réelle à son égard. 

D'autre part, privée de l’appoint impérial, la monarchie ne 
soutint qu'avec difficulté la lutte contre la France La paix de 
Cateau-Cambrésis fut loin de marquer un affaiblissement de 
cette dernière. 

Il y a là un ensemble de faits qui, avec la question des forte- 
resses et celle des évêchés, dut, certes, écarter les Liégeoïs de 
la politique d’alliance. 

À ces motifs, on pourrait encore en ajouter d’autres qui, s'ils 
ne se firent sentir que plus tard dans toute leur acuité, ne 
devaient point, cependant, être négligés pour l’époque qui 
nous occupe. Les événements des Pays-Bas commencçaient à 
intéresser les Liégeois. Pendant que le chapitre s’opposait à 
l'installation à Liége d'un espagnoliste trop marqué, le mar- 
quis de Berghes songeait à négocier la remise du siège épis- 
copal au fils du prince d'Orange. On n’a point de ce fait une 
preuve matérielle. Mais, ainsi que le dit M. Tihon, tout 
s'accorde pour le faire supposer. Pendant que les deux gouver- 
nements semblaient vouloir trouver dans l'acte de 1518 une 
sauvegarde pour leur autorité respective, les démocrates de 
Liége et des Pays-Bas négociaient sans doute pour combiner 
leur renversement simultané. Dans ces conjonctures, la neu- 
tralité rallia de plus en plus les modérés de Liége auxquels elle 
dut apparaître comme le seul moyen de conserver l’indépen- 
dance du pays en soustrayant celui-ci aux désordres qui affai- 
blissaient, alors, les États voisins. M. Tihon eût été, sans 
doute, bien inspiré en notant brièvement les indices de cette 
nouvelle orientation des esprits. 

Enfin, le chapitre de l’hérésie appelle une remarque impor- 
tante. Le texte de la paix d'Augsbourg de 1555 ne proclame pas 
explicitement que, seuls, les princes pourront choisir la reli- 
gion de leur sujets. Il ne le fait que d'une manière implicite (1). 


(1) C£. Dumont. Corps diplomatique universel du droit des gens, t. IV,3e par- 
tie, p. 88-93 (allemand). 


COMPTES RENDUS | 659 


Et son interprétation est tellement malaisée que, comme le dit 
M. Tihon, certains hérétiques ont prétendu en tirer argument 
pour réclamer lelibre choix de leur doctrine (!). Il importerait 
de savoir si les lois d'Empire et, en particulier, cette paix, 
étaient applicables à Liége avant même d’avoir été officielle- 
ment acceptées par le Prince et les États. Sous Robert de 
Berghes, on ne discuta jamais ce point. Mais la question n’en 
fut pas moins posée par les prétentions des hérétiques. Car 
ceux-ci, en invoquant la paix de religion dans leurs recours à 
la Chambre de Spire, réussirent souvent à s'assurer de sérieux 
avantages. 

M. Tihon a aperçu cette question. Mais, n'ayant pu consulter 
les archives allemandes, et craignant de sortir du cadre de son 
sujet, il ne l’a point traitée en détail. Il faut espérer qu’un jour 
prochain lui permettra de faire la lumière sur ce point qui 
constitue un des aspects principaux de la politique liégeoise en 
matière d’hérésie, 

En résumé, l’époque de Robert de Berghes fut l’une des plus 
embrouillées du passé liégeois. Et, malgré certaines lacunes, 
l’œuvre de M. Tihon est loin d’être nég igeable. Il faut savoir 
gré à son auteur d’avoir tenté de fournir un dessin général, un 
fil conducteur, Et ce serait commettre une injustice bien grave 
que de ne pas avouer qu’il y a réussi Grâce à lui, les rono- 
gœraphies pourront éclaircir les aspects d’une période dont on 
saisit mieux l'enchainement Et si, parfois, certaines parties 
de l’œuvre devront subir des remaniements, il n’est point à 
supposer que l’ensemble en puisse être fortement modifié. 

G. BONHOMME. 


Théophile Simar. Étude critique sur la formation de la doc- 
trine des races au XVIII siècle et son expansion au 
XIX: siècle. Bruxelles, Marcel Hayez, imprimeur, 1922; 
Maurice Lamertin, éditeur ; in-8° de 403 pages. (Mémoires 
de l'Académie royale de Belgique, Classe des lettres, etc., 
collection in 8°,t. XVI); 18 fr. 


Le mémoire de M. Simar se compose essentiellement de sept 
parties : 1. Les origines psychologiques de la théorie des races 
(chap. I'et IT, p. 5 à 65); 





(1 Timon, op. cit., p. 186. 


660 COMPTES RENDUS 


2. La doctrine des races pendant la première moitié du 
XIXe siècle (chap. III et IV. p. 66 à 127); 

3. Gobineau (chap. V, p. 128 à 171); 

4à7. La doctrire des races en Allemagne, de 1850 à 1914 
(chap. VIet VII, p. 172 à 245); en France (chap. VIIT et IX, 
p. 246 à 311); en Italie, en Belgique, en Angleterre, en Amé- 
rique (chap. X, p. 312 à 347); aprés la guerre (chap. XI, 
p. 518 à 871). 

Cet exposé est suivi d’une Conclusion (p. 372 à 382), d’une 
abondante Bibliographie (p: 2:83 à 395\ et d’un Index nomi- 
num (p. 396 à A0). 

L'ouvrage forme un tout parfait, fort bien agence. 

L'auteur commence par montrer dans quelles circonstances 
apparaît, à la fin du xvuie siècle, l'ensemb'e des doctrines 
connues sous le nom de « doctrines raciales » et qu'il carac- 
térise comme suit: pour elles, les groupements ethniques, irré- 
ductibles les uns aux autres, doivent poursuivre leur évolution 
historique dans le cadre de leur génie propre; de par leur 
nature même, ils sont, ou prédestinés au progrès, ou voués à 
une éternelle infériorité, cette grandeur ou cette indignité leur 
étant imposées par des caractères physico-physiologiques. 

À en croire ses adeptes, cette théorieest basée sur les données 
de la science anthropologique; il n’en est cependant rien, et la 
doctrine des races n'était au début qu'une doctrine des classes, 
issue du conflit entre le tiers état et la noblesse. Comme 
les nobles réclamaient, en France, le pouvoir et le maintien de 
leurs privilèges en invoquant leur descendance des conqué- 
rants francs, on finit par expliquer la victoire des Germains 
par leurs qualités de race, qui leur avaient valu la supériorité 
sur les Gallo Romains en décadence. 

Les écrivains, les philosophes et les publicistes d'Allemagne 
accueillirent avec empressement une théorie si flatteuse pour 
leur pays et en firent la base de leur philosophie de l'histoire. 
L'esprit protestant, luthérien, calviniste ou puritain qui 
régnait en Allemagne et en Angleterre contribuant efficace- 
ment à la diffusion de ces vagues doctrines, on se mit à dédai- 
gner tout ce qui était romain ou latin, et, par ricochet, la 
papauté et le catholicisme. 

Les échecs subis par la politique impériale française, les 
succés économiques obtenus par l'Angleterre après la chute de 


COMPTES RENDUS 6GGI 


Napoléon et par l'Allemagne aprés la guerre de 1870 parurent 
donner raison aux partisans de la prédestination des pays pro- 
testants et germaniques : une « mission civilisatrice » leur 
réservait décidément la domination du monde. Leurs vic- 
toires, résultat de leur organisation militaire, ayant valu à ces 
pays, dans la concurrence générale, des triomphes sans précé- 
dent, les publicistes allemands se persuadérent que la force 
primait tout, tandis que la lutte perpétuelle assurait la vie ou 
le progrès des nations comme des individus. 

Ce mysticisme latent, combiné avec le romantisme — qui 
exaltait l’individu, en faisant appel à sa volonté de puis- 
sance —, reçut d'ailleurs un singulier renfort lors de l’appari- 
tion de l’Origine des Espèces de Darwin : au nom de la biologie, 
on fit intervenir dans les débats l'hérédité, la concurrence 
vitale, la sélection naturelle, l'élimination des inaptes.. 

Ayant ainsi pris corps, cette funeste théorie des races était 
mûre pour inspirer la grande politique, continentale ou colo- 
niale : elle n’y faillit point. 

Tel est le processus, tel est l’enchaînement par lesquels 
M. Simar nous explique comment la doctrine accordant à 
l’élément racial la prééminence sur tous les autres facteurs a 
fortement contribué, par le rôle considérable qu’elle a joué 
dans les polémiques d’avant guerre, à provoquer une confla- 
gration sans précédent dans l’histoire du monde. 

La fortune de cette théorie s’expliquerait encore si elle 
s’appuyait sur l’anthropologie, mais elle a tout ignoré de cette 
science, qui peut cependant, en recherchant et en classant sys- 
tématiquement les races ou variétés humaines distinguées par: 
un ensemble de caractères somatiques constants, apporter une 
contribution capitale à l’étude des migrations primitives. Ne 
nous étonnons donc point si Gobineau, Nietzche, H.-St. Cham- 
berlain et leurs adeptes n’ont pas réussi à convaincre un seul 
anthropologue sérieux, tout en appelant à la rescousse darwi- 
nisme et sélection naturelle, hérédité, biologie et matéria- 
lisme. f 

En même temps que le procès de ces « dilettantes >, M. Si- 
mar fait celui de l’anthroposociologie, dont Houzé a pu si bien 
dire qu'elle « n’est qu’une pseudo-science, bâtie sur des erreurs 
fondamentales et des déductions puériles » ; tout spécialement, 
l’auteur relève, pour caractériser les méthodes anti-scienti- 


662 COMPTES RENDUS 


fiques des anthroposociologues, l’abusqu'ils font du termerace, 
l'identifiant tantôt avec la couleur de la peau, tantôt avec la 
nationalité, ou bien encore confondant races et groupements 
linguistiques, races et classes sociales. 

Bien que traitant de sujets quelquefois arides et abstraits, 
pour employer l'expression même de l’auteur, l'Etude crilique 
de M. Simar est d’une lecture aisée, même pour ceux qui nese 
préoccupent guére de philosopher sur l’histoire. Les noms de 
Gobineau, de Nietzsche, de Treitschke, de Gumplowiez, de 
Chamberlain — pour ne citer que ceux-là — reviennent si 
souvent dans les discussions relatives à la mentalité guerrière 
de l'Allemagne, que le grand public sera heureux de pouvoir, 
grâce à un exposé très clair, assigner à chacun de ces écrivains 
la part qui lui revient réellement dans la genèse et dans le 
développement du néfaste pangermanisme. 

L'intérêt qui s'attache à ce volume est d'autant plus grand 
qu'il traite de questions terriblement actuelles, comme le 
prouvent, par exemple, en ce moment même, le rôle joué par 
les organisations « racistes » en Allemagne, les revendications 
des noirs en Amérique et en Afrique ou les conflits suscités 
par les besoins d'expansion de la population japonaise. 

Ce n’est pas à dire que tous les lecteurs de M. Simar adop- 
teront intégralement l’ensemble de ses conclusions; le con- 
traire serait d’ailleurs étonnant, si variés sont les terrains 
dans lesquels l'a forcément entrainé la complexité de son 
sujet (1). 

C’est ainsi que l’on peut s’étonner de la nuance de dédain 
avec laquelle il parle de l'anthropologie, à laquelle, cepen- 
dant, il veut bien reconnaitre une certaine utilité; il est au 


(1) M. Simar, qui a vraiment beaucoup lu, est en général bien informé. Son 
utilisation des sources ne laisse pas, toutefois, de provoquer quelques remar- 
ques. 

C’est ainsi que j'aurais aimé lui voir consacrer plus qu’un simple alinéa 
(p. 296) au livre de JEAN Finor Le Préjugé des Races — dont il apprécie d'ail- 
leurs la valeur —, et réserver une place moins effacée au travail de HOUZÉ, 
L'Aryen el l'Anthroposociologie, qui méritait mieux qu’une mention de quelques 
lignes (p. 316, en note, et 318). 

Dans le même ordre d'idées, il est curieux que M. S. n’ait pas cité, au moins 
dans sa Bibliographie, certains travaux de notre pays, tels le mémoire de 
Quonpacn, sur la Persistance du caractère national des Belges (1887), ou le 
volume de Canon sur la Communauté d'origine des Belges (1919). 


COMPTES RENDUS 663 


moins exagéré, certes, d'écrire que les anthropologues nesont 
pas encore parvenus « à s’accorder ni à découvrir un système 
rationnel de mensuration des crânes » ou, même, « à mettre 
sur pied une classification rationnelle des caractères raciques 
distinctifs » (p. 142 et 147). 

Le jugement que l’auteur porte sur le D' Gust. Lebon me 
semble également empreint d’exagération. M. Simar, qui 
refuse toute importance au facteur race, rej roche à Lebon de 
« rapetisser l’action des milieux au profit de l'élément racial 
qui, à son avis, garde toujours la prépondérance »; fort bien : 
cela peut en effet se discuter. Par contre, est-il permis de 
ranger le directeur de la Bibliothèque de Philosophie Scienti- 
fique parmi « les dévots du gobinisme » et d'en faire, « à quel- 
que différences prés, le fils spirituel de Gobineau » (2)? Lebon 
admet cependant qu’il n'y a plus, en Europe, que des races 
historiques obtenues par croisement des races primaires et, ne 
se faisant aucune illusion sur la pureté de nos populations 
actuelles, propose de substituer au mot race le terme natio- 
nalilé; se trompe-t-il donc si grossièrement en voyant dans la 
race « un substratum invisible de l’histoire » ? 

D'ailleurs, l’ardeur de la discussion entraîne quelquefois 
M.Simar un peu loin. « Prenons le ferme propos, » déclare-t-il 
en maniere de conclusion finale, « de reléguer l’aryanisme au 
domaine des vieilles lunes et persuadous-nous bien que ües 
formules vides de sens, telles que la race, l’hérédité, le génie 
national ne résoudront pas le formidable problème qui se pose 
maintenant sous nos yeux dans toute sa netteté : celui de nos 
rapports futurs avec les Asiatiques et les Africains.» D'accord, 
sur le sort à réserver à l’arvanisme; par contre, devons-nous 
vraiment considérer race, hérédilé, génie national, comme 
autant de vieux clichés, à rejeter définitivement parmi les 
accessoires désormais inutiles ? 

J. VANNÉRUS. 


(2) On peut également trouver trop sévère le jugement émis sur KurTu et sur 
«son ouvrage principal, Les Origines de la Civilisation moderne, certainement 
surfait pour des raisons politiques, où il fustige l'empire romain et exalte les 
vertus germaniques, suivant les poncifs convenus, avec un enthousiasme 
dithyrambique ». Evidemment, la critique est quelque peu fondée, mais n’eût- 
il pas convenu d'ajouter que Kurth, indigné du « guet-apens prussien », a 
brûlé ce qu’il avait adoré ? 


664 COMPTES RENDUS 


Rodolphe Reuss. La Constitution civile du clergé et la crise 
religieuse en Alsace (1790-1795), t. I (1790-1792); t. Il 
(1793-1795). Strasbourg, [stra. 2 vol. gr. 8° de vi-378 et 
de 379 p. (Pubiications de la Facuité des Lettres de l'Uni- 
versilé de Strasbourg). 


M. Mathiez, dans un manuel de l’histoire de la Révolution 
publié récemment et remarquable à plusieurs égards, ne con- 
sidère la constitution civile du clergé que comme une mesure 
financière. C’est singuliérement méconnaïtre la portée réelle 
de ce grand acte. La lecture de travaux importants sur 
l'histoire religieuse de la Révolution, comme par exemple 
ceux de Pierre de la Gorce, montre que les membres de l’As- 
semblée nationale, en légiférant pour l” Église de France, 
eurent une toute autre conception. M. Joseph Reinach, dont 
les sentiments philosophiques et religieux sont connus, a porté 
sur la constitution civile un jugement qui me paraît bien plus 
prés de la vérité que celui de M. Mathiez. « Il n'’appartenait 
pas, écrit-il, à la page 256 de son volume Francia, à une 
assemblée de laïcs de dénouer le lien qui rattachait au pape 
l’évêque, et, avec l'évêque. son clergé, et de ramener le catho- 
licisme aux pratiques de l’Église primitive. Aussi bien la con- 
stitution civile, en apparence évangélique et apostolique, «une 
églogue religieuse », était-elle effectivement une mesure poli- 
tique, mais vexatoire, puisqu'elle prétendait soustraire le 
prêtre à la seule autorité qu’il tint pour légitime; hypocrite, 
puisqu'elle tendait à introduire la Révolution dans le catholi- 
cisme; et d’ailleurs, au rebours de l'esprit des philosophes du 
xvinl® siècle. Logiques avec eux-mêmes, les constituants 
eussent séparé l’ Église de l'État au lieu de chercher à réformer 
l'Église, gardienne de la foi, par l’ État, de sa nature étranger 
à la foi. La constitution civile du clergé a été la plus lourde 
erreur de l’Assemblée. » 

Les conclusions de M. J, Reinach sont entièrement confir- 
mées par M R. Reuss qui, en deux gros et savants volumes, 
vient d'analyser l’histoire en Alsace de la constitution civile. 
Lui aussi la considère comme « l’une des plus grandes erreurs 
de l’Assemblée nationi1le », comme une erreur qui aboutit à 
rendre les révolutionnaires «infidèles à leurs propres prin- 
c1pes ». 


COMPTES RENDUS 665 


Le livre de M. Reuss n’est pas écrit pour démontrer ces 
conclusions, mais celles-ci découlent logiquement du récit 
entrepris et qui embrasse la période allant de la fin de l’année 
1790 jusqu’au mois de juin 1795. 

L'œuvre est conçue d’après une méthode historique stricte- 
ment scientifique, avec une grande sûreté de critique; elle est 
documentée avec le plus grand soin; elle est basée surtout sur 
les renseignements fournis par de nombreuses pièces iné- 
dites : procès-verbaux des séances du directoire et de l’adminis- 
tration centrale du Bas-Rhin, procès-verbaux du corps muni- 
cipal de Strasbourg, et par les renseignements que l'auteur a 
puisés dan: les journaux alsaciens de la période révolution- 
naire, ainsi que dans les brochures et les pamphlets qui, pour 
cette époque surtout, constituent une des sources importantes 
de l'histoire. 

Je ne crois pas que l’histoire locale de la constitution civile 
du clergé ait été étudiée pour d’autres départements avec 
autant de soin et d’érudition que l’a fait M. Reuss pour ceux 
du haut et du bas Rhin. Le livre de cet écrivain est, je pense, 
bien définitif et bien complet pour le cadre où il se trouve 
enfermé et il apporte à l’histoire générale de la Révolution 


une contribution dont l'importance me parait indiscutable. 
À. DE RIDDER. 


Gaudefroy-Demonbynes. Ze Pélerinage à La Mecque. Paris, 
Geuthner, 1923 (Annales du Musée Guimet), gr. in-&, 
912 p. 


Les ouvrages consacrés à l’Arabie, un des rares pays du 
monde restés mystérieux, excitent toujours une grande curio- 
sité, et tous les islamisants, et avec eux beaucoup de lettrés, 
ont dû ou devraient lire, par exemple, le merveilleux récit du 
Pélerinage aux villes saintes de l'Islam, dans lequel un grand 
seigneur algérien, délicieusement imprégné de culture fran- 
çaise, Caid ben Chérif, mort récemment à la fleur de l’âge, a 
décrit son voyage aux régions interdites aux infidéles. Il y 
apparaît comme un admirable écrivain, digne émule des Loti 
et des Farrère, et sait combiner en un mélange aussi heureux 
que rare, l'enthousiasme du croyant sincère et l'exactitude 
d'un observateur sagace. 


666 COMPTES RENDUS 


Ce n’est pas un travail de ce genre que nous offre M. Gau- 
defroy-Demonbynes, le distingué professeur d’arabe littéral 
à l'École de Langues orientales de Paris. Il n’a pas, tels Bur- 
ton, Snouck ou Burckhardt, visité sous un déguisement, au 
grand péril de sa vie, les cités trés saintes du mahométisme. 
Ce qu’il nous donne, c’est une œuvre de cabinet, une étude 
complète sur le quatrième « pilier de l'Islam », à savoir le 
Hadjdj ou pélerinage à La Mecque qui incombe à tout musul- 
man en état de l’accomplir. 

L'auteur a utilisé une multitude de sources, européennes et 
orientales, dont la liste figure au seuil de son ouvrage. C'est 
un ensemble imposant, et beaucoup de publications intéres- 
santes y sont ajoutées à celles que Wensinck énumère à la 
suite de son excellent article sur le Hadjdj dans lEncy- 
clopédie de l’Isiam. M. Gaudefroy-Demonbynes ne cite pas 
Querry, Droit musulman chyîte, mais il le signale souvent 
dans le corps de son livre. Il n’a pu lire, sans doute, car il ne 
le mentionne pas, l'ouvrage déjà rare, quoique assez récent, 
de Keane, Six months in the Hedjaz, by an Englishman prof- 
essing Mohammedanism (Londres, Ward & Downey, 1887) (1). 


(t) Keane était un jeune marin anglais d'esprit aventureux, qui osa, 
en 1877-1878, se mêler, sous un déguisement, à la suite d’un émir hindou et 
put visiter ainsi la farouche La Mecque et aussi la ravissante Médine, cette 
perle des cités d'Grient, que bien peu de chrétiens ont eu la chance d'admirer. 
Le récit sans prétentions de Keane, écrit avec une verve endiablée, est plein 
de descriptions extrêmement vivantes des hommes et des choses, et de ren- 
seignements précieux qu'on chercherait vainement ailleurs. Nous croyons 
utile de profiter de l’occasion pour citer ici un passage particulièrement inté- 
ressant (p. 112-113) : 

« Le matin, je ne me levai que quand je fus éveillé par le bruit du replie- 
ment des tapis. IL faisait grand jour, et l'heure de la prière du matin était 
depuis longtemps passée. Tous mes compagnons étaient si absorbés par le 
soin de faire la paix les uns avec les autres et de se pardonner leurs griefs 
dans la pensée que, ce jour-là, ils allaient être absous de tous leurs péchés 
passés, que nul n'avait fait attention à moi... Nous nous embrassions, nous 
faisions l’aveu de toutes nos menues offenses, certains que nous étions d'être 
pardonnés avec des larmes. Je me fiai d’abord à mon imagination pour me 
ressouvenir de mes fautes, mais mes compagnons ne tardèrent pas à me rap- 
peler force occasions où je leur avais manqué consciemment ou inconsciem- 
ment. Ils semblaient bien sincères, et se confessèrent loyalement, eux aussi. 
Et c’est ainsi que j'appris enfin où étaient allés quantité de petits objets dis- 
parus de mes bagages. Un tel s'était approprié un canif, tel autre une paire de 
chaussettes. Et bien entendu, je donnai et pardonnai avec la meilleure grâce 


COMPTES RENDUS 667 


Nous ne trouvons pas trace, non plus, de la relation si instruc- 
tive d’un Pélerinage à La Mecque en 1910-1911 du Persan 
Kazem Zadeh, parue, en 1912, dans la Revue du Monde 
musulman. 

M. Gaudefroy-Demonbynes ne se borne pas, ce qui, d’ail- 
leurs, serait déjà un travail d’érudition extrêmement labo- 
rieux et méritoire, à rassembler tous les témoignages acces- 
sibles sur la géographie, l'histoire, la légende, le droit 
canonique musulman et sa casuistique raffinée, relatifs au 
pélerinage à La Mecque. Il tâche de démêler, en folkloriste et 
ethnographe averti, l'origine des innombrables rites pour la 
plupart très anciens et antéislamiques, qui compliquent le 
Hadjdj : tâche difficile et précaire, comme en général toutes 
les recherches d'origines. 

L'auteur, qui a donné comme sous-titre à son ouvrage 
« Étude d'histoire religieuse », déclare ne pas vouloir étudier 
le pélerinage au point de vue politique, et se borne à déclarer 
que « le rôle politique du pélerinage à La Mecque est de 
second plan ». Il s'élève contre l’idée répandue par certains 
publicistes (il aurait pu ajouter : et pas mal d’islamisants 
notoires) qui veulent y voir « comme le centre d'expansion 
du mouvement politico-religieux... appelé le panislamisme ». 
Ce n’est pas le lieu de discuter ici cette simple affirmation. 

L'ouvrage du savant arabisant français sera désormais, et 
sans doute pour longtemps, le s/andard work pour l'étude de 
cet intéressant ensemble de cérémonies qui constitue le 
Hadjdj. Nous aurions dû en donner un résumé, si l’auteur ne 
l'avait fait d'avance lui-même dans son admirable petit 
manuel sur les {Institutions musulmanes, paru récemment 
dans la Bibliothèque de culture générale (Paris, Flamma- 
rion, s. d.). On y trouve, au degré le plus éminent, une qua- 
lité essentielle qui caractérise aussi ses Cent el une nuits, 
traduction de contes arabes (Paris, Challemel, 1911) et qu’on 
cherche vainement dans d’autres publications analogues : tous 
les savants ouvrages de M. Gaudefroy sont brillamment écrits. 


possible. Nous étions supposés, dès lors, être en paix avec tout le monde 
des vrais croyants, et dignes de paraître, la conscience tranquille, à Arafa. » 
Je ne me rappelle avoir vu ou entendu mentionner nulle part cette céré- 
monie curieuse d’aveux et de pardons réciproques, préalable au vouqoüf ou 
«station » sur le mont Arafa, qui est le rite le plus important du pélerinage. 


668 COMPTES RENDUS 


Ajoutons qu'ayant longtemps vécu dans le monde musul- 
man, il ne l’apprécie pas uniquement en touriste émerveillé, 
ou en érudit tout transporté et incapable de voir la réalité 
autrement qu’à travers le mirage né de ses études bien-aimées. 
Notre auteur sait tenir un Juste milieu entre l’admiration 
béate et l’optimisme bêlant de certaines productions sur le 
mahométisme, et l'hostilité aveugle, et non moins funeste à 
une saine vision des choses, qui dépare d'autres écrits, œuvres 
de polémique plus que de science. Nous avons souvent le tort, 
quand nous jugeons d’autres civilisations ou d’autres peuples, 
de les comparer à notre idéal que nous sommes loin d'atteindre 
nous-mêmes, au lieu de les mettre en regard de ce que nous 
sommes réellement. 

Nous n’adresserons qu’un reproche à M. Gaudefroy, c’est 
de ne pas avoir enrichi son livre d'un ou 1nême de plusieurs 
index alphabétiques (sujets traités, termes arabes, noms 
propres) qui auraient singulièrement rehaussé l'utilité d’un 
travail destiné à être, avant tout, un ouvrage de référence. 
Mais c’est une omission qu'il est encore temps de réparer. 


AUG. BRICTEUX. 


CHRONIQUE 


52. — Société pour le Progrès des Études Philologiques 
et Historiques. 


Faute d’avoir reçu en temps utile le compte rendu de la section 
de philologie germanique aux séances de novembre 1923 et de 
mai 1924, nous avons dû nous borner à indiquer les titres des 
communications qui y ont été faites. Nous reproduisons ici le 
résumé des communications de M. Marcel Deruelle et de 
M. J.-P. Dupont 

I. M. DERUELLE (Tournai). — Kn- in the beginning of words in 
English. 

K disappeared before nr in the beginning of words at the end of 
the 17% century, when pronounciation and spelling were in a 
state of transition (also gn — nandwr = r). 

Writers on pronounciation (from 1643 till 1725) give the value 
of the combination as n (Hodges, Price and Expert Orthogra- 
phist), hn (Cooper and Lediard), £n (Ludwick), dn (Arnold). 

Sweet explains the loss by kn — nh = n unvoicing of the n), 
« the À having become superfluous » (?), the same change having 
occurred in mn Icelandic (Ænif = nhif) — overlooking the fact 
that in Scottish dialects (N. E. D. and Ellis), An is even now 
pronounced tn. 

Cooper and Lediard (kn — Rn) give also wr — hr and gn = hn, 
which is uot admissible and seems to prove that their notation 
is an endeavour of noting a theoretical difference, under the 
influence of spelling. When the positions of the organs (X, n, 
tor d) are examined and the « point of higher tension » ascer- 
tained, it becomes clear that, both Æn = n and An — tn, are 
equally possible because of a shifting of this point of tension 
(kn = n : towards palate and nose passage open — often heard 
when walloon boys pronounce such Dutch words as (« knecht » 
and also when people with «hare lip » try to utter Æn), (kn = tn: 
towards upper teeth and nose passage closed). 

Considering the above notations of contemporaries and the 
pronounciation (tn) extant in the dialects, it is to be assumed that 


45 


670 CHRONIQUE 


both pronounciations (n) and (tn) have occurred simultaneously, 
but that the (n) pronounciation got the upper hand and was 
then adopted in standard English. 

11. J.-P. DupoxT (Bruxelles). — Faust 2; acte 3, Hélène étape 
nécessaire. 

La tragédie d’ « Hélène » publiée d’abord séparément comme 
intermède à « Faust » est devenue le 3° acte sans subir de chan- 
gement. 

Faust s'y présente sous des aspects tellement inattendus, avec 
des gestes tellement surprenants, le merveilleux y joue un tel 
rôle, que l’œuvre dans son ensemble parait souffrir dans son 
unité psychologique. On reconnaît difficilement le Faust de Mar- 
guerite dans ce chevalier médiéval à la parole rythmée comme 
celle d’un troubadour; le bon sens se heurte à une action mer. 
veilleuse qui ne permet plus de craindre ni d'espérer selon notre 
expérience; les catégories de l’espace et du temps sont violées. 

Jusqu'à présent les commentateurs se sont peu souciés de 
réconcilier le bon sens avec le 3° acte, de faire ressortir l’unité 
psychologique de l’œuvre sauvegardée même ici. A la lumière de 
la doctrine esthétique du poète, la présente communication 
souligne la vraie réalité d'Hélène, qui n’est pas selon la nature et 
la chair, mais est une réalité d'art, un symbole. Faust lui-même 
s'est en quelque sorte déconcrétisé depuis la scène des « Müller », 
il n’est plus l'individu Faust, mais la mentalité Faust. 

Il y a donc rencontre de deux réalités immatérielles qui 
n’obéissent plus aux lois qui régissent la nature. Comme cepen- 
dant le poète est forcé de les rendre palpables et visibles, de leur 
donner une certaine matière, il a dû recourir au merveilleux plus 
que jamais afin de ne pas être infidèle à l’âme qui s'exprime dans 
ces formes et leurs attitudes. 

L'union d'Hélène et de Faust symbolise donc le mariage de la 
mentalité grecque, toute éprise de mesure, d'harmonie et de 
bonheur terrestre, et la mentalité Faust, mentalité médiévale, 
manquant d'équilibre, éprise de chimères. Faust pourra doréna- 
vant découvrir sur la terre un domaine digne de son activité. 

. Il est désormais mûr pour l’action utile. 

Hélène était donc une étape nécessaire, d'autant plus qu'ayant 
tourné le dos à la philosophie au début de l’œuvre, il ne lui res- 
tait plus que la formation par l'esthétique: 

Aussi Gœthe a t-il déclaré : « Hélène est une de mes concep- 
tions les plus anciennes ; elle naquit avec Faust ». 


CHRONIQUE 671 


53. — Institut des Hautes Études de Belgique. 


L'Institut a pour but de donner : 

a) Un enseignement général, supra-universitaire ; 

b) Un enseignement des matières non inscrites dans les pro- 
grammes universitaires ; | 

c) Un enseignement destiné au développement intellectuel du 
public. 

Les sciences enseignées sont considérées, notamment, dans 
chacune de ces trois catégories, au point de vue de leur philoso- 
phie et de leur histoire. 

L'enseignement est divisé en différentes sections dont le nombre 
n’est pas limité et qui peuvent éventuellement être subdivisees. 
Les sections actuellement établies sont : 

a) la section des sciences mathématiques, mécaniques, astro- 
nomiques ; 

b) La section des sciences physiques et chimiques ; 

c) La section des sciences naturelles, comprenant : la biologie 
générale, l'anatomie, l’embryologie, la physiologie, la pathologie, 
l’anthropologie, la zoologie, 1a botanique, la minéralogie, la géo- 
logie, la géographie physique, la paléontologie ; 

d) La section des sciences historiques et philologiques ; 

e) La section des sciences sociales, politiques, économiques et 
juridiques ; 

f) La section des sciences philosophiques : philosophie, 
éthique, religions, pédagogie: 

g) La section des arts et des lettres : esthétique, littérature, 
arts plastiques, musique ; 

h) La section de la science du travail (ergologie). 

Dans chacune des sections d'enseignement, trois sortes de cours 
sont institués : 

1. Des cours fixes ; 

2. Des cours complémentaires ; 

3. Des conférences isolées ou formant des cycles et destinées 
plus spécialement à faire connaître au public le mouvement des 
idées et l’évolution des sciences et des arts. 


SECTION IV. — Sciences historiques et philologiques. 
Directeur : M. JosEpH CUVELIER. 


MM. CARCOPINO, professeur à la Sorbonne. — Les frontières du 
paganisme romain et les récentes découvertes archéolo- 
giques (18, 19 et 20 décembre à 6 heures. 

C. GAspaR, docteur en philosophie et lettres, conservateur 
du cabinet des manuscrits à la Bibliothèque royale de Bel- 


672 


CHRONIQUE 


gique. — Le théâtre grec (suite) : La Comédie (15 leçons 
environ, le vendredi à partir du 9 janvier à 5 1/2 heures). 

Harry HiIRTZEL. — Les antiquités américaines (5 à 6 leçons 
probablement à partir du 5 janvier, le lundi à 5 heures). 

A. MEILLET, professeur au Collège de France — Le mot et 
la signification (jeudi 20 et vendredi 21 novembre à 81/2h.) 

A. Morer, professeur au Collège de France — L'évolution 
des idées relatives à l’immortalité de l'âme et à la sanction 
morale dans l'ancienne Égypte. 1. Ancien Empire. — 
II. Moyen Empire. — III. Nouvel Empire 'jeudi 27, ven- 
dredi 28 et samedi 29 novembre à 8 1/2 heures). 

CHARLES PERGAMENI, professeur à l’Université de Bruxelles. 
Bonaparte et la Belgique (mercredi 19 décembre à 8 1/2 h.). 
— Études d'histoire russe : I. Les origines historiques et le 
milieu géographique. — IT. Pierre le Grand — III. Cathe- 
rine II et la Russie moderne (peut-être en décembre). 

GEORGES SMETSs, professeur à l’Université de Bruxelles. — 
Quelques théoriciens de l'histoire (en février ; 4 à 5 leçons). 

Louis SPELEERS, Conservateur adjoint aux Musées royaux 


du Cinquantenaire, à Bruxelles. — Eléments d'archéologie 
égyptienne. 


Vicror TourRNEUR, docteur en philosophie et lettres, conser- 
vateur du cabinet des médailles de la Bibliothèque royale 
de Belgique. — La monnaie en Belgique depuis la réunion 
des principautés par Philippe le Bon jusqu'à la fin de l'an- 
cien régime (le mardi à 6 heures à partir du 28 octobre). — 
Les origines de la médaille (jeudi 30 octobre à 8 1/2 heures). 

FRANS VAN KALKEN, professeur à l’Université de Bruxelles. 
— Les méthodes de l'histoire (sera fixé ultérieurement) 

AUGUSTE VINCENT docteur en philosophie et lettres, conser- 
vateur à la Bibliothèque royale de Belgique — Les noms 
de lieux. Histoire, origine, signification {le samedi à 
5 1/2 heures, à partir du 10 janvier) 


LÉON CAHEN, docteur ès lettres, professeur au Lycée Con- 


dorcet. (Cycle des Conférences sur le xvrr° et le xvint siècle 
français.) — L'Universilé impériale. — Le blocus continen- 
tal et ses effets sur la France. 

GRAMMONT, professeur à l'Université de Montpellier. — La 
structure et la diction des vers (I. Le rythme. -- II. Le 
mouvement musical. — III. Les sons). En mai. 


L'Institut des Hautes Etudes a créé, dans sa section IV{(Sciences 
historiques et philologiques) une sous-section d'archéologie et de 
langues orientales. 


CHRONIQUE 673 


Les cours suivants sont dès à présent constitués : 

M. SPELEERS. — 1. Éléments d'archéologie égyptienne (le mardi, 
à » heures, à partir du 28 octobre). — 2. Séminaire de langues 
orientales ancienues le mardi, à 6 heures, à partir du 28 octobre). 

M. CoMBaz. — Les arts de l'Inde (le samedi, à 6 heures, à partir 
du 10 janvier 1925). 

M. C. HENTZE. — La Chine et le Japon (le jeudi, à 6 heures, de 
quinze en quinze jours, à partir du 13 novembre). 


54. — Les inscriptions romaines. 


La librairie C. Klinckzieck vient d'éditer dans sa nouvelle 
collection à l’usage des classes Les inscriptions romaines, biblio- 
graphie pratique par Louis PARRET, avec une préface de R. CAGNAT 
(prix fr. 2 50). Ce petit opuscule, qui s'adresse aux étudiants, est 
destiné à leur apprendre comment il faut consulter les grands 
travaux d’épigraphie, et leur donne une bibliographie pratique 
destinée à écourter l'apprentissage de l’épigraphie. Dans ces 
limites, il rendra des services. 

Asus ke 


55. — Le premier Congrès des Études byzantines. 


Sur la proposition de M. H. Grégoire, appuyée par H. Pirenne, 
le Ve Congrès des Sciences historiques de Bruxelles avait innové 
en créant une section nouvelle, celle des Études byzantines. 
Innovation féconde dont nul ne prévoyait encore les répercus- 
sions. Grâce à l'initiative des savants roumains, à l’infatigable 
énergie de M. N. Iorga, professeur à l’Université de Bucarest, 
à l’activité de M. C. Marinescu, maître de conférences à la 
même Université, la modeste section s'était, à peine un an après, 
métarmorphosée en Congrès, le premier du genre. Le succès fut 
digne d’une audace si méritoire en ces temps difficiles. Le 
14 avril, malgré l’exclusive prononcée, à tort ou à raison, contre 
les savants allemands, une soixantaine de byzantinistes d’Amé- 
rique, d'Angleterre, de Belgique, de Bulgarie, d'Espagne, de 
France, d'Italie, de Roumanie, de Russie, de Tchécoslovaquie, 
de Serbie assistaient à l'ouverture du Congrès. Les travaux 
continuèrent jusqu’au 19, au milieu de la plus franche cordialité. 
Deux sections, celle d'histoire et celle de philologie et d’archéo- 
logie se partageaient les nombreuses communications. Elles 
intéressaient les domaines les plus variés du byzantinisme, droit, 
institutions, épigraphie, numismatique, architecture, peinture, 


674 CHRONIQUE 


sculpture, iconographie. Nous ne les énumérerons pas ici : 
l'Académie roumaine a d’ailleurs décidé de les publier in-extenso, 
celles du moins qui n’avaient pas été déjà promises aux Mélanges 
Schlumberger, actuellement à l'impression, ou à des revues 
comme Byzantion. Contentons-nous d'énumérer quelques titres 
destinés à donner une brève idée de la variété et de l'intérêt des 
travaux du Congrès : N. KoxpaKkov, Les vêtements orientaux à la 
cour de Byzance ; Cu. Dieu, Le sénat et le peuple byzantin aux 
VIIe et VIII siècles ; G. MILLET, Sur les sceaux des commerciaires 
byzantins ; N. IoRGA, Le grec dialectal dans les pays roumains ; 
R. P. P. PEETERs, Une lettre méconnue d'une impératrice 
byzantine; PuiG 1 CapAFALCH, Les églises de Moldavie; C. MaRi- 
NESCU, Du nouveau sur Constance de Hohenstaufen, impératrice 
de Nicée ; I. GAY, Les rapports de la Sicile avec Byzance, au début 
de l'occupation arabe ; 1. ZEILLER. Sur la date du premier établisse- 
ment dans l'Empire d'Orient des Goths convertis au christianisme 
par Ulfila ; G. BRATIANU, La colonie génoise de Péra, à La fin du 
XIIIe siècle ; A. PERNICE, Della spedizsione di Costante in Italia; 
L. BRéHIER, La sculpture iconographique dans les églises byzan- 
tines; GRECU, Antike Philosophen in der Kirchenmalerei des 
Morgenlandes ; H. GRÉGOIRE, Un continuateur de Constantin 
Manassès, ete. | 

Dans sa dernière séance, le Congrès eut à se prononcer sur la 
nouvelle revue internationale Byzantion, dont la création avait 
été décidée au Congrès de Bruxelles. 11 voulut bien, par la voix 
autorisée de M. Ch. Diehl, approuver les travaux préparatoires 
à la mise en train du nouvel organe des byzantinistes et conti- 
.nuer à laisser à MM. H. Grégoire et P. Graindor le soin d'en 
assurer la publication, en consultant, lorsqu'ils le jugeront 
nécessaire, le comité directeur composé de MM. Ch. Diehl, 
N. Iorga, G. Millet et Sir William Ramsay. Byzantion aura ses 
bureaux à Bruxelles, bureaux mis gracieusement à sa disposition 
par M I. Errera (12, rue Royale). Sur la proposition de 
M. H. Grégoire, le Congrès émet aussi une série de vœux : il y 
aurait urgence à composer une Iconographie, une Chronologie, 
une Prosopographie et une Encyclopédie byzantines. Et l’on 
décide qu’un comité présentera rapport sur ces points au pro- 
chain Congrès; que celui-ci se tiendra à Belgrade, en 1926 et le 
suivant, à Athènes, deux ans après, les délégués grecs ayant, 
très courtoisement, cédé à leurs collègues serbes un droit de 
préséance qu'ils auraient pu leur disputer, peut-être, avec 
chance de succès. 

Une excursion d’une semaine suivitle Congrès. Un train spé- 
cial conduisit successivement les congressistes en Bucovine, en 


CHRONIQUE 675 


Moldavie et en Valachie. Les églises de Bucovine, complètement 
tapissées de fresques à l'extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, 
excitèrent au plus haut point la curiosité des visiteurs, par la 
richesse de leur iconographie. Ils purent aussi étudier les cou- 
poles des églises moldaves et leur ingénieuse structure : quatre 
arcs superposés en diagonale aux quatre grands arcs bandés sur 
la travée carrée de la croisée du triconque, portent le tambour de 
ces coupoles. 

Le monastère de Putna leur ouvrit son trésor de somptueux 
tissus byzantins, encore trop peu connu. Peut-être admirèrent- 
ils moins, à lassy, des églises comme celle des Trois Hiérarques, 
complètement restaurée par un disciple de Viollet-le-Duc, et dont 
les murs, à l'extérieur, disparaissent complètement sous une 
végétation trop exubérante d’ornements sculptés. 

A l'église épiscopale de Curtea de Argès, même luxe, trop 
oriental, d’ornements et dors aggravé par les coupoles jumelles, 
au tambour torse, de la façade. Par contre, les fresques de la 
Biserica Domneasca, de la même ville, exécutées sous Radu I 
(1374-1385), comptent parmi les monuments les plus précieux de 
la Renaissance orientale. 

Pour ne citer que les principaux monuments, les congressistes 
eurent encore le plaisir d'admirer le monastère de Hurezi, 
construit au xviie et au xvurr° siècles, sur le plan des monastères 
roumains, l’église au milieu d’une cour rectangulaire bordée par 
les bâtiments claustraux. Le remarquable « Jugement dernier » 
qui occupe le fond du narthex, la loggia aux colonnes torses de la 
galerie du premier étage du cloître attirèrent particulièrement 
les doctes visiteurs. 

Du xiv® au xvuuie siècle, l’art roumain continue la tradition 
byzantine, influencée à la fois par l'Orient et l'Occident, tout en 
conservant son originalité. | 

Cette excursion, très compliquée, fut organisée avec un soin qui 
fait le plus grand honneur au comité. 

En terminant, nous sommes heureux d'adresser nos plus vifs 
remerciments au pays qui à réservé aux congressistes une 
hospitalité sans égale dans l’histoire des Congrès. 

PAUL GRAINDOR. 


56. — Mélanges Tout. 


On connaît la place importante qu'occupe dans le mouvement 
historique anglais M. T, F. Tout, professeur à l’Université de 
Manchester. On s’accorde à reconnaître en lui l’une des autorités 
les plus considérables en matière d'histoire politique britannique 


676 CHRONIQUE 


au moyen âge; ses travaux ont fait faire des progrès considé- 
rables à la connaissance des institutions administratives. 

A l’occasion de son soixante-dixième anniversaire, ses anciens 
élèves et ses amis ont décidé de lui offrir un volume de mélanges. 
La préparation du volume est assumée par MM. À G. Little et 
F. M. Powicke:; Miss Dorothy M. Broome (37, Ashburn Road, 
Stockport) est chargée de recueillir les fonds. Toute souscription 
d'au moins une guinée donne droit au volume. 


57. — Les Analecta Bollandiana. 


Les publications des Bollandistes continuent à retenir l’atten- 
tion. L'année même où le P. Delehaye a fait paraître son ample 
étude sur Les saints stylites (Bruxelles-Paris, 192%) — avec une 
introduction d’un intérêt saisissant «où la vérité historique 
atteint et dépasse par endroits le merveilleux de la légende » — 
deux numéros doubles des Analecta Bollandiana (1923, t. XLI, 
fasc. 1-2, puis 3-4), nous apportent une série importante de 
monographies et de textes inédits. Signalons tout d’abord la 
première édition de la vie du roi d'Angleterre Edouard, dit le 
Confesseur (+ 1066), écrite en 1138 par le moine Osbert de Clare, 
prieur de Westminster, et que M. Marc Bloch s’est chargé de 
publier avec une introduction développée; puis diverses notes 
du P. Peeters (sur le manuscrit arabe de l'Evangile de l'Enfance 
et sur le texte original de la Passion des Sept Dormants); des 
notes d’iconographie chrétienne de M. A. Coulon; un article du 
P. R. Lechat sur la conversion de saint André Avellin; le texte 
grec de la vie de saint Evariste, hégoumène à Constantinople 
(819.897), publié par le P. van de Vorst; le catalogue des manu- 
scrits hagiographiques latins de la bibliothèque du chapitre 
d'Ivrée, avec, en appendice, quelques textes inédits (par feu le 
P. Ponceleti; enfin. du P. Delehaye, une édition critique des Actes 
de saint Marcel le Centurion, petite pièce comptée au nombre 
des Passions historiques, et dont le savant Bollandiste a colla- 
tionné 14 copies des x-xv® siècles pour nous en fournir un texte 
plus sûr que celui de Ruinart, réimprimé tout récemment encore 
par À. Harnack et par Knopi. J228: 


58. — Une nouvelle revue : les Analecta Praemonstratensia. 


Elle ‘est annoncée par un prospectus dont voici la partie 
principale : tres ME 
Ineunte anno 1925, publicabitur novum periodicum Analecta 


CHRONIQUE 677 


Praemonstratensia; periodicum scientificum, publicatum ad 
promovenda studia historiae Praemonstratensis. 

Singulo trimestri prodibit fasciculus continens circiter 160 pagi- 
nas in 8e. 

Tradetque : 

1. articulos studiaque de historia. Praemonstratensi ; 

2. chronicon de rebus ad historiam Praemonstratensem spec- 
tantibus ; 

3 recensionem librorum historicorum in quantum directe vel 
indirecte se referunt ad res Praemonstratensium ; 

4. publicationem textuum antiquorum ; 

5. tandem, semel in anno, bibliographiam comolet:am omnium, 
quae de vel a Praemonstratensibus illo anno fuerunt publicata. 

Lingua usualis seu officialis apud Analecta est lingua latina. 
Articuli autem et commentatio textuum conscribentur lingua 
qualibet vernacula, quae communibus characteribus latinis 
utitur. 

Periodici redactio est penes Comimissionem historicam ordinis 
Praemonstratensis, quae sequenti modo constituitur : Praeses : 
Rmus D. HuGo Lamy, Ethic. et Hist. Sc. D., Abbas Tongerloensis; 
Membra : Rmus D. QuiriINus Nors, $S. T. D., abbas Parchensis, 
Jurius Evers, Phil. et S. T. D. ac J. C. B. necnon in schola 
Vaticana palaeogr. et tabul. laur.; AMBRoOsIUS EHRENS, Eth. et 
Hist. Sc. D.; PLacipus LEFÈVRE, Eth. et Hist Sc. D., in schola 
Bruxellensi palaeogr. et tabul. laur.; HuGo HEYMAN, Eth. et 
Hist. Se. D.; Secretarius : EMILIUS VALVEKENS. 

Pretium subnotationis annuae est : intra Belgium, fr. 30; 
extra Belgium, auri fr. 7.50. (N. B. franc or, frank-goud.) 


59. — Le Cercle d'Etudes historiques de Hasselt. 


En 1913 fut fondé à Hasselt un Cercle d’études historiques et 
archéologiques ; on y entendit régulièrement depuis des commu- 
nications, dont les plus nombreuses furent consacrées à des 
détails d'histoire limbourgeoise. Le président, l’abbé Daniëls, ne 
fut pas le moins actif. Le Cercle lui a consacré, à l’occasion du 
dixième anniversaire de son entrée en fonctions, un petit volume 
de mélanges, Verzamelde opstellen uitgegeven door den Geschied- 
en Oudheidkundigen Studiekring te Hasselt, ten eere van zijn 
voorzitter den Eerwaarden Heer Pol Daniëls, 1923. — Hasselt, 
Léon Crollen (1923), in-8°, 158 p., pl., formé d’une vingtaine de 
travaux, dont quatre du jubilaire lui-même. Parmi les auteurs se 
retrouvent plusieurs collaborateurs de la Revue. AV. 


678 CHRONIQUE 


60. — La découverte de l’Afrique au moyen âge. 


M. Ch. de la Roncière, auquel on doit les cinq premiers volumes 
d’une magistrale Histoire de la Marine française, a provisoire- 
ment arrêté les travaux qu'il poursuivait dans ce domaine, pour 
se livrer à des études d’un ordre différent. 

Depuis plusieurs années il s’est attaché au problème de la con- 
naissance que pouvaient avoir de l'Afrique, les Européens au 
moyen âge. Les conclusions auxquelles il aboutit bouleversent 
toutes les idées reçues jusqu’à ce jour. I1 établit d’une maniêre 
qui paraît certaine l’existence de relations constantes entre le 
bassin du Niger et les côtes de la Méditerranée du xru° à la fin du 
xv° siècle L'étude des portulans, des itinéraires et d’autres docu- 
ments à révélé à M. de la Roncière le tracé des routes qui du 
Hoggar, du Touût, du Tafilelt et du Soudan convergeaient vers 
Tombouctou; en même temps elle lui a fait connaître l'intensité 
d’un commerce transsaharien dans lequel le rôle le plus actif 
appartient aux Juifs. 

On saisit aisément la portée considérable qu'ont les récents 
travaux de M. de la Roncière, non seulement pour l’histoire de 
la géographie, mais encore pour l’histoire du commerce méditer- 
ranéen à laquelle il ouvre des horizons tout à fait nouveaux. 

M. de la Roncière a consigné le résultat de ses recherches en 
deux gros volumes in-4°, dont l'impression s'achève et qui parai- 
tront en 1925 sous le titre La découverte de l'Afrique au moyen 
âge. La publication de cet ouvrage, qui contient un grand nombre 
de planches, est assurée par la Société royale de Géographie 
d'Égypte. C’est, d'ailleurs, à la demande de $. M. le Roi d'Égypte 
que M. de la Roncière a entrepris ses recherches et c’est grâce à 
la munificence de ce monarque, ami des sciences, que l’édition de 
l’œuvre à été rendue possible. 

Le dépositaire en France du livre de M. de la Ronçgiées est 
M. Edouard Champion, à Paris. 


( 


61. — La Chancellerie pontificale et l’emploi des langues 
nationales. 


M. H. Nelis, qui s’est spécialisé dans les études de diploma- 
tique, à écrit dans le Bulletin de l'Institut historique belge de 
Rome (1922, p. 129-141), un intéressant article sur les mesures 
ÿrises par la papauté, au xiv° et au xv° siécle, en vue d'exiger 
des bénéficiers avec charge d’âmes la connaissance de la langue 
de eurs administrés. (L'application en Belgique de la règle de 


CHRONIQUE 679 


chancellerie apostolique ( De idiomate beneficiatorum » aux XIV® 
et XVe siècles.) Dans les règles de chancellerie édictées en 1373 par 
Grégoire XI, on rencontre pour la première fois cette stipulation 
au sujet de l’idioma beneficiatorum. KElle fut confirmée par 
Eugène IV, en 1432, et par le concile de Trente. M. Nelis montre 
comment elle fut appliquée en Belgique jusqu'à la fin du 
xv® siècle ; 11 y fut accordé un grand nombre de dispenses par 
l'emploi notamment de la clause du non obstante,. 
ERNST PER 


62. — Etudes sur la Chambre Apostolique. 


L'abbé F. Baïx à fait des Recherches sur les clercs de la Chambre 
A postolique sous le pontificat de Martin V (1417-1431). (Bulletin 
de l'Institut historique belge de Rome, 1922, p. 143-159.) 11 a utilisé 
surtout les Libri annatarum. Ses recherches ont porté sur 
28 clercs de la Chambre apostolique, qui étaient presque tous 
Italiens, ainsi que sur un notaire et un « dépositaire des finances » 
de la même chambre. 

HÉV USA 


63. —- Comptes du receveur général des finances conservés 
à la Bibliothèque de l’Université de Gand. 


Le classement des manuscrits de la Bibliothèque de l’Univer- 
sité de Gand a permis à M. Debaive, attaché à cette bibliothèque, 
de découvrir deux comptes du xv® siècle non datés et ne portant 
aucune mention de nom de receveur. Nous avons pu reconnaître, 
d’après les dates inscrites dans le texte même, qu'il s'agissait de 
comptes du receveur général des finances de la maison de Bour- 
gogne de 1473 et de 1476. Ce-sont deux cahiers de papier, enve- 
loppés d’une couverture ancienne de cuir brun, contenant 
respectivement 129 {compte de 1473) et 78 feuillets numérotés. 
Ces manuscrits sont non seulement fort endommagés par l’humi- 
dité, mais ils ont tous deux perdu un grand nombre de feuillets 
(sur l’un d'eux on lit le numéro 144 du foliotage). Le fait que le 
premier feuillet, heureusement conservé, du compte de 1473, ne 
porte aucune mention de nom ni de date, les très nombreuses 
ratures, portant parfois sur des rubriques entières, semblent 
bien indiquer que ce ne sont que des minutes. Toute la série des 
comptes de ces receveurs est conservée aux Archives départe- 
mentales du Nord. Nous avons donc pu comparer avee les origi- 
naux (sur parchemin) de 1473 et de 1476, et il ressort de cet exa- 


689 CHRONIQUE 


men que nous sommes très probablement en présence des minutes 
de deux comptes rendus par Pierre Lanchals, receveur général 
des finances de Charles le Téméraire, le premier allant du 
ler janvier au 31 décembre 1473, le second du 1° janvier 1476 au 
29 février 1477 (1) La découverte de M. Debaive ne manque pas 
d'intérêt, puisqu'’en Belgique nous ne possédons que des extraits 
des comptes (?) de ces officiers, qui, comme on le sait, centrali- 
saient la recette faite par les nombreux receveurs de province. 
Malheureusement l’état fragmentaire ainsi que la détérioration 
des documents conservés à Gand, en rendent l’utilisation assez 
difficile. H. Nowé. 


64. — La bataille de Morat (22 juin 1476). 


La Revue militaire suisse, dans son numéro de septembre 
(LXIX, 1924, n° 9, p. 394411), commence la publication d’une 
série d'articles sur le siège et la bataille de Morat; ces articles, 
signés R. V., sont extraits d’une étude écrite directement d’après 
les sources authentiques et qui paraîtra prochainement sur la 
campagne de 1476. « Au point de vue purement militaire, dit l’au- 
teur (p. 3961, la bataille de Morat présente un très grand intérêt 
stratégique et tactique. Son étude est instructive, car les Suisses, 
inspirés par leur génie instinctif développé à l’école de la vic- 
toire, appliquèrent, ce jour là, ces « principes immuables » qui 
traversent l’histoire des guerres comme un fil conducteur. Pour 
surprendre et battre leur adversaire, ils eurent recours à l’explo- 
ration, à l'offensive brusquée, à la manœuvre enveloppante, en 
profitant avec habileté du terrain, en utilisant leur cavalerie 
avec une intelligence de la situation qui peut servir d'exemple à 
un chef moderne. 

« Morat diffère donc de la plupart des batailles de la fin du 
moyen âge, du xrvt au xvi° siècle, rencontres de masses brutales, 
d'où l’art des combinaisons et la manœuvre étaient exclus. La 
tactique créée par les Suisses rompait franchement avec le passé, 
adaptation remarquable de leurs expériences pratiques et de 
leurs ressources matérielles et morales aux circonstances et au 
terrain. C’est par un brillant coup de théâtre qu'ils introduisirent 
l’art moderne de la guerre. » 


(1) Archives départem. du Nord, Chambre des Comptes, B 2094 et 2108. 
Voy. DEHAISNES, Inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, 

. IV, p. 242 et 250. 

(?) Gacnaro, Inventaire des Archives des Chambres des Comptes, t. IX, p.9 et 
suiy. 


CHRONIQUE 681 


65. — La Carte de Christophe Colomb. 


M. Ch. de la Roncière vient d'identifier à la Bibliothèque 
Nationale. à Paris, la carte qui fut dressée sous la direction de 
Christophe Colomb au moment où celui-ci se disposait à entre- 
prendre le voyage qui devait l’amener à découvrir l'Amérique (1). 

Le document dont il s’agit portait à la Bibliothèque le nom de 
« Carte portugaise du xvi® siècle ». En éalité on y trouvait sur 
une peau de veau parcheminée deux cartes : une mappemonde à 
petite échelle et une représentation à grande échelle de l'Afrique 
et de l’Europe; les légendes sont latines. M. de la Roncière établit 
que le travail est l'œuvre d’un Génois et date de 1488-1492, qu'elle 
est postérieure à la découverte du Cap de Bonne Espérance, anté- 
rieure à celle de l'Amérique. 

L’attention de M. de la Roncière fut attirée par diverses parti- 
cularités. D'abord le fait que l’Islande figure sur la carte sous le 
nom de Frislanda; or, Christophe Colomb, navigateur génois, 
prétendait avoir été à Frislanda, qu’il identifiait avec T'ilé, 
l'Islande. 

Mais ce qui est beaucoup plus remarquable, c’est que l’on 
trouve sur la carte des annotations relatives au canal creusé à 
Suez par les anciens Égyptiens et d’autres qui se rapportent à la 
sphéricité de la Terre Or ces annotations correspondent textuel- 
lement, mot pour mot avec celles que Christophe Colomb avait 
inscrites en marge de son exemplaire de l’?Zmago Mundi de Pierre 
d’Ailly (conservé à la Colombine de Séville). 

Enfin la carte reproduit, en face de Grenade, Ja ville de 
Santa Fe, où Colomb, en 1491, présenta ses projets aux rois 
catholiques. avec une carte à l'appui. 

C'est presque certainement cette carte même qui servit à 
Colomb et quexécuta son frère Barthélemy, que vient de 
retrouver M. de la Roncière. On se rend compte aisément de la 
portée d’une pareille découverte ! 

La carte permet, d’ailleurs, de se rendre compte de ce qu'était 
sans doute le but secret de Colomb en entreprenant son voyage. 
Au large et à une grande distance de l'Islande figure l’Ile des 
Sept Cités ou Antilia; la notice qui la décrit assure qu’elle fut 
peuplée jadis de réfugiés portugais et que des marins espagnols 
y trouvèrent de l’argent dans le sable Ces données concordent 
avec celles que Fernand Colomb prétendait tenir de son père. 


(1) La découverte de M. de la Roncière a fait l’objet le 4 avril dernier d’une 
communication à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Cf. également 
l'Illustration du 12 avril 1924, p. 330-331. 


682 CHRONIQUE 


C'est vraisemblablement cette île que Christophe Colomb avait 
l'ambition d'atteindre. ; | 

L'examen de la carte permet de se rendre compte du faible 
bagage cosmographique et géographique de Colomb. Ainsi se 
trouve confirmée l’opinion de Vignaud, d’après qui l’amiral s’at- 
tribua après coup des connaissances scientifiques et des buts 
qu'il n’avait jamais eus. 

M. de la Roncière publie les résultats de son extraordinaire 
découverte dans un volume intitulé La Carte de Christophe 
Colomb — Columbus's Map, en français, avec une traduction 
anglaise du lieutenant-colonel Langlois. L'ouvrage, qui contient 
une reproduction en couleurs de la carte, sort des ateliers de 
M. Jacomet et est édité par M. Edouard Champion, à Paris. 

G. 


66. — Pascal mathématicien. 


Le KR. P. H. Bosmans, bien connu pour ses travaux d'histoire 
des mathématiques, publie une étude Sur l’œuvre mathématique 
de Blaise Pascal (Louvain, Ceuterick, 1924, in-8°, 63 p. Extrait 
de la Revue des Questions scientifiques. janvier et avril 1924). Le 
savant jésuite y refrène un peu les exagérations enthousiastes 
écrites sur le grand géomètre par des littérateurs étrangers au 
sujet. Cette brochure, d’une érudition abondante mais agréable- 
ment distribuée, forme un chapitre attachant de l’histoire des 
sciences. À. V: 


67. — Les Relations diplomatiques russo-belges. 


M. Charles Terlinden, professeur à l'Université de Louvain, a 
publié récemment dans la Revue d'Histoire Diplomatique (Paris, 
Plon-Nourrit, 1924) une importante étude sur L’'Établissement 
des Relations diplomatiques entre la Belgique et la Russie. 

Au cours de ce travail, basé presque entièrement sur des 
recherches faites par lui aux Archives du Ministère des Affaires 
Etrangères à Bruxelles, M Terlinden expose à la suite de quelles 
circonstances des relations diplomatiques furent établies en 1853 
entre la Belgique et la Russie. 

Le principal obstacle à l'établissement de ces relations avait 
été l’admission dans les cadres de l’armée belge d'officiers polo- 
nais, en 1831 et au cours des années suivantes. Le czar Nicolas I 
considérait ce fait comme une injure personnelle: il ne consentit 
à recevoir un ministre belge et à accréditer un ministre russe à 


CHRONIQUE 683 


Bruxelles qu'après la promulgation de la loi de 1853, qui mettait 
à la retraite les officiers polonais en service dans l'armée belge, 

Les négociations qui conduisirent à l'établissement des rela- 
tions diplomatiques furent conduites du côté belge par le vicomte 
de Jonghe, consul général à Saint-Pétersbourg. Le premier 
ministre belge accrédité auprès du Czar fut le comte Camille 
de Briey. 

M. Terlinden à présenté ses recherches de la manière la plus 
intéressante et a pris soin de faire ressortir de manière très claire 
les rapports existant entre son sujet et l’histoire diplomatique 
européenne au milieu du xix* siècle. Des intrigues du gouverne- 
ment de Napoléon TITI, qui compliquèrent les relations russo- 
belges, sont notamment fort bien mises en lumière. 


G. 


68. — Actes diplomatiques, 1871-1914. 


Le troisième recueil des actes diplomatiques extraits des 
archives du Ministère des Affaires Étrangères du Reich en vue 
de servir de contribution à l’histoire de la politique européenne 
depuis le Traité de Francfort jusqu’en août 1914, vient de sortir de 
presse. Cette publication comporte six volumes, en huit fascicules 
brochés séparément. La « Verlagsgesellschaft für Politik undGe- 
schichte » de Berlin, la fera distribuer aux librairies en deux fois. 
L'ensemble des actes diplomatiques allemands ainsi rendus 
publics, qui porte, comme on le sait, le titre de : « Die Grosse Poli- 
tik der Europäischen Kabinette 1871-1914 », comportera au total 
30 volumes, répartis en cinq groupes, se référant aux principales 
périodes historiques de l’époque dont il s’agit. Les documents 
parus en 1922 ont traitaux documents envoyés ou reçus depuis 1871 
jusqu'à la retraite du prince de Bismarck; ceux qui ont été 
publiés pendant l’automne de 1923 émanent de la première décade 
du règne de l’empereur Guillaume II et sontintitulés : « Der neue 
Kurs » (l'orientation nouvelle). Le recueil qui vient d’être ter- 
miné s'étend aux années 1897 à 1903, et a comme titre : « Die 
politik der Freien Hand » (la politique de la main libre). Il traite 
de la politique européenne depuis l’époque où l'empire d’Alle- 
magne a commencé à jouer un rôle mondial jusqu'à la fin de 
l’année 1903. La quatrième série de documents, qui devait selon 
le plan primitif mettre fin à la publication, est en voie de prépa- 
ration; elle comportera 15 volumes et. non 10 comme on l'avait 

Ÿ ‘supposé primitivement. Il a done paru opportun de scinder en 


684 CHRONIQUE 


deux le recueil terminal, afin de ne pas exiger une trop grande 
tension d'esprit du lecteur. La mise au point du quatrième recueil 
est déjà très avancée, et l’on estime que les deux dernières séries 
seront prêtes vers la fin du mois de mars de l’année 1925. 


69. — Ouvrages en langue anglaise consacrés à la Belgique. 


Deux ouvrages consacrés à la Belgique viennent de paraître 
simultanément en Angleterre et aux États-Unis. 

L'un est l’œuvre d’un historien anglais bien connu, grand ami 
de notre pays, M. G. W. T Omoxp : Belgium and Luxemburg, 
London, Hodder & Stoughton, [1923] L'auteur y expose avec 
beaucoup de clarté, à l’usage du public anglais, la situation éco- 
nomique. politique et coloniale de la Belgique, principalement au 
lendemain de la guerre Son information est abondante et sûre. 
Nous rendrons compte de l'ouvrage dans un prochain fascicule. 

Le volume américain est dû à M. Tomas HARRISON R&£EpD et 
porte le titre : Government and Politics of Belgium, Yonkers on 
Hudson and New York, World Book Cy, 1924. M. Reed, comme 
M. Omond a sérieusement étudié son sujet au cours d’un séjour 
prolongé en Belgique. Ii s'attache principalement à donner une 
idée exacte et complète des institutions politiques de notre pays, 
ainsi que de l’organisation et du programme des grands partis. 
L'exposé répond parfaitement au but que s’est proposé l’auteur. 

G. 


70. — Une revue belge consacrée à la guerre. 


Nous avons signalé dans un précédent fascicule le n° 1 de la 
Revue belge des Livres, Documents et Archives de la Guerre de 
1914-1918. Depuis nous avons reçu les n' 2 et 3. Force nous est 
de répéter à leur propos les réserves que nous avons été amené à 
formuler au sujet de la méthode suivie par la rédaction. Les 
livres analysés sont choisis un peu au petit bonheur. Certains 
d’entre eux n’ont guère de rapports avec le cadre que s’est pro- 
posée la revue: que vient faire ici par exemple, l'ouvrage 
— d’ailleurs, intéressant — de M. Ingenbleek sur La justice dans 
l'impôt ? Quel intérêt présente un amusant croquis, représentant 
M. Briand au cours de la déposition lors de l'affaire Coppée ? 
Pourquoi insérer dans une publication de ce genre une critique 
— rédigée en un style d’une excessive solennité — des beaux vers 
de M. Valère Gille (La Victoire ailée) ? Est-ce une revue critique 


CHRONIQUE 695, 


de documentation sur l’histoire de la guerre qu'on a entendu nous 
donner ? Nous le croyons ; maïs si tel est le but de la direction, 
J faudra qu'elle modifie ses méthodes, sans quoi ses très louables 
efforts ne serviront guère la science. : 


F. L. GaxsHor. 


71. — Archéologie namuroise. 


Nos lecteurs apprendront avec plaisir que la Société Archéo- 
logique de Namur publie depuis mai 1924 une chronique pério! 
dique sous le titre Namurcum. Tandis que les Annales conti: 
nueront à publier de gros articles ou des notices de longue 
haleine, Namurcum contiendra de courtes communications sur 
des sujets d'histoire ou d'archéologie provinciales. Signalons 
notamment dans le n° }, une intéressante notice de M. Jos. Des- 
*RÉE sur le retable anversois de l’église de Bouvignes, et deux 
pages de M. A. Huarr sur Hugues de Florennes, héros épique 
Dans le n° 2, M. F Courtois étudie la participation namuroïse # 
PExposition d'art ancien liégeois à Paris, et M. F. RoussEau 
analyse Pexcellent travail de M Ep. BERNAYS sur Jean 111, comté 
de Namur, son règne et ses monnaïes, paru dans le « Jaarboek 
voor Munt- en Penningkunde » (t X, 1923). 6. 


3 


) 


72. — Dictionnaire des artistes. 


On vient de mettre eu distribution le tome 17 de l’Allgemeines 
dexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegen- 
wart, fondé par ULRICH THixME et Kérix BrcKker (Leipzig, See- 
mann, gr. in 8°). Ce volume, qui compte 604 pages, va de Æeubei 
à Hubard. 


73. — Société d'Histoire du Droit (Paris). 


La Société d'Histoire du Droit à publié le compte-rendu de ses 
travaux au cours de l’année académique 1923-1924, Parmi les 
communications qui ont été faites nous en avons noté quelques: 
unes qui paraissent susceptibles d'intéresser nos lecteurs ('). 

Indiquons entre autres l’exposé qu'a fait notre confrère 
M. F. De Vissoner (13.X11.23) sur le régime des prodigues en 


(1) Le compte-rendu détaillé a paru dans la Revue Historique de Droit, 
1924, n° 1. 


46 


636 CHRONIQUE 


droit romàin. Il paraît avoir établi une distinction très nette 
d'origines entre la cura. institution du droit geutilice et linter- 
diction, fondée sur l'autorité du magistrat Le résime classique 
des prodigues résulte donc de la juxtaposition d'institutions de 
source et d'époque diverse. 

Dans le domuaine du droit romain, signalons encore une commu- 
nication de M. CoLIHINET (10 1,24) sur les fonctions accessoires — 
assesseurs des juges — «es professeurs de droit de Beyrouth 
au v° siècle. M. E. PErro®r (10.1V.24) s’occupant de Pédit de 
Caracalla de 212, émet l'hypothèse que l’un des buts de l’'empe- 
reur à pu être de supprimer la liberté de conscience des péré- 
grins; seuls les citoyens romains pouvaient, en effet. se rendre 
coupables d’un crimen majestatis en devenant chrétiens et cm 
giant par conséquent les dieux de la Cité. 

En matière de droit franc, M. E. CHÉNON (13 XI1.23), eommen- 
tant l’art. 9 du cap. de 821 (Borer. I. p. 301), s'occupe du droit de 
succession des veuves aux bénéfiees. M. Lévy-BxuxL (8.V.24) à 
étudié certains aspects du problème de l’« affatomie ». 

Le droit canonique a fait l’objet d'un exposé de M. PAur FouR- 
NIER ( +.11 24 au eours de recherches sur des infiltrations byzan- 
tines dans e droit canonique carolingien M. R. GÉNESTAL 10.1.24#) 
a expliqué l’histoire d un contresens : la t(radilio curiae seculari. 
Ce nest, en effet, qu'a partir du xue siècle que la livraison du 
elere coupable à la cour séculière s'est introduite dans le droit 
canonique; elle repose sur trois fausses décrétales (fepistola Pii 
seeunda, 6, 10, p.120; ep l'abiani, C4 21,/°p-165;,en:-Stefaru, 
€. 12, p. 1861, qui combiuent le €. 18 du Coneile de Chalcédoine 
avec une constitution romaine (Brev. Alar. XII, E. 5). 

M RayYMOND MoONIER (8.V.24) à étudié les magistrats des villes 
de Flandre au xn° siècle. Les véritables magistrats urbains sont 
pour lui — comme pour Vanderkindere — des jurés. 

M Oxivier MARTIN (1+.11.2+) a entretenu la société de la juri- 
diction contentieuse exercée en matière d'impôts par une com- 
mission permanente des États de Bretagne au Xvii siècle 

M. E. CHÉNON (13 111 24) x étudié les « prudhommes » de 
Bourges au x1° e6 au xv° siècle, originairement juges, puis admi- 
uistrateurs de la ville depuis le xve sièele. 

M GUÉBIN (10.1V.24) a présenté quelques observations sur les 
« Commentaires » du jurisconsulte François Rouldès (1586). 

M. Espinas (13.111 24) a donné à la société des indications très 
encourageantes sur l'état d'avancement du répertoire des chartes 
de franchise. 


CHRONIQUE 687 


74. — L'histoire militaire. 


M. R. Tournès, lieutenant-colonel d'infanterie breveté de 
l'armée française et docteur ès lettres, avait déjà publié avant la 
guerre plusieurs articles sur l’enseignement de l'histoire dans 
les écoles militaires de France II y insistait particulièrement sur 
la nécessité de donner à cet enseignement une orientation vrai- 
ment scientifique et de séparer le cours d'histoire de celui de 
stratégie et de tactique. Il a réuni ses articles sous le titre 
L'histoire militaire (Paris, Charles-Lavauzelle, 1922) en y joi- 
gnant un aperçu de l’état actuel de l'enseignement historique 
dans les établissements dont il s’agit. 11 se félicite de la réforme 
apportée en 1919 au programme de l’École de guerre, qui fait 
désormais de cet enseignement un cours distinct. avec une orien- 
tation propre, répondant aux exigences d'une méthode rigou- 
reusement scientifique. L'ouvrage de M Tournès contient entre 
autres des détails intéressants sur les différentes tendances qui 
ont marqué l'organisation des cours d'histoire militaire à l'Ecole 
de guerre de France (cours du colonel Bonnal de 1592 à 1898, 
cours du lieutenant-colonel Foch de 18:8 à 1901); il attribue 
aux défectuosités qu’il relève dans l’école de Bonnal, notamment 
à sa documentation tout à fait insuffisante, une partie des 
erreurs commises par l’état-major français au début de la grande 
guerre. 

a Vrd 





NÉCROLOGIE 


Paul Huvelin. 


M. Paul Huvelin, professeur à la Faculté de droit de Lyon, 
est décédé le 2 juin dernier. Frappé en pleine activité scienti- 
fique, il laisse une œuvre considérable et qui porte au plus haut 
point la marque de sa personnalité si forte et si vivante Sa mort 
prématurée est une grande perte pour la science de l'histoire du 
droit. Né le 2 juin 1873, reçu premier au concours d’agrégation 
pour l’histoire du droit en 1899, il fut à cette date nommé à la 
Faculté de droit de Lyon, à laquelle il devait demeurer attaché 
jusqu’à sa mort. Ses premiers ouvrages se rapportent à l histoire 
du droit commercial. C’est l’Essai historique sur le drcit des 
marchés et des foires (Paris 1897, in-8°, 620 p.), suivi d’autres 
études sur les foires de Champagne et sur l'histoire de la lettre 


688 NÉCROLOGIE 


de change (1). Mais depuis 1901 ses recherches se portent vers 
les problèmes du très ancien droit romain ?) et plus spécialement 
sur le système primitif des délits. Après Les Tablettes magiques 
et le droit romaën (Mâeon, 1901, in-8°, 66 p.), après La notion db 
l'«injuria » dans le très ancien droit romain (Mélanges A ppleton, 
1903, p. 372 499) paraît en 1915 le premier volume d’un grand 
ouvrage : Etudes sur le « furtum» dans le très ancien droit ro- 
main. I. Les Sources (Lyon, in-8°, 865 p ), ouvrage que la mort 
laisse malbeureusement inachevé. Ce qui caractérise ces travaux, 
c’est une Ççonnaissance approfondie des sources tant littéraires 
que juridiques, une méthode d'interprétation rigoureusement 
objective et en quelque sorte mécanique, en laquelle lauteur 
mettait peut-être trop de confiance, une vaste culture générale, 
enfin, qui fut le point de départ de tant d’hypothèses ingénieuses 
et fécondes. Il convient de rappeler ici la part importante que 
M. Paul Huvelin prit aux travaux du Congrès International des 
Sciences Historiques de Bruxelles (1:23, où son érudition, ses 
dons d'exposition et cette exquise courtoisie qu'il savait appor- 
ter daus la discussion lui conquirent tout de suite l’estime et Ha 
sympathie de ses collègues étrangers (3). Rien ne faisait alors 
prévoir la fin, hélas si prochaine de cette existence active et 
tout entière vouée aux plus nobles travaux de l'intelligence. 
F. DE VISSCHER. 


(}) Annales de droit commercial, t. XIX, p. 376-392 ; t. XV, p. 1-30. 
* (2) Citons « L’arbitrium liti aestimandae et l’origine de la formule » (Me- 
langes Gerardon, 1907, p. 319-354). « Stipulatio, stips et sacramentum - 
(Studi giuridici in onore di Carlo Fadda, 1906, t. VE, p. 77-1071. 

(5) M. Huvelin y fit une commuuiealion tres originale sur les « Les mauvais 
étudiants en droit dans l’histoire ». V. le Compte Rendu du Ve Congrès Int. des 
Sciences historiques, 1923, p. 255 et suiv. 


À propos des lectures préférées 
des lettrès de l'Egypte gréco-romaine 


Influence de la poésie lyrique 
sur les rhéteurs du Il: et du IVe siècle après J.-C. 


« Bientôt, écrivait il y a quelques années M. Cagnat (1), 
nous pourrons nous faire une idée à peu près aussi nette 
des Égyptiens contemporains des débuts de lère chré- 
tienne que des Français d'il y a trois ou quatre cents ans, » 

Et en effet, pour certains endroits de l'Égypte où les 
fouilles ont été particulièrement fructueuses pour la petite 
ville d’'Oxyrhynchus, par exemple, notre documentation 
est si abondante et si précise que la vie tout entière de cette 
cité renaît pour ainsi dire devant nos yeux : nous nous 
rendons compte des effets qu'y produisit la conquête 
romaine des méthodes d'administration qui y furent adop- 
tées; nous voyons comment le droit était appliqué, dans 
quelles conditions économiques les habitants vivaient. 
Nous pouvons faire plus et mieux encore, dégager de tous 
ces documents un intérêt vraiment humain en nous repré- 
sentant ce que furent l'existence, les pensées, les occupa- 
tions, les distractions des habitants de cette petite vi le de 
province : c’est ce qu'a fait M. Kenvon en étudiant un des 
aspects d’'Oxyrhynchus, son caractère intellectuel, dans 
un article intitulé : « The Library of a Greek at Oxyrhyn- 
chus » (2). 

R constituer le catalogue de ce que fut la bibliothèque 
d’un lettre d'Oxyrhyuchus pendant les siècles qui séparent 


(1) Comptes rendus de l'Académie des Inscrirtions, 1901, p. 785. 
(2) Journal of Egyprian archaeology, VUI (1922), pp. 129-138 (Lecture given 
for the Society on May 2. 1922). 


47 


690 M. HOMBERT 


le commencement de la période romaine de la conquête 
arabe, tel a été son but. 

Mais une remarque préliminaire s'impose ici : les papy- 
rus découverts à Oxyrhynchus sont loin d’être tous publiés 
(seize volumes ont paru et la collection en comportera pro- 
bablement une trentaine); d'autre part. les papyrus retrou- 
vés ne représentent évidemment qu’une partie de ceux qui 
ont existé. C’est dire qu’on ne peut prétendre se faire une 
idée exacte et complète du degré de culture d’Oxyrhyn- 
chus, il faut se borner à rechercher quel en était le niveau 
minimum. Des découvertes ultérieures pourront augmen- 
ter et enrichir le bagage littéraire attribué aux lettrés 
d’Oxyrhynehus, elles n’y retrancheront rien. 

Même en ne tenant compte que de ce qui a été trouvé et 
publié jusqu'à présent, il faut reconnaître avec M. Kenyon 
que la littérature grecque était encore en très grand hon- 
neur. Si quelques auteurs, tels que Aristophane, Eschyle, 
sont peu ou pas représentés, par contre, Oxyrhynchus 
possédait encore les œuvres de Sappho, de Ménandre, ete. 
Sans compter Homère (il est, en effet, inutile de dire qu'il 
a été lu à toutes les époques et dans tous les endroits:, ni 
quelques fragments douteux, pas moins de 390 manuscrits, 
grands ou petits, retrouvés à Oxyrhynechus, attestent 
l'existence d’autant d'éditions qui furent un jour com- 
plètes. 

Voici à quelle époque remontent tous ces manuscrits : 
on verra que la répartition entre les différents siècles est 
très inégale : 

17 siècle avant J.-C., 6; 

1er siècle après J.-C., 38; 

ui siècle après J.-C., 113, dont 111 classiques grecs et 
2 textes chrétiens; 

ui° siècle après J -C., 121, dont 103 classiques grecs et 
15 textes chrétiens; 

iv° siècle après J.-C., 5l, dont 12 classiques grecs et 
36 textes chrétiens; 

v® siècle après J.-C., 48, dont 2 classiques grecs et 
20 textes chrétiens ; 

vi® siècle après J.-C., 12, dont 3 classiques grecs et. 
7 textes chrétiens ; 


ÉGYPTE GRÉCO-ROMAINE 691 


vire siècle après J -C., 1 texte chrétien. 

Pour être complet, nous devrions énumérer les prinei- 
paux auteurs représentés dans chaque siècle : ces données 
sont en effet indispensables pour permettre de déterminer 
la nature et l'étendue de la culture de l'Égypte gréco- 
romaine. Mais il n'est pas possible de reprendre ici tous 
les détails de l’article de M. Kenyon et, par crainte d’être 
trop long, nous nous bornerons à résumer les conclusions 
qu'il tire de ses chiffres et deses listes de noms : 

Aux trois premiers siècles, la littérature grecque était 
bien représentée dans cette petite ville de province, éloi- 
gnée du centre de culture d'Alexandrie. La période la plus 
florissante de la culture grecque est celle du n° et du 
nie siècle; la situation troublée de l’Empire romain au 
11° siècle ne semble pas y avoir porté de couv sensible. 
Mais, à partir du 1v* siècle, la situation économique et 
l'introduction du christianisme amènent un changement 
considérable et l'on voit décliner rapidement la littérature 
grecque classique : dans les petites villes de province 
égyptiennes, il semble évident qu'elle fut tuée par le chris- 
tianisme et tout porte à croire qu'ailleurs la situation fut 
la mème. 

A côté de ces conclusions intéressantes et qui appa- 
raissent comme certaines, les statistiques que M. Kenyon 
a eu l’ingéuieuse idée de dresser ne sont pas sans soulever 
certains problèmes qu'il n’a pu aborder dans le cadre res- 
treint de sa conférence. 

Nous nous proposons d'examiner ici une question se rat- 
tachant au méme ordre d'idées et sur laquelle l'attention 
n'a guère été attirée jusqu'à présent; peut-être l'étude de 
l'histoire littéraire permet-elle de l’élucider. 

Si l’on y songe bien, une des découvertes qui sont de 
nature à nous surprendre vivement est celle des nombreux 
textes de poètes lyriques grecs trouvés en Égypte, à Oxy- 
rhynchus et ailleurs. 

Il suffira, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil 
sur le tableau suivaut : on y verra dans la deuxième 
colonne, siècle par siècle, le nombre de papyrus qui ont 
été retrouvés d’Alcée, de Sappho et de Pindare, choisis ici 
comme trois des principaux poètes lyriques; une troisième 


692 M. HOMBERT 


colonne donne. pour les siècles correspondants le nombre 
de classiques grecs découverts à Oxyrhynchus (!). 





PO Classiques grecs 
Papyrus d’Alcée, : RES : à 
DATE. Sappho, Pindare | t'ouvés à Oxyrhÿnehus, 


a (Homére 
trouves en Egypte. n’est pas compté). 





1°" siècle avant J.-C. l 6 
1er siècle après J -C. + 38 
2e — — 13 111 
3 — — 5 103 
4 — — 1 12 
5e — 1 22 
6° Le —— — S. 
7e Rés a "FE | —_ 








Qu'Homère soit l’auteur qui revient le plus souvent dans 
les papyrus, qu’en 1918 déjà il ait été représenté par 300 
des 1500 papyrus () littéraires qu’on possédait alors, c’est 
là une constatation qui ne peut nous étonner : car nous 
savons assez que, à travers toute l'antiquité, il a été l’au- 
teur le plus souvent lu, le poète le plus admiré, et que ses 
œuvres n'ont pas cessé de servir à l'enseignement. Mais 
que des textes de Pindare, d’Alcée, de Sappho, aient été 
encore répandus en Égypte pendant la période romaine et 
même pendant la période byzantine, au point qu’il en exis- 
tait des exemplaires dans les plus petites localités, voilà 
un fait tout à fait extraordinaire et qui nécessite une expli- 
cation. 

Remarquons de plus que nous ne nous trouvons pas 
devant des anthologies composées à l’usage des lettrés ou 
pour les besoins de l’enseignement : les textes que nous 


(1) Nous mettons le Jecteur en garde contre une erreur possible : le tableau 
ci-dessus ne signifie nullement que, pour le rer siècle après J.-C., par exemple, 
sur 38 Lextes retrouvés, 4 sont des lyriques, puisque nous avons compté les 
textes des lyriques provenant de n'importe quel endroit de l'Égypte et que la 
colonne 3 ne tient compte que des classiques grecs trouvés à Oxyrhynchus. Le 
rapprochement des deux colonnes permet seulement de poser la question sui- 
vante le succes des lyriques et celui de la littérature grecque en général 
subissent-ils les mêmes vicissitudes ? 

(?) Ces chiffres sont donnés par ScauBaART, Einführung in die Papyruskunde, 
p. 04. 


ÉGYPIE GRÉCC-ROMAINE 693 


rend l'Égypte sont souvent des débris d'éditions complètes, 
soignées, munies de signes divers, de corrections, parfois 
de notes marginales et datant des quatre premiers siècles 
ou même de plus tard (1). 

Qu'est ce qui rendit possible en Égypte à une époque 
aussi tardive, le succès d’une poésie dialectale très diffi- 
cile et qui de plus suppose, pour être pleinement goûtée et 
comprise, des circonstances très particulières et qui 
n’existaient plus? Ceci est vrai du moins pour Pindare (2), 
car « le génie de Pindare tient par des liens très forts et 
très nombreux à tout l’ensemble des circon-tances de 
temps et de lieu au milieu desquelles il s'est manifesté Soit 
qu’on étudie ses poèmes dans leur esprit, soit qu’on les 
considère au point de vue de l'art de composer et d'écrire, 
on y découvre aussitôt l’influence directe et perpétuelle- 
ment présente du pays où ils sont nés, de la tradition reli- 
gieuse, sociale littéraire à laquelle ïls se rattachent, des 
conditions techniques dans lesquelles ils se sont produits». 

« Il en résulte que les qualités poétiques de Pindare ne 
sont pas les qualités générales, abstraites, de je ne sais 
quelle poésie absolue qui n’a jamais existé, mais que ce 
sont les qualités très particulières d’une certaine espèce 
de poésie, dans un certain pays et à une certaine date, 
telles qu’un génie d'une trempe originale a su les réa- 
liser (°).» 


(*) Ici une objection se présente naturel'ement à l'esprit : l'Égypte, patrie 
du papyrus. à éte aussi le pays de la librairie; elle fabriquait en grand nombre 
des éditions qui étaient exportées dans tout l'Empire romain ; les papyrus des 
lyriques qui ont été retrouvés ne proviennent-ils pas d'un fonds de librairie 
et leur grand nombre n'est-il pas un simule effet du hasard? Non seulement 
cette hypothèse est inacceptable à cause de la variété des endroits où les 
papyrus ont été découverts, à cause de la diversité de leur aspect et enfin de 
la différence des dates ; mais, même si on l’admettait, le nombre relativement 
élevé de textes lyriques, comparé à celui d’autres auteurs, n’en resterait pas 
moins significatif. 

(2 Remarquons combien peu Arist phane est représenté à Oxyrhynchus. 
Lui aussi est « local » quoique dans un tout autre genre que Pindare. Et si 
Eschyle n'a jamais été populaire, n'est-ce pa: parce que le texte en est trop 
difiicile ? (CF. KeNyoN, p. 132.) 

(3) ALFRED CRoISET, La poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec. Paris 
1886, p. 448. 


694 M. HOMBERT 


Pour en revenir au phénomène surprenant devant lequel 
nous nous trouvons, c'est peut être dans l’histoire litté- 
raire des premiers siècles de notre ère qu’il faut en cher- 
cher l'explication. | 

N'est-ce pas un fait bien connu, qu’une période de déca- 
dence politique et économique entraîne généralement aussi 
l’abaissement de la littérature et des arts? Rien d’éton- 
nant donc si le premier Siècle de notre ère fut pour la litté- 
rature grecque une époque peu féconde et si la vie intel- 
lectuelle en Grèce perdit alors.de son activité. En même 
temps que les pays grecs devenaient des possessions 
romaines, Rome toute puissante imposait sa tutelle au 
génie hellénique et, empêchant les Grecs d'être complète- 
ent eux mêmes, supprimait en eux l’originalité. 

La paix er la prospérité dont l’avènement des Flaviens 
marque le commencement, mais surtout l'intérêt plus 
grand que se mit à éprouver l'Occident pour l'Orient hel- 
lénique, provoquèrent au 11° siècle un relèvement de la 
littérature : c’est l’époque où les empereurs romains, ayant 
poussé aussi loin qu’ils le pouvaient leurs conquêtes en 
Occident, sont amenés naturellement à prêter à l'Orient 
une attention plus vive et plus active ({); où les Romains, 
pris d'enthousiasme pour la Grèce, la visitent en touristes, 
et où Pausanias compose sa Description de la Grèce; où 
enfin Hadrien et Hérode Atticus, par leurs riches con- 
structions, rivalisent dans l’embellissement d'Athènes (?). 
Chez les Grecs, en même temps que reparaît la fierté 
patriotique, se manifeste au 11 siècle une véritable renais- 
sance des lettres qui fut marquée surtout par un relève- 
ment de l’art oratoire. 

Mais nous sommes loin du temps où l’amour ardent qu’il 
éprouvait pour sa patrie en danger dictait à Démosthène 
des chefs-d'œuvre auxquels la gravité des circonstances et 
la profondeur de la conviction prêtent un relief unique. 

L'éloquence qui naît au r1° siècle est toute différente : 
depuis que la politique n’est plus réglée que par l’empereur 
et son entourage, la masse des citoyens a cessé de s’inté- 


() CE. Carisr, Geschichte der griechischen Literatur, 2, p. 507. 
(?) Cf. Cnrisr, {. c., p. 508. 


ÉGYPTE GRÉCO-ROMAINE 695 


resser aux affaires publiques. Les thèmes des discours 
doivent être empruntés ailleurs : tantôt ce sera un sujet 
fictif tiré de l’histoire, ou une improvisation sur un sujet 
indiqué par le public (1), souvent un discours de circon- 
stance sur une naissance, une mort, un mariage (?). Aussi 
l’orateur ne se produira-t-il plus devant les assemblées du 
peuple, mais il trouvera dans les écoles et les salons un 
auditoire favorable pour étaler les grâces de son esprit et 
charmer l'oreille (3). 

Ce genre d'éloquence. dont les représentants prétendent 
perpétuer la tradition de Gorgias et des sophistes de son 
temps, fut cultivé surtout dans les écoles d'Asie Mineure 
et porte le nom d’Asianisme par opposition à l’éloquence 
plus sobre des Attiques. 

« Après le milieu du 11° siècle, les invasions répétées 
des barbares menacent de destruction la culture grecque 
en Orient. Les révoltes, les troubles, les changements fré- 
quents d’empereur, la décadence économique la dépopula- 
tion croissante, les difficultés religieuses ébranlent les 
fondements de l’Empire romain » (f) et par contre-coup 
font rentrer un moment dans l’ombre la sophistique : cette 
littérature de pur luxe n’était plus possible au milieu de 
crises aussi graves; d'ailleurs l’état délabré des routes, 
l'insécurité des voyages ne permettaient plus aux jeunes 
gens d’aller à leurs écoles, ni aux sophistes de faire leurs 
tournées. 

Cependant la sophistique renaquit — semblable dans ses 
grands traits à ce qu'elle avait été au ri siècle — sous 
Julien et ses successeurs et elle connut alors une nouvelle 
période de grand succès. 

Ce n’est pas par la profondeur de la pensée que l’Asia- 
niste s'efforce d'intéresser, mais plutôt par la forme 


(1) Curisr, p. 530. 

(?) Carisr, p. 531. 

(3) On pourrait dire : tromper l'oreille. — Cf. LucreN, Deémonax, 12. Le 
sophiste Phavorinus, ayant entendu dire que Démonax se moquait de ses 
entretiens philosophiques et surtout des vers dont il coupait ses discours, alla 
le trouver : Tpoce\Owv épuira Tov Anubvaxta, tic dv xheUdLo1 Tà adTo. 
ävOpuwroc, épn, oùk edaratntTa Éxwv Tù Ta. (CF. NorDeN, Die Kunslprosa, 
p. 516.) 

(+) Carisr, p. 761. 


696 M. HOMBERT 


agréable qu'il donne à ses discours. Ce n’est pas non plus 
par une argumentation serrée qu'il tâche de conquérir 
l'esprit de ses auditeurs, mais par les ornements du style 
et le charme de l’élocution., Il s'étudie avec soin à cultiver 
même sa voix;il est un véritable virtuose de la déclama- 
tion. Le regard, la voix, le geste ont chez lui une telle 
importance qu'il parvient à fasciner des auditeurs qui ne 
comprennent pas le grec (1). 

Négligeant comme superflue toute étude sérieuse, il vise 
à l'effet par le pathos et se présente devant ses auditeurs 
comiwe en proie à l'enthousiasme le plus passionné. Les 
mots, tour à tour berceurs et caressants, tumultueux et 
emportés, ou plaintifs et tristes, qu’il débite d’une voix 
rythmée, qu’il chante même, c’est la Muse qui les inspire. 

Faut-il s'étonner que ces rhéteurs, aux yeux de qui les 
relations les plus étroites existaient entre l’éloquence et la 
poésie, aient eu une prédilection particulière pour les 
poîtes ? 

Nous savons qu'ils les étudiaient avec soin, qu'ils les 
relisaient sans cesse pour s approprier leur manière. Leurs 
œuvres sout souvent remplies de citations poétiques et, 
quand ils parlent d’un poète, c’est toujours avec une pio- 
fonde admiration et dans les termes les plus élogieux. Bien 
plus, eux-mêmes se croient des poètes : à preuve les épi- 
thètes qu'emploie Himérius qui s'appelle, par exemple, 
pios Geiou romTv xopoù (Disc. IV 3). 

A cet égard le début de son discours Eis Baoikeaov, TTava- | 
Onvaiois. àpxouévou TOÙ ÉAPOS, est assez Caractéristique pour 
mériter d’être cité ici (?) : 

« Xaîpe piÂov pÜos XAPIEVTL HELdIOOV TPOOWTUW (3,! » pÉÀOG 
ap T1 AaBiv ëk TAG AUPas, ES TV OV ÉTIÈNUIUV TPOOOOUON, 
NÜÉWS HÈV ÜV TEIUUG Kai AUTOUS TOUS AO TOUS AUPAV O1 FEVÉOO% 
Kai TOiNO1V, VA TI KOTÈ OOÙ VEQVIEUOWUOL OÔTOÎOV Z1MWVIONS 
Tivdapos kart Aiovüoou Kai ATOAÀWVOS" ÉTEi DÈ AYEPWYXOÏ TE 
OVTES KA UWAUYXEVES ÜDETOIÏ TE KO ÉEW MÉTPWV GBUpoUOiV, OA YA 


(2) C£. NORDEN, op. cit., p. 429, n. 3. 

(2) Norden, p. 429-430, cite, en même temps que ce texte, d’autres speci- 
mens du style d'Himérius. 

(5) Anacréon, frg. 124, Bergk. 


ÉGYPTE GRÉCO-ROMAINE 697 


TapakaéCas Tv moinoiv doÜvai por T1 uéÀoG Tiov (TauTnv Füp 
id TV UOÛOAVI, ÊK TÜV ATOBÉTWV TDV AVAKPÉOVTOG TOÜTOV 
Oo pÉpuv TÜV ÜUUVOV ÉpxOud, Kai Ti Kai AUTOS TPOOBEÏS T 
aouarti. «2 péos EAAvwv Kai Tv 0001 TalAddOS iepov darTre- 
dov Mouodwv T' G\On veuouEO& » (meiôeis rap nn TOUS ÀAOyOUS 
Kai uéAn POÉTYEO OO , ÉPAVNS fuiv.… 

Comme le fait remarquer Norden (ft). il serait inexact de 
dire que le style d'Himérius est fortement teinté de poésie, 
il faut reconnaitre plutôt que c’est de la poésie sous l'appa- 
rence de prose Presque dans chaque discours, il invoque 
le secours des muses ; 1] appelle ses œuvres moins souvent 
des Àôyor que des Uuvot, uéAn, woai; ses élèves sont ses 
xopeuTai. lui-même se nomme ’ATOAAWV Mouoayétnc. 

Une lettre de Julien «*). adressée au rhéteur Evagrius, 
nous permet aussi d’apercevoir combien rhéteurs et poètes 
étaient proches : occupé à administrer les Gaules et 
absorbé par une activité qui ne lui laissait pas de repos, 
Julien, un soir, après une journée de travail et de soucis, 
s’est accordé la distraction d'écrire à son ami Évagrius 
une lettre dont il se plait à soigner la forme et où il fait du 
stvle. Il y décrit avec complaisance tous les avantages 
d'une maison de campagne qu’il offre en présent à sor 
ami : il sait bien qu’un pareil billet sera agréable à un 
homime yapitwv yéuovta Kai euuouoias. Et tout naturellement 
il se laisse aller au plaisir de citer Tv Gopôv rmomrtiv [iv- 
dAPpOV. 

Ailleurs (*), écrivant à Hermogène, ex-préfet d'Égypte, 
il demande à son correspondant la permission de s'expri- 
mer à la facon des sophistes auxquels il donne l’épithète 
significative de uelixktTäçs propas. Puis vient l’échantillon 
« à la manière des » sophistes : ce sont deux membres de 
phrase savamment équilibrés et dont le rythme rappelle la 
poésie plus que la prose : à map ÉATIdX DEOWOUÉVOS ÉFW, W 
TOP” ÉATIdAS EKNKOÏWG ÔTI... 

Autre fait des plus caractéristiques : les lettres inauthen- 
tiques de Julien, qui sont en réalité l'œuvre d'un sophiste 


(') Cf. NoR»EN, p. 429. 
(2) Bwez et Gumowr, Juliani Imperatoris epistolae et leges, 4. 
(3) In., lettre 33. 


698 M. HOMBERT 


de l'école de Jamblique ({), sont toutes remplies de cita- 
tions de poètes (*). 

La lecture des œuvres d’un Himérius nous convainc que 
l'influence exercée par la poésie sur l’éloquence des Asia- 
nistes fut très grande. Cependant nous ne pouvons plus 
aujourd’hui nous représenter complètement de quelle 
empreinte les œuvres des poètes avaient marqué les dis- 
cours des rhéteurs. En effet, une règle soigneusement 
observée et que nous trouvons formulée dans Ménandre et 
dans Hermogène, dit qu’il ne faut pas faire de citations 
littérales, mais transposer l’auteur qu’on cite. Les œuvres 
de ce temps sont done certainement remplies d’allusions 
à des poèmes, mais celles-ci nous échappent à cause de la 
perte même de ces poèmes. 

Le but que poursuivaient les orateurs en faisant des 
reproductions libres plutôt que des citations, était de 
fondre en un tout harmonieux les vers et la prose ($). Mais 
d’autres motifs les poussaient aussi, et surtout sans doute 
la crainte de citer des passages connus de tous (4) : la réci- 
tation littérale de vers cent fois répétés aurait pu paraître 
à l'auditeur fade et banale. Combien il y avait pour lui 
plus de charme à reconnaître dans la savante composition 
du conférencier des vers si habilement mêlés au reste, 
qu'ils s’en distinguaient à peine. 

Si les Asianistes ont si souvent procédé par allusions 
aux œuvres des lyriques, plutôt que par reproductions 
littérales, c'est sans doute qu’ils savaient combien ces 
œuvres étaient connues et goûtées de leur public. 

Et ce goût était dû surtout aux orateurs. Car l’admira- 


(1) V. Biez, Revue des etudes grecques, 32 (1919), pp. 29-40. 

2) V. Bwez et Cumonr, op. cit. Index nominum. 

(*) Hermogène. TTepi idbewv B 362 sqq. (Spengel) : eidévai évTot xp", ÔTL 
dbTai ai Taparaokai, eite idiwv, eltTEe GANOTPIWV EÏEV TOIUÜTWV, Ei UN 
OÜTW TAparAËkOlVTO, WOTE Èv dokeîv Eîvar OWUX aÜTÈV TE Kai TOÙ TEZoÙ 
Aôyou, GAN k d1aoT Jewç ÀÉYOLvTo, WOTEP oi vouot Kai Tà WNpiouaTa Ëv 
toîc AGyoic ÔTE àvayivWokotvtro, où ToloÙoLv AKPiB TV YAUKUTNTA. 
Cf. NORDEN, p. 89. n. 3. 

(4) Ménandre. TTepi émdeaxrik@v III 413, 23 sqq. (Spengel) : où 6noeic dE 
é£ Gmavtos Tù iaufeta (il s’agit d’une citation d'Euripide), d1à TÔ eivat 4ÜT 
Guvnôn Toîc moÂAoîc Kai yvdpiua, GAAG TapadWoeis UAAAoOV. Cf. NoRDEN, 
ibidem. 


ÉGYPTE GRÉCO-ROMAINE 699 


tion sans bornes qu'éprouvaient les rhéteurs pour les 
poètes, l’imitation de leurs œuvres qui était une caracté- 
ristique de l’éloquence d’apparat, enfin leur manie de se 
faire passer pour des mélodes, ne pouvaient manquer 
d’exercer de l’influence sur leurs auditeurs. 

En effet, siles Asianistes ont eu des adversaires achar- 
nés, ils ont réuni aussi et surtout de fervents adeptes et de 
passionnés admirateurs : les orateurs en renom é'aient 
adulés, leurs disciples les honoraient comme des dieux, la 
foule se laissait éblouir et entrainer par leur éloquence. 

Nous avons peine à nous imaginer aujourd’hui quel rôle 
prépondérant les sophistes ne cessèrent de jouer : grâce 
aux postes élevés qu’ils occupaient souvent dans l’admi- 
nistration, grace aux relations personnelles que beaucoup 
d’entre eux entretenaient avec les empereurs, grace enfin 
à la coutume qui voulait qu'ils prissent la parole dans les 
circonstances officielles (1), ils eurent de l'influence même 
au point de vue politique. « Dans la nouvelle organisation 
de l’enseignement d’État. ils prennent la place prépondé- 
rante » (*) et par la puissante attraction qu’'exerce leur 
talent sur de nombreux disciples et admirateurs, ils 
dominent toute la littérature (). 

Rien ne prouve mieux combien était vif le désir d’ap- 
prendre leur art que la diversité des pays d’origine des 
disciples de Libanius : les uns sont de Syrie, d'autres de 
Palestine, d'Égypte, d'Arménie, d'Arabie, de Chypre, de 
Cilicie, de Cappadoce, de Paphlagonie, d’'Isaurie, de Phry- 
gie, de Bithynie, de Thrace. des parties occidentales de 
l’Asie Mineure (4). De plus les sophistes eux-mêmes par- 
courent en apôtres de la nouvelle culture tout le monde 
gréco-romain, depuis l’Euphrate et les frontières de l’Ara- 
bie jusqu’au pays des Celtes et à l'Océan (). 

Eunape, dans La vie de Prohairesios (5), montre en un 





(1) Curisr, p. 531. 
(?) Curisr, p. 530. 
(5) Carisr, p. 528. 
(*) Curisr, p. 765. 
(5) Carisr p. 510. 
(6) Paris, Didot, p. 489-490. 


700 M. HOMBERT 


saisissant tableau jusqu'où allait parfois l’adoration dont 
ces sophistes étaient l’objet. 

Avant de commencer à parler, Prohairesios a demandé 
que personne ne l’applaudisse et le proconsul présent a 
ratifié cette prière en menaçant de punir ceux qui ne s’y 
conformeraient pas. 

Mais par le flot de son éloquence sonore, le sophiste 
charme ses auditeurs, il les fascine et au milieu de la mul- 
titude s'élèvent petit à petit des cris etdes gémissements{({}). 

Finalement, le proconsul lui-même oublie les ordres 
qu'il à donnés et les auditeurs les menaces du proconsul. 
Tous se précipitent vers le sophiste. embrassant, qui sa 
poitrine, qui ses pieds, qui ses mains. comme s’il s'agissait 
de la statue d’un dieu; certains même l’appellent un dieu 
et le proconsul le reconduit en grande pompe accompagné 
de tous les auditeurs et de ses gardes du corps. 

I1 va de soi que ces sophistes étaient pour leurs zélés 
auditeurs les arbitres du goût et ils devaient. dans les 
salons où ils étalaient leur éloquence, dicter la mode et 
imposer à tous leurs préférences littéraires 

Comment n'aurait-on pas admiré les genres qu’ils admi- 
raient et imitaient? Comment n’aurait-on pas eu la curio- 
sité de lire ces poètes dont on entendait si souvent parler 
dans les parades oratoires et dont les sophistes se sen- 
taient si proches? Peut être bien cette vogue était-elle une 
concession faite à la mode plutôt que l’effet d’une admira- 
tion sincère, mais en tout cas elle dut avoir pour résultat 
que les textes des lyriques furent reproduits à de nom- 
breux exemplaires pour satisfaire la curiosité générale et 
que ces auteurs connurent à nouveau pour quelque temps 
la faveur du public lettré. 

N'est-ce pas à cette faveur qu'ont dû leur naissance les 
éditions dont des lambeaux ont été retrouvés dans les 
papyrus ? 

L'hypothèse, sans doute, ne peut pas être rigoureuse- 
ment démontrée, mais en tout cas. elle est vraisemblable 
en soi et elle est confirmée par le grand nombre de papy- 
rus qu’on a retrouvés et qui remontent à cette époque. 


(4) uuknOuoû Kai OTOvOU didUEUTOV Av. 


ÉGYPTE GRÉCO-ROMAINE 701 


Si l'on veut se reporter au tableau de la page 692, on y 
trouvera un fait des plus caractéristiques : la diminution 
considérable du nombre des lyriques au rri° siècle — c’est- 
à-dire à une époque où l'art des rhéteurs subit une longue 
éclipse — alors que les manuscrits des autres classiques 
grecs y sont plus nombreux qu au siècle précédent Il est 
vrai qu'au 1v° siècle, si brillant pour la rhétorique, les 
papyrus des lyriques deviennent rares, mais il ne faut pas 
oublier que la littérature grecque tout entière entre dans 
l'ombre à ce moment : on ne trouve à Oxyrhynehus que 
12 papyrus de- classiques grecs et, sur des chiffres aussi 
peu élevés, l'influence du hasard peut être grande. 


MARCEL HoMBERrT. 





p ‘sé : 
APTE EN? 








nié ps 
AMP CE J 7 NT EE 
Ou 7r 4 fé i? Re 
f APPUI , L 
PR MPETAE Te, L Le 
ge "y ea MORE A; 
n érs : i FA PORN Tps ATEN or. 
+ | | | 
3 : : TEL 4 
| » de F ; 
at CE 24 af Ge | | | 
tar in) | 
pds 





Une fresque du viale Manzoni 
expliquée par un texte de Porphyre 


en 


Les peintures du viale Manzoni, à Rome, si intéres- 
santes au point de vue artistique, philosophique et reli- 
gieux, ont donné lieu aux interprétations les plus diverses. 
Fallait-il les rattacher au christianisme, au paganisme ou 
bien chercher quelque solution intermédiaire? 

Lorsque des photographies furent soumises à l’Académie 
de Rome, les opinions furent fort partagées (1). Une des 
fresques embarrassa surtout les archéologues Elle repré- 
sente un métier à tisser à droite duquel une jeune femme, 
debout, converse avec un homme assis. À gauche du métier 
figurent trois jeunes hommes nus. 

Bendinelli, qui le premier publia cette fresque (?), y voit 
Pénélope devant son métier, à côté d'Ulysse. Les trois 
hommes seraient des prétendants représentés à la manière 
antique, c’est-à-dire nus. Cette opinion fut généralement 
accueillie sans grand enthousiasme (*). D’aucuns prirent 
les uvnotñpes dans un sens à la fois étymologique et 
figuré : ce sont les hommes qui se souviennent, qui 


() Voir à ce sujet la conférence de Mer Wilpert reproduite dans l’Osssrva- 
tore romano du 10 mars 1922. — Dans la Revue archeologique de janvier- 
juin 1924, p. 405 à 409, est reproduit un article de H. Chéramy paru dans les 
Débats, le 22 avril 1924, au sujet de l’hypogée du v. M. Il résume fort bien 
les principaux problemes posés par cette decouverte archéologique et examine 
plusieurs solutions. Un premier article avait paru dans les Debats, le 28 sep- 
tembre 1922. 

(2) Atts della R. Accademia des Lincei. — Notizie degli scavi di Antichità, 
4920, p. 123 sqq. Roma, Ipogeo con pitture, scoperto presso il viale Manzoni 
par G BENDINELLI. 

(*) Salomon Reinach reproduit la fresque avec la mention : « Paysage et 
scène mythologique. On a pensé aux pretendants de Pénélope et à Ulysse 
mendiant ; Pénelope ?) se tient près de son metier à tisser. » R. P. G.R., 
P. 217, fig: 4. 


704 V. DANIEL 


désirent la vie éternelle et bienheureuse. Le professeur 
Carcopino, s'appuyant sur un passage de l'Odyssée(XXIV, 
11-13) et sur des textes philosophiques, voit dans la fresque 
un sujet pythagoricien, Il la rapproche d'un bas-relief 
trouvé dans la Basilique de la Porta Maggiore. Le retour 
d'Ulysse et les prétendants nus symbolisent les mêmes 
idées que l'immersion de Sappho. De la pierre blanche 
(Leucade), les âmes s’élancent dans la vie éternelle, Ce 
symbolisme néo-pythagoricien n'exclut pas le christia- 
nisme, un christianisme peu orthodoxe évidemment, tout 
imprégné encore de paganisme (!). 

D'ailleurs, les archéologues, après un examen plus 
approfondi de l’hypogée du viale Manzoni, sétaient 
presque tous prononcés pour une interprétation chrétienne 
(gnosticisme, valentinianisme. hérésie inconnue, etc.). 

Paribeni (?) parle de symboles qu’il n’essaie pas de 
déterminer, tandis que M£f' Wilpert se montre plus précis. 
Selon lui, ces hommes nus et ce métier à tisser illustrent 
les paroles du Christ : « Ne vous inquiétez pas pour votre 
corps, ni de quoi vous le vêtirez. Considérez les lys des 
champs comment ils croissent; ils ne travaillent ni ne 
{ilent et cependant Salomon. dans toute sa gloire, n’a pas 
été vêtu comme l’un d'eux »: ou encore « J'étais nu et vous 
m'avez vêtu » — quand donc? « En vérité, je vous le dis, 
toutes les fois que vous l’avez fait à l’un des plus petits de 
mes trères, c'est à moi que vous l'avez fait. » On à remar-- 
qué avec raison que la femme représentée sur la fresque 


(1) Conférence faite à l'Institut des Hautes Études de Bruxelles, le 19 dé- 
cembre 1924, sur Les front ères du payanisme romain et les récentes décon- 
vertes archéologiques. — Les fouilles du viale Manzoni. Comme C le dit, il 
suit en gran 'e partie le Mémoire de Bendinelli publié dans les Monnumenti dei 
Lincei, tome XXVIIT, 192 3. Son interprétation est des plus intéressantes; deja 
M. Cumont avait expliqué le bas-relief de Sappho par les mêmes vers de 
l'Odyssee et les théories pythagoriciennes (La Buasilira sotlerranea presso la 
Porto Maggiore a Roma. Rassegna d'Arte, 1921, p 37sqq.) Cf. J Huraux. Le 
plongeon rituel, p. 1 (Liege 1922, extrait du Mrsee belge); H. M. R. Léopoip, 
La Basilique de la Porta Maggiore, p. 181 et 182. (Melanges d'archéologie et 
d'histo.re de l'École fran. aise de Rime, 1921-1922, fase. I-I1T) et J. CarcoPINo, 
Encore la Basilique dela « Porta Maguyiore » (R A, 1993, Lt. I, p. 1 sqq.). 

(2) R. PARIBENI, « Antivhissime pitture cristiane a Roma » (Bolleltino d'Arte 
del Ministero della pubblica istruzione, Rome, septembre 1921, p. 97 sqq. 


FRESQUE DU VIALE MANZONI 705 


ne distribue pas de vêtements, ce qui exclut la dernière 
hypothèse. 

Le professeur O. Marucchi voit dans la scène en ques- 
tion l’histoire de Job et il défend son opinion par tous les 
moyens (1). Le personnage assis, c'est Job sur son fumier. 
Auprès de lui, sa femme lui reproche sa fidélité à Dieu. Le 
métier est bien à sa place, puisque Job dit : « Mes jours 
ont passé plus légèrement que la navette d’un tisserand.…. » 
(VII, 6). Les trois figures d'hommes sont les trois amis de 
Job-qui s'étaient réunis pour aller voir le malheureux. Ils 
s'arrêtent à quelque distance de lui, pleurent et s’arrachent 
les vêtements (Job, II, 11 et 12). Fort bien, dit-on au pro- 
fesseur Marucchi, mais les personnages sont complète- 
ment nus. À cela, il répond que l'artiste a idéalisé la scène, 
bannissant tout réalisme. On lui a objecté encore que sur 
la fresque, Job est plus âgé que ces jeunes hommes qui 
devraient être ses contemporains. Le professeur Marucchi 
répond qu'il y a une grande liberté dans de telles repré- 
sentations et il cite des exemples. Tout dans la scène con- 
firme à ses yeux son hypothèse. A la rigueur. il admet que 
les trois figures nues expriment la parole du prophète qui, 
énumérant ses bonnes œuvres, dit qu'il n’a jamais méprisé 
le pauvre qui était nu (Job, XXXI. 19). Ces jeunes gens 
nus représenteraient donc une parole de Job comme le 
métier à tisser en représente une autre. On le voit, l’auteur 
est conciliant, pourvu que Job demeure. 

Que l’on admette Job ou l'Evangile, le métier à tisser 
n’est pas bien nécessaire. Or, il'est au premier plan du 
tableau, il est de taille et joue un rôle capital dans la scène. 
Ce métier à tisser n’est pas celui de Pénélope, il n’est pas 
davantage un rébus tiré de l'Ancien ou du Nouveau Testa- 
ment. (C’est un des métiers de pierre dont parle Homère au 
_XIII° chant de l'Odyssée : « à l'extrémité du port est un 
olivier aux feuilles allongées et tout auprès un autre déli- 
cieux, obscur, consacré aux nymphes qui sont appelées 
naïades. À l’intérieur se trouvent des cratères et des 


(t) O. Marucenm, « Un singolare gruppo di antiche pitture nell’ ipogeo del 
xiale Manzoni le quali possono spiegaisi con il libro di Giobbe », dans le Nuova 
Bullettino di Archeologia cristiana, 1921, p. 83 sqq. 


48 


706 V. DANIEL 


amphores de pierre où les abeilles construisent leurs 
rayons On y voit de très grands métiers de pierre sur les- 
quels les nymphes tissent des étoffes de pourpre, chose 
merveilleuse à voir. Il s’y trouve encore des eaux toujours 
courantes, L’antre a deux portes, l’une vers le nord par 
où les hommes descendent, l'autre vers le sud, plus divine, 
par où les hommes n'’entrent pas, c’est le chemin des 
immortels (1). » 

Ce passage d’'Homère a beaucoup intrigué les Anciens. 
Comment des nymphes peuvent-elles travailler dans l’obs- 
curité? Qui à jamais vu des métiers de pierre? Que signi- 
fient ces abeilles qui font leur miel dans des amphores et 
des cratères de pierre et toute cette description? Elle 
paraissait d'autant plus étrange que les voyageurs avaient 
cherché vainement un antre à Ithaque. Aristote (?) dit que 
les absurdités d’'Homère seraient insupportables chez un 
poète médiocre; selon Cronius, non seulement les oopoi, 
mais encore les 1üuûta ont vu qu’il y avait là une énigme 
ét une allégorie. C’est pourquoi le symbolisme expliqua les 
paroles du poète. 

La fresque du viale Manzoni représente l’antre d’'I'haque 
interprété par Numénius. Les écrits de Numénius sont 
perdus, mais son allégorie de l’antre est développée in 
extenso dans le De Antro Nympharum (*) de Porphyre, qui 
cite Numénius et son disciple Cronius. | 

L’antre de l'Odyssée représente le monde. Les nymphes 
sont des âmes qui vont naître. Elles tissent sur le métier 
des étolffes de pourpre. Les pierres représentent les os, 
les tissus de pourpre sont les chairs faites avec du sang 


(1) Homère, Odyssée, XIIT, 102 sqq. 

(2) Pogr, K 24. 

(3) Nous avons fort résumé et simplifié l’exposé de Porphyre qui est un 
peu laborieux et diffus. Tout est symbole dans la description d'Homère : le 
miel, les abeilles, les cratères et amphores de pierre, les deux portes, leur 
orientation, l'eau cou 'ante. l'olivier, etc. L'antre représente à la fois le monde 
de la matière et celui de l'intelligence. Ce dualisme revient à tout propos dans 
les développements de l'auteur. Il rappelle l'importance des antres et des 
grottes dans l’histoire des dieux grecs, le culte de Mithra, les écrits de Platon 
et d’autres philosophes, et ceux des théologiens. 

Not s renvoyons surtout le lecteur aux $$ 1 à 3, 14, 23 et 34, mais le D- Antro 
Nymny harum tout entier peut servir de commentaire à la fresque romaine. 


FRESQUE DU VIALE MANZONI “em07 


et ainsi, chose merveilleuse à voir, les âmes confec- 
tionnent leurs vêtements, c’est-à dire leur corps au moment 
de venir au monde. de descendre vers la génération. Le 
métier à tisser se trouve donc, sur la fresque romaine, 
près de l’entrée des hommes Mais il existe une autre 
porte plus divine, c’est le chemin des immortels — Homère 
n’a pas écrit c'est le chemin des dieux. L'âme humaine est 
immortelle. Lorsqu'elle se sera débarrassée de la sujétion 
de la matière et des sens. lorsqu'eile aura rejeté son bagage 
de vaines richesses et de passions, lorsqu'elle sera toute 
nue, elle sortira par le chemin des immortels et remontera 
auprès des dieux. Voilà pourquoi les personnages nus du 
tableau sont assez éloignés du métier à tisser. 

Près de l'entrée des hommes, on voit Ulysse Il converse 
avec Athena. « Elle s'était rendue semblable de corps à 
une femme belle et grande et savante en ouvrages bril- 
lants » (Od., XIII, 288 et 281.) 

C’est probablement parce qu'elle est savante en ouvrages 
brillants que le peintre à orné sa robe de bandes de cou- 
leur. Elle dit à Ulysse: « Déposons tout de suite les 
richesses au fond de l’antre divin afin qu'elles demeurent 
en sûreté pour toi, ensuite nous délibérerons sur le meil- 
leur parti à prendre » (Od., XIII, 363 sqq ). C'est-à-dire : 
« Dans cet antre, il faut déposer tous les biens extérieurs : 
c’est nu et sous l’aspect d’un mendiant, et frappant son 
corps et rejetant tout ce qui est superflu. et méprisant les 
sensations, qu'on doit délibérer avec Athéna, s'asseyant 
avec ellé au pied de l'olivier, afin de saper toutes les pas- 
sions insidieuses de son âme » (1). 

Un autre passage de l'Odyssée (XI, 119 sqq ) est ramené 
aux mêmes théories sur l'au-delà (?)}. Lorsque Tirésias 
prédit à Ulysse qu'il arrivera chez des hommes ignorant 
les travaux de la mer à tel point qu'ils prendront une rame 
pour un van, cela signifie qu'il sera entièrement sorti de 
l’océan des passions, de la sujétion de la matière. Une pre- 
mière fois, il avait lutté contre ces mauvaises puissances 
en aveuglant Polyphème. Vain effort ! On ne se dégage 


(1) PORPHYRE, op. laud., K 34. 
(?) Jbid., K 34 et 35. 


708 V. DANIEL 


pas d’un seul coup Les dieux de la mer, les dieux matériels 
avaient redoublé ses maux Après bien des luttes indispen- 
sables « pour que, dépouiilé de ses haïllons, il se débarrasse 
de tout » va yuuvwBeis TÜv pakéwv kaBËÀN TÜVTa, il arrivera 
enfin chez ceux qui ignorent les navigations et les tem- 
pêtes, c’est-à-dire qu'il sera débarrassé du monde matériel 
et sensible. 

On comprend que ces allégories de Numénius aient eu 
tant de succès. On y trouve l'espoir d'une vie éternelle 
comme chez les Chrétiens, le détachement des biens de 6e 
monde. des faiblesses humaines, comme chez les Chré- 
tiens, les Cyniques et les Stoïciens. Enfin l'inspiration 
mithriique est très apparente. « L'âme, dit Cumont. (!) 
était nue débarrassée de tout vice et de toute sensibilité 
lorsqu'elle pénétrait daus le huitième ciel pour y jouir, 
essence sublime, dans l’éternelle lumière où séjournaient 
les dieux, d’une béatitude sans fin ». 

Numénius, né à Apamée, en Syrie, était un philosophe 
éclectique du r1° siècle, très érudit. Les Anciens l’appellent 
tantôt platonicien, tantôt pythagoricien. En réalité ül 
n’est ni l’un ni l’autre ou plutôt, il est les deux à la fois. 
Il est bien autre chose encore. Son synerétisme universel 
embrasse l'Égypte, l'Inde, la Chaldée et la Perse, 11 com- 
mente avec une égale habileté un texte de l'Evangile, 
d’'Homère ou de l’Ancien Testament. Il était si char- 
meur que le philosophe Amélius apprit tout son enseigne- 
ment par cœur. I jouit d’une grande vogue et son influence 
fut consid'rable sur les philosophes néo-platoniciens, 
notamment Plotin qui, disait-on, le plagiait. 

L'Orient était fort à la mode à Rome, aux premiers 
siècles de notre ère. Des sectes multiples naissaient d'une 
fusion de l’érudition et de la mythologie, « le rapproche- 
ment detoutes les théologies de l’Orientet de toutes les phi- 
losophies de la Grèce produisit les combinaisons les plus 


(3) Cumoxr, Mystères de Mithra, 3 éd., p. 146. L'auteur ajoute en note; «Cette 
do ‘trine mithriaque a été rapprochée d'autres croyances analogues et étudive 
en détail par M. Boussrr, « Die Himmelsreise der Secle » (4rchiv f. Religions- 
aviss., t. IV) 1901, p. 160 ss. — Nous en avons parlé aussi dans nos Religions 
orientales, 2° éd., p. 187, 369, n. 64, 415, n. 25. » 


FRESQUE DU VIALE MANZONI 709 


inattendues et la concurrence entre ces croyances diverses 
devint extremement vive » (1. 

Porté par le courant, Numénius le dirigea et l’on petit 
comprendre que certaines sectes aient adopté ses idées 
comme articles de foi. Au reste, le symbole de l’antre n’im- 
pliquait aucune croyance nouvelle. 

C’est vraisemblablement à cause de Numénius et de ses 
disciples que les nymphes furent si honorées chez le 
peuple au n° et r11° siècle de notre ère. On à retrouvé 
des quantités de monuments aux nymphes d’un art assez 
grossier qui sont tous de cette époque (?). 

Rappelons que chez les Grecs, elles présidaient à la 
croissance et à la fécondation des plantes et des êtres 
animés. Eschyle les appelle fBiédwpor, déesses qni donnent 
la vie, et c’est pourquoi elles interviennent dans les 
cérémonies qui suivent la naissance, dans celles des 
fiançailles et du mariage. Il est donc très naturel que les 
naïades soient liées à la vie éternelle et qu’elles repré- 
sentent les âmes qui naissent. Tant d'années après la mort 
de Porphyre, Eustathe et un scoliaste citent encore son 
interprétation sans la moindre ironie. Nous ignorons la 
part exacte de Porphyre, de Numénius et de Cronius dans 
le développement de l’allégorie de l’antre. 

Si la fresque est assez récente pour que l’œuvre de 
Porphyre puisse l’avoir inspirée, il n’y à pas de doute, 
élle a comme origine le De Antro Nympharum : elle 
s’adapte exactement au texte de Porphyre et à ce que nous 
savons sur le grand ennemi des chrétiens. On y voit réflé- 
tée une élévation toute platouicienne qui est bien celle des 
disciples de Plotin. Mais la fresque peut-elle être aussi 
récente? L’hypogée est antérieur à 271, puisqu'il est situé 
dans l’enceinte d'Aurélien et que l’on ne pouvait construire 
de tombeaux à l’intérieur de la ville D’autres indices per- 
mettent de reconnaitre l'époque de Caracalla (211 247). 
Quant aux peintures, elles dateraient, suivant les archéo- 
logues, du début du rri° siècle ou de la fin du n°, eu égard 
à leur style. Or Porphyre est né en 232 ou 9233. 


(1) Cumonr, thid., p. 16. 
(2) Voir DAREMBERG et SAGLIO, $. v. nymphae. 


710 : V. DANIEL 


Quoi qu'il en soit, notre fresque prouve que le symbo- 
lisme des philosophes n'était par uniquement réservé au 
monde des écoles, au domaine des lettrés et des théolo- 
giens et qu’on en pouvait fort bien tirer un enseignement 
religieux. L’exégèse symbolique se répandait de plus en 
plus parmi les philosophes et le public. Sous Julien, elle 
deviendra un instrumentelficace de propagande païenne {{). 
A l’époque de saint Augustin. on lira aux fidèles réunis 
dans les temples païens des interprétations de la mytho- 
logie enseignant qu’il ne faut pas la prendre à la lettre 
et qu’on doit y chercher un sens profond (À) 

‘Des explications comme celles de Nauménius montraient 
aux chrétiens que les fables n'étaient pas absurdes et: 
elles emplissaient les fidèles d'espérance. Aux promesses 
de la Bible, les païens opposaient celles de leurs textes 
non moins consolantes. 

La fresque telle que nous l’expliquons convient parfai- 
tement à un hypogée. L'espoir de la vie future est une 
chose indispensable en pareil lieu 

Si l'on regarde le métier à tisser après avoir lu Porphyre, 
on verra qu'il a quelque chose d’impressionnant avec ses 
pieds énormes, d’une épaisseur monstrueuse. Comparons- 
le à d’autres métiers, par exemple à celui de Pénélope sur 
un skyphos de Chiusi (*) ou celui du Musée d'Athènes, 
sur un bas relief qui représente le bain de pieds 
d'Ulysse (4). Dans ce dernier, le métier de Pénélope est 
beaucoup plus large qu'ici et cependunt les montants sont 
beaucoup moins épais. On remarquera aussi que, sur la 
fresque, l’antre est indiqué par une large ligne Gone 
au-dessus des personnages. 

Les hommes nus sont au nombre de trois (°) et se 
tiennent par la main comme les nymphes sur tant de 
monuments figurés Leur sérénité forme un contraste avec 
l’air soucieux et accablé d'Ulysse. 


(1) Voir à ce sujet Boissier, La fin du paganisme, 1, p. 138 à 140. 
(?) S. Aug., Epist. 91 (202). 
(3) Mon. dell Istitute, IX, pl. XLIL 
(4) Revue des Études grecques, 1901, p. 440. 
(*) Nous ne pensons pas qu'il y ait un rapport à établir entre teur nombre et 
celui des Aurelii de la dédicace. 


FRESQUE DU VIALE MANZONI 711 


Notre interprétation Jette un jour nouveau sur les 
fresques du viale Manzoni et sur la religion du rri° siècle. 
Elle permettra sans doute de mieux comprendre d'autres 
fresques romaines, en orientant les recherches vers le 
paganisme et le symbolisme des philosophes ({). A cet 
égard. les travaux de MM. Carcopino. Cumont et d’autres 
savants relatifs à la Basilique de la Porta Maggiore pré- 
sentent le plus grand intérêt. 

VALÉRIE DANIEL. 


(1) Sans vouloir se lancer dans les hypothèses, on peut affirmer que les ani- 
maux représentés au-dessus de l’antre ont une signification symbolique. Ce 
n’est pas un simple tableau champêtre comme d'aucuns le croient. L'âne fait 
un discours, il prêche peut-être et les animaux qui sont près de lui semblent 
l'écouter. 








à 
? 











La grammairienne Démo. 


En 1836, Cramer publiait (1), d’après un manuscrit de la 
Bodléenne (?), une série de petites compositions, presque 
toutes des lettres, dont l’auteur resta longtemps une 
énigme. Cramer parla vaguement (*) d’un grammairien 
byzantin, qui aurait vécu sous le règne d’Alexis Com- 
nène (1081-1118) (4); Boissonade (*) se prononça pour 
Michel Pselios, un des personnages les plus curieux du 
x1° siècle; mais en 4895, dans un article très documenté de 
la Byzantinische Zeitschrift, M. Treu ($) résolut définitive- 
ment le problème : les lettres publiées par Cramer ont 
pour auteur Michel Italicos, d’abord professeur à Constan- 
tinople, puis évêque de Philippopolis (7), qui florissait 
pendant la première moitié du xr° siècle (8). 

Je me propose d’étudierici un fragment de la lettre XXI. 
Italicos répond à un médecin de ses amis, Leipsiotès, qui 
lui avait demandé quelques renseignements sur l'histoire 
littéraire et la métrique. La lettre d’Italicos présente ceei 
d’intéressant que tout le paragraphe relatif à l'histoire lit- 
téraire utilise, à n’en pas douter, la Chrestomathie de 
Proclos. On sait que cet ouvrage n’est pas parvenu: jusqu’à 
nous dans son texte original, mais que Photius en a donné 
un résumé détaillé à l’article 239 de sa Bibliothèque. 


() Anecdota graeca € codd. manuscriptis Bibliothecarum Oxoniensium, 
descripsit J. A. CRAMER, 4 vol., Oxford, 1835-1837, t. III, p. 158-203. 

(?) Baroccianus 131 (x1ve s.). CRAMER, 0p. cil., p. 1-11. 

(8) Sévère mais juste appréciation de M. Treu, Byz. Zeitschr., IV, 4895, p. 15. 

(4) CRAMER, 0p. @l., p. n; TREU, art. cité, p. 3. 

(5) BoISSONADE, Anecdota varia, 49 et 85 (Ap. TREU, p. 5-6). 

(6) Treu, « Michael Italikos » (Byz. Zeitschr., IV, 1895, p. 1-23). 

(7) TREU, p. 19. 

(8) TRrEU, p. 15 sqq, 


714 A. SEVERYNS 


Donc Italicos écrit à son ami, le médecin : 


Kai ei un TiO1 ueipakieuouevos ÉdOEX, Tù Pnuovéns dv oo1 
diezñÀBov, kai AnuoÛS TÂS FPAUUATIKAS TÂS UÈV ÉTOS EUPOUONS, 
TAG dÈ TÉXVOS OUYYPAWAUÉVNS (1). 


Et si je ne craignais que certains ne me reprochent de 
pareils enfantillages (?), je te raconterais l’histoire de 
Phémonoé, qui a inventé l'épopée (ou plutôt le vers 
épique), et celle de Démo la grammairienne, qui a composé 


des, Traités. | 


Dans la Chrestomathie, Proclos attribuait l’invention : 
du ‘vers épique à Phémonoé,'la pythie qui rendait ses : 
oracles en hexamètres (*). Mais Photius, notre seul témoin, : 
pe signale nulle part, dans son résumé de Proclos, cette … 
grammairienne Démo, qui aurait composé des Téÿvar. Dans : 
ces conditions, on peut se demander à quel auteur Italieos 
emprunte ce curieux renseignement. Quelques savants — 
par exemple, M. Immisch (*) — supposent qu’'Italicos con- 
naissait la Chrestomathie autrement que par l'intermé- 
diaire du résumé de Photius. Les arguments sur lesquels 
on s'appuie n’ont pas assez de force pour nous faire 
admettre d'emblée cette hypothèse, et la prudence nous . 
commande de ne pas résoudre trop hâtivement le problème, 
fort difficile, de la tradition manuscrite de la Chrestoma- 
thie. Et précisément, la solution de ce problème dépend, 
en partie, de celle qu’il convient de donner au problème de 
Démo la grammairienne. 

On a beaucoup discuté, depuis Usener (1873), sur la per- : 
sonnalité de cette mystérieuse femme savante. | 

Partant de considérations dont lui-même reconnaitrait 
sans doute aujourd’hui le peu de valeur, Usener arrivait à 
une conclusion qu'on peut résumer ainsi : 

11 y a deux Démo : Démo A, citée par Italicos seule- 


(1) CRAMER, Anecd. Oxon., IE, p. 189, 18-21. 

(*) N'oublions pas qu’'italicos devait devenir un jour évêque. 

(3) Puorics, Codex 239, p. 319 a 8 Bexker. Cf. Schol. Dionys. THrac., p. 475, 
22 HiLGarp. | 

(+) Immiscu, Beiträge zur Chrestomathie des Proclus.. [Festchr. Th. Gomperz 
dargebracht, Vienne, Hôlder, 1902], p. 243. QE 


LA ( GRAMMAIRIENNE » DÉMO 715. 


ment, est une yuvi ypauuarikn, auteur de Téxvoi ypoauuartikai 
(grammatische Handbücher); | 

Démo B, connue par d’autres sources, est une interpr ète 
d’'Homère, auteur d’un Manuel d'interprétation allégorique 
(Handbuch allegorischer Mythendeutung) (1). | 

D'après Usener. Démo B ne serait qu’une personne ima- 
ginaire, pour la eréation de laquelle un néo-platonicien 
inconnu de la fin du v* siéele aurait utilisé certains détails 
du mythe de Déméter. Démo A serait une autre invention, 
plus récente, mais faite sur le modèle de la création 
Démo B. 

II y a donc bien deux Démo; mais en un ee sens, il 
n'y en aurait qu'une, puisque nous nous trouvons en pré- 
sence de deux créations tardives, revêtues successivement 
du nom d’un même personnage tiré du mythe de Démé- 
ter (2). 

Æ£u d’autres termes, selon Usener, Démo A n’a jamais 
existé, sinon dans l'esprit d’Italicos, et Démo B n’est qu'une 
fiction imaginée au v® siècle par un auteur inconnu (). 

Cette théorie d'Usener contient des invraisemblances 
que M. Arthur Ludwich réfuta en 1895, dans l’intéressante 
monographie qu’il consacra à Démo l'interprète d'Ho- 
mère (*). M Ludwich ne se contente pas de reprendre et de 
compléter les sources déjà citées par Usener (scoliastes :5), 
Tzetzès, Eustathe (6)...), mais il utilise en outre un morceau 
anonyme, découvert par lui dans un manuscrit de Vienne, 
et qu’il attribue, avec raison, pensons-nous, à Démo B (°). 
Ce fragment de Vienne donne, en effet, sur un passage de 
l’Jliade, une série d’explications cosmiques qui, par leur 
exlravagance, rappellent tout à fait le contenu des textes 


() Ce titre est imaginé par Usener, d’après le contenu des œuvres attri- 
buées à Démo B. 

(*) Usexer, « Vergessenes » (Rhein. Mus., 1873), p. 414-417, spécialement 
p. 415. 

(3) CE. KRUMBACHER, Gesch. Byz. Litt.?, p. 530. 

(+) Lunwica, Die Homerdeuterin Demo (Festschrift.. L. Friedlaender darge- 
bracht..…, Leipzig, Hirzel, 1895), p. 296-321. Cf. KrumBacHER, Byz. Zeitschr., 
IV, 1895, p. 629-630. 

(5) Par ex., dans le Venetus À (xe siècle) de l’Iiade. 

(6) Sources étudiées par Lupwicx, p. 297-307. 

(7) Lupwica, p. 303 sqq; KrumBAcHER, Byz. Zeitschr., IV, 1895, p. 376-377. 


716 A. SÈVERYNS 


sûrement identifiés de Démo B (‘!). Fort de tous ces témoï- 
gnages, M. Ludwich a pu démontrer la réalité historique 
de Démo B. Cette femme savante, cette étrange interprète 
d'Homère (?) vivait à la fin du ve siècle après J.-C., était 
certainement néo platonicienne (#) et peut-être chré- 
tienne (#). Ainsi donc, contrairement à la thèse d’Usener, 
le nom de Démo [B] fut porté non point par un être fictif 
imaginé au v° siècle, mais bien par une dame lettrée qui à 
réellement vécu à cette date (°). 

Mais que devient Démo A, la grammatrienne, la seule 
qui nous intéresse en ce moment? 

M. Ludwich se refuse à identifier Démo A et Démo B, 
uniquement parce qu'aucune des sources, en parlant dé 
Démo B, ne mentionne d'œuvres grammaticales (6). Ce 
silence nous défend de voir dans Démo B, l'interprète 
d'Homère, et Démo A, l’auteur prétendu des Téyvoi ypoupo- 
tixkai, une seule et même personne : « c’est là une chose évi- 
dente (7). » 

Avant de discuter cette conclusion, il ne sera sans doute 
pas superflu de résumer brièvement les opinions dés 
savants allemands sur l'étude de M. Ludwich. 

En 1897, Krumbacher, dans la seconde édition de son 
Histoire de la littérature byzantine, adopte les conclusions 
de M. Ludwich; il admet également l’existence, dans Ja 
seconde moitié du v° siècle, d’une interprète d'Homère, 
nommée Démo (5). Mais il ne parle pas de Démo À, citée 
par Italicos 

En 1901, O. Jessen, chargé de composer l’article Dern, 
dans le fascicule IV, 2 du Pauly-Wissowa, ne signala ni 
Ludwich ni son interprète d’'Homère, ressuscitée depuis 
six ans déjà. 


(1) CF. KrumBacner, Gesch. Byz. Litt.?, p. 530. 

() Lupwicu, p. 315-318. : 

(8) Lupwica, p. 315. 

(4) Lunwicn, p. 318-320. 

(5) Voir la spirituelle remarque de Ludwich (p. 308) sur les sources 
« mythiques » de Démo B. 

(6) Lupwicu, p 311-312. 

() Lupwicn, p. 318. 

8) Kromnacrer, Gesch. Byz. Litt.?, p. 530. 


LA « GRAMMAIRIENNE » DÉMO 717 


En 1902, M. Immisch (!) résuma toute la question de la 
façon suivante : 

« Usener considérait Démo [A] comme une addition 
propre à Italicos, car il voyait une corrélation entre elle 
et Démo {B| l'interprète d'Homère. Mais, après que cette 
femme savante a trouvé un défenseur en la personne de 
Ludwich, on peut, avec certitude, la distinguer de son 
homonyme mythique (qui peut toutefois avoir donné à la 
femme de lettres historique le nom littéraire de Démo). 
Mais, parce qu'elle est rarisstimae memoriae, il est tout à 
fait invraisemblable qu’en la citant, Italicos suive une 
inspiration personnelle. » 

Ce n’est sans doute pas très clair (*); mais il apparaît 
cependant que M. Immisch, à la suite de M. Ludwich, 
considère la Démo d’Italicos comme différente de la Démo 
historique 

Enfin, en 1918, le troisième Supplementband du Pauly- 
Wissowa (%) répara l’oubli commis naguère par Jessen. 
L'auteur de l’article Demo, M. Kroll, repousse lui aussi 
l'hypothèse d’'Usener et rend pleine justice à l'excellent 
travail de M. Ludwich. Cependant, comme :ïl ne partage 
pas toutes les idées de M. Ludwich, M. Kroll a eru devoir 
introduire, dans cette question compliquée, une hypothèse 
nouveile. D’après lui, le fragment de Vienne, sur lequel 
M. Ludwich s’est surtout basé, ne serait pas l’œuvre de 
Démo |B] elle-même, mais un remaniement qu’on aurait 
fait subir à cette œuvre pour lui donner une couleur chr'é- 
tienne. I] ne m'appartient pas de décider si cette hypothèse 
est fondée. Je retiendrai seulement cette phrase de 
M Kroll : « D’où Michel Italicos a pris sa Démo ñ pauuc- 


(®) Immiscu, art. cité, p. 24, n. 2. 

(?) Comme la faute en est peut-être à ma traduction, voici le texte alle- 
mand : « Usener hielt diese Demo für eigene zuthat des Michael, weil er sie in 
zusawmenhang brachte mit Demo der Homerdeuterin. Nachdem aber diese 
gelebrte dame in Ludwich ihren ritter gefunden hat, lasst sich die mythische 
namenschwester (die der historischen schriftstellerin immerhin den litte- 
rarischen namen Demo geliefert haben kônnte) sicher unterscheiden. Weil sie 
aber rarissimae memoriae ist, so ist hôchst unwahrscheinlich, dass ihre 
erwähnung ein eigener einfall des Michael sei. » 

(3) S.r Demo, col. 331-333. 


718 | ‘A, SEVERYNS 


tikn, qui aurait écrit des Téxvæ, c'est ce que nous ne pou- 
vons dire. » tr 

_ Par les citations qui précèdent, on a pu voir que les 
savants qui ont étudié la question adoptent l’opinion de 
M. Ludwich, suivant laquelle Démo A, la grammairienne 
mentionnée par Italicos, diffère nécessairement de celle 
que nous appelons Démo lB. Examinons cependant si nous 
pouvons garder cette opinion. , 

L'argumentation de M. Ludwich se résume en trois 
lignes « Démo B (l’interprète d'Homère) n’est pas Démo A 
(celle d'Italicos) paree que Démo À est une grammairienne 
(ypauuarikh) et parce qu'aucune source ne parle d'œuvres 
grammaticales ayant Démo B pour auteur. » | 

Cette argumentation ne parait pas convaincante. Que 
prouve, en effet, le silence des sources? Les auteurs qui 
nous parlent de Démo B, et qui sont pour la plupart des 
comu.entateurs d'Homère (1), devaient-ils done nous donner 
un catalogue des œuvres de la g'rrammairienne ? On semble 
ici jouer sur les mots. À notre tour, nous pourrions dire 
que des commentateurs n’ont pas à citer les œuvres d’une 
gramimairienne. 

On nous parle de tratlés de grammaire en refusant de les 
attribuer à Démo B. Malheureusement, parmi les dix 
sources réunies par M. Ludwich, aucune ne donne le titre 
d'un ouvrage de Démo B, car on ne peut considérer 
comme un titre véritab e le Anuoûs GUyypauua dont parle 
Tzetzès (?), Par conséquent, rien ne nous permet de dre si 
Démo B a compo-é ou n'a pas composé des Téxvoi ypauua- 
TIKOL. 

D'un autre côte, Italicos assure que Démo À composa 
des Téyvoi ypauuartixai. Qu'est-ce à dire? Des Ma uels g'ram- 
malicaux, traduit M Ludwich, et tonte sa thèse repose 
sur cette traduction Il reste cependant à vérifier l’exacti- 
tude de celle-ci, 

Qu'est-ce que les Anciens entendaient par ce mot Ypau- 
uaTik. art sraminatical? Ouvious Denys de Thrace et, dès 
les premières lignes, nous serons renseignés (*). Denys de 

(') Sauf un scoliaste de Lucien. Lunwicn, p. 299. 


(2) Matranga An. gr. 1, p. 225, 35 ap. Lunwica, p. 312. 
(3) Dionys. THR., p. d-6 UaLic. 


LA (© GRAMMAIRIENNE » DÉMO 719. 


Thrace enseigne que la fpauuartikh Comprend six parties s 
le lecture intelligente du texte, avec l'accent bien marqué: 
9° commentaire sur les figures de style qui se présentent ; 
3° explication rapide des mots employés ou des allusions 
historiques ; 4° recherche de l’étymologie; 5° étude des pro- 
portions; 6° kpiois momuärwv (!), « la plus belle des parties 
de l’art grammatical ». 

L'ouvrage de Proclos porte le titre Xpnotouaôia ypauua- 
ti. Or, d’après le contenu de l’ouvrage, ce titre équivaut 
à peu près à la périphrase : Sur ce qu'il faut savoir en fait 
de littérature (®?). 

Bref, pour un Grec, Téxvn ypauuariwk signifiait non seu- 
lement }a grammaire (en donnant à ce mot le sens que 
nous lui donnons ordinairement), mais encore la philolo- 
gie, la linguistique, la critique et l’histoire littéraires, en 
un mot, la littérature les belles-lettres. 

On objectera peut-être qu’'Italicos pouvait comprendre 
autrement le mot ypauuatiwn Justement, Italicos déclare 
tout au long, dans sa lettre à Leipsiotès, l'opinion qu'il 
professe sur ce point. Parlant du contenu de sa lettre, Ita- 
licos dit ‘ypauuartikeuoudu, « je fais de la ypauuartikn ». Or, 
dans la lettre à Leipsiotès. il y a de l’histoire littéraire, de 
la métrique : mais de grammaire, point. Bien mieux, au 
début de cette même lettre, Italicos a défini la grammaire : 
Kai ypaunatikn HÉV ÉOTIV ÉUTELPIQ TÜV (, TOAp TOMTOÎs TE Kai 
ouyypapedoiv. Cette définition, il l’a apprise par cœur dans 
son enfance, puisque c’est par cette phrase que commence 
le classique Ars g'rrammalica de Denys de Thrace (4). Tou- 
jours dans la même letire, Italicos gratifie son ami le 
médecin d’un titre redondant qui est bien dans le goût de 
l’époque : u6vog Év iaTpoiîs Ô YPAUUATIKWTATOS IATPDV (5) Ita- 
licos veut dire simplement : le plus lettré des médecins. 

Si nous interprétons le mot ypauuartikn comme Italicos, 


(2) Voir les discussions que soulevait l'interprétation de ces mots, dans les 
Schol. Dionys. Thrac., p. 15, 26-16, 2; 169, 30-170, 10 — 304, 16; 471,26- 
472, 34; 568, 14 31 Hizcann. 

(:) Cf. Immiscu, art. cilé, p. 245 sqq. 

(8) Le manuscrit porte TAG. 

(4) Diox. Tarax, N 1 : mepi ypauuarikñc, np. 5, 2 Uni. 

(5) CRAMER, Anecd. Oxon., I, p. 188, 27-2%. 


720 A. SEVERYNS 


fidèle à l'usage général, l’interprétait lui-même, nous 
devrons conclure que, lorsqu'il attribue à Démo A des Téy- 
voi Ypauuarikai, il entend par là des traités littéraires, des 
manuels de littérature dans lesquels ce que nous nom- 
mons aujourd'hui grammaire n'entre que pour une faible 
part. 

On pourrait objecter encore : « Sans doute (Téxvn) ypauua- 
ri à un sens plus étendu que notre mot grammaire ; mais 
(yuvi) ypaunatiwn. titre qu'Italicos donne à Démo A, ne 
pourrait-il pas signifier grammairienne, avec le sens étroit 
que nous mettons dans le mot grammaire? » 

L'’objection ne paraît pas fondée. Cependant, pour ache- 
ver notre démonstration, tächons de trouver une femme 
qualifiée de ypauuartikn par les auteurs et voyons en quoi 
consistent ses occupations. Je ne sais s’il y en eut beau- 
coup qui méritèrent ce titre, car la mention en est rare 
chez les auteurs (l) Il en est une cependant que nous con- 
naissons assez bien. Athénée nous parle de la « grammai- 
rienne de Corcyre » (?), qui portait un nom defleur, Agal- 
lis (3). Les scoliastes T (4) et À (°) de l’Jliade, Suidas. Eus- 
tathe la connaissent également. Sans doute, Suidas, qui 
copie Athénée (°), ajoute une syllabe à son nom, Anagallis; 
sans doute, le scoliaste À et Kustathe, changent son sexe 
et estropient son nom, Ag'allias le Corcyréen. Mais ces 
variations s'expliquent par l’étonnement qu'a dû provoquer 
la mention inattendue d’une femme dans le domaine gram- 
mativcal. 

Cette graminairienne Agallis, contemporaine etpeut-être 
disciple du grand Aristophane de Byzance (7), avait com- 





(1) Ce sens de ÿpauuartikf est indiqué dans Sornoczes et dans le THESAURLS, 
s.v. 11, 762 B. Ce ‘exnier article, outre l'emploi du mot par Athénée, cite un 
passage de Niceras [seconde moitié du xue siecle, KRUMBACHER, Gesch. Byz. 
Lilt.?, p.763], Eugen., t. IL, p. 6 BoissoNane. Je n’ai pu vérilier l'exactitude de 
ce renvoi. 

(?) ATHÉNÉE. 1, p. 14 D. 

(*) Poar tout ce qui suit, voir WENTZEL, Pauly-Wissowa, s. v. Agallis. 

(#) Schol. Il ad., X VIEIL, 483 Mauss, IL, 271, 18 sqq. 

() Schol. Iiad., XVUE, 490 Dinporr, Il, 172, 19 sqq. 

(6) WENTzEL, art. cile. 

7) Schol. Iliad., Dinvorr, Il, p. 172, 20. 


LA «€ GRAMMAIRIENNE » DÉMG 154 | 


posé sur Homère des commentaires qui, semble-t-il, ne 
manquaient ni d’érudition ni de charme. Elle cite Aris- 
tote (1), se met sous l’égide de Charax (?). La danse à la 
balle, explique-t-elle, serait une invention de Nausicaa; et 
Athénée, à qui nous devons ce détail (%), remarque que 
c'était pour Agallis une façon de rendre hommage à une 
compatriote, à la fille du roi des Pheaciens. Sur le bouclier 
d'Achille, disait encore Agallis, Héphaistos avait mis la 
preuve de l’antique origine de l’Attique, Tv äpxæoyoviav 
Ts ‘ATtixñg (). Et, touchant un passage de l’Iliade (°), sur 
lequel discutèrent tant de commentateurs anciens 


év dE DUW TOINOE TONEIS UEPOTWV AVOPUWTWV 
ka GG 


Agallis se demandait, comme ses savants confrères : 
« Quelles sont ces deux belles villes? » La grammairienne 
de Corcyre répondait : « Athènes et Éleusis. » Athènes, née 
la première à l’époque lointaine de la formation du monde; 
Athènes, dont une déesse bâtit les remparts; Athènes qui 
in venta le mariage, le mariage au son des flûtes ; Athènes, 
où la justice eut son berceau... (5). 

.…Agallis est donc une grammairienne, comme Démo A. 
Nous n’avons pas trouvé les traités de grammaire, que nous 
aurions dùü trouver, si la théorie de M. Ludwich était 
exacte. La srammairienne Agallis, et par conséquent aussi 
la grammairienne Démo, méritent précisément le titre 
d’interprète d' Homère, que M. Ludwich a voulu réserver à 
Démo B. 

Comme l'affirmation de M. Ludwich repose tout entière 
sur un malentendu, je veux dire sur un sens trop étroit 
donné au mot ypauuatik pour désigner l’art grammatical 
ou la femme qui cultive cet art, nous pouvons conclure 
qu'il n’y a nulle raison de voir en Démo A et Démo B 
deux personnes différentes. La seule Démo qui ait jamais 

(4) Schol. Iliad., Mauss, Il, p. 271, 20-21. 

(2) Schol. Ihiad., Mauss, IT, p. 271, 23 sqq. 

(3) ATHÉNÉE, I, 14 D. 

(4) Schol. Ihiad., Mauss, IT, p. 271, 19. 

(5) XVIII, 490-491. 

(6) Schol. Iiad., Dinorr, Il, p. 172, 21 sqq. Cf. Mauss, II, p. 271, 22 sqq. 


49 


Fo A. SEVERYNS 


existé est celle-là même que M. Ludwich nous à si bien 
fait connaître : c’est à elle aussi que devait songer Italicos, 
quand il écrivait au médecin Leipsiotès. 

On a dit ({) qu'Italicos a voulu donner un pendant à 
Phémonoé la pythie à l’époque reculée où vivait celle-ci. 
Cette hypothèse ne s’impose pas, car on pourrait supposer, 
avec plus de vraisemblance, qu’Italicos se borne à consta- 
ter que l’histoire de l’épopée commence par un nom de 
femme et finit par un nom de femme, Phémonoé qui en 
invente le vers, Démo qui en commente le texte. 

Une raison purement linguistique nous conseille de 
rejeter la thèse de M. Ludwich; je crois, de plus, que le 
bon sens est ici d'accord avec la linguistique. Car la thèse 
de M. Ludwich, admise dans toute sa rigueur, aboutit à 
une invraisemblance. Trois auteurs contemporains, Ita- 
licos, Tzetzès et Eustathe parlent d’une femme, Démo, qui 
a joué un rôle dans l’histoire de l’épopée. On voudrait que 
l’un songe à une Démo mythique, connue de lui seul, tandis 
que les deux autres pensent à une Démo du v° siècle, bien 
connue dans le monde des grammairiens? Le point de vue 
paraît insoutenable. 

Il y eut donc une grammairienne Démo dont l’œuvre 
commençait à se répandre vers la fin du v° siècle. Figu- 
rait-elle dans la Chrestomathie de Proclos? Si l’auteur de 
cette Chrestomathie est un grammairien Proclos du 
u* siècle après J.-C., il n’a pu parler de Démo, née trois 
siècles plus tard; si cet auteur est le néo-platonicien Pro- 
clus — attribution erronée, croyons-nous — la mention de 
la grammairienne reste douteuse : car l’activité littéraire 
du néo-platonicien avait cessé depuis 480 (?), date à laquelle 
Démo n'avait sans doute pas encore assez de célébrite 
pour pouvoir figurer dans un ouvrage comme la Chresto- 
mathie. 

Mais comme au xrI° siècle, on parlait beaucoup de cette 
femme lettrée, et comme Italicos lui-même est justement 


(1) Cf. Lupwicu, p. 311. 

(2) C’est ce qui résulte d’une comparaison entre deux passages de MaRiINus, 
Vita Procli, c. 26 et 36 (p. 164, 20-21 et 169, 5 Borssonanr, dans le Diogène 
Laërce de la Collection Didot). 


LA (€ GRAMMAIRIENNE » DÉMO 723 


du xu1° siècle, nous pouvons conclure qu’'Italicos, pour 
mieux instruire son correspondant Leipsiotès, aura ajouté 
la mention de Démo au détail qu’il empruntait à la Chres- 
tomathie. 

Ainsi se trouve détruite une légende, celle de Démo la 
femme savante dont l'astre aurait brillé à l’aurore de la 
littérature grecque. Nous y avons gagné de mieux com- 
prendre la Démo véritable — interprète d'Homère ou 
grammairienne, Comme on voudra — que, M. Ludwich 
ressuscita voici quelque trente ans. M. Ludwich nous l’a 
très bien fait connaître, mais il a sans doute eu tort de 
lui laisser la sœur vaporeuse qu'avait créée le cerveau 
d'Usener. 

ALBERT SEVERYNS. 



















: +, ME 
qe Ni, + 
; : ; AD 
Ts * 
vé f 
KA H 3 à à 
{ ‘ ‘ de ! ! Ce US ‘ Ÿ JUA he 1e Éar: 
L2 ‘ | "n 5 LÉ R Roc 
“ ' MORE 
à à à re trié - à ‘+ | F ‘ ; . “7 
, F4 a RP MEN ARE ELU PES CSA RER 





Notes critiques sur Eginhard, 
biographe de Charlemagne. 


M. Halphen, au cours de travaux récents (1), a eu l’occa- 
sion d'étudier de fort près la personnalité d’'Eginhard et 
de soumettre à un examen critique la valeur de la Vita 
Karoli comme source de l’histoire de Charlemagne. Ses 
conclusions sont dures ; sans doute la Vita reste une source 
importante, «un document capital », maïs elle n’est «ori- 
ginale que dans la mesure où elle ne traite, ni de guerres, 
ni de diplomatie »; on semble même avoir jusqu'ici 
assure-t-il, «beaucoup exagéré l’importance du témoignage 
d'Einhard comme biographe de Charlemagne » (?). 

Nous avons dit ici même (?) tout le bien que nous pen- 
sons des Études critiques de M. Halphen et de son édition 
de la Vita Karoli. Maïs nous ne pouvons acquiescer au 
jugement sévère qu a rendu le savant professeur de Bor- 
deaux, en qui nous aimons à saluer l’un des meilleurs 
connaisseurs de l’histoire carolingienne. Les recherches 
que nous avons faites nous ont amené à des résultats assez 
sensiblement différents des siens; nous nous permettons 
de les soumettre aux lecteurs de la Revue. 


+ 
Le + 


Au début du prologue placé par Eginhard lui-même en 
tête de la Vita, l’auteur définit ainsi les buts qu’il se pro- 


(1) Études critiques sur l'Histoire de Charlemagne, Paris, 1921, in-8°; Ecin- 
HARD, Vie de Charlemagne, Paris, 1923, in-16 (Les Classiques de l'Histoire de 
France au Moyen-Age). 

(2) Études critiques, p. 98, 103, 61. M. Aug. Fliche (Revue d'Histoire Eccle- 
siaslique, 1924, p. 21) dépasse la mesure : « Les rapprochements auxquels se 
livre M. Halphen sur ce dernier point [i. e.: emprunts à Suétone et aux 
Annales] ne manquent pas d’être piquants et achèvent d'enlever toute autorité 
au témoignage d’Eginhard, dont la naïve duplicité est maintenant dépistée. » 
M. Halphen n’a jamais été aussi loin. 

(3) Rev. Belge de Philologie et d'Histoire, t. WT, 1924, p. 151-156. 


726 F.-I. GANSHOF 


pose : décrire la vie et les mœurs de Charlemagne et 
donner un aperçu des principaux faits du règne (1). Com- 
ment s'est-il acquitté de cette tâche ? 

Et d’abord que valent le récit des guerres de Charle- 
magne, qui occupe les chapitres 5 à 14 et l'exposé des 
résultats territoriaux de ces campagnes, que renferme le 
chapitre 15? | 

Dans l’ensemble, nous sommes ici d'accord avec M. Hal- 
phen, qui paraît avoir établi de manière à peu près cer- 
taine que le récit des guerres de Charlemagne à pour 
source principale la version remaniée des Annales 
Royales (*?), dites jadis improprement Annales d'Ein- 
hard ($). M. Halphen a relevé également avec exactitude 
et perspicacité les erreurs, les négligences, les présenta- 
tions tendancieuses, qui ne sont pas rares dans cette 
partie de la Vita (4). Il insiste notamment avec raison sur 
un procédé cher à l’auteur, qui consiste à comprimer les 
faits à l’excès de manière à pouvoir en donner une vue 
générale concise; il se fait ainsi que des événements 
importants sont représentés fort inexactement (°). 

J1 y a cependant dans ce récit quelques indications que 
l’on ne connaît que par Eginhard : le fait qu’en 771, !a 
veuve et les enfants de Carloman se placent sous la pro- 
tection du roi des Lombards; des précisions sur le combat 
livré aux Saxons en 783 à Detmold; les noms des chefs de 
l’arrière-garde franque, tués aux cols des Pyrénées en 7178; 
des détails relatifs à un complot tramé contre Charle- 
magne en 189 (6). Cela, M. Halphen l’admet (7); mais néan- 


(1) Vita, éd. Halphen, p. 2 : Vitam el conversationem et ex parte non modica 
res gestas domini et nutriloris mei Karoli.. postquam scribere animus tulit… 

(2) Etudes critiques, p. 78-81. 

(3) Cf. à ce sujet : G. Mono», Études critiques sur les sources de l'histoire 
carolingienne, Paris, 1898, 80, p. 136-143, 144-145, 157-162; HaLpnen, Etudes 
critiques, p. 66-67. 

(4) Études critiques, p. 82-88. CI. également d’autres erreurs de détails dans 
les c. 3, 16 et 32, signalées par M. Halphen, op. cit., p. 95 et 98. 

(5) Le meilleur exemple est celui du récit de l'expédition de 787 contre 
Arichis, duc de Bénévent, au c. 10 (Vita, éd. Halphen, p. 32). Cf. la critique 
de ce récit dans Études critiques, p. 82-84. 

($) Vita, chapitres 3, 8, 9 et 20, éd. Halphen, p. 15-17, 26, 30, 64. 

(7) Études critiques, p. 80. 


EGINHARD 727 


moins, il persiste à considérer la Vila comme une mau- 
vaise source pour le récit des événements politiques. En 
limitant cette appréciation aux événements militaires, 
nous partageons son avis (1). 


+ 
+ * 


La n'est pas, d’ailleurs, le grand intérêt que présente à 
nos yeux la Vita Karoli. Elle est surtout importante 
comme source de l’histoire de la vie privée de Charle- 
magne. C’est grâce à elle — et grace à elle seule — que 
nous COnnaissONns un peu sa personne physique, Son carac- 
tère, son genre de vie, bref, pour parler avec l’auteur, sa 
conversatio. Pour une personnalité de la grandeur de 
Charlemagne, ces indications, on n’en disconviendra pas, 
sont essentielles. 

Ces indications qu'Eginhard nous donne, était-il à même 
de les fournir avec exactitude? D'autre part, si nous admet- 
tons qu'il était à même de le faire, n’a-t-il pas, pour une 
raison ou pour une autre, fait subir une déformation au 
tableau qu'il présente, de la vie de l’empereur ? 

La première de ces questions revient à se demander 
quels ont été les rapports d’Eginhard avec Charlemagne, 
quelle situation il a occupée à la cour. 

À en croire la plupart des érudits qui, avant M. Hal- 
phen, se sont occupés d’Eginhard, celui-ci aurait été le 
confident, le conseiller intime, voire même le secrétaire de 
Charlemagne (?)}. M. Halphen, au contraire, estime 
qu'Eginhard n'aurait guère été d’abord qu’un «brillant 


() M. Halphen (Études criliques, p. 89-90) fait grief à Eginhard de sa pré- 
sentation de l'échec subi en 778, au retour d'Espagne, dans les cols des Pyré- 
nées (combat dit « de Roncevaux »), et notamment du soin qu'il a pris d’ex- 
poser le détail des circonstances pour remettre les choses au point. [l nous 
semble que nous n'avons aucune raison de douter de l’exactitude de cette 
présentation ni de la véracité du récit, — Ajoutons, d’ailleurs, que dans l’en- 
semble, M. Halphen nous paraît avoir raison lorsqu'il met en relief la partialité 
d'Eginhard en faveur de Charlemagne, sa tendance à l'apologie, à l'éloge, à la 
glorification (op. cit., p. 88-89). 

(?) Notamment : Esert, À Ugemeine Geschichte der Lilteratur des Mittelalters 
im Abendlande, Leipzig, 1874, et suiv. 3 v. 8°, t. IT, p. 92-94; VWATTENBACH, 
Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, Berlin, 1885-1886, 2 v. 80, t. I, 
p. 172; Bacua, Etude biographique sur Eginhard. Dissert. acad. publiées par 
G. Kurth, Liége, 1888, 89, p. 34-35. 


728 F.-L. GANSHOF 


élève » capable de venir en aide aux jeunes étudiants de la 
cour et à l’empereur lui-même dans leurs exercices intel- 
lectuels, puis un simple familier du palais; que jamais il 
n’aurait exercé de fonctions officielles et qu’il n’aurait 
même en aucune manière été l’homme de confiance de son 
maître (1). 

Voyons ce que nous apprennent les textes. 

C'est en 796 (?) que l’on rencontre pour la première fois 
Eginhard à la cour; il a certainement plus de vingt ans, 
sans qu'il soit possible de déterminer exactement son 
âge (?). Il habite la cour, y passe pour un bel esprit; trois 


(4) Études critiques, p. 72, 74-75. 

(2) TaéonuLrxE, Ad Carolum Regem (DümmLer, Poetae latini aevi carolini, 
t. 1, p. 487, MM. GG., 4°, Berlin, 1880-81). Le passage entier est reproduit 
par M. Halphen (Études critiques, p. 70, n. 2). Les vers suivants montrent la 
considération en laquelle il était tenu : 

Cuius parva domus habitatur ab hospite magno, 
Res magna et parvi pectoris antra colit. 

Théodulphe le cite, d’ailleurs, en même temps que le notaire Ercambald, 
personnage assurément considérable, puisque l’année suivante (797), il sera 
archichancelier (HALPHEN, Études critiques, p. 69, n. 5). 

(5) Le seul élément précis de datation dont on dispose est une lettre d’Egin- 
hard à Loup de Ferrières, datée de 836 (DümmLer, Epistolae aevi Karolini, 
t. IV, p. 9, n° 3, MM. GG., 4°, Berlin, 1902). Il y écrit : .… Video mihi non 
multum superesse temporis ad vivendum... ; au début de la lettre, pleurant sa 
femme qu'il vient de perdre, il en parle en ces termes : olim fidissimae 
coniugis, iaäm nunc carissimae sororis ac sociae, Ce qui implique que l’âge de 
la «retraite » avait déjà sonné pour lui. De ces deux passages, il résulte à 
suffisance qu'en 836, Eginhard avait dépassé l’âge de soixante ans. Il serait donc 
né au plus tard en 775 et aurait eu au moins vingt ans en 796. Théodulphe 
n'aurait, d’ailleurs, pas parlé avec tant de considération d’un jeune homme 
ayant moins que cet âge. Gette manière de voir est confirmée par une lettre 
d'Eginhard datée de 833. (K. Hampe : Epistolæ œvi carolini, t. TI, p. 193, 
n° 27). L'auteur y déclare qu'il est vetulus. 

M. Halphen (Etudes critiques, p. 69, n. 4) adopte également l'année 776 
ou même l’année 775 (éd. de la Vita, p. V) comme date de la naissance d’Egin- 
hard. parce qu'il admet qu'Eginhard, alors élève à l’école de l’abbaye de 
Fulda, aurait été le rédacteur de six chartes, dont la plus ancienne date 
de 788. Or il fallait bien, estime M. Halphen, avoir l'âge de douze ans pour 
écrire une charte. Nous pensons que l’Einhart qui a écrit ces six chartes (ego 
Einhart rogatus scripsi ; ego Einhart scripsi) n’est pas nécessairement le futur 
biographe de Charlemagne. Quoi qu'en pense M. Halphen, il paraît anormal de 
faire écrire une charte par un enfant de 12 ans; et, d’ailleurs, on sait que 
généralement les chartes constatant des donations faites à des abbayes étaient 
écrites par des moines. Il est donc probable que l’Einhart, rédacteur des 


EGINHARD 729 


ans plus tard le célèbre Alcuin parle de lui dans une lettre 
à l’empereur ; il le considère comme un savant, Comme un 
maître (!), eu même temps que comme un familier du 
prince (?). Dans d’autres œuvres il s'exprime toujours à 
son sujet avec une extrême considération (%)}, Modoin, le 
futur évêque d’Autun ({), le traite en homme qui occupe 
à la cour une haute situation (°), sans qu’il faille, d'ail- 


chartes de Fulda, est un moine, simple homonyme de l’auteur de la Vita. Les 
chartes en question sont publiées dans : DRONKE, Codex Diplomaticus Ful- 
densis, Cassel, 1850, 49, nos 87, 100, 102, 183, 184, 185. 

M. Halphen (Etudes critiques, p. 69) fait encore valoir à l'appui de son opinion 
le fait qu'Eginhard a du arriver à la cour vers 791 ou 792, à un âge variant 
entre 12 et 15 ans; c'était là, en effet, l’âge auquel le roi accueillait des 
«nourris », C'est-à-dire des jeunes gens de bonne famille qui venaient sous 
ses yeux se former à la carrière des armes ou se préparer à entrer dans 
les administrations publiques. Mais rien ne permet de croire que telle ait été 
la condition d'Eginhard, qui n’est entré dans aucune de ces deux carrières. 
Il ne serait pas légitime non plus de tirer pareille conclusion des deux textes 
suivants : Prologue d’'Eginhard (éd. Halphen, p. 2), domini et nutritoris mei 
Karok ; Epitaphe de Raban Maur (DümmLer, Poetae, t. LI, p. 237-238 ; reproduit 
par O. Holder-Egger, à la p. XII de son édition de la Vita Karoli; Hanovre, 
1911, 80 dans les Scriptores rerum germanicarum in usum scholarum), Quem 
Carolus princeps propria nutrivit in aula. Dans ces deux passages on peut 
traduire : « Charles qui m'a entretenu » et «que Charles entretint ». 

(1) Dümmuer. Epistolae, t. 1, p. 285. I1 nous paraît évident qu’Alcuin ne 
recommanderait pas sans cela Eginhard à Charlemagne, pour diriger ses 
études littéraires et mathématiques; il ne nous paraît pas possible qu'il ait pu 
charger de ce soin «un brillant élève » comme le croit M. Halphen (Études 
criliques, p. 72). Ce passage et un autre d’Alcuin, recommandant Eginhard 
pour diriger au Palais des leçons sur Virgile (DümmLer, Poetae, 1, p. 245), sont 
reproduits par Halphen (op. cit., p. 71, n. 2 et 3). 

(?) Vesler immo et noster familiaris adjutor. 

(3) Epigramme d’Alcuin, dans Dümuer, Poetae, I, 248, reproduite par Hal- 
phen, p. 70, n. 3 : 

Janua parva quidem et parvus habitator in aede est. 
Non spernas Nardum, lector, in corpore parvunm ; 
Nam redolet Nardus spicato gramine multum : 

Mel apis egregium portat tibi corpore parvo. 

Parva quidem res est oculorum, cerne, pupilla, 

Sed regit imperio vivacis corporis actus. 

Sic regit ipse domum totam sibi Nardulus istam. 

« Nardule », dic lector pergens, «tu parvule, Salve ». 

(4) Connu dans l’Académie du Palais sous le nom d’[Ovidius] Naso. 

(5) DümmLer, Poetae, t. I, p. 387 : 

Aonias avide solitus recitare camenas 
Nardus ovans summo praesenti pollet honore. : 


730 F.-I. GANSHOF 


leurs, en conclure qu’il y exerçaät des fonctions offi- 
cielles (t). 

On a longtemps admis qu’'Eginhard aurait exercé au 
moins une fonction officielle sous le règne de Charlemagne, 
celle d’un surintendant des bâtiments (?}. M. Halphen 
conteste qu'Eginhard se soit jamais occupé de construc- 
tions (), 

Sur ce point, le texte essentiel est un passage des Gesta 
abbatum Fontanellensium (#). T1 y est dit d’Anseïs, qui fut 
abbé de Saint-Wandrille, qu’alors qu’il tenait à titre de 
bénéfice le monastère de Flavigny, etiam exactor operum 
regalium in Aquisgrant palatio regio sub Heinhardo 
abbate, viro undecumque doctissimo, a domino rege consti- 
tutus est. 

Ceci ne peut signifier qu'une seule chose, dit M. Hal- 
phen (°) c’est que sous l’abbatiat d’'Eginhard (à Saint- 
Wandrille), Anseïs fut, à Aix-la-Chapelle, directeur des 
constructions royales. Or l’abbatiat d'Eginhard à Saint- 
Wandrille se place sous Louis le Pieux, à partir de 817; 
le texte serait donc sans intérêt pour l’époque de Charle- 
magne. 


(1) M. Halphen (Études critiques, p. T2) estime avec raison, croyons-nous, 
que ce serait donner à ce texte un sens abusif, que de prendre honor dans. 
son acception restreinte et technique et de traduire «occupe une très haute 
charge ». Nous pensons aussi avec lui que ce passage ne permet pas de mettre 
Eginhard, comme poète, sur le même rang qu'Angilbert, Alcuin et Théodulphe, 
dont Modoin parle dans les vers qui précèdent. Mais il nous paraît que c’est 
restreindre à l’excès la portée de ces vers, qu'y voir seulement une manifesta- 
tion de l'envie qu'Eginhard inspirait à Modoin. Si la situation que par lui- 
même Eginhard occupait à la cour n'avait pas en fait été éminente, Modoin 
n'aurait pu employer les mots swmmo pollet honore, sans risquer de ne pas 
être pris au sérieux. 

(2) ErerT, op. cit., p. 92-94 ; Bacua, op. cit., p. 28-32. 

(3) Études critiques, p. 73-74. 

(#) Ed. Pertz, MM. GG., SS., t. IT, p. 293. Il est question d’Anseïs (abbé de 
Saint-Wandrille en 823) : .… Praeterea dum praedictum Flaviacense coenobium 
iure precarii ac beneficii tencret, etiam exactor operum regaiium in Aquisgrani 
palatio regio sub Heinhardo abbate, viro undecumque doctissimo, a domino 
rege constitutus est. Quod nobilissime administravil, atque in cunctis operibus 
suis prudenter se agebat. Plurimis vero eiusdem reyis iussu legationibus 
strenuissime functus est. Interea defuncto magno Carolo imperatore augusto 
divae memoriae, Ludovicus eus filius in imperium elevatur… 

(5) Etudes critiques, p. 74. 


EGINHARD 731 


Cette interprétation ne nous paraît guère admissible. Il 
n'est, en effet, pas possible que les événements rapportés, 
se soient passés sous le règne de Louis le Pieux, à moins 
de supposer arbitrairement que le chroniqueur a confondu 
les événements. Le texte fait partie d'un exposé de ce 
qu'Anseïs a accompli sous le règne de Charlemagne; et c’est 
après cet exposé seulement, que l’on annonce, comme un 
événement postérieur, la mort de Charlemagne et l’acces- 
sion de Louis le Pieux au trône. 

Il faut done traduire : « Anseïs fut nommé par le roi 
directeur des constructions royales à Aix-la-Chapelle, 
sous la haute autorité de l’abbé Eginhard ». Le titre d'abbé 
auquel Eginhard n'avait pas droit à cette époque ne doit 
pas étonner sous la plume d’un moine de Saint-Wandrille; 
celui-ci lui donne, en effet, même pour une époque anté- 
rieure à 817, le titre sous lequel son nom lui était le plus. 
familier. C’est un phénomène que tous les historiens con- 
naissent bien. 

Nous pensons done qu’il est permis de croire qu'Eginhard 
ne fut pas seulement un familier de Charlemagne, vivant 
à la cour, en rapports fréquents avec lui et jouissant d’une 
haute considération, mais qu’il fut également chargé par 
l’empereur d’une importante mission de direction de tra- 
vaux de construction (1). C’est ce que viennent confirmer 
les passages où il est appelé Beseleel (?;. 


(4) M. Halphen (Études critiques, p. T4) fait valoir, il est vrai, que les Gesta 
datent de 840 et ne méritent qu'une confiance limitée. Sans doute: mais il 
s’agit ici du récit d’un moine de Saint-Wandrille, se rapportant à des faits inté- 
ressant directement son abbaye; ces faits, d’ailleurs, ne remontent guère qu'à 
une trentaine d'années et la tradition, par conséquent, est encore vivante. Il y a 
là, croyons-nous, de fortes raisons de présumer le chroniqueur bien informe. 

(2) Du nom du constructeur de l'Arche (Exode ; 35, 30). Ces passages sont 
les suivants: Vers de Walahfrid Strabon (Dümmrer, Poetae, II, p. 377 et éd. 
Holder-Egger, p. IX); lettre d’Alcuin à Charlemagne, 799 (DümmuLer, Epistolae, 
11, p. 283): vers d’Alcuin adressés à Charlemagne (DümwLer Poetae, 1, p. 245). 
M. Halphen (Etudes critiques, p. T4) a tout à fait raison d'affirmer que par eux- 
mêmes ces passages ne prouvent aucunement qu’'Eginhard s’occupât de cons- 
truclions. 

L'intérêt qu'Eginhard portait à l'architecture apparaît de façon particulière- 
ment caractéristique dans une lettre qu’il adressait à Vussin, pour lui demander 
des éclaircissements au sujet du texte de Vitruve. (K. Hampe : Epistolae œvi 
Carolini t. WI, p. 138, n° 57). 


702 F.-L. GANSHOF 


Pour apprécier la valeur du témoignage d’Eginhard 
comme biographe de Charlemagne, il importerait beaucoup 
de savoir s’il a réellement été, comme on l’a dit, l’homme 
de confiance de son maïtre (1). Rien ne permet de le croire, 
assure M. Halphen (?). 

Ici encore nous nous permettons d’être d’un avis dif- 
férent. 

En 806, le souverain règle le partage de l’Empire entre 
ses fils. Acte en est dressé et envoyé au Pape pour que 
celui-ci le souscrive. C’est Eginhard qui est chargé de le 
lui porter (3). Point n’est besoin pour cela, déclare M. Hal- 
phen, d’un grand personnage; ce n’est pas une mission 
délicate ; «un simple clerc du palais aurait pu s’en acquitter 
aisément » ({). 

Pas du tout. Il y a, d’abord, une question de déférence, 
de protocole; Charlemagne ne pouvait soumettre au 
Souverain Pontife un document de cette importance, par 
l'intermédiaire d’un scribe quelconque. A défaut d’une 
personnalité revêtue d’un caractère officiel, il fallait que 
cet acte fût remis au moins par un homme auquel la con- 
fiance personnelle de l’empereur valait à la cour une con- 
dition particulièrement éminente. 

Mais il y a plus; le porteur de l'acte devait obtenir la 
souscription pontificale. I1 fallait donc qu’il fût à même de 
donner au Pape des éclaircissements, de négocier avec lui, 
voire même de peser sur sa volonté. La mission dont 
Eginhard était chargé, était donc une mission d’ambassa- 
deur extraordinaire. Elle montre à la fois la haute situation 
qu’il occupait et la confiance que Charlemagne mettait 
en lui. 


(1) EBERT, op. cit., t. Il, p. 92-94; Mounier, Les sources de l'histoire de 
France des origines aux querres d'Italie, Paris, 1901 etsuiv., 6 vol. 8°, t. V, p. L. 

() Études critiques, p. 75. 

(3) Annales regni Francorum, à° 806; éd. Kurze ; Scriptores rerum germani- 
carum in usum scholarum, Hanovre, 1895, 8°, p. 121 (éd. Pertz, MM GG.,SS., 
t. I, p. 193) : … De hac partitione et lestamentum factum et iureiurando ab 
oplimatibus Francorum confirmatum, et constitutiones pacis conservandae 
causa factae, atque haec omnia litleris mandata sunt, et Leoni papae, ut his 
sua manu Subscriberet, per Einhardum missa. Quibus pontifex lectis, et 
adsensum praebuit, el propria manu subscripsit… 

(4) Etudes critiques, p. 75. 


EGINHARD 733 


Nous croyons qu’il en existe encore une autre preuve : 
le fait qu’en 813, c’est Eginhard que les grands désignent 
pour conseiller en leur nom à Charlemagne, d'associer au 
trône son fils Louis, roi d'Aquitaine (1). 

Ces faits sont rapportés par Ermold le Noir, qui écrit 
en 826. M. Halphen doute de leur matérialité (?) : Ermold 
écrit treize ans après les événements; il est exilé de la 
cour et täche de rentrer en grâce; à ces fins il flatte 
Eginhard, dont le crédit est grand auprès de Louis le 
Pieux. 

Il nous paraït au contraire que la matérialité des faits 
ne peut être mise en doute. Ermold écrit à un moment où 
vivent encore nombreux, à la cour et ailleurs, des témoins 
de la délibération de 813. I1 eût donc été très maladroit 
— eu égard particulièrement au but poursuivi — en rappor- 
tant les événements d’une manière qui fût manifestement 
fausse et notamment en donnant Eginhard comme porte- 
parole aux grands, s’il ne l’avait pas effectivement été. 

Si même l'authenticité des faits était établie, assure 
M. Halphen, «1ls prouveraient tout au plus l’amitié qu’Ein- 
hard avait probablement vouée de bonne heure au futur 
empereur Louis ». Nous sommes, au contraire, persuadé 
que si les grands assemblés en 813, dans une circonstance 
aussi solennelle, ont chargé Eginhard de parler en leur 
nom, c’est à raison de sa situation éminente, qu’il devait 


(*) Ermoup LE Noir, In honorem Hludowici (DümmLer, Poetae, t. IE, p. 24-25), 
L'empereur a convoqué les grands; il leur expose la situation de l'Empire ; 
pour le gouverner et pour le défendre, ses forces sont devenues trop Jaibles : 
un fils lui reste ; il demande à tous conseil. 

Tunc Heinardus erat Carol dilectus amore 
Ingenioque sagax et bonitate vigens, 

Hic cadit ante pedes, vestigia basit alma 
Doctus consilus incipit ista prior : 

« O Caesar, famose polo, terraque marique 


« Filius, alme, tibi praedulcis moribus extat 
« Pro meritlis qui quit regna tenere tua. 
« Hunc petimus cuncli, maiorque minorque popellus, 
« Hunc petit ecclesia, Christus et ipse favet 
« Hic valet imperii post tristia funera vestri 
« Jura lenere armis, ingenioque fide ». 
(*) Etudes critiques, p. T6. 


734 F.-I. GANSHOF 


non pas, sans doute, à des charges publiques ou à des 
fonctions de cour, mais au fait qu'il était un familier parti- 
culièrement cher à l’empereur. 

Cette intimité avec l’empereur apparaît, d’ailleurs, égale- 
ment dans üne autre source, le prologue mis par Walah- 
frid Strabon en tête de la Vita (!). Walahfrid, appelé à la 
cour de Louis le Pieux en 829 y a connu sans aucun doute 
des hommes qui y avaient vécu au temps de Charlemagne. 
A tout le moins a-t-il pu recueillir la tradition qui y régnait 
et celle-ci accordait à Eginhard une grande place dans la 
familiarité de Charlemagne. 

De ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure que 
pour tout ce qui a trait à la vie même de Charlemagne, de 
sa famille, de sa cour et dans une certaine mesure de sa 
politique, Eginhard était bien placé pour être renseigné; 
c’est un témoin de tout premier ordre. Sa vie à la cour, les 
missions dont il fut chargé, ses relations personnelles 
intimes avec l’empereur le mettaient à même d’avoir les 
indications les plus précises au sujet de ce dont il parle (?). 

* ü + 

Reste à voir à présent si le témoignage qu'Eginhard 
était à même de nous donner avec beaucoup d’exactitude, 
n’a pas été déformé par une tendance volontaire, par 
certains procédés de composition ou sous l'effet d’autres 
causes encore. C’est ce que nous nous proposons d’exa- 
miner à présent, en nous plaçant plus particulièrement au 


point de vue de l’étude de la personne et de la famille de 
Charlemagne. 





(#) Éd. Halphen, p. 106 : … Praedictus itaque homuncio — nam statura 
despicabilis videbatur — in aula Karoli, amatoris scientiae, lantum gloriae 
incrementum merilo prudentiae et probilatis est assecutus ut inler omnes 
majestalis regiae ministros pene nullus haberetur, cui rex id lemporis poten- 
hissimus el sapientissimus plura familiaritatis suae secreta committeret… 
Ce qui est à retenir dans ce passage, c’est moins la forme particulière sous 
laquelle se serait manifestée la confiance de Charlemagne en Eginhard, que 
le fait même de cette confiance. 

(2) Nous attachons donc au témoignage d’Eginhard une importance sensible- 
ment plus grande que ne le fait M. Halphen (p. 97-98), qui l’écarte résolument 
pour tout ce qui a trait à la politique et ne l’accepte dans les autres domaines 
qu'avec de sérieuses réserves. 


PP 


EGINHARD 14 


On sait depuis longtemps qu'Eginhard a vwris pour 
modèle de sa Vita Karoli, les Vitae de Suétone et particu- 
lièrement la biographie d’Auguste (1). Dans l’ensemble 
M. Halphen admet, comme la plupart des érudits anté- 
rieurs (?) qu'Eginhard a su garder son indépendance et 
qu’il n’agit pas sans raisons, lorsqu'il « applique à Charle- 
magne quelques-uns des traits qui chez Suétone servent à 
caractériser Auguste ou l’un de ses successeurs ». 

Mais un examen attentif des textes l’a cependant conduit 
à la conviction que l’imitation de Suétone l’amène à donner, 
de la vérité, une image déformée, au moins en beaucoup 
d’endroits (*). 

Reportons-nous aux textes qui prêtent à discussion. Un 
premier groupe à trait aux rapports de Charlemagne avec 
ses enfants. 

Eginhard au chapitre 19 raconte que Charlemagne fit 
exercer ses filles au travail de la laine, ainsi qu’au manie- 
ment de la quenouille et du fuseau ({).'Imitation, pour 
M. Halphen, d’un passage de la Vita Aug'usti, où il est dit, 
à peu près dans les mêmes termes, qu'Auguste voulut que 
sa fille et ses petites-filles fussent exercées au travail de la 
laine (5). Imitation sans doute, dans le fait d'insister sur 
cette circonstance et dans les termes employés; mais nous 
nous refusons absolument à y voir une raison de croire 
que la vérité ait été déformée. Il n’y a rien que de très 
naturel dans ce qui est rapporté : filer la laine était une 





(4) Voir les passages imités et les renvois à Suétone au bas des pages de 
l'édition que M. Halphen a donnée de la Vita ou au bas des pages de l'édition 
Holder-Egger. 

(2) Egerr, op. cit., t. II, p. 94-97; Mounir, op. ctl., t. 1, p. 199. M. Halphen 
(Études critiques, p. 92, n. 2) admet avec Ebert (loc. cit.) que cette imitation 
nous à valu quantité de détails sur Charlemagne, que les biographes du 
moyen âge n’ont guère coutume de donner. 

(3) Etudes critiques, p. 92 et 95. C'était déjà la manière de voir de Ranke : 
Zur Krilik fränkisch-deutscher Reichsannalisten ; Abhandlungen der kônigl. 
Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1854, p. 416. 

(1) Vita, éd. Halphen, p. 58, … fiias vero lanificio adsuescere coloque ac fuso 
...Jussil. 

(5) Études critiques, p. 92; Vita, p. 59, n. 3. Cf. Suéronr, Vita Augusti, 
LXIV, 2 (éd. Ihm; Leipzig et Berlin, 1993, 8°; p. 83), Filiam et neptes ita insti- 
tuit ut etiam lanificio assuefaceret. 


736 F.-L. GANSHOF 


fonction de la femme, dans tous les milieux sociaux, 
presque au même titre que mettre des enfants au monde. 

Le même chapitre de la Vita contient un autre passage 
où l’imitation de Suétone à peut-être conduit Eginhard 
à déformer la vérité. Celui-ci rapporte que jamais Char- 
lemagne ne prenait chez lui ses repas sans ses enfants et 
que dans ses déplacements ils l’accompagnaient toujours ; 
ses fils à cheval avec lui; ses filles le suivant (1). C’est 
une transposition du Suétone, assure M. Halphen (?), et 
«l’exagération est manifeste », car l’on sait par les Anna- 
les, que Charles emmenaït rarement avec lui ses enfants 
au cours de ses déplacements continuels ($). 

Qu'il y ait exagération, nous n’en doutons pas; encore 
n'est-elle pas attribuable à l’imitation de Suétone (4), Mais 
il ne faudrait pas en conclure que le témoignage d'Eginhard 
soit à repousser : il n’y a aucune raison de ne pas admettre 
que Charlemagne eût la coutume (?) de prendre ses repas 
avec ses enfants et de se faire accompagner par eux dans 
ses déplacements. Eginhard, nous l’avons vu, était bien 
placé pour connaître les habitudes de Charlemagne; le 
simple fait qu'il lui attribue des habitudes de vie analo- 
gues à celles que Suétone décrit chez Auguste, ne nous 
semble pas suffisant pour contester leur réalité. 


(2) Vita, éd. Halphen,p. 60 : Filiorum ac filiarum tantam in educando curam 
habuit ut nunquam domi posilus sine ipsis caenaret, nunquam iler sine illis 
faceret. Adequitabant ei filii, filiae vero pone sequebantur, quarum agmen 
extremum ex satellitum numero ad hoc ordinati tuebantur. 

(2) Etudes critiques, p. 92-93 ; Vita, p. 61, n. 7. 

(3) Cf. les données en sens contraire que M. Halphen relève pour les années 
780, 785, 787, 197, 800 ; Etudes criliques, p. 93, n. 3. 

(4) Voici le passage de Suétone : Aug. LXIV, 3 (p. 84) : ... Neque 
cenavit una, nisi ut in imo lecto assiderent [nepotes] neque iter fecit, nisi ut 
vehiculo anteirent aut circa adequitarent. Le mot nunçquam, qui dans Eginhard 
constitue l’exagération, ne figure pas dans Suétone; cf. dans ce sens : HALPHEN, 
Etudes critiques, p. 93. 

(5) M. Halphen ne cite, en effet, que cinq années au cours desquelles Charle- 
magne fit des déplacements sans ses enfants, ou à litre d'exception avec ses 
enfants. Mais que sont ces cinq années par rapport à la longue durée du règne ? 
On sait de plus que les Annales ne rapportent pas tous les déplacements 
royaux ou impériaux, surtout ceux qui se faisaient à courte distance et qui 
sont peut-être plus particulièrement visés dans le texte d’Eginhard. 


EGINHARD 437 


Quant au portrait proprement dit de Charlemagne, 
M. Halphen a relevé toutes les expressions empruntées 
à Suétone (1). Les nombreux passages où les portraits de 
Charlemagne et des empereurs de l'antiquité se res- 
semblent {), lui inspirent une méfiance visible. Nous la 
croyons d'autant moins justifiée, qu'Eginhard, tout en 
imitant Suétone, a pris soin d'indiquer les traits par les- 
quels ces portraits diffèrent ($). Qu'il y ait eu imitation 
quant à la forme, c’est incontestable, mais on n’a pu four- 
nir la preuve d'aucune déformation du fond, entrainée par 
ce mode de composition. 


(1) Etudes critiques, p. 93-94; éd. de la Vita, p. 66 et suiv. 

(2) Vita, 22, cervix obesa; Nero, LI, cervice obesa. — Vita, 22 : Venterque 
protectior; Titus, IL, 1, ventre paulo protecliore. — Vita, 22 : Tamen haec cele- 
rorum membrorum celabat aequalitas; Aug. LXXIX, 2 : ... sed quae commo- 
ditate et aequitate membrorum oculeretur. — Vita, 22 : Oculis praegrandibus ; 
Tib. LXVIII, 2 : Cum praegrandibus oculis. — Vila, 22 : Oculis... vegetis; 
Iul. XLV, 1: Vegetisque oculis. — Vita, 22: Canitie pulchra; Claude, XXX : 
Canitieque pulchra. — Vita, 22 : Unde formae auctoritas ac dignitas tam 
stanti quam sedenti plurima adquirebatur; Claude, XXX: Auctoritas digni- 
tasque formae non defuit vel stanti, vel sedenti. — Vita, 23 : Aliis aulem diebus 
habitus ejus parum a communi ac plebeio abhorrebat; Aug. LXXIIT : Veste 
non temere alia quam domestica usus est. — Vila, 24 : In cibo et potu tempe- 
rans, sed in potu temperantior..…. Vini el omnis potus adeo parcus in bibendo 
erat ut super caenam raro plus quam ter biberet ; Aug. LXXVI, 1 et LXXVIIT : 
Gibi... minimi erat... Vini quoque natura parcissimus erat. Non amplius ter 
bibere eum solilum super cenam in castris apud Mutinam Cornelius Nepos 
tradit. | 

(3) Ainsi que le reconnaît, d’ailleurs, M. Halphen (Etudes critiques, p. 95). 
Voici ces passages : A la différence du Tibère de Suétone, la taille de Charle- 
magne ne dépassait pas ce qu’elle devait être ; Vita, ©. 22 : Corpore fuit amplo 
atque robusto, statura eminenti, quae tamen justam non excederet ; Tib., 
LXVILE, 1 : Corpore fuit amplo atque robusto, statura quae justam excederet. 
— A la différence d’Auguste, il banquetait rarement; Vita, ©. 24 : Convivabatur 
rarissime; Aug. LXXIV : Convivabatur assidue. — À la différence encore 
d’Auguste, il mangeait en moyenne quatre plats; Vita, ©. 24 : Cœna cotidiana 
qualernis tantum ferculis praebebatur ; Aug. LXXIV : Cenam ternis ferculis, aut 
cum abundantissime, senis praebebat. — Enfin, toujours à la différence 
d’Auguste, il se déshabillait pour faire sa sieste; Vita, ©. 24 :.… depositis vesti- 
bus el calciamentis, velut noctu solitus erat, duabus aut tribus horis quiescebat; 
Aug. LAXVIIT : Post cibum meridianum ita ut vestitus et calciatus erat, pau- 
lisper conquiescebat. — Le rapprochement de ces divers passages a été fait par 
M. Halphen, pour les deux premiers dans ses Etudes critiques, p. 93-95 et 
pour les deux derniers dans son édition de la Vita, p. 71, n. 5 et p. 73, n. 8. 


20 


738 F.-L. GANSHOF 


S'il est permis de faire une hypothèse, nous serions 
porté à croire qu'Eginhard a procédé de la manière sui- 
vante. Préparant les parties de la Vita consacrées au por- 
trait et à la vie privée de Charlemagne — les chapitres 22 
à 25 — 1l aura noté dans Suétone les traits les plus carac- 
téristiques des portraits des César. Puis les ayant con- 
frontés avec les souvenirs personnels qu’il avait conservés 
de son maitre, il les aura reproduits ou transformés sui- 
vant qu'ils pouvaient ou non s'appliquer à celui-ei. 

Eginhard écrit, d’ailleurs, à une époque où vivent encore 
bien des hommes ayant assidüment fréquenté la cour de 
Charlemagne, ayant bien connu celui-ci. S'il s'était laissé 
entraîner, par l’imitation de Suétone, à prêter à Charlema-- 
gne des traits de physionomie ou de caractère et des habi- 
tudes qui n'avaient pas été les siennes, il aurait été con- 
sciemment au devant de l’incrédulité; le livre qu’il enten- 
dait consacrer à la gloire de son maïtre eût nécessairement 
et par avance manqué son but; nul ne l'eüt pris au sérieux. 
Cela, Eginhard n’a pu le vouloir et devant l’absence de 
preuves du contraire, nous croyons pouvoir avancer que 
limitation de Suétone n’a pas déformé le portrait que la 
Vita nous donne de l’empereur. 


* 
+ * 


Si l'influence de son modèle n'a pas eu sur l’œuvre 
d'Eginhard le ftfacheux effet que l’on était en droit de 
craindre et qu'a cru discerner M. Halphen, sa présentation 
des faits n’a-t-elle pas cependant été faussée par de la par- 
tialité en faveur de Charlemagne, par une tendance «à 
toujours grandir et embellir le rôle joué par le roi france »? 

On a répondu négativement à la question {1}. M. Halphen, 
au contraire, répond par l’affirmative (?). 

Il nous paraît qu’il à entièrement raison pour tout ce 
qui a trait aux guerres et à leurs résultats. Sa démonstra- 
tion à cet égard est péremptoire. Eginhard y semble faire 
preuve d’un parti pris assez net (*). Mais cette histoire des 


(1) Ererr, op. cil., t. IE, p. 96-97; WaTTENBACH. 0p. cit, t. 1 p. 176; MOLINIER, 
DL CCS ATTEND ET 

(2) Etudes critiques, p. 88-M. 

(3) CF. HaLpnex : Etudes criliques, pb. 82-88. 


EGINHARD 739 


campagnes est ce qui nous intéresse le moins dans la Vita 
Karoli; nous avons déjà vu que cette partie de l’œuvre 
fourmille d'erreurs et est pauvre en renseignements 
originaux. 

Cette partialité apparaît-elle manifestement dans les 
parties originales de l’œuvre d'Eginbard ? Nous n’en avons 
pas relevé de traces. Sans doute l’auteur fait l’éloge de son 
héros, il est tout disposé à voir sous un jour favorable 
chacune de ses actions. Mais là n’est point la‘question qui 
se pose; nous nous demandons si l’enthousiasme pour 
Charlemagne a faussé la présentation des faits. 11 n’y ‘en 
a pas la moindre preuve. 

L’allusion discrète à l’inconduite des filles de l’empe- 
reur ({}, est même une marque d'indépendance et de sincé- 
rité (?), si l’on songe que le livre est écrit sous Louis le 
Pieux et si l’on se souvient de l’austère amour de ce prince 
pour la vertu. À cet égard, c’est une autre manifestation 
d'indépendance encore que l’énumération de quelques-unes 
des concubines impériales, que rien ne l’obligeait à faire ®). 


* 
* * 


N’existe-t-il pas cependant une autre raison de consi- 
dérer la Vita Karoli comme une source fort sujette à 
caution pour l’histoire de Charlemagne ? Si, répond 
M. Halphen ; l’époque à laquelle elle à été rédigée. 


(2) Vita, c. 19, éd. Halphen, p. 62 : Quae [e.s. filiae suae] cum pulcher- 
rimae essent et ab eo plurimum diligerentur, mirum dictu quod nullam 
earum cuiquam aut suorum aut exlerorum nuptum dare voluit, sed omnes 
secum usque ad obilum suum in domo sua relinuit, dicens se earum contu- 
bernio carere non posse. Ac propter hoc, licet alias felix, adversae forlunae 
malignilatem expertus est. Quod tamen ila dissimulavit ac si de eis nulla 
umquam alicujus probri suspicio exorta vel fama dispersa fuisset. 

(?) Quoi qu’en pense M. Halphen (Etudes critiques, p. 91 et Vila, p. 62, n. 2), 
l'allusion, assure-t-il, a pour but, de faire l'éloge de Charlemagne en opposant 
sa dignité discrète à la colère d’Auguste dans des circonstances analogues 
(SuéronE, Aug., LXIV et LXV). Eloge, peut-être; mais le sujet était cependant 
fort délicat et l’auteur pouvait très bien le passer sous silence : les allusions 
aux histoires d'alcôve n’était pas indispensables dans une œuvre comme la 
sienne. 

(3) L'énumération de quelques concubines tigure au €. 18, éd. Halphen, p. 56. 


740 F.-L. GANSHOF 


Généralement on admettait jusqu'ici qu'Eginhard avait 
composé son œuvre très peu de temps après la mort de 
Charlemagne (!). Holder-Egger (?) et M. Halphen (:) 
paraissent, au contraire, avoir montré que la Vita ne peut 
guère être fort antérieure à 830. 

S'il en est ainsi, croit M. Halphen, les souvenirs 
d'Eginhard peuvent avoir perdu de leur netteté (*); loin- 
tains et vagues, ils peuvent l'avoir induit en erreur, Il n’y 
aurait plus eu, à cette époque, de nombreux témoins du 
règne, «à même d'opposer leurs souvenirs à ces affirma- 
tions » et aux yeux de qui des assertions fausses eussent 
disqualifié l’auteur. 

Il ne nous paraît pas possible de nous rallier à cette 
manière de voir. En admettant même qu’il écrivit entre 
830 et 836, Agé d’une soixantaine d'années, notre auteur 
pouvait encore jouir d’une intelligence vigoureuse et dis- 
poser de souvenirs précis. D'ailleurs il est possible 
qu'Eginhard ait pris des notes sur des tablettes ou sur 
des bouts de parchemin et ces notes peuvent avoir été 
utilisées lors de la composition de la Vita. 

Enfin, en 830, il n’y avait guère que seize ans depuis le 
décès de Charlemagne La possibilité d’un contrôle du 
récit, par les témoins du règne, par d'anciens familiers de 
la cour, par des personnes ayant approché de près l’em- 
pereur, nous semble demeurer par conséquent entière. 
C’est là une sérieuse garantie d’authenticité pour tout ce 
qui à trait au portrait physique et moral de Charlemagne, 
comme à la description de sa vie privée. 

Dans la mesure où la Vita Karoli se rapporte à cet ordre 
de faits, elle mérite, croyons-nous, d’être regardée comme 


(1) WaTrEnBACH, 0p. cit., t. I, p. 176; Mounier, op. cit., t. 1, p. 199. 

(?) Dans son édition de la Vifa; p. xxvu. 

(5) Etudes critiques, p. 98-103 ; éd. de la Vita, p. vrrx. 

(+) Etudes critiques, loc, cit. Pour appuyer sa manière de voir, M. Halphen 
(op. cit., p. 102-103) rappelle les «inexactitudes voulues ou inconseientes » 
relevées dans la Vita. Ces inexactitudes se rapportent presque toutes à des 
détails dans le récit des campagnes militaires; elles pouvaient par conséquent 
ne pas frapper des lecteurs, ayant cependant bien connu Charlemagne. Il n’en 
aurait pas été de même s'il s'était agi d'erreurs dans le portrait de l’empereur 
ou la description de son genre de vie. 


EGINHARD : 741 


une source essentielle, que l’on peut consulter avec une 
très grande confiance (1). 


+ + + 

On aura remarqué que nous avons évité jusqu'à présent 
de nous occuper d’'Eginhard, en tant que source de l’his- 
toire politique de Charlemagne, abstraction faite de ce qui 
se rapporte au récit de ses guerres. 

Dans le domaine proprement politique, la Vita nous 
fournit des indications d'inégale importance sur cinq 
groupes d'événements : les relations de Charles avec les 
rois anglo-saxons, avec le roi d’Asturie, avec le calife 
Haroun-al-Rachid et avec la cour de Byzance, ainsi que sur 
le couronnement impérial de l’an 800. Nous aurons à 
examiner successivement la valeur de son témoignage par 
rapport à chacun de ces ensembles de faits. 

Mais il importe de nous demander d’abord quelles ont 
été les sources auxquelles Eginhard à puisé sa documen- 
tation dans le domaine proprement politique. 

Elles sont, croyons-nous, de trois ordres. Il y a, d’abord, 
les Annales, qu'il à utilisées largement pour le récit des 
événements diplomatiques, comme pour celui des événe- 
ments militaires. Maïs dans le cadre qu'elles lui fournis- 
saient, il à introduit d’autres données. Il a pu recueillir 
certaines d’entre elles par lui-même, à la cour de Charle- 
magne, dans des entretiens avec l’empereur, avec des 
familiers ou des grands-officiers; il à pu en recueillir éga- 
lement au cours des missions dont il à été chargé. Enfin 
— et c’est là un fait essentiel — les fonctions de secrétaire 
de l’empereur qu'il a remplies sous Louis le Pieux, lui ont 
permis de parcourir les archives et notamment la corres- 
pondance diplomatique (?). 


(*) Ce qui ne dispense pas évidemment de prendre, en l’utilisant, les pré- 
cautions qu'exige le maniement de toutes les sources historiques narratives 
du moyen âge. 

(2) M. Halphen (Etudes critiques, p. 81-82) admet également qu'Eginhard a 
eu la possibilité de parcourir cette correspondance et de consulter ces 
archives ; c’est ainsi, déclare-t-il, qu'Eginhard a pu transcrire le testament de : 
Charlemagne (Vita, c. 33. 


742 F.-L. GANSHOF 


Il est donc permis de croire qu'Eginhard était à même 
d’être renseigné avec assez d’exactitude et de nous fournir 
des indications originales sur ce qui a trait à la politique 
de Charlemagne. 

Parmi ces indications, il en est qui se rapportent à la 
correspondance échangée entre l’empereur et les rois 
anglo-saxons (!). Eginhard raconte que ces rois donnaient 
à Charles le titre de seigneur et se disaient ses sujets et 
ses serfs; il assure qu’il existe des lettres où ce protocole 
est employé (?). 

Faut-il rejeter ce témoignage ? Nous ne le croyons pas. 
Peut-être ce protocole n’était-il pas général à tous les rois 
anglo-saxons; mais qu'il ait été employé dans certaines 
correspondances, c’est ce dont il n’y a aucune raison de 
douter, quand nous savons qu'Eginhard à eu accès aux 
archives de la Cour. M. Halphen propose, d’ailleurs, une 
hypothèse qui expliquerait l'humilité de ce formulaire : 
les lettres auxquelles l’auteur ferait allusion, émaneraient 
d'Eardulf, roi de Northumbrie, qui, chassé de son pays 
en 808, sollicita l’appui de Charlemagne (|. 

Maïs quelques lignes plus loin, M. Halphen va jusqu’à 
douter que pareilles expressions aient été employées même 
par Eardulf. À vrai dire la raison de douter qu'il invoque 
nous paraît bien faible : ces lettres n’existent plus, alors 
que la chancellerie impériale avait un intérêt majeur 
à les conserver! Tant de documents du 1x° siècle ont 
péri, que le fait de la disparition des lettres auxquelles 
Eginhard fait allusion, ne prouve rien à nos yeux. Et 
vraiment on se demande sur quoi se fonde un érudit aussi 
averti que M. Halphen lorsqu’à propos de ces lettres, 
il écrit : « Il est difficile d'expliquer les dires étranges 


(1) Après Abel et Simson (Jahrbücher des deutschen Reiches unter Kart dem 
Grossen; t. Il, 1883, p. 381), M. Halphen (Etudes critiques, p. 96; éd. de la 
Vita, p. 46, n. 3) traduit, avec raison, Scottorum reges par «rois anglo-saxons » 
en l'espèce «rois de Northumbrie ». 

(?) Vita, e. 16; éd. Halphen, p. 46 : Scottorum quoque reges sic habuit ad 
suam voluntatem per munificentiam inclinatos ut eum nunquam aliter nisi 
dominum seque subditos et servos ejus pronuntiarent. Extant epistolae ab eis 
ad illum missae quibus hujusmodi affectus eorum erga illum indicatur. 

(3) HazpHEeN, Etudes criliques, p. 96. CE. ABEL et SIMSON, 0p. cil., t. IL, p. 384. 


EGINHARD 743 


d'Eginhard autrement que par toute une série de confu- 
sions ({) » 

Les rois anglo-saxons n'étaient pas seuls, aux dires 
d'Eginhard, à donner à Charlemagne, dans leur corres- 
pondance, les marques d’une déférence particulièrement 
accentuée. Il prétend qu'Alphonse II, roi de Galice et 
d’'Asturie, se déclarait, dans ses lettres, être l’ « homme » 
du roi franc (À). 

Voilà encore une indication qui inspire à M. Halphen 
bien des doutes. Il a quelque peine à croire qu’'Eginhard 
ait vu des lettres ayant le contenu qu’il rapporte ($). 

Nous ne voyons pas pourquoi on ne le croirait pas. 
Qu'Eginhard ait été à même de feuilleter la correspon- 
dance diplomatique, chacun en convient Que cette corres- 
pondance ait renfermé le passage incriminé, il n’y a là rien 
d’invraisemblable. 

On peut même suggérer une hypothèse pour essayer 
d'expliquer les manifestations de respect que relève notre 
auteur, de la part du roi de Galice, à l’adresse de Charle- 
magne; Alphonse {I eut à soutenir des luttes incessantes 
contre les Maures et contre la noblesse turbulente de son 
propre pays {*). Pour résister à ces attaques, pour venir à 
bout de ces résistances, il est permis de supposer qu’il 
aura recherché l'appui de Charlemagne. On est d’autant 
plus tenté de le croire que le prince espagnol et le prince 
franc ont eu tous deux à lutter en Espagne contre le même 


(1) Parmi ces confusions, M. Halphen (Etudes critiques, p. 97) propose entre 
autres celles qui auraient pu se produire avec les lettres échangées entre 
Charles et le roi de Mercie, Offa (DümuLer, ÆEpistolae, . I, p. 131 et 145) et 
avec d’autres lettres adressées au roi par un clerc nommé Cathulf (Jbid., 
t. Il, p. 501). CE. également édition de la Vita, p. 46, n. 3. 

(?) Vita, ce. 16, éd. Halphen, p. 44-46 : Auxil eliam gloriam regni sui qui- 
busdam regibus ac gentibus per amiciliam sibi conciliatis. Adeo namque Hade- 
fonsum Galleciae atque Asturicae regem sibi societate devinxit ut is, cum ad cum 
vel lilleras vel legatos mitteret, non alitler se apud illum quam proprium suum 
appellari juberet. 

(3) Etudes critiques, p.97; éd. de la Vita, p. 46, n. 1. 

(4) C£. à ce sujet : LEMBKE-SCHAEFER-SCHIRRMACHER, Geschichte von Spanien, 
Hambourg et Gotha, 1831-1907, 7 vol. 8, t. I, p. 394 et suiv.; R. ALramrma Y 
CREVEA, Historia de España y de la Civilizaciôon pile 2e su, Barcelone, 
1909 et suiv., 4 vol, in-16. t. I. p. 251. 


Hi F.-L. GANSHOF 


ennemi, l’émir de Cordoue, El Hhakem (!). Si réellement 
Alphonse a demandé — et peut-être obtenu — des secours 
de Charlemagne, on s'explique parfaitement, et les marques 
de déférence qu'Eginhard prétend avoir relevées dans la 
correspondance, et l’envoi de trophées par le roi de Galice 
au roi des Frances, en 797 et 198, après ses victoires sur les 
Musulmans (?). 
+ 
# # 

Traitant des rapports entretenus par Charlemagne avec 
les princes étrangers, Eginhard consacre, ainsi qu'il était 
naturel, quelques lignes à ses relations avec son contem- 
porain le plus illustre, le calife de Bagdad Haroun-al- 
Rachid (3). Nous ne nous arrêterons pas aux faits qu’il se 
borne à répéter d’après les Annales, notamment à l’envoi 
par Haroun à Charles, d'’ambassades et de présents; ces 
faits, nous les connaissons beaucoup mieux par la lecture 
des Annales (4), qui nous sont au moins aussi accessibles 
qu’elles l’étaient à Eginhard. 

Nous bornerons donc notre examen à ce qui ne nous Cest 
rapporté que par la Vita, c’est-à-dire à la reconnaissance 
à Charlemagne d’un pouvoir sur les Lieux-Saints. 

M. Halphen émet des doutes au sujet de la réalité de ce 
fait (5). Mais nous pensons que ses doutes n’ont d’autre 


(?) LEMRKE, op. cit., t. 1, p. 364 et suiv., p. 380. 

(?) Annales regni Francorum, ais 797, 798, éd. Kurze, p. 102-103, (SS. t. I, 
p. 183-185). 

(#) Vita, ce. 16, éd. Halphen, p. 46-48 : Cum Aaron rege Persarum, qui 
excepta India totum pene tenebat orientem, talem habuit in amicitia concordiam 
utis grahiam ejus omniuwm qui in toto orbe terrarum erant regqum ac principum 
amiciliae praeponeret solumque illum honore ac munificentia sibi colendum 
judicaret. Ac proinde cum legati ejus, quos cum donariis ad sacratissimum 
Domini ac Salvatoris nostri sepulchrum locumque resurrectionis miserat, ad 
eum venissent et ei domini sui voluntalem indicassent, non solum quae pete- 
bantur fieri permisit, sed eliam sacrum illum et salutarem locum ut illius 
potestati adscriberetur concessil ; et revertentibus legatis suos adjungens, inter 
vestes et aromata et caeleras orientalium terrarum opes ingentia illa dona 
direxit, cum ei anle paucos annos eum quem tunc solum habebat roganti 
mitteret elefantum. 

(4) Annales regni Francorum, ais 799, 800, 801, 802, 806, 807, éd. Kurze, 
p. 108, 110, 114 117, 122, 123-124, (SS., t. I, p. 184-194). 

(5) Etudes criliques, p. 97; éd. de la Vita, p. 48, n. 1. 


EGINHARD 745 


justification qu’une manière trop précise de comprendre 
le texte. Qu’écrit Eginhard ?... sed etiam sacrum illum et 
salutarem locum ut illius potestati adscriberetur concessit. 
M. Hailphen traduit « il renonça au profit de Charles à la 
domination sur ces lieux, sanctifiés par le mystère de la 
Rédemption »; à ses yeux Eginhard a parlé d’un abandon 
de tous ses droits consenti par Haroun-al-Rachid; d'un 
abandon de suzeraineté, précise-t-il ailleurs (1). 

S’il était effectivement question de cela, nous partage- 
rions les doutes de M. Halphen. Un transfert de souverai- 
neté, ou même seulement de suzeraineté, sur les Lieux- 
Saints, consenti par Haroun à Charles nous paraïîtrait un 
fait tellement extraordinaire que nous nous demanderions 
également si Eginhard a bien compris les pièces d'archives 
qu'il a lues. 

Mais il nous paraît que ce n’est point de cela qu'il s’agit. 
La potestas qu'Haroun reconnaît à Charlemagne, ce n’est 
pas nécessairement la souveraineté; c’est « un pouvoir », 
que le texte ne précise pas; notion infiniment plus vaste et 
qui n'implique pas de la part du calife, la renonciation que 
M. Halphen croit discerner dans le texte. 

Que le roi franc, que l’empereur ait obtenu à Jérusalem 
« un pouvoir », rien n'empêche de l’admettre. Il existe, par 
contre, au moins une sérieuse raison de le croire: c’est 
qu'Eginhard, à même d’être bien renseigné, l’assure. 

Ce « pouvoir » de Charlemagne sur les Lieux-Saints peut 
fort bien avoir été un simple droit de protection sur les 
établissements, les habitants et les visiteurs chrétiens (?). 
11 est même infiniment probable que c’est bien là ce qu’il 
a été ; les sources contemporaines cependant ne nous met- 


(1) La citation de M. Halphen, reproduite entre guillemets est extraite de la 
traduction aussi précise qu'élégante dont cet érudit a accompagné son édi- 
tion de la Vita (p. 47 et 49). 

(2) Telle est aussi la manière dont ce pouvoir de Charlemagne est compris 
par Vasisew (Karl Velikii à Kharoun-ar-Raschid; Vizantijski Vremennik XX, 
St-Petersbourg, 1913, p. 63-116). Notre regrettable ignorance de la langue 
russe ne nous à pas permis de prendre connaissance du travail lui-même. Nous 
avons dû nous borner à en lire une analyse dans l’excellente notice que 
M. L. Bréhier a publiée sous le titre Origines lointaines du protectorat francais 
en Syrie (Larousse mensuel illustre, t. UI, 1914-1916, p. 293-224). 


746 : F.-L. GANSHOF 


tent pas à même de déterminer sa nature avec plus de pré- 
cision (1). 

Ce droit de protection s’accorde, d'ailleurs, parfaitement 
avec ce que nous connaissons des événements par d’autres 
textes. 

La situation des chrétiens en Palestine, à la fin du 
vue siècle, était pleine de difficultés. Ils étaient sinon 
persécutés, du moins inquiétés, tourmentés; ils étaient 
l’objet de la malveillance des autorités et de la population 
musulmanes (2). On comprend dans ces conditions qu'ils 
aient recherché la protection d’un prince chrétien, qui püt 
obtenir du calife une amélioration de leur condition. Leur 
protecteur naturel, l'empereur byzantin, ne pouvait jouer 
ce rôle; la crise de l’iconoclastie, puis les turpitudes du 
règne d’Irène l’avaient momentanément déconsidéré; de 
plus il était en guerre avec le calife ($). C’est vers Charle- 
magne, dont la puissance était connue à Jérusalem, que les 
chrétiens de Palestine devaient tout naturellement se tour- 
ner pour obtenir son intervention en leur faveur auprès 
d'Haroun-al-Rachid. Ilest permis de supposer que tel futau 
moins l’un des buts des missions envoyées à Charlemagne 
par le patriarche de Jérusalem en 799, en 800 et en 807 ({). 

Mais est-il vraisemblable qu'Haroun ait accédé à ce 


(1) Au cours d’un travail qui témoigne d'une érudition extraordinairement 
riche et d’un don des plus remarquables pour la construction historique (Les 
origines des rapports entre la France et la Syrie — Le protectorat de Charle- 
magne:; Congrès français de la Syrie, 1919; Marseille et Paris, fase. IX, p. 15 et 
suiv.), M. L. Bréhier a montré toute* les raisons pour lesquelles il y avait lieu 
d'admettre l'existence de ce protectorat. Sa démonstration nous a paru con- 
vaincante et nous lui avons emprunté quelques-uns de ses éléments. Nous 
craignons cependant qu’il ait voulu préciser de trop près ce qu'a été ce pro- 
tectorat ; les documents dont il se sert dans ce but, sont des textes dont les 
plus anciens remontent tout au plus à 866 et dont la plupart sont de date très 
postérieure (x® et xre siècles) et constituent par conséquent des témoignages 
discutables. Il nous paraît donc plus prudent d'admettre l'historicité d'un 
droit de protection de Charlemagne sur les Lieux-Saints sans prétendre en 
détailler la portée et les effets. 

(2) Cf. à ce sujet, BRÉHIER, 0p. cil., p. 22-33 et, surtout. du même érudit : La 
situation des Chrétiens en Palestine à la fin du vie siècle, et l'établissement du 
protectoral de Charlemagne; Le Moyen Age, 2e série, t. 21, 1919, p. 67 et suiv. 

(3) Dans ce sens, BRÉRIER, 0p. cit., p. 28. 

(4) Annales regni Francorum, ais 799 (2e réd.), 800 (1e et 2% réd.), 807; 
éd. Kurze, p. 108-124 (SS., t. I, p. 184-194). Cf. dans ce sens : BRÉHIER, 0p. cit. 
p. 24 et suix. 


EGINHARD 7 47 


désir des chrétiens de Palestine, d’obtenir à Jérusalem 
même, la protection de Charlemagne ? Une circonstance 
tend à le faire croire, c’est qu'après l’avènement de Nicé- 
phore I au trône äe Byzance ({), la guerre, interrompue 
depuis 798 (?), avait repris en 804 entre le Califat et l'Em- 
pire (3). Or, Charlemagne était lui-même en état d’hostilités 
avec Nicéphore. Aux yeux d’Haroun le nouvel empereur 
devait apparaître comme un rival de son ennemi; il n’y 
a donc rien d’improbable à ce que l’une des conditions 
d’une entente entre Charles et Haroun, ait été la recon- 
naissance à l’empereur du droit de protection auquel Egin- 
hard fait allusion (4. La conclusion de cet accord aura sans 
doute été amenée par les ambassades d’Haroun-al-Rachid 
reçues par Charlemagne en 801 et en 807 et par celle que 
celui-ci avait envoyée au calife en 802 (*). 

Nous croyons donc pouvoir avancer qu'il y a toutes les 
raisons d'ajouter foi au témoignage d’'Eginhard, lorsqu'il 
assure qu'Haroun-al-Rachid soumit les Lieux-Saints au 
pouvoir de Charlemagne (f). 


+ 
+ * 


(*) Nicéphore fut empereur de 802 à 811. 

(?) Dreur,, Histoire de l'Empire Byzantin, Paris, 1920, 89, p. 78. 

(3) J. B. Bury: History of the Eastern Roman Empire from the fall of Irene 
Lo the accession of Basil 1 (802-867), Londres, 1912, 8° ; p. 249-250. 

(4) Dans ce sens :. BRÉRIER, 0p. cit. p. 23. 

(5) Annales regni Francorum, ais 801, 806, 807, éd. Kurze, p. 114-124 (SS., 
t. [, p. 188-194). Notons le fait particulièrement caractéristique qu’en 807, 
Charlemagne reçoit une ambassade comprenant des délégués du calife et du 
patriarche. Dans ce sens : BRÉHIER, 0p. cit., p. 29 et suiv. 

(6) Dans un récent ouvrage (Brève Histoire des Croisades, Paris, 1924, in-16, 
p. 6-9), M. Iorga examine à nouveau le problème du « protectorat » de Charle- 
magne sur les Lieux-Saints. Il est d'avis que le calife ne put accorder autre 
chose à Charles, qu'une « inféodation par le drapeau », concession purement 
honorifique. Il nous est tout à fait impossible de nous rallier à la manière de 
voir du célèbre érudit roumain. M. lorga se fonde, en effet, visiblement sur 
un passage des Annales Royales (a° 800 ; éd. Kurze, p. 112-113), où des mes- 
sagers apportent de Jérusalem à Charlemagne, les clefs du Saint Sépulere et 
du Calvaire, ainsi qu'un drapeau (cum veæillo). Or il ne peut s'agir ici d'une 
« inféodation par le drapeau » consentie par Haroun, puisque les messager 
ne sont pas les ambassadeurs du calife, mais les envoyés du Patriarche! Notre 
collègue, M. Bricteux, le savant arabisant de l'Université de Liége, a, d’ail- 
leurs, eu l’obligeance de nous écrire que, si l’«inféodation par le drapeau » à pu 
exister dans l'empire turc — ainsi que l’affirme M. lorga — il n'a rencontré 
aucune trace de cette institution dans les états musulmans du vu et du 
Ixe siècle. 


748 F.-L. GANSHOF 


Sur les rapports entretenus par Charlemagne avec 
Byzance, postérieurement à la prise du titre impérial en 
l’an 800, on trouve dans la Vita quelques indications. 

D'abord un passage dans lequel Eginhard rapporte que 
les empereurs de Constantinople, Nicéphore, Michel et 
Léon, lui envoyèrent de nombreuses ambassades et sollici- 
tèrent spontanément son amitié et son alliance ; mais 
qu'ayant paru suspect à leurs yeux d’avoir voulu leur 
arracher l’empire, il conclut avec eux un traité qui fit dis- 
paraître toutes les causes de conflit (!). 

En un autre endroit de la Vita, Eginhard loue la patience 
et la magnanimité avec lesquelles Charles supporta l’envie 
des empereurs de Constantinople, après qu’il eut pris le 
titre impérial. C'est aux manifestations de ces qualités 
qu’il dut de vaincre leur résistance, assure du moins notre 
auteur (?). 

M. Halphen n’est pas loin de s’indigner à la lecture de 
ces textes. Les affirmations d'Eginhard ne peuvent s’ac- 
corder avec les « longues et pénibles démarches »,avec les 
«sacrifices d’amour-propre » auxquels Charlemagne aurait 
dû «la reconnaissance officielle de son titre impérial et un 
traité d'alliance ». Il accuse notre auteur de « travestir la 
vérité », de « déformer les faits » ou tout au moins de ne 
pas les avoir compris (). 


(4). Vita,c.16; éd.Halphen, p.48 : Imperatores etiam Constantinopolitani, Nici- 
forus, Michahel et Leo, ultro amicitiam et societatem ejus expetentes, conplures 
ad eum misere legalos. Cum quibus tamen propter susceptum a se imperatoris 
nomen el ob hoc, quasi qui imperium eis eripere vellet, valde suspectus, foedus 
firmissimum statuit, ut nulla inter partes cujuslibet scandali remaneret occasio. 
Erat enim semper Romanis et Graecis Francorum suspecta potentia. Unde et 
illud Graecum extat proverbium : « Tôv Dpdvkov pilov Exec yeitova oùk 
ÉXELS ». 

(?) Vita, e.28; éd. Halphen, p. 80... Invidiam tamen susceptinominis, Romarnis 
tnperatoribus super hoc indignantibus, magna tulit palientia; vicitque eorum 
contumaciam magnanimilale, qua eis procul dubio longe praestantior erat, 
mittendo ad eos crebras legationes et in epistolis fratres eos appellando. 

(8) Etudes critiques, p. 88: édition de la Vita, p. 49, n. 4 et page 81, n. 5. 
M. Halphen suggère même que Suétone serait responsable de l'affirmation 
fausse d'Eginhard, au c. 16, relative aux empereurs sollicitant spontanément 
l'amitié de Charlemagne. ll y aurait là une imitation d'Auc., XXI, 3, où Auguste 
Indos etiam et Scythas auditu modo cognitos pellexit ad amniciliam suam popu- 


EGINHARD 749 


Il est évident que la manière de présenter les événe- 
ments dans les passages incriminés d’Eginhard, ne cadre 
guère avec la façon dont M. Halphen paraît concevoir les 
rapports de Charlemagne avec Byzance, depuis la prise du 
titre impérial jusqu’à la conclusion définitive de la paix. 
Pour tâcher de nous rendre compte si Eginhard mérite les 
graves reproches qui lui sont adressés, il faut que nous 
examinions à grands traits comment les événements se 
sont succédé. La question est importante, car si réelle- 
ment nous prenions en une matière aussi essentielle la 
bonne foi d'Eginhard en défaut, une légitime suspicion 
planeraït sur l’ensemble de la Vita. 

Le couronnement impérial du 25 décembre 800 avait pro- 
_voqué à Constantinople une indignation que l’on com- 
prend. Aux yeux des Byzantins, aux yeux de l’impératrice 
Irène, Charles était un usurpateur ; on ne concevait pas 
qu’il pût y avoir deux empires ({). 

On ne discerne guère avec une rigoureuse précision les 
événements qui suivirent immédiatement le couronne- 
ment; mais il semble bien que, sans délai, des difficultés 
se soient produites entre Charlemagne et Irène. L’em- 
pereur, aux dires de Théophane, aurait même préparé une 
expédition contre la Sicile(?}, où s’exerçait toujours l'auto- 
rité byzantine. C’est vraisemblablement une ambassade 
d’Irène, recue en 802 (*), et chargée d'entamer des négo- 
ciations de paix, qui le fit renoncer à ses projets et le 
détermina à envoyer à son tour des ambassadeurs à Con- 
stantinople. Ceux-ci paraissent avoir eu pour mission de 


tique Romani ultro per legatos petendam. Que ce passage ait influencé le ton 
de la phrase d’'Eginhard, c’est possible et même probable, mais qu'elle lait 
amené à déformer la vérité nous ne le croyons pas, pour les raisons exposées 
au texte. 

(:) Cf. à ce sujet : Bury, op. cit., p. 319-320 et surtout : A. Gasquer, Etudes 
Byzantines. L'Empire Byzantin et la Monarchie Franque, Paris, 1888, 8, 
p. 285-286. 

() Theophanis Chronographia rec. G. be Boon, Leipzig, 1883-1885, 2 vol. 8°; 
t. 1, p. 475, a06 293 [801] : Kai BouAnBeic Kat ZiKkeAiaç OTOÂW TapaTü- 
Eao@ a uetTeue On... 

. (3) Annales regni Francorum, ao 802, éd. Kurze, p. 117 (SS. t. I, p. 190) : 
Herena imperatrix de Constantinopoli misit legatum, nomine Leonem, spa- 
tharium propter pacem confirmandam inter Francos et Graecos… 


750 F.-L. GANSHOF 


proposer à Irène un mariage avec Charlemagne, ce qui 
aurait rétabli l’unité et mis fin au scandale que constituait 
le schisme impérial (1). Maïs Irène fut détrônée avant que 
la mission franque eût repris le chemin du retour (?). 

Dans cette première phase des relations franco-byzan- 
tines — à laquelle Eginhard ne fait, d’ailleurs, pas explicite- 
ment allusion — on retrouve, semble-t-il, les deux traits 
saillants sur lesquels insiste la Vita : l'initiative des négo- 
ciations de paix émanant de Byzance et la bonne volonté, 
les dispositions conciliantes — la patientia — de Charle- 
magne. 

Une fois Irène renversée et Nicéphore I monté sur le 
trône en 802, à la faveur d’un coup d’État, le projet de 
Charlemagne perdait sa raison d’être et ses ambassadeurs 
quittèrent Constantinople (*). Mais en même temps, Nicé- 
phore prenait, à son tour, l'initiative de nouvelles démar- 
ches et envoyait en 803 une mission auprès de son rival 
d'Occident afin d'amener une entente. Charles remit à ces 
ambassadeurs des propositions qu'ils rapportèrent à leur 
maître (4). Il faut croire que celui-ci les considéra d’abord 
comme inadmissibles ; en tout cas il n’y donna aucune 
suite. Sans doute s’estimait-il assez fort pour accepter une 
rupture complète avec Charlemagne, comme il en acceptait 
une autre avec les Arabes, à qui, vers la même époque, il 
refusait de payer le tribut consenti par Irène (°). 


(1) Annales regni Francorum, a° 802, éd. Kurze, p. 117 (SS. t. I, p. 190). 
THEOPHANE, 0p. eil., a0 6294 [802], t. I, p. 475 : … épOaoav dé «ai oi dToOTa- 
\évtec mapà Kapoükou GTokpioidpiot kai Toù Tmdmra AéovtTos Tps Tv 
eUceBeotTdtnv Eipñvnv, aitoüuevor Zeux0fvar aùtnv Tù Kapoñlw Tpôc 
yduov, kai évdoar Tù éWa Kai Tù éonmepia. CÎ. GASQUET, op. cit., p. 285- 
286; Bury, op cit., p. 1; KLEINcLausz, L'Empire Carolingien, Paris, 1902, 80, 
p. 207. 

(?) Annales regni Francorum, a° 803, éd. Kurze, p. 118 (SS. t. I, p. 191). 
THÉOPHANE, 0p. cil., a° 6295 [802, oct.], 1. I, p. 478. 

(8) Annales regni Francorum, a° 803, éd. Kurze, p. 118 (SS. t. [, p. 194). 

(4) Annales regni Francorum, a° 803, éd. Kurze, p. 118 (SS. t. I. p. 191) : … 
el venerunt cum eis legati Nicifori imperatoris, qui tunc rempublicam regebat… 
quorum nomina fuerant Michahel episcopus, Petrus abbas et Calistus candi- 
datus. Qui venerunt ad imperatorem in Germania super fluvium Sala, in loco. 
qui dicitur Saltz, et pactum faciendae pacis in scripto susceperunt.… Cf, 
GASQUET, 0p. cil.,p. 290 ; Bury, op. cit., p. 320-321 ; KLEINCIAUSZ, op. eit., p. 208. 

(5) Cf. Dress, op cit., p. 78 et 84. 


EGINHARD 751 


Une période d’hostilités s’ouvre, au cours de laquelle 
Charlemagne, par une série d'opérations militaires,s’efforce 
d'exercer une pression sur Byzance. Avec son fils Pepin, 
roi d'Italie, il conquiert les provinces impériales d’Istrie. 
de Liburnie, de Dalmatie (1), il soumet la Vénétie — 
territoire byzantin (*) — à son hégémonie et l’oblige à 
payer tribut (#). En 807 et en 809, il contraint à battre en 
retraite des flottes envoyées dans l’Adriatique pour 
défendre les droits du Baoikeug (*). Il n’y a guère que les 
cités maritimes de Dalmatie qu'il ne parvient pas à 
occuper (5). 

Sous l'effet de cette action énergique, et d’autre part, 
terriblement pressé par les attaques des Bulgares et des 
Arabes (6), Nicéphore se résolut à prendre une seconde fois 
l'initiative de négociations. En octobre 810 un ambassa- 
deur byzantin était reçu à Aix-la-Chapelle (7). 

Après Irène, c'était donc Nicéphore, c'était l’empereur 
byzantin, qui avait entamé les pourparlers; il les avait 
même engagés à deux reprises différentes et pour la 
seconde fois, après que Charlemagne lui eût fait sentir 
quelle était sa puissance. On voit combien le témoignage 
d'Eginhard se vérifie. 


(1) Vita, c. 15; éd. Halphen, p. 44. 

(*) CONSTANTIN PORPHYROGENÈTE, De administrando imperio, éd. Bekker, 
Bonn, 1840, 8°; €. 28, p. 124. Pépin, roi d'Italie, ayant déclaré aux habitants 
de la Vénétie, qu'ils étaient ses sujets : oi dé Bevétikot &vTéÀeyov at ÔTL 
hueîs dodAot Bélouev eivar Toù Baoikéwc ‘Pouaiwv Kai oùxt Goù. 

(3) CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE, ibid. : émi mod dè BracOëevrec oi Bevérikot 
ATÔ TS YEFOVUING ÔXAMOEWS TPÔS AÜTOÙS ÉTOIMOAVTO ÉlprviKkÜS OTOVOUG 
Tpôs Tov pñya TTimivov Tod mapéyxelv adTd mAeîOTAa TdkTa. Cl. GASQUET, 
op. cil., p. 295-296; Bury, op. cit., p. 321-324. 

(‘) Annales regni Francorum, ais 806, 807, 809, éd. Kurze, p. 120-127 
(SS., t. I, p. 193-197). 

(5) Annales regni Francorum, a° 810, éd. Kurze, p. 130 (SS. t. L. p.197-198). 

(6) Cf. DrExL, op. cit., p. 84. 

(7) Annales regni Francorum, a° 810, ed. Kurze, p. 132-133 (SS. t. I, p. 197- 
198) : Imperator Aquisgrani veniens mense Oclobrio, memoratas legationes 
audivit, pacemque cum Niciforo imperatore et cum Abulazrege Hispaniae fecit. 
Cf. même source, a° 811, édit. Kurze, p. 133 (SS. t. I, p. 198-199): Absoluto 
alque dimisso Arsafio spathario — hoc erat nomen legato Nicifori imperatoris… 
— L'ambassadeur byzantin était envoyé à Pépin, roi d'Italie, fils de Charle- 
magne, qui était mort sur ces entrefaites; cf. la lettre de Charlemagne à 
Nicéphore en 811 (Dümurer, Epistolae 1, p. 546-547). 


108 F.-L. GANSHOF 


L'arrivée de l'ambassadeur de Nicéphore ouvrait la voie 
à la conclusion de la paix. Il semble que les préliminaires 
en aient été conclus à Aix-la-Chapelle même : abandon par 
Charlemagne de la Vénétie et reconnaissance par Byzance 
du titre impérial carolingien {1}. Charles ayant adressé une 
lettre à Nicéphore (?), et lui ayant envoyé des ambassa- 
deurs (*), les négociations se poursuivirent à Constantinople 
avec Michel I Rhangabé, qui était monté sur le trône 
en 811 (4). 

En 8192, les ambassadeurs de Michel arrivèrent à Aix et 
ratifiant, au nom de leur maître, les arrangements arrêtés 
avec Nicéphore, ils donnèrent officiellement à Charlemagne 
les titres d’Imperator et de Baoikeüs (5). Théophane assure 
même que,Michel aurait essayé de faire épouser une fille 
de Charlemagne par son fils. Théophylax (6). L’échange 
des instruments s’ensuivit : les ambassadeurs de Michel 
emportèrent, en quittant Aix, l’exemplaire destiné à leur 
maître; des ambassadeurs de Charlemagne, partis en 813, 
reçurent en 814 de Léon V l’Arménien, qui venait de ren- 


(1) Annales regni Francorum, a° 810, éd. Kurze, p. 133 (SS., t. I, p. 498) : 
Nam Niciforo Venetiam reddidit. Quant à la reconnaissance du titre impérial, 
c’est évidemment la contre-partie de l'engagement de restituer la Vénétie. 
D'ailleurs, lorsqu’en 812 Michel [ charge ses ambassadeurs de reconnaître 
officiellement le titre impérial de Charlemagne, c’est en exécution des arran- 
gements arrêtés avec Nicéphore : et per eos pacem a Niciforo inceptam con fir- 
mavit, disent les Annales, a° 812, SS., t. I, p. 199. 

(?) Dümuzer, Epislolae, t. IE, p. 546. 

(3) Annales regni Francorum, aà° 811, éd. Kurze, p. 133 (SS., t. I, p. 198). 
Leurs « lettres de créance » sont publiées par DümmLer, Epistolae, t. IL, 
p. 555-556. 

(+) Annales regni Francorum, à° 812; 64. Kurze, p. 136 (SS., t. I, p. 199). 
Michel I était le gendre de Nicéphore I. 

(5) Annales regni Francorum, a° 812, éd. Kurze, p. 136 (SS., t. I, p. 199) : 
… Nam À quisgrani, ubi ad 'imperatorem venerunt, scriplum pacti abeo in ecclesia 
suscipientes, more suo, id est Graeca linqua, laudes ei dixerunt, Imperatorem 
et Basilea appellantes… 

(6) THEOPHANE, 0p. cit., a0 6304 [812] t. I, p. 494 : ...dméoteike dE Kai Tpôs 
Kadpoukov, Baothéa Tv Dpdyywv, mepi eipñvnç Kai ouvalAayñs Eeic 
Oeomü\aktov, TÔv uidv aùtod.… Les Annales et THÉOPHANE (loc. cit.) rap- 
portent que ces ambassadeurs étaient également chargés d’une mission auprès 
du Pape. 


EGINHARD hey 


verser Michel, un exemplaire qu'ils rapportèrent à Louis 
le Pieux (1). 

La paix conclue en 812 avait pour résultat de faire 
reconnaître la dignité impériale dans la personne de 
Charlemagne. Elle laissait en outre à celui-ci toutes ses 
conquêtes en Italie et dans les régions au nord de l’Adria- 
tique (?). Charlemagne ne renonçait qu'à la Vénétie ($) et à 
ses prétentions sur la côte dalmate (4), encore la Vénétie 
restait-elle tenue de payer tribut (°). Un ordre nouveau des 
choses était établi, dans lequel on admettait qu'il y avait 
dorénavant deux empires et deux empereurs, chacun 
maître exclusif dans ses États, mais unis entre eux par 
des liens de fraternité d’origine chrétienne (6). 

Après cet examen rapide des événements, il est permis 
de se demander si vraiment Eginhard, dans les passages 
qui s’y rapportent, mérite les graves reproches que lui 
adresse M. Halphen. Est-il juste de l’accuser d’avoir 
« travesti la vérité » en déclarant que les empereurs 
byzantins avaient spontanément sollicité l’amitié et 
l’alliance de Charlemagne ? Non, puisque nous avons vu 
Irène et Nicéphore prendre l'initiative de démarches 


(1) Annales regni Francorum, à° 813, éd. Kurze, p. 137 (SS., Lt. I, p. 200) et 
ao 814. éd. Kurze, p. 140 (SS. t. EF, p. 201). Les ambassadeurs francs à leur 
retour étaient accompagnés d'ambassadeurs byzantins, chargés de remettre 
l'exemplaire du traité à Charlemagne. 

(?) Vita, e. 15, éd. Halphen, p. #44 : .…..Histriam quoque et Liburniam atque 
Dalmatiam… 

(3) Annales regni Francorum, à° 810, éd. Kurze, p. 133 (SS.. t. I, p. 198). 

(4) Vita, e. 15, 6d. Halphen, p. #4: .…..exceptis maritimis civilatibus, quas ob 
amicitiam et junctum cum eo foedus Constantinopolitanum imperatorem habere 
permisil… 

(5) CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE, 0p. cil., p. 124 : Ék Tote dE K«a0' ÉkaoTov 
XPOVOV AAÏTTWTO TO TAKTOV, ÜTEP KA MÉXPL TO OMUEPOV dLAOWZETOL 
tehodot yäp oi Bevétikoi TD KaTÉxOVTL TÔ pnydtTov Italia rot TTamiac 
diBdpia doiuv Aitpas ÀG [= 36] kaO'ËkawoTov xpôvov, Kai TOUTW TD TPÔTW 
ÉTauveEv Ô METOEÙ Ppayywv Kai Bevetikwv méAeEuOc. Sur la paix et les négo- 
ciations qui y conduisirent, Cf. GASQUET, 0p. cil., p. 297-802; Bury, op. cit., 
p. 324-325. 

(6) CE. Gasquet, op. cil., p. 302-305, qui analyse de manière particulièrement 
intéressante le pacte d'alliance entre Charlemagne et Nicéphore. Cf. la lettre de 
Charlemagne à Michel, de 813 (DümmLer, Epistolae, t. I, p. 556) : ….diu 
quaesitam el semper desideratam pacem inter orientale atque occidentale 
umperiumn. 


ol 


754 F.-L. GANSHOF 


tendant à ce but, puis Michel I et Léon V achever l’œuvre 
de Nicéphore. 

Est-il juste d’opposer à l'interprétation de la Vita, « les 
longues et pénibles démarches », les « sacrifices d’amour- 
propre », auxquels Charlemagne aurait dû consentir pour 
voir reconnaître son titre par les empereurs byzantins ? 
Nous ne le croyons point. Dans lexposé des faits qui 
précède, nous n'avons pas relevé une seule démarche de la 
part du monarque franc; toutes émanent de Byzance. Pour 
arriver à ses fins, Charles n’a usé que d’un seul moyen : 
une énergique pression militaire. 

Quant aux sacrifices d’amour-propre, ce n'est pas de 
son côté qu’on en relève. Bien au contraire, c’est pour la 
cour de Byzance qu’étaient les humiliations ! N’était-elle 
pas obligée d'admettre les conquêtes faites à ses dépens et 
surtout de reconnaître à un barbare occidental une dignité 
dont elle se réservait jalousement le monopole (1) ? 

M. Halphen fait allusion à la lettre écrite en 811 par 
Charlemagne à Nicéphore (*)}. Il voit un « témoignage - 
décisif » des « sacrifices d’amour-propre » de Charlemagne 
dans les termes de cette missive (*). Nous croyons que l’on 
ne peut rien y voir de semblable. La lettre est écrite après 
que l’ambassadeur de Nicéphore est venu faire des propo- 
sitions de paix de la part de son maître. Ces propositions 
étant satisfaisantes, Charles s'empresse de faire preuve de 
bonne volonté ; 1l marque sa satisfaction de voir les négo- 


(1) CË. GasQuET, 0p. cit., p. 298. On observera que dans l’œuvre de Théophane 
elle même, la titulature de Charles change après la reconnaissance du titre 
impérial. A propos du couronnement de 800 (a° 6293, t. 1, p. 475), il l'appelle 
KdpouAocs, 6 Tv Ppdyywv pné; par contre en 812 (ao 6304, t. I, p. 494) il 
écrit Tpôç Kdpoulov, Baouéa Tv Ppdyywv. 

(?) Dümxuer, Epistolae, t. IL, p. 546. Cf. Etudes critiques, p. 88, n. 2 et p. 237 
M. Halphen assure que cette lettre fut écrite pour fléchir «J’irréductible intran- 
sigeance de l’empereur byzantin »; nous ne le croyons pas : cette lettre est, en 
effet, une réponse à l'ambassade de Nicéphore qui arriva à Aix en octobre 810 
et avec qui, furent arrêtés les préliminaires de paix. 

(3) Nous avons vainement cherché dans le texte de cette lettre des expres- 
sions marquant l’humiliation. Charlemagne n’y exprime qne deux sentiments : 
le très vif désir qu'il éprouve depuis toujours de voir la paix mettre fin au 
scandale de la rivalité entre les deux empereurs ; et la joie qu’il ressent à voir 
enfin Nicéphore accepter les propositions qu'il lui avait faites dès 803,en réponse 
à Ja démarche de celui-ci. 





EGINHARD 199 


ciations conduire à la paix. En même temps, par la douceur, 
la modération de sa parole, il s'attache à dissiper les 
préventions, à éloigner surtout l’idée évidemment courante 
à Byzance, qu’il aspire à rendre son empire universel, par 
conséquent à détrôner le Baoikeüc, à se substituer à lui (1). 
C’est en propres termes la patientia, la magnanimitas que 
loue Eginhard et dont un prince, à qui l’on demande la 
paix, peut faire preuve sans qu’il faille y voir une attitude 
humiliante. 

Il nous semble donc qu’en tout ce qui atrait aux relations 
de Charlemagne avec Byzance, le témoignage d’'Eginhard 
ne présente aucune contradiction avec ce que d’autres 
sources nous apprennent. [ei encore il mérite que l’on ait 
confiance en lui. 

+ ï + 

Reste à examiner un dernier point : le témoignage 
d’Eginhard relatif au couronnement impérial de l’an 800. 
Eginhard rapporte que Charlemagne fut mécontent de ce 
qui s'était produit, au point d’assurer que s’il avait connu 
le dessein du pape, il ne serait pas entré à l’église, bien 
que ce fût Noël (?). 

M. Halphen ne voit que des impossibilités dans le récit 
de la Vita (). Un examen critique des sources contempo- 
raines et des explications érudites d'aujourd'hui l’amène 
aux conclusions suivantes : c’est Charlemagne qui à voulu 
être couronné empereur; il était à ce sujet pleinement 
d'accord avec le Pape. La cérémonie du couronnement n’a 
rien d’une improvisation, d’une surprise; c’est,au contraire, 
quelque chose de parfaitement préparé. Telle est l’impres- 
sion que donne la lecture de la source la plus contempo- 
raine : le récit officiel des Annales royales franques; la 
source officielle pontificale, le Liber Pontificalis, dont le 
fragment qui nous intéresse paraît avoir été rédigé peu 


(1) Sur cette idée, cf. surtout : GASQUET, 0p. cùt., p. 302 et également 
HazpHEen, Etudes critiques, p. 235. 

(2?) Vita, e. 28, éd. Halphen, p. 80 : Quo tempore imperatoris et auqusti 
nomen accepit. Quod primo in tantum aversatus est ut adfirmaret se eo die, 
_quamwvis praecipua festivitas esset, ecclesiam non intraturum si pontificis 
consilium praescire potuisset. 

(3) Études critiques, p. 223-996. 


756 F.-L. GANSHOF 


après 816, ne présente pas les événements de manière 
différente. L’idée d’une initiative pontificale apparaît 
pour la première fois dans les Annales Laureshamenses (1), 
en 803 ou peu après ; Eginhard n’a fait que la développer. 
Cette manière de présenter les événements. de montrer 
Charlemagne entrainé à suivre contre son gré la volonté 
du souverain pontife, avait pour but de justifier l’empe- 
reur vis-à-vis de Byzance et d'aider à vaincre la répu- 
gnance qu'éprouvait cette cour à reconnaître son titre (?). 

Ce n’est point 1ei le lieu, à la fin d’un article consacré à 
un autre sujet, de soumettre à un nouvel examen l’ensemble 
du problème du couronnement de l’an 800 et la solution 
qu'y a donnée M. Halphen. En ce moment la question ne 
nous intéresse que dans la mesure où son étude nous per- 
met d'apprécier la valeur du témoignage d'Eginhard. 

Que la cérémonie du couronnement de l’an 800 n’ait pas 
été une improvisation, M. Halphen nous paraît l’avoir 
démontré 5). Que, dans le but de dissiper les inquiétudes 
de Byzance au sujet de ses intentions, Charlemagne ait 
postérieurement aux événements, fait répandre le bruit 
qu’il avait eu la main forcée par le pape, ce n’est pas 
impossible. Qu'il faille voir un reflet de cette interpréta- 
tion postérieure dans le passage cité des Annales Lau- 
reshamenses et dans l’insistance mise par Eginhard à 
souligner le mécontentement de son maître ({), cela rentre 
dans le domaine des possibilités. 

Mais nous ne pensons pas qu’il y ait là une raison suffi- 
sante pour repousser l'affirmation d'Eginhard, lorsque 


(1) Ed. Pertz, MM. GG., SS.,t I, p. 38 ; a° 801. Sur la date et le caractère 
de ces Annales, cf. Moxop, op. cit., p. 85 et HALPHEN, Etudes critiques, p. 26 
et suiv. Le texte qui nous intéresse est reproduit et traduit par M. Halphen 
(op. cit., p. 236). 

(2) Études critiques p. 219-238 et particulièrement à partir de la page 232. 

(3) Études critiques, p. 223-2926. 

(#) M. F. Lor (Revue Historique de Droil Francais el Etranger, 1993, p. 161) 
déclare ne pas voir l'intérêt que pouvait avoir Eginhard à recueillir, quinze 
ou vingt «ns après l'événement, une explication inventée pour amadouer 
Byzance. M. Halphen (Études critiques, p. 238) assure que cette interprétation 
s'explique sous Louis le Pieux par les efforts qu’eurent à fournir les ministres 
de l’empereur pour amadouer la cour byzantine, qui, en 825, paraît de nouveau 
contester le titre impérial du roi franc. Cf. GAsQuEr, 0p. cit., p. 313-314. 


EGINHARD DT 


celui-ci déclare que Charlemagne, immédiatement après 
les événements, se montra mécontent de ce qui s'était 
passé (!). C’est qu’en effet, le pontificis consilium dont 
s’indignait le monarque franc, peut fort bien ne pas avoir 
été le fait même du couronnement impérial, mais seule- 
ment la manière dont celui-ci fut effectué. Nous pensons, 
en effet, avec Brunner (?)}, que Charles eût sans doute 
préféré ne pas être couronné par le pape, ne pas paraître 
tenir de lui la dignité impériale, et plutôt se couronner 
lui-même. Ce qui tend à le faire croire, c’est qu’il couronna 
lui-même empereur, son fils Louis le Pieux, en 813, sans 
aucune intervention du pape (*). : 

J1 y a là, croyons-nous, une explication plausible, qui 
sans présenter de contradiction avec les sources les plus 
sûres relatives au couronnement de 800, respecte cepen- 


dant le témoignage de la Vita. 


# 
+ + 


Nous voici arrivé au terme de cet examen. Si nous 
nous demandons à présent quelle est la valeur de la Vita 
Karoli comme source de l’histoire de Charlemagne, nous 
serons amenée à conclure ainsi: Pour tout ce qui est du 
récit des événements militaires, notre texte est le résultat 
d’un travail de compilation, d’après des sources plus 
anciennes que nous avons conservées; de plus, ce récit est 
faussé par suite notamment de l’adoption de mauvaises 
méthodes de composition; à ce point de vue, à part quel- 
ques détails, la Vita ne nous apporte aucun renseignement 
original et sûr. 


(1) M. F. Lor (loc. cit.) propose l'explication suivante, qui paraît très plau- 
sible : Charlemagne voulait tout l'Empire ; la maladresse du pape a ressuscité 
l'empire en Occident. I à agi prématurément : Charlemagne voulait agir à son 
heure. 

(®) Deulsche Rechisgeschichte, Leipzig, 1892, 8°, L. II, p. 88-89. 

(5) Annales regni Francorum, a° 813, éd. Kurze, p. 133 (SS., 1. I, p. 200) : 
ac deinde habito generali conventu, evocatum ad se apud Aquisgrani filium 
suum Hludoicum Aquitaniae regem, coronam illi inposuit, el imperialis nomi- 
nis sibi consortem fecit. — A Rome, en 800, le pape s'était borné à sacrer roi 
— et non à couronner empereur — Charles, fils de Charlemagne. Cf. Liber 
Pontificalis, éd. Duchesne, Paris, 1884-1892, 2 vol. 40, t. II, p. 7: Hlico 
sanctissimus antistes et pontifex unæit oleo sanclo Karolum, excellentissimum 
filium ejus, regem in ipso die natalis domini nostri Jesu Christ. 


758 F.-[. GANSHOF 


Par contre, Eginhard était à même de bien connaître ce 
qui se rapporte à la personne et à la manière de vivre de 
Charlemagne, à ses travaux et à sa politique. En toutes 
ces matières, d’une façon générale, son témoignage paraît 
très sûr et constitue une source de tout premier ordre pour 
l’histoire carolingienne (1). 


FRANÇOIS L. GANSHOF. 
. Chargé de Cours à }'Université de Gand. 


(4) Nous devons à M. Pirenne quelques-unes des idées que nous avons 
développées ici. Au cours de l’année académique 1921-1922, nous avons eu 
l'avantage d'étudier avec lui, certains aspects de la Vita Karoli, en vue 
d'exercices pratiques d'histoire du moyen âge dirigés par M. Pirenne à l'Uni- 
versité de Gand, exercices auxquels il nous a été donné de l’assister en qualité 
de collaborateur scientifique. 

Nous avons repris l'étude de la Vita Karoli à notre propre cours d'exercices 
pratiques en 1924-1995. Deux de nos élèves, Mlle Feytmans et M. Stragier, ont 
attiré notre attention sur des textes, dont nous n'avions pas, à première vue. 
discerné tout l'intérêt. 


"jt 


RE, es es Dee. EE Sn 


din. 0 


The unity of the « Capitulare de Villis » 


Since the first edition of Dopsch’s Wirtschaftsent- 
wicklurg der Karoling'erzeit (Weimar, 1912), considerable 
attention has been devoted to the question of the origin 
and scope of the famous * Capitulare de Villis ” (1), the 
discussion centering about the theory, advanced by 
Dopsch, that the capitulary was issued in Aquitaine, 
194-795, as part of a reform of the royal domain by Louis 
the Pious. Mayer (?) has carried the problem a step 
further : assuming an Aquitanian origin for the capitu- 
lary (), he maintains that it encloses two distinct codes, the 
later dating from the reform of Louis, and that the two can 
be separated. 

On reading the capitulary, one is soon aware of a lack of 
sequence in the treatment of the subject-matter. But until 
Mayer no commentators had sensed the presence of two 
separate enactments, mingled to form the seventy chap- 
ters. Therefore, since a distinctly double content is not 
obvious, Mayer must find outside of the capitulary itself 
some basis for his conception, some principle of division 
which will justify his arrangement of chapters into two 
groups. This is the fundamental part of his task : that 
the chapters lend themselves easily or not to his scheme 
of division is of secondary importance. In my opinion 


(1) Mon. Ger., Capit. I, 82 ff. 

@) T. Mayer, « Zur Entstehung des Capitulare de Villis », Vierteljahrschrift 
für Sozial u. Wirtschaftsgeschichte, Bd. XVII, p. 112-127. 

(5) In this article, [ will meet Mayer on his own ground, only remarking here 
the danger of taking for granted the Aquitainian origin. See the excellent 
review and bibliography of the question by M. BLocu, in the Revue historique, 
t. CXLIIT (mai-juin), 1993, p. 40 f., also the recent article by E. Mayer, in the 
Anuario de lstoria del derecho español, t. 1, p. 86 (Madrid, 1924), in which 
Dopsch is further combatted. Finally, and most damaging to Dopsch, F. Lor, in 
the Revue belge de Phil. et d'Hist., t. UT p. 53 ff. 


760 C. H. TAYLOR 


Mayer has not satisfied this essential condition ; he has 
not found external evidence of sufficient decisiveness to 
sanction his division of the capitulary. 

His case rests on an assumption (contrary to the general 
view that the capitulary revised an older system but 
inaugurated no radical change) ({) that the enactment 
marks the transition from a state of affairs in Aquitaine 
under which no domain existed for the direct needs and 
support of the ruler, to à new order, whereby certain 
estates were now devoted to the royal maintenance as 
“ tafelgüter ”. Mayer is explicit (*); before the reform of ! 
194-795, the king had no direct interest in his domains and 
seems to have derived no material profit from them in 
the sense of dues or renders; they were granted as bene- 
fices to nobles or used for administrative purposes, pre- 
sumably attached to some office. They were not “ ad 
opus regis ”. 

Only indirect support is advanced for this all-important 
assertion. Mayer’s starting point is the occurrence of the 
phrase “ Volumus ut villae nostrae quas ad opus nostrum 
serviendi institutas habemus ” in the opening chapter. 
Concluding from this that estates “ad opus nostrum ” 
were evidently a creation during the lifetime of the author 
of the document (*), and did not exist before him, Mayer 
argues that such domain was non-existent in Aquitaine 
before the reform of 794-795. Before that time the province 
had been distracted by civil wars and only intermittently 
visited by the Carolingians; Louis was still à mere boy 
and had spent only part of his time in Aquitaine ; he had 
not needed a permanent establishment for his court before 
his marriage. Therefore, since it is Louis who uses the 
expression, 1t seems that the institution of domain “ ad 
opus regium ” is the work of the reform of 794-795, at 
which time the king, we are told, selected four palaces 
(palatia) as winter-quarters and found that their revenues 
paid his expenses (f). 

(1) See BLocn, opus cit., p. D, note 1. 
(*) MAYER, opus cit., p. 115-116. 

(8) Ibid., p. 114. 

(4) Mon. Ger. Script: Il, .p. 610, L' 94 


« CAPITULARE DE VILLIS » 761 


Were this all that is known of conditions in Aquitaine, 
we might admit the probability of Mayer’s conclusion. 
But he must first explain away the following points, which 
tend to contradict his thesis. 


1. What were the “ villae regiae ” entrusted by Charle- 
magne to the oversight of some faithful magnates of Aqui- 
taine in 778 (1)? Why the need of such an arrangement if 
these estates were only benefices of vassals and royal 
officers ? | 

2. If the boy-king had no estates of his own, purveying 
directly to his needs, how explain the words of his bio- 
grapher (2), who tells us that Charlemagne, desirous that 
his son have sufficient food (nutrimenta honesta) on 
inquiry found Louis in such straits for private resources 
re familiari), that without demand he could not get 
anyone to give him a blessing? Charlemagne found the 
cause of this to be the fact that the nobles of Aquitaine 
had turned publie goods to their own private uses to such 
an extent that the King, though master in name, was lack- 
ing in nearly everything (*). Does this mean merely the 
conversion of benefices into allod, or the with-holding 

Yof services due from a benefice —, would that explain the 
poverty and necessities of the king? Does it not rather 
imply the existence of royal domain in the strict sense, 
either seized by the magnates under whose general pro- 
tection it had been placed, or alienated to them by the 
voung king (t)? 

3. Note the words of the biographer in deseribing the 
first action of the “ missi ” sent by Charlemagne to correct 
the conditions, — they ordered “ ut villae quae eatenus 
usui servierant regio obsequio restituerentur publico ”. 
In connection with what has already been noted in the 


(4) Thid., p. 608, « eis commisit .….. villarumque regiarum ruralem provisio- 
nem ». 

(2) Ibid., p. 610, line 18. 

(3) Jbid., p. 610, « ...quia privatis studens quisque primorum, negligens 
autem publicorum perversa vice dum publica vertuntur in privata nomine 
tenus dominus, faetus sit pene omnium indigus ». 

(4) BLocn, opus ci., p 49 and n. 1. 


762 C. H. TAYLOR 


se 


preceeding paragraph, the words “ usui servierant regio ” 
would seem to imply something more than the services 
expected from a fief. 

4. The next move in the reform was to select the four 
winter-quarters regarded by Mayer as the first estates “ad 
servitium regium ”- But nothing in the biographer’s 
statement excludes interpretation of the event as a special 
attribution of four estates, among already existent domain 
“ ad servitium regium ”. as winter-quarters, or special: 
homes for the king. The revenues of these four provided 
for the royal needs — but there is no evidence that he had 
not other estates which gave him further revenues. May 
we not conclude a surplus of royal supplies and revenues, 
due to the reform of domanial administration, from the 
fact that the king is enabled to suppress further levies of 
the “ annona militaris ” (1)? Against Mayer’s possible 
answer that this indicates that the king had been living on 
the returns from this tax before the institution of royal 
domain, note that the result of the reform was to vex the 
soldiers (viri militares) of Louis. They and not the king 
had presumably been the gainers by this tax, which, levied 
for their profit during campaigns, was perhaps only an 
ill-disguised form of plunder at the expense of a friendly 
population. Further, the biographer tells us that a 
quarter of the returns of these estates sufficed for the king 
— but there is no hint in the capitulary of any such 
definite 25 per cent render from the estates therein con- 
cerned. Chapter 44, dealing with a large number of 
supplies, demands two thirds. 

5. The opening chapter runs “ volumus quod villae nos- 
trae... sub integritate partibus nostris deserviant et non 
aliis hominibus ” and this clause can be easily linked with 
the reform of 794-795 if the magnates of Aquitaine had 
been in any way illegally appropriating the returns of 
the royal domain. But the expression seems somewhat 
obvious and unnecessary if heading an ordinance dealing 
with estates which, according to Mayer, were simply 
changed from benefices to royal farms; was it necessary 


(1) Mon. Ger. Script., IL, p. 610, line 35 ff. 


&« CAPITULARE DE VILLIS » 763 


to so formally remind the stewards that they should no 
longer deliver supplies to their former masters? And in 
such a reminder would the words “ sub integritate ” have 
been employed ? 

6. The four places chosen as winter-quartes are design- 
ated as * palatia ” and Mayer thinks that possibly they 
alone formed the royal domain. However, if “ palatium ” 
1implies à directly supporting domain and à definite 
establishment for the king, there is a diploma of Louis the 
Pious for 793 issued in “ palatium nostrum Jogundiaco ? (1). 
This antedates the reform. 

Thus, in opposition to Mayer’s view, there is much 
reason to believe that domain used for the direct support 
of the king did existin Aquitaine before the reform. This 
encourages me to suggest an interpretation of “ institutas 
habemus ” less rigid than that demanded by Mayer. It 
seems very possible that the king has included, under the 
single expression “ institutas habemus ”, estates which he 
himself has designated “ ad servitium regium ”, and 
estates previously in that condition. Will Mayer maintain 
that before Charlemagne there were no forests specially 
affected to the royal use? Yet we find Charlemagne using 
almost the same expression in reference to royal forests in 
. à diploma of 800, when he grants a monastery the right to 
hunt in forests, “ salvas forestas nostras quas ad Qi nos- 
trum constitutas habemus ?” (?). 

Considerable doubt is cast, therefore, on the Le 
which Mayer will use to effect the separation of the 
chapters of the capitulary into two codes. But, further, 
the chapters do not 50 adapt themselves to his arrange- 
ment as to sustain his preconceived theory in clear-cut 
fashion. 

He has divided the seventy chapters of the capitulary as 
follows : first, a group of scattered chapters which relate 
to the internal economic administration of an estate and 
therefore constitute the ‘ old ’ code — the simple regula- 
tions applied to royal estates before the king had any 


(1) Recueil des Hist. des Gaules (nouvelle édition), VI, 452, 
(2) Mon. Ger. — Dip. Carol., I, Nr. 191. 


764 C. H. TAYLOR 


concern in their revenues and production (1); second, the 
rest of the chapters, which determine the delivery of 
supplies to the court, the system of accounting, the 
correction of abuses, and the ‘ new ’ legal status of the 
domanial population — these chapters were new for Aqui- 
taine, and constitute the ‘ addition ? (?). 

Note the fact that such a division of chapters is entirely 
arbitrary and depends on the absence of domain “ ad ser- 
vitium nostrum ” before 794 : in any regulation covering 
the administration of royal domain, we would expect to 
find the same general subject-matter and therefore a 
possibility of the same grouping. The obvious lack -of 
unity and sequence of ideas in the order of chapters does 
not amount to convincing testimony for the existence of 
two codes. Mayer himself admits that other capitularies 
are marked by the same defect of style : furthermore, is a 
confusion of chapters and ideas in a single code harder to 
explain, or more illogical, than the addition of a new code 
to an old one by mixing their respective chapters in totally 
haphazard fashion ? 

Mayer finds certain stylistic differences to distinguish 
his two codes : he claims that the chapters of the ‘ old? 
code are generally briefer and are usually addressed to 
“ unusquisque judex ? (#). But, on examination, chap- 
ters 23, 36, 42, 45, 50 and 62 —_ assigned to the ‘ old’ code 
— are of average length or more, and there are many short 
chapters in/the!‘neww#code : 27, 1,42790, 33,98 #939#00 
66, 67 and 68. The references to “ judices ” are found 
almost equally in the two codes : in the ‘ new ’, chapters 5, 
0, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 20, 29, 55, 57, 59, 61 and 68, are-eitlier 
addressed to “ unusquisque judex ” or mention these offi- 
cers. The distinction by style is thus not too convincing. 

ertain chapters of the : new ” code are explicable to 
Mayer only on the assumption that the code creates an 


(1) See Mayer, p. 116, line 11, « Solange ein Gut », etc. 

(2) The chapters of the capitulary as distributed by Mayer : to the older 
code, 14-15; 17, 18; 19, 21, 93, 95, 35, 37, 41, 42, 45, 46, 48, 49, 51, 53, 54, 
56, : probably to the old code, but changed or enlarged 5, 8, 10, 13, 36, 50. 
99, 61, 62 : the others to the newer code. 

(3) Mayer, opus cit., p. 120. 


(€ CAPITULARE DE VILLIS » 765 


entirely new status for the domain — notably, chap- 
ter 27(1) But one can easily read this chapter as denoting 
correction of abuses rather than a change from beneficed 
estates to ‘ tafelgüter ”. As for 2 3, 4, 16, 29, 52 and 57, 
which concern the legal position of the domain servants 
the same interpretation can be applied — nor would 
regulations covering the legal as well as economie admi- 
nistration of royal estates be out of place in such a general 
ordinance as I assume this capitulary to be. Would 
Mayer accuse the king of the intent to formulate à strictly 
economic code ? 

Then there are certain chapters which considerably 
embarass Mayer’s plan of division. Chapter 13, placed in 
his ‘ old ” code, nevertheless calls for a report to the king 
in a matter of horses for post-service : Mayer thinks that 
this chapter has been retouched. Chapters 5,8, 10, 36, 59, 
61 and 62 contain provisions which fit the character of 
both codes : Mayer concludes that they also have been 
worked over when the second code was fashioned. 
Chapter 44, assigned to the later code, complains in no 
indefinite manner of an abuse in the system of accounting 
and reports (2), but since no such system conld have existed, 
according to Mayer, before 794, he conjectures (without 
further proof) that the reform took place over à period of 
several years and was completed by the ‘ new ° code; 
apparently the abuse referred to in this chapter must be 
assigned to these years of tentative reform (*). Such 
explanations might carry weight were we already con- 
vinced of the validity of Mayer’s principle for separating 
the hypothetical codes : failing this, these difficulties 
merely emphasize the fact that the chapters themselves do 
not support his theory by falling easily into their assigncd 
categories (*,. 





(1) Concerning the reception of ‘ missi ” or ‘ legati ”. 

(2) Et quod reliquum fuerit nobis per brevem, sicut supra diximus, inno- 
tescant et nullatenus hoc praetérmittant, sicul usque nunc fecerunt. 

(3) MAYER, opus cit., p. 127 and note 1. 

(#) It might also be noted that the ase (in the old code) of such expressions 
as familia nostra (chapters 54 and 55), sementia nosfra (ch. 51), scuras nos- 
tras (ch. 19), ministeriales nostri (ch. 41), is somewhat surprising in reference 
to estates not under the royal management. 


766 C. H. TAYLOR 


Chapter 63 (!) constitutes a further difficulty : in the 
‘new code, it is apparently an apology by the king for 
the requirements he has made in previous chapters. Now 
if Mayer’s theory is correct, we would certainly expect the 
king to attempt some justification of the new code and of 
the new commands (accounting, delivery of supplies, etc-) 
laid on the stewards : he might reasonably refer to the 
changed status of the estates. On the contrary, the royal 
excuse pertains rather to those regulations which Mayer 
would place in the older code and which bear on the 
internal administration of the domain. If his demands 
seem hard (says the king), itis because he wishes his estate 
to be properly provided with everything that an estate 
should have. We can understand this chapter much better 
by assuming that the capitulary, without marking any 
radical departures, made many corrections and improve- 
ments in all parts of an older system. 

Mayer believes that the earlier code was issued in 778, 
when Charlemagne entrusted the “ villae regiae ” to the 
magnates of Aquitaine (*), presumably as benefices, if I 
understand Mayer correctly on page 115 of his article. 
This would then be a rather unique example of royal super- 
vision, carried into great detail, of estates devoted to the 
use of other men. Mayer endeavours to find support in the 
failure of philologists to agree on the provenance of the 
capitulary. Baiïst (*), and Jud and Spitzer (“), have found 
evidence for a northern origin : Winkler (°) holds for the 
south. Mayer affirms that, according to his understand- 
ing of their findings, the capitulary has a double linguistic 
basis. We can anticipate his next move. 

Carrying his series of assumptions one step farther, he 
holds that since Charlemagne promulgated the older code 


(4) De his omnibus supradictis nequaquam judicibus nostris asperum videa- 
tur si hoc requirimus : quia volumus ut et ipsi simili modo iunioribus eorum 
omnia absque ulla indignatione requirere studeant, et omnia quicquid homo 
in domo sua vel in villis suis habere debet, judices nostri in villis nostris 
habere debeant. 

(2) There is absolutely no direct proof for this assumption of Mayer. 

(3) Vierteljahrschrift für Soz. u. Wirt. Gesch., Bd, XII, p. 22. 

(1) Wôrter und Sachen, NI, p. 116. 

(5) Zeitschrift für Roman. Plulol., Bd. XXXVIT, p. 513 ; Bd. XXX VII, p. 554. 





« CAPITULARE DE VILLIS » 767 


for Aquitaine in 778, it was probably an economic regu- 
lation borrowed from the north for the occasion and hence 
. containing northern words and usages (1). He attempts 
to show that those chapters which have been most clearly 
assigned to the north by the philologists, fall in this code. 
In similar fashion, those chapters particularly claimed for 
the south by Winkler occur in the new code, issued in 
Aquitaine. All this is waste of ingenuity unless the 
results of the philologists support such a series of guesses 
in fairly decisive manner. This, I submit, they do not do. 
Their discussion has not reached the point where they 
admit such a partition of chapters. Not only do both 
sides deny the validity of their opponent’s reasoning, but 
there are several chapters in which one party claims a 
word of undoubtedly northern origin while the other finds 
an equally evident southern word, — 8. 13, 42, 70 (?). 
Furthermore, Winkler claims 3, 4, 23, 42 and 45 for the 
south, contrary to Mayer's division : equally contrary is 
the attribution of 10; 27, 34, 66 and 70 to the north by the 
other group of philologists. Finally, chapter 13 does not 
support Mayer so well as he claims. In it (placed by 
Mayer in the older code) oceurs the phrase “ equos emis- 
sarios, id est waraniones ” — and Winkler puts it in the 
south on the basis of the word “ waraniones ?”. Mayer 
explains that the chapter is originally from the north but 
that, as the wording shows, the unfamiliar term “ equos 
emissarics ” was translated by a southern term at the time 
of the ‘ reception ” of this northern code in 778. “This 
reasoning Ccuts both ways and complicates Mayer’s chance 
of explaining chapter 42. It contains the words “ secures, 
id est cuniadas ”, and is assigned philologically to the 
north (in agreement with Mayer), on the basis of “ cunia- 
das ”. But how explain the “ id est ”? When brought to 
Aquitaine, was the word “ secures ” rendered by a northern 
word? Or was the phrase left untouched? On the whole, 
there are too many complications in the philological field : 


(4) This tacitly denies the existence of any sort of domainial regulation in 
the south before 778, or at least the entire replacement of such a regulation 
by the northern code. 

(?) See Winkler’s later article for useful comparative results, tabulated. 


768 C'EHMTAYLOË 


it does not give the positive results that alone will help 
Mayer's argument. 

If the capitulary was issued in connection with Louis’ - 
reforms of 794, or at any other time by Charlemagne, itis 
indeed probable that oldèr economic regulations were 
utilized as a basis and that the capitulary was not an 
entire novelty. But some safer method than Mayer’s must 
be found in order to separate and classify the components 
of the ordinance in point of age and of origin. 


CHARLES H. TAYLOR. 


Les Financiers d'Arras 


CONTRIBUTION A L’ÉTUDE 
DES ORIGINES DU CAPITALISME MODERNE 


(Suite) 


Dans la seconde partie de notre étude nous avons 
réuni en cinq tableaux : 


I, un relevé d’opérations de prêt conclues par des 
membres de la famille Crespin ; 

II, un relevé de rentes viagères constituées par des 
membres de la famille Crespin ; 

III, un relevé d'opérations de prêt conclues par des 
membres de la famille Louchart ; 

IV, un relevé de rentes viagères constituées par des 
membres de la famille Louchart ; 

V, un relevé d'opérations de prêt conclues par d’autres 
bourgeois d'Arras. 


Ces relevés n’ont pas la prétention d’être absolument 
complets, spécialement le dernier ; ils nous ont paru suffi- 
sants pour justifier les conclusions que nous avons expo- 
sées dans notre première partie. 





et un autre 





et Gérard 
seigneur de Prouvy 


(1) Les paiements, échelonnés sur six années, sont de 500 I. n. chacun. 


(2) Michel de Harnes cautionne l’obligation de la comtesse Jeanne envers l’avoué d’Arras ct 
promet de lui oktenir le cautionnement d’Arnulphin d’Audensrde et de Raoul de Mortagne. 
Acût 1225. | 














770 G. BIGWOOD 
UN jf} DATE DE 
Æ £ | L'OPÉRATION OÙ Nu a L 
3 & | Tour AU MoINs PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DU 
EYE DU DOCUMENT 
1 (février 1223) : Baldus Crespin Gui de Châtillon, 1040 1]. p. 
et deux autres comte de Sairt Pol | 
2 juillet 1223 Baldus Crespin Le même 9000 I. pM 
et trois autres 
3 août 1225 Robert el Baudouin Jeanne, comtesse de 2050 I. D. 
Crespin, dit « Strabo » | Flandre et äe Hainaut i 
et un autre 
4 (décembre 1242) Robert, fils de feu Guillaume de Ken. 
Robert Crespin chevalier de Carency 
5 (19 août 1244) Ermenfroy, fils de feu Robert de Thourotte, 
Robert Crespin évêque de Liége 
et un autre | 
6 {mai 1245) Ermenfroy, fils de feu Le même 1400 I. pe 
Robert Crespin È 
et un autre 
#i (octobre 1253) Robert dit Cr2spin Jean d’Audenarde 500 I. p. 
chevalier 
8 avril 1258 Colart Crespin Evrars à le Take 250 1. p.64 
$ 
9 juin 1264 Robert Crespin, Calais 579 1.4 
fils de Robert Crespin 
10 Robert Crespin Comtesse de Flandre 1200 I. p.46 
et un autre 
11 Ermenfroy Crespin Eustache de Rœux 1678 ]. p. 


| 
| 
| 
| 


(3) Les cauticns sont: les chevaliers Jehan de Goy et Jehan de Tonciel; Robert Brise-Espèe… 


de Vilers, Baudouin Bridous del Maisnil, Colart del Cariacul, Eubert Clingvel de Carency et Gil9s 
dit Barlet de Carcrcy. 


(4) Le 26 mai 1246, la caution reconnaît que le débiteur principal l’a libérée et lui à remis les 


lettres d'engagement qu'elle avait souscrites. 


(5) Idem. 


FINANCIERS D'’AREAS 


Ernest mer À 


pme es 





ÉCHÉANCE 








LIEU 





DATE 


SOMME 


PRÊTÉE 


CAUTIONS 





SOURCES 


men OR + AIR 2 DA A RE LORIE DS LD DANS LE 2 AR RE EE RE EL A REPLI 0 LAURE LE OCR PNEUS AIO EE DE EE PE ER 
| 


Arras 


AITAS 


AITAS 


Arras 


Arras 


AITas 





Octave de la 
Purification 


Toussaint 1223, 
Purification 1224. 
Ascens. 1224, etc. (1) 
Saint-Jean Baptiste 
(1226) 

Veille de Toussaint 
1243 


Pâques 1245 
Octave de 
l’'Épiphanie 1246 
30 septembre 1254 
Quinzaine de 


Saint-Remi 


15 juin 1264 











Daniel, avoué d'Arras 


Le même 


Fétmémes() 


Sept cautions 
personnelles (3) 


Hugues de Châtillon, 


comte de Saiut-Pol 
et de Blois (4) 


Le même (°) 


Gui de Dampierre (?) 





Arch. Nord. B 1009 


God. 376 


Arch. Nord. B 1009 
God. 381 


Arch. Nord. B 1010 
God. 414, 415, 416 


Tailliar n° 48 p. 110 
G. Des Marez n° 4 


Bormans 
et Schoolmeester 
p. 466 n° 378 
D 517 n0:423 


Ibid. p. 490 no 398 
DiaLrono%423 


Marguerite de Flandre (6)! Arch. Nord. B. 1543 


God. 1032 


Arch. Tournai 
Greffe scabinal 
Arch. Pas-de-Calais 
At1A1GOU:. 602 
ATEL NOTES. D'H4033 
God. 1486 


AYChÆNordreR 4033 
God. 1490 


(6) Le 23 novembre 1255, Jean, sire d’Audenarde et sa femme Aeli:, dame de Rosoit, garan- 


_ tissent la comtesse de Flandre de son cautionnement de leur obligation envers Robert Crespin 
et Symon le Petit, se montant pour chacun des débiteurs à 375 1. p. Cf. annexe V, n° 22 — 


ArohaGen Ch c'"SRlandre n"21310-et:1311; 


(7) Avec le principal le débiteur devait payer 30 I. de « bienfait »; en cas de non paiement d’au 
: rucins la moitié, toute la dette était due, avec 60 livres de bienfait, au samedi après la mi-avril 1259. 
(8) Le 27 juin 1267, Jean du Mont-Saint-Eloi, clerc de la ccmtesse, paie un acompte de 640 1. p. 
| (9) Le 6 août 1267, Nicolas de Fontaines, évêque de Cambrai, se constitue caution envers 
__ Gui de Dampierre. 


G. BIGWOOD 


et Saintien leu: sœur, 
enfants de feu 
Isabelle Dourhete 


(1) Le 16 avril 1268, le débiteur autorise la comtesse Marguerite à saisir tous les biens qui lui 
appartiennent, tenus de la comtesse, en cas de non paiement. 

(2) La véritable débitrice est la comtesse Marguerite; en janvier 1269, elle s’engage envers les 
deux bourgeois de Douai à leur payer cette somme et à les tenir indemnes jusqu’à concurrence du 














2 1 DATE DE 
Le ; 
É A L'OPÉRATION OU x 
Ë = TOUT AO MOINS PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
sn DU DOCUMENT 
12 17 sept. 1267 Ermenfroi el Comtesse Marguerite 1620 I. p. 
Robert Crespin de Flandre 
13 (janvier 1268) Ermenfroi Crespin Gui de Dampierre. 1625 14-0. p. 
comte de Flandre 
14 (16 août 1268) Ermenfroi Crespin Arnoul, comte d2 Guines 6000 I. 
et un autre et châtelain 
de Bourbourg (1) 
15 Ermenfroi Crespin Baude d’Estrées et AQU LED: 
Simon Malet, 
bourgeois de Douai: 
comtesse Marguerite 
de Flandre (2?) 
16 janvier 1273 Robert Crespin, Echevins et communauté 472 1. p. 
fils d'Ermenfroi Crespin de Béthune 
47 mars 1274 Le même Les mêmes 195 L. p. 4 
| 
48 février 1275 Le même Guillaume de Locres, 330 I. p. | 
sire de Herbusterne 
et Robert de Gommecourt, 
chevaliers 
19 Baudouin Crespin Gand 2800 1. p. 
20 | (décembre 1274) Robert Crespin, Abhé Adam et couvent 300 L. p. 
fils d’Ermenfroi de Saint-Sauveur 
et un aut'e d’Anchin 
21 (août 1276) Baudouin Crespin Philippe de Bourbourg, | 3664 1. m. F1 
et deux autres seigneur de Verlenghe- 
hem et huit bourgeois 
de Douai 
22 ( 1276) Baudouin Crespin, Comtesse Marguerite 7500 1]. p. 
fils de Baudouin crespin de Flandre 
23 septembre 1277 |[Baude et Robert Crespin| Echevins et commune 155 Lp 


de Gand 


tiers du principal, de tout préjudice qu’ils pourraient éprouver. 


ENT ST 


ÉCHÉANCE 


LIEU DATE 


… Arras samedi après la 
| Chandeleur 1268 
Arras samedi après la 


Chandeleur 1268 








Douai 24 juin 1269 
ou Arras 
Arras samedi après la 
Chandeleur 1276 (?) 
Arras samedi après 


Pâques 1275 (?) 


Arras 4 août 1276 


Renenghes 1277 


Arras Chandeleur 
(en 5 termes égaux) 


Arras samedi avant la 
saint Pierre d’août 





FINANCIERS D'AFRAS 


CAUTIONS 


Comtesse Marguerite 


Solidarité 


Solidarité 


Coimnte Gui et Robert 
son fils aîné 


Comtesse Marguerite 
et comte Gui (?) 


Villes (4) 





773 










SOURCES 





A DE DR D + 0 3 A M 0 M RO OR ER D 


Saint-Genois 129 
Gaillard 518 


Arch. Nord. B 4033 
God. 1512 


Saint-Genois 137 
Arch. Nord B 4033 
God. 1554 


Saint-Genois 174 
Saint-Genois 178 


Tailliar p. 326 n° 213: 


Cart. Gand 
Comptes, 1051 


Arch. Nord B 4034 
God. 1852 


Arch. Nord B 1561 
n° 205 
V. Gaillard 517 


Arch. Nord B 1561 
n° 539 
God. 1951 


Saint-Genois 214 


(3) Les cautions sont les véritables emprunteurs. — 1200 ]. furent payées à l’échéance et le solde 


fut reporté à un an, 


(4) Le Franc de Bruges s’engagea pour 2500 1., la ville de Bergues pour 1500, celle de Douai 
pour 1000, celle d’Ardembourg pour 1000, celles de Nicuvort et de Gravelines pour 750 1. chacune. 


NUMÉROS 
D'ORDRE 


30 


31 


32 


33 





DATE DE 
L'OPÉRATION OÙ 
TOUT AU MOINS 

DU DOCUMENT 


ne 
(4 


décembre 12 


G. BIGWOCD 


PRÊTEURS 


Robert Crespin 





EMPRUNTEURS 


Echevins et commune 
de Gand 


SOMME DUE ! 


| 


| 
700 1. 60 s. p. 


décembre 1277 Le même Les mêmes 835-4 D. 
Ter Nicolas Crespin, fils de Nicolas de Condé, 1400 I. p. 
, feu Ermenfroi Crespin sire de Morialmé 
et un autre 
| 
février 1278 Baude Crespin, Echevins et commune 548 |. p. | 
fils de feu Robert de Gand | 
mars 1279 Nicolas et Robert Nicolas de Condé, 600 I. p. 
Crespin, frères, fils de sire de Morialmé et | 
feu Ermenfroi Crespin Catherine, dame de | 
Carenci, sa femme | 
Robert Crespin, fils de Les mêmes LUE DA | 
feu Ermenfroi Crespin | 
Robert Crespin. fils de Echevins et commune 400 1. p. | 
feu Robert de Béthune ({) | 
Baude Crespin, fils de | Echevins de Warnelon, 288-5-0 p. 4 
feu Robert Crespin de Kemmel | 
et de Houpelinnes () 
{août 1282) Nicolas Crespin Nicolas de Condé 2175-L 67 
et un autre et Catherine de Carenci, 
sa femme 
Baude Crespin Ypres 5434 ]. D. 
Le même Ypres 2645 1]. p. 
Le même Ypres 1150 I. p. 
Le même Ypres 1671-9 p. 
Le même Ypres 1380 ]. p. 
(1) Le débiteur principal s'engage à indemniser la caution. — Cf. tableau V, n° 107. 


(2) Les débiteurs principaux promettent d’indemniser la caution. 
(3) En avril 1279 (1280), les débiteurs principaux s'engagent solidairement à rembourser la 


semme due au cemte à la Pentecôte 1280. 


(4) En mars 1280, le comte Robert de Nevers, sire de Béthune et de Termonde, reconnaît que 


1 
1 


Qt 


FINANCIERS D'ARRAS 


À 000 

















ÉCHÉANCE 
SOMME k 
= aies CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 
LIEU AYDATE 
a 8 de PR AE RS I DER LAN RE ALT RENE à MSN ee M LR ALAAS 
Arras vendredi après Saint-Genois nv 215 
| 15 décembre 1278 
Arras vendredi après Saint-Genois n° 216 
15 décembre 1278 
Comte Gui de Flandre (!)| Arch. Nord B 4034 
God, 1991 
ATTas samedi avant Saint-Genois no 220 
15 août 1278 
Le même (2) Arch. Nord B 4035 
God. 2049 
Le même (à) Saint-Genois n° 248 
2 mars 1281 Saint-Genois n° 259 
rras ou 11 novembre 1280 Saint-Genois n° 265 
en cité Arch. Gén. 
Chtes Ctes Flandre 
no 1363 
Pâques, Saint-Jean el Le même Arch. Nord B 4058 
Toussaint de God. 239%5 
1283-1284 et 1285 (°) 
ATTas 2 février 1282 Des Marez et 
De Sagher, I, p. 
Arras 2 février 1282 Ibidem I, p. 73 
ATTAS 2 février 1282 Ibidem I, p. 7 
Arras 15 avril 1282 Ibidem I, p. 73 
Arras 25 avril 1282 Ibidem I, p. 73 





l'emprunt a été contracté à son profit exclusif et s'engage à le rembourser et à reprendre la lettre 
d'obligation. Il donne des garanties. 

(5) En juillet 1280, Robert, comte de Nevers et sire de Béthune et de Termonde, reconnaît que 
l'emprunt a été contracté à son profit exelusif et s'engage à le payer à son échéance. T1 donne 
des garanties. 

(6) Les trois échéances étaient respectivement de 362 1/2 1., 150 1. et 212 1/2 1. Cf. tableau V, n° 121. 


776 G. BIGWOOD 


QD DD AL 





2 1 DATE DE 
ca ; L 
Æ À | L’OPÉRATION OU ARE 
SAS ARE VE Te PRÊTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
E a DU DOCUMENT | . 
F3 
$ 
38 12 février 1284 Baude Crespin, Calais 400 1. p. (1 
fils d'Isabelle Caignete re 
39 novembre 1283 Baude Crespin Bruges 928 1. p. (2 


Le oi) 


40 mai 1284 Nicolas Crespin, Bruges 1140 1. ps 
fils d’'Ermenfroi . 


al . Jean Crespin Bruges 590 1. p. FI 






42 Baude Crespin Bruges 75.5.10 gros 
17 Le même | Bruges 200 I. gr. {: 


44 Le même Bruges 1265.12.0 p. 





45 Le même Bruges 684.8.0 p. 
46 Le même Bruges 647.10.6 p. 
47 Le même Bruges 1095.0.10 p. 
48 20 janvier 1285 Le même Bruges 3480 1. p: 
49 (mars 1285) Le même Jean Mirael () 1392 1’ 
50 Le même Bruges 211 11972 
51 8 avril 1285 Le même Bruges 1200 1. p: 
52 1% avril 1285 Le même Bruges 590 1. p. 
Ds: 1er mai 1285 Le même Bruges 

54 1er mai 1285 Le même Bruges 

55 Le même Bruges 240 1. gros t. 
26 1er juillet 1285 Le même Bruges 354 l..p 


1) Cette sonime figure comme ercore due dans les listes de dettes à régler en 1285 et 1287. | 
2) Remboursée à son échéance. 

3) Paiement d une dette antérieure probablement conclue un an aunaravant. 

4) Le 1° mars 1285, la ville de Bruges emprunte 926-13-&8 à Jean Mirael et s'engage à rem- 


és ftdhéenmt és 2 À 


1 
1 
1 


FINANCIERS D'ARRAS 





ÉCHÉANCE 
SOMME 
re CAUTIONS SOURCES 
PRETÉE 
LIEU DATE 


EE 
il 
Arch. Pas-de-Calais 
A 39 God. 794 et 
À 8754, 8756 
novembre 1284 800 1. p. Comples de Bruges 
1283/4 fol. 1 17vo et 
1284/5 f. Gvo 








mai 1285 1000 1. p. Ibidem 
9 août 1284 Comptes de Bruges 
1283/4 f. 10vo 
1er mars 1285 (?) Ibidem f. 17vo 
mars 1285 (?) lbidem f. 17vo 
avril 1285 (?) Ibidem f. 17vo 
31 juillet 1285 .(?) lbidem f. 17vo 
août 1285 (?) Ibidem f. 17vo 
août 1285 (?) Ibidem f. 17vo 
janvier 1286 3000 1. p. Comptes de Bruges 
284/5 fol. 1 et 22vo 
7 novembre 1285 Ibidem 
1er mars 1286 (?) Comptes de Bruges 
1284/5 f. 2èvo 
S avril 1286 1000 I. p. Comptes de Bruges 
1284/5" f. L et 22vo 
13 avril 1286 SOUUETT Ibidem 
SOUS A) Comptes de Bruges 
1284/5 fol, 1 et 6vo 
308 1. p. Ibidem 
mars 1286 (?) | Comptes de. Bruges 
1284/5 Î. 22vo 
1er juillet 1286 300 1. p. Comptes de Bruges 
1284/5 fol. 1 et 22vo- 








bourser à B. Crespin 1000 1. pour contribuer à racheter l'obligation en sa rossesion à charge de 
J. Mirael. 

(5) Cette scrame, et celle du numéro suivant, semblent avoir servi à racheter le mème jour 
deux lettres de 324 et 321 livres. 

(6) C’est le renouvellement au taux de 20 p. c. du n 43. 


NUMÉROS 
D'ORDRE 





64 


65 
66 


A | EN | 1 1 
R [Je] tt nc © 


1 


778 





DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 
DU DOCUMENT 


([15] sept. 1286) 


(novembre 1286) 


(novembre 1286) 


novembre 1286 (5). 


janvier 1287 


15 février 1287 


( février 1287) 


(14 février 1287) 


(14 février 1287) 


(14 février 1287) 
| (1er mars 1287) 
| (8 avril 1287) 
(24 avril 1287) 


(25 avril 1287) 








G. BIGWOOD 





PRÉTEURS 


Baude Crespin 


Le même 


Le même 


Robert et Baude Crespin 


Les mêmes 


Les mêmes 


Les mêmes 


Les mêmes 


Les mêmes 


Les mêmes 


Nicolas Crespin 


Robert et Baude Crespin 
Egide Crespin 
Henri Crespin 

Robert et Baude Crespin 

Les mêmes 
Les mêmes 


Les mêmes 








EMPRUNTEURS 


Bruges 


Bruges 
Bruges 


Calais 


Audenarde (3) 


Furnes (1) 


Gand 


Jehan de le Plaigne, 


chevalier 


Gui de Dampierre (f) 


Gui de Dampierre 


Bruges 


Bruges 
Bruges 
Bruges 
Bruges 
Bruges 
Bruges 


Bruges 


(1) C’est le rencuvellement, au taux de 20 p. €., än n° 44. 
(2) C’est le renouvellement, au taux de 20 p. c., du n° 47. 
(3) Le véritable bénéficiaire du prêt est le comte Gui; son fils Robert garantit l'engagement 


de son père. 








SOMME DUE 





1518.14.0 1.p. (1) 


1466 1. p. 


1303.2.0 p. (2) 


340 1. p. 


2490 1. p. M 


1400 1. p. 


10141.15.0 p. 


100 I. p. 


100 1. p. 
1296 1. p. 


800 I p. {$) 


1140 I. p. 
342 1. p. 
342 1. D. 















| 


600 1. gr. t. (®) 


2326.10.0 p. 
1973.13.0 D. 
Re80 1. p. 


(4) Les véritables bénéficiaires du prêt sont le comte Gui et son fils Robert, qui garantissent 


la ville. 


(5) La date indiquée est celle de l’engagement de la ville de garantir le comte contre les consé- 


quences de sa caution. 


Je ( 


FINANCIERS D'ARRAS 119 








ÉCHÉANCE 






== SOMME 








As CAUTIONS SOURCES 
PRÈTÉE 


INLIEU DATE 

















24 avril 1286 (?) Comptes de Bruges 
1284/5 fol. 22vo 
août 1286 (?) Ibidem 
août 1286 : (?) Ibidem 
| (15) septembre 1287 Arch. Pas-de-Calais 
A 8755 
| 11 février 1287 Solidarité des échevins | Saint-Genois 422 
| et de la communauté 
Arras ou | 11 novembre 1288 (?) Solidarité des échevins Saint-Genois 423 
ren cité et de la communauté 
\rras ou | Octave de St-Jean Gui de Dampierre | Arch. Etat Gand 
Len cité 1287 Fonds autrichien 
24 juin 1287 V. Gailliard 767 
Noël 1287 Saint-Genois 428 
1er mars 1288 Ville de Bruges (?) (7) Arch. Etat Bruges 
carton 1bis 9 
Arras février 1288 Comptes de Bruges 
1287/8 Î. Svo 
14 février 1288 Ibidem 
14 février 1288 Jbidem 
| 14 février 1288 Ibidem 
{er mars 1288 Jbidem 
8 avril 1288 Jbidem 
24 avril 1288 Ibidem 
95 avril 1282 Ibidem 


(6) Le véritable emprunteur est Henri de Moorselede, chevalier, qui gerantit le :omte Gui 
contre toutes les conséquences de son intervention et s'engage à payer à l’échéance. 

(7) Le cautionnement de Bruges n’est pas certain. Mais la ville s’engagea envers le comte à 
effectuer ce paiement; les frais étaient à charge de Gui de Dampierre; la ville se remboursait, 
ainsi que d’une obligation semblable de 5000 1. par compensation ävec les 10000 1. p. qu’elle devait 
le 20° jour après Noël 1287 et avec la rente annuelle de 1000 I. p. 

(8) La ville paie en même temps 80 1. pour « manaie ». 

(9) À titre de « manaie », de 6000 1. p. 





780 G. BIGWOCD 





NUMÉROS 
D'ORDRE 


1 
Qt 


76 


77 


78 


19 


DATE DE 
L'OPÉRATION OU x à x 
OPA TU MONS PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 


DU DOCUMENT 





(27 juin 1287) Jehan, frère Mons (1 234 1. p. 
Baude Crespin 


(août 1288) Robert et Baude Crespin | Abbaye de St-Amand 3904.3.0 p. 
en Pévèle 


14 octobre 1288 . Les mêmes Bruges (3) 3360 I. p. 
14 octobre 1288 Les mêmes Ypres ue 3360 1. p. 
(octobre 1288) Les mêmes Guillaume de Flandre, 1280 1. p. 


sire de Crèvecœur 


(25 mars 1289) Les mêmes Abbé et couvent de aL78 LD. 
Saint-Pierre d'Hasnon 
‘diocèse d’Arras) 


Les mêmes Bruges 3630 I. p. 
15 avril 1289 Les mêmes Gui de Dampierre 288 1. p. 
octobre 1289 Les. mêmes Gui de Dampierre 489.3.0 . 


et Simon Malet, 
bourgeois de Douai 





Les mêmes Gui de Dampierre 3439.14.0 p. 


Les mêmes Bruges (8) 6918 1. 


(1) Le véritable débiteur est Jean d’Avesnes, comte de Hainaut, qui garantit la ville. 

(2) C’est le comte qui est le véritable emprunteur. — I1 garantit le couvent. — Les premières 
échéances sont de 1000 1. ; la dernière de 984-3-0. — Original cancellé. Le comte obtint que l'échéance 
de 1390 füt prorogée d’un an « sans coust et sans frais ». 

(#) Le comte Gui, pour qui la ville a contracté cet emprunt, s’oblige à le rembourser et garantit 
la ville contre tout préjudice. 1] lui feurnira en outre la caution de son fils, le comte de Nevers, et 
de Sohier de Bailleul. 


FINANCIERS D'ARRAS 781 


oo 


ÉCHÉANCE 





SOMME 


g, Ra CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 





| LIEU DATE 





26 juin 1288 Devillers Cens II 
p. 269 
Arras è4 juin 1289, Gui de Dampierre {2) | Arch. Nord B 4045 
1290112917 1292 God. 2942 


Saint-Genois 531 


Arras 15 octobre 1289 Comptes de Bruges 
1287/8 fol. 27vo 
et Arch. Etat 

Bruges carton 1bis 
no 10 


Des Marez et 
De Sagher, I, p. 100 


1er octobre 1289 Le même (°) V. Gaillard n° 519 
et Arch. Nord B 1568 
n° 300 et B 4045 


God. 2956 
Assénement sur les Arch. Nord B 1476 
biens de l’abbaye sis et B 1568 
en Flandre (5) ire page 
God. 3021 
(5Pavril 1290) (7) Comptes de Bruges 
1289/90 :f. 10 
Arras. Jean d’Avesnes, Arch. Nord B 4046 
comte de Hainaut God. 3037 
2 février 1293 Saint-Genois n° 508 
23 novembre 1290 (?) Assignation sur l’aide | Chartes de Flandre 
des bonnes villes Supplément L n° 61 
ATTas 29 novembre 1290 Comptes de Bruges 


1289/90 fol. 62 
Chart. Ctes de Flandre 
Supplément L n° 61 


(4) L: comte Gui, véritable bénéficiaire du prêt, garantit la ville. 

(5) L’emprunteur garantit la caution par acte particulier. 

(6) Le comte de Flandre donna son consentement. 

(7) À l’échésnce, on ne paya que 500 I.; le solde fut rerouvelé au 25 avril 1291. Cf. n° 90. 

(8) Le véritable débiteur est le comte de Flañïdre; ses cauticns envers la ville sont le comte 
de Nevers et Siger, seigneur de Bailleul. — Destiné à un payement au duc de Brabant. — L’em- 
prunt coûtait à son échéance 236 1. 





NUMÉROS 
D'ORDRE 


O0 
[ep] 


88 
89 


90 


93 


94 


98 


G. BIGWOCD 





DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 
DU DOCUMENT 


2 avril 1290 


(@5 avril 1290) 


juin 1290 


juillet 1290 





Toussaint 1290 


29 novembre 1290 





PRÉTEURS 


Robert et Baude Crespin 
Les mêmes 
Les mêmes 
Jehan Crespin, 
frère Robert 


Robert et Baude Crespin 


Les mêmes 
Les mêmes 


Les mêmes 


Jacques Douchet, 
« sub nomine » de Baude, 
fils de Jean Crespin 


Robert et Baude Crespin 
Les mêmes 


Les mêmes 


Les mêmes 


EMPRUNTEURS 


Bruges (1) 


Gui de Dampierre 


Le même 


Le même 
Bruges 


Bruges 


Bruges 


Gui de Dampierre 
comte de Flandre 


Bruges 


Damme 
Cassel 


Bruges 


Bruges 


SOMME DUE 


3819.12.0 D. 


1405 I. p. 


1000 1. p. (2) 
1060 I. p. 


3443 1. p. (®) 


3025 1. :p: 


1430 1. p. 


2800 TD 


228 |: 


600 1. 
100 1. 
1120 1. p. 


2256 1. D. 


G@) Le véritable débiteur est le comte de Flandre: les garanties de la ville consistent dans 
l’aide due au comte par le Franc, payable le 11 noverrbre 1290. 

(2) C’est un renouvellement. 

(3) C’est le renouvellement partiel du n° 81, augmentée de 10 p. c. La ville paye en plus 10 Il. 
« nomine pene pro e0 quod pecuniam conventam recipere à villa non recepit ». 

(4) Eraprunt réglé à la date indiquée. — Ce serait un rerouvellement. 

(5) Emprunt réglé à son échéance. 








PR CT D + 


ÉCHÉANCE 








LIEU DATE 


FINANCIERS D'ARRAS 783 
SOMME 

+ CAUTIONS SOURCES 
PRETEÉE 


LR REA TE DRE RER RAT LR GP PT GE RES VE DM TR DRE LCR AR SAE A DEPOT POSTE DIE A DA AIS SR LE PTE Eu ETES I RO GE DES AN 


Arras 29 novembre 1290 
29 novembre 1290 
25 décembre 1290 

2loavril 1291 

Arras 29 avril 1291 


15 mai 1291 (“) 
juin 1291 () 
24 juin 1291 


juillet 1291 (7) 


ler septembre 1291 (S) 
1er septembre 1291 (°) 
21" octobree1291; (19) 


29 novembre 129102) 


3130 1. p. 


1300 1. p. 


1000 1, p. 


3800 1. p. 


Comptes de Bruges 
128)9/90 fol. 62 


Chart. Ctes de Flandre 
SUPDHRELARSVOE 


Ibidem 


Ibidem 


Comptes de Bruges 
1290/92 fol. 11vo 


Comptes de Bruges 
1289/9090 fol. 39vo 
1290/92 fol. 11vo 


Comptes de Bruges 
1289/90 fol. 2 et 39vo; 
1290/92 f. 11vo 


Chart. Ctes de Flandre 
Suppl. L n° 61 


Comptes de Bruges 
1289/90 fol. 2 et 39vo; 
1290/92 fol. 12 et 38vo; 
1292"f0r7 13 
Saint-Genois 614 
Saint-Genois 614 
Comptes de Bruges 
1289/90 101:.2%et39 "vs; 
1290/92 fol. 12 


Comptes de Bruges 
1290/92 fol. 12 


(6) Les créanciers étant assignés sur l’aide accordée par Bruges, c’est à cette ville qu’il 


incombait de payer. 


(7) En juillet 1291, Bruges paie 2£ 1. 16 s. pour « manaium », et en 1292, elle fait un versement 
identique; de plus à cette date, le titre ancien est remj:lacé par un nouveau « sub nomine Jacpbi 


fi Coppin Douchet ». 


(8) C’est une première échéance; elle n’est réglée que le 9 décembre 1291. 
(2) C’est une première échéance; elle n’est réglée que le 9 décembre 1291. 
(10) Emprunt réglé à son échéance, 
(11) Emprunt réglé à l’échsance. — C’est le renouvellement presque istégral du n° 86. 


mt 1 it Éltnbitest dil 


784 G. BIGWOOD 


EE QC 











£ É De OÙ A 
$E TOUT AU MOINS PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
ste DU DOCUMENT 
DO PE RE D ES EEE LE LEE 2 | 
99 février 1291 Robert et Baude Crespin Abbé et couvent de 11300 I. p. 
St-Amand-en-Pévèle 
100 mai 1291 Les mêmes Dunkerque /?) 659.10.0 p. 
101 mai 1291 Les mêmes Bourbourg (3) 1100 1. p. 
102 15 mai 1291 Les mêmes Bruges 908 L. p. 
103 15 mai 1291 Les mêmes + Bruges 1332. L.:p- 
104 Les mêmes Bruges LES APARDE 
105 juin 1291 Les mêmes Bruges LE20 2 1k4pt 
106 HUINATAUE Les mêmes Bruges 330 LED: 
107 à juin 1291 Les mêmes Bruges 3136" 4° p: 
108 1er juillet 1291 Les mêmes Bruges 4480 1. p. 
109 juillet 1291 Baude Crespin, Jean, sire de Dampierre DODU AD: 
fils de Baude 
110 | {Ap.) août 1291 - Jean Crespin Ville et pays de Merck | 472 1. p:(# 
111 Robert et Baude Crespin | Courtrai et Audenarde FU AS: 
112 mai 1292 Les mêmes Gui de Dampierre, DA LELNEER 


cte de Flandre et ses fils 
Robert et Guillaume (2?) 


(1) Cet emprunt semble comprerère celui du n° 76; les deux premières échéances &nnuelles 
étaient de 1400 1., la troisième de 1500 et les sept autres de 1000 1. 

(2) Le véritable emprunteur esi le comte Gui de Dampierre, qui garantit la ville. Original 
cancellé. 

(3) Le véritable emprunteur est le comte Gui de Dampierre, qui garantit la ville. Original 
cancellé. 

(4) Emprunt remboursé à son échéance. 

(5) Emprunt remboursable et remboursé à son échéance « sub nomine Audefridi filii Andree 
Louchard ». 

(6) Emprurt reniboursé à la date indiquée, dont l’origine n’est pas connue. 


FINANCIERS D'ARPAS 785 





SOMME 


Roue CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 











24 juin 1292-1301 (1) Gui de Dampierre Arch. Nord. B 4048 
God. 3220 
| 15 avril 1292 Saint-Genois 590 
| Arras 15 mai 1292 Arch. Nord. B 4049 
| ou cité God. 3248 
150mar 1292: () 8101 16$ p. Comptes de Bruges 
| 1290/92 fol. 1 et 38vo 
11891 165 D. et 1292 fol. 12 
15 mai 129 (5 Ibidem 
| juin,1292:(°) 1400 I. p. Ibidem 
juin 1292 1000 1 .p. Ibidem 
| 
juin 1292 300 1. p. Ibidem 
} 24 juin 1292 (7) Ibidem 
| « 
| 1er juillet 1292 (8) 4000 1. p. Comptes de Bruges 
| | 1290/92 fol. 1 et 38vo 
| 1292 fol. 13 
Arras juillet 1292 Le même (?) Arch. Nord. B 4049 
ou cité God. 3260 
ap. août 1292 Arch. Pas-de-Calais 
A 877 
19" avril 1293 (11) V. Gaillard 728 
Arras 24 juin 1293 Solidarité Saint-Genois n° 637 
ju Douai Arch. Nord. B 4050 
| God. 3361 
(7) Emprunt remboursé le 2 juin 1292. — C’était un renouvellement. 


(8) Emprunt réglé à son échéance. 

(9) Emprunt connu par l’acte de garantie du débiteur envers la caution. 

(10) Du chef d’un mois de retard dans le paiement, la ville dut payer 9 1. 5 s. Elle paya en 
empruntant à d’autres. 

(11) Echéance réglée le 3 mai 1295. 

(12) Le véritable emprunteur est le duc de Brabant, Jean, qui promet (juin 1292» de garantir 
» les princes flamands et donne comme cautions de son engagement, ses cousins Hugues de Chatillon, 

comte de Blois et seigneur d’Avesres, Gui et Jacques de Saint-Pol, et Godefroid de Brabant, 

seigneur d’Arschot et de Vierson, lesquels acceptent. 


03 





—) 
QC 
© 


G. BIGWOOD 


| 
| 








2 ta DATE DE 

Se L'OPÉRATION OU NE k HN ” 3 

2 & | rouT AU Moins PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUI 
LE DU DOCUMENT ss 





113 9 mai 129 Jean Crespin Hugues de la Volrestrate,| 139% 1. p.. 
Ogier, fils de Huon, | 
Henri Boutele, Simon li 
Grute, fils de Baudouin, | 
Philippe Escafote, 
Godefroid li Jovenes, | 
Jourdains, fils de dame 
Cécile, Philippe de 








| Mairem, fils de Godefroid | 

| et Hugues, fils de Léone | 

| 

114 juin 1292 Robert et Baude Crespin Bruges (2?) 45000 1. p. 
| 

| | 

| | 

| | 

115 Les mêmes Ypres (3) 45000 1. p. 
116 juin 1292 Les mêmes Gui de Dampierre (1) 15000 I. p: 


et son fils Robert 


Ni 5) juin 12892 Les mêmes Courtrai 4700 I. p. 


118 16 octobre 129? Crespinois Wautier de Hondschoote. 2800 :F AP: 
sire de Houtkerque 





(1) Emprunt connu par l’acte de garantie des débiteurs envers les cautions. 

(2) L’emprunt est destiné au comte Gui de Dampierre. Dès mai 1292, le comte, et son fils 
Guillaume, sire de Crèvecæur, avaient garanti la ville. Le 16 septembre 1292, Isabelle, femme «du 
comte Gui et leur fils, Jean de Namur, confirment la même obligation. En outre, la rente de 
1000 livres annuelle due par Bruges au comte, ainsi que le revenu du tonlieu de Dam, étaient 

* offerts en garantie, Robert, comte de Nevers et Guillaume de Flandre, en qualité. d’héritiers 
présomptifs du comté, garantissent leur mère et leur frère Jean. (Septembre 1292.) Cf. n° 174. 
(3) L'emprunt n’est connu que par la garantie donnée (septembre 1292) par Robert, comte 


| ECHEANCE 
LIEU DATE 
AITAasS 29 novembre 1293 


ou Douai | et huit années sui- 
vantes par verse- 
ments de 5000 I. p. 
30 novembre 1293 
et huit années sui- 
vantes par verse- 
ments de 5000 I. p. 
Cité près | 30 novembre 1299 
d'Arras 
nou 
à Douai 
Arras 15 avril 1298 et 
ou cité | trois années suiv. (5) 


30 novembre 1293 


FINANCIERS D’ARRAS 787 








SOMME 


CAUTIONS SOURCES 


PRÊTÉE 


Comte Gui V. Gaillard 523 


et son fils Robert (1) 


Arch. Etat Bruges 
carton 1bis n° 16. 17 
Comptes de la ville 
de Bruges 1292 fol. 59 

et 1292/93 fol. 19; 

1298/99 fol. 8vo 

Arch Nord. B 1591 

pièce 25 God. 3299 


Arch. Nord. B 1591 
pièce 25 God. 3299 


Arch. Nord. B 4050 
God. 3366 


Arch. gén. Chartes 
ctes Flandre n° 1081 


Arch. Nord. B 4051 
God. 3404 


Gui de Dampierre () 


de Nevers et Guillaume de Flandre, à leur mère Isabelle, qui s’était portée garante envers la ville 
de l’obligation du comte, véritable bénéficiaire de l'emprunt. 

(4) Cette somme était destinée à concurrence de 5000 1. à Bruges et Ypres, et de 1000 à Bergues, 
Furnes, Nieuport, Dam et Ardenbourg. — L’emprunt a été remboursé le 26 septembre 1388 aux 
héritiers Crespin par Bruges moyennant 15000 francs. 

(5) Chaque paiement sera de 1175 1. p. 

(6) C’est à la demande des échevins et de la communauté de Furnes que le comte a donné 


sa garantie. 





NUMÉROS 
D'ORDRE 


788 G. BIGWOOD 







DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 
DU DOCUMENT 












PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 









119 


120 


121 


122 
123 


124 


125 


126 


127 


128 


15 


(ap.) août 1292 | Robert et Baude Crespin | Ville et pays de Merck 456 1. p. (2) 


octobre 1292 Baudouin, fils de Bruges 90H D 
Baudouin Crespin 


25 décembre 1292 | Robert et Baude Crespin | Gui de Dampierre (2) 4000 1, p. 


février 1293 Les mêmes Gui de Dampierre 40-7-4:1. p. 

(mars 1293) Les mêmes Bruges (3) 7000 1. p. 

mars 1293 Les mêmes Bruges (5) 7500 I. p. 

25 mars 1293 Robert Crespin AITas 1300e1:D: 

(30 avril 1293) Jean Crespin, Nicolas de Condé, 1392 4P 60: 
frère de Baude Crespin chevalier 

juin 1293 Robert et Baude Crespin Evrard, sire de Bevre 600 I. p. 


et de Wallens, châtelain 

de Dixmude, et Robert 
de Wavrin, sire de 
St-Venant, chevaliers 


août 1923-août 1924 Jean Crespin Ville et pays de Merck 1731121620: 


(21 nov. 1293) Robert et Baude Crespin Alost 960 I. p. 


(1) Le remboursement eut lieu avec six semaines de retard, ce qui coûta 13 L. 10 s. à la ville, 
ce qui donne 26 p. c. l’an. 

(2) Le comte de Flandre avait emprunté pour Joffroi, seigneur d’Aspremont, et son neveu 
Jean, sire de Dampierre et de Saint-Dizier, le garantit. 

(3) Le bénéficiaire était le comte Gui, qui garantit Bruges et lui donna comme cautions soli- 
daires de son engagement ses fils Robert et Guillaume et les chevaliers Guillaume de Mortagne, 
seigneur de Rumes et de Dossemer, Rasse, seigneur de Gavre, Jean, seigneur de Ghisteïlss, 















ÉCHÉANCE 


FINANCIERS D’ARRAS 


SOMME 


PRÊTÉE 






CAUTIONS : 


789 





SOURCES 








ap. août 1293 400 1. D. Arch. Pas-de-Calais 
A 877 
octobre 1293 500 1. p. Comptes de Bruges 
1292 fol 1 et 31 
1er octobre 1293 Saint-Genois 657 
et 1er octobre 1294 : 
1350 1. et 1300 
au 1er octobre 1295 
à première demande Saint-Genois 671 
Arras 24 juin 1294 Arch. Nord. B 1564 
ou Douai r. 145 et 146 
God. 3455 et 3456 
Arch. Etat Bruges 
carton 1bis 182? 
Gilliodts v. Severen I 
67, 68 et 93 
Arras 24 juin 129%5 Comptes de Bruges 
ou Douai 1292/93 fol. 19vo; 
1293/94 fol. 71vo, etc. 
. Arch. Comm. Arras 
cité par H. Guy p. 150 
Gui de Dampierre (4) Arch. Nord. B 4052 
God 3453 
Arras juillet 1294 Gui de Dampierre Arch. Nord. B 4052 
ou cité et ses fils et B 1568 God. 3485 
Robert et Guillaume 
avant août 1294 ROUE Arch. Pas-de-Calais 
A 877 
novembre 1294 Gui de Dampierre (S) Arch. Nord. B 4053 
God. 3527 
Roger de Ghistelles et Sohier de Baillieul, r'aréchal de Flandre, — qui acceptèrent. La comtesse 
Isabelle semble avoir été également caution. — Les lettres d'obligation du comte furent vidimées 
en décembre 1296 par Pierre, abbé de Saint-André, et Jean, abbé de Saint-Barthélemy d’Eeckout. 
=-.Cf/ 174. 


(4) Emprunt connu par la garantie donnée à la caution par le débiteur. 
(5) Le 21 novembre 1295, ües échevins et la communauté d’Alost promettent au prince &e 
l’indemniser, s’il subissait un préjudice. 


790 G. BIGWOOD 








DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 


’ PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
DU DOCUMENT : 


n 
Ô À 
Æ à 
& « 
ä © 
VE 








130 (12 déc. 1293) Robert et Baude Crespin Grammont 696 1. p. 
l 
131 Les mêmes Bruges 2280 1. p. | 
132 | Les mêmes Bruges 4 5360 |. p. 
133 2 février 1294 Les mêmes Bruges 2280 I. p: | 
| 
134 1er mars 129%, Les mêmes Bruges 970 I. p. 
135 (26 avril 1294) Les mêmes Bruges ($) 1100 I. p. 
136 mai 1294 Baude et Jean Crespin, | Guillaume de Condé, 830 1. p. 
frères chevalier 
137 19 juin 1294 Robert et Baude Crespin Bruges (8) 8000 I. p. 
138 Robert Crespin Bapaume et Lens | 3331.65. 8p.. 
139 26 août 1294 Robert et Baude Crespin Jacques de Donze, 293 10 D: 
receveur du comte (1°) 
140 | 14 janvier 1295 Les mêmes Bruges 2600 1. p. 
(1) Preaecniont de Grammontt d’indemniser le prince. — Une mention du 8° cartulaire de 


Flandre semble un peu en désaccord. 

(2) Cette dette fut renouvelée. Voir n° 140. 

(3) Cette dette fut renouvelée. Voir n° 142. 

(4) Semble avoir été renouvelé. Voir n° 141. 

(5) Cette dette fut renouvelée à son échéance. Voir n° 145. 

(6) Le comte Gui, véritable emprunteur, et son fils, le comte de Nevers, garantissent la ville. 
Le compte de la ville porte « comes Namurcensis ». Cf. n° 174. 


FINANCIERS D'’ARRAS 391 











D ee ee ee om me 


| ÉCHÉANCE | 
SOMME 
AE CAUTIONS SOURCES 
PRÊÈTÉEE 
LIEU DATE 
| 
février 1294 Gui de Dampierre (:) | Arch. Nord. B 4053 
| et B 1568 
God. 3536 


Arras 14 janvier 1295. (2) | Comptes de Bruges 
1293/94 fol. 34; 
Mémorial fol. 5 


Arras février 1295 ($) | Ibidem 
1er février 1295 (4) 2000 I. p. Comptes de Bruges 
1293/94 fol. 1 et fol. 34 
1er mars 1295 (5) 500 ED 0 Comptes de Bruges 
| | 1293/94 fol. 35 
Arras 23 avril 1295 Arch. Etat Bruges 
ou cité carton 1bis no 27 


Comptes de Bruges 
1293/94 fol. 72 


Le même (7) | Arch. Nord. B 4054 
God. 3586 
et B 4055 God. 3655 
Arras 24 juin 1295 | | Arch. Etat Bruges 
ou cité carton 1bis n° 25, — 


n 


Gilliodts v. Severen 
n° 73. — Comptes 
de Bruges 1293/94 





fol. 71vo 
novembre 1295 Comte d'Artois (°) Arch. Pas-de-Calais 
| A 139 
ATTaS | fer novembre 1294 V. Gaillard n° 442 
14 janvier 1296 2280 1. p. Comptes de Bruges 
(11) 1293/94 fol. 34vo 


Mémorial fol 5. 


(7) Au 5 avril 1295, Guillaume reconnaît que le comte lui a réglé tout ce qui était dû à son 
père Nicolas, sire de Morialmé. ; 

(8) Le véritable bénéficiaire était le comte; celui-ci, la comtesse Isabelle et leurs trois fils 

. Robert, Guillaume et Jean s'engagent à restituer cette somme à la ville lors de l’échéance. Elle 

était encore du en juin 1299. — Voir n° 174, 

(2) Son receveur Renault Caignet paie en novembre 1295. 

(10) Emprunt contracté: «à mon grant besoing pour faire les besognes mon chier signeur 
le conte demanda ». 

(11) Renouvellement du n° 131. 


192 





G. BIGWOOD 














2 a DATE DE 
Æ à | L'OPÉRATION OÙ . Ë 
5 E TOUT AU MOINS PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
E À DU DOCUMENT 
141 14 janvier 1295 | Robert et Baude Crespin Bruges 2600 1. p. 
142 | 14 janvier 1295 Les mêmes Bruges 6110 1. p. 
143 | 1er février 1295 (1) | Baude Crespin le père Bruges 638.8.0 p. 
144 | 1er mars 1295 (4) | Robert et Baude Crespin Bruges 912 I. p. 
(Caignet} | 
145 | 17 mars 1295 (5) | Robert et Baude Crespin Bruges 650 1. p. 
146 | (janvier 1295 ($) Robert Crespin Bruges 650 1. p. 
147 mai 1295 (?) Robert et Baude Crespin | Gui de Dampierre (’) 2830 :1::pt 
148 mai 1295 Les mêmes Béthune (5) 584 1. p. 
149 mai 1295 Les mêmes Béthune (5) 116-1p; 
150 juin 1295 Les mêmes Courtrai 2200 1h: 
151 août 1295 Les mêmes Béthune (°) 456 1. p. 
152 septembre 1295 Les mêmes Béthune (10) 600 I. p. 
(1) Renouvellement du n° 133. Cf. 156. 
(2) Renouvellement du n° 132. Cf. 156. 
(3) La lettre obligatoire est datée de janvier 1295. — Renouvèlé à son échéance. Cf. 155. é 


(4) La lettre obligatoire est datée de janvier 1295. — Renouvelé à son échéance. Cf. 156. 


(5) La lettre est datée de janvier 1295. C’est le renouvellement du n° 134. Cf. 156. 
(6) La lettre est datée de janvier 1295. Cf. n° 156. 


(7) Le véritable emprunteur est Guillaume de Condé, qui garantit le comte. 


FINANCIERS D'ARRAS 793 











ÉCHÉANCE 
SOMME 
Fe CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 
LIEU DATE 
(11) février 1296 22801: p. (1) Comptes de Bruges 
1293/94 fol. 34vo 
Mémorial fol. 5 
(1er) février 1296 5360 1. p. (2) Ibidem 
2 février 1296 560 1. p. Comptes de Bruges 
1294/95 et 
Mémorial fol. G 
Arras ler mars 1296 800 1. p Ibidem 
ou cité 
fer mars 1296 570 1. p Comptes de Bruges 
1294/95 et Mémorial 
AITAS 1er mars 1296 Mémorial 
ou cité 
8 mai 1296 Saint-Genois 767 
Arras mai 1296 Arch. Nord. B 1021 
God 2678 
Arras : Ibidem 
AITA£ 10 novembre 1296 Arch. gén. Chartes 
ou cité Comtes de Flandre 
no 1082 
août 1296 Arch. Nord. B 4055 
God. 3743 
Arras 10 septembre 1296 Saint-Genois 787 


(8) Ces deux emprunts — avec d’autres — ont été contractés pour le compte de Robert, comte 
de Nevers et sire de Béthune, qui garantit la ville et lui assigne en sûreté, de ses revenus 


de Béthune, Bavay et La Gorghe. 


(9) Le bénéficiaire est le comte Robert, qui assigne en sûreté, ses revenus de Béthune, Bavay 


et La Gorghe. 


(19) Le bénéficiaire est le comte Robert, qui assigne en sûreté, ses revenus de Béthune, Bavay 


et La Gorghe. Cf. n° 170. 


794 


G+ BIGWOCD 





—————— ç@"——@ —© ——————— 


NUMÉROS 
D'ORDRE 





DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 
DU DOCUMENT 


PRÉTEURS 


EMPRUNTEURS 





SOMME DUE 


0 


153 (‘décembre 1295) | Robert et Baude Crespin |. Gui de Dampierre (1) 1200 1. p. 
154 Les mêmes Bruges 2321: p. (2) 
455 janvier 1296 (3) Baude Crespin Bruges 440 1, 10 s. 4 p. 
fils de Baude 
156 | février 1296 (4) | Robert et Baude Crespin Bruges 16573 1. p. 
157 (mars 1296) Les mêmes Abbayes des Dunes 9600 1. p. 
et de Thosan 
158 Maroteine Crespine (5), Calais 378 1. p: 
femme Sewale Wyon 

159 mai 1296 Robert et Baude Crespin Béthune (6) 1044 1. p. 
160 juillet. 1296 Les mêmes Béthune (7) 570 1. p. 
161 juillet 1296 Les mêmes Béthune (5) 456 1. p. 
162 juillet 1296 Les mêmes Béthune (°) 370 ]. D. 


(1) L’en prunt était destiné à la ville d’Alost qui s'engage (avec solidarité des échevins) à 


désintéresser le comte. 


(2) Cf. n° 174. 


(3) C’est le renouvellement du n° 143. Le scellement des lettres est du mois d'avril. 
(4) En quätre lettres obligatoires. — Il s’agit du rencuvellement de deux créances de 2600 


(n° 141) et 6110 (n° 142) livres par. échues le 1°* février 129% et de trois créances de 912 (n° 144), 
650 (n° 145) et 650 (n° 146) 1. p. à échoir le 1° mars 1296. Les deux premières n’étaient pas payées 
en juin 1299. — Cf, 174. 

(5) La dette s’éteignait si Maroteine mourrait avant l’échéance. 


FINANCIERS D'ARPAS 795 











ÉCHEANCE 
SOMME 
LL CAUTIONS SOURCES 
PRÉÊÈTEE 1 
LIEU DATE 


Arras | ler octobre 1296, l Saint-Genois 79% 
14 avril et 1er oct. 1297, et Arch. Nord B 1568 
6 avril et 14 oct. 1298 n° 131 


et 19 avril 1299 : 
par versement de 


O0 ED: 
janvier 1297 Comptes de Bruges 
1297/98 fol. 54vo 
Arras 2: février 1297 638.8.0 L. p. Mémorial fol. 16 
et Cout. Bruges I 
p. 461 
Trois paiements 10922 I. p. Comptes de Bruges 
de 4100 I. p. au 1297/98 fol. 55vo 
24 juin 1297, 1298 Mémorial fol. 11 
et 1299, et 4273 1. p. 
au 24 juin 1300 
Arras Toussaint 1296 : Gui de Dampierre Arch. Nord. B 4055 
ou cité 800 I. p. et son fils Robert et B 1568. God. 3777 
Pâques 1297 : 800 
Toussaint 1297 : 
800, etc., jusque 
Pâques 1302 
3 juillet 1297 Matheus Wardavoir (1) | Arch. Pas-de-Calais 
| À 87513 
Arras 12 mai 1297 V. Gaillard 532 
ATTAS 17 juillet 1297 Arch. Nord. B 1021 
God. 3835 
Saint-Genois 843 
Arras 14 août 1297 Ibidem 
Arras 15 août 1297 ; Ibidem 


(6) Le bénéficiaire est Robert, fils du comte de Flandre, qui garantit la ville et lui abandonne 
ses revenus de Béthune, Bavay et La Gorghe. Cf. n° 170. 

(7) Le bénéficiaire est Robert, fils du comte de Flandre, qui garantit la ville et lui abandonne 
ses revenus de Béthune, Bavay et La Gorghe. En outre, son père, Gui, se porte caution pour lui 
envers la ville. Cf. 170. 

(8) Le bénéficiaire est Robert, fils du comte de Flandre, qui garantit la ville et lui abandonne 
ses revenus de Béthune, Bavay et La Gorghe. Cf. n° 170. 

(2) Le bénéficiaire est Robert, fils du comte de Flandre, qui garantit la ville et lui abandonne 
ses revenus de Béthune, Bavay et La Gorghe. Cf. n° 170. 





706 G. BIGWOOD 















DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 

DU DOCUMENT 


PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 


NUMÉROS 
D'ORDRE 


163 septembre 1296 | Robert et Baude Crespin |Robert. fils du comte Gui 600 ]. p. 


164 | 29 septembre 1296 Les mêmes Nieuport (1) 12001 D: 
6-16-21 oct. 1296 Les mêmes Roi de France 9993 L. 
166 | (novembre 1296) Les mêmes Abbé et couvent de 928 1. p. 


Saint-Amand-en-Pévèle 


167 Les mêmes Comte d'Artois 8000 1. p. () 
168 14 juillet 1297 Les mêmes Le Franc de Bruges ({) 8000 1. 
169 octobre 1297 Les mêmes Guillaume de Flandre, 590 1. p. 
seigneur de Crèvecœur 

170 novembre 1297 Les mêmes Béthune 519 1. p.:(# 
171 5 mai 1298 Les mêmes Roi de France 1600 1. pæ 
172 5 juillet 1298 Les mêmes Courtrai 6900 I. p. 
173 25 février 1299 Jean Crespin Roi de France 6600 1]. p. 
174 juin 1299 Robert et Baude Crespin Bruges 110000 I. p. 





(1) Le comte Gui s’engagea ervers la ville de Béthune comme caution de son fils. 

(2) Il y a engagement solidaire des membres du magistrat, tant envers les Crespins aqu’envers 
le comte. 

(3) En aoït 1298, 2666-13-4 étaient déjà remboursés; le 11 de ce mois, le comté mande à la 
ville de Calais de payer les 4000 1. échues à la Toussaint 1298, hors des 10C00 que la ville lui doit. 

(4) Le bénéficiaire est le comte Gui de Dampierre qui s'engage à garantir le Franc et pour 
le récompenser ne semoncera pas ses habitants pour se rendre à l’armée, sauf contre le roi. 

(5) C’est 12 prix (16 p. c.) d’une prorogation d’un an consentie par les Crespin des emprunts 





FINANCIERS D'ARRAS 797 





ÉCHÉANCE 


SOMME 


CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 
LIEU DATE 


RO PRE SUR LS A TS 2 A AR D SL PR AN D DER ER A COR SV A NÉ mn LL» © D CN ESS ER DE Lace EM era 


10 septembre 1297 HJEchevins et communauté| Arch. Nord. B 4056 
de Béthune (1) God. 3847 
Saint-Genois 844 


1er octobre 1297 Gui de Dampierre Sæint-Genois 837 : 


Trésor du Louvre 
Compte cité par Piton 
I, 178 


30 novembre 1297 Le même Saint-Genois 847 
Arch. Nord. B 1568 
Diallo 


Calais, Hesdin, Bapaume| Arch. Pas-de-Calais 
et Lens pour 2000 I. A 2 fol. 14 n° 84 
chacun {3) 


11 novembre 1297 Arch. Nord. B 4057 
God. 3977 


8 octobre 1298 | Gui de Dampierre Saint-Genois 931 


novembre 1298 Saint-Genois 941 
Arch. Nord. B 4057 
God. 4014 


Comptes du Louvre, 
cités par Piton, I, p.186 


Arras En neuf paiements Arch. génér. Chartes 
ou cité de 1299 à 1307 (5) Comtes de Flandre 
no 1013 


Piion;"i,.p: 193 


Arras Toussaint 1300 et |100.000 1. p. Comptes de Bruges 
ou cité | dix années suivantes (7) 1298/99 fol. 8vo. 
Mémorial fol. 16 


n° 152, 159, 160, 161 et 162, d’un total de 3240 1. — Robert de Flandre, qui n’avait pu mettre la 
ville à même de payer, s’engagea envers elle à l’en tenir indemne. 

(6) La première échéance de 500 1. était Pâques 1299; les huit autres, de 800 1. chacune étaient 
fixées à Pâques des années 1300 et ss. Ce semble être le renouvellement pour le capital seul des 
emprunts n°* 117 et 150. 

(7) Les 190000 1. se composent de 14595 1., argent prêté, et de 85405 I. étant le renouvellement de 
dix-huit lettres artérieures, à savoir neuf de 5000 1. (n° 114), les quatre du n° 156, celles des 
n°° 123, 124, 135, 137 et 154. 


NUMÉROS 
D'ORDRE 


[4 
L°3 


176 
d74 


798 G. BIGWOOD 








DATE DE | 
L'OPÉRATION OU RAM à a 
TOUT AU MOINS PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 


DU DOCUMENT 


(30 sept. 1299) Robert et Baude Crespin Roi de France 2000 1. (1) 
(10-13 sep. 1300) (1) Les mêmes Roi de France 1607 1. p. 
juin 1302 Les mêmes Jean, comte de Hainaut 13000 I. p. 


et Philippa, sa femme 





(1) Ce serait un paiement fait pour deux mensualités: avril et mai 1299. Le texte ne permet 
pas de dire avec certitude qu'il s’agit d’un prêt. 

(2) La date indiquée est celle du remboursement, les Crespin auraient vendu ces fonds au Roi 
« de debito domini Ludovici fratris regis per dictos fratres ». 

(3) Le 17 juin 1302, le comte Jean donnait au sire d’Estainbourg et à sa femme, en reconnais- 
sance de ses services, 200 livrées de terre au tournois, à prendre tous les ans, leur vie durant. 





FINANCIERS D’ARRAS 799 












ÉCHÉANCE 
; SOMME 





CAUTIONS SOURCES 





PRÊTÉE 





DATE 





Compte du Louvre, 
cité par Piton, I, 201 


Ibid. p. 210 


|| Arras En cinq ans Baudouin, sire d’'Estain- | Arch. Nord. B 458 
|| ou cité bourg; Raoul de Cler- God. 4393, 4394 
| mont, sire de Néelle et et 4395 
connétable de France; Gachet. Cart. 


Guillaume de Condé, |Guill, 1er BCRH. 2 s., 
seigneur de Bailleul et t. IV, p. 86 et 89 
de Roussoy ei Jean de Devillers, Arch. Mons 

Condé, seigneur de RU 

Morialmé (?) (5) 
Arch. Nord. B 455 


God. 461$ 
Arch. gén. Mss. div. 
n° 18 fol. 112vo 
Mon. Anc. fol. 404 
Gachet. loc. cit. 
p. 91 et p. 108 
Arch gén. Mss div. 
Mss t. 18, fol. 110vo ef 
fol. 111v0. Gachet, loc. 
Cite D 4599761240. «10e: 
Devillers, Inv. Arch. 
Mons. n° 55 


Arch. Nord. B 498 
God. 4729 et B 499 
God. 4735 B 1587 


To 

Arch. Nord. B 484 
n° 205 God. 5100 
Ibid. n° 180-204 

God. 5109 

Monuments Anciens, 
HLDulOR AATCIE 
Nord. B.n° 65 


l 


%n cas de non paiement, i! était dû douze deniers par 100 livres par jour, « ou non de peine 
et d'amende ». 

En 1308, cinq mille livres devaient avoir été payées; entre le comte Guillaume et Baude Crespin 
(désormais seul mentionné comme créancier), s'étaient élevées des difficultés relatives au compte 
à fair: et au « débat des monnaies ». Elles étaient soumises à des arbitres. — Pour accroître Îles 
garanties, le comte avait obtenu le cautionnement des villes de. Mons. de Valenciennes et Ge 


sn 


800 G. BIGWOOD 












DATE DE 









ONE 
© à Ve, 
E À L'OPÉRATION OU ve : 
Ê£ TOUT AU MOINS PREÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
DE DU DOCUMENT 
178 (1er mai 1306) Baude Crespin Abbé et couvent de 10000 1. 
| Saint-Bavon 
179 avril 1309 Le même Dunkerque 392-10-8 p. 
130 (6 février 1310) Baude Crespin, père Furnes 10978 I. p. 
181 (juin 1310) Le même Audenarde 3500 1. 
182 , Baude Crespin Ypres 2503-0-6 p. (4) 
183 | (31 janvier 1311) Le même Robert III, 2000 1. p. 


comte de Flandre 





Maubeuge. Le 13 mai 1308, il leur délivre des lettres de non préjudice et même Nicole, seigneur 
de Houdeng, et Jean de Beaufort se portent garants du comte envers Valenciennes. Il est pro- 
bable qu’une solution intervint peu après, car en juillet 1208, le comte Guillaume et sa mère 
Philippa reconnaissent devoir le solde de 8090 livres parisis, cinq petits tournois à clef, pour quatre 
deniers parisis, et un parisis pour un denier ou toute autre bonne monnaie qui le vaille, coursable 
en France. — Le remboursement devait se faire par versements de mille livres à Noël et à la 
Saint-Jean des années 1308 à 1311. Erfin, en cas de retard, la « peine » était de deux sols pour 
cent livres par jour. 

En même temps, le comte délivre de nouvelles lettres de non préjudice aux villes de Mons, 
de Valenciennes et de Maubeuge, et les garantit contre toutes pertes qu’elles pourraient éprouver. 
Il accorde, en outre, à Valenciennes le droit de se rembourser des produits de l’assise, Au printemps 
1509, un arrangement fut conslu entre Baude Crespin et la comtesse Philippine aux termes duquel 
elle s’engageait à payer les échéances de Noël 1308 et de juin 1309 avec, comme sanction, l’envoi en 
otages à Arras, de trois bourgeois, de Mons, de Valenciennes et de Maubeuge. 

En 1310, rien ne semble avoir été payé, ou plus exactement il reste toujours dû 8000 I. p. 
Le 24 août, les trois villes confirment leur cautionnement et rappellent que le comte avait assigné 
sur le quart lui revenant de j’accise de Valenciennes, 200 |. p. par mois jusqu’à complet rem- 
boursement. 

Celui-ci devait être effectnée en 1315, car dès fin décembre 1315, puis encore en août de 
l’année suivante, le comte Guillaume donne procuration à trois de ses officiers de poursuivre même 
judiciairement les héritiers de Baude pour leur réclamer tous titres en leur possession et reconnaît, 


FINANCIERS D'ARRAS 801 





ÉCHÉANCE 












CAUTIONS SOURCES 
LIEU DATE | 


Robert Arch. Nord. B 4060 
Comte de Flardre (1) God. 4528 

100 1. à la Chandeleur Le même Arch. Nord. B 4061 
des années 1310, 1311, God. 4644. — 1568 

1312; solde : à la n° 124 

Chandeleur 1313 

plusieurs termes Le même (1) Arch. Nord. B 1568 

n° 120 


Arch. gén. Chartes 
cites F]. Inv. 134, 2e s. 
n° 888 


plusieurs termes Le même () Arch. Nord. B 1568 
n° 127 God. 4709 


Noël 1311 Des Marez et 
De Sagher, I, p. 433 


Noël 1311 (?) Echevins d’Ypres (°) Arch. Nord. B 1568 
no 101 





peu après, avoir reçu de Sauvales et de Jean, les deux fils de Baude Crespin. tous les actes de 
cautionnement de cette dette de 8000 1. C’est en janvier 1317, que Jacques de Maubeuge, clerc, un 
des mandataires du comte, reconnut avoir recu quatre lettres obligatoires de 13000 1. (celle des 
débiteurs principaux et celles de trois cautions) et les quatre lettres de 8000 I. ci-dessus men. 
tionnées. 

Au dos de la quittance, il est écrit: « Si ne souffit mie à Monsg., parce qu’il n’ont mie rendue 
une lettre de XIII mille livres ». 

Le comte prétendit que les lettres de garantie des villes de Mons et de Maubeuge ne lui furent 
pas restituées pa: Baude lors du paiement. Les enfants soutinrent le contraire, et comme on ne 
les retrouvait pas, ils délivrèrent en avril 1326 une quittance définitive et annulèrent les dites 
lettres ccmme tous pouvoirs par eux donnés en vue de recouvrer la créance. 

(1) Le couvent engage son temporel envers le comte. 

(2) La ville dut fournir la caution « pour chou que li dis Baudes veut avoir graingeur surtei 
dele dite somme de deniers». Elle donne au comte des lettres de sûreté, datées du7 février 1310 (n.s.). 

(3) Cf. l’acte de garantie donné au comte en juin 1310. — Arch. Générales. Ch'*° comtes de 
Flandre, n° 1220. 

(4) IL reçut 509 deniers d’or gros à la Mache et 1624 agneaux d’or, qui grâce à un cours favo- 

 rable à Ypres, ne coûtèrent à la ville que 2227 1. 12 s. 2 d. 

(5) Les échevins se font remettre des joyaux du comte, en garantie, avec droit de les vendre 

si avant l’échéance, le comte ne leur a pas payé les 2000 1. ou procuré la restitution de leur lettre 
_ obligatoire. 


D4 


LP er re 


802 G. BIGWOOD 

















2 & DATE DE 
(eos 1 z 
É A L'OPÉRATION OU F2 , 
2 2 NOTE PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
Dre DU DOCUMENT 
154 mai 1311 Henri Crespin Mahius Bronkars 11-15-6 I. p. 
et Jehan, son frère forte monnaie 
185 Baude Crespin Ypres 5006-0-12 p. (1) 
1SG Le même Ypres 
187 Le même Ypres 12301-17-18 p. (2 
188 Le même Henri, sire de Sully 400 I. p. 
189 Pierre et Guillaume Abbaye de Cercamps ({) (150 AD 
Crespin 
190 mars ‘1323 Henri Crespin Côlart d’Harmaide, son 39 4: VSD: 
{ils Jean, sa femme 
Maroie, Marote Flaarde 
et Hugues, son fils 
191 3 mai 1325 Jacques Crespin, Marguerite du Four, |111. 185. 6d.p 
fils de Gilles fille de Jean du Four 
et Jacques li Das, 
son frère 
192 Robert Crespin Arras (S) 350 1. p. 


et Guillaume de Noé 


em there mn —— “bus 


(1) La différence de cours des espèces d’or, employées pour le paiement, fit que la ville n’eut 
à payer. que 4407 [. 14 s. 6 d. p: 

(2) En 1314, la ville d’Ypres paya à B. Crespin la somme de 12391-17-18 1. p., qui ne lui coutèrent 
que 9234-14-53 1]. p. en règlement de sept lettres obligatoires, dont une de 2000 1. fut payée comme 
caution du sire de Fiennes et trois, d’un total de 7509-0-18, comme « obligé envers lui (B. Crespin) 
pour le roy pour raison de la pais ». 


FINANCIERS D'ARRAS .803 





| 











ÉCHÉANCE | 
SOMME 
PRÊTÉE 
LIEU DATE 
—  ——— —…—.….…———……—……— —….…“…“…—“…— tete ttes 
Arrds 10 mai 1312 Arch. Pas-de-Calais 
H 1150 
24 juin 1312 ) Des Marez et De 
Noël 1312 ) Sagher, I, p. 433 
(1314) | - Des Marez et 
De Sagher, I, p. 498 
Noël 1314 Me Gérard de Saleu, | Arch. Pas-de-Calais 
Laurent Lypaus et A 838 
Philippe de le Vigne () 
janvier 1315 Arch. Pas-de-Calais 
H 1150 
ATTAaS 4 novembre suivant ü Ibidem 
ATTAS Saint-Remi 1325 Ibidem 
ou cité 
31 août 1337 Arch. ville d'Arras 
AA: (OVRIG 








(3) Les cautions sont, elles-mêmes, garanties par Thierry d'Hirecon, à la prière de qui elles 
s'étaient engagées. : 

(4) Le couvent paya à Guillaume de Noë 74 1. p. moyennant quoi il obtint une quittance, le 
15 août 1324, des deux frères à qui il était dû deux dettes, dont l’une était de 150 IE or 

(5) La ville s'était obligée pour le comte d’Artois, qui l’autorisa à se rembourser au moyen 
du quart de la maltôte, lui evenant. 


804. G. BIGWOOD & ANNEXI 















PERSONNES 







Ô & BÉNÉFICIAIRES MONTANT 
Ë E DÉBITEURS DE LA DONT LA DE LA RENTE 
D « RENTE » A ELLE 
Z À VIE EST ASSURÈE LL 
1 Roye Marie Crespin 30 1. 
2 Roye Robert Crespin 251. 
3 Tournai Baude Crespin 3042 D: 
4 Tournai Robert Crespin 50:B5p; 
CRE 7 TP EX TL Te TL) 
5 Tournai Baude Crespin Robert, son frère 2010 
6 Tournai Le même Lui-même SO LED: 
7 Bruges (2) Le même Robert et Jean, ses fils DQ 19 D. 
8 Bruges Le même Baude et Sagalon, ses fils DORE 
9 Bruges Le même Catherine, sa fille 501 
10 Bruges Baude et Isabelle, sa fille 30 1. 
11 Bruges Baude et Marie, sa fille 0 1. 
142 Bruges Robert Crespin Atereel 50 ]. 
et Marie, sa fille 
13 Bruges Robert Crespin Atereel 50 1. 
et Marguerite, sa fille 
14 Bruges Robert Crespin __ Sa femme Marie 50 E 
et sa fille Marie 
15 Bruges Le même Sa femme Marie 50 1. 
et sa fille Marguerite 
16 Bruges Marguerite, fille de dra ( 
Nicolas Crespin 
17 Bruges Jeanne, fille de 2001: 
Nicolas Crespin 
18 Bruges Baude Crespin et Jean, Eux-mêmes 20 1. 
son fils 
19 Bruges Robert Crespin Eux-mêmes 50 1. 


et sa femme Marie 


(1) Le paiement à Arras, en 1260, coûta 10 s. 6 d. 

(2) Le compte d'octobre 1285-octnbre 1284 renseigne parmi les recettes provenant de la création 
de rentes à vie, deux sommes, l’une de 2160 1. et l’autre de 1200 I. versées toutes deux par Robert 
et Baude Crespin. Nous préparons une étude détaillée des émissions de rentes de la ville de Bruges 





IL FINANCIERS. D'ARRAS 805 





ANNÉES PENDANT LESQUELLES 
ECHEANCES IL EST CONSTATÉ QUE LA RENTE SOURCES 
A ÉTÉ EN VIGUEUR 





mi-février 1260 (1) Trésor des Chartes. 
Layette n° 4611. Dufour, p. 652 
mi-mai 1260 Ibidem 
8 avril PA Archives Tournai. 


3364 fol. 48 et 
L. Verriest. La Charité 
S. Christophe p. 96 et 101 


8 avril 1277 Ibidem 
6 janvier 1277 Ibidem 
6 janvier 1277 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Comptes de Bruges 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1284-1285-1288-1290-1291-128 Ibidem 
ler février (ou mars) | 1285-1288-1290-1291-1298 (°) Ibidem 
{er février (ou mars) 1285-1288-1290-1291-1298 Ibidem 
1288-1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 


au x1rr° siècle, et il sera possible d'apporter aux indications actuelles quelques précisions et 


compléments. 
(3) Le; arrérages échus avant 1358 furent rachetés en 1557-1558. 


LL en RL SE à 


806 G. BIGWOOD 














en es PERSONNE 
2 & BÉNÉFICIAIRES j MONTANT 
Ë = DEBITEURS DE LA DONT LA DE LA RENTE 
sp RENTE : ANNUELLE 
HE VIE EST ASSURÉE 
20 Bruges Robert Crespin Eux-mêmes 90 I. 
et sa fille Marguerite 
| Bruges Robert Crespin Eux-mêmes 50 I. 
et sa fille Isabelle 
22 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 0 I. 
et son fils Baude 
23 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 201: 
et son fils Robert 
24 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 20 1. 
et. son fils Sagalon 
25 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 20 1. 
et son fils Jean | 
2; Bruges Baude Crespin Eux-mêmes AERSPDNE 
et Marie, sa fille 
27 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 2 
| et Isabelle, sa fille 
28 Bruges Baude Crespin Eux-mêmes 2921 
et Catherine. sa fille 
29 Bruges Robert Crespin Eux-mêmes 20 1. 
et sa fille Isabelle , 
30 Bruges Baude 29 1. 
fils de Jean Crespin 
31 Bruges Robert Crespin | 70 1. 
32 Bruges Baude Crespin JO]: 
33 Gui de Dampierre Robert et 400 I. p. 
Baude Crespin (2) 
34 Lille Baudon Crespin 50: 1 en 
39 Lille Robert Crespin . 50e: 
36 Lille Le même 50 1. p. 
37 Lille Le même 50 1:°p: 


38 Lille Baudon Crespin 20 IL. p. 
et Jehanne, sa fille 


(1) Les arrérages antérieurs à cette date furent rachetés en 1337-1338. 


FINANCIERS D'ARRAS 807 











ANNÉES PENDANT LESQUELLES 


ECHÉANCES IL EST CONSTATÉ QUE LA RENTE SOURCES 
A ÉTÉ EN VIGUEUR 








| 31 octobre | 1290-1291-1298 | Comptes de Bruges 

31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre ù 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 ï Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 Ibidem 
31 octobre 1290-1291-1298 | Ibidem 
8 juin 1298 Ibidem 
Toussaint 1338 (1) Ibidem 
Toussaint 1338 (1) Ibidem 

samedi après le 1288-1291 ; V. Gaillard, nos 282 et 341 

20e jour de Noël 
30 novembre 1301 Richebé, Compte de Lille 
de 1301-1302 

30 novembre 1301 Ibidem 
30 novembre 1301 Ibidem 
30 novembre PMPOXTANT | Ibidem 
: 30 novembre 1301 Ibidem 


(2) I1 n’est pas certain que ce soit une rente viagère constituée au moyen de deniers. Ce pour- 
rait être une rente gracieuse. 





NUMÉROS 
D'ORDRE 


39 


+08 


DÉBITEURS 


Lille 


Calais 


Merck 


Ypres 


Ypres 


Ypres 


Ypres 
Ypres 


Ypres 


Gand 


Gand 
Gand 


Gand 


Arras 


Arras 


G. BIGWOOD 





BÉNÉFICIAIRES 
DE LA 
RENTE 


Baudon Crespin 
et son fils Jean 


Robert et Baude Crespin 


Jean Crespin 
et Gillon, son frère 


Marie Loucharde, 
épouse Robert Crespin 


Robert Crespin 


Jehan Crespin 
fils de Baude 


Marie Crespine 
Jehanne Crespine 
Baude Crespin 
H. fils de. Lisb. et de 
Robert Crespin 
Baude Crespin 
Le même 


Baude Crespin, 
fils de J. Crespin 


Marie, fille de 
Jaquemon Crespin (5) 


Pasque, sa sœur ($) 


(1) Rachetée en 1329/1330, pour 26 1. p. 
(2) Rachetée en 1329/1330, avec les frais, pour 150 1. de paiement. 
(3) Rachetée en 1329/1330, avec les frais, pour 150 1. de paiement. 





PERSONNES 
DONT LA 
VIE EST ASSUREE 


3audouin., Catherine 
et Marguerite Derin 


MONTANT 
DE LA RENTE 
ANNUELLE 


80 I. p. 


100 1. 


30 1. 
Lo 


70 1. 


50 1. 


90 I. 
22-16-7 poil. 


22-16-7 poit. ! 
20 Dir 


31 L. p. (2) 
dl. DES) 


55 1. p. (4) 
6 L 


6 1 


FINANCIERS D'’ARRAS 809 











ANNÉES PENDANT LESQUELLES 
ECHEANCES IL EST CONSTATÉ QUE LA RENTE SOURCES 
A ÉTÉ EN VIGUEUR 


eZ 


30 novembre 1301 Richebé, Compte de Lille 


de 1301-1302 
1er janvier 1302 Arch. Pas-de-Calais A 8762: 
2 février 1302 Arch. Pas-de-Calais A 877 
20° jour de Noël 1309 et années suivantes Des Marez et De Sagher, 
Comptes d’Ypres 
à l’octave de Pâques 1309 et années suivantes Ibidem 
à l’octave de Pâques 1309 et années suivantes Ibidem 
à l’octave de Pâques 1309 et années suivantes Ibidem 
Quasimodo 1312 et années suivantes Ibidem 
Quasimodo 1317-1318 Ibidem et De Sagher, 


Notice, p. 103 


Comptes de Gand, p. 695 


Ibidem 

Ibidem 

Ibidem 
1er juillet Cornptes d'Arras 1340-1341 
Arch. Pas-de-Calais A 882 

1er juillet Ibidem 


(4) Rachetée en 1329/1330 pour 183 1. 6 s. 8 d. de paiement. 
(5) Elle mourut en Carême 1540 (v. s.). 
(6) Elle mourut à la Chandeleur 1740 (v. s.). 


G. BIGWOOD 


ANNEX 








NUMÉROS 
D'ORDRE 





DATE DE 
L'OPÉRATION OU 







EMPRUNTEURS 











TOUTÉAN MOINE PRÉTEURS SOMME DUE 
DU DOCUMENT 
1 (19 août 1244) Audefridus dictus Robert de Thourotte, 1200 1. p. 
Lochart et un autre évêque de Liége 
2 mai 1245 Audefridus dictus Le même 1400 1. p. 
Lochart et un autre 
3 (15 février 1262) Audefroit Louchart Edouard, fils du roi 2000 1. p. 
d'Angleterre 
4 9 mai 1265 Jakemon Louchart, Gui de Dampierre 2400 1. p. 
fils d’'Englebert comte de Flandre 
et marquis de Namur 
S (décembre 1265) | Jakemon Louchart, fils Abbé et couvent 1560 1. p. 
d'Englebert Louchart d’Anchin 
6 septembre 1266 Audefroi Louchart Gui, comte de Flandre 6000 1. p. 
et marquis de Namur 
7 septembre 1266 Le même Gui, comte de Flandre 4825-G-0 p. 
et marquis de Namur 
8 mai 1267 Le même Gui, comte de Flandre 200429: 
et marquis de Namur 
9 |17 septembre 1267 Jakemon Louchart Marguerite comtesse de | 1200 1. p. (5) 
Flandre et de Hainaut 
10 22 octobre 1267 Jakemon Louchart La même 800 1. p. (*) 
11 février 1268 André dit Louchart, calais 230 1h 
fils d’Englebert 
dit Louchart Le 
42 (16 avril 1268) Audefroi Louchars Arnoul, comte de Guines| 6000 1. p. 





et un autre 


et châtelain 
de Bourbourg (1°) 


(1) /2) Le 26 mai 1246, la caution reconnaît que le débiteur principal l’a libérée et lui a remis 


les lettres d'engagement, qu’elle avait souscrites. 


(3) L'engagement du débiteur principal envers la caution, de garantir cette dernière, fut lui- 


(4) Au dos: «de debte paiée ». 
(5) Au dos: «debte paiée ». 


même cautionné par Hugues de Conflans, Erard de Valeri, sire de Saint-Valérien, et Robert, sire 
de Cresekes, chevaliers, le 15 février 1262. 








IL. FINANCIERS D'ARRAS 811 














 ÉCHÉANCE 
SOMME 






CAUTIONS SOURCES 





PRÊTÉE 





Arras Pâques 1245 Hugues de Châtillon, Bormans 


comte de Saint-Pol et Schoolmeester, 
et de Blois (1) p. 466. n° 378 
p517, 094230 
AITAS Octave de Le même (2) Bormans 
l'Epiphanie 1246 et Schoolmeester 


p. 490. n° 398 
D:1917: 110423 





Arras 24 juin 1262 Gui de Dampierre (*) | Arch. Nord. B 858 
| God. 1291 et 1292 
Atas 9 mai 1266 (4) Comtesse Marguerite | Saint-Genois, 113 et 
de Flandre Arch. Nord. B 1549. 
God. 1407 
Gui de Dampierre Arch. Nord. B 4033 
God. 1435 
Arras Samedi avant Saint-Genois 120 
Chandeleur 1267 (5) 
4247.10.0 p. (5) Saint-Genois 122 
Arras Chandeleur 1268 (7) Saint-Genois 126 
AITaS 40 jours de la Saint-Genois 128 
demande 
AITAS 15 jours de la Saint-Genois 131 
demande 
Samedi avant Arch. Pas-de-Calais 
ier mars 1269 À 16 God. 340 


Arch. Nord. B 4033 
God. 1512 


(6) Le comte reçut la somme de 4247 I. 10 s. par l’entremise de son sergent Baudorin du Castel. 
Les frais s’élèvent à 577 1. 16 s. p. Au dos: « debte paiéc ». 
(7) Au dos: « de debte paiée ». 
(8) Au dos: « Ce sont les lettres racatées à Jakemon Louchart de xr1° Ib. » 
(2) Au dos « Ce sont les lettres racatées à Jakemon Louchart de vrtr° Ib. » 
(10) Le 16 avril 1268, le débiteur autorise la comtesse Marguerite à saisir tous les biens qui lui 
appartiennent, tenus d'elle, en cas de non paiement. 


812 G. BIGWOOD 










DATE DE 
L'OPÉRATION OU 
TOUT AU MOINS 

DU DOCUMENT 









PRÊTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE . 


NUMÉROS 
D'ORDRE 


13 (janvier 1269) Jakemon Louchart Marguerite, comtesse de | 500 I. p. (?) 
Flandre et de Hainaut : 


14 (janvier 1269) Jakemon Louchart Baude d’Estrées et 500 I. p. 
Simon Mallet, bourgeois 
de Douai (2) 


19 mars 1270 Audefroi dit Louchart Comte d'Artois 2000 I. p. (°). 


16 (26 avril 1272) Andrieu Louchart, Béthune ({) FOURS ON 
fils d’Audefroi 
LÉ 1274 Jakemon Louchart Valenciennes (5) 2H LAD: 
« qui fu fieus Audefroit 
Louchart » 
18 mars 1277 Jakemon Louchart Gand 604-16-0 p. 
19 15 avril 1277 Andrieu Louchart, fils Gand 448 |. p. 
de feu Audefr. Louchart 
20 juillet 1278 Jakemon Louchart, Gand 539-10-0 p. 
clerc 
24 | 17 octobre 1280 Jakemon Louchart Ypres 1000 1. p. 
22 2 février 1281 Jakemon Louchart Ypres 1000 I. p. 
23 22 février 1281 Jakemon Louchart Ypres 960 ]. p. 
24 2 février 1283 (?) k Jacques Louchart Bruges 3000 1]. p. 


(1) Elle s’oblige à payer jusqu’au tiers de la dette principale, pour indemniser son créancier, 
en Cas de non paiement. 

(2) La comtesse Marguerite promet aux deux bourgeois de Douai, qui avaient empruntés pour 
elle les 500 i. à Jakemon Louchart, de les leur payer. — Peut-être les deux n° 13 et 14 se 
confondent-ils. 

(3) Le prêt est fait sans usure. 

(4) Le véritable débiteur est Robert, avoué d’Arras, sire de Béthune et de Termonde. En garan- 
tie de cette dette et de Cinq autres envers d’autres bourgeois d’Arras, il assigne les échevins de 


FINANCIERS D'ARRAS 


813 








LIEU 





ÉCHÉANCE 


DATE 





SOMME 


CAUTIONS 
PRÊTÉE 





SOURCES 


EL EEE EE EE 





Le mois de la 
demande 


Quatre 
paiements égaux : 
Toussaint 1270 
Ascension 1271 
Chandeleur 1272 
Toussaint 1272 


Assignation sur le 
péage et la prévôté 
de Bapaume 


Arch. Nord. B 4033 
God. 1550 


Arch. Nord. B 4033 
God 1551 


Arch, Nord. B 1593 
no 242. God. 1665 


15 avril 1273 200 1. p. Saint-Genois 165 
Arras | Vigile de Saint-Jean Arch. Nord. B 1561 
1979 n° 536. God 1959 
Arras 5 mars 1278 - V. Gaillard 707 
Arras 9 avril 1278 Saint-Genois 206 
Arras 15 juillet 1279 Saint-Genois 235 
ATTAS Quinzaine de la Des Marez et 
semonce De Sagher, I, p. À 
ATTras Quinzaine de la Ibidem 
semonce 
| Arras Quinzaine de la Ibidem 
semonce 
2 février 1284 (©) Comptes de Bruges 
1283/4 f. 17vo et 10vo: 
1285/6 fol. 6vo 
Béthune sur ses villes de Béthune, Richebourg, la Gorghe et Buray. — D'une mention au dos, 


il résulte que les 1407 I. p. dues aux six Arrageois contiennent plus de 200 I. d'intérêts, et coûtèrent 


en outre 248 1. d’« usurae ». 
(5) Les véritables emprunteurs étaient le comte et la comtesse de Flandre, qui le 4 mars 1277, 


désintéressent la ville. 
(6) A l’échéance, Bruges ne paie que la « manaie » soit 495 1. C’est à la Chandeleur 1286 


(2 févr. 1285 n. s.) que la ville paie, outre 495 1. p. de manaie, les 3000 1. de la première obligation. 
La deuxième ne fut acauittée que le 1° mai 1294. | 


814 G. BIGWOOD 








29 
30 
31 


33 
34 


39 
36 


91 


39 


NUMÉROS 
D'ORDRE 










DATE DE 
L'OPÉRATION OU ., : 
TOUT AU MOINS PRÉTEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 


DU DOCUMENT 





2 février 1283 (?) Jacques Louchard JU D. 





(29 juin 1283) Andrieu Louchard, Béthune (1) 400 1. p. 
fils de 
feu Audefroi Louchart 
Jacques Louchart Bruges 1020 I. p. 
20 mars 1284 André Louchart Bruges 1130 1. p. 
Le même Bruges 678 1/2 I. p. 
Le même Bruges 542-16-0 p. 
août 1284) Le même Bruges 538-4-0 p. (1) 
15 sept. 1284 (?) Jacques Louchart Bruges 2200 1. (5) 
15 sept. 1284 (?) Jacques Louchart Bruges 11001 Has) 
Jacques Louchart Bruges LOST ER, 
Jacques Louchart Bruges 2000 I. p. 
André, fils d'Audefroy (7) Bruges 800-10-0 p. 
Louchart 
André, fils d’Audefroy Bruges 640-9-0 p. 
et Mathilde | 
25 janvier 1288 Jakemon Louchart Ypres 3000 I. p. 
Jacques Louchart Bruges 1300 1. p. 





(1) Le comte de Flandre, Gui de Dampierre, garantit la ville des conséquences de cet emprunt 
conclu par elle, pour Robert, comte de Nevers, qui de son côt$ promit à son père de-l’indemniser. 
En même temps, la ville emnruntait dans les.mêmes conditions 600 1. p. à deux autres habitants 
d'Arras. : 

(2) Le 9 août 1284, Bruges paie 202 (?) 1. de manaie et le 9 août 1286, 1020 1. p. 

(3) Cette dette ne fut pas payée et à l’échéance de 1286, il était dû 1335 1. p. à Mathilde, 
veuve d'André Louchard. 


FINANCIERS D’ARRAS 815 








ÉCHÉANCE 
SOMME 
ws CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE | 
LIEU DATE 
2 février 1284 (S) Comptes de Bruges 
1283/4 fol. 17vo et 10vo; 
1285/6 fol. 6vo et 1293/4 
fol. 12 

Arch. Nord. B 4039 

God. 2488 
9 août 1284 (2) Comptes de Bruges 


1283/4 fol. 10; 1284/5 
fol. 23; 1285/6 fol. 6 
19 mai 1285 (5) 1000 1. p. Comptes de Bruges 


1283/4 fol 1 et 17vo; 
1884/5 fol. 22-23 


7 juillet 1285 Ibidem 
21 juillet 1285 Ibidem 
Arras 4 août 1285 Comptes de Bruges 


1283/4 fol. 17vo-18: 
1285 fol. 6vo 


15 septembre 1285 Comptes de Bruges 
1283/4 fol. 10vo et 18vo 
15 septembre 1285 Ibidem 
2 février 1286 : Comptes de Bruges 
1284/5 fol. 22vo 
mars 1286 Ibidem 
7 juillet 1286 Comptes de Bruges 
1284/5 fol. 23 
21 juillet 1286 Ibidem 


Des Marez et 
De Sagher, I, p. 100 


2 février 1289 (5) Comptes de Bruges 
1287/8%{01:-"32; 
1289/9C fol. 10 


(4) Cette somme fut payée à Mathilde, veuve d'André Louchard, probablement à son échéance, 
avec 25 1/2 1. p. comme frais de change à Arras. 

(5) (6) Ces deux sommes n'étaient pas encore payées en 1295. La ville paya, du moins pendant 
plusieurs années, une « manaie » de 330 1. 

(7) « Erga Mathildem uxorem ejus. » 

(8) Bruges paya les 1300 I. à la Chandeleur 1290. 


L 


rl 


816 G. BIGWOOD 








® 1 DATE DE 
Æ À | .L'OPÉRATION OU : | 
Ë = TOUT AU MOINS PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE . 
Es DU DOCUMENT 

40 Jacques Louchart Bruges 2000 1. p. 
41 7 mai 1288 Jacques Louchart Bruges 1000 I. p. 
42 Jacques Louchart Bruges 1000 I. p. 
43 avril 1290 Jakemon Louchart, Abbé et couvent 9000 I. p. 

panetier du des Dunes 
roi de France 
44 (12 avril 129,0) Jakemon Louchart, Dunkerque (4) 240 1. p. 
sergent et panetier 
du roi 
45 (17 juin 1290) Marien Loucharde, Béthune (5) 729-12-0 p. 
fille de 
feu André Louchart 
46 __ Jakemon Louchart Gui de Dampierre 240 I. p. 
comte de Flandre 
47 Marien Loucharde Gui de Dampierre 2133-5-0 p. 
comte de Flandre 

48 Audefroy Louchart Bruges 1332 L. p. 
49 mai 1291 Jacques Louchart Bruges 3000 1. p. 
50 13 mai 1291 Marie, fille d’Audefroy Bruges 280 LEp: 


Louchart 


(1) Cette dette n’était pas encore payée en 1293. 

(2) Cette dette n’était pas encore payée en 1293. 

(3) Cette dette n’était pas encore payée en 1293. 

(4) Le véritable emprunteur est le comte Gui de Flandre, qui s’engage envers la ville à la tenir 
indemne. — Sa lettre de garantie est cisaillée. 


FINANCIERS D’ARRAS 817 














ÉCHÉANCE 
SOMME 
NE CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 
LIEU DATE 
mars 1289 (1) Comptes de Bruges 
1287/8 fol. 32 
7 mai 1289 (2) Comptes de Bruges 
1287/8 fol. 1 et 32 
1er mars 1299 (5) Comptes de Bruges 
1289/90 fol. 39 
Arrasoul Le mois de la mise Gui de Dampierre Arch. Nord. B 1511 
diocèse en demeure 
d'Arras 
Arras Le mois de la mise Saint-Genois 530 
en demeure 
14 mai 1291 Saint-Genois 532 
Chartes des comtes 
de Flandre L n° 61 
15 mai 1291 Ibidem 
15 mai 129 Comptes de Bruges 
120801061112 
mai 1292 :(6) Comptes de Bruges 
1290/92 fol. 1, 
1292H101NT2 
12 mai 1292 (7) Ibidem 


(5) Le véritable débiteur est Robert, comte de Nevers; le comte de Klandre, son père, se 
_ constitue en ses lieu et place caution envers la ville. Robert à son tour prend le même engage- 
ment envers son père. 
(6) La dette fut payée à son échéance. 
(7) La dette fut payée à son échéance. Bruges paya 20 1. de manaie lors du prêt. 


DD 


818 G. BIGWOOD 














5 DATE DE 
pe ; 
Æ A L'OPÉRATION OU + 
Ë = TOUT AU MOINS PRETEURS EMPRUNTEURS SOMME DUE 
PR DU DOCUMENT 
51 juillet 1292 Jacques Louchart Bruges 4000 I. p. 
52 Mathieu Louchard, ‘ Bruges 600 I. p. 
clerc, 

fils d’Emme Lanstière 

53 6 juin 1294 André Louchard « sub Bruges 400 1. p. (2) 


nomine magistri Mathei 
fil Emme Lanstière » 


(1) La dette fut réglée à son échéance, ainsi que 60 1. à titre de « manaïie ». Cf. le numéro 


suivant. 


FINANCIERS D’ARRAS 819 







ÉCHÉANCE 





SOMME 
CAUTIONS SOURCES 
PRÊTÉE 


Comptes de Bruges 
129 fol. 1 et 31 


6 juin 1294 (1) à Comptes de Bruges 
1292/3 fol. 31 
et 1293/4 fol. 12 





juillet 1293 





Arras | 21 (?) septembre 1294 Comptes de Bruges 


1293/4 fol. 1 et 12 


(A suivre.) 


(2) La manaie fut de 6 1/2 1. 





$ 
1 
K Ûl * t 
tr (Are 
' r : 
+ t 
ÿ NE: 8 
, 4 AR" 
4 4, à !} Le 
"AAAUE © FOR , 
: " 





d fi LA x ae DRE : 
0 $ M « ! OL * a: " , - 
PEAR LA POLLUER NE RS SU GUESS AD 
, Noa & | N Le "U pe A : . 1% 
à Pi Ca LE: 
Ê Vin” de | " ; Fat ÿ- SEA | 
3 ù à Dr L : n L t 
e Ê ; u a 4 
w” s * \ : « Te 
NTM % SON 18 LAN Lt 
- 4 , n pe ra ° 
"M ‘ 
Û , F LA 
$ ‘ À t 
+ EL ( 4 ‘ , "Yi 
, * - * } f | # 
4 1 é ‘A LE a | 
Lime =" ve _ mise à Es AS: ordi à ER, dndé 340 à . 
L à " { ” d . L 
L 0 
F. 14 + # Î # - er | 
’ eu n ’ w p 
DIE ATEN QUES Qt "+, PR | 
CENT A NE VE È 
At d'A ‘ 17 . ; . 
4 d Ls ? 
MAQUIS: SURAMNNOT PEN EE . “ 
4 Wa à x 4 h. Û r k ve 
PEAU TER er \ ; | , 
# es der f 1: ? e P 
"Hi oy LERS \ # 4 | 4 A4 , 
; UE 
« #4 0 \ L3 
ALT ; } , * k À 
Cu “ Ne 















Abe 





Ce 1 s g de pe. es Les NEC ns 











Ù ss Ent h LA + CHERS EX 0 
vo SN + HE FA EC rl 
+ , j DT TER PAPAS 
> l Me 2. 2 AT TO \ à nu” ( 


: tp 


1 Ta 4 me ñ ; F 


= 
PR 





Les doyens de chrétienté 
(suite et fin). 


ANNEXES 


Liste de quelques doyens de chrétienté du XIII: siècle. 


La présente liste ne vise nullement à dresser la liste de 
tous les doyens de chrétienté de nos anciens diocèses, 
mais seulement de ceux qui se rencontrent dans les chartes 
du xrrI° siècle. Quant aux dates de leur activité décanale, 
il va sans dire que celles qui sont fournies ici sont forcé- 
ment incomplètes, limitées qu’elles sont par les mentions 
des.actes. H. NELIs. 


I. — DIOCÈSE DE CAMBRAI. 


ARCHIDIACONÉ DE CAMBRAI. 


Doyenné de Cambrai. Le Cateau-Cambrésis. 
Mae 1206:.,.: VE JAP A PA CRAN ) (2). 
Bern AE He 1012 LA 


ARCHIDIACONÉ DE VALENCIENNES. 


Doyenné de Valenciennes. Martin (1211... (5). 
Thomas (1182-1198) (4). Gilbert (1227-1229) (5). 


(2) Cf. J. Ricuar», Tresor des chartes d'Artois, t. 1, p. 27. 

(?) Cf. Revue des bibliothèques et archives de Belgique, t. I (1904), p. 133. 

(3) C£. L. Devizrers, Description, t. Il, p. 65. 

(4) Cf. Ca. Duvivier, Actes et documents. nouv. sér., p. 121.: 

(5) CF. n'HERBOMEZ, Cart. Saint-Martin, t. 1, p, 2192. 

(5) Cf. LE GLay, Mém. sur les archives abb. Saint-Jean de Valenciennes (1862), 
D: 10: 


822 


Jean (1238... CO 
G... (1240-1241) (?). 
Haspres. 
| 
Hugues (1239... ) (5). | 
ARCHIDIACONÉ 


Doyenné de Mons. 


Henri (1190......,) (5). 


Maitre H... (1236... ) (7). 


Jean (1289... )(#) 


Maubeuge. 


Isaac (1238... Fi 


(2) Cf. Ibid. p. 18. 
(2) Cf. lbid., p. 19-20. 
(3) CE. Ibid., p. 22-93. 


. NELIS 


Jean (1246-1248) (5). 
Jacques (1283... ) (4. 


Avesnes. 


DE HAINAUT. 


Bavai 


Gauthier (1180-1187) (?). 


Wan (155580 ) (10). 
Binche. 
G{odinus](1186....... ) (42). 


Arnoul (1204-1206) (15). 
Ponceau (1211. ..…. ) (44). 
HA tI2802 STAR 

TH IA34 TRE } (16) 
Baudouin (1239-1241, (17). 
Wibert (1245...) (18). 


(4) C£. pe Sainr-GENoIs, Inv. chartes des comtes de Flandre, p. 104, n° 336. 
(5) Cf. [SerruRE|, Cartul. de Saint-Bavon, p. 207, n° 209. 

(6) Cf. ne Suer, Cartul. de Cambron, p. 564. 

(7) Cf. L. Devizers, Description, t. V, p. 154. 


(8) Cf. Ibid., t. V, p. 180. 


(?) Cf. Miragus et Foppens, Op. dipl., t. Il, p. 976. 
(10) Cf. DE Suer, Cartul. de Cambron, p. 664. 
(41) Cf. L. Devizrers, Description, t. 1, p. 200; Duvivier, Actes... nouv. 


sér.. p. 133. 


(22) C£. L. DEvizers, Description, t. 1, p. 104. 


(43) Cf. Ibid., p. 105. 
(44) Cf. Ibid., p. 110. 


(25) Cf. Le Gay, loc. cit., p. 18. 


(16) Cf. DEVILLERS, Description, t. [, p. 34. 


(47) Cf. Ibid. t. I, p. 206. 
(48) Cf. Ibid. t. L, p. 207. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 823 


ARCHIDIACONÉ DE BRABANT. 





Doyenné de Chièvres. Grammont. 
Gauthier (1180-1186) (1). Thierry (1225-1226) (1°). 
Ferinus (1198) (?). Gauthier (1238... } (41). 
Baudouin (1214....... ) (5). Centro } (12). 
SCAN AE EEE } (4) Jéan|1291%%. } (13). 
NPAtreM "112223827081 
Der 1220 08 Gi A 
Nicolas (1230-1246) (7). 

AZ /O UE... (F0 
Jean (1295) (?,, 

Tournai (Saint-Brice). Hal. 
Gerveti77e.:s): (14), Alexandre (v. 1174.......:(1*). 
Gauthier (1188) (15). Gauthier (1189-1198) (1°). 
Aiïscelin (1191....... NS). Brice (1209-1215) (2°). 


Guillaume (1212... su . Gauthier de Braïne (1216-20):2!;, 


(4) Cf. Bull. Soc. hist. et litt. de Tournai, t. XIV (1870), p. 136 et Pror, Cart. 
Eename, p.65. 

(2) Cf. ne Suer, Cart. Cambron, p. 318, 

(3) C£. Ibid., D. 360. 

(+) C£. Ibid., p. 900. 

(5) Cf. L. Devizzers, Description, t. V, p. 135. 

(6) C£. ne Smet, Cartul Cambron, p. 851. 

(7) Cf. Bull. Soc. hist. et titt. de Tournai, t. XIV (1870), p. 154; D'HERBOMEZ, 
Cart. Saint-Martin, t. 1, p. 357, 

(8) Cf. 17 août 1270. chartrier de Wautier-Braine, Arch. gén. du royaume. 

(9) Cf. pe Smet, Cart. Cambron, p. 931 et ne MaRnerre, Cart. d’Afflighem, 
p. 459. 

(10) C£. n'HERBOMEZ, Cart. Saint-Martin, 1. 1, p. 483. 

(1) Collection sigillographique, n° 17351, aux Arch, gén. du roy. 

(2 Cf, ne Suer, Corpus chron. Flandriae, t. II, p. 966. 

(43) Cf. Ibid., p.196. 

(44). CF. Miræus et FoprEens, Opera dipl., t. Il, p 1319. 

(45) Cf. Ibid.,t. LIL, p. 672. 

(16) Cf. Cn. Prior, Cart. Eename, p. 80. 

(17) Cf. D'HerRBOMEZ, Gart. Saint-Martiu, 1. 1, p. 293. 

(18) Cf. »'HErBouLz, loc. cit., p. 313. 

(19) C£. pe Suer, Corpus chron. Flandriae, t. 11, p. 800 et 813. 

(20) Cf. Jbid., p. 749 et 772. 

(21) C£. Ibid., p. 8H ; une charte du 21 décembre 1226 porte : J. de Brania 
canonicus b. Marie Cameracensis, quondam decanus de Hal; Cartul. hospice 
Saint-Jean de Bruxelles, fol. 26, aux Hospices civils de Bruxelles. 


824 H. NELIS 


Étienne de Tieulain (1212-23,(1). ja E[debald] ve 1225; (5). 


Gérard (1227......: ) (2). | (1234840) 

Thomas (1228-1231) (5). de (247. 1260) (s). 

Jacques (1232..:... ) (4). Sadones (1263.......) (°). 

Guillaume (1243... } (5). Nicolas (1282.......) (40). 

Henri (1286... ) 
ARCHIDIACONÉ DE BRUXELLES,. 

Doyenné de Bruxelles. Pamele. 

Maître Godefroid (1208.....;(*?). | Jacques (1236-1237) (?2). 

Gauthier (1214... HE 

Godescalc (1218-1221) (14). 

Étienne (1231... ) ('5). 


Maitre Godefroid (1221-1238 

et 1245) (15). 
Gossuin (1234-1253) (17). 
Arnoul (1241-1247) (18). 
F... (1260-1261) (19). 
Guillaume (1265.......) (*0,. 
ARS IULI280 Pal L 
(D? GE Ibid, 11, p. 299. 
(2) Cf. Ibid, p. 357. 
(3) Cf. Vos, Cartul. Saint-Medard, p. 164. 
(4) Cartul. Notre-Dame de Tournai, fol. 241v°, aux Arch. cath. de Tournai. 
(5) CI. Vos, ib1d., p. 248. 
(6) Cf. L. Devizzers, Description, t. I, p. 140. 

(7) Cf. Cort. Saint-Jean, fol. 12v0, aux Hospices de Bruxelles. 

(5) Cf. Chartrier: d'Aywières (août 1247), aux Archives du royaume et 
eétabl. religieux, fol. 229, ibid. 

(?) Cf. Cartul. chap. de Nivelles, n° 1417, fol. 105, ibid. 

(10) Cf. Chambre des comptes, t. I, fol. 58vo, 1bid. 

(41) Cart. de l’rbb. de Grimberghen, t. IL, fol. 139v°, à Grimberghon. 

(42) CF. Cart. n° IT, fol. 108 de Grimberghen, à l'abbaye de Grimberghen. 

(13) Cf. Ibid., fol. 104. 

(44) Cf. Jbid., fol. 116 et DE MARNEFFE, Cart. d'A fflighem, p. 396. 

(15) Cf. Cartul. IX, fol. 4vo de Grimberghen, aux Archives de l’abbaye. 

(16) C£. Jbid., fol. 6 et Cartul. Suint-Jacques, à Bruxelles, fol. LXXIIIT, aux 
Arch. gén. roy. 

(47) Cf. Cart. hospice Saint-Jean, fol. 25, aux Archives des hospices de 
Bruxelles et Cartul. A fflighem, B, fol. 19, aux Arch. gén. roy. 

(18) CF. ne MARNEFFE, Cart. Afflighem, p. 591 et Cartul. IN, fol. 1v0-2 de l’abb. 
de Grimberghen, à Grimberghen. 

(1°) CF. GortscnaLckx, Bijdragen, t. II, p. 589. 

(2°) Cf. Chartrier de Cortenberg, aux Arch. gén du royaume. 

(1) CE. Cartul. du béguinage de Bruxelles, n° 4578a, fol. A2v0, ibid. 

(2?) Cf. Cu. Por, Cart. d'Eename, p. 189, e97 et 199. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 825 


ARCHIDIACONÉ ET DOYENNÉ D'ANVERS (a). 


Jean (avant 1216... ) (1). Egide de Schelle (1269-1270) (?). 
Henri (1224.......) (2). Daniel (1274-1282) (8). 

Arnoul de Lierre (1229-1240) (3). | Nicolas (1284 ...……. NP 

Gossuin de Duffle(1242-1244,1#). 4 Henri (1283-1287) (10). 

Daniel de Doorne (1245 1251) (). { Nicolas (1292... ) (41). 

Jean (1245... No | 


II. — DIOCÈSE DE TOURNAI, 


ARCHIDIACONÉ DE TOURNAI. 


Doyenné de Tournai. Helchin. 
MW M L22200 ) (12). 
Seclin. | Lille. 

| JT... (1237...) (a). 

M..:(1243-1253) (14). 
| PH ESCI2S TEE ) (15), 

Courtrai. RAS IL248 8: JS} 

J... (1222-1235) (16). | G... (1247-1248) (1). 


Guillaume (1238-1240) (17). 


(a) Yoir une liste des doyens de chrétienté d'Anvers, dans GOETSCHALCKX, 
Bijdragen, 1. V (1906), p. 479-480. 

(1) Cf. À. DE VLAMINGK, Cartul. de Termonde, p. 96. 

(2) CE. Cartuloire de l'abb. de Tongerloo (A), fol. 104, à l’abbaye. 

(5) Cf. ibid., fol. 261. 

(4) Cf. GoerscHALcKx, Bijdragen, t. V, p. 346; t. IX, p. 473. 

(5) C£. Tbid., p. 497; chartrier de Roosendael (26 avril 1247). aux Archives 
de l'État, à Anvers et GoerscnaLokx, t. X, p. 184. 

(6) Cf. Bull. Comm. roy. hist., sér. IV, p. 10 et 67. 

(7) Cf. GorrscnaLckx, Bijdragen, t. V, p. 479. 

(8) C£. Zbid., t. XII, p. 112. 

(2) C£. Ibid., t. X, p. 349. 

(10) C£. Ibid.,t. X, p. 393. 

(4) Cf. GogrscnALckx, t. V, p. 480. 

(1?) Cf. [Serrure], Cart. Saint-Bavon, p. 186. 

(13) Cf. Ibid., p. 200, n° 200. 

(44) Cf. Haurcœur, Cart. Saint-Pierre de Lille, t. I, p. 280. 

(15) Cf. Bull. Soc. hist. et litt. de Tournai, t. XVI (1874), p. 103. 

(16) Cf. D'HERBOMEZ, Cartul. Saint-Martin t. I, p. 438, 

(17) Cf. Haurcœur, Cart. de Saint-Pierre de Lille, t. 1, p. 242. 

(18) Cf. n'HERBOMEZ, loc. cit., p. 571. 

(19) C£. Pror, Cart. Eename. p. 239. 


826 H. NELIS 


ARCHIDIACONÉ DE GAND. 


Doyenné de Gand. Roulers. 
Rodolphe (1190...) (1). W. .(1224 env. (1. 
Henri (1220... ,...)(2). 

Maître Godeïroid (1231-1233: (3) AHRENENOEE 
(12304 PER Baudouin (1224... ) ("1). 
J... (1249-1250) (5). Lambert (1236... ) ('2). 
Siger (1263-1268) (6). 
D 2. (1279110). Pays de Waes. 
Guillaume de Suna (1282-83) (3). | Lifnodus (1166... } (5). 
Jacques (...…... 1308) (9): Wulfram (1237... ) (1). 
(1239 PACE 
Sn (1248-1251) (1). 
(1258-1259) (1): 
AIDOG RAR JUPE 


= :., à Zele Ne 1278) (1°). 
Pierre (1284.. ....) (29). 
Jacques (1296. ROUTE ) (21). 
Jean (1302-1312) (2°). 





(1) Cf. van LokeREN, Chartes de Saint-Pierre de Gand, t. 1, p. 199. 
(2) CE. [SerrURE], Cart. Saint-Bavon, n° 132. 
(8) Cf. Bérauxe, Cartul. Sainte-Élisabeth, p. 398. 
(4) Cf. [Serrure], Cart. Saint-Bavon, p. 198. 
(5) Cf. Cartul. de Baudeloo, n° I, fol. 272 (95 juillet 1249), aux Arch. État à 
Gand et fol. 191v0. 
(6) Cf. Cartul. d'Oost-Eecloo, n° I, foi. 34, ibid. 
(7) Cf. Cart. de Baudeloo, n° I, fol. 229vo, ibid. 
(8) Cf. van LokeREn, loc. cit., t. 1, p. 381, 425, 426 et 432. 
(*) Cf. Cart. de Baudeloo, n° IT (B), fol. 113, 1bid. 
(10) C£. L. van HozLeBexe, Cartul. de l'abbaye de Loo, p. 50. 
(41) C£. Cn. Pror, Cart. d'Eename, p. 103. 
(12) Cf. lbid. 
(43) Cf. A. Faven, Liber traditionum, p. 181 : « Lifnodus decanus de Wasia. » 
(14) Cf, Cart. abb. Bavdeloo, ibid. 
(15) C£. [SerRuRE], loc. cit., p. 211. 
(16) CE. [Serruke]|, Cart. Saint-Bavon, p. 276. 
(47) Cf. Cart. de Baudeloo (A), Arch. État à Gand. 
(48) Cf. Cart. de Baudeloo,, I (B), fol. 145v0, aux Arch. État Gand. 
(49) Cf. Établ. rel., n° 2208a, fol. 287v°, aux Arch. gén. roy. 
(20) Cf. Cart. de RAT no I, fol. 184v0, aux Arch. État Gand. 
(°1) Le Ibid., n° II, fol. 130 et ne I, fol 203, 42v°, 266, 244vo. 
(2) C SR ET Cart. Saint-Bavon, p. 211. | 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 827 


ARCHIDIACONÉ DE BRUGES. 
Doyenné de Bruges. Jean (1239-1243) (6). 
Arnoul (1198-1204?) (1). ! Henri de Rodenburg (1245) (7). 


Rodolphe (12051212?) (?) A DAC ANS 
Guillaume (1217-1231) (5). Gilles (1254-1267) (°). 





Nicolas (1234... ) (à). Maitre Jean de Rubroec 
Lambert (1235-1239) (5). | (RSUNE ET 
Ardenbourg. Oudenbourg (11 

Jacques (1281... ) (1?) 
III. — DIOCÈSE DE LIÉGE. 
ARCHIDIACONÉ DE LIËGE. 
ARCHIDIACONÉ DE LA CAMPINE. 
Doyenné de Hilvarenbeek. ie 
Thierry (1261-1278) (13): La (1274...) (14). 
Woensel. one 


. (1231-1232) (15). 
Jean, curé de Rothem(1306..)(1). 


(1) Cf. MiRæus-Foppenxs, Opera dipl., t. IV, p. 529 et Cn. Duvivier, Actes et 
documents, nouv. sér., p. 339. 

(2) Cf. Cartularium de Dunis, p. 484 et L. DreGericK, Inv. arch. abb. Messines, 
P. 37. 

(3) Cf. Ann. Soc. éml. de Brages, 1. XIV, p. 271 et Cartlul. de Dunis, p. 544. 

(4) Cf. Cart. de Dunis. 

(5) Cf. Chartrier abb. Saint-André, bleu, n° 7384, aux No État à Bruges et 
bl., n° 7107, 1bid. 

(6) Collection sigillographique, n° 20975, aux Arch. gén. roy. et Cartul. de 
Dunis, p.577. 

(7) Cf. Cartul. de Dunis, p. 580. 

(8) C£. Cart. Saint-André (2674), fol. 106ve. 

(2) Cf. Cartul. de Dunis, p, 585 et 605 et Bull. Soc. hist. et litt. de Tourne, 
t. XIV, p. 106. 

(10) Cf, Cart. Saint-Andre (2674), ibid. 

(11) Liste des doyens d’Oudenbourg dans Feys et van DE CASTEBLE, Hist. de la 
ville d'Oudenbourg, t. LU, p. 534. 

(2) CE. Ibid., p. 534. 

(43) Chartrier d'Averbode, à l'abbaye d’Averbode (18 avril 1261). 

(41) Cf. Mrzæus et Foprexs, Opera diplomatica, t. TIT, p. 128. 

(4) Chartrier d'Averbode, à l'abbaye d’Averbode (vov. 1232). 

(46) Cf. Daris, Nofices sur les eglises du dioc. Liége, t. IV, p. 135. : 


828 H. NELIS 


Beeringen. | Susteren. 


Henri (1266... .) (1). 


Jean (1273-1296) (?). 
Wassenberg. 


ARCHIDIACONÉ DE HESBAYE. 


Concile de Saint-Trond. Tongres. 
Guillaume (1229... Je | Gérard (1204-1234) (5). 
H... (1233-1237) (4). | Simon (1241-1244) (°). 
Thierry (1271: HS Henri (1271-1275)(°) 

Maestricht. 
Henri (1262740 } (2 


Rutger (1281-1282) (1°). 


ARCHIDIACONÉ DE BRABANT. 


Concile de Léau. Louvain. 
Achille (1198... ) (21). Englebert (1204-1209) (14). 
Re (257,228 02) Louis (1220.......) (15). 


15). 


Francon (1226... 1 USE 


Pom PS 


S... (1248-1253) 


(1) Cf. Analectes.… Reusens, t. VIII, p. 361. 

(2) C£. Ibid., t. XXXV, p. 429 et chartrier d’Averbode à l’abbaye d’Averbode 
(7 mars 1296, n. st.). 

(3) CE. J. W{ocrers|, Notice hist. sur l’ancienne noble de Milen, p. 47-48. 

(+) Cf. BorMaxs et SCHOOLMEESTERS, Cart. Saint-Lambert de Liege, t. I, p. 318 
et chartrier d’Averbode, à l'abbaye d’Averbode (7 mars 1237, n. st.). 

(5) Cf. Cu. Pior, Cartul. de Saint-Trond, t. 1, p. 198. 

(6) Cf. J. Paquay, Cartul Notre-Dame de Tongres, p. 57, 60, 94. 

(°) Cf. E. Poncezer, Inv. anal. arch. Sainte-Croix de Liège, t. 1, p. 36. 

(8) Cf. J. PaQuay, loc. cit., p. 291. 

(9) Cf. J. Cuveuier, Cartul. Val-Benoît, p. 170. 

(10) CÊ. Ibid., p. 243. 
(1) Chartrier de Heylissem, aux Arch gén. roy. 
(12) Cf. J. Paquay, Loc. cit., p. 110, no 49, 111. 
(15) Cart. Heylissem, Établ. rel., n° 29514, fol. 80 et 98v°, aux Arch. gén. roy, 
(44) C£. Bull. Com. roy. hist., Sér. IV, t. VIL, p. 387 et t X, p. 196. 
(45) Chartrier de Terbanck, aux Arch. gén. roy. 
(16) Ibid. (mars 1266, n. st. ?). 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 829 


Henri (1262-1266) (1). Pierre (1234-1249) (5). 

Joan (1291...,.).(2), Regnier (1251-1274) (4). 
Lambert (1275-1276) (5). 
Henri (1282-1399) (6). 


Jodoigne. Hozémont. 

Regnier (1187-1188) (). He Henrre(ro Eco 
Jean (1198-1200) (8). Gérard (1196-1198) (17). 
Jean de St-Marc (1209-1225) (°). Bastien (1229... at 
EPP AUPA TES ETES HAL E Servais (1233... ) (4). 
N... (1244-1249) (11). Ne (1999802) (20). 
Pierre de Grave 1254... .) (12). 
Herbrand d’Affremont (1264- 

1274) (15). « 
Maitre Henri de Foul (1265- 

1275) (+). 





Hildebrand (1292...) (15). 


(4) Cart. Parc-les-Dames, Établ. rel., n° 3398, fol. 47v°, ibid. et chartrier 
d’'Oplinter, ibid. 

(2) Cf. J. Paquay, Loc. cit., p. 248, n° 196. 

(3) Cf. px TRroosrTEMBERGH, Chartes de Gempe, p. 23 et Cartul. d'A fflighem (A), 
)[, fol. 318, aux Arch. gén. roy. 

(4) Cf. GoerscnaLckx, Bijdragen, t. I, p. 448 et Bull. Com. roy. hist., sér. IV, 
t. III, p. 188. 

(5) Cf. pe TROOSTEMBERGH, l0e. cit., p. 82 (testament du doyen). 

(6) Chartrier d’Averbode, à t’abbaye d’Averbode (17 mars 1295) et Ana- 
lectes.. Reusens, t. VII, p. 220. 

(?) Cf. Chartrier d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 

(8) Cf. TaimisTer, Cart. Saint-Paul de Liege. p.26. 

(®) Cf. ScaoonBroopt, Inv. arch. Val Saint-Lambert, t, 1, p.16 et ne Mar- 
NEFFE, Cart. d’Afflighem, p. 421. 

(40) Cart. de Mellemont, fol. 378. 

(11) Cartul. de Mellemont, Établ. rel., 3878, fol. XXI, aux Arch. gén. roy. et 
fol. 304. 

(1?) Chartrier d’'Affighem, aux Arch. gén. roy. 

(43) Cf. Analectes.. Reusens, t. XX, p. 28. 

(44) Cartul. de Heylissem, Établ. rel., n° 29514, fol. 44, aux Arch. gén. roy., 
fol. 74 et 47. 

(45) Chartrier de Heylissem, aux Arch. gén, roy. 

(46) Cf. Bull. Soc. d'art. et hist. de Liege, t. IX, p. 

(47) Cf. THmisTER, loc. cit., p. 25. 

(18) Cf. ScaoonBroopT, Inv. Val-Saint-Lambert, t. I, p. 33. 

(2?) Cf. Analectes.. Reusens, t. XXIIL, p. 348. 

(20) Cf. ScnoonBroopr, loc. cit., p. 59, n° 163. 


830 H. NELIS 


ARCHIDIACONÉ DE CONDROZ. 
Huy. Saint-Remacle. 
Gilbert (1231-1232) (4). 
Ouffet. Concile de Ciney. 
; Jean (1230-1258). 
Thierry (1235-1256) (1). 
Gauthier (1261-1264) (2). Hanret. 


Rodolphe (1276-1278) (5). Francon (1227... “AGE 
Thomas (1235-1248) (°). 


ARCHIDIACONÉ DE L'ARDENNE. 
Stavelot (!!). 


ardouin (1182-1183) (12). 
enri (1264-1286) (15). 


Concile de Bastogne. 


| 
Jean (1240-1243) (7). | 
Herbert (1254-1269) (5). 
Henri (1282-1289?; (°). 
Thibaut (1297... (107 


n 


ARCHIDIACONÉ DE HAINAUT. 


Concile d' Andenne. Gembloux. 


Wéry (1226-1227) (14). 
Jean (1254... }: (15). 
Lambert (1264....... ) (16). 
Jean (1272) (1?). 


(4) Cf. Bull. Com. roy. hist., sér. V, t. IV, p. 22. 

(?) Cf. ScaoonBroopt, Inv. Val-Saint-Lambert, t. I. p. 96, 97, 98, 100. 

(3) Cf. Ibid., p. 155. 

(4) Cf. ScHoonBRoopT, loc. cil., p. 39. 

(5) C£. Ibid. 

(6) Cf. Ibid. 

(7) Cf. Cu. Laurent, Houfjulize, p. 36 et Bull. Soc. ert. et hiet. de Liege, 
t. XX, p.121. | 

(8) Collection sigillographique, n° 4261, aux Arch. gén. roy. et Bull. Soc. 
art. et hist. de Liege, t. XX, p. 72, 415 et G. Kurta, Cart. Saint-Hubert, t, I, 
p. 379. 

(9) Cf. Ibid., t. I, p. 404. 

(40) Cf. Jbid.,t. I, p. 440: 

(tt) Cf. D. GuizLeAUME, « Les doyens du concile de Stavelot »,‘dans Leodium, 
t. VII (1908), p. 146-147. 

(22) Hazxin et Rozann, Cart. Stavelos, t. I, p. 512. 

(43) Cf. Bull. Soc. art. et hist. Liege, t. XX, p. 415. 

(14) C£. Analectes.… Reusens, t. XXV et DE MARNEFFE, Cart. A fflighem, p. 453. 

(45) Chartrier d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 

(16) Cf. Annules, Soc. arch. de Namur, t. XXXI, p. 171. 

(17) Chartrier d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 831 


Fleurus (à). 
Raoul (1146... JE 
Henri (1161-1167) (?). 
Guillaume (vers 1175) (5). 


Herman de Nivelles(1180-88) (4. 


Liebert (1190-1192) (5). 
Rodolphe (1195-1217) (‘). 
Gosuin (1220-1240) (). 
RAR U2228 1) () 
G... (1243-1244) (®). 


Jean de Houtain (1246-1259) (1°). 


Guillaume (1257-1262) (11). 


Lambert (?) (1267... ) (12). 
Henr1(1279.:" ) (13). 
Pierre (12967... ) (14). 
Jacques (1296... ) (15). 


Florennes (b). 
Walter (1187) ({). 


Gilberti(EI99 CETTE 
L..., curé de Bioul [1210.....) (18). 
N..., curé de Senzeille 

(etre 1253) (1°). 


Jean (1247-1260) (2°). 
Baudouin (1287-1309) (21). 


Thuin. 
Michel (1190-1211) (22). 
Arnoul (1225-1243) (?5). 
Nicolas (1248... ) (24). 
Maître Jean (1257.......) (25). 


(a) Cf. Chanoine Roca», « Les doyens du concile de Fleurus », dans Le o- 
dium, t. XII (1913), p. 133 et U. BERLIÈRE, Monasticon, I, p. 299. 


(1) Cf. Ibid., p. 134. 
(2) Cf. Ibid. 
(3) Cf. Ibid. 


(#) Cf. En. ne Moreau, Chartes de Villers-en-Brabant, p. 12. 


(5) Cf. RoLann, loc. cit. 


(6) Cf. Devizzers, Descriplion, t. I, p. 208 et Miræus-FoppEns, Opera dipl., 


t. IL, p. 370. 


(7) Cf. ne MaRNEFFE, Cart. Afflighem, p. 575. 


(8) Cf. Rozanp, loc. cil., p. 135. 
(°) Cf. Tbid. 


(10) Cf. Analectes.. Reusens, t. IV, p. 481. 
(41) Chartrier d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 


(22) Cf. RoLanp, loc. cit. 
(43) Cf. Ibid. 
(44) CE. Ibid. 
(25) Cf. Ibid. 


(b) Cf. F. Baix, « Doyens du concile de Florennes. Notes historiques », dans 
Analectes.. Reusens, t. XXXVI, p. 105-193. 


(26) Cf. Ibid, p. 108. 
(17) Cf. Ibid. 
(48) Cf. Ibid. 
(49) Cf. Ibid. 


(20) Cf. Analectes… Reusens, t. IV, p. 481 et 1. IX, p. 495. 
(21) Cf. Annales Soc. arch. de Namur, t. XXN, p. 279. 
(22) Cf. L. Devizzers, Description, t. I, p. 76 et 186. 


(3) C£. Ibid., p. 58. 


(24) Cf. Deviens, loc. cit., p. 191. 


(25) Cf. Ibid., p. 57. 


832 H. NELIS 


ARCHIDIACONÉ DE FAMENNE. 


Concile de Chimay. Graide (b). 
MUR (122800 ) (a). Freduard (1075). 
Jean (1249... ). Etienne (1163). 
Gérard (1254). 
Rockefort. 


IV. — DIOCÈSE DE THÉROUANE. 


Doyenné de Bergues Ypres. 
Saint-Winoc. 
RD ET W:.. (12472090) 
Pierre/(1233.%2. REC Maître Jean Boune (1289...) (5). 


H.,. (vers 1237-1247) (5). 
J:54/(1260 100) (48 


Furnes. 


R{einfrid] (1217... LU) 
LAC ENU 210 JACe}: 
Ritals-n#1288) (9: 
Gérard (1238-1243) ({t). 
J. Elfart (1244-1261) (11). 
Lambert (1262... } (12). 


(a) C£. V. BarBier, Hist. abb. Floreffe, IL, p. 76. 

(b) Cf. GC. Rozann, « Étude historique sur le village et le doyenné de 
Graide », dans Annales Soc. arch. de Namur, t. XVI (1883), p. 465-466. 

(2) C£. Devizzers, Description, t. I, p. 151. 

(7) CE. Van DE P[urtE |, Cartularium de Dunis, p. 558 et 559. 

(8) Cf. Pruvosr, Chron. et cartul. de Bergues, p. 228 et n'Hoop, Chartes de 
Saint-Bertin, p. 79. 

(4) Cart. de Dunis, p. 606. 

(5) Cart. Voormezeele (n° 3472), fol. 27, Arch. État Bruges. 

(6) Cf. L. van HozLeBekEe, Cart. de Saint-Pierre de Loo, p. 69. 

(7) Cf. F. v. et G. G. Chron. et cart. Sancti-Nicolai Furnensis, p. 139. 

(8) Cart. de Dunis, p. 481 et 508. 

(®) Cf. Chron. et cart. Sancti-Nicolai Furnensis, p. 188. 

(10) Cf. Cart. de Dunis, p. 570. 

(41) C£. Cart. de Dunis, p. 581 et F. v. et G. C., loc. cit., p. 176. 

(2) Collection sigillographique, n° 3258. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 833 


V. — DIOCÈSE DE TRÊVES. 


Doyenné d’Arlon. | Luxembourg. 
Conrad (1260-1268) (1). Mathias (1283... JE 
Thierry (1287... DA 

Mersck. Carignan (Yvoix). 


Wéry (1263-1271) ({). Gérard (1201-1210) (5). 
JU: I208) 0 
Jean, curé de Villy (1265...) (7). 


Aubert (1289... 


Juvigny. Longuion. 
« Our » (1202-1238) (°). Herbert (v. 1200-1247) (10). 
Thierry (1200-1210) (*). Ni MID Ad LE: ) (21). 


Robert (1256. .....)(1?), 
Gautier d’ IA encey (1293-99) (15) 


LR LE a ——————— 


VD —DIOCÉSE D’UTRECHIT. 


Doyens des IV Métiers. 


Dr el227 ee. ) (24). 

Pen l2390 8e, ) (25). 

J.,., curé de Bouchaute (1256-1259) (15). 
Henri Bolin ne 1278) (1°). 
Jean1299,;:::2)HA8) 


(2) Cf. V. BarBier, Hist. de Géronsart, p.275. 

(2) Cf. Gorrner, Cart. Clairefontaine, p. 43, 81. 

(3) Cf. van WBrveke. loc. cit., p. 142. 

(4) CF. N. van WeRvEkE, Cart. Marienthal, p. 79, 91. 

(5) Cf. GorriNET, Cartul. Orval, p. 134 et 163. 

(6) Cf. lbid., p. 198, 250, 251, 258, 273, 284, 329 et 340. 
(*) Cf. Gorrier, Cartul. de Clairefontaine, p. 45. 

(8) Cf. GoreInET, Cart. Orval, p. 121-136. 


(°) C£. Ibid. 

(10) Cf. GorrinET, Cartul. d'Orval, p. 128, 184, 254. 

(41) C£. Gorriner. Cart. de Clairefontaine, p. 18. 

(42) C£. Ibid., p. 32. 

(23) C£. Jbid., p. 100, 85 et 88. 

(4) Cartul. de Baudeloo, 1, fol. 92v0, aux Arch. État à Gand. 
(15) Ibid., fol. 91vo. 

(16) Cartul. de Dunis, p. 348 et 1bid., IX (H), fol. 193, 

(17) Ibid., II (B), fol. 235 et 282v0. 

(48) Chartrier d’Afflighem, aux Arch. gén. roy. 


06 


834 H. NELIS 


1 
1201 


Vente, devant le doyen de chrétienté de Bruges, par Guil- 
laume de Hautauwe ainsi que sa femme à l’abbaye de Saint- 
André lez-Bruges d’une rente perpétuelle de 50 deniers 
assignée sur des biens appelés Westic, situés à Stalhille. 


Universis presentes litteras inspecturis decanus chris- 
tianitatis Brugensis salutem in Domino. Noverit univer- 
sitas vestra quod coram nobis propter hoc personaliter 
constituti Wilhelmus, filius Egidii de Hautauwe et Maria, 
filia Wilhelmi Davenans, uxor dicti Wilhelmi, recogno- 
verunt et confessi fuerunt se vendidisse bene et legitime 
religiosis viris domno abbati et conventui monasterii 
Sancti Andree juxta Brugas quinquaginta denarium annui 
et perpetui redditus sui quos habuerunt assignatos ad 
quatuor mensuras terre parum plus vel minus jacentes in 
parochia de Stalhille que vocatur Westic pro quinquaginta 
et quinque solidos flandrorum ipsis conjugibus a dictis 
abbate et monasterio integre persolutos et in utilitatem 
suam inplicatos ut conferri fuerant quarum terrarum pro- 
prietas spectat ad ipsos abbatem et conventum ratione 
emptionis facte pro 1psis et ex parte ipsorum cum Guil- 
lelmo dicto Bloch et ejus uxore, promittentes dicti conjuges 
coram nobis sub fide et Juris suis prestitis coram nobis 
dictos redditus eisdem abati et conventui gerandizare ad 
legem patrie et nunquam aliquid juris ir dictis redditibus 
per se vel alium petere vel reclamare ac pacifice de dictis 
redditibus a dictis abbate et conventu amplius et de 
cetero non petendis testimonio presentium litterarum qui- 
bus sigillum curie Brugensis duximus apponendum. Datum 
anno Domini M. CC. primo. sabbato post Trinitatem. 

Cartul. de Saint-André, n° 2674. fol. 169, 
aux Archives de l'État, à Bruges. 


IT 
1217 


Donation de dimes à l’abbaye d’Alne devant Jean, doyen 
du concile de Jodoigne, délégué par l’évêque de Liége. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 835 


Johannes, Dei gratia Geldoniensis concilii decanus, om- 
nibus Christi fidelibus in perpetuum. Quoniam sanctis 
locis propter Domini beneficia conferentur tam multa 
debent firmitate constitui ut inde nulla possint in poste- 
rum occasione divelli, Hujus igitur rationis intuitu notum 
facio presentibus et futuris quod, cum domina Aledis 
de Bouler sextam partem decime de Bouler possideret et 
eam Alnensi monasterio in elemosinam conferre vellet, 
praemissis ad eam monitionibus debitis de resignanda ea 
illi ecclesie ad quam de jure spectabat, cum ad hoc induci 
nequiret, ipsam decimam in manum meam, qui ex parte 
domini mei Hugonis, Leodiensis episcopi, et ex ipsius 
mandato ad recipiendum et conferendum astabam, omnibus 
liberis suis et propinquis aliis quorum intererat astipu- 
lantibus, approbantibus et benignum in hoc assensum 
praebentibus, cum omni integritate sua sicut eam tenebat 
prefato monasterio conferendam resignavit, scilicet Hen- 
ricus de Latuit cum novam partem decime de Dungleber 
teneret in feodum et eam monasterio Alnensi in elemo- 
sinam assignare vellet, ipse quoque de resignanda ea 
potius ecclesie cui debebatur, sicut dignum erat premo- 
nitus, cum hoc eidem persuaderi non posset eam in manum 
domini Willelmi de Dumgleber, de quo eam tenebat, ad 
opus dicti monasterii remisit, quam statim idem W. in 
manum meam Alnensi monasterio conferendam reportavit. 
Preterea Eppinus de Ultratil portiunculam illam decime 
de Ultretil in manum meam domini sui, de quo eam tenebat 
in feodum, accedente consensu et laudamento sepe dicto 
monasterio applicandam resignavit. Omnes itaque supra- 
scriptas decimarum portiones in manum meam secundum 
premissum modum et ordinem resignatas, ego Johannes, 
auctoritate domini mei H. Leodiensis episcopi, qua fun- 
gebar in hac parte, Alnensi monasterio in elemosinam 
perpétuo possidendam contuli et collatas presentis scripti 
patrocinio communivi. Actum anno M COX VII: 


Cartul. d'Alne. du XIV* siècle 
Cart n°1, fol. 316v°-317, aux 
Archives de l'Etat, à Mons. 


836 : H. NELIS 


III 


1228 


G., doyen de chrétienté de Bruxelles, authentique de 
son sceau un acte de Leonius, personne de Hoeylaert. 


G. christianitatis decanus de Bruxella, omnibus pre- 
sentem paginam inspecturis salutem in Domino, Notum 
facimus universitati vestre quod Leonius, dictus persona 
de Holar, dedit licentiam domui de Camera redimendi de 
manu laica decimas quas Franco et Gerardus de Bousfort 
a progenitoribus suis ad ipsos devolutas in Holar libere 
possidebant; sed quoniam dictus Leonius proprium sigil- 
lum non habuit ad preces ipsius presens memoriale sigilli 
nostri munimus appensione. Datum anno Domini mille- 
simo ducentesimo vicesimo octavo. 

Charte originale avec sceau rond pendant sur 
double queue représentant une église romane. 

Légende : f SIGILLUM . .NITATIS EIENSIS. 

Chartrier de l'abbaye de La Cambre,aux Archives 
générales du royaume. 


IV 
Novembre 1228 


Vente devant G., doyen de chrétienté de Bruxelles, 
et ainsi que des témoins : des prêtres, des clercs et des 
laïcs. 

Universis presens scriptum inspecturis, G., christiani- 
tatis decanus in Bruxella salutem in Domino. Noverit 
universitas vestra quod parochiani de Corbeca, de com- 
muni consensu totius parochie fructus decime, quam 
Arnoldus miles bone memorie contulit in elemosinam ad 
opus fabrice ecclesie de Corbeca vendiderunt Johanni de 
Mencario de Bruxella pro viginti libris bruxellensis mo- 
nete ad duodecim annos cum omni integritate perci- 
piendos, ita quod elapsis ejusdem duodecim annis, dicta 
ecclesia fructibus dicte decime libere gaudebit et absolute; 
ut autem hec venditio nulla inposterum attemptetur 
calumpnia et dictus Johannes in nullo detrementum 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 837 


patiatur, parochiani memorate ville, videlicet Thomas 
miles, Symon, Sygerus, Arnoldus, Gerardus, Lambertus 
et Rutgherus se et sua ad petitionem totius parochie obli- 
gaverunt; testes : Felix, Albertus, presbyteri; Arnoldus, 
Gerardus, clerici; Gerardus, Rembaldus, laici. Acium a 
graciae M. CC. TI mense novembris 
Cartulaire de l’abb. de Saint-Michel d'Anvers 
(x1v* s.), n° 3, fol. 42, aux Archives de l'État, Anvers. 


V 
1237 


Legs constitué devant G., doyen du concile de Jodoigne, 
ainsi que des témoins : le mayeur et les échevins de Chau- 
mont et beaucoup d’autres personnes. 


Universis Christi fidelibus presentes litteras intuen- 
tibus, G. decanus concilii Geldoniensis salutem. Noverit 
universitas vestra quod Johannes de Calvomonte, dictus 
de Valle, in presentia nostra constitutus, recognovit se 
legasse, et iterum legavit pro remedio anime sue, domini 
de Ville super tota terra sua in territorio de Calvomonte, 
quadraginta lib. lovanienses ad herede cui terra jure 
hereditario succedet post obitum suum dicte domini 
solvendas, ita quod dicta domus de fructibus terre medio 
tempore preceptis nichil computabit in sortem et de dicta 
terra neque in vita neque in morte sua aliquid facere 
poterit nisi salva conditione supradicta. Testes : ;:Eusta- 
cius, villicus, Franco, Evrardus, Johannes faber et alius 
Johannes faber, Nicholaus, Marsilius, scabini de Calvo 
Monte, Alardus, Petrus et multi alii. In hujus rei testimo- 
nium ut hoc ratum sit ad petitionem ejusdem J., presentes 
litteras sigilli nostri munimine duximus roborandas. 
Actum anno Domini M. CC. XXX. septimo. 

Cartul. de Mellemont, Établ. rel., n° 11,029, 
fol. 378, Arch. gén. roy. 


ML 


1249, 25 juillet 


J., doyen de chrétienté de Gand, notifie que E. Brune et 
F. Dives, jadis échevins de cette ville, ont déclaré que 


838 H. NELIS 


devant eux les frères W. et R. Corthals ont avoué que 
leur terre située à Stekene leur appartient en propriété. 


Universis Christi fidelibus presentes literas inspecturis, 
J. decanus christianitatis Gandensis salutem in Domino. 
Noverit universitas vestra quod Everardus dictus Brune 
et Fulcro dictus Dives, oppidani Gandenses, in presentia 
nostra propter hoc constituti, recognoverunt coram nobis 
quod eo tempore quo fuerunt scabini Gandenses, quod 
dictus Ghisilbertus, presbyter, dictus Corthals, Michael, 
ejus frater, Berthildis, Leworgis et Agnete sorores eorum, 
coram ipsis térram illam, que jacet in parrochia Omnium 
Sanctorum apud Stekene in Wasia, quam Walterus et 
Rennocus, fratres dicti Corthals, tenent et possident ab 
ecclesia de Bodelo, sub annuo censu quitam et liberam 
clamabant et quicquid juris habebant in eadem terra et 
recognoverunt coram ipsis E. et F. quod dicta terra esset 
Walteri et Renuoci fratrum ante dictorum et quod nullus 
alius jus habebat in dicta terra quam predicti W. et R. et 
hoc universis significamus. Datum anno Domini millesimo 
ducentesimo qnadragesimo nono, in festo beatorum apos- 
tolorum Philippe et Jacobi. 

Cartul, de Baudeloo, n°4 (A), 01272-27208 
Arch. État, à Gand. 


VII 
15 novembre 1253 


Notification devant N., doyen [de chrétienté] de Hal, 
de l’acquisition faite par l'abbaye d’Aywières,par devant 
les échevins du seigneur d’Arquennes (1), des biens de 
Francon de Opphem. 


Universis presentes litteras inspecturis, N., humilis 
decanus de Hal, testimonium veritatis acceptare. Noverit 
universitas vestra quod Henricus clericus, filius Fran- 
conis de Opphem, in jure constitutus coram Petro de 
Ransebecka, quem dominus Godefridus miles de Ar- 
cheinna, dictus Bahars, loco sui quo ad hoc instituerat, 


-() Hya lieu de croire qu'il s’agit d’Arquennes et non d’Archennes. 


DOYENS DE CHRÉTIENTÉ 839 


omnes acquisitiones quas religiose domine abbatissa et 
conventus de Aquiria, Cysterciensis ordinis, à Francone 
patre suo acquisierant,spontanee et sine ulla coactione sub 
testimonio et in presentia hominum et scabinorum domini 
Godefridi militis supradicti, pro parte domini de Opphem, 
aprobavit et quicquid juris habebat et habere debebat in 
repetitione acquisitionum predictarum, sive dicte acqui- 
sitiones sint feodum, sive hereditas, karitative quitavit 
abbatisse et conventui supradictis. Homines autem dicti 
Godefridi militis qui his interfuerunt sunt hii : Petrus, 
Walterus, Robertus, Eustacius de Ponte, Thomas, feoda- 
rius, Sebastianus et Leonius; scabini vero qui etiam his 
interfuerunt sunt hii : Jacobus, Pictavinus, Baldo de 
Quercu, Leonius, Willelmus, sutor, Martinus et Renerus; 
et ne sepe dicte aquirientes super approbatione et quitta- 
tione prelibatis ab aliquo in posterum valeant molestari, 
presentes litteras sigillo nostro sigillatas in testimonium 
omnium predictorum eisdem aquiriensibus tradimus con- 
servandas. Datum anno Domini M. CC. L. tercio, mense 
novembrio, sabbato infra octavas beati Martini hyemalis. 


Charte originuie; sceau enlevé, dans le chartrier 
de l’abbaye d’'Aywières, aux Archives générales 
du royaume, à Bruxelles. 


VIII 


| Novembre 1262 


Weytin, dit Paps et son fils Weytin, vendent à Saint- 
André lez-Bruges, six mesures de terre et une line de terre 
appelée Maclant, situées à Zuynkerke.  Aveu de la vente 
devant le doyen de chrétienté de Bruges; tradition devant 
les échevins du Franc. 

Universis presentes litteras inspecturis decanus Bru- 
gensis salutem in Domino. Noverit universitas vestra 
quod, propter hoc in nostra presentia constituti, Weitinus 
dictus Paps et Weitinus filius ejus {comparuerunt] et 
recognoverunt se legitime vendidisse monasterio sancti 
Andree juxta Brugas sex mensuras et unam linam terre 
sue quae vocatur Maclant parum plus vel minus, jacentes 
in parochia de Zuwenkerka, et easdem mensuras terre 


$ 


840 H. NELIS 


abbati dicti monasterii francis scabinis officii Brugensis ad 
plenam legem tradidisse et werpuisse, precio dicte terre 
ipsis totaliter persoluto; et quiadictus Weytinus Paps quin- 
que libros, etatis sue annos legitimos nundum habentes, se 
habere recognovit et promiserant dicti Weytinus Paps et 
Weitinus filius ejus fide mediaet sub pena viginti ibrorum 
Flandrie, ita quod itaque eorum in solidos quod predictos 
libros ad hoc inducent quod legitimam traditionem et 
werpitionem dictarum terrarum prout ad ipsos spectant 
dicto monaster1o facient dum ad annos etatis sue legitimos 
ipsos libros continget pervenire, quod si non fecerint 
predicti W. Paps et W. filius ejus, viginti libros Flandrie 
nomine pene antedicti prefato monasterio dare et persol- 
vere tenebunt se et sua omnia mobilia et immobilia ad 
premissa volontarie obligatione et jurisdictione nostre in 
hac parte subiciens. In cujus rei testimonium presentes 
litteras ad petitionem dictorum et W. sigillo curie nostrae 
tradidimus roboratas monasterio prenotato. Datum anno 
Domini M° CC° LX"€ secundo mensis novembris. 


Cart. de Saint-André lez-Brug'es, n° 2674, 
fol. 150v°-151, Archives de l’État, à Bruges. 


MELANGES 


Les tragédies de Sénèque 
étaient-elles destinées au théâtre ? () 


La critique a généralement admis, depuis un brillant 
article de G. Boissier, que les tragédies de Sénèque étaient 
uniquement destinées aux salles de lectures publiques. 
Rares sont les érudits modernes qui ont repris l’opinion de 
Juste-Lipse et de Heinsius et qui croient à la représen- 
tation théâtrale de ces œuvres. 

Or, il est important, non seulement pour juger les pièces 
de Sénèque mais encore pour juger leurs imitations fran- 
çaises, anglaises, italiennes, de savoir si, oui ou non, ce 
sont des vraies pièces de théâtre. 

I1 n’est pas possible de savoir si Sénèque a été effective- 
ment joué. Mais nous croyons que son œuvre dramatique 
est représentable et nous croyons qu’elle était destinée au 
public des théâtres. 

Le philologue allemand Birt déclare les tragédies de 
Sénèque injouables en raison de leurs difficultés de mise 
en scène. Mais des tragédies grecques aussi difficiles à 
réaliser scéniquement, par exemple les Perses d’'Eschyle 
ou les Bacchantes d’Euripide, ont été jouées. Et l’art 
théâtral était au moins aussi développé à Rome qu'en 
Grèce. Aussi G. Boissier lui-même a-t-il dû reconnaïtre 
que rien dans l'appareil de la représentation et les jeux de 
scène n'empêche la production de ces pièces sur un vrai 
théâtre. 

En revanche il allègue que le réalisme trop cru de eer- 
taines scènes, comme la scène finale de Phèdre, incite à 


(1) On trouvera de cette question un exposé plus détaillé dans le second 
chapitre de notre ouvrage sur Le Théatre de Sénèque qui va paraître incessam- 
ment. 


842 MÉLANGES 


croire que l’auteur ne songeait pas au théâtre, Mais les 
Romains ne prenaient-ils pas plaisir aux affreuses scènes 
de l’amphithéatre ? 

G. Boissier déclare, d'autre part, que les tragédies de 
Sénèque, livresques, pédantesques, monotones, n’auraient 
intéresse qu’un auditoire restreint et cultivé, et non le 
public illettré du théâtre. Mais c’est trop préjuger du goût 
des Romains que de les croire insensibles à l’éloquence, 
et d’ailleurs les costumes, les décors, la distribution pou- 
vaient aider les tragédies: à plaire aux spectateurs les 
moins instruits. 

On a nié que les pièces de Sénèque fussent conformes 
aux unités; mais elles observent celles d'action et de temps 
comme les tragédies grecques. Quant à celle de lieu, à 
supposer même qu’elle soit violée dans les Phéniciennes et 
dans Hercule sur l’Oeta, ce qui est loin d’être vraisem- 
blable, elle n’était pas nécessaire. Le matériel scénique 
permettait non seulement les changements de décors com- 
plets mais même les changements partiels de décor pour 
certaines scènes d'intérieur, telle que celle du festin de 
Thyeste. 

Birt prétend que l’auteur était un ennemi des jeux et du 
théâtre. Mais Sénèque a dû se plier aux goûts de Néron 
comme Gallion et Burrhus. D'ailleurs, même dans les tar- 
dives Lettres à Lucilius,il y a des textes qui prouvent que 
le philosophe allait parfois au théâtre sans y être forcé. 

On a également soutenu que Sénèque avait le goût des lec- 
tures publiques, ce que contredisent les lettres 52,95 et 122. 

De plus ceux qui croient que le théâtre tragique était 
en pleine décadence à l’époque de Néron, faute d’un public 
assez cultivé pour le goûter et faute de liberté, se trompent 
doublement. Le De Clementia nous apprend que les trois 
grands théâtres de Rome étaient combles et rien ne prouve 
que des tragédies accompagnées de chœurs et de musique 
n’aient pas eu de succès. Quant à l’absence de liberté elle 
a été exagérée : Tacite nous apprend que Néron retira sa 
garde du théätre « quo maior species libertatis esset » 
(Annales,13, 21),et nous savons que Néron laissa même des 
acteurs faire des allusions très claires à son parricide et à 
son matricide. 


MÉLANGES 843 


Quintilien nous entretient dans l’Institution Oratoire de 
préfaces ou Sénèque et Pomponius Secundus auraient 
discuté si l’on pouvait employer dans une tragédie l’expres- 
sion archaïque « gradus eliminat ». Mais G. Boissier pou- 
vait-il tirer de là une raison de croire que les tragédies 
étaient lues par leurs auteurs et non jouées ? Les préfaces 
pouvaient êtres séparées des pièces, comme celles de Cor- 
neille et de Racine et, d’ailleurs, rien dans le texte de 
Quintilien ne prouve que ces préfaces même aient été lues. 

On à ajouté que ce Pomponius Secundus n’aurait pas été 
joué, mais nous avons le texte de Tacite «is carmina 
scenae dabat » et celui de Pline le Jeune : « dicere solebat: 
ad populum provoco » où « populum » désigne sans doute 
le grand public par opposition à l’élite lettrée. D'ailleurs, 
quand même les tragédies de Pomponius Secundus n’au- 
raient pas été représentées, cela ne prouverait rien pour 
celles de Sénèque. 

Si nous cherchons à présent dansle texte de ces dernières 
des indications sur le but de l’auteur, nous apercevons 
d’abord des anachronismes nombreux et volontaires desti- 
nés sans aucun doute à romaniser certains détails trop 
grecs. Peut-être y a-t-il là un indice en faveur de la présen- 
tation des tragédies à un public inculte plutôt qu’à des 
lettres. 

De même la modération philosophique et religieuse des 
pièces de Sénèque fait un tel contraste avec la hardiesse 
de ses écrits en prose que l’on peut supposer que l'au- 
teur ne s’adresse plus à l'élite sceptique mais à la foule 
superstitieuse. 

1] y à aussi dans les tragédies un emploi intense des 
monologues et le savant Leo remarquait que beaucoup de 
ceux-ci semblent ne tenir aucun compte de la présence du 
chœur ou d’autres personnages à côté de celui qui est censé 
les débiter. Ne sont-ce pas là des apartés, c’est-à-dire des 
conventions d'ordre exclusivement scéniques, tolérables 
seulement dans le cas d’une représentation, et destinées à 
extérioriser pour les spectateurs les sentiments d’un per- 
sonnage sans que les autres acteurs ou les choristes soient 
supposés les entendre ? 

Une autre indication nous est donnée par l'emploi des 


* 


844 MÉLANGES 


pronoms qui, dans le cas d’une lecture, aurait amené des 
erreurs et des obscurités tandis que, dans le cas d’une 
représentation, un simple geste d’un acteur aurait suffi à 
éviter toute confusion au spectateur le moins attentif. 

I1 faut observer aussi que la règle traditionnelle des 
Grecs consistant à indiquer le moment de l’entrée ou de la 
sortie des acteurs est parfois enfreinte. Or, cela ne peut 
s'expliquer dans le cas d’une lecture sans supposer que le 
lecteur s’interrompt pour dire « exit » ou « intrat » et 
cela s'explique au contraire très bien si les spectateurs 
voient les acteurs arriver ou s’en aller. 

Certains personnages faciles à identifier par leur 
costume, leurs attributs ou leur masque ne sont ni nommés 
ni décrits à leur première entrée en scène alors que d’autres, 
plus difficiles à identifier, sont nommés ou décrits. Cela 
semble indiquer que l’auteur est aidé dans le premier cas 
par la vision directe des spectateurs. 

Ceux des personnages dont le costume ou l'aspect phy- 
sique n’ont pas changé entre leur première et leur deu- 
xième apparition en scène ne sont plus nommés ou décrits; 
ceux qui ont changé d'habits ou d'aspect sont nommés ou 
décrits à nouveau lors de leur deuxième scène. Or, si les 
spectateurs pouvaient reconnaître les premiérs,ilsauraient 
pu se tromper sur les seconds. Sénèque semble donc avoir 
agi en l’occurrence comme s’il se préoccupait dela représen- 
tation et non de la lecture. En effet il aurait dû nommer et 
décrire à nouveau à des auditeurs même ceux des person- 
nages qui reparaissaient identiques à eux-mêmes ou inter- 
rompre fâcheusement et souvent sa lecture par des listes 
de personnages débitées avant chaque scène. 

11 n’est pas inutile d’ajouter que le grand nombre et la 
minutie des indications de mise en scène ou de gestes 
données par le texte font croire qne l’auteur songeait à 
orienter ses régisseurs, ses acteurs, ses choristes, ses 
machinistes plutôt qu’à donner aux auditeurs d’une lecture 
des renseignements superflus et à peu près inefficaces. 

Mais il y a lieu d’insister sur le fait que Sénèque observe 
certaines règles comme celle des trois acteurs et de la 
personne muette alors qu’il viole parfois d’autres prescrip- 
tions de l’Art poétique d'Horace, notamment celle qui 


MÉLANGES 845 


interdit l'emploi d’un autre dieu que le « deus ex machina » 
et celle qui interdit les meurtres en scène : « ne pueros 
coram populo Medea trucidet». La raison qui fait observer 
la première règle par l’auteur et celles qui lui font violer 
les deux autres sont du même ordre : Sénèque semble par- 
tout guidé par des considérations scéniques. La règle des 
trois acteurs a l’avantage théâtral de concentrer l’attention 
sur les principaux personnages. Les autres règles ont, au 
point de vue du théâtre, moins d'avantages que d’inconvé- 
nients parce qu'elles privent l’auteur de certains effets. De 
là le choix raisonné fait par le dramaturge entre les 
prescriptions d'Horace. 

Enfin un dernier argument favorable à l'hypothèse d’une 
représentation doit être signalé. Il s’agit de nombreuses 
scènes dont l'effet est surtout d'ordre plastique et pitto- 
resque.Certaines d’entre elles perdent à la lecture la moitié 
de leur valeur et doivent à la réalisation scénique leurs 
beautés les plus émouvantes. Citons par exemple la scène 
des incantations de Médée, celle de la recherche d’'Astyanax 
par Ulysse, celle de la chasse d'Hippolyte. Beaucoup des 
tragédies de Sénèque comportent une grande mise en scène 
destinée à captiver par son luxe et son éclat les yeux des 
spectateurs en même temps qu’on charme leurs oreilles. 
Tout se passe, là encore, comme si Sénèque s'était occupé 
surtout du rendement scénique de ses pièces. 

Nous avons donc le droit de conclure que ces dernières 
étaient destinées au théâtre et non à la lecture Il ne faut 
pas perdre de vue que l’auteur faisait appel à autre chose 
qu'au texte des vers pour obtenir le succès. Ses tragédies 
nous apparaissent commedes œuvres mixtes où la musique, 
le chant, la danse, la pantomime même avaient leur place 
à côté de l'élément purement littéraire. Or, cela encore 
s'explique seulement dans le cas où l’auteur a eu à tenir 
compte des goûts populaires pour les spectacles fastueux et 
variés. C'est faire tort à ces œuvres que de ne considérer 
en elles que les parties dramatiques et de les déclarer 
ensuite trop monotones ou trop glacées pour être repré- 
sentées. Nous en aurons une idée plus juste et plus favo- 
rable en les regardant comme des drames lyriques à grand 
spectacle produisant à la représentation un effet complexe 


846 MÉLANGES 


et puissant. Ce ne sont pas des pièces livresques écrites 
pour un auditoire d'élite, maïs de vraies œuvres théätrales 
destinées à toutes les fractions du public et capables de les 
intéresser toutes grâce à leur diversité de moyens artis- 
tiques. 

Voilà pourquoi les dramaturges du xvi* siècle ont voulu 
les imiter ou les adapter. 

Saurons-nous jamais si ces pièces de Sénèque ont été 
effectivement jouées ? La découverte de quelque texte iné- 
dit pourrait seule nous le révéler. Il suffit que ces tragé- 
dies soient non seulement représentables mais encore 
susceptibles dé donner au théâtre leur maximum d'effet 
pour que nous inclinions fortement à croire que leur auteur 
songeait à les faire jouer et non pas à les faire lire. 


LÉON HERRMANN. 


Fragment de comptes 
de Louis II d’Aniou-Provence, 
roi de Naples (1405). 


En classant aux Archives des Hospices de Bruxelles 
les documents de la Suprême Charité ()}, mon attention 
fut attirée par un texte français recouvrant l’enveloppe en 
parchemin ancien d’une liasse. Les pièces en français 
sont, en effet, fort rares dans les archives bruxelloises 
avant la fin de l’ancien régime. 

Après que le parchemin eût été soumis aux manipu- 
lations nécessaires, je ne fus pas peu surpris de me trouver 
en présence d’une double feuille de comptes où étaient 
citées des villes aussi lointaines que Marseille, Tarascon 
ou Aix. Le document, d’autre part, provenait d’un office 
dépendant d’une maison royale : il y était question à 
plusieurs reprises du « Roy » et de la « Royne ». 

Au rapprochement de ces deux faits le souvenir surgis- 


(*) La Suprême Charité, créée à la suite de l’ordonnance de Charles-Quint 
sur la réforme de la bienfaisance (7 octobre 1531), avait sous l’ancien régime 
a surintendance de l'assistance publique à Bruxelles. 


MÉLANGES 847 


sait de ces ducs d'Anjou, comtes de Provence, qui furent 
rois de Naples ou, du moins en portérent le titre. Une 
phrase où.il était dit que la « Royne » est venue « d'Anjou 
à Tharascon.….. le Roy estant en Aix » ne pouvait laisser de 
doute : il s'agissait bien de ces souverains et non d’un roi 
de France, par exemple. 

Le fragment est d’ailleurs daté : il s’étend de mars 1405 
(nouveau style) à juillet suivant. Le roi dont il est question 
est donc Louis II d'Anjou; la reine, Yolande d'Aragon, 
qu’il avait épousée le 2 décembre 1400. 

Ce Louis IT était le fils aîné de Louis 1°’ duc d'Anjou, 
que la reine Jeanne avait accepté pour son héritier afin de 
l’opposer à Charles de Durazzo. On sait le peu de succès 
qu'eurent les entreprises de Louis I‘ pour se rendre 
maître du royaume de Naples. Il mourut de désespoir à 
Biseglia, près de Bari, en 1384. Son fils Louis II n'avait 
alors que sept ans. Sa mère, Marie de Blois, le mena 
successivement d'Angers à Paris, où il fut reconnu comme 
roi de Naples par la cour de France, et à Avignon, où ‘'e 
pape Clément VII lui donna l'investiture du royaume de 
Naples. Otton de Brunswick, dernier mari de la reine 
Jeanne, avait pris le parti du jeune prince : en juillet 1387, 
il s'emparait de Naples et en chassait la reine Marguerite, 
veuve de Charles de Durazzo, et son jeune fils Ladislas. 
Quatre ans plus tard, Louis II, après s’être fait couronner 
solennellement à Avignon par Clément VII, s’embarqua 
pour son royaume et fut recu à Naples en grande pompe, 
le 14 août 1391. La guerre continuait cependant contre 
Ladislas, soutenu par une partie de la noblesse. Louis II 
la mena avec succès pendant huit ans, mais la campagne 
de 1399 lui fut désastreuse : assiégé dans T'arente, tandis 
que son frère Charles l'était dans Naples, il dut se rési- 
gner à traiter avec son adversaire, à lui abandonner le 
royaume et à rentrer en France. 

Il y resta dix ans. En 1410. il tenta une nouvelle expé- 
dition en Italie. Victorieux de Ladislas à Pontecorvo le 
19 mai 1411, il ne sut pas profiter de sa victoire et se vit 
bientôt forcé de regagner pour la seconde fois la France. 
11 mourut peu après à Angers, le 29 avril 1414. [1 laissait 
deux fils, Louis III et René, « le bon roi René », dont les 


848 MÉLANGES 


tentatives sur Naples ne furent guère plus heureuses que 
celles de leur père ({). 

Le document qui nous occupe se rapporte donc à l'époque 
du séjour de Louis II en France entre ses deux expéditions 
d'Italie; il me paraît mentionner les recettes, soit de 
l’argentier, soit de la chambre aux deniers du roi (?). 
N'ayant point trouvé que des comptes de ce prince aient 
été conservés quelque part, j'ai cru utile de reproduire 
ci-dessous ce fragment. 

Sans doute n’aura-t-on pas manqué déjà de se demander 
comment il a pu échouer à Bruxelles. II m'est impossible 
de répondre à la question. Il est certain toutefois que ce 
parchemin était utilisé comme couverture de dossier par 
les bureaux de la Suprême Charité dès la fin du xvrr° siècle 
ou le début du xvrn. Nous y trouvons, en effet, en écri- 
ture de cette époque, l’inscription flamande : Hier inne 
rusten diversche requeste. Dans la seconde moitié du 
xvilie siècle, on y a écrit à nouveau : Diversche requesten. 
Enfin l'inventaire des titres de la Suprême Charité 
remis à la Commission centrale de Bienfaisance du pre- 
mier arrondissement de la Dyle en l’an XI, mentionne 
sous le n° 194 : « Quelques fardes de différens papiers 
processaux, vielles pétitions, avis, ete. » Nul doute que 
notre document ne fût la couverture d’une de ces fardes 
de « vielles pétitions ». En 1646, cependant, il était 
encore en des mains françaises, car on y relève l’inscrip- 
tion en grandes lettres : Septembre 1646, sans que l’on 
puisse dire toutefois à quoi elle se rapporte, On y voit 
encore en écriture du xvii* ou xviri siècle le mot Panne- 
terie, mais c’est probablement un essai de plume. 

Le document enfin, pour servir à l’usage de couverture, 
avait été allongé par un fragment d’un arrêt d’un des con- 
seils du roi de France « donné à Paris ce XXIITII°e jour de 
Janvier {[l’an de] grâce milsix cent douze ». J'émettrai done 
l'hypothèse qu'il est arrivé à Bruxelles dans un lot d’ar- 
chives françaises qui y furent dispersées vers 1700. 


P. BONENFANT. 


(1) Pour tout ceci, v. Dictionnaire de l'Art de vérifier les dates, éd. Micxe 
(Paris, 1854), col. 1142-1150 et A. Lecoy pe LA Marcne, Le Roi René (Paris, 
1815), CLAD 13-08: 

(2) Cf. A. Lecoy DE LA MAROHE, tbid., p. 464-466. 


MÉLANGES  : 849 


Texte du fragment de comptes (). 
[f. 1 recto.] 


Le vj° jour dudit moys de l’argent que avoit envoyé ledit Jehan 


du Puy pour la despence de l’ostel iiijc 1. 
Le viij® jour dudit moys des habitans de la ville de Masseille 
sur l’argent que ilz avoient donné au Roy CHE 


Le ix® jour dudit moys des coffres de la Royne par la main 
de Colaz Joullain en la présence de Jehan Deni, maistre d’ostel 
dudit seigneur, pour partie de sa despence par xlij jours que elle 
mist à venir d'Anjou à Tharascon et que elle fut à sa despence, 
le Roy estant en Aix. Sa dicte despence comptée en la Chambre 


aux deniers du Roy, pour ce TLC LOVILI Se VU 
Le xiij° jour ensuivant que avoit envoyé ledit Jehan du Puy 
pour la despence 1j°"L. 
Le xviij® jour dudit moys dudit Michiel de la Croiz sur ce que 
il povoit devoir à cause de sa recepte ve xiii] 1. xij S. vid. 
Celui jour de l’argent que avoit envoyé le dit Jehan du Puy 
pour le fait de la despence si ol à 


Le xix®e jour dudit moys des habitans de la ville de Masseille 
sur les mil ve 1. que ilz avoient donnés au Roy. Lesquelz ont esté 
rabatuz à Guillon Abille, rantier de la dicte ville, que l’on devoit 
pour la despence dudit seigneur 1j 01. 

Celui jour de la vente de xij sommades (?) de blé baïllées à Jehan 
Grileau en diminucion de certaine somme d'argent à lui due en la 
Chambre aux deniers : AVI) DIV Se de 

Le xxij* jour dudit moys de la vendicion de cxxxv grosses 
sommades d'avoine vendues chascune sommade xxviij gros, qui 
ont esté baïllées en paiement à aucuns de ceulx de Tharascon 
ausquelx on devoit argent en la Chambre aux deniers  ij° Lij 1. 

[f. 1 verso.] 

Le xxiij° jour dudit moys de l’argent que ledit Jehan du Puy 
avoit envoyé pour la despence vel. 

Le xxiiij° jour dudit moys dudit Michiel de la Croiz sur ce que 
il povoit devoir à cause de sa recepte pour plusieurs responces 
par lui faictes en Avignon pour le fait de la despence 

ne Diet] ex di 


(1) Je n’ai pas cru devoir reproduire les annotations marginales du contrô- 
leur des comptes. Outre qu'elles ne peuvent avoir que peu d'intérêt, je 
n'aurais pu, à cause de la difficulté de leur lecture, en donner qu'une trans- 
cription trop hypothétique. 

(2) Charge d’une bête de somme. 


07 


850 | MÉLANGES 


Le xxv° jour dudit moys de l’argent que avoit envoyé ledit 
Jehan du Puy pour le fait de la despence vijc 1. 
Le xxx jour dudit moys de Colas Joullain du reste de l’argent 
que la Royne avoit eu pour sa despence à venir d'Avignon, 
présent Jehan du Fresne diije À: 
[Summa vez le vs dp: | 
Aveiz ensuivant commencant mil ecce quatre et fenissant mil 
quatre cens et cinq. Néant. 
May ensuivant mil cecc v.: 
Le ij° jour dudit moys dudit Jehan du Puy, trésorier à Paris 
1j vel 
Le x* jour dudit moys dudit Jehan du Puy, trésorier 
1j vie xx ve 
Le xviij® jour dudit moys dudit Michiel de la Croiz trésorier 
des gabelles que il à paiez en acquit du Roy en Prouvence pour 
le fait de la despence de l'an mil cecc et ïij viije 1ij** x vit] L. ii} S. 
[£. 2 recto.] 


Celui jour de lui que il a paiez sur les debtes deues en Prouvence 
pour la despence de l’ostel des debtes deues en l’an mil ïijc et 
iii] evil XVUNS EAU 
SUNLCRS UM ICRA 

JuIxG ensuivant celui an. 
Le viij® jour dudit moys dudit Jehan du Puy, trésorier 
me Ixxiii] 1. XV S. vii] d. 

Le xiij® jour dudit moys des habitans de Baugé (1) par la main 
de Jamet de Buron, présent Jehan du Fresne, maistre d’ostel 
dudit seigneur, pour j muy d'avoine donnée par lesdiz habitans 
à madame la Royne, non livrée et appréciée à argent à xij L. et 
baïillée audit lieu en acquit de la Chambre aux deniers, pour ce 

x? 
Le xxij° jour dudit moys dudit Michiel de la Croiz que il a paiez 
à Pierre Sonnet en acquit de la ditte Chambre aux deniers 
vs xxv Il. xiiij S. vii] d. 
Simvipeixt] DER SAIT 
JUILLET ensuivant celui an. 

Le viüij® jour dudit moys dudit Michiel de la Croiz par la main 
de Colas Joullain pour la despence de la Royne en venant d’Avi- 
gnon à Marsilly les Nonnaïns (?) comptée en la Chambre aux 
deniers du Roy m iiij** 1. xvij s. iij d. ob. 


(:) Baugé, Maine-et-Loire, chef-lieu d'arrondissement. 
(2?) Marcigny, Saône-et-Loire, arrondissement de Charolles, chef-lieu de 
canton. 


MÉLANGES 851 


Ledit jour dudit Colas Joullain qu’il avoit receus pour certaine 
vente de blé faicte en Prouvence par Jehan Creyt et ledit Michiel 
de la Croiz employez en ladicte despence IDE 

[f. 2 verso.] 


Le xx" jour dudit moys dudit... mil iije xviij 1. 
Le xxij° jour dudit moys dudit. XV) xx vi} 1 x] S. ii d: 
Le dernnyer jour dudit moys dudit... XV] 1. xiiij s. 


Summa totalis recepte presentis computi xxij" xl L.vii]j s. 
ii) GO XD. 


La bibliothèque d’un marchand milanais 
à Anvers au XVF siècle, 
Jeronimo Cassina, 1596. 


On est assez mal renseigné sur l’intellectualité des nom- 
breux marchands méridionaux qui résidèrent à Anvers au 
xvi° siècle et qui furent, en partie du moins, les artisans 
de sa prospérité. Les quelques extraits de leurs livres com- 
merciaux et de leur correspondance commerciaie que nous 
possédons ne donnent pas une idée très haute de leur 
culture. On ne pourrait dire cependant que l’excellent 
historien Ludovico Guicciardini fut une louable exception. 

A défaut d’autres sources, les inventaires mortuaires de 
leurs maisons nous permettent de nous faire une idée des 
préoccupations intellectuelles des marchands du Sud.Nous 
avons relevé ailleurs l'inventaire de la bibliothèque du 
marchand portugais Gabriel de Nigro, fugitif pour « faict 
de religion » en 1540 (1). De Nigro était un juif converti, 
un maran, qui s’occupait activement de canaliser l'émigra- 
tion juive du Portugal vers Salonique par Anvers. Sa 
bibliothèque, composée surtout d'ouvrages pieux, était par- 
faitement orthodoxe. Il est vrai aussi qu’elle se trouvait à 
la vue de tout le monde dans le comptoir du marchand. Il 
nous reste également la liste des ouvrages trouvés dans les 
bagages du sieur Jean de Senega, Espagnol, décédé à 


(:) De bibliotheek van Gabriel de Nigro, Portugeesch-Joodsch koopman te 
Antwerpen, 4540. Het Boek, 1922, p. 309-310. 


852 MÉLANGES 


Anvers en 1567 (1). De Senega, qui fut peut-être un intellec- 
tuel immigré à la recherche d’une occupation auprès de la 
colonie espagnole, possédait 160 ouvrages dont plusieurs 
de valeur. L'ensemble de sa bibliothèque nous donne une 
haute idée de sa culture. C'était un homme universel, s’in- 
téressant aussi bien à la théologie qu'aux sciences exactes 
et à la poésie. Le patrimoine intellectuel des moins doués 
par la fortune nous est connu par deux inventaires, très 
courts, des bibliothèques du chanoine Vuesels et du gref- 
fier Bern. van Exaerde, fugitifs, en 1584, pour avoir appuyé 
la politique espagnole. Leurs biens furent confisqués à 
Anvers (?). 

Nous ajoutons à ces deux inventaires une liste, malheu- 
reusement incomplète, des livres trouvés dans la maison 
mortuaire du marchand milanais, Jeronimo Cassina, 
décédé à Anvers, le 20 mars 1596 (3). Cassina habitait dans 
le beau quartier de la ville, rue de l’Empereur, dans le 
voisinage d’autres riches marchands anversois et méridio- 
naux ({). L’inventaire de ses biens meubles est très long; on 
y trouve un nombre considérable de tableaux et de sta- 
tues (°). Cassina appartenait sans doute, comme la plupart 
de ses compatriotes, à une famille catholique; l'inventaire 
mentionne une série d’ornements sacerdotaux et de meubles 
d'église trouvés en sa maison. 

Par testament passé devant M° Pierre Fabri, J. Cassina 
légua tous ses biens à son fils Francisco-Bernardin Cassina, 
marié le 22 juin 1595 à Cathérine van Immerseel (6). Les 
exécuteurs testamentaires, tuteurs de Francisco, furent 


(1) De intellectueele bagage van een Spaanjaard in de xvie eeuw. Het Boek, 
1922, p. 337-341. 

() Twee kleine zestiende-eeuwsche bibliotheken te Antwerpen. Het Boek, 
1924, p. 255-257. 

(3) Archives de l'État à Anvers. Accroissements 1920. Notaire P. Fabri : Inven- 
torisalie nan het sterfhuis van Jer. Cassina, Milanais, 1596. Un registre. 

(4) Cf. A. Tuys, Histoire des rues d'Anvers, p. 222 et suiv. Anvers, 1873. 

(5) Comme c’est le cas pour la plupart des inventaires dressés au xvre siècle 
et que l’on possède aux Archives communales d'Anvers, l’on ne mentionne 
jamais le nom de l'artiste. 

(6) Nous puisons ces renseignements dans le résumé d’un acte inventorisé 
dans la maison mortuaire de Cassina. 


MÉLANGES 553 


Luis Perez (t), Martin Perez de Baro et Pietro Paulo Derio, 
tous citoyens anversois. 

Sa bibliothèque se composait de quelque 209 ouvrages, 
dont seulement une quarantaine nous sont connus. On 
trouva d’abord dans le bureau du marchand, à côté du 
petit salon : 

un Breviarium romanum, relié en velours noir et pourvu 
de coins et d’une fermeture en argent doré;. 

les Zleures de Notre-Dame {?), relié en velours noir et 
orné de la même manière ; 

le Groote Evangelische Perle, relié en cuir rouge, les 
fermetures dorées, en in een leiren overtrecsel. 

La bibliothèque proprement dite comprenaitles ouvrages 
suivants : Boecken bevonden int comptoirken neffens de 
cleyn salette z0 in de weecke gruengeschilderde schap- 
praeye oft casse als daer buyten : 


Théâtre de l’Universel Monde d'Abraham Ortelius. In fran- 
choys, gebonden in horen. in een leiren overtrecsel (3). 

D. Seraphic. Francisci totius evangelice perfectionis exem- 
plaris figuren in latijn. 

Missale romanum gebonden in swert leir ende met wit zee- 
meler overtrocken, op de seyde vergult. 

Discriptione de Guiciardini van de Nederlanden in Italiaens (4). 

Brancatio de disciplina militari in italiaensch (?). 

Decadi di Tito Livio (). 

Affscheyt der Keyserlycker rycxsdaghen in hoochduytsch. 

Des heylighen roomschen ryex ordinantien. 


(4) Ce Luis Perez est probablement le fils du célèbre Marc Perez, ancien du 
consistoire calviniste à Anvers, fugitif en 1567. Il épousa Marie-Jacqueline van 
Berchem. Sa fille Adrienne épousa le bourgmestre Nicolas Rockox. Cf. Tuys. 
op. cit. et BERNUS, Un laïque du XVIe siècle. Marc Perez. Lausanne, 1895. 

(2?) Cet ouvrage fait partie aussi de la bibliothèque de De Nigro. Cf. article 
cité p. 310. 

(8) I parut un Epitome du théâtre du monde d'Orreuius, en 1588 et en 1590, 
chez Plantin. 

(+) La première édition italienne parut en 1567 chez Silvius à Anvers. Elle 
s'intitule Descrittione de M. Lodovico Guicciardini di l'utti r Paesi Bassi. 

(5) Lez10 Brancaccro, Della nuova disciplina et vera arte militare, libri VIN. 
Venise, 1582, 1585. 

(6) Il parut différentes éditions italiennes des Décades depuis 1478, la plu- 
part à Milan. 


854 MÉLANGES 


Vita christi da Landolpho (1). 

Calitmorpho de M' Casparo Scharaîffi, in quarto. 
Della relatione Universale di Joanni Botero (?). 
Terzo libro delle prediche de Cornelio Musso (bis) (3). 
Orlando furioso (bis) (4). 

Secunda parte de listorie de Paulo Jovio (5). 

Historia d'Italia de Francisco Guicciardini (6). 
Legendario delle vite de sancti di Giacobo de Voragine (71. 
Opere di Virgilio. 

Eenen Bybel in Nederlants gedruct tot Loven (*). 
Selva di varia lettione di Pietro Messia (?). 

Historia di Giovane Zonara (10). 

Tutte l'opere del padre fre Luigi di Granata. 

La vigna del signor. 

Della eloquenza dialogo. 

Orlando Inamorato (11). 

L'Historia de Milano de Bernardino Corio ('?). 
Dialogi di Incorno de l'alteri. 

Historia de i semplice aromati (15). 

De Cavalluero determinado (14). 


(1) Il s’agit de Luporpaus CarTausieNsis, dont le Liber de Vita Christi fut édité 
pour la première fois en 1474 (sans indication de lieu); certaines éditions 
italiennes portent LanpuLrus, par exemple celles de Brescia, 1495, et de 
Venise, 1498. 

(*) Rome, 1591. 

(3) CorneLro Musso. Prediche, Venetia, 1554, 120. 

(t) L. Ariosto, Orlando furioso ; la première édition parut à Ferrare en 1532. 

(5) P. Jovio (Grovio), Historiarum sui temporis tomi dua (ab anno 1494 ad 
ann. 1547). Florence, 1550-1552. Une traduction italienne parut en 1551-1553. 

(6) F. Griccrarnini, Dell istoria d'Italia, libri XVI. Florence, 1561 ; Venise, 
1567. 

(7) J. DE VORAGINE, Il legende di tutti li sancti e le sancte dalla rom ana sedia 
acceptati & honorati, trad. Nic. de Manerbi, Venetiae. Jenson [1475]. Et nom- 
breuses autres éditions italiennes. 

(8) Peut-être la Bible bilingue de BARTHELEMY DE GRAVE, de 1557. 

() P. MexrA, Selva de varia lettione. Vinezia, 1566, 4°. 

(19) Venise, 1560, 40. 

(4) D. Borarpo, Orlando Innamorato. Première édition à Venise en 1486 ; 
puis 1506, 1518. etc. 

(42) Bervaro Corto, Historia di Milano continente da l'origine di Milano tutti 
li gesti ec... infino al tempo di esso autore. Milan, 1503. 

(13) Garcia DALL’ Horro, Dell historia dei semplici aromati. Venetia, 1589, 8°. 

(44) [Ocrvier DE LA Marcxe]. El cavallero determinado. Traduzido de lengua 
francesca en castellaña por don Hernando de Acuna. Anversa, Juan Steelsio, 
1550, 40. Jbid., id., 1555; tbid., off. Plantin, 1591. 


MÉLANGES 855 


Livre escript à la main de chansons. 

Marco Aurelio. 

Morgante Maggiore di Luigi Pulci (1). 

Primera parte del monte Calvario 

Quatre premiers livres d’Eneide. 

Decamerone di Boccacio. 

Breviarum Romanum per Plantinum {?). 

11 vago e dilettivole giardino. 

Magia d'amore. 

Diverse imprese accommodate adverse moralita. 

Viridarium florum. 

Emblemata d'Aciato (5). 

Hore in laudem virginis Marie. 

Vierendertich musickboecken alderhande sorte. 

Comedia florinea. 

Cathecismo concilii Tridentini in Venetia. 

Libro primo della Historia de l’Indie occidentali (4). 

Noch een hondert ende dertich gedructe boecken in-octavo van 
diverse materie. | 

Een tafelboecxken met silvere sloten ende beslach (ÿ) 


Dans d’autres parties de la maison, on trouva encore : 

Een leeringhe morale g'eschreven in italiaens ; 

Eenen latijnschen Bybel gedruct tot Parys,anno 58; 

Vijff musicboecken gebonden in root leir eensdeels ver- 
gult ; 

Sesse ander musickboecken gebonden in witte horen 
copercule. 

On à pu constater une fois de plus, par ce catalogue 
incomplet, la préoccupation d’une culture générale fort 
avancée chez les marchands méridionaux. Il est vrai que 
le calme relatif des dernières années du xvi* siècle fut 


(2) Luicr Puzcr, Morgante Maggiore. Firenze, 1482, etc. 

(2) Breviarium Romanum ex decreto sacrosanti Concilii Tridentini restitutum 
Pii V. pont. max.jussu editum. Anvers, Plantin, 1569. 

(3) ALcratTus, Emblemata. Lugduni, 1568, etc.; la meilleure édition est de 
Plantin, 1581, 80. 

(4) [Franc. Lopez DE GOoMARA|]. Prumera y sequnda parte de la historia 
general de las Indias. Saragoça, 1552-1553, fo. Anvers, Nucius, 1552, 8°. Trad. 
ital. Venise, 1560, 1565, 40: autre trad. ital. Venise, 1566, 4°. 

(©) I s’agit probablement d’un livre de calcul. Il en parut un chez G. Smits, 
à Anvers. en 1556. 


856 MÉLANGES 


propice à l’étude et au recueillement, aussi bien chez les 
membres de la colonie méridionale à Anvers que chez 
leurs fils qui devaient jouer un certain rôle dans l’histoire 
de l'intelligence belge au xvrr° siècle (1). 


JaALGoRIE: 


(4) Cf. J.-N., Paquor, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas 
el du pays de Liège. Louvain, 1763-1770. 


COMPTES RENDUS 


Platon. Zon. Introduction, texte et commentaire par R. NIHARD. 
Liège, Dessain, 1923, in-8e. 


On fait lire de nos jours aux élèves des classes supérieures 
d'athénée certains écrits de Platon, le plus souvent l’A pologie 
de Socrate, le Criton, et sans doute aussi quelques belles pages 
extraites d'œuvres plus étendues. Mais les professeurs sont 
bornés dans leur choix par le manque d'éditions commodes à 
mettre aux mains des élèves. IL faut féliciter M. Nihard 
d’avoir enrichi notre littérature scolaire d’une édition de 
l’Zon, un petit dialogue dénommé par les anciens Tmeipaotikôs 
— nous dirions un Essai —, qui traite de la nature de l’inspi- 
ration poétique et où Platon se révèle comme le premier en 
date des critiques d'art. 

Pour l'orientation des élèves, il n’y a rien à reprendre ni à 
ajouter à l’Introduction de M. Nihard. Divisée en quatre para- 
graphes — Platon. Socrate. Les rhapsodes. Objet et but du 
dialogue — elle est claire, concise, bien écrite (p. XIV « se 
soit borné », lapsus au lieu de « s’est borné »), et, sous sa forme 
modeste, elle fait honneur à l’homme de goût et d'érudition 
qui nous a donné déjà un livre excellent sur les Bacchantes 
d'Euripide. Les notes placées sous le texte sont conçues dans 
l'esprit socratique qui convient particulièrement ici : en 
général, au lieu d'imposer des solutions toutes faites, elles 
appellent l'attention des élèves sur les difficultés et les 
invitent à chercher par eux-mêmes. En effet, un résultat 
essentiel de leur commerce avec Platon doit être pour les 
jeunes gens le goût et l'habitude de l’enquête personnelle, la 
réserve et la méfiance de l’esprit dialectique qui n'accepte 
d’assertion qu'après s’être adressé à soi-même et à l’interlocu- 
teur une série de questions méthodiques. Le mot véog, veotng, 


858 COMPTES RENDUS 


implique en grec, comme un peu dans toute langue, une idée 
de curiosité et de générosité, mais aussi une tendance à la 
précipitation et à la présomption, défaut qui entraîne facile- 
ment vers les solutions rapides et superficielles. C'est l'origi- 
nalitée de la méthode inaugurée par Socrate qu'il ait gagné à 
lui les jeunes gens justement en combattant chez eux cette 
tendance naturelle. Rejetant le nom de sage pour n'être qu’un 
philosophe, c'est-à-dire un chercheur de vérités, il faisait 
accepter à ses auditeurs leur ignorance en confessant la 
sienne propre, et il promenait les esprits à travers les détours, 
les pièges et les surprises d’une dialectique qui rendait la 
recherche attrayante et féconde, même quand elle ne parve- 
nait pas au but désiré. 

M. Nihard dit avec raison que, par son sujet et sa briéveté, 
l’Zon offre un texte tout indiqué pour être expliqué dans la 
classe de seconde ou de poésie, où l’on commence la lecture 
d'Homère. En même temps qu’une théorie originale, les élèves 
y trouveront un charme qui manque rarement chez Platon, 
même dans ses écrits les plus abstraïits, je veux dire une scène 
vivante où les traits particuliers de l'interlocuteur sont 
observés et rendus avec une ironie malicieuse et un réalisme 
pittoresque : ici la vanité naïve, l’affectation théâtrale.et le 
manque d'élégance d’un rhapsode ambulant. Platon, qu’on se 
représente volontiers comme tourné sans cesse vers l’invi- 
sible, est un des hommes pour qui le monde extérieur et sen- 
sible a existé au plus haut degré. 

I1 faut souhaiter que l'initiative de M. Nihard soit suivie et 
que nous voyions se multiplier les éditions spéciales d'œuvres 
de Platon parmi lesquelles les professeurs de rhétorique pour- 
raient faire des choix variés; par exemple, le dialogue entier 
du Zaches, le Ménon avec son exposé de la méthode de 
Socrate, le début du Protagoras, les pages les plus sublimes 
du Phédon et du Gorgias, les chapitres du Phedre relatifs à 
la composition littéraire et à la valeur de la rhétorique (268 à 
la fin). Je crois d’ailleurs qu’en rhétorique le centre de l’en- 
seionement du grec devrait être aujourd'hui Platon, et non 
plus Démosthéne. Pour donner une idée du grand orateur, il 
suffirait de faire lire une seule de ses petites harangues poli- 
tiques, ou certaines pages du discours Sur la couronne. En 
tout cas, si l’on augmente la part de Platon, il faut diminuer 


COMPTES RENDUS 899 


d’autant celle d’autres auteurs pour éviter le danger où les 
pédagogues primaires tendent à entraîner tout notre enseigne- 


ment : Nñmoi, oùdë ioao1v 60 TAËOV OU TavTÉS. 
L. PARMENTIER. 


Callimaque, texte établi et traduit par Émile Cahen, maître 
de conférences à la Faculté des Lettres de l’Université d’Aix- 
Marseille. — Collection des Universités de France (Asso- 
ciation Guillaume Budé). Paris, Les Belles Lettres, 1922, 
in-80, 194 p. 


Comme M. Cahen le fait remarquer au début de son intro- 
duction, alors qu’en Allemagne le seul xIx° siècle a vu 
paraître trois éditions importantes de Callimaque — celles de 
Meineke, de Schneider et de Wilamowitz-Môllendorff — la 
France n’en a produit aucune depuis la Renaissance et, en 
fait de traductions du grand poëte qui fit les délices de Catulle, 
il n’y a guëre à mentionner que l’intéressant essai de Hau- 
vette. On doit donc féliciter l'Association Guillaume Budé 
d’avoir réussi à publier sans retard un volume destiné à mieux 
faire connaître chez nous la poésie d’un des plus artistes des 
Alexandrins. 

M. Cahen s'est acquitté de sa tâche de façon à rendre tous 
les services que l’on pouvait attendre, et, de plus, il fait preuve 
de qualités qui sont particulièrement de mise ici. Dissimulant 
le plus possible l’érudition dont il a dû se munir, l’éditeur, en 
tout, a procédé avec goût et discrétion. En tête du volume, 
on lit un précis sur la vie, l’œuvre et la tradition manuscrite 
de Callimaque où l'exactitude minutieuse ne nuit en rien à 
l'élégance de l'exposé. Puis — après des notices toujours suc- 
cinctes et substantielles — se succèdent les diverses sections 
du texte (Hymnes, Épigrammes, Origines, Hecaié, Iambes 
et Poëmes lyriques), texte que l’auteur établit avec un con- 
servatisme circonspect. Chaque fois que les leçons des manu- 
scrits l’inquiétent, une brève formule ou bien la simple men- 
tion d’une conjecture en avertit le lecteur et l’empêche de 
passer outre en se figurant à la légère qu’il a compris. En 
procédant ainsi, l’éditeur nous fournit les moyens et commo- 
dités nécessaires pour connaître la tradition, et pour, s’il nous 
plaît, la modifier à notre propre gré. Tout ce que l’on pour- 


860 COMPTES RENDUS 


rait objecter à cet égard, c’est que, peut-être, un apparat si 
sobre fait la part trop petite à la tradition indirecte. 

Dans la série des Épigrammes, on n’approuvera peut-être 
pas l’omission des pièces d’authenticité douteuse, maïs on 
louera l'éditeur d’avoir reproduit les autres en suivant l’ordre 
des recueils modernes, tout factice qu'il soit. Au lieu de dis- 
tribuer ces poésies en catégories — funéraires, votives, éro- 
tiques, littéraires ou morales — il valait mieux, en effet, à 
l’exemple de leur auteur lui-même, offrir aux lettrés le plaisir 
de «passer sans trop de précautions de l’amour à l’amitié, ou 
du thème funéraire à la beuverie joyeuse ». La variété chasse 
l'ennui. 

M. Cahen énonce tout aussi excellemment les difficultés 
d’une traduction française de Callimaque que le but qu’il s’est 
proposé en rédigeant la sienne. Comment rendre avec une 
exactitude qui ne soit point barbare une poésie aussi subtile? 
Et, par exemple, de donner la juste impression de ce style 
composite, où l’usage homérique voisine à chaque vers, et de 
propos délibéré, avec celui des tragiques et des lyriques ou 
avec un usage beaucoup plus récent, on n’y pouvait songer. 
Le sens général, et avec lui, l’allure du développement et le 
ton mi-sérieux — grave même quelquefois — mi-humoristique 
de cette poésie compliquée, c'est tout ce qu'on peut essayer de 
rendre. Qu'on voie — demande M. Cahen — dans cette tra- 
duction nouvelle « plutôt qu'une lecture honne à donner par 
elle-même une satisfaction poétique, une aide à se la procu- 
rer en lisant le seul Callimaque, celui du texte grec ». 
M. Cahen ajoute qu'il a essayé d'aller plus loin encore que 
Hauvette du côté du serré et de la concision. Il faut le féliciter 
d'avoir si bien défini le programme qu'il s’est choisi. Mais, 
sous une version de ce genre, il aurait dû se montrer moins 
parcimonieux de notes qu'il ne l’a fait. On rencontre beaucoup 
de vers où une traduction concise, sans commentaire aucun, 
laisse le lecteur aux prises avec une insoluble énigme. À titre 
d'exemple, je ne mentionnerai ici que l'épigramme LX. Mais, 
je m'empresse de le reconnaître, là où il y a des notes, elles 
sont excellentes, et on ne peut leur reprocher ni obscurité 
ni superfluité. 

À la fin de son introduction, M. Cahen annonce la publica- 
tion prochaine d’une étude d’ensemble sur Callimaque. Le 


COMPTES RENDUS 861 


présent volume, si judicieusement composé et révélant un 
œoût littéraire si affiné, nous engage à retenir cette promesse 
en souhaitant qu’elle se réalise bientôt. Tout récemment 
encore, on a publié des fragments d’une œuvre perdue de Cal- 
limaque (’Emwvikiov à Sosibios) que M. Cahen n'a pu connaitre 
que par une annonce de Grenfell. Les nombreux lettrés qui 
ont une prédilection pour le poête de Cyrène voudront savoir 
sans retard quelle idée se fait de ce nouveau spécimen de la 
poésie aiexandrine un savant qui vient de se classer au 
nombre des spécialistes dont il importe le plus de connaître 
l'opinion. 
J. Bipez. 


Catalogus codicum astrologorum graecorum. Codicum pari- 
sinorum partem quintam descripsit Petrus Boudreaux, 
edidit appendice suppleta Fr. Cumont. Tomi VIII pars IV. 
Bruxelles, Lamertin, 1922, in-8°, 283 p. 


Il faut se féliciter de voir se poursuivre —- grâce à l’énér- 
gie de son auteur — l’exécution d’une entreprise dont divers 
juges des plus compétents viennent de reconnaître une fois de 
plus l’importance et la fécondité. 

Outre la description d’une soixantaine de Parisini, ce 
volume contient, dans un appendice composé par M. Cumont, 
une série d’inédits qui méritent de retenir l'attention. On y 
trouve notamment des extraits de Dion Cassius sur plusieurs 
astrologues romains (Nigidius Figulus, Thrasyllus, etc.) ; des 
fragments de l’énigmatique « iepoypauuateüs > Mélampus, 
puis de Balbillus, astrologue qui eut du crédit sous Néron et 
Vespasien, et dont une lettre de Claude, découverte depuis 
peu, mentionne le rôle dans une ambassade envoyée à cet 
empereur par les Alexandrins à propos de troubles anti- 
sémites (1); ensuite une copie de la lettre du médecin Thessalus 
(faussement attribuée jusqu'ici à Harpocration) sur les vertus 
des plantes; enfin et surtout de nombreux chapitres de ce 
Rhétorius dont M. Cumont avait déjà commencé à caractéri- 


(1) C£. H. I. Bei, Jews and Christians in Egypt, Oxford University Press, 
1924 (papyrus n° 1912, 1. 16, 36 et 105). 


862 COMPTES RENDUS 


ser l’œuvre dans les Mélanges de l'École francaise de Rome 
(1918, p. 38 ss.). 

Parmi les découvertes dues à l’exploration des manuscrits 
astrologiques, il faut mentionner l’idée toute nouvelle que l’on 
a des origines de l'astrologie gréco-romaine. On a constaté 
que le corps de doctrines dontelle est faite s’est constitué aux 
derniers siècles de l’époque hellénistique. Ce système vient-il 
aussi exclusivement de l'Egypte qu'on l'a cru? Avant de 
répondre à cette question, il faut attendre que l’on ait pu 
refaire l’œuvre des Chaldéens hellénisants, d'Épigène, de Cri- 
todème et de beaucoup d'autres encore. Or, Rhétorius nous 
fournit des extraits nouveaux de Critodème et de Teukros, 
extraits qu'il ne tient pas de la première main, cela va de 
soi, mais qui sont néanmoins d'un grand intérêt pour nous. 
D’autres chapitres du même Rhétorius semblent dériver — par 
l'intermédiaire d’Antiochus apparemment — d’apocryphes 
mis sous le nom d’'Hermès Trismégiste et particulièrement 
instructifs. M. Cumont expose toutes ces questions de prove- 
nance avec la clarté et la largeur de vues qu’on lui connaît. 
Mais à quoi bon insister pour démontrer la valeur de ce nou- 
veau volume d’une collection dont la réputation n’est plus à 
faire? Voici que M. W. Kroll (Xtio, t. X VIII, fasc. 3-4) vient 
déjà de tirer de quelques-uns des textes publiés dans l’appen- 
dice les éléments d’un article plein de révélations intéres- 
santes et de précisions qui ne font guére que confirmer et 
mettre en relief les découvertes que M. Cumont avait faites. 
Le volume se termine par des indices graecitatis (1, vocabula 
astrologica; II, verba celera notabiliora) où M'"e Marie Del- 
court a mis en vedette beaucoup de termes techniques peu ou 
pas connus (1). Quant aux descriptions de manuscrits (p. 3-96), 
elles sont, comme le titre l'indique, l’œuvre du regretté Pierre 
Boudreaux, qui eut le front fracassé par une balle allemande 
le 13 décembre 1914, tandis qu’il conduisait ses soldats à 


l'assaut. 
J. BIDEZ. 


(1) Dans Ia table IT, on aurait pu se montrer plus large et constituer une 
sorte d’index rerum, en relevant les mots relatifs aux antiquités religieuses, 
aux métiers et professions, à l’armée, etc. ; par exemple, plus d’un regrettera 
de ne pas y voir relever le mot oTpatomeddpync, dont le sens est encore mal 
établi. 


COMPTES RENDUS 863 


Eug. Albertini. Za composition dans les ouvrages philoso- 
phiques de Seénéque. Paris, de Boccard, 1923, in-8°, 
ix-354 p. (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et 
de Rome, fasc. 127.) 


Quel est donc ce charme qui, depuis peu, agissant à la fois 
en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie, en Suisse et 
aux États-Unis (4), a remis en si grand honneur le nom de 
Sénêque et a réveillé pour sa personne et pour ses écrits des 
sympathies demeurées jusqu'ici latentes? Les Allemands eux- 
mêmes, à défaut de travaux de synthèse, ont apporté à pied 
d'œuvre de solides matériaux, ainsi que le menu gravier de 
leurs études de détail (2). Assez récemment, une revue jita- 
lienne de vulgarisation ($) faisait observer combien il était 
significatif que des auteurs, travaillant à l’insu les uns des 
autres et dans des pays si divers, se soient trouvés d'accord, 
dans les grandes lignes, sur les jugements qu'ils formulaient 
touchant Sénéque. 

Cette observation m'est revenue à l'esprit en prenant con- 
naissance d'un ouvrage trés important que vient de publier 
M. Eug. Albertini, Chargé de cours à l’Université d'Alger, et 
qu'il a intitulé, trop modestement : La composition dans les 
ouvrages philosophiques de Sénèque. M. Albertini, qui termi- 
nait son travail quand parut le Seénéque prosateur, de 
M. Bourgery, a totalement ignoré mes propres Études, et je 
suis trés tenté de m'en réjouir en constatant que, usant de 
méthodes et poursuivant des objectifs assez différents, nous 
nous sommes l’un et l’autre rencontrés en bien des points. 


(2) J. D. Durr. L. Annaei Senecae Dialogorum libri X, XI, XII, Cambridge, 
1915 (avec une introduction et des notes très développées). — F. HoLLann, 
Seneca, Londres, 1920. — P. Famer, Études sur Sénèque, Gand, 1921. — 
F. Précaac, éd du De Clementia (avec sa copieuse introduction), Paris, 1921. 
— À. BourGEry, Sénèque prosateur. Études littéraires et grammaticales sur la 
prose de $énèque le philosophe, Paris, 1922. — C. Marcuesi, Seneca, Messine, 
1920. — Ca. FAvez, éd. de la Consolatio ad Helviam (avec une longue intro- 
duction et un commentaire), Lausanne et Paris, 1918. — A. GUMMERE, Seneca 
the Philosopher and his modern message, Boston, 1922. 

(?) Un récent fascicule du Bursians Jahresbericht contient un relevé analy- 
tique et critique des travaux parus sur Sénèque jusqu'en 1922. Ce relevé, du 
reste, n’est pas complet. 

(3) Bilychnis, 1923, p. 428 et suiv. : « Seneca morale », par G. Cosra. 


864 COMPTES RENDUS 


La thèse de M. Albertini est excellemment résumée dans le 
paragraphe suivant de ses conclusions (p. 324) : « Les irrégu- 
larités que l’on constate dans la composition des ouvrages 
philosophiques de Sénèque n’ont point pour origine les acci- 
dents de la tradition manuscrite, ni les circonstances dans 
lesquelles ces ouvrages ont été publiés. Sénéque les a con- 
sciemment, délibérément acceptées. Elles s'expliquent par 
son tempérament personnel, par les lois du genre auquel se 
rattachent ses écrits, par le goût de son époque, par les habi- 
tudes d’esprit que l’usage du volumen imposait aux anciens. » 

Il y a donc dans la savante étude de M. Albertini une partie 
négative, si je puis dire, suivie d’un exposé trés clair des con- 
statations faites dans l'ordre positif. 

Il s’agit d’abord de prouver que les époques auxquelles on 
peut raisonnablement assigner la rédaction ou la publication 
des écrits de Sénèque ne marquent pas des étapes distinctes 
quant aux méthodes observées dans leur composition. Pour 
cela, l’auteur s'efforce d'établir avec le maximum possible de 
précision la chronologie de ces écrits. Il n’est pas le premier 
et sans doute ne sera-t-il pas le dernier à se passionner pour 
ce problème : adhuc Sub judice lis..…., mais il a le mérite 
d'avoir examiné et classé avec soin toutes les pièces du dos- 
sier et d’avoir, en beaucoup de cas, rendu sa sentence avec 
sagesse, sans tenir compte de certains criteriums par trop 
subtils (comme celui des clausules métriques — dont on 
abuse, vraiment, un peu partout!), ou trop subjectifs. Peut- 
être, M. Albertini cède-t-il parfois à la tentation de dater des 
œuvres à une année près. Il serait plus prudent de recon- 
naître que la vie de Sénéque se divise non pas en un certain 
nombre d'années représentées par des chiffres, mais en une 
série de périodes, d’étendue trés variable, et qui s’enchaïnent 
comme suit : avant l'exil; l'exil; le retour; le préceptorat; la 
premiére partie du règne de Néron (jusqu’à la mort de 
Burrhus); la disgrâce, puis la retraite. Or, à part le troisième 
livre du de Ira, le de Constantia et le de Providentia, il est 
possible de rattacher les écrits de Sénéque à l’une ou l'autre 
de ces périodes, tantôt avec certitude, tantôt avec des proba- 
bilités ou infinies ou très grandes. De toute facon, les points 
de repère absolument fixes (l’a Marciam, l'ad Helviam, l'ad 
Polybium, le de Brevitate, le de Clementia, le de Vita beata, 


COMPTES RENDUS 865 


les Lettres) suffisent à établir sur de fortes bases la proposition 
initiale de M. Albertini : point d'évolution, suivant les 
‘époques, dans la composition des ouvrages de Sénéque. 

Suit une analyse de chacun des traités (non compris, bien 
entendu, les « Questions naturelles »). M. Albertini, les repre- 
nant l’un aprés l'autre dans l’ordre chronologique qu'il a 
adopté; croit devoir en donner le plan; il ajoute quelques 
observations suggérées par celui-ci. Même travail, nécessaire 
sans doute, mais bien ingrat, pour les Lettres à Lucilius, ce 
qui l’amêne à reconnaitre dans le recueil, du reste incomplet, 
non pas un exposé de doctrine conçu suivant une vue d’en- 
semble (thèse de Hilgenfeld) ou bien une série d’épitres fac- 
tices (thèse de Bourgery), mais bien une correspondance 
vivante, de vraies lettres, expédiées par Sénéque, reçues par 
Lucilius, composées seulement, quant au fond et quant à la 
forme, en vue d’une publication éventuelle. 

La composition en apparence relâchée des écrits philoso- 
phiques de Sénéque n'est-elle pas due en grande partie à l’état 
déplorable dans lequel leur texte nous. est parvenu? Non, 
répond encore M. Albertini, aprés avoir soigneusement exa- 
miné, pour chaque traité, les gros problèmes critiques qui ont 
té soulevés depuis trois siècles. Impossible de le suivre dans 
le détail de cet examen, qui prouve avec quelle patience et 
quelle conscience il a étudié son Sénéque avant d'en disser-- 
ter (1); notons seulement qu'une fois de plus la thèse absurde 
de M. Préchac sur la composition et la date du de Clementia 
est vigoureusement combattue. | 

C’est seulement à la page 202 que M. Albertini aborde la 
partie positive de son étude. Il commence par rechercher et 
définir les « éléments » qui composent les ouvrages philoso- 
phiques de Sénèque. A côté de l’élément proprement philoso- 
phique, qui tient, dit-il, une assez large place, des souvenirs 
littéraires, des échos des exercices de déclamation, bref, de 
tout ce qui, mis ensemble, constitue ce que Sénèque a tiré de 
ses lectures ou retenu de son éducation, il faut faire une place 


(4) Tirant profit des fameuses observations de Birt (Das antike Buchwesen. 
Berlin, 1882), M. Albertini a voulu se rendre compte de ce que représentait, 
‘en lignes antiques de 35 lettres, le contenu de chacun des «livres » de 
Sénèque, dans leur état actuel. Il avoue que, pour arriver à cette fin, ila pris la 
peine de « compter le nombre de lignes de. chaque livre dans l'édition Teub- 
ner » et de multiplier ce nombre par 42, 43 ou 44 selon le volume. ee 1 


DO 


866 COMPTES RENDUS 


aux apports personnels de Sénèque, à ce qu’il a recueilli de: 
sesconversations, de ses observations psychologiques, et aussi 
à la forme artistique dont il a revêtu sa pensée. La juxtaposi- 
tion ou, si l’on préfére, l’interpénétration de ces éléments rend 
compte de la complexité du génie littéraire de Sénéque. Il 
n’est pour ainsi dire pas un de ses traités où ne voisinent les 
lieux communs d’une rhétorique en apparence la plus usée et 
des notations d’une finesse extrême, issues, évidemment, de 
ses expériences personnelles. 

Dans les deux derniers chapitres du livre. M. Albertini 
étudie comment s’enchaïînent les éléments qu’il vient de défi- 
nir et il cherche à expliquer les habitudes de Sénèque, consi- 
déré en tant qu’écrivain. Ici, il fait une part au tempérament 
personnel de l’auteur, mais il insiste sur les obligations que 
lui créaient les traditions déjà bien établies du genre adopté : 
la « diatribe » à l’instar des cyniques, dont Sénéque a subi trés 
fortement l'influence. Les réflexions sur l'emploi du volumen 
et ses conséquences littéraires ne manqueront pas d'attirer 
l’attention. Mais, dans ce domaine, beaucoup de prudence 
s'impose : gare aux généralisations aventureuses ! 

Je n'ai fait qu'indiquer — et encore bien sommairement — 
le contenu du livre de M. Albertini, sans chicaner sur les 
détails, me réjouissant d’y trouver une telle abondance d’indi- 
cations précises, de références, de discussions critiques. Je 
louerai encore la clarté parfaite avec laquelle ont été classées,. 
réparties, rejointoyées les innombrables fiches que suppose 
la préparation d’un tel travail. Puis-je maintenant regretter 
de n'avoir trouvé en nulle page un peu de cette chaleur com- 
municative qui laisserait voir que M. Albertini a lu Sénèque 
autrement que la plume à la main? Je ne doute pas du reste 
qu’il ne l’ait faiten réalité. Maïs je crains que le souci de con- 
server aux yeux du monde savant une attitude strictement. 
objective et « scientifique » n’aménent certains critiques fran- 
çais à méconnaîitre la valeur des qualités propres à leur race. 

PAUL FAIDER. 


H. Behrens. U/ntersuchungen uber das anonyme Buch dE Viris 
ILLUSTRIBUS. Heidelberg, Winter, 1923, in-8°, 71 p.. 


L'ouvrage anonyme De viris illustribus urbis Romae nous. 
est conservé dans deux manuscrits, l’un de la Bibliothèque 


COMPTES RENDUS 867 


royale de Belgique, l’autre de la Bodléenne, avec l’Origo 
gentis Romanae et les Caesares de Sextus Aurelius Victor. 

Il semble bien que cet ouvrage soit un abrégé d’un autre 
plus considérable qui a utilisé Tite-Live et des sources qui 
s’écartent fort de ce dernier. 

D'après M. Behrens, l’auteur de ce premier ouvrage serait 
Suétone. Il meten parallèle un certain nombre de passages 
des biographies de César et de Tibére de Suétone et d’autres 
du De viris illustribus, mais j'avoue ne pas être convaincu de 
l'exactitude de la thèse par ces vagues rapprochements. 


V. TOURNEUR. 


P. Boissonnade. Du Nouveau sur la Chanson de Roland. La 
Grenése historique, le Cadre géographique, le Milieu, les 
Personnages, la Date et l’Auteur du Poème. Paris, 
Champion, 1923, in-8°, vi-520 pp., 29 fr. 


Du nouveau, oui, et du meilleur cru, sur la genèse histo- 
rique de la Chanson. Bédier a ruiné la thèse de l’origine loin- 
taine — c’est-à-dire germanique — de l'épopée française, 
avec sou cortège préalable de cantilènes. La chanson de geste, 
a-t-il affirmé, est le produit d’un état d'esprit propre à 
l’époque où ont été écrits les poèmes parvenus jusqu’à nous. 
Ce qu’il y a de particulier à cette époque, c’est le mouvement 
des croisades, croisades d’Espagne d'abord, puis croisades 
d'Orient. La Chanson de Roland, qui a pour théâtre les Pyré- 
nées et les pays de par delà, s'explique par les premières. On 
n'avait, jusqu'a présent, qu'une connaissance sommaire de 
ces expéditions. M. Boissonnade en retrace l’histoire avec un 
grand luxe de détails et il en montre l’importance considé- 
rable dans la vie de la France au xI° et dans les vingt 
premières années du xnue siècle. À cet effet, il utilise toutes 
les ressources dont peut disposer un historien expert, soucieux 
de l’information la plus minutieuse : les chroniques contempo- 
raines, tant arabes que chrétiennes, les documents d'archives 
de tout ordre. De l’ensemble résulte un vaste tableau, qui 
permet de saisir sur le vif, dans le remous des événements, 
la psychologie dont va s'inspirer le chef-d'œuvre de l’épopée 
médiévale. 


86 COMPTES RENDUS 


. D nouveau encore, mais d'espèce moins pure, sur le 
cadre géographique. Pour M. Boiss., la. géographie de 
l'Espagne, telle qu'elle est esquissée dans le poème français, 
s'alimente de souvenirs des croisades et de renseignements 
sur la situation réelle de la péninsule au x1° siècle. Subsi- 
diairement, les allusions aux musulmans de l'Afrique du 
Nord et du Levant rappellent les expéditions dirigées contre 
ces peuples, en particulier la grande croisade de 10%; 
comme sources d’information sur l'Orient, le poëête a pu 
utiliser les lettres des croisés, leurs récits oraux, les relations 
des chroniqueurs. [l y aurait même, dans la Chanson, lorsque 
le poëte rassemble toute la paienie contre Charlemagne, un 
écho des luttes menées, à la même époque, par les chrétiens 
de la Germanie, contre les peuplades païennes du nord et de 
l’est de l’Europe, tels les Pruzzi où Brousses, de race lithua- 
nienne, sur les bords de la Baltique, les Leutices qu Wältzes, 
tribus slaves établies entre la Saal et la Sprée, etc. 

A coup sûr, la géographie du monde de l'islam, chez le 
poète, est moins fantaisiste qu'il ne paraîtrait à premiére vue. 
Les noms de lieux dont il émaille son œuvre, ont pu être 
identifiés, souvent avec bonheur, par M. Boiss. Dans cette 
partie de son travail, l’auteur a dépensé beaucoup de patience 
et d’ingéniosité. Si certains détails, pris isolément, restent 
douteux, il faut reconnaître que toutes ces identifications se 
corroborent l’une l’autre que l’ensemble. fait impression. 
Ce qui a trait aux peuples non chrétiens du nord et de l’est 
de l'Europe,.me laisse plus sceptique. Il doit y avoir là des 
éléments revêtant ‘déjà un caractère traditionnel, plutôt 
qu'une information directe sur les entreprises guerrières dont 
ces peuples pouvaient être l'objet. Dans une chanson de geste 
comme (Gormontet IsSembart, contemporaine de Roland, le 
terme ZLeultiz:figure parmi les synonymes désignant l'empire 
‘de Gormont, en l’espêce une partie de l'Angleterre ou de 
FIrlande,. mais confondue avec le pays des:Sarrasins; dans la 
Chanson de Guillaume, le mot Hungre désigne simplement 
un ennemi des Francais. | 

. Ayant démélé la provenance des éléments Débra DEC ES et 
Sen utilisés par le chantre de Roland, M. Boiss. 
s'attache à découvrir, dans le poéme, le reflet. fidéle. de la 
France et des cercles musulmans du xi° siècle, de leurs ins- 


COMPTES RENDUS 869 


titutions, de leurs idées, de leurs sentiments. Les notes du 
poête sur les sectateurs de Mahomet participent des préjugés 
de son temps et du peu de souci qu’on avait alors d’une docu: 
mentation précise relativement à l'étranger ; elles révélernt 
néanmoins une connaissance, expérimentale ou documen- 
taire, assez étendue du monde sarrasin. 

En effet, d’après M. Boiss., le poête a été un témoin des 
œuerres d'Espagne. C’est sous le coup de l’exaltation provo- 
quée en lui par les victoires françaises qu’il a entrepris son 
œuvre. Pour parler comme il le fait de Charlemagne, sans 
doute a-t-il connu la Vita Karoli d'Eginhard. Mais, à la suite 
de Bédier, M. Boiss. admet que, déjà auparavant, s'était déve- 
loppée, sur la route des Pyrénées, la figure légendaire du 
oœrand empereur, représenté, en compagnie de son neveu 
Roland, comme chef d'une croisade franco-espagnole. Ses 
héros principaux, le poëte les emprunte ainsi à la légende 
historique ou religieuse. Toutefois, au dire de notre auteur, 
« il en a transformé l’image, en les idéalisant, en composant 
leur physionomie au moyen de celle des plus brillants repre- 
sentants de la société chevaleresque de son époque, de sorte 
que, sous des noms anciens, sugwérés souvent d’ailleurs par 
la réalité contemporaine a peint en un héros tout un 
groupe des plus illustres protagonistes de l'ére des prem re 
croisades ». Par le même procédé, l’auteur explique l’origine 
des personnages de second plan, même des plus modestes; à 
chacun, il découvre des modèles dans l’histoire contempo- 
raine. Un exemple fera saisir sa méthode. Il croit, avec 
Bédier, que le nom de Ganelon, lié à l’idée de la trahison, 
pourrait être un legs du passé : au 1x° siécle, Wenilo, arche- 
vêque de Sens (+ ap. 866), avait trahi, au profit de Louis 
le Germanique, la cause de Charles le Chauve, son bienfai+ 
teur, se réconciliant du reste avec celui-ci en 859. Ce simple 
souvenir historique ne suffit pas à M. Boiss. Pour lui, en 
créant le type de Ganélon, le trouvère a eu en vue 
Guillaume Ier le Charpentier, vicomte de Melun, beau et vail: 
lant soldat, qui fut accusé à deux reprises d’avoir trahi la 
cause sainte des croisés : d’abord en Espagne, en 1087, où il 
aurait manœuvré de façon à:livrer ses compagnons à l'enne- 
mi; puis à Antioche, en 1098, où il tenta dé s'évader de la ville 
assiégée. Pour le coup, voilà, si je ne m’abuse, du nouveau 


870 COMPTES RENDUS 


d'espèce contestable. Cette masse d’identifications en double 
ou triple exemplaire nous aheurte. On a l’impression que le 
trop savant auteur veut trop prouver, trop expliquer. Le 
désir de rencontrer, parmi les chevaliers du temps, des 
modèles auxquels le poëte aurait songé en fixant les traits de 
ses acteurs, amêne bien des rapprochements fondés sur des 
ressemblances partielles ou inconsistantes. Sans y prendre 
garde, l’auteur tombe dans une erreur analogue à celle d’une 
génération d’érudits à peine disparue. Ÿ a-t-il si longtemps 
que, pour retracer la genèse des héros épiques, on élisait 
comme prototypes tous les personnages du passé dont le nom 
ou les aventures offraient quelque similitude avec les leurs, 
expliquant la fusion de ces souvenirs épars par la conver- 
gence de cantilènes primitivement indépendantes? Ici, je le 
veux bien, c'est le cerveau du trouvére qui sert de creuset, 
où viennent samalgamer ses propres souvenirs. Mais faut-il 
faire de la chanson de geste une sorte de roman à clef? Pour 
ce qui regarde en particulier le Roland, cette tendance à voir 
partout des réminiscences de l’histoire contemporaire aboutit 
à diminuer injustement le rôle de l'imagination créatrice 
dans l'élaboration du poême. Le trouvére qui a combiné et 
enchaïné les péripéties de la chanson, était capable d’inventer 
par lui-même le rôle indispensable du traître, sans parler de 
la foule des acteurs secondaires et des figurants. Même à 
supposer qu'il y ait une certaine analogie entre les actes 
reprochés à Guillaume le Charpentier et ceux que le trouvère 
prête à Ganelon — mais l’analogie est restreinte — il ne 
sensuit pas que celui-ci a se calquer positivement sur 
celui-là, le personnage poétique sur le personnage historique. 
Ils ont l’un ou l’autre trait en commun simplement parce que, 
réels ou imaginaires, ils incarnent une espèce d'âme répan- 
due dans la société humaine. 

Les derniers problèmes abordés par M. Boiss. concernent 
la date, la patrie et l’auteur de la Chanson. Depuis Du Cange 
jusqu'à Francisque Michel, on a cru que notre poëme avait 
été chanté par le jongleur Taillefer, devant les Normands, à 
la bataille d'Hastings, en 1066. A la vérité, l'anecdote se lit 
seulement chez des chroniqueurs qui ont écrit, au plus tôt, 
dans la seconde moitié du x11° siècle, alors que l’œuvre était 
déja célèbre. C’est une légende attribuable à la popularité 


COMPTES RENDUS 871 


même de la Chanson. Par la suite, les romanistes ont fixé la 
naissance de celle-ci aux environs de 1080; le costume des 
personnages, disait-on, l'armement, et aussi l’état de la 
langue, ne permettent pas de remonter plus haut. D'autre 
part, on croyait ne pouvoir démontrer de facon péremptoire 
que la Chanson fût antérieure ou postérieure à la première 
grande croisade. Néanmoins, dans les derniers temps, les 
savants les plus autorisés en faisaient descendre progressi- 
vement la composition jusqu’au début du xrI° siécle; Bédier, 
dans son édition du texte d'Oxford (1922), énonce comme date 
approximative 1110. M. Boiss., lui, soutient, avec de nom- 
breux arguments à l'appui, que le poème a été écrit aprés les 
premières croisades d’Espagne et d'Orient, et il en place 
l'apparition entre 1120-1125. 

Le dernier vers du manuscrit d'Oxford, « Ci falt la geste 
que Turoldus declinet », a longtemps tourmenté les inter- 
prêtes, qui se demandaient si le travail visé par le verbe 
dectinet consistait en une rédaction, un remaniement, une 
récitation, ou une simple besogne de copie. M. Boiss. fait 
résolument de Turold l’auteur du poème. D’aprés ses induc- 
tions, celui-ci était un clerc d’origine normande, qui aurait 
mené la vie d’un ménestrel errant. fréquenté les cours sei- 
gneuriales, séjourné en Espagne, à la suite des croisés et des 
colons français. Si le texte d'Oxford, purgé des traits anglo- 
normands attribuables au scribe, laisse apparaître une langue 
d’un coloris dialectal peu prononcé, c’est qu’au cours de ses 
pérégrinations, le jongleur doublé d’un écrivain avait pu se 
former cette langue dégagée du particularisme local. M. Boiss. 
enfile si bien ses hypothèses que, pour un peu, il nous améne- 
rait à reconnaître le poëête dans tel clerc normand, établi en 
Espagne, dont les documents de l’époque ont gardé le souve- 
nir, et qui s'appelait précisément Turold. La trouvaille 
paraîtra trop heureuse pour n'être pas suspecte. Quelque 
méfiance que l’on éprouve à son endroit, ce qui importe, 
d’ailleurs, bien plus que l'identité de l’écrivain, c’est sa 
personnalité. | 

Selon M. Boiss., l’auteur de la Chanson de Roland possé- 
dait une certaine culture classique. Il cite Homère et Virgile 
(vers 2616), de façon toutefois à montrer que, suivant les 
conceptions du temps, il voit surtout en eux des sages, char- 


872 COMPTES RENDUS 


gés d’ans et d'expérience. S'il a connu les légendes homé- 
riques, ce ne peut être que par l'intermédiaire de ces versions 
grecques de basse époque, circulant sous les noms de Darés. 
et de Dictys, qui, abrégées en latin, ont servi de sources, 
vers 1160, au Roman de Troie de Benoît de Sainte-More. A 
défaut de l’épopée grecque, son œuvre a pu être influencée: 
par l'épopée latine. Mais la démonstration de M. Boiss. 
s'arrête à cette conjecture. Bien qu'on ineline aujourd’hui à 
rattacher les premiers essais littéraires de langue française à 
la production latine de l'antiquité et du moyen àâge, les 
recherches de détail sont encore trop peu avancées pour auto- 
riser, là-dessus, autre chose que des suppositions. Il semble: 
d’ailleurs que, sur ce terrain, la Chanson de Roland ne puisse 
être séparée des plus anciennes chansons de geste conservées, 
Gormont et Isembart, la Chanson de (ruillaume, etc. Gher- 
cher dans l’histoire des guerres saintes du xI° et du xH° siécie 
la raison d’être de chacun des éléments d’un poème isolé et 
celle du poème lui-même n’épuise pas le problème des ori- 
gines de l’épopée médiévale. Il reste à déterminer pourquoi 
et comment les compositions dans lesquelles se sont cristalli- 
sées les légendes historiques écloses au souffle des croisades, 
ont revêtu la forme épique, avec la technique propre aux 
chansons de geste. 

Aussi bien, même à d’autres points de vue, l'étude qui nous 
occupe aurait gagné à embrasser dans un seul ensemble: 
toute notre primitive production épique, plutôt qu'à se con- 
centrer exclusivement sur un seui de ses représentants, fût-il 
le plus digne d'attention. Tout ce qui concerne la genèse 
historique du genre, l'influence des croisades, le reflet des. 
institutions et des idées du temps, l’utilisation des légendes 
en cours et des sources savantes, la méthode de travail des 
trouvéres, tout cela s’éclairerait avantageusement par une 
étude comparée des premiers monuments épiques du moyen. 
âge. Encore ne faut-il point perdre de vue que les plus 
anciennes chansons de geste parvenues jusqu’à nous, si on les. 
range dans la premiére moitié du x siècle, ont dù être 
précédées, tout au moins à quelques décades d'intervalle, 
d’autres chansons disparues. On a recueilli, à ce sujet, l’un 
ou l’autre témoignage, dont le plus formel est celui d'Hariulf, 
l’annaliste de Saint-Riquier; sa chronique, terminée en 1088: 


COMPTES RENDUS 873 


et revisée en 1104, fait mention d’un poème sur Gormont qui 
se chantait à cette époque et qu'il n’a pas l'air de regarder 
comme une nouveauté (voir, pour le surplus, BÉDIER, His. 
des Lettres en Fr., 1* vol., p. 177 ss., dans l’Hist. de lx 
nation fr. d'Hanotaux, t. XII, Paris, 1921). 

Il n’en reste pas moins que le volumineux ouvrage de 
M. Boiss., fidèle à son titre, aura renouvelé, pour une part 
appréciable, l’étude de la Chanson de Roland. Nourri d’une 
érudition copieuse — massive plutôt que filtrée — il réunit 
tout à la fois une foule de matériaux précieux, d'idées 
fécondes, d'hypothèses hardies, de rapprochements suggestifs, 
qui seront utilisés, contrôlés, développés, dans des travaux 
ultérieurs. Même s’il n’entraîne pas toujours la conviction, 
il impose par son envergure et il restera longtemps, je pense, 
un livre avec lequel il faudra compter. 

ALPHONSE BAYOT. 


P. $S. — Le compte rendu qui précède était à l’impression, 
lorsque m'est parvenue l’étude toute récente de J.-J. Salverda 
de Grave, T'uroldus (Mededeelingen der kon. Akademie van 
Wetenschappen, Afd. Letterkunde, deel 57, ser. A, n° 1, 
Amsterdam, 1924, 17 pp. in-8°). Après combien d’autres, le 
savant romaniste hollandais soumet à un examen systéma- 
tique le dernier vers du Rotanda d'Oxford. À son sens, aucune 
des interprétations connues du verbe declinet n'est vraiment 
satisfaisante ; on ne peut voir, dans Turold, ni l’auteur de la 
chanson, ni un écrivain antérieur dont le poëête se serait 
inspiré, ni un jongleur, ni un scribe. Ce même nom de 
Turold apparaît, dans des conditions également mystérieuses, 
parmi les légendes de la tapisserie de Bayeux; et, là, 
M. Salverda pense qu'il pourrait désigner l'artiste qui a 
dessiné les cartons de ce célébre travail, contemporain de 
nôtre poême. À titre de conjecture, il se demande si le vers 
final de celui-ci ne renfermerait pas une allusion à une autre 
série de compositions du même artiste, ayant pour objet 
l’histoire de Roland et de Charlemagne. Le verbe dectinet 
équivaudrait alors, pour le sens, au latin delineare, soit qu’il 
doive être amendé en *delinet, soit même qu’il se conserve 
sous une forme authentique (Du Cange cite un exemple où 
declinare signifie « tracer des limites »). Il y a, dans cet 


874 COMPTES RENDUS 


article de M. Salverda, trop d’hypothèses conjuguées pour 
qu'en ayant goûté la claire logique, on adhère sans scrupule 
aux conclusions qui s’en dégagent. Mais l’idée est ingénieuse. 
Elle ouvre aux chercheurs des perspectives nouvelles. Peut- 
être nous achemine-t-elle vers la solution d’un problème 
d'histoire littéraire, dont i’intérêt se trouve singulièrement 
accru par ce rapprochement avec d’autres problèmes relevant 
de l'archéologie. A. BAYoT. 


Hilding Kjellman. Za deuxième collection anglo-normande des 
Miracles de la Sainte Vierge et son original latin, avec les 
miracles correspondants des manuscrits français 379 et 
S18 de la Bibliothèque Nationale, p. cxxxrn1-368. Paris et 
Uppsala, 1922, in-8c. 


Tous ceux qui s'occupent à étudier l’origine et le dévelop- 
pement des miracles du moyen âge (il ne s’agit ici que des 
miracles épiques) salueront avec empressement cette publi- 
cation qui a été faite avec les fonds du legs Vilhelm Ekman 
et qui dénote à chaque page une science profonde et un travail 
consciencieux. Ces qualités s’observent déjà dans l'introduction 
qui donne un apercu trés substantiel sur les miracles en 
général ainsi qu’une étude fort intéressante sur la dépendance 
de chaque miracle en particulier. M. Kjellman est d'avis 
qu'ils proviennent en grande partie d'œuvres historiques, de 
chroniques, de légendes hagiographiques et de sermons; il y 
aurait peut-être lieu d'ajouter les évangiles apocryphes et les 
Vies (comme celle de Wace et d’Armand de Valenciennes) et 
de faire remarquer que les sermons ont davantage puisé dans 
les collections de miracles qu’ils ne les ont inspirées. 

Quoi qu'il en soit, la littérature latine du moyen âge était 
trés riche en miracles; Mussafia, Marientegenden, parle des 
six collections locales suivantes: Coutances, Laon, Soissons, 
Roc-Amadour (en Guyenne), Chartres, Pierre-sur-Dive 
(Normandie). Il y avait, en outre, des collections générales, 
parmi lesquelles il faut citer : 1° le cycle HM (nommé ainsi par 
Mussafia, d’après le premier et le dernier miracle de la série, 
Hildefonsus-Murieldis) ; 2 le cycle des quatre éléments; 3° la 
collection Toledo- Samstag (TS). Ces collections plus ou moins 


COMPTES RENDUS 875 


altérées ont été ensuite réunies en de vastes compilations : 
1° PEZ (désignation de Mussafia): 2° un recueil contenu dans 
le manuscrit Cléop. CX du Mus. brit., qui est en partie iden- 
tique au manuscrit 482 de la ville de Toulouse; 3° un recueil 
composé par Guillaume de Malmesbury, dont dérive celui de 
< mestre Albri > qui nous est inconnu et qui a été traduit en 
français par Adgar. C’est dans ces collections locales et géné- 
rales qu'ont puisé les auteurs de miracles en langue vulgaire. 
Nous devons à Gautier de Coincy (qui est aussi l’auteur des 
Cinq Joies Nostre Dame) le plus connu des recueils rédigés en 
vers français; Adgar, trouvére anglo-normand (1), a composé 
un recueil de miracles d'aprés le livre de « mestre Albri »; 
Jean le Marchant, l’auteur des Miracles de Notre-Dame de 
Chartres, a paraphrasé également une compilation latine. Et 
enfin le recueil que publie maintenant M. Kjellman a été 
composé d’après une collection de miracles latins dont une 
rédaction à peu près complète est conservée dans le manuscrit 
d'Oxford, Balliol 240. 

Nous devons à Paul Meyer une bibliographie des miracles 
en vers français; il les divise en deux catégories, selon queles 
recueils ont été formés en France ou en Angleterre. Au pre- 
mier groupe appartiennent les miracles de Gautier de Coincy 
et de Jean le Marchant et la collection en grande partie inédite 
conservée dans le manuscrit français 818 de la Bibliothèque 
Nationale. Le groupe anglo-normand se compose surtout des 
miracles d’'Adgar remontant à la fin du xn° siécle, de la 
présente collection (ms. O4 Royal 20 B XIV du Mus. brit.) et 
des miracles d'Everard de Gateley. Il ressort de cet aperçu 
sommaire que les seuls recueils importants qui ne soient pas 
entièrement connus jusqu'ici sont ceux du manuscrit fran- 
çais 818 de la Bibliothèque Nationale et ceux du manuscrit 
Old Royal. Et c’est justement cette lacune que comble la 
publication de M. Kjellman. Les miracles du manuserit Old 
Royal se trouvent aux folios 1024-170b et 173 et ont été 
copiés, selon l’avis de l’auteur, par un Anglo-Xormand (?j. 


(2) C'est ainsi qu'il est désigné par M. Kjellman ; rappelons qu'il était moine. 
(2) Il ne me paraît pas exclu que le copiste ait été un Anglo-Saxon qui, natu- 
rellement, aurait connu l’anglo-normand d’une façon suffisante pour faire son 
travail de transcription. Outre que le genre des substantifs me semble parti- 
culièrement flottant (pour M. Kjellman, cette fluctuation n'est qu'apparente), 


« 


3876 COMPTES RENDUS 


Quant à l’âge de ce manuscrit, M. Kjellman, se ralliant à 
l'opinion de Matzke, est d'avis qu'il ne faut pas remonter plus 
haut qu'aux dernières dizaines du xiI° siècle, mais qu’il 
est écrit avant 1300. En faveur de cette datation il allégue 
surtout des arguments d'ordre linguistique, comme la rareté 
relative de la graphie -aun pour -an, si populaire à partir de: 
la fin du x1n° siécle. 

Puisque la source de notre recueil, comme l’a déjà montre: 
Mussafia, est certainement Ja collection latine conservée dans 
le manuscrit d'Oxford, Balliol 240, M. Kjellman a pu les 
traiter ensemble et en examiner de prés le contenu et l’origine; 
il ressort de cet examen que la collection de miracles con- 
servée dans les deux manuscrits, occupe une place centrale 
dans la partie de cette littérature qui est originaire: 
d'Angleterre; en particulier, elle se trouve dans un rapport 
étroit avec |’ «essemplaire » de maître Albri qu'Adgar a ew 
sous les yeux, et on peut même dire que celui-ci était du 
même type qu'Oxford et Toulouse 382, qui présentent les 
mêmes particularités. Cette étude comparative et la publica- 
tion du manuscrit d'Oxford nous font donc connaître 17 des 
originaux d'Adgar sous une forme identique à peu prés à celle: 
qu'ils avaient chez maître Albri. 

C'est avec un intérêt tout particulier qu’on lit le chapitre 
qui est consacré à l’histoire de chaque miracle en particulier. 
Citons un exemple: 

Le miracle de La mort de l'Empereur Julien l'Apostat 
raconte comment la ville de Césarée menacée par Julien fut 
sauvée par la Sainte Vierge grâce aux prières de l’évêque et 
des habitants de la ville. Ayant ressuscité un sien chevalier, 
elle l’envoya combattre l'empereur païen qu’il frappa à mort. 
L'origine de ce miracle très populaire se trouve dans l'Histoire 
de saint Basile attribuée à Amphilochius (évêque d’Iconium, 
+ environ 400). Détaché de la Vie de Saint Basile, ce récit a 


je remarque une confusion entre le tutoyement et le voussoiement pour: 
laquelle ce vers est caractéristique : 
Ta prière granté vus ai (XIX, 74); 

je me demande, en outre, si la forme isolée chechun pour chescun ne reflète: 
pas le passage -sk- à -sh- (prononcé ch) en moyen-anglais; notre manuscrit date- 
rait alors d’une époque où les Anglo-Saxons prononc aient déjà ch, mais écri- 
vaient encore sk. Cf. mon raisonnement à propos de l'auteur des po 
d'Oxford, Archivum Romanicum, HI, 373. 


COMPTES RENDUS 871 


été introduit dans de nombreux recueils de miracles de la 
Sainte Vierge. On le trouve ainsi dans le Miroir historial de 
Vincent de Beauvais et dans la Légende dorée, chapitre XXX, 
où le miracle a été intercalé dans la Vie de saint Julien. 
En français, notre récit se trouve chez Gautier de Coincy ; sa 
source comme celle de Vincent de Beauvais est la Vifa latine. 
Adgar le reproduit aussi: il se trouve encore dansle manuscrit 
français 818, rédaction publiée par Paul Meyer à propos d'un 
manuscrit d'Orléans qui renferme quatre fragments de 
miracles parmi lesquels se trouve aussi le nôtre. 

M. Kjellman a étudié de cette maniére tous les 60 miracles 
contenus dans son manuscrit, sauf naturellement celui de 
saint Théophile, auquel Hj. Lundgren a consacré une étude 
spéciale ({). Il est clair qu’il reste encore beaucoup à faire 
dans ce domaine (*). 

Dans l'aperçu sur la langue et la versification du manuscrit, 
l’auteur suit la méthode adoptée par Stimming, Boeve, 
p. 172 ss. ; il sera d’un grand secours pour la connaissance de 
l’anglo-normand. 

L'édition du texte forme la partie capitale de l'ouvrage; on 
peut n'être pas tout à fait d'accord avec les principes qui ont 
été observés par l'éditeur, mais d’une façon générale le 
texte imprimé est très satisfaisant. Voici toutefois quelques 
remarques que m'a suggérées une rapide lecture: 

Des cas comme s?/ Lad (passim), mes sil, etc., sont regardés 
comme des inadvertances du copiste; comme ils sont assez 
fréquents, je me demande s'ils ne réflétent pas une-particula- 
rité phonétique. 

Le copiste met souvent o pour e; l’éditeur aurait bien fait, 
a mon avis, de laisser subsister cette particularité, au lieu de 
mettre e dans la plupart des cas (dans quelques cas le o a été 
maintenu): ainsi, au vers VIII, 94, le manuscrit porte Lo chef, 


(4) La grande popularité de ce miracle me paraît ressortir entre autres du 
fait que le mot diabolus, en Allemagne, à subi l'influence phonétique de 
Theophilus. Diabolus a donné la forme dialectale Deubel, tandis que la forme 
plus répandue Teufel s'explique par un croisement entre diabolus et Theophilus. 
Remarquons d’ailleurs que, dans les deux formes, le ex s'explique mieux par 
le eo de Theophilus que par le ia de diabolus. Pour écarter cette difficulté on 
a pensé à l’immixtion de fief « profond », mais mon explication me semble 
plus acceptable. 

) Ne faudrait-il pas consulter un peu le folklore ? 


378 COMPTES RENDUS 


et dans le commentaire on est prié de corriger en £e chef; 
controdire (XXIV , 44)est changé en contredire, domeintenant 
(XII, 344) en demeintenant, etc. 

M. Kjellman a été visiblement embarrasse par la forme de 
la négation nen ; « vu la grande fréquence de en pléonastique, 
dit-il dans son commentaire, je suis porté à interpréter par- 
tout nen comme n’en; cela amène un certain nombre de 
corrections dans le texte ». Il est sans doute difficile de se 
décider dans tous les cas pour la bonne interprétation, maïs il 
semble tout de même que l’auteur a été trop libéral avec le 
en pléonastique. Voici quelques vers où il faut mettre nen au 
lieu de n’en : 

N'’en tenent plet del Creatur (Prol. général, 11). 
Cil s’aset dolent & blanc, 
Ke pur hunte, ke pur poür 
N’en osa mustrer cele folur (XX VIII, 40-42). 
L’alme rendi nette & bele 
Musette la seinte pucele. 
Mes covenant n’en ublia mie 
La benuré mere Marie (XXXIV, 79-82). 
N'’en fu voisin ke il ust 
Ke de li mult encumbré ne fust (XXV, 7). 
Je mettrais aussi en dans les deux exemples suivants: 
Deu n’enama ne homme for sei ( «fors soi») 
Le reneé, le forsenez (IV, 28-29). 
Cest esveke n’enama mie 
Tant la duce mere Marie 
Cum feseit sun ancessur (XV, 83-85). 
1V, 266: Anurré soit la virgine pure 
Kar se dusur passe nature, 
de tuz mortels, & ben est droit 
Ke la mere Deu tuz les bens eit. 
Supprimez la virgule derrière nature. 
VÉULDE Cist esteit le cunquerur 
De Normandie par grant valur, 
Mena tel host... 

Enlevez la virgule de derrière valur et mettez-la derrière 
Normandie. 

VILLI #59 Ke dist lui fist par avisiun 
Ke il alast a confessiun. 


COMPTES RENDUS 879 


Il y a peut-être ici une faute du copiste, anologue à celle 
du vers V, 95 (des Chartres pour de Chartres); on pourrait 
corriger dist en dire, à moins qu'on ne veuille voir dans dist 
le latin dictum (cf. oveske pour « avec» VIII, 36). 

VRP LIT: Alez s’en est, sis ad guerpi 
J’aurais imprimé : 
Alez s'en est si s’ad guerpi. 
IX, texte latin (ms. d'Oxford): Dans le munuscerit on lit: « Id 
cum senatus esset consulto statutum »: M. Kjellman corrige 
en consultu d’après Toulouse 482, alors que consullo représente 
la bonne lecon. 
XII, 200 : Quant el flum vint a un église, 
Se met pur oïr le servise. 
Je mettrais la virgule derrière vint. 


XIV, 84: Ne poet tenir pur tut le munde, 
Sun fol talent tant il abunde. 


Mettez la virgule derrière {alent. 


AVAL 7: Issi reçut il son mise 
Siangrius par sa fole enprise. 

Je propose, sous toutes réserves, juise au lieu de mise. Si 
le manuscrit ne laisse pas de doute au sujet de la lecture, il 
se peut toujours que #ñnise ne soit pas le texte primitif. Le 
développement de -ÿciv en -ise est régulier dans notre manu- 
scrit. 


XIX, 85-90 : La gent ke en la mesun erent 
Estrange se esmerveilerunt ; 
Les paroles mult ben entenderent 
Mes la dame pas ne virent, 
Cil la vit ke out joie grant, 
Ke l’alme rendi demeintenant. 

Mettez une virgule derriérent entenderent, un point après 
virent. Ensuite il faut corriger entenderent en entendirent ; 
le copiste a évidemment été sous l'influence du vers précédent, 
mais la rime demande -irent. 

XX, 90-92: Si vie ad cil tantost éhangé, 
Si se met en une mesun 
Od moines de grant religiun. 


‘880 COMPTES RENDUS 


Corrigez sé vie en sa wie; les yeux du copiste paraissent 
être allés plus vite que sa plume. 
XXI, 39-42: Ke Deu n’eime ben en justise 
Ne poet entrer en nule guise 
En la grant joie de paraïs, 
Ke jeo ai granté a mes amis. 
Supprimez la virgule après parais. 
XXV, 63-66 : Poi tenez plet de sun poer 
Ke ele ne poet un alme aver, 
Ke li sert de bon affit, 
Ke vus n’i mettez contredit. 
(Les anges parlent ainsi aux diables.) 
J'aurais mis une virgule derrière poer, et supprimé les deux 
virgules introduites par l'éditeur. 
XX VI, 46: Mes sicum Deu le veut & guie, 
S'en tune vers le fermerie. 
Corrigez en s’en lurne. 
XXXI, 81-82: Issi fu malement demené 
La cheitive muille & travaile 
Ke l’an passa trestut enter; 


Dans le commentaire, l’auteur dit à propos de ce vers: 
« J'hésite à lire ici, selon l'exigence de la rime, #nuüllé et 
travailé, ce qui me paraît donner un sens moins bon. L'emploi 
actif de mouiller ne convient guëre dans le contexte. » Quant 
à moi, je crois que ces vers sont parfaitement intelligibles du 
moment qu’on regarde muille pour le latin mulier (il s'agit 
peut-être d'un latinisme) et qu'on interprète comme suit: 
Issi fu malement demené 
La cheitive muille & travailé; 
Ke l’an passa trestut enter, 
Unke ne la lessa de turmenter. 
XXXIII, 145-148: Beneite seit itel mere, 
En ky tut le munde s'en mire, 
Ke en angusse ne musce mie, 
As dolerus sa grant aïe. 
Mire devrait rimer avec mere; comme, de plus, le sens de 
ce vers est assez obscur, il semble qu’il y a ici une corruption. 
Dans le glossaire, megredi est traduit par « vendredi saint »: 
n’aurions-nous pas, dans ce mot, une dissimilation comme 
dans l’ancien français (Metz) merhedi « mercredi »? 


COMPTES RENDUS 881 


En somme, on pourra encore opérer mainte retouche plus 
ou moins légéere sur le texte de M. Kjellman; ces corrections 
d’ailleurs n’enléveront rien au mérite du travail. Quant à sa 
partie purement littéraire. on ne sera que juste en mettant en 
évidence l'avancement dont lui sera redevable l'étude des 
miracles en France et dans tous les pays de la civilisation 
médiévale. 

ERNEST PLATZ. 


Gustave Cohen. Ronsard, sa vie et son œuvre. Paris, Boivin 
& Cie, 1924, vol in-16 grand jésus, 8 fr. (Bibliothèque de la 
Revue des cours el conférences). 


Parmi la floraison d'ouvrages spéciaux ou de vulgarisation 
qu'a suscités, en France et ailleurs, la célébration du qua- 
trième centenaire de Ronsard, celui où M. Gustave Cohen 
vient de réunir les leçons qu'il fit à la Sorbonne, en 1922, res- 
tera comme l’un des guides les plus accessibles à la masse du 
public lettré, désireuse de s'initier «aux résultats des quelque 
vingt années de recherches érudites, qui ont complétement 
renouvelé la connaissance d’une des productions lyriques les 
plus abondantes et les plus homogènes que présente l’histoire 
de la poésie française ». 

M. Cohen est nettement ronsardisant, et il ne s’en cache 
pas. Bien au contraire, il se piquerait plutôt de prosélytisme. 
N’avoue-t-il pas ingénument, à la premiére page de son livre, 
son désir de voir ses lecteurs prendre rang dans la cohorte, 
de plus en plus nombreuse, des admirateurs du poète? Et 
dans le dernier chapitre, qui sert de conclusion, il reconnaît, 
de fort bonne grâce, avoir préféré, selon la jolie formule de 
Paul de Saint-Victor, au pédantisme volontiers romantique et 
tätillon, « l’indulgente critique des beautés ». Qui songerait à 
l'en blâmer, d’ailleurs? Et ce livre, né, ne l’oublions pas, 
d'un anniversaire glorieux pour les lettres françaises, qui 
prendrait sur soi de reprocher à son auteur de l’avoir conçu à 
la facon d’un hommage, un peu? Sans compter que la sympa- 
thie de M. Cohen ne va pas jusqu'à lui fermer les yeux sur les 
défauts réels du chef de la Pléiade. 

Que Ronsard n'ait pas complétement réussi dans sa tentative 
d'enrichir la France et le français de la grande ode pinda- 


09 


882 COMPTES RENDUS 


rique; que ses Hymnes philosophiques, que paralyse souvent 
l’abus d’une mythologie conventionnelle, n'aient pas encore 
la profondeur ni l’envolée que nous pourrions souhaiter ; que 
la Franciade reste l'exemple classique de l'avortement litté- 
raire ; M. Cohen entend fort bien tout cela et pas mal d’autres 
imperfections encore, qu'il ne songe nullement à nous dissi- 
muler. La part faite à la critique, il reste au vieux poëte assez 
de titres de gloire pour affronter victorieusement le jugement 
éclairé de la postérité. Et c’est ce que nous serons bien forcés 
d’'avouer, quand nous aurons suivi M. Cohen dans son étude 
chronologique, où il s’est efforcé de retracer, d’une façon aussi 
claire que concise, les diverses phases de l’évolution d’un des 
plus riches génies poétiques qui aient honoré la terre de 
France. “5e A 

Après un premier chapitre consacré, sous le titre : « La 
Renaissance triomphante », à replacer le lecteur dans l'esprit 
de l’époque et, par conséquent, déjà dans l’état d'âme de l’écri- 
vain, le distingué professeur nous donne, sur les origines, 
l'enfance et l’adolescence du poëte, les détails biographiques 
indispensables qu'illustrent, très judicieusement, une suite 
d'extraits choisis dans l’œuvre même de Ronsard. 

C'est alors la promenade à travers cette œuvre, si touffue, 
qui va des premiers essais, qu'on peut dater des environs 
de 1542, à ce que M. Cohen appelle « la dernière aventure », 
ces Sonnets pour Hélène, émouvant chant du cygne de l’éter- 
nel amoureux. 

Après une période de tàtonnements, souvent heureux d’ail- 
leurs, c’est, avec la publication, en 1550, des Quatre premiers 
livres des Odes, le coup d’aile vers les sommets. Imitateur de 
Pindare et d'Horace, de Pindare surtout, Ronsard, s’il n'avait 
pas dépassé ses glorieux modéles, n’en était pas moins le pre- 
mier à présenter au public français les grands thèmes lyriques 
de la destinée et de la nature. La « Brigade, — car c’est là le 
premier nom de la Pléiade —, qui avait trouvé l’année précé- 
dente, en la personne de Joachim du Bellay, l’éloquent défen- 
seur des théories nouvelles, pouvait saluer désormais son 
grand, son « divin » poëte. 

S'il faut placer sous le signe de Pindare et d'Horace le 
recueil de 1550, c’est de Pétrarque que se recommande le cin- 
quième livre des Odes (1552), ce délicieux livre des Amours, 


COMPTES RENDUS 583 


où M. Cohen, qui me paraît avoir une prédilection pour le 
Ronsard amoureux, a démêlé si habilement, à côté des rémi- 
niscences italiennes, les souvenirs de l'amour courtois, tel que 
l’a créé la poésie des troubadours, et du sensualisme gaulois, 
le même qui éclate, à chaque page, dans la littérature médié- 
vale des fabliaux. 

Cet apport, éminemment français, et qui appartient bien en 
propre à Ronsard, il faut le souligner, et lui donner toute son 
importance, puisque c’est probablement par cette voie que le 
poète, délaissant désormais la préciosité inhérente au pétrar- 
quisme, va poursuivre une évolution vers la simplicité qui, 
annoncée déjà dans les Folastries de 1553, triomphe, en 1555, 
dans la Continuation des Amours. Abandonnant Cassandre, 
la « donna » de noble extrace, pour Marie, la sœur des fer- 
miéres et des vendangeuses d'Anjou, le poëte, qui vient de 
renoncer au décasyllabe dans le sonnet, tresse, au front de sa 
nouvelle amie, la couronne immortelle de ces alexandrins qui 
fleurent le délicieux parfum du terroir. 

Nous pouvons passer rapidement par-dessus les Hymnes 
philosophiques, sensiblement contemporains de la Continua- 
tion. Bien qu'ils ne soient pas sans mérites, ils n’ajoutent rien 
à la gloire du grand homme. | 

Plus à l’aise dans. la poésie satirique, Ronsard fonde, en 
France, la satire épique, cette déformation agrandie et pas- 
sionnée de l’histoire, où seuls peuvent rivaliser avec lui un 
Agrippa d'Aubigné et, plus près de nous, le Victor Hugo des 
Châtiments. Et ce n’est pas tout. 

Il s’essayera encore dans le genre bucolique et élégiaque, en 
attendant que l’échec de la Franciade vienne mettre un terme 
à ses tentatives audacieuses ; cette Franciade, dont sa réputa- 
tion aura tant à souffrir. bien que, comme le dit très justement 
M. Cohen, on la condamne généralement sans l'avoir lue. 

Mais le destin veillait Le nom de Ronsard ne resterait pas 
sur cet avortement malheureux. Et les Sonnets pour Hélène 
devaient clore, sur un pur joyau, une œuvre poétique qui 
pourrait suflire à la gloire de tout un siècle, 

Le livre de M. Cohen, dont je n’ai pu donner ici qu’un pâle 
résumé, vaut surtout par la clarté de l'exposition. C’est bien 
une suite de lecons, avec tout ce que le mot comporte de 
méthode, mais sans la moindre affectation de pédantisme. 


884 COMPTES RENDUS 


Chaque chapitre forme un tout parfaitement cohérent, avec, 
le plus souvent, une brève introduction qui rappelle les choses 
vues précédemment, et une conclusion qui synthétise, en 
quelques formules heureuses, les nouveaux résultats acquis. 
Le dernier chapitre, où l’auteur a su condenser, en une ving- 
taine de pages, la portée de l’œuvre de Ronsard tout entière, 
tant au point de vue strictement littéraire qu’au point de vue 
philosophique, est un pur régal. C'est après une lecture comme 
celle-là qu'on se rend compte de ce que peut donner la limpi- 
dité d'expression française mise au service d’un esprit protond 
et délicat, qui sait et qui sent. 

A qui veut s'initier, je le répète, aux beautés d’une œuvre, 
entrée plus avant encore, depuis les fêtes du centenaire, dans 
l’immortalité littéraire, je ne conseillerai pas d’autre guide 
que M. Cohen. Peut-être se montre-t-il quelquefois un peu 
indulgent. Je me suis expliqué déjà sur ce point. J’ajouterai 
encore cependant que les nombreux et copieux extraits dont il 
n’a pas hésité à accompagner sa critique, permettent au lec- 
teur de se former un jugement personnel. 

L'ouvrage, d’une présentation typographique agréable et 
orne d’un portrait du poëte-roi, mérite la faveur du public 
qui lit. C’est un bon et beau livre. 

FERNAND DESONAY. 


Etienne (Servais). Le genre romanesqne en France depuis 
l'apparition de la « Nouvelle Héloïse » jusqu'aux approches 
de la Révolution. Paris, A. Colin, 1922, un vol. in-8, 
440'p., prix : 50/fr. 


S'il y a des livres qui tiennent mal les promesses de leur 
titre, il en est d’autres, assez rares, qui donnent plus que leur 
titre ne promet : celui-ci est du nombre. M. Etienne a voulu 
brosser une large fresque où apparaîtraient à leur plan res- 
pectif avec leurs valeurs propres et leurs grandeurs relatives, 
tous les romanciers du xvir° siècle en les groupant autour 
d’une figure centrale, celle du Rousseau de la Nowvelle 
Héloise. Pour conférer à chacun, même à ce dernier, sa place, 
M. E. a scruté avec soin des centaines d'œuvres, de telie 
sorte que plans, valeurs, grandeurs, sont, dans cette vraie 
histoire du roman français au xvI° siècle, assignés et 


COMPTES RENDUS 885 


ordonnés, non suivant des idées préconçues ou des jugements 
traditionnels, mais après la plus personnelle et la plus con- 
sciencieuse des revisions. Ces revisions périodiques, quand 
elles sont impartiales comme celle-ci et qu'aucune politique 
ou aucune esthétique dogmatiques ne les inspire, sont profon- 
dément utiles. Elles nous certifient que la place réservée au 
génie doit légitimement lui demeurer, elles raménent à la 
surface des œuvres oubliées, faisant ressortir leur influence 
momentanée ou leur intérêt permanent, enfin elles nous 
assurent que dans les nécropoles que constituent nos biblio- 
thèques, nous n’avons pas délaissé quelque mort à qui un 
culte revient. 

C’est la méthode préconisée en histoire littéraire par notre 
maître à tous, Gustave Lanson, et qu'a appliquée le premier, 
avec succés, à la présente matière, Daniel Mornet. M. Etienne 
la reprend à son tour avec le doigté nécessaire, car le danger 
de ces sortes d'enquête est d’y faire intervenir des œuvres qui 
ne comptent pour rien dans une évolution, lues par une partie 
inférieure et médiocre du public et sans action sur les lettrés 
ni sur les écrivains, comme qui mettrait en jeu, dans un 
tableau du roman contemporain, ces misérables volumes aux 
couvertures bariolées : Les Filles de feu, Vierge et flétrie, etc., 
que dévorent en cachette les ouvrières à l'atelier et les éco- 
liers sous leur pupitre. Il se peut que, çà et là, M. E. soit 
tembé dans ce travers, mais, s’il en est ainsi, il pourra tou- 
jours m'objecter qu’il avait besoin de cette foule d’écrivail- 
leurs pour faire le fond de sa toile et servir de repoussoir à 
des figures secondaires mais importantes, et à ses personnages 
principaux. 

Disons tout de suite qu’il y a réussi et que, centre de son 
tableau, Jean-Jacques Rousseau y apparaît, peut-être moins 
original d'aspect, d'habits et de manières, qu’on ne le voit sur 
le pastel de La Tour, mais singuliérement grand; à côté de lui, 
et antérieurement à lui, Prévost avec son Cleveland (1732), 
autant qu'avec sa célèbre Manon Lescaut (1731) et, avoisinant 
ce tumultueux abbé dont les aventures et les personnages 
animent la première moitié du siècle, Crébillon qui n’est pas 
seulement l’homme du Sopha mais l’auteur aux fines analyses 
des Egarements du cœur et de l'esprit (1736) et le peintre des 
jardins anglais et de l’Anglais philosophe daus les Heureux 


886 COMPTES RENDUS 


orphelins (1754). C’est chez eux, chez un Baculard d’Arnaud 
dont le La Bédoyére est comme Cleveland un des précurseurs 
du désespéré romantique, chez une Me de Graffigny dont les 
Lettres d'une Péruvienne (1747) familiarisent les lecteurs 
avec la Nature sauvage aux inspirations bienfaisantes, chez 
une Me Riccoboni dont les Lettres de Milady Caterby (1758) 
propagent le récit épistolaire et l’éloge de la ménagère, que 
Rousseau a appris son métier beaucoup plus que chez 
Richardson (M. Etienne y insiste et peut-être trop). 

Ainsi se voit démontrée une fois de plus cette proposition 
commune à l’histoire de l’art et à l’histoire littéraire que le 
génie est l'esprit qui combine, et non pas nécessairement 
l'esprit qui trouve. Il semble vraiment qu’à inventer il per- 
drait sa native vigueur, et qu’il doive concentrer celle-ci, 
pour lui faire sortir son plein effet, sur la création d’un alliage 
nouveau où couler sa forme propre. 

Donc ni la sensibilité, ni la passion, ni le culte de la Nature, 
ni même l'éloge de la vie domestique n’appartiennent en 
propre à Rousseau, ‘et pourtant, de ces éléments empruntés à 
des prédécesseurs médiocres ou pleins de talent, il a fait, de 
1756 à 1761, un ensemble unique, qui fit verser à ses contem- 
porains des torrents de larmes. pour employer leur phraséo- 
logie et qui est encore capable sinon d’en faire perler à nos 
cils, car nous ne les avons pas aussi promptes, du moins de 
nous émouvoir jusque dans la moelle. 

Sur la seconde partie de la Nouvelle Héloïse, renfermant les 
prêches agronomico-rustico-économico-politiques de Wolmar, 
sur sa confiance ingénue dans la vertu, laquelle ne lui fait pas 
craindre de ramener à son foyer conjugal le premier amant 
de sa femme, nous formulons les plus expresses réserves, mais 
les contemporains les faisaient aussi. La première partie ils 
ne la trouvaient pas trop brûlante, ils ne taxaient pas Julie de 
faiblesse. Obéissant à la Nature, elle se montrait sensible, ce 
qui est alors, dans l’idéal romanesque du temps, la plus pure 
façon d'être vertueuse et quant à Saint-Preux il était simple- 
ment le beau ténébreux qui subit au lieu d’agir ou, quand il 
agit, se laisse lui aussi aller à la première inspiration d’une 
sensibilité qui devient vite sensualité et l’acheminera vers la 
faute, vers toutes les fautes. 


Le vrai mérite de Rousseau est dans son talent d'exposition, 


COMPTES RENDUS 887 


dans son accent unique de sincérité et de passion. D’autres que 
lui, et même plus et mieux que lui, ont brûlé d'amour, mais 
leur flamme s’est dissipée en fumée; chez Rousseau elle a 
couvé longtemps sous la cendre et un jour a éclaté en un feu si 
clair que l'Univers en est resté ébloui. 

Mais voici son originalité relativement au credo roma- 
nesque de ses prédécesseurs. En Julie ne parlent pas seule- 
ment les voix de la Nature et de la Vie, elle aime ses parents 
et c'est pourquoi elle consent à briser les liens que l’Amour 
avait noués, pour contracter un mariage de raison avec 
l’homme le plus inexorablement et le plus fastidieusement 
raisonnable qui fut jamais : elle épouse Wolmar. Son refuge 
elle le trouve autant qu’en lui et en leurs enfants, dans les con- 
solations de la religion, double démenti au siècle philosophe 
et sensible, qui reçut malaisément la leçon de régularité et de 
sociabilité que tentait de lui donner, par un de ces paradoxes 
dont il est coutumier, le moins régulier et le moins sociable 
des hommes. 

Ainsi s'explique que la Nouvelle Héloïse, qui fut le gros 
succés de librairie de la seconde moitié du xvirn* siécle (cin- 
quante éditions avant 1800, alors qu'aucun roman de 1760 à la 
Révolution ne semble dépasser trois ou quatre), eut beaucoup 
de lecteurs et peu d'influence littéraire. Ce qu’elle apportait de 
traditionnel se présentait sous une forme inimitable et ce 
qu’elle donnaït de nouveau n'était pas dans le goût du temps, 
qui était plus disposé à louer la faute de Julie que son retour à 
la vertu. 

Nous n’aurons donc pas une explosion de récits moraux, 
mais bien plutôt un retour à cet élément fantastique et terri- 
fiant, à ces outrances et à ces déviations de sentiments, à ces 
viols et ces incestes qu’avaient pratiqués de 1750 à 1760, sur le 
papier s'entend, et avec l’impudeur propre aux femmes de 
lettres, M'° Fauquet et M': Brohon, dont Jean-Jacques s'était 
heureusement abstenu de suivre l’exemple. Et ce seront de 
nouveau des romans sombres comme les preuves du senti- 
ment de Baculard d’Arnaud, qui exagère les traits de l'homme 
sensible et mélancolique, louant les « fautes honorables » et 
faisant son Liebmann amoureux d'un bébé de 2 ans qu'il 
élève pour ses futurs plaisirs. Loaisel de Tréogate est évidem- 
ment plus sympathique que Baculard. Lui aussi a des héros 


888 COMPTES RENDUS 


prédestinés à l’amour et au malheur, mais dans son Aënsi 
finissent les grandes passions, s'épanche, devant un décor 
déjà lamartinien, un cœur tendre et vraiment poétique. 

Mais la vraie nouveauté du règne de Louis X VI qui, litté- 
rairement parlant, n’en présente pas beaucoup, c’est Laclos, 
dont les Liaisons dangereuses ont d'ailleurs été plus lues au 
xIx° siècle qu'’autour de leur date d’apparition (1782), avec ses 
raffinés dont le vice a laissé tomber le masque larmoyant de 
la sensibilité, et c’est encore Restif de la Bretonne, porno- 
graphe de génie, moins dangereux pour la vertu que le 
romancier sensible, parce qu'il peint avec des couleurs crues 
l'effroyable déchéance physique et morale où entraine le vice 
et dont M. Etienne a bien remis en valeur le réalisme, ou 
plutôt le naturalisme. 

Voilà quelques-uns des enseignements qu’apporte ce livre, 
solidement construit, bien pensé et élégamment écrit (1), qui 
fait le plus grand honneur à son auteur et à la jeune historio- 
graphie littéraire belge qu'a formée Maurice Wiimotte. 

GUSTAVE COHEN, 


professeur à l’Université de Strasbourg. 


(1) Je signale en particulier une bien jolie phrase sur la morale et les 
amants (p. 8), une belle page sur Rousseau (p. 134), une heureuse définition à 
la page 383 : « Le romantique n'est pas l’homme passionné, le romantique c’est 
l’homme passif. » Voici, par contre, quelques critiques. L'auteur ne se justifie 
pas assez de ne parler ni de Bernardin de Saint-Pierre, ni de Mme de Genlis, 
ni de Florian, ni de Louvet de Counet, ni du marquis de Sade, puisqu’aussi 
bien il n’a pas craint d'évoquer des personnages aussi répugnants que lui. Son 
groupement par périodes décennales a l'inconvénient de le faire revenir à 
deux ou plusieurs reprises sur le même auteur, Baculard, Prévost, etc. Il est 
vrai que son index onomastique y remédie dans quelque mesure, mais il aurait 
dû être complété par un tableau chronologique des œuvres renvoyant aux 
pages où il en est traité et qui aurait servi en même temps de bibliographie. 
Des titres courants, selon le système que je préconise, indiquant à gauche le 
titre du chapitre, à droite le contenu de la page, ne seraient pas moins les 
bienvenus. 

Je passe à de menues observations : p. 10, n. 3, « Saint-Evremond, 1706 ». 
Qu'est-ce à dire ? I était mort en 1703 ; p. 14, n. 2, il fallait nommer l’auteur, 
Tyssot de Patot, qui ne figure même pas dans l'index ; p. 20, n. 2, je m'étonne 
que‘ M. E. n'ait pu trouver le livre de Waldberg que je lui aurais volontiers 
prêté ; p. 41, 2e ligne, ajouter «et de Ia tragi-comédie ». L'ermite lui est 
familier, de même que le miroir magique dont il est question p. 67, n. 4; 
p. 114, n. 1, avant-dernière ligne, 1. «italienne »;, p. 266, 3° ligne, I. « vile- 
nie »; p. 270, 10e ligne, 1. « perversité »; p. 328, n. 1, 1. « Mornet » ; p. 358,, 
10e ligne, 1. « Voyage ». 


COMPTES RENDUS 889 


À. Bertrang. Grammatik der Areler Mundari (Extrait des 
Mémoires de l’Académie de Belgique, Classe des Lettres, 
t. XV). Bruxelles, Hayez, 1921, in-8°, 463 p. 


M. Bertrang à rendu un grand service aux amis du langage 
luxembourgeois en Belgique en dressant, avant qu’il soit 
trop tard, l'inventaire du dialecte arlonnais. C'est qu'aussi 
bien son existence est fort menacée. La forme moderne de la 
société est peu favorable au maintien des patois. S'ils ne 
meurent pas tout de suite, ils n’en sont pas moins attaqués dans 
leurs œuvres vives par le progrès incessant dela centralisation, 
du journal et de l’école, qui, s'ils n’édifient pas toujours, à 
coup sûr détruisent. Seuls des patoisants du pays peuvent 
juger de ces questions et de bien d’autres que soulève la lec- 
ture de l'ouvrage de M. Bertrang. N'’étant ni dialectologiste, 
ni patoisant luxembourgeois, l’auteur du présent compte rendu 
peut difficilement apprécier le livre qui lui est soumis, si ce 
n’est au point de vue des principes et de la méthode. La 
Grammaire de M. Bertrang se compose d’une Phonétique 
descriptive, suivie d’un exposé phonétique historique avec 
appendice sur la phonétique des éléments étrangers, puis 
d’une Morphologie (flexion des substantifs, adjectifs. ; verbe; 
formation des diminutifs, genre des substantifs, etc.). Quel- 
ques spécimens de textes et une liste des mots étudiés ter- 
minent le volume. Cette liste est fort étendue et peut jus- 
qu'à un certain point suppléer à l'absence d’un dictionnaire 
dialectal. 

Pour la méthode, nous la caractériserons d’un mot en 
disant que ‘ouvrage appartient à la vieille école, soit dit sans 
préjuger des mérites respectifs des anciens et des modernes. 
L’arlonnais est considéré comme un dialecte isolé, conime une 
unité fermée et se suffisant à elle-même. Pas de lignes 
d'isoglosses pour illustrer les rapports avec les dialectes 
voisins; pas de « phrases de Wenker »; pas de syntaxe ; pas 
d’études comparatives de vocabulaire. Le dialecte est étudié 
au point de vue historique, non au point de vue géographique. 
Ces remarques montrent, entre autres, combien a été rapide 
l’évolution de la méthode dialectologique. En effet, le travail 
de M. Bertrang était dans l’ensemble terminé dès 1914, Même 
si le mot de « vieille école » impliquait un reproche, il serait 


890 COMPTES RENDUS 


aisé de répondre qu’il y a dix ans nul ne se serait avisé de 
faire de la dialectologie d’après d’autres méthodes. ; 

M. Bertrang a donc décrit l’évolution particulière du 
germanique occidental qui s’est faite dans la région arlonnaise. 
Dans nombre de cas cet exposé ne va pas sans difficultés. Bien 
des mots que l’on trouve cités sous Wgerm. ai, parce qu’ils 
présentent le même traitement que all. Éhre, lehren, etc., 
sont d'origine diverse, souvent plus récents; de même à au, 
on trouve consignés des emprunts de date certainement trés 
basse comme behaupten, Hauptsache — M. Bertrang en fait 
la remarque, mais cela montre précisément l’insuflisance du 
principe de classement. L'auteur a bien vu que les mots repris 
à « l’allemand » — quel allemand? c'est ce qu’il serait souvent 
curieux de savoir — ne sont pas de la même époque, mais 1l 
n’a pas cherché à distinguer les diverses couches historiques. 
Pour les emprunts au français, il ne l’a pas fait davantage et, 
chose extraordinaire il ne semble pas avoir songé que certains 
mots français ont passé d’abord par un intermédiaire dialectal. 
Si Miche est devenu mætsch, le phonème ésch vient non du 
français central, mais d'un parler wallon (p. 270). M. Bertrang 
le sait bien sans doute: il se contente d’appeler ces emprunts 
«anciens». Ailleurs encore le souci de la description passe au 
premier plan et l'explication historique est d’une briéveté 
telle qu’elle en devient inexacte (p.215 sur les alternances de 
t'et d). Certains problèmes ne sont pas abordés. Pourquoi le 
Luxembourgeois prononce-t-il Arbecht avec ch pour Arbeit ? 
Je ne trouve pas de réponse à cette question. Il n'y a pas 
davantage d'essai d'expliquer le maintien de /t dans Xraft alors 
que Luft présente la variante Lucht (p. 211); ces exemples ne 
sont pas isolés. | 

Ce sont là des détails. Mais une fois que l'on se proposait de 
suivre la méthode historique, il fallait être impeccable. Cela 
n’a pas empêché M. Bertrang d'arriver à certains résultats 
d'intérêt général qu'il importe de signaler. L'influence de 
l’allemand écrit est incontestable et se manifeste par des 
emprunts même récents. Il est curieux que Ochs, bœuf, soit 
un mot d’origine étrangère, tout comme par exemple Säbel, 
sabre, Vermôügen, fortune, etc. La chose est d’autant plus 
remarquable que plus qu’un autre le langage arlannais est 
éloigné des influences haut-allemandes. D’autres emprunts, 


COMPTES RENDUS 891 


tout aussi certains, doivent remonter à une époque ancienne 
et il serait intéressant de voir quelles voies ils ont suivies. 
Comme dans beaucoup de parlers allemands, le prétérit est 
hors d'usage à l’indicatif et rempiacé par le parfait (ich habe 
geschlagen, mais non ch schlug). Seulement le prétérit 
subjonctif est resté en usage dans beaucoup de verbes dont 
M. Bertrang donne la liste (p. 340). La déclinaison a perdu 
toutes ses formes, mais l’article maintient la distinction du 
datif et du cas fondamental (sujet-objet). Le genre est trés 
souvent différent de celui de l’allemand écrit. C'était encore 
une fois l’occasion de chercher si les parlers voisinsn’expliquent 
pas ce type considérablement aberrant. 

En résumé, la description très soignée et faite con amore 
par M. Bertrang, de son parler natal gardera, nous n’en dou- 
tons pas, une valeur documentaire considérable en dépit de 
toutes les critiques. Son livre nous donne des faits, bien classés 
et objectivement observés. En dehors de toute considération 
de théorie et de méthode, c’est là une œuvre scientifique qui 
préservera de l'oubli le langage arlonnais, même après que le 
dernier Arlonnais aura cessé de le parler. 

JOSEPH MANSION. 


Chr. Blinkenberg et K. Friis Johansen. Corpus vasorum anti- 
quorum. Danemark, Copenhague : Musée National. Fasci- 
cule 1. Paris, Champion, 1924, in-4°, 37 p., 49 planches, 
dont une en couleurs, 55 fr. 


.Ceux qui connaissent le labeur intense des archéologues 
danois et leurs sympathies pour la France ne seront pas 
surpris que les deux fascicules du Louvre soient suivis, à si 
bref délai, de la première livraison du Musée de Copenhague, 
éditée en français, comme le furent les beaux ouvrages de 
M. Kinch sur Vroulia, de M. Johansen sur les Vases sicyo- 
niens, et plusieurs articles de M. Poulsen. C’est maintenant 
surtout qu’on peut commencer à célébrer l’utilité de la publi- 
cation : tout le monde a visité la collection Campana, mais bien 
rares sont les privilégiés qui ont étudié sur place les vases 
antiques de Copenhague. Or le catalogue de S. B. Smith, qui 
date de 1862, n’a jamais été refait, et la grande majorité des 
pièces les plus importantes acquises par voie d'échanges ou 
recues en don sont restées inédites. 


892 COMPTES RENDUS 


En feuilletant l’Albwm, on est immédiatement frappé de 
voir mentionner très réguliérement des provenances qui 
inspirent confiance. La plupart des vases reproduits ici ont 
un état civil en règle: ils sont dus aux fouilles de Flinders 
Petrie, Morgan, Schlien:ann, Evans, Staïs et Tsountas, etc. ; 
ils représentent des chantiers et des localités célébres, dont la 
liste ci-dessous donnera une idée. Le chiffre entre parenthèses 
indique le nombre de poteries entières ou fragmentaires, le 
total s’élevant à 653: 

JA et IB, pl. 1-16: Egypte (249: Naqada. Abyäos, Médoum, 
Sedment, Ballas, Beni Hassan, Esna, Dahchour, Tell Amarna, 
Koptos, Thèbes, Gourob, Dehr-el-Bahri). 

I c, pl. 17-19: vases proto-élamites (43: Suse). 

4, pl. 19: alabastre syrien (1). 

I Fr, pl 2: vases de Troie (15: Hissarlik). 

II c, pl. 21-28: vases chypriotes (92). 

[IT 4, pl. 29-33: Créte (95: Knossos, Phaistos, Hagia Triada, 
Vasiliki, Palaikastro, Zakro, Pseira). 

IT E, pl. 34-35: Mélos (28: Phylakopi). 

Il betIl Fr, pl. 36-37 : Rhodes et Cyclades (16). 

Il 8, pl. 38: Thessalie (29: Dimini et Sesklo). 

11 4, pl. 39-48 : vases mycéniens trouvés dans l’île de 
Rhodes (85). 

Je signale quelques exemplaires intéressants: deux proto- 
types troyens du cyathe (pl. 20, 7-8), deux déras aupixüTeA\ov 
(pl. 20, 10-11), l'aiguière chypriote aux serpents (pl. 24, 4), 
un kernos mélien formé de sept récipients (pl. 34, 10. Cf. deux 
kernos méliens du British Museum qui ont respectivement 
vingt-six, A 343, et vingt-et-un récipients, À 344), un flacon 
annulaire mycénien (pl. 46, 91. Cf. Johansen, Vases sicyo- 
niens, p. 27, n. 4), et, parmi les vases égyptiens, des jarres 
préhistoriques (pl. 8) décorées d’autruches, d’ornements en « 
ou de spirales, un bidon parent de ceux de Chypre (pl. 15, 13, 
cf. pl. 26, 1), un petit pot à rebord plat d’aryballe (pl. 16, 5), 
un vase lentiforme en émail verdâtre de l’époque saïte, pro- 
venant de Dehr-el-Bahri et portant un souhait de bonne année 
en caractères hiéroglyphiques (pl. 16, 6-9. Cf. six aryballes 
non cataloguës du British Museum : A 1241-1245 et A 1184, 
ce dernier provenant de Camiros). 

Contrairement à la méthode suivie par M. Pottier, 


COMPTES RENDUS 893 


MM. Blinkenberg et Johansen épuisent chaque série avant de 
passer à la suivante : ils n’ont laissé de côté que quelques 
tessons élamites et troyens insignifiants et 180 poteries 
mycéniennes qui figureront dans le second fascicule. Pour 
l'Egypte, ils n’adoptent pas intégralement la classification de 
M. Capart: ils s’en tiennent « aux catégories établies dans 
Diospolis Parva par W. M. Flinders Petrie (Londres, 1901)». 
Quant à l'exécution matérielle, elle est aussi impeccable dans 
ce fascicule que dans les précédents : on remarquera cependant 
qu’un souci exagéré d'économie a fait imprimer 37 pages de 
texte pour ainsi dire ininterrompu et a juxtaposé des vases de 
styles différents sur la même planche, au point de rendre 
impossible le classement définitif qui rapprochera les poteries 
semblables répandues dans les diverses collections. Pourquoi 
les membres de l’Union académique internationale ne s'enten- 
draient-ils pas pour fusionner les reproductions des séries 
pauvres de même style ou pour insérer dans les phototypies 
de tel musée le cliché d’une piéce isolée à l'étranger? L’amour- 
propre national devrait s’effacer devant les intérêts majeurs 
de la science. 


H. PHILIPPART. 


I. C. Hoppin. À Handbook of Greek Black-figured Vases 
with a chapter on the Red-figured Southern Italian Vases, 
Paris, Champion, 1924, in-8°, XXIII-009 p., relié, 200 fr. 


Ce nouveau « manuel » complète le Handbook of Attic 
Red-figured Vases, publié par le même savant (2 vol.. Cam- 
bridge, 1919). Il est conçu de la même facon; c’est moins un 
manuel qu’un répertoire de potiers et de peintres de vases à 
figures noires, rangés par ordre alphabétique. Pour chacun, 
l’auteur nous donne la bibliographie, une bréve notice, la 
liste et la description de ses œuvres et de celles qui lui sont 
attribuées. Le présent volume ne comprend pas seulement les 
potiers ou peintres de vases attiques, mais aussi les rares vases 
protocorinthiens, corinthiens, béotiens qui portent une signa- 
ture, si bien que les deux manuels de M. Hoppin constituent 
un vaste Corpus de tous les vases grecs signés, du vir° siécle 
jusqu’au 1v*° avant notre ére. 


894 COMPTES RENDUS 


La plupart des vases, sauf ceux attribués aux différents 
« maîtres », sont reproduits en dessin ou, la plupart du temps, 
d’après photographie. 

Le présent volume est en progres : il a bénéficié des cri- 
tiques adressées aux deux précédents. Cette fois, l’auteur a 
répété, lorsqu'il y avait lieu, le nom des peintres ou des 
potiers au haut des pages, ce qui facilite les recherches. Par 
contre, il a renoncé à la liste des sujets traités et des formes 
de vases qui suivait, dans les volumes consacrés aux vases à 
figures rouges, le nom de chaque maître; cette liste faisait 
double emploi avec les indications données pour chaque 
vase. Il faut savoir gré à M. Hoppin de n'avoir pas tenu 
compte de toutes les critiques, notamment en ce qui regarde 
les œuvres attribuées; il continue à les recenser et facilite 
ainsi la tâche des archéologues qui auront à étudier l’œuvre 
de tel potier ou de tel peintre. 

Un chapitre spécial est réservé aux rares vases à signatures 
de l’Italie du Sud : tous sont à figures rouges (1ve s.). S'ils ont 
été rattachés au présent volume, c'est par désir d’être com- 
plet et parce que les deux autres volumes, bien que consacrés 
aux vases de même technique, traitaient exclusivement des 
œuvres attiques. 

Un appendice ajoute quelques photographies de vases à 
figures rouges attiques que l’auteur n'avait pu se procurer 
précédemment. 

Ce « manuel » fait, comme le précédent, grand honneur à 
M. Hoppin, à ses qualités d’exactitude concise et de précision. 

A la bibliographie, réunie avec soin, l’auteur a encore pu 
ajouter, dans ses addenda, des références à E. Pfuhl, Materei 
und Zeichnung der Griechen, 3 vol. Munich, 1923, qui a paru 
pendant l'impression. 

Dans les références, on regrette certaines omissions : il eût 
fallu renvoyer partout, et non dans quelques cas seulement, 
aux notices de la Reat-Encyciopädie de Pauly-Wissowa, 
notamment pour Charës, Gamédés, Gryton, Aischinés, 
Archiklés, Exékias, Klitias, Kriton, Sikélos, où l’on men- 
tionne parfois des ouvrages que M. Hoppin ne cite pas. 

Pour le vase François, il faut d’abord ajouter L. Milani, 
Atene e Roma, V, pp. 705-720, article très important car il 
traite de la restauration de ce vase aprés l'acte de vandalisme 


COMPTES RENDUS 895 


commis par un gardien du Musée de Florence, en.1900 ; faute 
d’avoir utilisé cet article, M. Hoppin (p. 152) ne donne 
qu’une liste incomplète des noms de Centaures et ne tient pas 
compte des détails nouveaux que la restauration a révélés (1). 
Il eût fallu renvoyer aussi, pour l'épisode de Troïlos, à 
C. Robert, Archaeologische Hermeneutir, p. 183, et à 
N. Putorti, Rivista Indo-greco-itatica, VII, 1923, pp. 108 sq., 
qui propose de restituer dans cette scène, le nom d'Hélène 
au lieu de celui de Polyxène (on aurait lu, à tort — oev —, au 
lieu de — Xev —). 

M. Hoppin semble aussi avoir eu tort de se rallier à la 
lecture de Pottier en ce qui concerne Timagoras (?). En bonne 
méthode, il paraît bien qu’on doive adopter l'opinion de 
Hauser qui lit Timagora, c’est-à-dire un nom de femme, au 
lieu de Timagoras. Nous possédons-deux vases sortis de l’ate- 
lier de ce potier qui signe, les deux fois, Tiuayôpa éroiecev. 
Certes, l’omission du sigma final est fréquente. Mais, si on 
s'était donné la peine de passer en revue toutes les signatures 
de vases à figures noires, on se serait aperçu que cette omis- 
sion ne se rencontre pour ainsi dire jamais, lorsqu'il s’agit 
sûrement d’un homme, potier ou peintre. Je ne reléve que 
deux exceptions : la premiére se présente sur une amphore 
de Nikosthénés (Palais des Conservateurs; Hoppin, p. 268). 
Ce serait, sur 87 vases de ce potier, le seul où le sigma final 
serait omis, si la signature, comme M. Hoppin le reconnait 
lui même, n'était suspecle. 

La seconde exception nous est fournie par l’unique Kkyathos 
connu de Théozotos, au Louvre (Hoppin, p. 352) : s'il s’agit 
bien d'une œuvre attique, le potier’, on est à peu prés d'accord 
là-dessus (Cf. aussi Pfuhl, 0. L., I, p. 252), était un étranger, 
un Béotien ou un Thessalien. 

Supposons même que ce soient là deux exceptions réelles : 
nous ne connaissons aucun nom de peintre ni de potier, dont 


(1) M. Hoppin omet aussi l'inscription de la pierre du Centaure Asbolos : 
[AÏ8 loc? Le nom du Centaure Dryas est défiguré par l’inversion de l’u; celui 
d’Orosbios a été coupé en deux. Je me demande s’il ne faudrait pas lire 
“Aypioc au lieu de”Akpioc. En tout cas, le k est incomplet et ressemble fort, 
dans son état actuel, au y tel qu'on l’écrivait à cette époque. Agrios est connu 
comme nom de Centaure (AroLLon., Il, », 4), Ce qui n’est pas le cas pour 
Akrios, inconnu par ailleurs et, de plus, mal formé. 


896 COMPTES RENDUS 


nous possédions deux œuvres au moins, où le sigma soit 
chaque fois omis (1). 

Il faut donc admettre que Timagora était bien une femme, 
semblable à celle qui est en train de peindre une amphore, 
sur une hydrie bien connue de Ruvo et domine, du haut d’une 
sorte d’estrade, un atelier de peintres de vases qu'elle semble 
diriger ou surveiller. | 

Peut-être aussi eût-il fallu placer ces points d'interroga- 
tion après le nom de Psoieas (p. 318) : le nom est suspect et 
pourrait bien n'être ni celui d’un potier ni celui d’un 
peintre. À la page 166, le mot kothon aurait dû être placé 
entre guillemets car il est sûr aujourd’hui que cette forme 
de vase n’a rien à voir avec le Kkothon (Real-Enc., XI, 
pp. 1517 sq) : le kothon était pourvu d’anses courtes qui font 
totalement défaut ici. 

Parmi les inscriptions, on relève quelques erreurs de 
transcription : p. 28 B, le pronom u', qui se lit clairement 
sur la planche, a été omis dans la signature d’Amasis ; p. 322, 
lire uenoeoe, au lieu de unoeoev. À 13 p. 440, le nom d’Asstéas 
a été défiguré par la substitution d’un a au 7. 

On peut se demander aussi si le titre de l’ouvrage n'est 
peut-être pas un peu décevant; ce n’est pas un manuel, du 
moins au sens que nous attachons, en français, à ce mot ; 
il ne traite ni du style, ni de la composition, ni de la tech- 
nique, ni des formes de vases, sans compter que les peintres 
ou potiers sont rangés d’après un procédé de classification 
tout à fait accidentel. 

C'est, en tout cas, un trés utile répertoire, magnifiquement 
illustré, dont plusieurs indices (sujets, inscriptions, musées, 
publications) facilitent encore le maniement. Il faut en être 
reconnaissant à M. Hoppin et savoir gré à la Maison Champion 
d’avoir réussi à éditer, en lui conservant l’apparence cossue 
des livres anglais, un ouvrage que son auteur avait dû renon- 
cer, vu les frais, à publier, comme les précédents, en pays 
anglo-saxon. 


PAUL GRAINDOR. 
(1) I n'est pas sûr que Télésaiais] (Hoppin, p. 351) soit une signature 


d'homme; en tout cas, le nom, inscrit sur les deux faces d’un même vase, est 
douteux et n’a pu être vérifié à nouveau, 


COMPTES RENDUS 897 


Fr. Funck-Brentano : Ze Moyen àge. Paris, Hachette, 1923, 
in 8°, 916 p. 


Cet ouvrage appartient à la collection publiée par la librai- 
rie Hachette, sous la direction de M. Funck-Brentano : L'His- 
toire de France racontée à tous. Quatre volumes l’ont précédé : 
Le Siècle de la Renaïssance (M. Batiffol); Le Grand Siècle 
(M. Boulenger); Le XVIII: siècle (M. Stryienski); La Révo- 
lution (M. Madelin) (). 

Comme l'indique le titre général de la collection, il s’agit 
seulement dans ce livre du moyen âge /rançais; et l’auteur ne 
s'est pas astreint à raconter dans leur suite chronologique les 
événements du 1x° au xv° siécle. Ce qu’il s’est proposé de faire 
(comme ses collaborateurs pour d’autres époques), c'est de 
nous offrir un tableau synthétique de la civilisation française 
du moyen âge, de « la France féodale », suivant l’expression 
du sous-titre. De là, le contenu des vingt chapitres : Siécles 
d’anarchie, la formation de la France féodale, le x1° siécle, 
les croisades, un justicier de fer vêtu : Louis le Gros, les com- 
munes, le x1r° siècle, les Jongleurs, les universités, les cathé- 
drales, Louis XII, Philippe-Auguste, un justicier vêtu d'her- 
mine : saint Louis, les miniatures, corps de villes et corps de 
métiers, Philippe le Bel, la fin de la France féodale, la guerre 
de Cent ans, un roi moderne: Louis XI. L'auteur n’a pas voulu 
écrire une œuvre d'érudition, mais un ouvrage de haute 
vulgarisation, accessible « à tous ». Il s’est tenu toutefois au 
courant des tfavaux les plus récents, comme le prouvent la 
lecture de nombre de ses pages et l'examen de la bibliographie, 
sommaire mais utile, qui termine chacun de ses chapitres. 

M. Funck-Brentano — et c’est ce qui donne à son livre 
beaucoup de vie et de couleur — décrit con amore la société 
française des x1°, x11e et xir1° siècles. Ecoutons-le : « Pendant 
plus de trois siécles les Capétiens ont présidé aux destinées 
d'un pays qui se forgeait autour de leur trône, avec les seules 
ressources de son génie national et de ses vertus coutumiéres, 
une civilisation bien à lui, Au cours de ces trois siècles, les 
Français ont vécu sous des formes sociales tirées par eux du 
sein de la famille où ils étaient nés et où ils avaient grandi, et 


(1) En préparation : Les Origines (M. FUNCK-BRENTANO) ; l'Empire (M. MA- 
DELIN). 


60 


898 COMPTES RENDUS 


qu'ils ont développées, de génération en génération, jusqu'à 
en faire des institutions publiques étendues à la nation entiére. 
Et c’est aussi ce qui a donné sa beauté à la civilisation fran- 
caise et en a fait l'éclat, l'originalité, la puissance et la saveur 
populaire. Qui célébrera, en termes dignes d'elle, la France 
des donjons et des cathédrales, des croisades et des tournois, 
la France des ordres religieux, de la chevalerie et des com- 
munes, la France des chansons de geste, des chansons de toile 
et des fabliaux (p. 404)? > Telle est la conclusion enthousiaste 
des pages qui décrivent l'évolution de la France féodale ; elle 
rappelle la doctrine sur laquelle l’auteur a construit l’édifice 
de la société médiévale française : la famille du seigneur s'est 
agrandie et organisée en #nesnie, comprenant les parents réu- 
nis autour de la branche principale, les serviteurs, tous ceux 
qui vivent pour et par « la maison »; la famille et la mesnie 
sont les cellules vivantes d'où la France est sortie (p. 7-9). 

Au total, un livre des plus intéressants, solidement docu- 
menté (avec beaucoup de citations empruntées aux sources 
littéraires) et où ne manquent ni les vues originales ni les 
pages brillantes et pittoresques. Il se lit d'un bout à l’autre 
avec beaucoup d'agrément (1). L. LECLÈRE. 


J. Calmette. Za societé féodale. Paris, Armand Colin, 1923, 
in-8°, vi-218 p. (Collection Armand Colin, section d'histoire 


et sciences économiques). \ 


Nous avons eu déjà l’occasion de nous féliciter de la naïs- 
sance de collections françaises d'ouvrages de vulgarisation 
scientifique, comme il en existait depuis bien longtemps en 
Allemagne. Jusqu'à présent cependant, en dehors des excel- 
lents petits volumes de M. E. Gilson sur La Philosophie du 
moyen âge, parus dans la Collection Payot, on n'avait guere 
mis à la portée du public le domaine des études médiévales. 


(2) L'auteur fait-il bonne mesure aux souverains dont-il met les règnes en 
relief lorsqu'il accorde 64 pages à Philippe le Bel, 30 à saint Louis, 15 seule- 
ment à Louis XI? — P. 189. Le beau livre de M. ANGLADE : Les Troubadours, 
date de 1909 (et non de 1809). — P. 219, Il faut ajouter le chœur de Saint-Pierre 
de Beauvais à la Sainte-Chapelle et à la cathédrale de Metz, lorsqu'on cite les 
« œuvres parfaites et exquises de l’art français qui semblent construites en 
vitraux », 





COMPTES RENDUS 899 


Grâce à l'esprit d’intelligent éclectisme qui préside à la direc- 
tion de la Collection Armand Colin, il a cessé d’en être ainsi, 
puisqu'elle a permis à M. Calmette d'exposer ce qu’a été la 
société que l'on est convenu d'appeler « féodale ». Il n'est 
guére de parties de l’histoire au sujet desquelles on rencontre 
chez les esprits les plus cultivés de plus stupéfiantes igno- 
rances et d’aussi incroyables confusions. 

Le savant professeur de Toulouse s’est attaché à donner de 
ce qu'a été le régime dit « féodal », une idée aussi exacte et 
aussi précise que possible; il s’est efforcé en même temps de 
rendre cette idée toujours accessible aux non-spécialistes. Son 
livre est, à cet égard, un modéle de vulgarisation scientifique. 
À raison de ce caractere, il serait vain d'y chercher des dis- 
cussions sur les textes ou des dissertations critiques. L'apparat 
érudit est réduit à une courte bibliographie de deux pages, 
fournissant une première orientation au lecteur désireux de 
poursuivre des recherches plus lointaines. Mais lhistorien 
qui le lit, se rend compte du travail d'approche extrêmement 
considérable et de !la parfaite connaissance des institutions 
médiévales, qu’exige et que suppose ce petit livre de deux 
cents pages. 

Les deux premiers tiers du volume traitent de l’organisa- 
tion sociale et juridique que l’on qualifie plus ou moins impro- 
prement de « féodale » et qui caractérise en Occident, les x°, 
xI°, x11° siècles et jusqu’à un certain point le xirr°. On y trouve 
une explication des origines de cet état de choses, une analyse 
des institutions qui sont propres à cette forme de la société, 
un exposé sommaire de la condition des personnes et des 
biens. Puis, constituant comme un appendice à ce qui pré- 
cède, le dernier tiers du volume comprend deux chapitres 
relatifs, l’un à la vie à l’époque « féodale », l’autre aux princi- 
pales régions où les institutions féodales se sont développées. 

Les deux premiers tiers sont incontestablement ce que le 
volume contient de meilleur. Les pages traitant des origines 
et de l’organisation de la société féodale nous paraissent en 
tous points remarquables et nous croyons ne pas trop nous 
avancer en assurant que nous ne connaissons pas d’exposé 
général qui les vaille. Le médiéviste éprouve à les lire une 
véritable jouissance intellectuelle. 

Il faut louer M. Calmette d’avoir pris soin de mettre en 


900 COMPTES RENDUS 


valeur uA certain nombre d'idées sur lesquelles on n'’insiste 
pas taüjours à suffisance et qui sont essentielles pour bien 
comprendre les institutions de l’époque féodale. 

C’est ainsi qu'avec infiniment de raison, l’auteur, étudiant 
la désintégration de la propriété fait observer que l’alleutier 
qui concède une terre en fief ou en censive, reste propriétaire. 
Il s'attache à faire comprendre qu’une même terre peut être à 
la fois alleu, fief et censive, que ce sont là trois qualités super- 
posables, que chacune d'elles n’a qu’une valeur relative, et 
n’affecte une terre que par rapport à une personne déter- 
minée (p. 8-9). Si tous les médiévistes avaient sans cesse ces 
principes présents à l'esprit, nous pensons que bien des théo- 
ries aventureuses ne verraient pas le jour et que plus d’une 
polémique serait évitée. 

Parlant plus loin des alleux, M. Calmette attire l’attention 
sur un phénomène que l’on perd trop souvent de vue : au x°et 
au xI° siecle, à la faveur de situations plus ou moins anar- 
chiques, il est arrivé souvent que des vassaux aient usurpé la 
propriété de leurs fiefs, en aient fait leurs alleux (p. 119). 

Ailleurs, au cours des pages où il analyse le pouvoir royal 
à l’époque féodale, il exprime cette pensée si pertinente, que 
nous nous permettons de la reproduire telle quelle : « La 
royauté, paralysée en fait, restait souveraine en droit. Sa sou- 
veraineté a beau se vider lentement de son contenu, tout ainsi . 
que le droit de propriété se vidait de sa substance : le droit 
royal restait intact en principe, de même que planaïit toujours 
sur le sol aliéné, le jus eminens (p. 28). » La suzeraineté n’a 
été pour la royauté qu’un moyen, le seuf efficace en fait, pour 
faire valoir son autorité. Mais la base du pouvoir royal est 
restée la souveraineté. 

Dans l'analyse des institutions, M. Calmette fait preuve de 
dons extraordinaires de pénétration et de clarté. A lelire, on 
croirait qu il est juriste; car on trouve chez lui cette faculté 
de classification, d’abstraction et de systématisation que seule 
une formation juridique peut donner à l'esprit. 

Ce n’est pas cependant que nous soyons d'accord avec 
M. Calmette sur tous les points qu'il traite. 

Ainsi, bien que nous pensions, comme lui, avec Brunner ({), 


(1) Deutsche Rechtsgeschichte, t. I, Leipzig, 1892, in-8°, p. 287 et suiv. 


COMPTES RENDUS 901 


que l’origine de l’immunité doit être recherchée dans le 
régime spécial des terres fiscales, nous ne pouvons admettre 
l'opinion de M. Calmette, pour qui, à l’époque carolingienne, 
« accordée aux églises et aux laïques, l’immunité a été la con- 
dition normale de l’alleutier » (p. 24). Qu'elle ait été la condi- 
tion normale des grands domaines ecclésiastiques, nous l’ac- 
cordons volontiers. Mais rien ne prouve qu’il en ait été de 
même pour les grands domaines laïques. M. Kroell (!) a fait 
observer qu'à l'époque carolingienne, on ne relève aucune 
concession d’immunité à des laïques, en dehors de l’applica- 
tion d’un régime immunitaire aux biens des réfugiés espa- 
ænols. 

Nous ne pensons pas non plus que les droits perçus par le 
seigneur, en cas de vente d’une tenure par le tenancier (œesti- 
tura, Saisina, quint, requint, lods et ventes, reliefs) aient 
leur source dans un dommage que cette aliénation peut faire 
subir au seigneur (p. 46). Nous y voyons plutôt une indemnité 
que le seigneur se fait payer pour prix de son consentement à 
la vente et pour la mise en possession de l’acquéreur, qui ne 
peut être opérée que par lui. 

M. Calmette (p. 57) fait de « l’hypertrophie du mithium » 
la cause du « morcellement judiciaire », que l’on constate dès 
le x° siècle. Il nous paraît qu’il y a là une maniére de voir trés 
incomplète : beaucoup de juridictions seigneuriales des x’, 
xi° et x1I° siècles remontent, non pas à une juridiction privée, 
mais à une juridiction publique que s’est appropriée l'officier 
qui en avait la charge. 

À propos des cens fonciers, l’auteur parle de « servitudes 
réelles » (?) (p. 67 et 116). Il nous paraît que rien n’est moins 
justifié. Si l’on admettait cette manière de voir, il en résulte- 
rait, en effet, que le seigneur percevait le cens en vertu d’un 
droit réel, ce qui est inadmissible. Le droit au cens étant un 
pouvoir d'exiger de quelqu'un une prestation, ne peut être 
qu'un droit personnel. Mais ce droit personnel est l'accessoire 
d’un droit réel; le droit réel étant, en l’espéce, le droit 
qu'exerce le seigneur sur la tenure. Le droit personnel au 
paiement du cens est intimement lié à ce droit réel et pèse sur 





(2) L'Immunité franque, Paris, 1910, 80, p. 160-161. 
(?) Telle est à peu de chose près la manière de voir de M. Ocrvier MARTIN 
Histoire de la Coutume de Paris. Paris, 1922, in-89, p. 391-392. 


902 COMPTES RENDUS 


tout occupant de la tenure. Il peut être comparé au droit per- 
sonnel qu’a le propriétaire du fonds dominant, dans le cas de 
la servitude oneris sustinendi, d'exiger du propriétaire du 
fonds servant qu’il entretienne son mur en bon état (1); dans 
ce cas le droit personnel est l’accessoire de la servitude, droit 
réel. 

À propos de la mainmorte (p. 111), il eût été utile d’indi- 
quer qu'elle est la conséquence d’une incapacité de transmettre 
les biens à cause de mort et que cette incapacité remontant à 
la condition des esclaves et des tenanciers demi-libres des 
grands domaines du Bas-Empire et de l’époque franque, 
trouve sa justification dans le droit de propriété du seigneur : 
les biens du serf y sont soumis comme sa personne. 

M. Calmette présente la précaire comme l’origine essen- 
tielle de la censive (p. 114). C'en est une sans doute et nous 
ne contestons pas son importance. Mais les tenures de colons, 
d’affranchis, de lites, d'esclaves, de serfs ou d'hommes libres, 
si nombreuses dans les grands domaines du Bas-Empire et de 
l’époque franque ont joué, croyons-nous, un rôle beaucoup 
plus grand dans la formation des censives. 

Parlant des alleux, à partir du x° siècle, M. Calmette écrit 
que « l’alleutier ayant cessé de prêter au roi la fidélité du sujet 
carolingien, est indépendant sur sa terre » (p. 119). Qu'il soit 
souvent indépendant en fait, s’il est assez puissant, nous le 
voulons bien; il en a certainement été ainsi dans le midi de la 
France (?), que M. Calmette a particuliérement étudié dans 
ses travaux antérieurs. Mais il en est autrement en droit : le 
serment de fidélité de l’époque carolingienne ne créait pas, en 
effet, le lien de sujétion, mais le renforçait (?). L'alleutier des 
x°, XI, xI1° siècles est soumis à la souveraineté du roi et éven- 
tuellement à ce que nous appellerions volontiers la quasi-sou- 
veraineté du prince territorial. | 


(4) Nous devons cette comparaison à notre savant collègue'et ami, M. EF. De 
Visscher. 

(?) C'est ainsi qu’au x siècle, des alleutiers bordelais prétendaient ne 
point être soumis à une juridiction quelconque et que s’il leur arrivait de 
comparaître en justice devant le roi, c'était par l'effet de la violence. 
CF. P. Viozcer, Histoire du Droit civil français, 3e éd., Paris, 1905, 8, p. 697. 

(3) Tout comme le serment actuel du fonctionnaire belge ne crée pas le 
devoir d’obéissance à la constitution et aux lois, mais renforce cette obli- 
gation. 


COMPTES RENDUS 903 


M. Calmette signale l'existence de l’entravestissement con- 
ventionnel à Paris, en Anjou et dans l'Orient latin (p. 132). 
On le rencontre également en Roussillon (1). 

Nous nous excusons de la longueur de ce compte rendu et 
de l'ampleur peut-être exagérée donnée à la partie critique. 
L'une et l’autre trouvent leur seule justification dans le très 
orand intérêt du livre de M. Calmette. Nous ne pouvons assez 
le recommander à tous ceux qui désirent acquérir une vue 
d'ensemble des iostitutions de l’époque féodale. 

FRANCoIs-L. GANSHOF. 


Edouard Michel. Abbayes et monastères de Belgique. Leur 
importance et leur rôle dans le développement du pays. 
Bruxelles et Paris, Van Oest et Cie, 1993, in-&, (12 1/,; X 19), 
de 270 p., illustré de 48 planches hors texte. Prix : 20 fr. 


Le livre que M. E. Michel publia, en 1920, sous le titre 
Hôtels de ville et Beffrois ne passa pas inaperçu. Il y retraçait 
en raccourci, d’une plume alerte et élégante, l’histoire de la 
Belgique, éclairée par ses monuments civils. Aujourd’hui il 
nous apporte un volume quitraite des institutions monastiques 
et de leur rôle civilisateur, particulièrement du vif au 
XIIe siécle. | 

Dés le vrr siècle, plusieurs créations monastiques s’an- 
noncent. Elles sont l’œuvre de vaillants apôtres, saint Amand 
saint Éloi, saint Éleuthère, saint Remacle, et d'autres. Les 
abbayes que ces prédicateurs fondent, sont des postes avancés 
en pays palen,comparables aux missions que les missionnaires 
chrétiens élévent parmi les populations sauvages de l’Afrique. 
Dans la vallée de l'Escaut surgissent Saint-Pierre et Saint- 
Bavon, à Gand, mais c'est surtout dans la Wallonie que les 
fondations religieuses sont les plus nombreuses : Stavelot- 
Malmédy, Lobbes, Celles, Saint-Hubert. Le vi siècle est 
aussi l’époque des grands apostolats féminins. La famille de 


(1) Par exemple dans le contrat de mariage de Raymond de Castel-Roussil- 
lon et de Saurimonde, les héros de la célèbre légende provençale de Guillaume 
de Cabestagne. Le contrat de mariage contenant cet entravestissement est du 
26 mars 1197 et a été reproduit dans le nouveau fonds de l’École des 
Chartes, n° 53. 


904 COMPTES RENDUS 


Pepin de Landen est peuplée de saintes, qui édifient des 
monastères en terre wallonne, à Nivelles, à Andenne, à Mons, 
à Maubeuge. 

Malgré tant de zèle, les progrès de l’évangélisation furent 
lents. La rude population franque résista pendant longtemps 
à l’action chrétienne. Au vrre siècle — La Vie de sainte Alène 
est là qui nous le dit — la vallée de la Senne était encore toute 
paienne. Les fouilles, faites au cimetiere franc d’Anderlecht, 
dont les premières inhumations datent de la fin du vi° siècle 
et les dernières du début du vire siècle, sont tout à fait 
démonstratives. Plus de trois cents tombes ont été explorées, 
et nulle part on n’y a découvert la moindre trace de christia- 
nisme, sauf une bague, sur laquelle une main pieuse mais 
inhabile avait tracé le signe de la croix. Ce n’est qu’au 
vire siècle que la prédication chrétienne vaine les dernières 
résistances. Les moines préparent alors « le terrain solide, 
sur lequel s’appuiera le grand empereur pour tenter l’organi- 
sation d’un commencement de civilisation » (p. 12). 

Malheureusement, les luttes entre les successeurs de 
Charlemagne, les invasions normandes surtout, mettent en 
péril l’œuvre si heureusement commencée. Au sortir de la 
crise, les abbayes sont relevées de leurs ruines. Réformées 
par Gérard de Brogne et par Cluny, elles prennent un prodi- 
gieux développement, cultivent lesarts et les lettres, défrichent 
les terres, et s’affirment comme les supports de toute 
civilisation. 

L'auteur montre que cette civilisation monastique a préparé 
l'avènement de la civilisation urbaine, au xu siècle. C’est 
même là une idée maîtresse qu’il développe avec talent. 
Cette thèse est assurément fondée dans ses traits essentiels, 
mais l’auteur, entraîné par la beauté de son sujet, n’exagére-t-il 
pas quelque peu ? S'il est exact de dire que les monastères ont 
puissamment contribué à l'établissement de la paix, à la 
diffusion de la notion de fraternité chrétienne, il n’est peut-être 
pas tout à fait exact de dire que c'est eux qui ont semé dans 
la société laique urbaine les premiers germes de liberté et 
d'indépendance. Toute l’histoire des luttes que les villes naïs- 
santes ont eu à soutenir, là où elles étaient voisines d’un 
monastère — Arras, Saint-Trond, Gand, Saint-Omer — 
prouvent, au contraire, que les bourgeoisies ont dù arracher 


COMPTES RENDUS 905 


aux moines leur liberté, leur droit, leur émancipation 
politique. Ce qui est vrai, et l’auteur y insiste en des termes 
particulièrement heureux, c'est que les monastères par la mise 
en valeur des terres incultes, par les défrichements des bois, 
par l'application de méthodes d'exploitation agricole plus 
perfectionnées, ont préparé aux villes la nourriture dont elles 
avaient besoin. Le probléme de l'alimentation a rapproché les 
villes des campagnes. Les unes et les autres se sont trouvées 
dans un lien d’interdépendance économique, qui ne se 
relâchera qu'à l’aurore des temps modernes. 

Dans une deuxième partie, l’auteur fait connaître les abbayes 
qui subsistent encore aujourd’hui, ou bien celles dont il reste 
des ruines. [Il abandonne, cette fois, la méthode synthétique 
et donne à son livre l'allure d’un guide. Il a parcouru la 
Belgique, et nous oftre nonante-cinq monographies, conçues, 
toutes, sur un plan identique : situation ; intérêt de l’excursion ; 
état actuel des bâtiments; histoire; bibliographie sommaire. 
Il a choisi « parmi les abbayes existant encore... les maisons 
qui lui ont paru particuliérement intéressantes, soit à cause 
de leur ensemble à peu près maintenu, soit pour la grandeur 
de leurs souvenirs, soit pour: la beauté de leurs ruines ou le 
pittoresque de leur site, soit simplement pour la facilité de 
leur accès qui doit tenter le voyageur même pressé » (page 54). 

Ajoutons que le livre de M. Michel est magnifiquement 
illustré et pourvu d'excellentes indications bibliographiques. 
1 vient à son heure, aujourd’hui qu’on se préoccupe de la 
conservation des vieux monastères de Belgique. Plusieurs 
ligues ont été fondées déjà, l’une lutte pour la conservation 
de l’abbaye de la Cambre, à Bruxelles; l’autre lance un cri 
de détresse afin d’arracher à la destruction les émouvantes 
ruines de l’abbaye d'Orval. G. Des Marez. 


Etienne Van Cauwenbergh. Les Pelerinages expiatoires et judi- 
ciaires dans le droit communal de la Belgique au moyen 
âge. Louvain. 1922, in-8°, 244 p. (Recueil de travaux 
publiés par les membres des conférences d'Histoire et de 
Philologie de l'Université de Louvain, 48° fascicule). 


On se réjouira de voir l’histoire du droit, jadis si brillam- 
ment pratiquée par Defacqz, Poullet, Lameere et d’autres, 


906 COMPTES RENDUS 


attirer de plus en plus l’attention de nos historiens. Le Bulile- 
tin de la Commission royale des anciennes lois et ordonnances 
de Belgique publie réguliérement des contributions intéres- 
santes, et dans les différentes universités du pays l’histoire du 
droit figure au programme des cours. Peu d’études détaillées, 
cependant, ont vu le jour dans ces derniers temps, et depuis les 
travaux de F. Cattier sur le Droit pénal dans le Hainaut et 
celui de L. Wodonsur le Droit de vengeance dans le comté de 
Namur, parus dans les Annales de la Faculté de philosophie 
et lettres de l'Universilé de Bruxelles, cette branche particu- 
liére de notre droit national ne s’était enrichie que de quelques 
rares monographies de détail. Voici que M. Van Cauwenbergh 
nous apporte une étude de tout premier ordre : Les Péleri- 
nages expiatoires et judiciaires. Tant au point de vue des 
sources explorées qu’au point de vue de la mise en œuvre des 
matériaux, l’auteur s’est admirablement acquitté de sa tâche. 
On peut dire qu’il n’a rien négligé d’essentiel et qu’il à su 
exprimer ses idées dans un langage juridique clair et précis. 

L'origine du pélerinage expiatoire est à chercher dans la 
peine de bannissement, accompagnée bientôt de l'obligation de 
visiter tel ou tel sanctuaire déterminé, prononcée par les tri- 
bunaux ecclésiastiques. Les tribunaux des communes reprirent 
pour leur compte une pratique, qui s’affirmait ainsi dans ses 
moindres détails dans la jurisprudence canonique et inquisi- 
toriale. 

Au xi1I° siècle, se rencontrent les premières manifestations 
de la peine du pélerinage dans les jugements des tribunaux 
urbains. Dés le x1v° siécle, elle est inscrite dans la législation, 
c'est-à-dire dans les keures, les privilèges et les statuts. Elle 
va sans cesse en se développant, de manière à former, au 
xvI° siécle, dans la principauté de Liége surtout, une longue 
série de voyages à imposer comme châtiment à toutes sortes 
de délits, depuis l’homicide jusqu'aux moindres contraven- 
tions à la police des rues. 

Dans l'esprit du droit communal, comme dans celui du 
droit ecclésiastique, le pélerinage était considéré comme un 
moyen de réconciliation entre familles en cas de meurtre. 
Éloigner le coupable était déjà une garantie de paix et de 
tranquillité sociale. Ainsi comprise, la pénalité du pélerinage 
expiatoire se présente comme une modalité du wehrgeld. 


COMPTES RENDUS 907 


C'est une satisfaction donnée à la partie lésée, mais comme la 
société se substitue de plus en plus à l'individu dans la répres- 
sion des délits, elle revendique à son tour une réparation pour 
le trouble social occasionné. 

Avec le progrès des idées, la pénalité du pélerinage évo- 
lua. On établit que le condamné pourrait racheter la peine, si 
bien que le pélerinage devint synonyme de peine pécuniaire 
ou d'amende. 

L'auteur étudie l'institution avec méthode. Il la disséque en 
quelque sorte. Il définit d’abord les délits, nous fait assister 
ensuite à la procédure, et enfin, décrit l'exécution du juge- 
ment. Un chapitre spécial est consacré aux condamnations à 
des pélerinages prononcées par le tribunal du recteur de 
l'Université de Louvain au xv° siècle. Une série de pièces jus- 
tificatives sont publiées en annexe. On lira avec intérêt le tarif 
de rachat des pélerinages à Audenarde (1338), à Gand, à 
Alost, à Termonde et à Louvain, ainsi que les extraits 
empruntés au Correctieboeck de la ville de Lierre, relatifs à 
des condamnations à des pélerinages, prononcées par le 
magistrat de cette ville, entre les années 1401 et 1484. 

G. DES MAREz. 


Grappin, Henri. Æistoire de la Pologne des origines à 1922. 
Paris, Larousse, 446 p. s. d. [1923 |. 


Chacun sait combien il est difficile de condenser en quel- 
ques aperçus l’histoire de notre pays : l’entreprise est péril- 
leuse et exige un grand effort de la part de celui qui l’assume. 
Toutefois, je crois ne pas me tromper en affirmant qu'il 
existait une tâche plus délicate encore, celle de reconstituer 
dans ses grandes lignes l’histoire de la Pologne. Or, M. Grap- 
pin n'a pas hésité à l’entreprendre. Sans le suivre dans le 
dédale des faits, je me bornerai à signaler tout l'intérêt que 
j'ai pris à lire son précis historique. 

Présentées avec un réel souci de clarté, les annales polo- 
naises nous deviennent plus familièéres : nous saisissons 
aisément la genése et le développement des problèmes poli- 
tiques et sociaux qu’elles embrassent. Aussi bien je recom- 
mande particulièrement la lecture des cinquième et sixième 
parties, consacrées respectivement à la Pologne de 1815 à 


908 COMPTES RENDUS 


1870 et de 1864 à 1914. Elles retracent lumineusement les 
péripéties du drame douloureux dont la Pologne sortit victo- 
rieuse, après avoir subi toutes les avanies. Je souhaite que 
ce livre de vulgarisation soit consulté non seulement par 
les professionnels de l’enseignement, maïs aussi par les jour- 
nalistes et chroniqueurs qui ont l’occasion d'entretenir leurs 
lecteurs de la grande nation enfin libérée. 

Qu'il me soit permis de conseiller à l’auteur, lorsqu'il 
publiera une seconde édition de son œuvre, d'y ajouter un 
chapitre introductif sur le milieu naturel où se déroulent les 
événements. Rien n’est plus instructif, en effet, que la con- 
naissance préliminaire des régions géographiques au sein 
desquelles se jouent les destins des nations. 

CHARLES PERGAMENI. 


Baron (L.). Coudeherque. Coudekerque-Branche. Essai de 
monographie. Dunkerque, Impr. du Commerce, Guilbert et 
Liévyn, xvi-130-xL p. in-&, 30 pl. et 5 plans, 1923. 


Le travail de M. Baron comprend quatre parties chrono- 
logiques. 

La premiére s'étend des origines à la bataille des Dunes 
en 1658. L'apparition de Coudekerque doit remonter à 1050 
environ. La localité est signalée pour la premiére fois en 
mai 1067, dans une charte de Baudouin de Lille, comte de 
Flandre, qui donne la dime de son église au couvent tout 
voisin de Bergues Saint-Winoc, et le premier habitant est 
mentionné en 1164 dans une charte de Philippe d'Alsace 
relative à un différend survenu entre l’abbaye et la châtellenie 
de Bergues encore. Pendant toute cette série de siécles, du 
xi® au milieu du xvr°, l’histoire de cette paroisse va d’ailleurs 
rester inconnue : elle est pour ainsi dire perdue dans celle de 
la région, où l'on se préoccupe avant tout de se protéger contre 
la mer, puis contre les marais et, à cet effet, de creuser des 
canaux d'écoulement et de desséchement : ceux-ci entra- 
vérent d'abord l’extension des agglomérations, puis contri- 
buërent essentiellement à la prospérité économique de Coude- 
kerque-Branche en particulier. L'histoire de ces canaux 
comme de l’administration des wateringues, c'est-à-dire, on 


COMPTES RENDUS 909 


le sait, de toute la plaine maritime s'étendant depuis l'Aa 
jusqu’à Furnes et depuis les dunes jusqu'aux premiers coteaux 
en arrière de 16 kilomètres, forme donc un élément indis- 
pensable de l’exposé de cette premiére partie. Elle se termine 
avec les guerres du début du règne de Louis XIV. En 1651, 
Punkerque est pris par Condé sur les Espagnols et ceux-ci la 
reprennent en 1692. 

La seconde partie comprend la période de 1658 à 1789. 
Le 14 juin 1658, se livre la bataille des Dunes : « cette date 
est restée célébre dans l’histoire de Dunkerque. En une seule 
journée, la ville fut successivement au pouvoir des trois plus 
puissants monarques de l’Europe : espagnole le matin, fran- 
çaise à midi, elle était devenue anglaise le soir». Cette 
bataille eut en outre des conséquences importantes pour la 
région et spécialement pour Coudekerque. Maîtres de Dun- 
kerque, les Anglais étendirent leur domination sur toute la 
région où l’on s'était battu et qui fut nommée ensuite : «le 
territoire >» de cette ville : il comprenait en particulier une 
« branche » de Coudekerque, partie qui, tout en restant sou- 
mise à la juridiction dunkerquoise, forma une communauté 
d'habitants distincte avec son administration particulière; la 
paroisse était ainsi scindée en deux, une partie restant espa- 
gnole, l’autre devenant anglaise. Depuis ce moment jusqu'à la 
fin de l’ancien régime, Coudekerque dans l’ensemble suivit le 
sort de Dunkerque. Mais, tandis que le village trouvait tou- 
jours moyen d'écouler ses produits agricoles à Bergues, La 
Branche, peuplée de jardiniers et de pêcheurs et plus rappro- 
chée du port, était plus étroitement liée à ses variations, 
ruinée au début et à la fin du règne de Louis XIV, prospére 
sous Louis XV et au moment de la Révolution, lorsque 
d'ailleurs l’état économique général était aussi favorable 
que possible. 

A la période qui s'étend de 1789 à 1860 est consacrée la troi- 
sième partie. Au moment de la convocation des États Géné- 
raux, les deux localités de Coudekerque rédigérent leurs 
cahiers de doléances, réclamant contre les impositions arbi- 
traires qui frappaient les populations rurales et la mauvaise 
administration des magistrats municipaux de Bergues et de 
Dunkerque, qui s’exerçait à leur détriment en matière de tra- 
vaux publics : «plaintes et remontrances sont présentées en 


910 COMPTES RENDUS 


termes fermes et précis, tout en étant empreintes de la plus 
profonde déférence pour la personne du roi». En décem- 
bre 1789, en vertu du décret de l’Assemblée constituante 
relatif à la constitution des municipalités, la Branche de 
Coudekerque fut définitivement affranchie, devint commune 
autonome, procéda à des élections municipales et, libre de la 
tutelle de Dunkerque, commença la lutte pour son indépen- 
dance. Elle subit les conséquences du siège de cette ville 
par les Anglais en 1793, une partie de ses maisons ayant été 
volontairement incendiées pour dégager le tir des batteries, 
et, en 1814, envahie une derniére fois, elle fut occupée par les 
troupes prussiennes. Coudekerque-village continua à mener 
sa tranquille existence rurale: « les habitants acceptèrent avec 
la même calme indifférence, la même sérénité, les différentes 
modifications gouvernementales qui se succédérent »; le seul 
souci des municipalités depuis la Révolution semble n'avoir 
été « que la tranquillité et la recherche du bonheur des habi- 
tants »; elles se préoccupérent tout d’abord de l'Église. La 
Branche de Coudekerque de son côté dut avant tout améliorer 
sa situation financière que le siège de 1793 avait mise en trés 
mauvais état et que le morcellement de son territoire divisé 
en quatre sections, ne pouvait qu'aggraver : l'une d’entre elles, 
en 1850, fut annexée à Dunkerque. 

Une dernière partie expose l’histoire spéciale de Coude- 
kerque-Branche depuis 1860 jusqu'à nos jours. Cette même 
année, une autre section de la commune. Rosendael, en est 
encore détachée pour être érigée en commune indépendante. 
Néanmoins, toute l’organisation administrative se développe 
et se constitue peu à peu. Mais surtout la ville devient un 
important centre d'industrie et de voies ferrées et, aux portes 
de Dunkerque, dont elle constitue le complément usinier, 
«elle rêve de devenir une des métropoles économiques du 
Nord ». Enfin, les dunes appartenant à l’origine en totalité à 
Dunkerque et dont la commune a reçu une partie lors de son 
affranchissement, après diverses vicissitudes et émiettements 
au profit des localités voisines, sont aliénées en 1898 à un 
particulier. 

Le travail se termine par deux séries de piéces justificatives 
de 1556 à 1885 et de 9 plans. Une trentaine de gravures sont 
insérées au cours de l'ouvrage. F SEA 


COMPTES RENDUS 91] 


L'évolution et la division de Coudekerque forment un 
exemple d’un réel intérêt de la transformation et du dédou- 
blement des villes de Flandre. « Le contraste entre les deux 
communes est particuliérement frappant et nettement carac- 
téristique. Coudekerque-village, plus isolée et ayant eu à 
souffrir plus longtemps que sa voisine des inondations et de 
l’insalubrité de son sol plus bas, est restée purement rurale, 
tandis que, plus rapidement asséchée et mise par le port 
voisin de Dunkerque en communication vresque directe avec 
toutes les parties du monde, Coudekerque-Branche devait 
nécessairement donner naissance à une agglomération manu- 
facturière et former l’hinterland industriel du grand port de 
la Flandre française ». Dans la premiére agglomération, le 
passé persiste donc, dans l’autre, le présent agit; mais ces deux 
localités, issues d’une origine unique, se completent et sont 
bien l’image de la région flamande, où tout est riche, parce que 
tout est utilisé, la surface, la terre et le sous-sol, grâce en 
particulier aux voies de communication de tout genre mises 
à sa disposition : l’économie est entière. Et spécialement dans 
cette région maritime de la Flandre, l’agglomération a con- 
tribué à la lutte de l’homme contre la mer etelle a profité des 
moyens employés par lui pour arriver à ses fins : desséche- 
ment des marais, creusement des canaux, fixation des dunes. 
Tout mérite donc d’attirer l’attention dans cette simple histoire 
locale et on doit se féliciter qu’elle ait trouvé un historien tel 
que M. Baron pour écrire son exposé, comme on doit louer 
l’auteur de la façon dont il a compris et exécuté son sujet, 
où, on a pu le constater, les idées générales ne font pas défaut : 
il nous a donné un très bon modèle de monographie. Le meil- 
leur éloge que l’on puisse faire de son travail est en somme 
d'exprimer le vœu que des ouvrages de cette nature arrivent 
à se multiplier; ils sauvent de l'oubli ou de la destruction 
même maints documents locaux; ils précisent les détails de 
l’histoire, dont à vrai dire l’histoire générale est faite du 
moins partiellement et ils la confirment ou la ratifient; ils 
contribuent à éclaircir les origines de l’histoire urbaine, qui 
est celle du monde où nous vivons actuellement, puisqu'il est 
sorti des villes; et enfin, ce qui n’est pas un mérite social 
négligeable, ils attachent les habitants à leur petite patrie, 
dont ils font repasser devant les yeux «ce fait admirable 


912 COMPTES RENDUS 


qu'est l’énergique persévérance des populations flamandes 
luttant avec un courage sans égal autant contre les ennemis 
du dehors que contre les éléments eux-mêmes » (1). 

- GEORGES ESPINAS. 


H. Monnier. Zes Novelles de Léon te Sage. Bibliothèque des 
Universités du Midi (Fasc. XVII). Paris, de Boccard, 1923, 
in-8°, VIr-226 p. 


Il faut savoir gré à l'éditeur, M. G. Radet, et à tous ceux 
qui l’ont aidé dans cette laborieuse entreprise, d’avoir sauvé 
de l'oubli cette œuvre importante du regretté doyen de la 
Faculté de Droit de Bordeaux. L'auteur s’est proposé non 
seulement de commenter les Novwelles de Léon le Sage, mais 
de dégager les idées religieuses, politiques et morales de 
ce souverain, deuxième de la dynastie de Macédoine, sous 
laquelle la civilisation byzantine devait atteindre son apogée. 
Le recueil des 113 Novelles aurait été, suivant M. Monnier, 
publié dans le courant de l’année 894; les Novelles sont vrai- 
semblablement l’œuvre personnelle de l’empereur, qui tenait 
de ses maitres, et en particulier du savant Photius, une culture 
remarquablement étendue. Les idées de Léon le Sage en 
matière lécislative sont fort intéressantes et surprennent par 
leur accent singuliérement moderne. Sa toute-puissance 
législative ne l’aveugle pas: il n’est pas toujours possible 
d’abolir un usage invétéré, encore moins d'imposer une régle 
de droit en désaccord avec les mœurs. Il y a des lois qui 
demeurent sans force, abandonnées ou méprisées. Un silence 
profond orpn Baëeïa, s'étend sur elles. Elles sont oisives, ver- 
moulues (Nov. 94). Divers adoucissements furent apportés 
par l'empereur aux lois pénales; par contre, il semble avoir 
abrogé les lois qui permettaient aux juifs de vivre rélu udaico. 

En ce qui concerne le droit du mariage, Léon le Sage, con- 
firme l'abolition du concubinat, déjà édictée par son pére 
Basile [°",et donne un caractére légal à la peine conventionnelle 
que l’usage avait introduite pour le cas de rupture de fian- 

(1) L'auteur n'indique pas proprement à vrai dire l’origine documentaire de 
ce terme de « branche ». Un sociologue lui comparerait les « poches» de 
Ludendorff 


COMPTES RENDUS 913 


çailles. Par la Novelle 39, il subordonne la validité du mariage 
à l’accomplissement des solennités religieuses, effaçant ainsi 
l’un des caracteres les plus singuliers du mariage romain, 
l’absence de toute forme. Quant aux seconds et subséquents 
mariages, le droit des Novelles leur est encore défavorable ; 
les sentiments de l’empereur ne devaient pas tarder à se modi- 
fier; son troisième et surtout son quatrième mariage furent 
l'occasion d’un violent conflit avec le patriarche Nicolas, con- 
flit qui ne fut résolu qu'après sa mort par le décret Tomus 
Unionis (920). Le régime des incapables ne subit pas de 
modifications essentielles, sauf en ce qui concerne la venia 
aetatis, pour laquelle la condition d'âge est su; primée, et les 
prodigues dont tous les actes, y compris le testament, seront 
valables s’ils ne portent point la marque de prodigalité (1). 

Dans le domaine des droits réels, signalons le rétablissement 
de la théorie classique du trésor (Nov. 51), abolie par la 
perversa cupiditas (paën n\eoveëia) du fisc, et le trés curieux 
droit de retrait consacré par la Novelle 114 (dont l’authenti- 
cité parait d’ailleurs douteuse) au profit des voisins et 
limitrophes (?). 

Les Novelles demeurent fidèles à la règle classique: nuda 
pactio non pari obligationem, mais fournissent un moyen 
nouveau de la tourner: tout pacte écrit aura pleine eflicacité 
si l’on trace une croix sur l'écrit ou si celui-ci contient une 
invocation à la Sainte-Trinité (Nov. 72). Repoussée par les 
théoriciens du droit, la réforme de Léon le Sage paraît avoir 
été peu à peu admise par la pratique: c’est ce que l’on peut 
conciure de l'examen des formulaires byzantins. 

Quant au droit successoral, tout en maintenant la prohibition 
générale des pactes sur successions futures, la Novelle19 valide 


(1) La Novelle 39 déclare abroger une loi «qui défendait absolument au 
prodigue d'avoir une volonté quant à ses biens... qui lui interdisait de vouloir 
quoi que ce füt ou de tester de rebus suis ». Les éditeurs indiquent généralement 
le texte du D., 28, 1, 18, comme étant ici visé. L'auteur, observant avec rai- 
son qu'il n’est question dans ce texte que de l'incapacité de tester, suppose 
qu'une loi postérieure à Justinien aurait frappé le prodigue d’une incapacité 
absolue (p. 113-114). C’est une hypothèse gratuite. La loi qu’entend abroger 
la Novelle 39 est sûrement celle du D., 50, 17, 40 : « Furiosi vel eius, cui bonis 
interdictum sit, nulla voluntas est », texte qui paraît avoir échappé à l'attention 
de M. Monnier. 

(2) p. 193, n. 3, lisez C. J. IV, 38, 14 au lieu de C. J. IL, 38, 14. 


61 


914 » COMPTES RENDUS 


l'engagement pris par le pére dans le contrat de mariage de 
sa fille de laisser à celle-ci une part égale à celle dont hériterait 
son frère. Une constitution des empereurs Valérien et Gallien 
et du César Valérien (C.J.,11,3,15) avait frappé pareil enga- 
gement de nullité, mais son application se heurtait, nous 
apprend Léon le Sage, à des usages invétérés. D’autres Novelles 
apportent de notables extensions à la capacité de tester (en 
faveur des captifs, des esclaves, des moines, des prodigues), 
atténuent encore la distinction déjà fort affaiblie entre le 
testament et le codicille, etc. | 

La Novelle 50 abolit la formalité de l’insinuation pour les 
donations supérieures à 500 nomismes. En ce qui concerne la 
donation propter nuptias ou contre-dot, l’empereur condamne 
le système de l’Écloga, qui avait rompu avec le droit de 
Justinien; pourtant la force des usages est telle qu'il est 
impossible de rétablir la règle de l'égalité entre la dot 
et la contre-dot posée par la Novelle 97, chapitre I de 
Justinien (Nov. 20). | 

Tels sont quelques-uns des aspects les plus remarquables de 
l’œuvre législative de Léon le Sage. Les derniers chapitres de 
l'ouvrage sont consacrés à l'examen des conceptions religieuses, 
philosophiques et morales de l’empereur. Il ne faut naturelle- 
ment point s'attendre à y découvrir beaucoup d'originalité. 
Ces pages n'en constituent pas moins un bon document sur la 
mentalité et la culture d’un souverain byzantin au 1x° siécle. 

Un index analytique minutieux, dû à M. G. Radet, facilite 
beaucoup la consultation de louvrage. 

F. DE VISSCHER. 


N. lorga. Bréve histoire des Croisades et de leurs fondations 
en Terre Sainte. Paris, Gamber, 1924, in-8, x1x-196 p. 


Le but auquel répond le petit volume de M. Iorga est moins 
de fournir un exposé des croisades que de présenter certains 
aspects nouveaux de leur étude. Pour examiner l’histoire des 
croisades, l’auteur se place, en effet, moins au point de vue des 
pays de l’Europe occidentale qu'à celui de l'empire byzantin. 

Il en résulte que l’aspect des événements est assez différent 
de celui auquel nous étions habitués. La première croisade 
devient une expédition byzantine, puisque tous ses chefs ont 


COMPTES RENDUS 915 


dû prêter à l’empereur hommage, serment de fidélité et « filia- 
tion » et qu’ils ont reçu des subsides et une solde du gouver- 
nement de Constantinople. M. Iorga insiste sur ce rôle de 
Byzance; il fait observer qu'au début de la campagne, l’armée 
des croisés était encadrée par des troupes impériales et que 
Nicée fut prise et occupée au nom du Baoikeus. 

Les chapitres les plus intéressants du livre sont ceux qui 
traitent des conquêtes chrétiennes en Terre Sainte aprés la 
premiére croisade. M. Jorga montre très bien comment la 
constitution du royaume ne se fit qu'après la mort de Gode- 
froid de Bouillon, comment à l'époque de celui-ci, il n'existait 
que plusieurs groupes territoriaux indépendants les uns des 
autres — et constituant, en droit, des usurpations faites sur 
l'empire byzantin, au mépris des engagements pris avant le 
départ. C’est Baudouin I, qui constitue le royaume en unissant 
par des liens féodaux toutes les conquêtes des chrétiens en 
Syrie — Antioche, Edesse, Laodicée, etc. — aux Lieux-Saints. 
Par la diplomatie et par la force, il rendit son pouvoir effec- 
tif et sa politique fut continuée par son successeur Bau- 
douin II. 

Très instructives et neuves, grâce à une intelligente présen- 
tation des faits, sont aussi les pages où M. Iorga étudie la 
politique continue d'intervention et d'extension de l’empire 
byzantin en Syrie. On y voit notamment Jean Commène, et 


> + 


après lui Manuel, faire effectivement reconnaître leur auto-. 


rité à Antioche, puis en 1158 et en 1170, contraindre le roi de 
Jérusalem à prêter hommage à l'empereur. Tout ce qui a trait 
à l’action byzantine en Terre Sainte de 1137 à 1176, est à lire 
avec grand soin. 

Il y a d’autres parties du livre qui méritent elles aussi de 
fixer particuliérement l’attention des historiens : au début du 
volume, les luttes dans la Méditerranée occidentale, en Italie 
et en Espagne contre les Musulmans, du 1x° au xI° siécle; le 
rôle des mercenaires normands dans l'empire byzantin; puis 
à la fin ce qui a trait à toutes les petites expéditions en Terre 
Sainte, aux « croisades non classées ». 

Tout ne mérite malheureusement pas les mêmes éloges dans 
le volume de M. Iorga : on regrette d’y trouver dans l’exposé 
des faits, une certaine précipitation, qui nuit à la clarté et ne 
dégage pas autant que l’on aimerait les lignes générales de 


916 COMPTES RENDUS 


l’histoire. À partir de la troisième croisade, le lecteur se perd 
un peu dans un enchevêtrement d'événements 

Quelques textes paraissent aussi avoir été lus peut-être un 
peu rapidement. C’est ainsi que M. Iorga (p. 8) explique la 
concession d'un droit sur les Lieux-Saints, qu'Haroun-el-Ras- 
jid aurait faite à Charlemagne, en disant qu’il dut y avoir une 
inféodation honorifique par le drapeau, comme l'ont pratiquée 
les sultans turcs de Constantinople. Il se fonde évidemment 
sur le passage des Annales royales (a° 800) où des moines rap- 
portent de Terre Sainte à Charlemagne les clefs du Saint 
Sépulchre et de Jérusalem ainsi qu'un drapeau; mais il nous 
parait n'avoir pas remarqué que ce drapeau, comme les clefs, 
est envoyé non par Haroun, mais par le Patriarche. 

P.143. Nous voudrions savoir quel est le Thierry, fils du 
comte de Flandre Philippe | d'Alsace | qui débarque en Terre 
Sainte en 12v2 Nous pensions que de comte n'avait pas de fils. 

Enfin, il eût été utile de donner peut-être quelques dates de 
plus, qui eussent servi de points de repére et de joindre au 
volume une petite carte et quelques listes de successions pour 
les diverses dynasties. 

Il n’en demeure pas moins qu'il faut savoir infiniment gré 
à M. Iorga d'avoir publié cet intéressant volume sur les croi- 
sades et de nous avoir, grâce à sa prodigieuse érudition, sou- 
mis toute une série de points de vue nouveaux et de considé- 
rations fécondes. FRANGOIS-L. GANSHOr. 


Elie Maire. Saint Norbert (1082-1134). Paris, Gabalda, 1922, 
in-12, 204 p. 

R. P. Eus. Clop. Saint Bonaventure(1221-1254). Paris, Gabalda, 
1922;209 p. 

Collection Les Saints. 


Ces deux volumes s'adressent au grand public. Ils l’inte- 
resser'ont sans aucun doute, et lui feront connaître et admirer 
davantage le fondateur de l'Ordre des Prémontrés et celui 
qu'on à appelé le second fondateur de l'Ordre franciscain. 

On ne pourrait cependant les classer parmi les meilleurs 
numéros de la collection Les Saints, qui compte plusieurs bio- 
graphies excellentes. 

M. E. Maire avoue que son œuvre offre simplement une 


COMPTES RENDUS 917 


réduction de la Vie illustrée de saint Norbert du P. GODE- 
FROID MADELAINE, éd. Picquoin, Paris, 1900. I1 a puisé « aux 
Histoires générales du moyen âge; à VACANDaRD, Vée de 
saint Bernard, t. I, éd. Lecoffre; à BALME et à LELAIDIER, 
Cartulaire ou histoire diplomatique de Saint Dominique, 
t. Il; et enfin aux documents accumulés en vue de mon récent 
travail : Les Cisterciens en France, éd. Lethielleux », « pour 
le fond et le rehaut du portrait » (pp. 203 et 204). Ce n'est 
qu'occasionnellement « sur les invitations plus pressantes ox 
plus alléchantes » des notes du P. Madelaïine, qu’il a consulté 
des sources. Aussi, dans sa note bibliographique, ne souflle- 
t-il pas mot de la Vita Norberti et de ses deux recensions 
anciennes. Du point de vue critique, cet ouvrage ne mérite 
donc pas de mention spéciale. Bien divisé, soigneusement 
écrit, il évoque avec art aux yeux des lecteurs les principales 
scènes de la vie de saint Norbert. 

M. E. Maire consacrait deux petites pages à la bibliographie 
et n’y parlait que trés peu des sources; le KR. P. Clop a jugé 
préférable de supprimer toute bibliographie. Mais le grand 
public lui-même aurait intérêt à connaître l'élition monu- 
mentale de Quaracchi des œuvres de saint Bonaventure et à 
apprendre que parmi les écrits attribués au grand docteur il 
y en a qui. certainement, ou qui, probablement, ne sont pas 
de lui. Encore si les notes renvoyaient à l’édition dont il vient 
d’être parlé! Mais les notes du R. P. Clop sont d’une briéveté 
et d’une imprécision peu commune; elles ne mentionnent le 
plus souvent aucune édition. En voici un exemple. Pages 30 
et 31, l’auteur écrit : « A partir de 1248, Bonaventure, encore 
simple bachelier, entre comme professeur à la Sorbonne ; 
Salimbene n’a pas tort : Baccellarius eral, nec erat cathedra- 
ticus » et la note est ainsi libellée : Chron. Salimbene. Mais 
ici, au moins, on trouve une référence. Il arrive qu'on la 
cherche vainement. 

Le R. P. Clop n’a pas assez étudié le xir° siécle auquel 
appartient saint Bonaventure. Il lui échappe plusieurs inexac- 
titudes. On sourit en lisant la phrase suivante : « Paris, la 
reine des nations, regina nationum, attirait depuis le moyen 
âge la jeunesse studieuse de l’univers entier. depuis surtout 
que l’empereur Charlemagne y avait institué l’université 
(p. 275). » 


918 COMPTES RENDUS 


« Saint Bonaventure compte surtout parmi les auteurs mys- 
tiques, il est même le docteur mystique par excellence » 
(introd.). Aussi son biographe consacre-t-il un chapitre au 
théologien mystique. C’est, avec les pages consacrées au théo- 
logien, au poëéte et à l’orateur, une des bonnes parties de son 
œuvre. On ne peut méconnaître les mérites du R. P. Clop: 
il a étudié de prés les écrits de son héros, il a tâché de s'en 
pénétrer. 

E. DE MOREAU, S J. 


Dom Ch. Poulet, 0. S. B. Gwelfes et Gibelins, t. I : Lu lutte 
du Sacerdoce et de l'Empire (1152-1250). T. IT : La diplo- 
mutie pontificale à l'époque de lu domination française 
(1266-1372). (Collection Lovanium) Bruxelles-Paris, Vro- 
mant, 1922, in-12, 246 et 236 p. 


Ce travail, qui fait partie de la collection « Lovanium », n’est 
pas destiné aux spécialistes. Dom Poulet y a retracé à larges 
traits et sans appareil scientifique, la politique pontificale en 
Italie depuis l'avènement de Frédéric Barberousse (1152) jus- 
qu'à la mort du pape Grégoire XI (1378). Le tome Ï est tout 
entier consacré aux formidables assauts de Frédéric Barbe- 
rousse, d'Henri VI et de Frédéric I contre la papauté, repré- 
sentée par les grandes figures d'Alexandre [IT, d’Innocent IT, 
de Grégoire IX et d'Innocent IV. Il ne s'agissait plus, comme 
lors de la querelle des Investitures, de défendre les franchises 
de l'Eglise : la lutte entre empereurs et pontifes romains à pris 
un caractère tout politique, le pape défend l'intégrité de l'Etat 
pontifical et la liberté de l'Italie, et le conflit divise en deux 
camps, en (ruelfes et en Gibelins, selon leurs intérêts momen- 
tanés, les princes et les puissantes cités de la péninsule. 

Le tome IT est intitulé avec raison « La diplomatie pontificale 
à l'époque de la domination française ». En effet, apres la mort 
de Frédéric [l, la lutte entre Guelfes et Gibelins change de 
caractère : la royauté française entre en scène, et sa puissance 
se manifeste en [talie par l'établissement de la dynastie ange- 
vine de Sicile. Avec Charles d'Anjou, opposé par Urbain IV 
aux successeurs gibelins de Frédéric IT, le guelfisme triomphe. 

Mais le roi angevin de Sicile reprend bientôt pour son 


COMPTES RENDUS 919 


compte les projets de domination universelle des empereurs et 
menace Rome : voilà donc le guelfisme devenu aussi dange- 
reux pour les papes que le gibelinisme, et la papauté offre le 
spectacle étrange de devoir résister, du moins par les armes 
de la diplomatie, à son propre’parti! Qu'on ajoute à ces con- 
flits, la situation précaire du pape à Rome même, où il est 
combattu par les grandes familles gibelines, telles que les 
Colonna, et la querelle de Boniface VIIT et de Philippe le 
Bel, l’allié temporaire des Gibelins. Le roi de France deviendra 
d’ailleurs le chef du parti guelfe, quand il aura amené le pape à 
s'établir à Avignon. Cet abandon de Rome, qui causa un trou- 
ble si profond dans la chrétienté, ne serait imputable, l’auteur 
s'efforce de le démontrer, ni à la papauté, ni aux rois de France, 
mais serait la conséquence des incessantes querelles entre Guel- 
fes et Gibelins, rendant la position du Pontife romain intena- 
ble en Italie. Durantla « captivité » à Avignon, les luttes entre 
les deux partis continuent avec la même àpreté : conflits avec 
la famille gibeline des Visconti de Milan, avec Louis de Ba- 
vière, dont Avignon conteste le titre impérial, anarchie à Na- 
ples et à Rome. Le travail se termine par le retour momentané 
des papes en cette ville, retour toujours désiré par les papes 
d'Avignon, mais toujours ajourné à cause de la situation poli- 
tique de l'Italie. Le Français Benoit XI, vint, comme on le 
sait, mourir à Rome en 1378. 

L'ouvrage de Dom Poulet ne se lit pas sans intérêt. Les faits 
sont exposés avec clarté, dans un style vigoureux et qui ne 
manque pas desaveur.-Ajoutons que deux cartes et des tableaux 
synchroniques éclairent le lecteur sur les princes et les régions 
engagés dans la lutte entre Guelfes et Gibelins. Quelques indi- 
cations bibliographiques placées à la fin de l'ouvrage et rela- 
tives à la politique pontificale du x11° au x1v* siécle, n'auraient 
pas été sans utilité pour les étudiants. Nous devons pourtant 
faire d'importantes réserves sur l'esprit qui anime ce travail. 
L'impartialité n'en est nullement la caractéristique L'auteur 
est par trop enclin à donner toujours raison à la papauté dans 
sa lutte avec les empereurs germaniques. Les travaux histo- 
riques destinés au public lettré devraient être éempreints de 
plus de sérénité, et l’auteur devrait se borner à y exposer avec 
clarté et d'une façon intéressante, mais surtout sans passion, 
les derniers résultats de la science. Une interprétation trop 


920 COMPTES RENDUS 


subjective des faits, comme celle que nous présente Dom Pou- 
let, n'est pas sans danger dans les ouvrages de vulgarisa- 


tion. 
H. Nowë. 


Dorothy-Louise Mackay. Les Hôpilaux el la Charité à Paris aw 
XIII siècle. Paris, Champion, 1925, in-8°,, 168 “p’, 
pl. hors-texte. 


M'e D. L. Mackay avait écrit en 1919, pour l'obtention du 
titre de Master of Arts à l'Université de Californie, un 
mémoire sur « l’'Hôtel-Dieu de Paris au xtrre siécle >. Au cours 
d’un séjour à Paris, elle a complété ce travail en rassemblant 
les renseignements épars relatifs aux autres hôpitaux de Paris 
à la même époque. Les plus importants de ces établissements 
avaient déjà fait l'objet de savantes monographies dues à 
MM. Boullé (!), Briéle (?), Coyecque (*) et Le Grand (‘). 
M'e Mackay a essayé « de les étudier dans leur ensemble, 
dans leurs relations mutuelles, et d'apprécier le rôle qu’ils 
ont joué dans la vie de l’époque » (5). 

Après une courte introduction sur l'aspect de Paris au 
x siècle et les origines de la charité chrétienne, 
M'e Mackay analyse les documents qui nous renseignent sur 
l'origine des différents établissements hospitaliers de Paris. 
Des indications qu'elle nous donne on peut conclure que la 
fondation de ces maisons fut due, soit : 1° à la transformation 
d'établissements monastiques en établissements hospitaliers 
publics (léproseries de Saint-Maur et de Saint-Germain des 
Prés, Hôtel-Dieu?), 2° à l’intervention des pouvoirs publics : 
royauté (Quinze-Vingts), épiscopat (Hôtel-Dieu ?), commune 
(léproserie de Saint-Lazare), 3° à l'initiative de particuliers 
(Trinité, etc.). Ces facteurs purent évidemment se combiner. 


(4) BouLié J., Recherches historiques sur la maison de Saint-Lazare de Paris ; 
Paris, 1877. 

(2?) BrRièLe L., L'Hôpital de Sainte Catherine en la rue Saint-Denis, Paris 1870. 

(5) CoyecQuE E., L'Hôtel-Dieu de Paris au imoyen äge, Paris, 1891, 2 vol. 

(4) Le Granp L., Histoire des Quinze- Vingts, Paris, 1886-1887, 2 vol. 

(5) Malgré son titre, l'ouvrage ne traite que de l’hospitalisation : il eût con- 
venu d'envisager aussi cependant les autres aspects de la charité {distributions 
de secours, confréries à but charitable, etc.) 


COMPTES RENDUS 921 


Du point de vue de l'organisation interne, l’auteur distingue 
les hôpitaux proprement dits pour malades et pélerins des 
asiles spéciaux pour femmes, aveugles ou lépreux : dans les 
premiers, le service était fait par un personnel tout à fait 
distinct des hospitalisés, ce: qui n'était pas'le cas dans les 
seconds, où tous les pensionnaires formaient une sorte de 
communauté. M'e Mackay nous donne de nombreux et intéres- 
sants détails sur l’organisation des communautés hospitalières 
dans les établissements de la premiére catégorie, sur le 
service hospitalier dans les différentes maisons, sur l'aspect 
des bâtiments. Elle montre que l’emplacement de ceux-ci 
n’était pas choisi au hasard : les hôpitaux pour pélerins étaient 
à proximité des portes de la ville, les léproseries formaient 
un cercle plus large autour de celle-ci, les autres hôpitaux 
installés à l'intérieur des murs se trouvaient aux endroits les 
plus fréquentés. 

Un dernier chapitre est consacré à l'étude des ressources 
financières des hôpitaux médiévaux. M'° Mackay distingue 
les ressources propres (dotations des membres, produit des 
ventes de vieux vêtements, etc.), celles dues à des fondations, 
ou à des privilèges, ou à des dons, enfin les revenus fixes des 
propriétés (maisons, terres, rentes) (1). 

Des pièces justificatives, des listes des ouvrages et documents 
consultés, un bon index complétent l’ouvrage. 

P. BONENFANT 


G. Lizerand. Le Dossier de l'affaire des Templiers. Paris, 
Champion 1923, in-12, xx1v-229 p. (Les classiques de l'his- 
loire de France au moyen âge, publiés sous la direction 
de L. Halphen.) 


Les sources du procès des Templiers se trouvent dispersées 
dans une série de pubiications dont plusieurs sont déjà rela- 
tivement anciennes et ne répondent pas tout à fait aux exi- 
gences de la critique moderne. L'auteur de Clément V et 
Philippe le Bel a recueilli les principaux documents d’ori- 


() On aurait désiré ici un peu plus de précision dans la terminologie. 
Mile Mackay semble employer un peu abusivement parfois (pp. 100-102) les 
termes « rentes » et « location ». Elle ne mentionne par contre pas de « cens », 
bien que les documents en renseignent (v. p: 141 et ss.). 


922 COMPTES RENDUS 


gine française, qui permettent de suivre les différentes péri- 
péties de ce fameux procés; il les a tous revus ou fait revoir 
sur les manuscrits et y a Joint une excellente traduction, 
qui rendra de réels services à tous ceux qui voudront aborder 
l'étude de l’une ou l'autre question se rattachant à l'affaire des 
Templiers ou se rendre compte par eux-mêmes des diverses 
phases que celle-ci a présentées. 

Le Temple a été, on le sait, un ordre international, mais 
nulle part il ne s'est développé avec plus de vigueur et de 
succés qu'en France. Aussi est-ce là qu’il s’attira le plus de 
jalousies et que naquit le projet de le fusionner avec l’ordre 
de l'Hôpital, dont l’activité économique était moins intense. 
M. L. donne, à propos de ce projet, la réponse faite par 
Jacques de Molay lors de l’enquête pontificale entreprise à ce 
sujet. La série de documents se rapportant à la première phase 
de l'affaire commence par l’ordre même d’arrestation des 
Templiers(14septembre 1507).Puis viennent les procès-verbaux 
de quelques interrogatoires auxquels procéda l’inquisiteur de 
France. M. L. les fait suivre de l’un des inventaires des biens 
appartenant aux maisons du Temple, inventaires dressés 
suivant les instructions de Philippe le Bel. 

La deuxième phase du procès, marquée par les efforts faits 
par Philippe le Bel pour reprendre le procés au pape, s'ouvre 
par les consultations demandées par le roi à des maîtres en 
théologie et surtout par les « remontrances » adressées au 
Saint-Siege. M. L. publie ensuite quelques documents essen- 
tiels relatifs à la convocation des États à Tours et aux négo- 
ciations entamées par le roi, à Poitiers, avec le pape. Ces 
négociations aboutirent à l'institution des commissions 
d'enquête pontificales, qui précédérent la convocation du 
concile de Vienne. En ce qui concerne le diocèse de Paris, 
M. L. reproduit quelques instructions données par l’évêque 
aux membres de la commission qui y fonctionna. Il donne 
ensuite toute une série de dépositions de témoins devant plu- 
sieurs de ces commissions d'enquête (1309-1311), et il termine 
le recueil par deux lettres de Philippe le Bel au pape, l’une 
réclamant la suppression de l'ordre, l’autre approuvant, sous 
réserve, l'attribution des biens du Temple à l’ordre de l'Hôpi- 
tal (1312). En appendice, il a joint un extrait de la régle du 
Temple concernant la réception des nouveaux frères. 


COMPTES RENDUS 923 


L'éditeur est parvenu, on le voit, à rassembler sur cette 
affaire, qui fut essentiellement une affaire française. en tant 
que suscitéeet en grande partie dirigée par la royauté française, 
un choix de piéces vraiment caractéristiques. Il a eu soin de 
le faire précéder d'une introduction fournissant un résumé de 
l’histoire du procès, le classement des différentes espéces 
de sources et quelques détails sur l’état présent des fonds et 
les publications modernes. Cette publication qui répond à 
toutes les exigences de la critique mocerne, constitue un 
instrument de travail très commode grâce à l’index des noms 
et des matières dont il est pourvu. Cet index ne comprend pas 
cependant ce qui se trouve dans les notes mises au bas des 
pages. 

H. VANDER LINDEN. 


Amé Demeuldre. « La bienfaisance à Soignies avant la Révolu- 
tion française. Histoire de nos établissements de charité. » 
(Annales du cercle archéologique du canton de Soignies, 
tome V, 2e livraison, 1924, p. 107-175, 1 planche.) 


M. Demeuldre, connu déjà par les nombreuses monogra- 
phies qu’il a consacrées à sa ville natale, nous initie, cette fois, 
à l’un des aspects les plus attachants de l’histoire sociale de 
Soignies (1). | 

Le chapitre I, intitulé « la bienfaisance dans l'antiquité », 
sert d'introduction à son travail. [l y donne un aperçu rapide 
de l’histoire de la charité depuis le début de la civilisation 
jusqu'aux x1I° et x1v° siècles. 

Dans les chapitres suivants, l’auteur étudie successivement 
la maladrerie, le béguinage et l'hôpital, les communs pauvres 
et l’orphelinat, institutions qui fonctionnent encore toutes 
aujourd'hui, à l'exception, bien entendu, de la maladrerie. | 

Son travail est basé entiérement sur les documents d’ar- 
chives et spécialement sur les comptes remontant à 1495, 
conservés dans les archives des hospices civils de Soignies. Il 
a consulté également les registres aux résolutions du chapitre 


(4) En juin 1896, M. Demeuldre a publie, dans les Annales de lu Societe 
d'Archéologie de Soignies, Vinventaire des Archives des hospives civils de 
cette ville. 


924 COMPTES RENDUS 


de Saint-Vincent, des documents appartenant aux Archives de 
l'État, à Mons, et des comptes conservés aux Archives géné- 
rales du Royaume. 

Une utilisation judicieuse de ces sources de tout premier 
ordre, nous permet de nous initier, dans le chapitre IT, à 
l'histoire de la maladrerie de Soignies. Créée au xrr° siècle, 
cette institution perdura jusqu’au xvre siècle. Depuis 1636 il 
n’est plus fait mention de lépreux. Le dernier compte porte la 
date de 1732. En 1733, les biens appartenant encore à la mala- 
drerie sont annexés à la recette de l'hôpital. 

Les comptes renseignent abondamment le lecteur sur la vie 
des ladres. Aucun détail de leur existence n’est omis : pas plus 
leur facon de s’habiller et de se nourrir que le prix de 
leurs vêtements et de leurs aliments, leurs distractions, leurs 
fêtes appellées « bonnes nuits ». Nous apprenons qu'ils étaient 
entourés de soins, mais les sources restent muettes au sujet 
des remêdes employés contre la terrible maladie dont ils 
étaient affigés. 

Cependant, certains lépreux furent guéris et, sur la déclara- 
tion du maître du Grand Saint-Ladre, à Mons, admis à 
reprendre leur place dans la société. 

Le chapitre III est consacré à l’hôpital et au béguinage, 
institutions si intimement liées dans leurs destinées qu’on ne 
peut songer à les étudier séparément. 

La date de fondation de l’hôpital n’a pu être retrouvée, 
mais les textes permettent d’en faire remonter l’origine au 
xirr° siècle. 

Il était destiné à héberger les pélerins et à soigner les 
malades de la localité et les étrangers qui s’y présentaient. 

Primitivement, le service était assuré par des béguines. 
En 1489, elles furent remplacées par les sœurs grises du 
Tiers ordre de Saint-François. En 1507, celles-ci conclurent, 
avec les représentants de la ville, une convention réglant leur 
condition et leurs obligations. 

Le chapitre IV étudie les « communs pauvres », c'est-à-dire 
le secours à domicile qui fut organisé vraisemblablement 
au début du x1v° siècle. Grâce aux comptes, il est possible de 
suivre la progression des recettes jusqu’en 1685; après cette 
date, les comptes ne se rendent plus que de façon très 
fantaisiste. 


COMPTES RENDUS 925 


Le chapitre V et dernier traite de l’orphelinat, établi seule- 
ment à la fin du xvIe siecle. 

Antérieurement, les orphelins étaient assimilés aux com- 
muns pauvres. Ils étaient mis en pension chez des particu- 
liers généralement peu fortunés qui étaient chargés de leur 
éducation. 

L’orphelinat est dû à la générosité de deux bourgeois qui, 
en 1979, consacrérent leur: fortune à son établissement. 

L'institution ne tarda pas à prospérer et fut bientôt en état 
de procurer à ses pensionnaires, outre les soins matériels, 
soit une instruction suffisante, soit la connaissance d’un bon 
métier. 

Au cours de son exposé, l’auteur publie, in-extenso, de nom- 
breux extraits de comptes et plusieurs documents qui lui 
paraissent particulièrement intéressants. Il a soin d’expli- 
quer en note, les mots dont la signification pourrait embar- 
rasser le lecteur. 

Je ne citerai que le compte de 1538-1539, le plus complet 
que possédent les hospices de Soignies, sur la maladrerie. 

La convention du 10 janvier 1507, conclue entre le délégué 
de l’ordre des frères mineurs de l’observance des sœurs grises 
hospitalières de France et les représentants de la ville. 

L'inventaire des biens meubles de l'hôpital, remis aux 
sœurs grises lors de leur arrivée à Soignies. 

Un tableau des recettes de l'hôpital tiré des comptes con- 
sultés par l'auteur. 

Enfin, à la page 146, il intercale une reproduction photo- 
graphique de l'ancien hôpital. 

Tous ces textes renferment force détails pittoresques et 
intéressants: mais, dans leur intérêt comme dans celui de 
l'exposé, il eût été préférable de les grouper en un appendice 
annexé au travail. 

Le mélange du texte moderne avec le texte de langue 
ancienne, rend parfois la lecture de l'excellente étude de 
M. Demeuldre un peu fatigante. 

Mais ce n’est là qu'une simple critique de forme. Elle n'en- 
lève rien à la valeur du travail de M. Demeuldre, qui con- 
stitue un apport sérieux à l’histoire de la bienfaisance en Bel- 
cique. 

Quelques recherches bibliographiques m'ont permis de 


926 COMPTES RENDUS 


constater combien peu, jusqu’à présent, ce genre d'étude a 
tenté la plume de nos historiens (1). 

Souhaitons que l'exemple donné par M. Demeuldre soit 
suivi. La publication d’une série de monographies relatives 
aux origines et à l’organisation ancienne de la bienfaisance 
dans nos villes déciderait, nous l’espérons, l’un de nos savants, 
à entreprendre une grande histoire de la charité en Belgique. 


/ M. NICODEME. 


Tony Borel. L'’abbe de Watteville, conseiller au parlement de 
Dole et sa mission en Suisse. Bâle, Frobenius, 1923, in-8°, 
467 p. 


Le personnage que l’on nous fait connaître ici eut une 
existence plutôt tumultueuse. Né à Milan en 1613, Jean 
de Watteville est obligé de quitter sa ville natale à la suite d’un 
duel qui tourna mal pour son adversaire. Il gagne Paris, 
y mêne pendant quelques années la vie des jeunes gentils- 
hommes de l’époque, puis subitement pris de remords, il se 
fait capucin. Mais l’ordre n’est pas assez sévère à son goût et 
il le quitte bientôt pour embrasser celui des Chartreux, où il 
devient prêtre. Au bout de quelque temps, il n'y tient plus 
et un jour, aprés une lutte à mort avec son prieur, il s'évade 
de son couvent pour courir les grands chemins. Dés le len- 
demain. ilse batavecun officier, rencontré dans une hôtellerie, 
et le tue. Obligé de se sauver, il cherche à gagner l'Espagne. 
Chemin faisant, au cours d’une halte à Perpignan, il séduit 
la fille de son hôte et promet de revenir l’épouser, dès qu’il 
aura une situation. À Madrid, il prend le nom de chevalier 
d'Harcourt, mêne une vie galante, et, une nuit, tue en duel le 
fils d’un grand d'Espagne, ce qui l’oblige encore une fois à 


(1) À signaler parmi les travaux publiés jusqu'à présent : Borexer (J.), 
« Les grands malades, étude sur l’hospice des grands malades, autrefois une 
léproserie » (Annales de la Société archéologique de Namur, t. 1, 1849, 
p. 331-363 et 381-452); DE Vos (G.), Onzer Liever Vrouwen hospitaal van 
Geraardsbergen. Grammont, 1903, in-12 de 593 p.; J. Norr, La réforme de la 
bienfaisance à Ypres au XVIe siècle, Gand, 1915, in-80 (fasc. 46 du Recueil de 
Travaux de la Fac. de Phil. et Lettres). 


COMPTES RENDUS 927 


s'enfuir. Cette fois, il trouve un refuge dans un couvent de 
filles nobles où il ne tarde pas à s’éprendre de la plus belle 
d’entre elles. La malheureuse ne résiste pas à ses charmes et, 
aprés la découverte de l'idylle, est obligée de suivre son 
séducteur à Madrid d’abord, à Lisbonne ensuite, où le couple 
s'embarque sur un bateäu en partance pour Smyrne. À peine 
arrivée, la jeune femme succombe par suite des fatigues de la 
traversée et son volage compagnon, vite consolé, part pour 
Constantinople où il va s'enrôler parmi les janissaires du Grand 
Turc. Pour faire son chemin, il n'hésite pas à devenir mahomé- 
tan, obtient le poste de gouverneur de la Morée, et comme tous 
les pachas de son importance, se compose un gentil petit harem. 
Mais voici qu’éclate une de ces nombreuses révolutions du 
palais qui le prive de ses protecteurs, et craignant vour ses 
jours, il projette de rentrer au pays natal. À cet'effet, il doit 
se créer des titres à l’indulgence des nombreuses autorités 
avec lesquelles il s'est mis en délicatesse. Rien de plus facile. 
Avant de quitter son poste, il livre la Morée aux Vénitiens, 
alliés d'Alexandre VIT, en échange de « l’absolution du pape 
pour son apostasie et ses erreurs passées ainsi que d’une 
dispense ledéliant deses vœux monastiques chez les Chartreux 
et de lui restituer sa qualité de prêtre séculier » {p. 47). Il 
obtient satisfaction et, aprés avoir passé par Venise, gagne 
Rome, où il se jette aux pieds du pape, et ensuite l'Espagne, 
où son frere le baron de Batteville (prononciation espagnole) 
occupe de hautes fonctions à la Cour. Philippe [IV lui accorde, 
. le 13 août 1659, le bénéfice de l’abbaye de Baume-les-Moines, 
un des plus riches de la Franche-Comté. La bulle papale de 
confirmation suit, le 13 novembre 1660. Il y eut même, grâce 
au haut doyenné, la perspective de devenir archevêque de 
Besançon. Mais malgré l’appui du pape, ce fut son rival 
Humbert Guillaume de Précipiano, que nous rencontrerons 
plus tard sur le siège archiépiscopal de Malines, qui devint 
haut doyen. Le roi d'Espagne lui conféra, quelques années 
plus tard, le poste de conseiller-maitre aux requêtes ordinaires 
ecclésiastiques au Parlement de Dole. 

On sait qu’à la mort de Philippe IV, Louis XIV éleva des 
prétentions sur la Franche-Comté. Watteville fut envoyé 
alors en Suisse pour tâcher de gagner les cantons à la cause 
de son pays et conclure avec eux un traité d’alliance. Les 


92 COMPTES RENDUS 


démarches minutieusement décrites de l’envoyé, furent 
constamment battues en brêche par le résident de France, 
Mouslier. Lorsque Watteville rentra de sa seconde mission, 
en février 1668, la Franche-Comté était conquise aux trois 
quarts, et le plénipotentiaire, désirant soigner ses intérêts 
personnels, n’eut que le temps d’aller offrir ses services au 
conquérant. La Franche-Comté, de par la volonté des puis- 
sances, étant rentrée momentanément au pouvoir de l'Espagne, 
Watteville, pour se soustraire à l’indignation de ses compa- 
triotes qui, à tort ou à raison (M. Borel croit que c’est à tort) 
l’accusaient de trahison, dut s'enfuir aupres de son nouveau 
protecteur qui le dota de l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer. 
Lors de l'annexion définitive de la Franche-Comté à la France, 
Watteville rentra en possession de tous ses biens et dignités, 
y compris cette fois le haut doyenné. Il mena une vie joyeuse 
et luxueuse jusqu’à la fin de ses jours. Il mourut en 1702, dans. 
sa 89° année, après avoir été repris, dans son extrême 
vieillesse, de la ferveur religieuse de sa jeunesse. 

Cette carrière aventureuse, on le comprend sans peine, dut 
tenter la plume de plus d’un écrivain. Du vivant même de 
dom Jean, elle prit place dans les mémoires de l’abbé de 
Saint-Pierre. Plus tard Saint-Simon lui consacra des pages 
savoureuses en ettendant que d’'Abry d’Acier, à la fin du 
xvirI* siécle, en fit l'objet d’une monographie. M. Tony Borel 
a naturellement connu ces publications et les a complétées au 
moyen de maint extrait inédit des archives de Suisse et de 
France. [l a même pu utiliser les archives belges grâce à la 
publication par feu le professeur Rivier, de certaines lettres 
inédites de Watteville (cf. p. 300, note et passim). Il est donc 
à supposer que nous connaissons désormais à peu prés tout ce 
que l’on peut espérer au sujet du fameux abbé et conseiller 
du Parlement. Je ne chicanerai pas M. Borel sur l’atmos- 
phére de sympathie dont il entoure son personnage. C'est 
une question d'appréciation. Mais je lui fais un grief des 
disproportions de son livre. Sur les 467 pages qu’il contient, 
il n’y en a pas 100 qui intéressent le sujet proprement dit. 
Si l’on peut, à la rigueur, excuser l’auteur d’avoir consacré 
une douzaine de pages à l’histoire de l’abbaye de Baume, on 
peut se demander s’il était bien nécessaire, à propos des 
missions en Suisse de l’abbé de Watteville, de nous raconter 


COMPTES RENDUS 929 


en détail (après tant d’autres) les origines de la Franche-Comté, 
son histoire au xvri° siècle, son affaiblissement, ses rapports 
depuis les temps les plus reculés avec la Suisse. les divers 
épisodes de la ligue héréditaire et de la neutralité, enfin 
l’isolement de la Franche-Comté d'avec la Suisse, quioccupent 
Jes pages 66 à 233, dans lesquelles on chercherait en vain le 
nom de Watteville. Et lorsque, enfin, on en revient au héros 
du livre, est-il vraiment opportun de nous décrire, à la façon 
d’un Baedeker, l’histoire et les monuments de chacune des 
villes de la Suisse par lesquelles il passe? Tous ces hors- 
d'œuvre ne peuvent servir qu'à distraire l'attention de l’action 
principaleet font l'effet d’avoir été servis par un auteur inexpé- 
rimenté qui n’a pu se résigner à sacrifier aucune des fiches 
qu'il a accumulées pour sa propre édification, au cours de 
longues et fatigantes recherches. 

Étant donné que l’auteur est assez bien au courant de la 
littérature générale deson sujet, en ce qui concerne les ouvrages 
suisses, français et allemands, on peut s'étonner que, pour ce 
qui est de la lutte diplomatique que Watteville eut à soutenir 
contre le résident français Mouslier!, il n'ait pas cité l'ouvrage 
capital d'Édouard Rott, Histoire de la représentation diplo- 
matique de la France auprès des cantons suisses, de leurs 
alliés et de leurs confédéres, dont le tome VIT, paru en 1921, 
embrasse précisément la période (1663 à 1676) qui se rapporte 
à son sujet. De même les ouvrages belges, où il aurait pu 
trouver maints détails sur la question, eu égard à la manière 
dont il l’envisageait, lui sont restés inconnus. Pour ne pas 
parler de la singulière orthographe qu'il est impossible 
d'attribuer à l’imprimeur seul, il m'est difficile de ne pas faire 
observer que beaucoup de noms belges ont été estropiés au 
point de devenir parfois méconnaissables (Pequis pour 
Pecquius, Champremy pour Dampremy, etc ). 

Malgré ses défauts, trés réels, le livre de M. Borel mérite 
d’être signalé à l'attention des historiens belges. Il y a là de 
nombreux renseignements, tels les projets d'échange des 
Pays-Bas, préconisés du temps de Louis XIV, au sujet desquels 
l'auteur a trouvé, dans les archives des Affaires Etrangères 
à Paris, des détails nouveaux qu’on ne chercherait pas dans 
cet ouvrage. 

J. CUVELIER. 


930 COMPTES RENUUS 


Marcel Marion. Dictionnaire des Institutions de la France aux 
X VIT et X VITIE siècles. Paris, Picard, 1923, in-8°, 1x-564 p. 


Adolphe Chéruel, l'historien jadis célèbre de Louis XIV, 
publia en 1855, un Dictionnaire des Institutions, mœurs 
et usages de la France. Ce livre en deux petits in-8° d'environ 
590 pages chacun, a prouvé son utilité et sa valeur, d’ailleurs 
incontestables, par les huit éditions qui en furent faites. Mais 
ce n’est point manquer à la haute estime que mérite cette 
œuvre, de déclarer que depuis longtemps elle avait besoin 
d'être modernisée et mise au courant des travaux si nombreux 
d’érudition et de synthèse qui ont paru depuis un demi-siécle. 
Quel ouvrage d'histoire, d'allure quelque peu BERG ne 
vieillit pas au bout de quelques lustres ? 

Or M. Marion, le distingué professeur du collège de France, 
a entrepris une partie de la’ tâche qui s’imposait, mais une 
partie seulement, dans ce sens qu’il a négligé les mœurs 
et les usages, pour ne s'attacher qu'aux institutions, et qu'il 
s'est occupé exclusivement de la période moderne. Encore 
réduit à ces limites, l’ouvrage offrait de grosses difficultés : 
« La forme dictionnaire, — dit l’auteur dans son introduc- 
tion — qui m'a paru la plus utile, parce que l'essentiel est 
d’abord de fournir rapidement des explications claires et des 
renseignements suffisants, offre en général, et ici particulié- 
rement offrait des inconvénients évidents. Elle exige de la 
précision, et les institutions de l’ancien régime sont par 
excellence le domaine du vagueet del’imprécis; des définitions, 
et ces institutions se laissent malaisément définir; de la 
briéveté, et de longues explications seraient parfois utiles. 
L'enchevêtrement confus des attributions, la non-délimitatidn 
des pouvoirs et des compétences, la violation continuelle de 
la règle, l’inexécution des lois et des ordonnances, la multitude 
des exceptions, des privilèges, des dérogations locales, font 
des institutions de l’ancien régime quelque chose de particu- 
liérement difficile à saisir et à définir, et les généralisations, 
que pourtant on ne peut pas et on ne doit pas s'interdire, 
demandent ici plus de précautions et d’atténuations que peut- 
être nulle part ailleurs. » 

On peut dire que M. Marion s'est acquitté de sa tâche avec 
une réelle maîtrise. Professeurs et étudiants trouveront dans 


COMPTES RENDUS 931 


son Dictionnaire un instrument de travail de premier ordre. 
La bibliographie sommaire, mais judicieusement choisie, qui 
se trouve à la fin de chaque article essentiel, permettra aux 
chercheurs de pousser leur étude plus à fond. Il suffit de 
comparer les articles de Chéruel à ceux de M. Marion sur les 
mots aîdes, conseils, corporations, dimes, tailles, intendants, 
justice, parlement — nous choisissons presque au hasard — 
pour se rendre compte du grand progrés réalisé. 

Naturellement on trouvera des lacunes, voire des erreurs, 
dans cette petite encyclopédie, qui est l’œuvre d’un seul homme. 
Pour notre part nous regrettons de ne pas y trouver le mot 
manufacture ; au temps de Colbert les manufactures consti- 
tuent une véritable institution d’État et il ne suffit pas d’en 
parier en passant à propos du mot #ndustrie où au mot 
corporation. A l'article fontieu nous avons été désagréablement 
surprisen y trouvant cette explication unique: « Droit seigneu- 
. rial analogue au droit de plaçage et dû pour les places occupées 
par les marchandises mises en vente dans les foires et mar- 
chés. > Au mot Justice, il eût fallu mettre mieux en évidence, 
par des caractères demi-gras ou une subdivision numérotée, 
la distinction entre haute, moyenne et basse justice, sur 
laquelle nos étudiants demandent si souvent des explications. 
Ils ne pourront trouver celles-ci dans le Dictionnaire de 
M. Marion qu’à condition de lire patiemment quinze colonnes 
de texte trés serré. 

Ces quinze colonnes nous suggérent une autre observation 
relative à la méthode. Il arrive trop souvent à M. Marion, 
nous semble-t-il, de discuter assez longuement les mérites et 
les défauts d’une institution. Non hic est locus. Ces discussions 
trouvent leur place dans une monographie ou même, à la 
rigueur, dans un manuel. Ce qu'on cherche dans un diction- 
naire, ce sont des explications techniques, ayant, autant que 
possible, le caractère d’une définition. Il ne faut pas que le 
dictionnaire devienne une sorte de manuel rédigé sous la 
forme alphabétique. À ce compte nous préférons le manuel 


systématique. 
M. Marion, en parlant dans sa préface du Dictionnaire de 


Chéruel, dit qu’il est plus facile d'en médire que de s’en passer. 
Leshistoriens porteront vraisemblablement le même jugement, 
trés élogieux somme toute, sur son œuvre à lui. Elle rendra 


932 COMPTES KENDUS 


de grands services à l'enseignement en France ; aussi en 
Belgique, dont les institutions sous l’ancien régime, aussi bien 
qu'actuellement, offrent de grandes ressemblances avec les 
institutions françaises Mais cela n'exclut pas la grande utilité 
qu’il y aurait à posséder un dictionnaire des Institutions de 
la Belgique ancienne. Nous formons le vœu qu’un groupe de 
professeurs et d’archivistes de chez nous s’attelle à cette 
besogne. Nous disons un groupe, car nous avons la conviction 
qu'on ne fera œuvre vraiment durable dans ce domaine qu'en 
partageant la besogne entre un certain nombre de spécialistes. 
H. Van HouTTE. 


Eug. Hubert. Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIT, 
siècle, Notes et Documents, Bruxelles, Lamertin, 1923, 
1 vol. in-4°, 189 p. (Académie royale de Belgique, Classe des 
Lettres, Mémoires. Collection in-4°, 2: série, t. IX, fasc. 2). 
air. 


Le travail de M. Hubert vient compléter la série de ceux 
déjà consacrés par l’érudit professeur à l’histoire du protes- 
tantisme en Belgique. 

Une petite communauté protestante était parvenue à sub- 
sister à Dour, se recrutant parmi les houilleurs. M. Hubert 
nous retrace ses rapports avec l'État au xvine siècle. À deux 
reprises, en 1733 et en 1746, le gouvernement fut amené à 
intervenir pour enrayer le développement du protestantisme, 
encouragé par les pasteurs de la garnison hollandaise de 
Tournai etse manifestant principalement par la lecture de 
livres défendus et par des mariages devant les pasteurs. Puis 
vint l’édit de tolérance de Joseph II. Les protestants de Dour 
réclamèrent le droit de construire un temple et d’avoir un pas- 
teur; mais l'opposition du curé de Dour et du fiscal de Hai- 
naut, Papin, parvint à faire surseoir pendant trois ans à toute 
décision et finalement à faire repousser la requête. Ce n’est 
qu’en 1795, après la conquête française, que les protestants de 
Dour obtinrent satisfaction. 

Fidèle à sa méthode, M. Hubert publie en annexe la plupart 
de ses pièces justificatives, provenant soit des Archives géné- 
rales du Royaume, soit des Archives de l'Etat à Mons. 

P. BoNENFANT. 


COMPTES RENDUS 933 


Albert Mousset. Un témoin ignoré de la Révolution : le comte 
de Fernan Nuñez, ambassadeur d'Espagne à Paris 
(1787-1791). Paris, Champion, 1923, in-8°. 


Les diplomates, lorsqu'ils possédent les qualités nécessaires 
à l’accomplissement de leur mission, sont incontestablement 
les témoins les mieux avertis des événements historiques et 
leur correspondance constitue une source de toute première 
valeur. Aussi faut-il se réjouir de voir mettre de plus en plus 
largement à la disposition des chercheurs les documents 
d'ordre diplomatique. Comme il n’est pas loisible à tout le 
monde d'aller consulter, sur place, les archives des chancelle- 
ries et même comme on ne peut songer, à cause de l’abondance 
même des documents, à une publication intégrale de ceux-ci, 
des ouvrages comme celui de M. Albert Mousset sont appelés 
à rendre de précieux services. 

Des centaines de dépêches échangées, de 1787 à 4791, 
entre le comte de Fioridablanca. premier ministre des rois 
Charles III et Charles [V, et l'ambassadeur d’Espagne à Paris, 
M. Mousset est parvenu à tirer un récit complet et extrême- 
ment vivant de la premiére période de la Révolution. Par la 
façon dont il a choisi les extraits de cette volumineuse corres- 
pondance et dont il les a unis les uns aux autres par des com- 
. mentaires réduits au minimum et le plus souvent inspirés par 
la partie non publiée des dépêches, il laisse au témoignage du 
comte de Fernan Nuñez toute sa valeur originale et met le 
lecteur, de la façon la plus agréable, en contact avec les docu- 
ments. 

 Fernan Nuñez réunit les qualités exigées d’un témoin par 
les règles de la critique historique. Alliant « une instruction 
plus brillante que solide avec ce scepticisme aimable et mon- 
dain qui fit les diplomates de grand style », l'ambassadeur 
posséde, d’autre part, le sens des réalités et des habitudes de 
pondération qui, tout en le préservant des séductions du 
« siècle éclairé »et de la « philosophie des lumières », l’em- 
pêchent de s’entêter dans des idées vieillies et de se faire le 
défenseur des « abus de l’ancien régime ». À la fois loyal et 
prudent, il s’appliquera non seulement à rendre fidèlement 
compte à son Gouvernement des événements et surtout des 
évolutions de l'opinion, mais, lorsque de témoin il deviendra 


934 COMPTES RENDUS 


à certains moments acteur du grand drame, nous le voyons 
employer toute son influence pour combattre les menées 
contre-révolutionnaires qui menaçaient d'annuler l'effet des 
concessions où la Couronne avait engagé son prestige et sa 
parole. 

Nul ne pouvait mieux que Fernan Nuñez être informé de la 
marche des événements et même des arcanes de la politique 
française. « Ambassadeur de famille », au sens le plus élevé 
du mot, il est en relations intimes avec la Cour; la reine 
Marie-Antoinette l’honore d’une confiance particulière; le 
ministre Montmorin lui parle à cœur ouvert et le consulte 
sur les problèmes délicats de politique étrangère. En toutes 
circonstances, Fernan Nuñez fait preuve d'indépendance de 
caractère ; il interprète toujours latissimo sensu les instruc- 
tions de sa Cour; iltient, quand il le faut, un langage assez 
raide à Montmorin et même à Marie-Antoinette; il fait preuve 
d'esprit d'initiative, au risque même de se voir désavouer par 
son Gouvernement et son départ de Paris eut toutes les appa- 
rences d’une disgrâce. 

Le témoignage de ce diplomate peut donc inspirer pleine 
confiance et la lecture du livre de M. Mousset nous aidera à 
nous former une opinion éclairée sur les débuts de la Révolu- 
tion. Les appréciations sur les divers chefs du mouvement, 
ainsi que sur l’origine, l'esprit et le rôle des clubs, sont parti- 
culiérement dignes d’être notées. Exactobservateur des scènes 
de la rue, Fernan Nuñez nous documente fidèlement sur les 
< grandes journées » révolutionnaires et nous fait voir par des 
détails savoureux comment s'organisent les manifestations 
soi-disant spontanées de l’opinion publique. C’est ainsi qu'il 
nous raconte que les émeutiers marchant sur Versailles le 
9 octobre 1789, obligeaient tous les passants à se joindre à 
eux, entrainant ainsi de force jusqu’au précepteur des enfants 
de l’ambassadeur et jusqu’à une pauvre femme enceinte de 
neuf mois! Fort judicieusement, il discerne dans le caractère 
purement extérieur des désordres populaires, une rigoureuse 
discipline et une subordination parfaite à des puissances 
occultes. 

Très intéressantes aussi, à ce point de vue, sont les indica- 


tions qu'il nous donne à plusieurs reprises sur l’action secrète 


de l’Angleterre dans les menées révolutionnaires. [1 dénonce 


ds mi. à es ff 


_—. 


COMPTES RENDUS } 935 


« l’anglicanisme dont est animée une partie — la plus active 
sinon la plus grande — de la nation française >» et montre 
comment cette anglomanie est « exploitée du dehors par une 
politique envieuse et prévoyante ». Avec beaucoup de clair- 
voyance l’ambassadeur expose, dés octobre 1789, comment, en 
encourageant l’effervescence des esprits en France, l’Angle- 
terre entrainera infailliblement sa rivale dans des difficultés 
qui affaibliront ses forces. La Grande-Bretagne « aurait 
ainsi en mains, pour longtemps, si ce n’est pour toujours, un 
instrument puissant dont elle pourrait user avec plus de profit 
et moins de frais qu’elle ne le ferait d'une guerre ». 

Fernan Nuñez fournit également des renseignements pré- 
cieux sur l’esprit de la Cour et sur les tentatives contre-révo- 
lutionnaires. Mis au courant, dès septembre 1789, des plans du 
clergé et de la noblesse, il en voit immédiatement tout le dan- 
ger et montre à Montmorin les répercussions qui pourraient 
en résulter pour la famille royale, « le Roi étant engagé 
comme il l’était vis-à-vis de l’Assemblée, de la Nation tout 
entière et même de son armée ». 

« À mon avis, écrit l’ambassadeur, les seuls moyens dont 
on devait et même dont on pouvait se prévaloir sans s’expo- 
ser, pour amender dans la mesure du possible le mal qui avait 
été fait, c’étaient ceux dont leurs adversaires avaient usé pour 
le faire, c’est-à-dire les deux P : la plume et la peur. » 

Fernand Nuñez voit également tout le danger de la poli- 
tique antireligieuse de l’Assemblée. Certes, il n’a rien d’un 
dévôt et, bien que foncièrement catholique, comprend la 
nécessité de certaines mesures, mais il voit que le caractère 
antireligieux des manifestations populaires, tout comme 
l'abolition des vœux, la sécularisation des biens ecclésias- 
tiques, la constitution civile du clergé et les mesures de vio- 
lence et d’intimidation contreles insermentés, n’auront d'autre 
résultat que de pousser les prêtres dans une action de plus en 
plus contre révolutionnaire. 

Particuliérement intéressant est le chapitre relatif aux 
négociations ouvertes en 1790 entre les Tuileries et l’Escurial 
pour décider l’Espagne à intervenir pour sauver le roi de 
France de l’impasse où, de concessions en concessions, il s’est 
engagé et au bout de laquelle il ne peut trouver que l’abdica- 
tion ou la déchéance. Ces négociations marquent le point cul- 


936 COMPTES RENDUS 


minant de la carrière de Fernan Nuñez et forment :a partie 
la plus révélatrice et la plus émouvante de sa correspondance. 
Il faut lire les pages poignantes où l’ambassadeur rend compte 
de ses eutrétiens secrets avec la reine et montre Marie-Antoi- 
nette, «au milieu de larmes continuelles », lui dépeignant, 
«en termes aussi expressifs que véridiques », l'angoissante 
situation de la famille royale. S'il ne parvint pas à obtenir de 
Charles IV et de Floridablanca les secours si anxieusement 
espérés, Fernan Nuñez mérita cependant le titre que lui 
décerna la reine, de dernier ami de la famille royale. 

La correspondance de Fernan Nuñez apporte également une 
contribution importante à l’histoire générale de la politique 
européenne sous le régime du pacte de famille, en nous initiant 
aux complications résultant de la question de Pologne et de la 
guerre dans le Nord et dans le Levant, ainsi que de l’incident 
anglo-espagnol de Nootka qui faillit déchainer une nouvelle 
guerre coloniale. 

De même l’ambassadeur d’Espagne nous initie à la petite 
histoire et ne néglige pas le côté anecdotique de la révolution 
et les traits de mœurs lorsqu'il traite des questions d’immunité 
etde préséances diplomatiques pendant la Révolution, lorsqu'il 
signale l'emploi du théâtre comme moyen de propagande 
subversive, etc. 

Le style de Fernan Nuñez est alerte et agréable, bien que 
sans aucune recherche. Il aime l’anecdote, manie volontiers 
l'ironie et certaines expressions constituent de véritables trou- 
vailles, par exemple lorsqu'il appelle : nation arbitraire, les 
vagabonds qui, « lorsque cela convient à ceux qui les payent », 
représentent l'opinion publique. 

La lecture du livre de M. Mousset constituera un passe- 
temps agréable en même temps qu’elle abondera en précieux 
enseignements et, « si une expression se dégage de cet impor- 
tant témoignage, c’est que l’ancien régime a succombé beau- 
coup moins à ses abus qu'à une crise de volonté ». 


CH. TERLINDEN. 


Rodolphe Reuss. La grande fuile de décembre 1793 et la 
situalion politique et religieuse du Bas-Rhin de 1794 à 1799. 
Strasbourg et Paris, Istra, 1924, in-8°, virr-338 p. (Publica- 


COMPTES KENDUS 937 


tions de la Faculté des Lettres de l'Université de Strasbourg. 
Fascicule 20.) 20 fr. 


Le 13 octobre 1793, les Autrichiens du baron Wurmser 
forçaient les lignes de Wissembourg et étaient bien accueillis 
par les populations de la Basse-Alsace, populations placides 
et pieuses, jadis soumises au pouvoir débonnaire du landgrave 
de Hesse, du duc de Deux-Ponts et de quelques autres petits 
princes rhénans. Les réquisitions des armées de la République, 
lesextravagances d’Euloge Schneider lesavaientconsidérable- 
ment refroidies à l'égard des défenseurs des Droits de l'Homme. 

Le 26 décembre. au cri de « Landau ou la mort», les 
volontaires de Hoche enlevaient le Geisberg à la baïonnette. 
Terrifiés à la perspective de tomber sous le « Glaive de la 
Loi » — glaive à ce moment manié par Saint-Just et Lebas — 
trente mille bourgeois aisés, curés, nobles, cultivateurs et 
ouvriers, s'accrochérent en un pêle-mêle indescriptible à 
la retraite précipitée des « hordes infàâmes au service des 
tyrans » et déferlérent sur la rive droite du Rhin. 

C’est l’histoire de cette « Grande Fuite», c'est l’étude de ses 
causes, de ses désolants effets, des mesures prises pour en 
pallier les conséquences, que M. Reuss, professeur honoraire 
à l’Université de Strasbourg, vient de publier en un trés 
intéressant volume. Le sujet avait déjà été examiné par le 
professeur Marion, dans la Revue Historique de 1923, mais 
le professeur Reuss lui a donné une ampleur considérable. 
Son livre est le résultat de dix années de recherches aux 
Archives départementales de Strasbourg et notamment du 
dépouillement de cent quatorze registres in-folio de procés- 
verbaux du Directoire et de l'Administration du Bas-Rhin. 
Comme l’auteur avait, déjà en 1922, publié deux importants 
volumes sur La Constitution civile du clergé et la crise 
religieuse en Alsace de 1790 à 1795 (1), il a très justement 
joint à son thème fondamental l'examen de questions connexes: 
luttes entre l'autorité et le clergé réfractaire, résistances de la 
population à l’établissement du calendrier républicain, orga- 
nisation de la défense du Rhin, etc. D’où l’importance du 
sous-titre de son ouvrage. 


(4) Publications de la Faculté des Lettres de Strasbourg. Fascicules T7 et 8. 


938 COMPTES RENDUS 


M. Reuss compose ses chapitres un peu à la maniére de 
Pieter Bor et d’autres érudits du xvi* et du xvrr° siècle, c’est- 
à-dire en y intercalant constamment des citations de textes, 
voire même en enchaînant ses phrases propres à celles de 
MM. les membres du Directoire du Bas-Rhin et vice-versa. Si 
par là l'importance documentaire du livre augmente, le 
charme de sa lecture s’en trouve au contraire un peu diminué. 

Dans sa préface, M. Reuss se plaint avec une bonne grâce 
pleine d’aménité d’avoir été accusé par un « critique des plus 
autorisés » (gageons qu’il est radical-socialiste !) de manquer 
«d'impassibilité». Rien, dans l'ouvrage analysé iei, ne justifie 
pareille allégation, et l’auteur y a strictement conformé son 
attitude au beau principe développé p. VIII: le droit absolu 
pour l'historien de stigmatiser «les actions basses et les crimes 
des hommes ». 

Ailleurs encore M. Reuss écrit: « J'ai toujours, pour ma 
part, rejeté la théorie qui demande qu'on accepte la Révolution 
en bloc et cette autre thèse, trop commode pour les malfaiteurs 
publics ou privés, que fout comprendre, c’est tout pardonner ». 
Je n’ai pas à éxaminer ici en quelle mesure la Terreur fut 
rendue inévitable par les manœuvres du clergé, des ci-devants 
et par la première Coalition. Mais je puis affirmer que c’est par 
la lecture d'ouvrages approfondis comme ceux de Reuss, de 
Kleinschmidt. de Verhaegen, de Ch. Pergameni, touchant les 
ouffrances des populations d'Alsace, du Palatinat ou de Bel- 
œique en 1793-1794, que l’on arrive à la pleine compréhension 
du caractère désastreux du sans-culottisme, spécialement au 
point de vue moral. Avec ses illuminés sanguinaires au som- 
met du pouvoir et son grouillement de voyous dans les clubs 
locaux, la Terreur a retardé de cinquante ans l’avènement de 
la démocratie. Elle a rendu possibles le Césarisme, la Sainte- 
Alliance, le doctrinarisme bourgeois, et l'existence, aujour- 
d'hui encore. de partis anti-révolutionnaires plus ou moins 
avoués dans presque tous les pays de l’Europe occidentale. La 
Terreur ne fut d’ailleurs jamais ni le but ni le fait des braves 
en guenilles qui, vingt fois, sauvérent la République, depuis 
Jemmapes jusqu’à Fleurus. Ce fut une création factice, œuvre 
de politiciens d assez faible envergure, mais qui trouva pour la 
soutenir l’appui platement intéressé des innombrables embus- 
qués de l’arrière. Jamais pour ma part je ne pourrai admettre 


COMPTES RENDUS 939 


que les discours enflammés d’un Mirabeau ou les initiatives 

d’un La Fayette aient pu déjà contenir en puissance les fré- 

nésies d’un Collot d'Herbois ou les platitudes d’un Chaumette. 
FRANS VAN KALKEN. 


Cardauns, Hermann. ÆXôin in der Franzosenseit. Aus der 
Chronik des Anno Schnorrenberg (1789-1802). Bücherei 
der Kultur und Geschichte heraussgegeben von Dr. Seb. 
Hausmann; Band 30, Bonn et Leipzig, Kurt Schrœder, 
1923. Un volume de 220 pages, in-8°. 


J’ai eu l’occasion de signaler, en publiant mes diverses 
monographies relatives au Régime français en Belgique (1), 
combien sont utiles, quand il s’agit d’une période aussi touffue 
que celle qui embrasse la Révolution de 1789, les travaux 
spéciaux, traitant de la vie locale à la fin du xvrrI° siécle. 
Nous ne disposerons jamais de trop d'œuvres de ce genre : 
seules, en effet, par leur rapprochement et l’analyse critique 
comparée qu'on en peut faire, elles éclairent d’un jour révéla- 
teur les événements quotidiens et expliquent, dans une cer- 
taine mesure, par la répétition des mêmes faits et l’analogie 
des réactions que ceux-ci provoquent au sein de populations 
parfois très distantes les unes des autres, la genése des grands 
courants d'opinion. 

Le présent livre est moins une monographie que la publi- 
cation en langue allemande de la chronique latine de 
l’Augustin de Cologne, Anno Schnorrenberg, pour autant 
qu'elle concerne Cologne, où vécut cet ecclésiastique, durant 
les années 1789 à 1802. On sait que le texte de Schnorrenberg, 
qui repose aux Archives de la ville de Cologne, avait été lar- 
gement utilisé par J. Hashagen (?). 

La valeur des extraits qui sont livrés au public tient surtout 
à la rareté de ce genre de sources documentaires privées et 
au fait que le chroniqueur raconte ce qu'il a vu : il a vécu les 


(4) Voir notamment mon livre : L'esprit public bruxellois au début du Régime 
francais. Bruxelles, Lamertin, 1914 etles monographies auxquelles je renvoie. 
Ces travaux ont mis en œuvre des documents d'archives inédits, reposant aux 
dépôts de l'Etat (Archives générales du Royaume, section des manuscrits) et 
de la ville de Bruxelles (archives anciennes). 

(?) Cf. Das Rheinland und die franzüsische Herrschaft. Bonn. 1908. 


940 COMPTES RENDUS 


événements qu'il nous rapporte et les détails qu'il fournit sur 
Cologne et ses environs immédiats ne laissent pas d'être 
intéressants. 

Toutefois, le lecteur n’accueillera ses appréciations que 
sous bénéfice d'inventaire car il n’oubliera pas que leur 
auteur est un ecclésiastique que les idées révolutionnaires 
devaient nécessairement alarmer. 

On lira avec fruit l'introduction que M. Cardauns consacre 
à Schnorrenberg et à sa chronique : elle justifie la publication 
même et la méthode qui lui fut appliquée. 

CH. PERGAMENI. 


A. Roussel le Roy. L’abrogation de la neutralité de la Bel- 
gique. Ses causes et ses effets. Etude d'histoire diplomatique 
et de droit public international. Préface de M. A. DEFRANCE, 
ancien ambassadeur. Paris, Les Presses universitaires de 
France, 1923, in-8°, 222 p. 


Je ne puis consacrer à cet ouvrage une notice très élogieuse. 
En l’écrivant avec un sentiment de trés réelle sympathie pour 
nous, l’auteur a certes porté sur l’action de l'Allemagne à 
notre égard un jugement que tout le monde ratifiera et il a 
sincèrement défendu notre cause contre les accusations qui 
pendant la guerre et encore depuis se sont élevées à notre 
adresse des pays germaniques. Mais son œuvre, à mon avis, 
a le grave défaut d’être superficielle, incomplète, peu ori- 
ginale, insuffisamment documentée, inexacte à plusieurs 
pages, et de renouveler des erreurs historiques qu’on aurait pu 
croire oubliées à jamais. 

M. Roussel le Roy trace une histoire succincte des origines 
de notre neutralité. Pour la composer il n’a pas consulté ou il 
ignore le travail capital publié en Belgique sur cette ques- 
tion, celui de M. l’abbé De Lannoy, Les origines diploma- 
tiques de l'indépendance belge. Il y aurait vu détruire, une 
fois de plus, la légende qu’il ressuscite et qui fait de Talley- 
rand l'inventeur de notre neutralité alors qu’elle était dirigée 
contre la France et que ce diplomate la combattit autant etaussi 
longtemps qu’il le pût. [l est inexact aussi que, comme l'écrit 
l’auteur (p. 36), la neutralité intervint comme prix de l’indé- 
pendance. L'indépendance nous fut confirmée (nous l’avions 


COMPTES RENDUS 941 


proclamée nous-mêmes sans demander l'autorisation de per- 
sonne) par le protocole du 20 décembre 1830 et, à ce moment, 
la conférence ne songeait nullement à nous imposer la neu- 
tralité. Celle-ci nous fut donnée plus tard, lorsque la France, 
abandonnant sa politique primitive de désintéressement, vou- 
lut profiter de ce que les cinq puissances avaient enlevé nos 
provinces aux Pays-Bas pour tenter de se les annexer en tout 
ou en partie. Si, un mois aprés avoir vu son indépendance 
reconnue, la Belgique fut déclarée intangible, ce fut, comme 
l’a écrit M. l’abbé De Lannoy, « pour la protéger contre les 
ambitions et les désirs de conquête de sa puissante voisine ». 
La neutralité nous fut attribuée comme garantie de notre 
indépendance, elle ne servit pas à payer celle-ci. 

M. Roussel le Roy ignore beaucoup de choses de notre his- 
toire. Contrairement à ce qu’il dit (p. 38), ce ne fut pas la 
révolution française, mais la révolution brabançonne qui 
remit en usage le nom de Belgique. 

On peut s'étonner aussi de lui voir écrire (p. 44) que « la 
France éprouva de sérieuses difficultés à soutenir presque 
seule, à Londres, la cause de l’indépendance de la Belgique ». 
Que fait-il donc du rôle primordial de l’Angleterre, la seule 
puissance dont l’action dans la création du royaume de Bel- 
gique fut désintéressée? Si la France, au début de la confé- 
rence de Londres, plaida sérieusement pour notre cause, com- 
bien de fois depuis s’efforça-t-elle de la compromettre? 

11 n’était pas tout à fait exact non plus de dire qu'en 1831, 
lors de la campagne des dix jours, la France intervint en Bel- 
gique pour répondre à l’appel du roi des Belges. Cet appel fut 
adressé d’abord au roi Louis-Philippe, mais retiré ensuite. 
Malgré ce retrait, le maréchal Gérard reçut (trés heureuse- 
ment pour nous) l'ordre de pénétrer chez nous, le roi des 
Français ayant jugé cette intervention wéile aux intérêts et à 
la sureté de la France (*). L'écrivain va donc un peu loin en 
disant qu'en cette circonstance la France se fit « le soldat du 
droit ». Elle fut peut-être soldat du droit, mais elle se prêta à 
ce rôle parce qu'elle pouvait se faire en même temps soldat de 
son propre intérêt. 


(*) Lettre du maréchal Soult au maréchal Gérard. MarTINET, Léopold Fr et 
l'intervention francaise en Belgique, page 127. 


942 COMPTES RENDUS 


M. André Roussel le Roy omet d'ajouter avec quelle peine on 
obtint que les troupes françaises, dont la présence était deve- 
nue inutile en Belgique, évacuassent le pays et d'indiquer 
l’insistance que mit Louis-Philippe à tenter de faire admettre 
des détachements de ses troupes dans les forteresses belges 
élevées en 1815 contre la France. 

L'écrivain se montre assez arriéré dans la connaissance de 
notre histoire, et même dans la connaissance de l’histoire de la 
France, en qualifiant de « pseudo-projets de traité secret » le 
projet Benedetti. Pour nier la réalité de ce projet, il reproduit 
le texte d’une lettre que Napoléon IT écrivit, en 1876, au 
commencement de la guerre, au roi Léopold II pour lui pro- 
mettre de respecter le territoire belge. L’auteur ignore donc 
les aveux faits au sujet du traité Benedetti par l’ancien 
ministre Emile Ollivier dans son grand ouvrage L'Empire 
libéral, les pages écrites sur le même sujet par M. P. de la 
Gorce dans son Histoire du Second Empire, et le livre de 
M. F. Charles-Roux, Alexandre IT, Gortchakoff et Napo- 
léon IIT, livre qui, rédigé d'aprés les documents conservés au 
quai d'Orsay, montre Napoléon III allant, après avoir échoué 
prés de Bismarck, mendier à Saint-Pétersbourg près du 
prince Gortchakoff l’autorisation d’annexer la Belgique à la 
France. La lettre de Napoléon IIT à Léopold IT ne peut en rien 
infirmer les assertions de ces écrivains. Les paroles de l’em- 
pereur ne concordaient pas toujours avec ses actes. Au 
moment où il laissait ou faisait engager à Berlin les négocia- 
tions du traité Benedetti, il venait d'affirmer à M. Frére- 
Orban, chef du cabinet belge, que jamais il ne porterait 
atteinte à l'indépendance de la Belgique. Et combien de fois 
n’avait-il pas fait la même promesse aux débuts de son règne, 
au lendemain du coup d’ État? À la veille de la bataille de 
Sedan, dans un conseil de guerre présidé, si je ne me trompe, 
par l’empereur, ne fut-il pas question de faire passer l’armée 
française par la Belgique? 

Je regrette que la prétention de M. Roussel le Roy de laver 
la mémoire de Napoléon III de la tache que lui imprime le 
traité Benedetti me force à rappeler ces faits. Mais en cette 
occurrence la violation de la vérité historique était trop fla- 
grante pour la laisser passer sans la relever, 

La partie du livre de M. Roussel le Roy, dans laquelle se 


COMPTES RENDUS 943 


trouvent exposées les accusations allemandes contre la Bel- 
gique et la justification que l'Allemagne entreprit de donner 
à la violation de notre neutralité n’est pas mal conçue, mais, 
comme presque tout le livre, elle est superficielle et incom- 
plête. Elle manque aussi d'originalité, l’anteur l’a composée 
surtout d'extraits empruntés aux travaux de MM. Merignhac 
et Lemonon. 

Pour avoir de la valeur, le chapitre consacré à la prémédi- 
tation allemande devrait être complété par les données con- 
tenues dans le magistral article que M. Léon Leclére a 
consacré à « La Belgique et l'Allemagne du 26 juillet au 
4 août 1914 » dans la Revue de l'Université de Bruxelles. Les 
lecteurs de cet article auront remarqué que l’auteur innocente 
M. de Below-Saleské de l'accusation que lui adresse (p. 82) 
M. Roussel le Roy d’avoir connu dés le 1°" août les projets 
d’envahissement de la Belgique par les troupes germaniques. 
M. Roussel le Roy aurait pu faire une constatation analogue 
à celle de l’ancien recteur de l’Université de Bruxelles si, au 
lieu de citer les documents publiés par Kautsky d'aprés un 
article de journal, il avait eu recours aux documents mêmes. 
C’est encore un défaut de son ouvrage que de ne pas aller 
assez souvent aux sources premières ou bien de puiser ses 
renseignements dans des ouvrages écrits par des auteurs mal 
informés comme, par exemple, dans La Belgique et les Belges 
pendant la querre, volume publié au cours des hostilités par 
le commandant de Gerlache qui ne résidait pas alors dans 
nos provinces et qui, par conséquent, n'est pas toujours un 
interprète fidèle des faits. 

M. Roussel le Roy explique assez bien pourquoi, bien que 
non mentionnées dans le traité des XXIV articlesalors qu'elles 
l'avaient été dans celui des X VIIT articles, l'intégrité et l’in- 
violabilité du territoire étaient cependant garanties comme la 
neutralité par les cinq puissances. Mais il paraît ignorer que 
lord Palmerston avait écrit une lettre jugeant la cause. Lors- 
qu’à la fin de 1838 on craignait de voir la Belgique opposer 
une résistance armée à l'entrée des troupes de la Confédération 
germanique dans les parties cédées du Limbourg et du Luxem- 
bourg, ce ministre fit savoir à Bruxelles qu’une telle résis- 
tance serait considérée comme un acte d'agression et que les 
cinq puissances retireraient, si elle s accomplissait, la garantie 


944 COMPTES RENDUS 


qu'elles avaient donnée à l'intégrité de la Belgique dans les 
XXIV articles. Qui pouvait mieux que son principal auteur 
interpréter ce traité? M. Roussel ne cite non plus aucun des 
arguments par lesquels le baron Descamps, dans son livre sur 
La neutralité belge, a expliqué la suppression dans le traité des 
XXIV articles des mots intégrité et inviolabilite. La démon- 
stration de M. Roussel, quoique bonne, est trop succincte. I] 
aurait pu rappeler que le gouvernement allemand, dans sa 
protestation du 7 octobre 1915 contre le débarquement des 
troupes alliées à Salonique, a officiellement reconnu que lui- 
même avait violé non pas l'intégrité et l’inviolabilité de la 
Belgique mais sa neutralité, et qu'à cette occasion le même 
aveu avait été fait par des journaux allemands. Jl aurait pu 
relever aussi les singulières contradictions dans lesquelles est 
tombé le professeur de Bonn, Schulte, dans cette question de : 
neutralité et les fantaisistes considérations émises sur le 
même sujet dans un article de la Deutsche Revue par le con- 
seiller au tribunal d'empire, Wittmarck. M. Roussel le Roy 
ne dit mot non plus de la théorie de Norden contestant à la 
Belgique le droit d'invoquer l’article [®" de la Convention de 
La Haye de 1907, article qui stipulait l’inviolabilité des États 
neutres 

Je pourrais relever encore dans l’ouvrage de M. Roussel le 
Roy diverses autres lacunes et signaler plusieurs erreurs. 
Mais je ne puis allonger davantage cet article. Ce que je viens 
de dire du volume soumis à ma critique suffira, je pense, à 
justifier la manière dont je l’ai caractérisé dés le début de la 
présente notice. 

A. DE RIDDER. 


A. Springer. Handbuch der Kunstgeschichte, tome I, Das Alter- 
tum, 12° édition par Pauz Wozrers. Leipzig, Krôner, 1923, 
in-8°, 608 p. 


Il serait sans doute oiseux d’insister sur les mérites d’une 
histoire de l’art qui vient d’atteindre sa douzième édition et 
dont même la crise européenne, qui a gravement éprouvé 
l’industrie du livre, n’a point arrêté la diffusion. Ce succés 
durable d’un ouvrage devenu classique est dû avant tout au 
soin qu'ont pris les éditeurs de je faire revoir toujours par 


COMPTES RENDUS 945 


des hommes très compétents et de leur laisser toute liberté 
de le remanier à leur guise, pour le faire profiter des progres 
ininterrompus de la recherche scientifique. On peut dire que 
des modestes Bilderbogen que Springer publiait en 1879 il ne 
reste plus guëre que le nom de l’auteur. Springer n'était pas' 
archéologue, et l’histoire de l’art antique devint de plus en 
plus l’œuvre personnelle de Michaelis dans les quatre édi- 
tions successives que celui-ci en prépara de 1898 à 1910. 
Celle qui vient de paraître a de même subi une refonte com- 
plète, gràce aux soins de M. Paul Wolters. Le directeur de la 
glyptothèque de Munich a montré dans cette revision non 
seulement l’'érudition et le goût qu'on pouvait attendre d’un 
des meilleurs connaisseurs de l’art antique, mais la sobriété de 
son jugement pondéré, qui écarte les hypothèses aventureuses, 
pour ne donner, comme il convient dans un manuel, que des 
opinions solidement fondées. Il a recouru à l’aide de 
M. Schuchardt pour la préhistoire, considérée avec raison 
maintenant comme une époque artistique; pour l'Orient, à la 
collaboration de M. von Bissing qui s’est attardé surtout en 
Égypte et nous fait passer plus rapidement à travers la Méso- 
potamie, l’Asie Mineure, la Phénicie et la Perse. Mais c’est 
à la Grèce qu'est attribuée dans ce tome la part du lion, qui 
lui revenait, et en particulier l’art égéen a obtenu la place 
que lui ont conquise les découvertes merveilleuses de Crète. 
Mais à côté de la Grece, l’Italie et Rome n’ont pas été négli- 
gées et l’art provincial de l'Orient et de l’Occident est étu- 
dié comme celui de la capitale de l’Empire. 

Malgré la difliculté des temps, l'illustration est d’une 
richesse qui surprend, prés de 1,100 figures et 16 planches 
hors texte dont la moitié en couleur. L'on s’est efforcé d'y 
reproduire non seulement les grandes œuvres de l’architec- 
ture, de la sculpture et de la peinture, mais celles des arts 
mineurs : céramique, numismatique et glyptique. L'on s’est 
plu aussi à introduire dans ce manuel et à faire ainsi con- 
naître du grand public tout ce que les fouilles récentes ont 
mis au jour d'essentiel : on y trouvera la curieuse base 
d'Athènes avec les joueurs de balle à la crosse et la lutte du 
chien et du chat, l’admirable statue archaïque de déesse 
assise, probablement originaire de la Grande Grèce, acquise 
en 1915 par le musée de Berlin, le puissant Apollon étrusque 


63 


946 COMPTES RENDUS 


de terre cuite, exhumeé des ruines de Véies, même la grande 
scène de sacrifice, peinte dans un temple de Doura-Europos, 
sur l’'Euphrate et que M. Breasted a fait connaître en 1923, 
d’autres œuvres encore qu'il serait trop long d'énumérer. Ce 
n’est pas le moindre intérêt de ce livre substantiel que de 
nous apporter sur ces sculptures et ces peintures, qui ont 
encore l’attrait de la nouveauté et ne sont point définitive- 
ment classées, l’opinion réfléchie d’un archéologue d’un 
jugement aussi sûr (1). F. CuMoxr. 


G. Des Marez. La Place Royale à Bruxelles. (Genése de 
l'œuvre, sa conception et ses auteurs; Bruxelles, 1923, 
in-4°, 224 pages (Mémoires de l'Académie Royale de Belt- 
gique, classe des Beaux-Arts). 


Le livre de M. Des Marez dépasse le cadre de l'archéologie: 
c'est une étude d'histoire urbaine. L'auteur s’est proposé, 
moins l’examen minutieux du détail des constructions, que. 
l'exposé de la formation de la place Royale, élément essentiel 
du quartier que le xvirr*siécle a vu se développer dans le haut 
de la ville de Bruxelles. 

C'est en 1769, à la suite d’une initiative du duc d’'Ursel, 
gouverneur militaire, que naît l’idée de transformer en une 
esplanade, l'ancienne « Place des Baïlles » qui régne devant 
les ruines du Palais incendié en 1731. L'idée se précise, se 
rattache à celle de l'établissement du Parc et le 2 juillet 1776 
des lettres patentes de Marie-Thérèse réglent l’exécution d'une 
convention conclue entre le gouvernement et la ville pour la 
création de la place Royale 

La place devait être établie suivant un plan unique et pré- 
senter la grandeur et la symétrie qui sont propres aux construc- 
tions classiques et monarchiques du xvui* siècle. Dans les 
projets envoyés à Paris pour être soumis à des artistesinvités à 





(t) La statue drapée de Berlin posant le pied gauche sur une tortue (restau- 
rée) et dont Kekulé a montré l’aflinité avec les figures du Parthénon, est rat- 
tachée par M. Wolters à l’Aphrodite Ourania de Phidias. Mais des répliques, 
découvertes depuis, de l’Aphrodite à la tortue ne permettent pas de souscrire 
sans réserve à ce jugement. CÎ. ScHoger, Jahresh. Oesterr. Instituts, 
XXI-XXII, p. 222 s. Le marbre de Sâlihiyeh dont il est question dans cet article 
paraîtra bientôt dans les Monuments Piot. 


2 


COMPTES RENDUS 947 


dresser des plans, le gouvernement prenait soin d'indiquer que 
« le plan devrait être beau par une simplicité régulière »(p.21). 

M. Des Marez étudie le rôle de chacun des architectes dans 
la création de la place Royale. C'est Barré, un Français, quisort 
le plus grandi de ces recherches. Car c’est à lui — la chose ne 
doit plus être mise en doute désormais — que revient le mérite 
des plans généraux, notamment du grand plan en élévation 
des façades entourant la place. Il est aussi l’auteur de trois 
projets successifs pour Saint-Jacques de Caudenberg. Le 
deuxième projet de façade qu’il présente pour cette église 
(planche 11) alliait le plus heureusement l'harmonie à 14 
majesté. 

Guimard, encore un Français, eut le mérite d'établir les 
plans d'exécution de toutes les façades et ceux de quatre por- 
tiques fermant la place vers l'extérieur. De plus il fut le véri- 
table conducteur des travaux depuis 1775. C’est malheureuse- 
ment à lui, pense M. Des Marez, que l’on doit les modifications 
malencontreuses des projets de Barré pour la facade de Saint- 
Jacques. Ces projets prévoyaient deux volées d’escaliers, sépa- 
rées par un palier supportant quatre colonnes sur lesquelles 
devaient reposer le fronton ; Guimard supprima le palier. La 
conséquence fut le report en arrière des colonnes, supportées 
par des piédestaux trop élevés et trop rapprochées du fond de 
la facade sur laquelle le péristyle ne se détache plus, 

M. Des Marez consacre ensuite quelques pages au rôle des 
architectes Montoyer et Fisco. 

Le dernier chapitre du mémoire n’est pas le moins intéres- 
sant. On y voit quece ensemble de constructions put être 
réalisé « sans qu'il en ait coûté un sou aux finances de Sa 
Majesté >. Quelques particuliers, les abbayes de Caudenberg 
el deGrimberghe, la riche Corporation des brasseurs, ainsi que 
la Loterie Impériale et Royale (Lotto) se chargérent de l’éta- 
blissement des divers pavillons, les uns librement, les autres — 
notamment les abbayes — sous la pression du gouvernement. 
Ce fut, d’ailleurs, pour tous une trés mauvaise affaire. 

L’exposé de M. Des Marez a une triste fin : le relevé de toutes 
les atteintes qui, au mépris de la loi, ont été portées au xIx° et 
surtout au xx° siécle à l'unité de la place Royale, grâce à la 
veulerie des autorités. 

Avec infiniment de raison, M. Des Marez, a publié en annexe 


948 COMPTES RENDUS 


à son mémoire les principales pièces des dossiers qui ont été 
formés lors de la construction de la place. Elles proviennent 
presque toutes des Archives Générales du Royaume et princi- 
palement du fonds « Création de la Place Royale et du Parc ». 

L'auteur a trés justement rattaché l'établissement au 
xviIe siècle des quartiers classiques de Bruxelles, au grand 
mouvement de larchitecture classique du xvir et du 
xvuI° siècle, en Europe. Parmi les ensembles dont la place 
Royale de Bruxelles peut le plus justement être rapprochée, 
nous aurions cité de préférence à tout autre, la Place Royale 
de Reims. | 

Ce que nous en avons dit suflira, croyons nous, pour faire 
saisir au lecteur tout l'intérêt du livre de M. Des Marez. Il est 
à peine besoin d’ajouter que l'on y retrouve jusque dans les 
moindre détails l'esprit critique et l’érudition qui distinguent 
tous les ouvrages de l’auteur. Le volume est illustré de trés 
belles planches exécutées avec le plus grand soin. 


FRANGoIs-L. GANSHOF. 


CHRONIQUE 


75. — Société pour le Progrès des Études Philologiques 
et Historiques. 


SÉANCES DU DIMANCHE 9 NOVEMBRE 1924. 


Les procès-verbaux des sections de Philologie classique, 
romane et germanique ne nous étant point parvenus en temps 
utile, ils paraîtront dans le numéro suivant. 


Section de philologie classique et romane. 


1. M. G. CHARLER (Bruxelles) : Voltaire à Francfort d'après des 
lettres inédites. 

2. M. L. HERRMANN (Amsterdam) : À propos des tragédies de 
Sénèque. 

3. M. P. GRAINDOR (Gand) : À propos d’une inscription d'Eleusis. 

4, M. A: VINCENT (Bruxelles) : Les diminutifs de noms propres de 
cours d’eau. 

5. M. O. GROJEAN (Bruxelles) : Quelques lettres inédiles de Renan. 


Section de philologie germanique. 


1. M. P. GEssLerR (Hasselt) : Tongersche Refereinen uit de 
X VI° eeuw. 
2. M.J. Durpoxr (Bruxelles) : L'énigme d'Homunculus. 


Section d'Histoire. 


La séance est ouverte à 10 h. 30, sous la présidence de 
M. H. Van der Linden (Liége). Secrétaire : M. KF. L. Ganshof 
(Gand). 

1. M. L. VaAx per Essen (Louvain): Notre nom national. 

A partir du règne de Charles-Quint, le terme « Pays-Bas » est 
devenu d'usage général pour désigner notre pays: C'est le mot 
dont se servent presque toujours les documents officiels. 

Le mot « Flandre » {ital. Fiandra) est employé de préférence à 
tout autre au xvi* et au xvii siècle, par les etrangers et surtout 
par les Italiens. On le remarque dans les œuvres des écrivains 
(Guichardin, Strada, ete ) et dans les pièces officielles, notam- 
ment dans les actes émanant de la chancellerie pontificale. Il 


950 CHRONIQUE 


s'applique aux XVII Provinces, même après la séparation, voire 
même aux seules Provinces du Nord; ce n’est qu'à la fin du 
xvu® siècle qu’il est dans cette dernière acception remplacé le plus 
souvent par « Olanda ». 

Quant au mot « Bourgogne », les souverains ne l’emploient 
guère. C’est un terme essentiellement populaire; il apparaît 
quelquefois au xvi* siècle comme appel d'alarme ou cri de rassem- 
blement. Mais il n’a pas la portée anti-française que Kurth a cru 
lui découvrir. 

MM. Carnoy (Louvain), De Ridder (Bruxelles), Pirenne (Gand) 
et le R. P. Willaert S. J. (Namur) présentent quelques observa- 
tions. 

2. M. P. BoxENFANT (Bruxelles) : La terminologie des actes ofji- 
ciels sous Marie-Thérèse. 

Seuls ont droit au nom d'ordonnances ou d’édits, les actes du 
pouvoir public ayant un caractère de mesure législative, ayant 
par conséquent fait l’objet d’une publication (Sur le caractère de 
mesure législative, cfr. Pasicrisie, Cassation, 24 juin 1847). Le 
terme de lettres patentes ne vise que la forme. 

Les actes du pouvoir public, autres que les ordonnances n’ont 
que le caractère de mesures administratives : ce sont les 
« lettres », « dépèches », « décrets » (communications du gouver- 
neur général au ministre plénipotentiaire et aux conseils collaté- 
raux), «royales dépèches », «relations », « rapports » et « con- 
sultes ». 

MM. De Ridder (Bruxelles) et Huisman ere présentent 
quelques observations. 

3. M. J. VANNERUS (Bruxelles) : À propos de la Ro linguis- 
tique. 

Aux observations de MM. H. Van der Linden (Rev. belge de 
Phil. et d'Hist., t. IX. p. 203 et suiv.) et Van Houtte (Zbid., t.1IIT, 
p. 116 et suiv.), M. Vannerus ajoute les remarques suivantes : 

La ligne indiquée par M. Van Houtte coïncide à peu près avec 
les noms en castra (mont de Castre, Caster, Castre, camp romain 
d’Assche, Chastre, etc.), ce qui indique une ligne de défense. 

Les forêts n’ont arrêté aucune invasion; par contre, elles 
peuvent avoir constitué un obstacle à une colonisation (Forêt de 
la Nieppe, Forêt Charbonnière, Forêt d’'Ardenne, en bordure sur 
des parties de la frontière linguistique). 

Les routes ont dû jouer un grand rôle, à raison de leur impor- 
tance stratégique et de la nécessité de les protéger. La ligne for- 
tifiée des hauteurs tenue de 259 à 406, et qui a marqué la frontière 
lhnguistique couvre la route Boulogne-Cassel-Wervica-Tournai 
et, en partie, la route de Bavai à Gand. 





| 
É 
| 


CHRONIQUE 951 


Enfin, facteur essentiel, la densité de la population gallo- 
romaine était trop forte au sud de la ligne qui a marqué plus tard 
la frontière linguistique, pour permettre une colonisation germa- 
nique. Il n’y avait place que pour une Herrensiedlung. La com- 
paraison avec l'Alsace et la Lorraine justifie l'importance des 
facteurs route et densité. 

Mre Vincent (Bruxelles), MM. Carnoy (Louvain), Des Marez 
(Bruxelles), Pirenne (Gand) et Van der Essen (Louvain) pré- 
sentent quelques observations. 

4. M. E. FarroN (Liége) : Les donations de forêts aux X®° et 

XIe siècles. 

La communication aura lieu à la séance de mai 1925. L'auteur 
se borne à exposer sa thèse : les donations de forêts n’ont aucune 
importance au point de vue de la formation territoriale des prin- 
cipautés. Elles en ont beaucoup en ce qui concerne l’origine des 
droits d'usage, la protection contre les excès de la chasse et la 
colonisation. Presque toutes ont pour objet des fonds situés à 
l’est de la Meuse et la plupart sont faites à des princes d'église. 

La séance est levée à 1 heure. 


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE. 
(A 14 1/2 heures.) 


ed 


. Rapport des secrétaires sur les séances des sections. 

. M. H. GRÉGOIRE (Bruxelles) : Du nouveau sur « Iphigénie en 
Tauride ». 

3. M. J. GEssLreRr (Hasselt) : Un nouvel instrument de travail. 

. Communications diverses. 


[ae] 


+ 


76. — Thèses pour le doctorat en Philosophie et Lettres. 


Année académique 1923-1924. 


UNIVERSITÉ DE GAND. 
GRADES LÉGAUX. 
Groupe B. — Histoire. 


DEPT, GASTON. — La politique française et la politique anglaise 
en Flandre au début du x1° siècle. 

BouRGUIGNON, EpMoNp. — Exposé historique et statistique de 
l’ancien ne industrie du fer dans le pays de Luxembourg. 

DE VUYSDERE, MAURICE, — Histoire de la tyrannie dans la Tolrteia 
‘Aünvaiwv d’Aristote. 


952 CHRONIQUE 


Groupe C. — Philologie classique. 

VAX POTTELBERGH, ROBERT. — La vie d’Antisthène, par Diogène 
Laërce. (Édition critique, accompagnée d’une introduction et 
d’une traduction française.) 

VAN DEYCK, CAMILLE. — La vie d'Aristippe, par Diogène Laërce. 
(Édition critique, accompagnée d’une introduction et d’une tra- 
duction française.) 

Groupe D. — Philologie germanique. 

Mie CIETERS, PAULA. — Verhandeling over Prudens van Duyse en 

zijn werke. 


DEBAIVE, CHARLES. — Daniel Heinsius. 

VAN GOETHEM, LÉO. — Het proza in de vlaamsche letterkunde 
van 1830 tot 1890. 

DELFOSSE, GHISLAIN. — Heinrich Mann. 

DELFOSSE, LÉONCE. — H. G. Wells. 


UNIVERSITÉ DE LIÉGE. 
GRADES LÉGAUX. 
Groupe A. — Philosophie. 


NiHARD, RENÉ. — Etude des sources de la théorie de la justice 
dans la philosophie morale de saint Thomas d'Aquin. 


Groupe B. — Yistoire. 
HARSIN, PAUL. — La politique extérieure de la principauté de 
Liége, du xv° au xvu" siècle. 





Groupe C. — Philologie classique. 
BLONDEAUX, MARCEL. Histoire de la Legio Octava Augusta. 
GExicOT, HENRI. — Les Belges dans l’armée romaine. 
HuBin, RENÉ. — Le culte du Genius. 
SERVAIS, MARCEL. — L\1 langue de Virgile dans les Bucoliques et 
les Géorgiques. 
XHAUFFLAIRE, PIERRE. — La langue d’Horace dans les Satires et 
les Épitres. 
Groupe D. — Philologie romane. 
CouLÉE, PROSPER. — La pécheresse Marie-Madeleine dans les 
textes médiévaux de la Gaule romane. 
GERARD, ANDRÉ. — Un romancier du xvin* siècle, Robert-Martin 
Lesuire. | 
GRAMME, ROBERT. — Mme de Stainlein (1826-1908). Sa vie et son 
œuvre. 
RiGaAux, MARCEL. — La vie et l’œuvre du baron de Walef. 


RANSCELO'T, JEAN. — Le déclin de la poésie au début du xvrr siècle. 


CHRONIQUE 953 


SERVAIS, Josepn. — L'imitation de Virgile chez les principaux 
poètes du moyen âge (du vie au 1x° siècle). 
THiRY, PAUL. — La langue de Jean d'Outremeuse. 


Groupe E. — Philologie germanique. 


VANDERVEIKEN, ROBERT. — De techniek van den humor bij Jean 
Paul. 


UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES. 
Groupe A. — Philosophie. 


Corxir,, PAUL. — [a genèse de la pensée (Guyau.. 
Mie GRESSET, JEANNE. — Durand (de Gros). 
Groupe B. — Histoire 

BaAïLLION, FERNAND. — La corporation des monnayeurs du xIH° au 
xvirie siècle. 

LAURENT, HENRI. — Histoire du Brabant sous la branche cadette 
de la maison de Bourgogne (I. Le règne d'Antoine de Bour- 
gogne). 

JACQUEMYNS, GUILLAUME. — Essai sur la crise industrielle et agri- 
cole et le paupérisme en Flandre de 1845 à 1850. 

Groupe C. — Philolog'ie classique. 

Mie MesourE, MARCELLE. — Étude sur le Panégyrique de Théodose 
par Pacatus. 

M'e L’Horr, OZELNE. -- Les Vies d'Homère. 

PEETERS, Fécix. — Contribution à l'étude de la tradition manu- 
scrite des Fastes d’'Ovide. 

HANTON, EDGARD — Lexique raisonné du recueil d'inscriptions 
grecques chrétiennes d'Asie Mineure. 

M'e FRÉSON, CÉciLE. — Le problème de l’authenticité du Rhésus. 

ABEL, ARMAND. — Étude sur l'inscription d'Abercius. 

Mie ToNDEUR, ANKE-MARIE. — Le paganisme et le christianisme 
chez Ammien Marcellin. 

Mie DELPIERRE. MARIE-J OSÈPHE. — Édition du Cyclope d'Euripide. 

Groupe D. — Philologie romane. 

Mie Noucer, Emi. — Léon Diercx. 

M'e SCHURMAXS, THÉODORA. — Bjoern et la France. 

VAN WELKENHUIZEN, GUSTAVE. — Le naturalisme en Belgique. 

Groupe E. — Philologie germanique. 
VERVAECKE, Louis. — Marnix taal. 
JUXG, WERNER. — The knowledge of Shakespeare on the conti- 


nent in the xviut century. 
Mie VAN EEK, FRANCGINE. — Jan David Heemssen 1580-1644. 


954 CHRONIQUE 


Me HEYMAN, MADELEINE (Me Hegenscheidt). — Guido Gezelle en 
de Engelsche letterkunde (grade scientifique). 

AMy, RENÉ. — Essai sur les idées de G. K. Chesterton (grade 
scientifique). 


UNIVERSITÉ DE LOUVAIN. 


1. — GRADES LÉGAUX. 
(Doctorat en Philosophie et Lettres ) 


Groupe À. — Philosophie. | 


DE MUNTER, JosEPpH. — Studie over het kalonbegrip en het zede- 
lijkheidsvraagstuk bij Aristoteles. 


Groupe B. — Histoire. 


CAMERLINCKX, FRANÇOIS. — De visitatio van de Leuvensche 
Hoogeschoo!l door de aartshertogen Albert en Isabella in 1617. 

WizLocx, FERNAND. — L'introduction des décrets du concile de 
Trente dans les Pays-Bas et dans la principauté de Liége. 

DEXNIL, Josepx. — De liefdadigheid te Thienen. 

Groupe C. — Philologie classique. 

VAX KEERBERGHEN, FLORENT. — L'idée de gloire dans les œuvres 
philosophiques de Cicéron. 

DErMoT, PHixiPpre. — L'idée de Dieu dans Sénèque. 

Me DE CREEFT, AUGUSTA. — La vie économique de Cicéron. 

HaAxCHARD, HENRI. — La praefectura castrorum et la praefectura 
legionis. 

O’CoxNoR, JAMES. — Le concept orator dans l’Institutio oratoria 
de Quintilien. 

Groupe D. — Philologie romane. 

GUILLAUME, PIERRE. — L’« Arte para servir à Dios » et son 
influence sur sainte Thérèse. 

NOTHOMB, JACQUES. — Contribution à l’étude des sources de la 
Chronique rimée de Philippe Mousket. 

DE CoxiIxXCK, JOsEPH. — La littérature politique pendant la Révo- 
lution brabançonne. 

DEXxISs, JEAN. — Le roman mauresque en Espagne et en France. 

GRoOULT, PIERRE. — Les mystiques des Pays-Bas et la littérature 
espagnole du xvit siècle. 


xroupe E. — Philologie germanique. 
VAN ESsscne, FIRMIN. — Sir Anthony Hope Hawkins, zijn leven 


en zijne werken. 
VAN LANGENDONCK, Emire. — Balthazar Wils, zijn leven en zijne 


CHRONIQUE 955 


werken. Bijdrage tot de geschiedenis van het tooneel te Ant- 
werpen in de XvII° eeuw. 


THEUNEN, JosSEPH. — Het vocalisme in de Le en VII Bliscap van 
Maria 
DE REGGE, MAURICE. — De tendenz in de nederlandsche Reforma- 


tie-romans van MY Bosboom-loussaint. Eene bijdrage tot haar 
romantechniek. 


PEREMANS, JOSEPH. — J. A. Van Droogenbroeck, zijn leven en 
zijne werken. 

WiLLEMS, Vicror. — Schets van de heropbloei van het modern 
Engelsch tooneel rond 1880. 

SCIOT, ARMAND. — Het dialekt van Attenrode-Wever. 

DE Vos, ANDRIES. —- Over het wezen en de beteekenis van het 
komische. 

VAN DE CRuYS, Loüis. — Wilhelm Raabe en zijn werk. 

DRIESKENS, ha — Het dialekt van Bocholt. 

MaATTHYS, AUGUSTE. — Klankleer van het dialekt van Sint- 
Truiden. 

Van HAvER, ÉMILE. — Het dialekt van Sint-Niklaes. 

II. — GRADES ACADÉMIQUES. 


(Doctorat en Philologie germanique.) 


Mie DE LAET, CHRisTinE. — Lady Georgiana Fullerton (1812-1885); 
haar leven en haar werken. 


Mie QUINTYN, JULIA. — Albertine Steenhoff-s Smulders, dichteres 
en prozaschrijister. 
Mie VAN ROoSBROECK, MARIE. — Otto Ernst Schmidt, zijn leven 


en zijn werken. 


77 — Jury pour la collation des Bourses de voyage. 
Grades scientifiques.) 


Le jury pour la collation des bourses de voyage (grades scien- 
tifiques) a donné son jugement le 23 décembre. Ont été proclamés 
lauréats : 

1. L'abbé Coppens, Le rite de l'imposition des mains (thèse 
manuscrite); 

2. Le KR. P. Van der Schelden, $S. J., L'Histoire de la Franc- 
Maçonnerie belge sous le régime autrichien. (Ouvrage paru dans 
le Recueil des travaux de la Faculté de philosophie et lettres de 
l’Université de Louvain et dont la Revue rendra compte prochaïi- 
nement.) 


956 CHRONIQUE 


78. — Prix Emile Bouchet (Dunkerque). 


Afin de décerner le Prix quinquennal Emile Bouchet, d’une 
valeur de 1,000 francs. destiné à récompenser un ouvrage relatif 
à Dunkerque ou à son arrondissement, la Société dunkerquoise 
pour l'Encouragement des Sciences, des Lettres et des Arts ouvre 
un concours dont le règlement est résumé ci-dessous. 

Seront admis à concourir pour le prix les ouvrages manuscrits 
et les ouvrages imprimés parus dans les cinq dernières années, et 
traitant uniquement de questions locales, c’est à-dire relatives à 
Dunkerque et à son arrondissement, comprises dans le cadre 
suivant : l. Histoire politique, militaire ou maritime; 2. Biogra- 
phie: 3, Histoire religieuse: 4. Histoire des mœurs, coutumes et 
instilutions ; 5. Histoire industrielle, économique et commerciale ; 
6. Histoire de villes et villages; 7. Linguistique; 8. Histoire litté- 
raire ; 9. Travaux d’érudition. 

L'envoi des ouvrages devra être fait au plus tard le 15 dé- 
cembre 1925. Les auteurs devront personnellement faire con- 
naître par écrit leur intention de concourir en adressant, en 
double exemplaire, leurs travaux manuscrits ou imprimés à 
M. le D' Duriau, président de la Société Dunkerquoise, 20, rue 
Royer, à Dunkerque. Le jugement du concours sera effectué par 
une commission nommée par les soins du Comité de la Société. Le 
résultat du concours sera proclamé dans le courant du mois de 
janvier 1926. En cas où aucun travail ne serait jugé digne de 
recevoir le prix, le concours serait prorogé de cinq ans et le mon- 
tant du prix quinquennal suivant serait doublé. 11 sera répondu 
à toute demande d’explications complémentaires adressée à la 
secrétaire de la Société, 26, rue Thiers. à Dunkerque. 


79. — Archives du Royaume. — Bibliothèque 


La Guildhall Library de Londres a fait parvenir gracieusement, 
aux Archives générales du Royaume, la série des Calendar of 
Letter Books, preserved among the Archives of the Corporation of 
the city of London, edited by Reginald R. Sharpe. 

Elle comprend onze volumes publiés de 1899 à 1912, renfermant 
de précieux renseignements sur les relations commerciales entre 
la Flandre et l'Angleterre, de 1275 à 1497. 

Par la même occasion, il me paraît utile d'attirer l'attention 
des historiens, sur la collection presque complète des publications 
du Record Office à Londres, unique en Belgique, qui Ph à la 
bibliothèque des Archives générales. 

MN: 


CHRONIQUE 957 


80. — Bibliothèque royale de Belgique. 
Cabinet des Médailles. 


Grâce à la collaboration de l’État et de la Fondation Universi- 
taire, dont on ne saurait trop approuver les fécondes initiatives 
en matière scientifique, la collection de monnaies belges de M le 
vicomte B. de Jonghe vient d'entrer au Cabinet des Médailles de 
la Bibliothèque royale de Belgique. C’est un enrichissement d'une 
valeur inappréciable pour les collections nationales. 

Depuis 1865, M. le vicomte B. de Jonghe s'est appliqué à réunir 
toutes les monnaies des anciennes principautés et seigneuries de 
notre pays qui paraissaient dans les ventes tant en Belgique qu’à 
l'étranger. Sa collection se répartit de la manière suivante : 


Monnaies gauloises, 353; Tournai, 124 ; 
Mérovingiennes, 121 : Namur, 255; 
Carolingiennes, 155 ; Luxembourg, 281 : 
Empereurs de Saxe et de Fran-  Liége, 691: 

conie, 25; Seigneuriales, 1156; 
Brabant, 1,719; Obsidionales. 111: 
Flandre, 650: Indéterminées, 200. 


Hainaut, 222 : 

Soit en tout plus de 6,000 monnaies. 

M. le vicomte B. de Jonghe possédait une multitude de pièces 
uniques ou excessivement rares. Citons, en outre, toute une série 
de pieds-forts, d'exemplaires de poids fort (les dickpenningen que 
recevaient les conseillers-maitres du Conseil des Finances et de 
la Chambre des Comptes lorsqu'on faisait une nouvelle monnaie), 
et de frappes sur or de monnaies d'argent, pièces de plaisir exé- 
cutées pour le souverain. 

Par suite de cet apport d’une importance capitale pour l’étude 
du passé économique du pays, le Cabinet des Médailles se trouve 
en possession du matériel scientifique indispensable à la rédac- 
tion d’une histoire monétaire de la Belgique. Ce matériel faisait 
défaut jusqu’à ce jour. VA 


81. — Mélanges Franz Bulic. 


La maison Narodne Novine, de Zagreb (Agram), Yougoslavie, 
vient de mettre en circulation le volume intitulé Strena Buliciana, 
et composé en l’honneur de M. Franz Bulié, conservateur du 
Musée archéologique de Split (Spalato\, correspondant de l’Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, à l’occasion de son 
75° anniversaire (1 vol. gr. in-4°, 750 p.. portr., 18 pl., 175 fig. 
dans le texte, vignettes d’après les objets des musées de Zagreb 


958 CHRONIQUE 


(Agram), Split (Spalato) et Knin). Les articles en langues slaves 
sont accompagnés d’un résumé en français. Voici la table des 
matières du volume : 

HOFFILLER, VIKTOR, Prehistorijske Zare iz Velike Gorice kraj 
Zagreba (tabla 1). — Urnes funéraires trouvées à Velika Goritsa 
près de Zagreb : forme inconnue jusqu'à ce jour. 1. 

KAZAROW, GAWRIL I., Vorgeschichtliches aus Makedonien 9, 

HEBERDEY, RuDOLF, Zur Entstehungsgeschichte des griechischen 
Hochreliefs. 13. 

PRASCHNIKER, CAMILLO, Zum Friese des Tempels der Athena Nike 
(Tafel IT). 19. 

SITTE, HEINKkICH, Aphroditekôüpfchen aus Halikarnass (Tafel III). 
27. 

SCHOBER, ARNOLD, Zur pergamenischen Marsyasgruppe. 31. 

BIENKOWSKI, PioTr. Ueber Fragmente eines Frieses in Mantua 
und in Rom (Tafel IV). 35. 

SCHMID, WALTER. Torso einer Kaïiserstatue (Tafel V). 45. 

DREXxEL, FRIEDRICH, Rômische Paraderüstung. 55. 

LôwY, EMMANUEL, Appollodor und die Reliefs der Trajanssäule. 73. 

WEIGAND, EpMuND, Die Stellung Dalmatiens in der rômischen 
Reichskunst (Tafel VI-X). 77. 

HEKLER, ANTON, Kunst und Kultur Pannoniens in ihren Haupt- 
stromungen. 107. 

WEILBACH, JFREDERIK, Zur Rekonstruktion des Diocletians- 
Palastes. 119. 

BERSA, Josip, Starinska staklena sisaljka za dojilje. — Tube de 
verre servant à l'allaitement (antique). 127. 

GXNIRS, ANTON, Beispiele der antiken Wasserversorgung aus dem 
istrischen Karstlande. 129. 

SKRABAR, VIKTOR, Das Mithraeum bei Modrit am Bachergebirge. 
TR | 

MICHON, ETIENNE, Miroirs et non custodes eucharistiques. 161. 

WILHELM, ADOLF, Ein Epigramm aus Thermon. 167. 

ZINGERLE, JOSEF, Zu griechischen Reinheïitsvorschriften. 171. 

HULSEN, CHRISTIAN, Zum Kalender der Arvalbrüder : Das Datum 
der Schlacht bei Philippi. 193. 

CAGNAT, RExÉ, Remarques sur une particularité onomastique 
dans l’épigraphie latine d'Afrique. 199. 

v. PREMERSTEIN, ANTON, Bevorrechtete Gemeinden Liburniens in 
den Städtelisten des Plinius. 203. 

KüBITSCHEK, WiLHELM, Dalmatinische Notizen. 209. 

ABRAMIC, Miovir,, Militaria Burnensia. 22]. 

Parsca, KArr. Zur Geschichte von Sirmium. 229. 

GRGIN, ANTUN, Tri nadgrobna spomenika iz Potravlja u Dal- 





CHRONIQUE 959 


maci]ji. — Trois stèles funéraires romaines de Potravwlie en Dal- 
malie. 233. 

Vurié, N., La frontière septentrionale de l’ancienne Macédoine 
(en russe). 237. 

SARIA, BALDUIN, Zur Geschichte der Provinz Dacien. 249. 

GROAG, EDMUND, Zur Aemterlaufbahn der nobiles in der Kaïser- 
zeit. 253. 

STEIN, ARTHUR, Zu Lukians Alexandros. 257. 

VEITH, GEORG, Zu den Käimpfen der Caesarianer in Ilyrien. 267. 

STUK, Niko, Insula Tauris Stedro ili Sipan? — l\tletdeTanris;, 
est-elle Séedro (Torcola) ou Sipan (Giuppana)? 275. | 

KRETSCOHMER, PAUL, Latein. (« agaso » und « equiso ». 279. 

AUDOLLENT, AUGUSTE, Iterum « refrigerare ». 283. 

SKOK, PETAR, Francisco Bulicio ob honorem. 287. 

WiLpERT, JOsEr, Alte Kopie der Statue von Paneas. 295. 

SAUER, JOsEr, Das Aufkommen des bärtigen Christustypus in der 
frühchristlichen Kunst. 303 

SCHUL1ZE, VicTor Christus in der frühchristlichen Kunst. 351. 

BECKER, Ericu, Einzug Jesu in Jerusalem. 337. 

MANTUANI, JOS1P, Paulinische Studien. 345. 

KEiz, Joser, Johannes von Ephesus und Polykarpos von 
Smyrna. 367. 

BATIFFOL, PIERRE, Secreta. 373. 

DELEHAYE, HIPPOLYTE. Servus servorum Dei. 377. 

EGGERr, Ruporr, Die Basilika von Manastirine und ihre Grün- 
der. 379. 

Kovatië, FRaAw, Petovij in Celeja v starokrËtanski dobi. — Poe- 
tovio et Celeia aux débuts de l’époque chrétienne. 387. 

NETZHAMMER, RAyMunD, Die altchristliche Kirchenprovinz Sky- 
thien (Tomis) 397. 

ZEILLER. JACQUES, Anciens monuments chrétiens des provinces 
danubiennes de l'empire romain. 413. 

JOHANN, GEORG, Herzog zu Sachsen, Neue Beiträge zur Ver- 
ehrung und Ikonographie des HI. Spyridon. 417. 

Mori, D. GERMAIX, A-t-on retrouvé Stridon le lieu natal de saint 
Jérôme? 421. 

ORsI, PAOLO, Scolture bizantine della Sicilia. 433. 

Diexr, CHARLES, L’étoffe byzantine du reliquaire de Charle- 
magne. 441. 

Vasit, M., L'église de la Sainte-Croix à Nin (Dalmatie) (en russe). 
449. 

KARAMAN, LJuBo, O datiranju dvaju sredovjeénih relijefa na 
stolnoj crkvi i zvoniku sv. Duje u Splitu. — Date de deux bas- 
reliefs du moyen âge de la cathédrale de Split. 457. 





960 CHRONIQUE 


Kor.ENDIC, P., Bonin de Milan àa-t-il pris part à la construction de 
la cathédrale de Sibenik? (En russe.) 467. 

PEeTKkOVIC, V., Sur quelques motifs antiques dans les fresques 
serbes médiévales (en russe) 471. 

STELE, FRANCE, Gotsko stensko slikarstvo na Kranjskem. — La 
peinture murale gothique en Carniole. 477. 

DREXLER, CARLANTONIO, Esempio d’un tardo arcaismo romano nel 
Goriziano (tavola XI). 493. 

TKALCIE, VLADIMIR. Pacifikal biskupa Luke u riznici zagrebatkog 
kaptola. — Une paix de l'évêque Luc dans le Trésor de la cathé- 
drale de Zagreb. 495. 

Jurté, O. FRANo, Glavni oltar u franjevatkoj crkvi sv. Klare u 
Kotoru (tabla X11). — Le maître-autel de l'église franciscaine 
à Kotor (Dalmatie). 503. 

STRZYGOWSKI. JOSEF, Die Stellung des Balkans in der Kunst- 
forschung: 507. 

HAUPTMANN, LJUDpMIr, Prihod Hrvatov. — L'établissement des 
Croates sur les terres qu'ils habitent aujourd’hui. 515. 

Novak, Viktor, Dva splitska falsifikata x11. stoljeca (table XIII- 
XV). — Deux faux (chartes) du XII° siècle à Split. 541. 

PEROJEVIC, MARKO, Natpis Ljubimira tepdzije i crkva sv. Petra 


od Klobucca. — L'inscription de Liubimir tepzi et son lien avec 
l'église de Saint-Pierre de Klobucac. 571. 
SISIC, FERDO, O sredovjeénom hrvatskom gradu Labu. — Lab, 


ville croate du moyen âge 571. 

GRUBER, DANE, Ne$to o banu Mladenu II.i njegovoj perodici. — 
Le Ban Mladen II et sa famille. 587. 

Bizzi1i. P., Nationalité et droit de cité dans la commune médié- 
vale (en russe). 591. 

Cvaerkovié, BoZo, Dubrovnik i Petar Veliki. — Les rapports de 
Raguse avec Pierre le Grand. 595. 

NaGy, Josip, I1z korespondencije nadbiskupa Garanjina. — 
Témoignages historiques extraits de la correspondance de 
l'archevêque Garanyine. 605. 

Marié, Tomo, Jerolim Kavanjin o prilikama svojega doba. — 
Réflexions de Jérôme Kavan yine (poète de Split) sur la politique 
et les mœurs de son temps. 613. 

ILESIC, FRAN, Slovenski pjesnik Valentin Vodnik i Napoleonov 
katekizam. — Valentin Vodnik, poète slovène, et le cathéchisme 
napoléonien. 625. 

SzaBo, Duro, Zadatak znanosti za na$u sada$njost i buduénost. 
— La mission de la science dans le présent et l'avenir de la You- 
goslavie. 633. 

OBERHUMMER, EUGEN, Eine Rômerstrasse im Ennstal. 639. 


CHRONIQUE 961 


Juras, Ivo, O obliku i poloZaju naselja u KaStelima i Donjim 
Poljicama. — Formes et méthodes de colonisation à Kañ$tela et 
Donja Polyitsa (Dalmatie). 643. 

HaumanT, Emire, La constitution géographique de la Yougo- 
slavie. 647. 

Novak, GRGO, Dim(os) i Herakleia. — Sur l'emplacement de 
Dim(os) et Hérakleia (Dalmatie). 655. 

Ramsay, WiLLiaM Mircuerx, Epigrams and coins of Phrygian 
Cities. 659. 

RuzicKA, LEON, Zwei Statuen des Praxiteles auf Münzen von 
Ulpia Pautalia (Tafel XVI). 667. 


BruNSmip, Josip, Novei gepidskoga kralja Kunimunda. — Mon- 
naie de Counimounde, roi des Gépides. 671. 
STRATIMIROVIC, DORDE, Starinski grb u Koréuli. — Armoiries 


anciennes à Korcula. 675. 

RESETAR, MILAN, Ugarsko-dubrovacki talir Marije Terezije. — 
Un écu hongaro-ragusain de l’'impératrice Marie-Thérèse. 677. 
STOCKERT, CARLO, Tre medaglie inedite della Dalmazia e dell’ 

Istria (Tav. XVII) 681. 

Murko, Maria, Gusle i tamburica sa dvije strune. — Les instru- 
ments musicaux yYougoslaves, la ( guzla » et la tamburitsa à 
deux cordes. 683. 

SiLOvI6, SLADE R., Steëci u okolici Trogira.— Sur les pierres tumu- 
laires des vieux slaves aux environs de Trogir (Dalmatie). 689. 

TrosANoOvIC, SIMA, Maske u naSega naroda. — Les masques chez 
les Yougoslaves. 695. 

IvaniSevic, FRaxo, Poljica i glagolica. L'emploi du glagolitique 
dans la commune de Polyitsa (Dalmatie). 701. 


ZANINOVIÉ, O. ANTONIN. Jedno pismo Rudera Boëkovica. — Une 
lettre inédite de Ruder Bo$kovic. 707. 
JAGIÉ, VATROSLAV, Mommsen i Raëki. — Les relations de Momm- 


sen avec Raëki. 715. 

Srockf. ALBx, Neolithicka plastika v Cechâch. — La plastique 
néolithique en Bohème. "717. 

SCHRANIL, JOSEF, Bronzové sekyry jadranského typu v Cechäch. 
-— Cognées de bronse du type adriatique en Bohème. 723. 

CiBu;KA, Joser, Papyrus magica Leyd. V (J. 384) a grafito pala- 
tinské. — Le papyrus mag. Leyd. V (J. 384) et le « graffito » 
du Mont-Palatin. 729. 

RosrowczEerr, M.. Souromate II, roi du Bosphore (en russe). 
PI XVIII 73L: 

Vas, Josir, Editio princeps glagolskog misala stampanoga 
g. 1483. — Édition princeps du missel glagolitique imprimé 


en 1483. 733. 


64 


962 CHRONIQUE 


82. - Luxembourg. Société d'Études linguistiques. 


Une Société de linguistique vieut de se fonder à Luxembourg. 
Des statuts, que le Comité nous communique, nous extrayons les 
articles suivants. 

ART. 1. — Die Luxenburger Gesellschaft für Sprach- und Dia- 
lektforschung « Société luxembourgeoise d'études linguistiques et 
dialectologiques » bezweckt : 

1. Die Freunde der Sprachwissenschaft im Grossherzogtum in 
einer Vereinigung Zu gruppieren. 

2. Moderne sprachwissenschaftliche Studien, besonders auf 
den uns näüher liegenden Sprachgebieten (Deutschland, Belgien, 
Frankreich) zu pflegen und zu fôrdern. 

3. Im besondern das Sprachgut unsers Dialektes zu sammeln ; 
Studien und Vorarbeiten zu einem vollständigen, wissenschaft- 
lichen Wôürterbuch unserer Sprache herauszugeben ; und endlich, 
nach Vollendung dieser Studien und Vorarbeiten, die Herausgabe 
dieses Wôrterbuchs in die Wege zu leiten. 

ART. 2. — Die Gesellschaft wird von einem Vorstand geleitet, 
der durch die Generalversammlung für zwei Jahre gewählt wird. 
Jedes Jahr ist die Hälfte neuzuwählen. 

Der Vorstand besteht aus ? Vorsitzenden, 1 Kassierer, 2 Sekre- 
tären, | Bibliothekar und 3 Mitgliedern. 

Es kônnen auch auswärtige Mitglieder zu Vorstands-Mitglie- 
dern ernannt werden. Um die Propaganda und die Zwecke der 
Gesellschaft zu fôrdern, ernennt der Vorstand für jeden Kanton 
einen oder mehrere Vertrauensmänner. 

ART. 3. — Es gibt vier Arten Mitglieder. 

1. Ehrenmitglieder (Membres d'honneur) sind von jedem 
3eitrag entbunden. Es werden dazu nur solche Luxemburger 
oder ausländische Sprachforscher ernannt, die sich grosse Ver- 
dienste um die Li:xemburger Sprache erworben haben. 

2. Schutzmitglieder (Membres protecteurs) sind solche, die 
jäbhrlhich wenigstens 50 Franken oder einmalig 500 Franken ent- 
richten. Sie erhalten dafür das Jahrbuch und auf die Verôffent-: 
lichungen einen Vorzugspreis. 

3. Ordentliche Mitglieder (Membres actifs) bezahlen jährlich 
10 Franken. Sie geniessen dieselben Rechte wie die Schutzmit- 
glieder. 

4. Korrespondierende Mitglieder (Membres correspondants) 
sind solche Personen, die der Gesellschaft nicht beitreten, die 
aber durch Beantwortung der Fragebogen oder durch ähnliche 
Mitarbeit die Ziele der Gesellschaft fôrdern. Ihnen gehen Fra- 
gebogen und Jahrbuch gratis zu 





CHRONIQUE 963 


ART. 4. — Die Arbeiten der Gesellschaft verteilen sich auf fol- 
gende fünf Arbeitsgemeinschaîften : 

1. Sektion für Germanistik ; 
Sektion für Romanistik : 


uw D 


Sektion für Toponymie; 
Sektion für Geschichte und Volkskunde. 
Sammlung des Sprachguts aus diesen Gebieten): 


= 


(9 SES 


Sektion für luxemburgische Literatur und Umgangsprache. 
(Sammlung des Wortmaterials.) 

Für jede Sektion kônnen vom Vorstand je ein besonderer 
Arbeitsleiter und Sekretär ernannt werden. 

ART. 7 — Die Gesellschaft besitzt in der Bibliothek ein Archiv 
für Sprachwissenschaft. Letzteres wird unterhalten durch die 
Geldmittel der Gesellschaft, sowie durch die von Privaten oder 
von Vereinen gemachten Schenkungen. 

Die Verwaltung untersteht dem Vorstand,,der dazu einen 
besonderen Bibliothekar ernennt. Die Benutzung steht nur den 
ordentlichen Mitgliedern unter bestimmten Bedingungen zu. 

Für die dem Archiv geliehenen Manuskripte oder Sammlungen 
schliesst der Vorstand mit dem Besitzer, auf dessen Verlangen, 
ein besonderes Abkommen ab. 


ART 9. — Jedes Jahr wird ein Jahrbuch herausgegeben, das 
über die Arbeiten des verflossenen Jahres berichtet. 
In zwangloser Kolge erscheinen daneben : « Studien zur 


Luxemburgischen Sprach- und Volkskunde ». 

Die Fragebogen dienen als Vorarbeit und Hilfsmittel zum 
wissenschaftlichen Wôrterbuche. Ausländische Institute, die 
sich zum Austauch verpflichtet haben, erhalten diese Verüffent- 
lHichungen gratis. 

Pour tous renseignements complémentaires, on peut s'adresser 
à M. Ernest Platz, professeur à l'Athénée de Luxembourg, 
Luxembourg-Clausen. 


83. — Une nouvelle revue de linguistique : LITTERIS. 


En octobre 1924 a été lancé le premier numéro d’une nouvelle 
revue de linguistique, publiée par la Société des Lettres de Lund 
(Suède), et intitulée : Litteris, An international critical Review of 
the Humanilies. On y annonce des articles de MM. Meillet, Bal- 
densperger, Van Tieghem, P. Legonis et Wilamowitz-Moellen- 
dorff. 


964 CHRONIQUE 


84. — Papyrologie. 


M. SEYMOUR DE Riccr à donné dans les deux derniers fascicules 
dela Revue desétudes grecques(mars et juin 1923, p. 66-114, 217-339) 
son cinquième Bulletin papyrologique. qui contient le dépouille- 
: ment méthodique de toutes les publications des années 1913-1922. 
Index des principaux papyrus littéraires : p. 338-339. 

Parmi les ouvrages qui nous sont parvenus, nous signalerons 
les livres de M. B. A. vAN GRONINGEN : 

lo De papyro Oxyrhynchita 1380 (Groningue, 1921, in-8°, 84 p.), 
dissertation qui traite de la célèbre Lilanie grecque d’Isis publiée 
et traduite, en 1916, par M. G. LAFAYE (Rev. phil., XL, p. 55-108). 
L'auteur examine d’abord (p. 7 61) les invocations, les commente 
savamment et propose plusieurs corrections ingénieuses. Il tire 
ensuite (p. 61-84) quelques conclusions séduisantes : le texte n’a 
pu être écrit qu'à Memphis. Alexandrie ou Naucratis; le rédac- 
teur anonyme savait bien la géographie de l'Égypte, mais n'avait 
jamais voyagé en pays grecs; il à accueilli sans critique tous les 
renseignements que lui ont fournis les marins et les marchands. 

20 Le gymnastarque des métropoles de l'Égypte romaine (Gro- 
ningue, 1924, in-8°, 164 p ), solide monographie dont la Revue ren- 
dra compte ultérieurement. 


On se souvient que le British Museum a exposé, il y a deux ans, 
sa collection de papyrus trouvés en Égypte (Catalogue de 
M. H. I. BEezr, Londres, 1922), et l'on sait que le Neues Museum 
de Berlin abrite une exposition permanente de papyrus. Or, nous 
avons en ce moment quelque chose d’analogue à Bruxelles. 
L'Egypt Exploration Fund (actuellement Society) a fait don aux 
Musées du Cinquantenaire d’une centaine de papyrus grecs. que 
le public peut librement examiner, en même temps que plusieurs 
ostraka (!), dans les salles qui ont servi à l’exposition de pein- 
tures égyptiennes. Nous aurions souhaité qu'on y ajoutàât le 
adastre de la Bibliothèque Royale, acheté au Caire par M. Ca- 
part et déchiffré en 1904 par MM. MAYENCE et SEYMOUR DE Rico! 
(2.36 m..X 0:16 m:) (2). 

Les 88 documents, dont MM. les conservateurs Capart et Spe- 
leers ont bien voulu m'’autoriser à prendre connaissance avant 
l'exposition, proviennent d'Oxyrhynchus (66), du Fayoum (12) 
et d'Hibeh (8). Tous ont déjà été publiés par MM. GRENFELL et 
Huxr. Voici la liste des textes littéraires : 1. Zliade, 5, 662-682 


(1) P. Vierecx, Ostraka aus Brüssel und Berlin, Berlin, 1922. 
(2) Musee belge, VU, p. 101-117. CÉ. Fr. PReISiGKE, Sammelbuch, 1. 1, 1915 
n° 4325. 


CHRONIQUE 965 


(Oxyrhynchus Papyri, t. IV* no 759): 2 Jliade, 22, 104-137, 
402 4902008008(0255278, 330597293,19458/0 0x XV, 
n'AGIGN Un O0dYSSÉe., 2,:204410 (0x7 IV, n° 773 TALLEN&P ap, 
BÉRARD, Zntrod. Od., 1, p 62 ; 4. Odyssée, 19, 454-471 (Ox., III, 
n° 573); 5. Hérodote, I, 105-131 (0x... X, n° 1244): 6. Thucydide, 
[I. 22-24 (Ox., VI, n° 878 ; 7 Fragment d'un ouvrage historique 
(Ox., VII, n° 1014); 8. Euripide, Andromaque, 5-48 (Ox., III, 
n° 449); 9. Aristophane, Acharniens, passim (Ox., VI, n° 856): 
10 Apollonios de Rhodes, Argon., III, 727-745 (Ox., IV. n° 690;. 
Le reste comprend vingt-cinq lettres officielles ou privées, des 
recus, des contrats. des comptes, un exercice scolaire, un frag- 
ment relatif à la chirurgie et un vocabulaire alphabétique. 

Au moment où le Projet de loi inscrit les éléments de papyro- 
logie au nombre des matières à option du doctorat en philologie 
classique. il est particulièrement opportun d'avoir sous la main 
un choix d’originaux qui permettront aux universitaires d’appré- 
cier l'intérêt d’une science complémentaire qui a déjà ses instituts 
à Lille, à Milan, à Heidelberg... sans parler du fameux labora- 
toire d'Oxford, et qu’il n’est plus permis de confondre avec la 
paléographie. 

H. PHiIriPPART. 


85. — Quelques nouvelles éditions critiques. 


La Philologische Wochenschrift reste fidèle à son excellente 
habitude de consacrer, surtout aux éditions critiques, des 
comptes-rendus approfondis, émanant le plus souvent de savants 
eux mêmes spécialistes en la matière A ce titre, nous nous plai- 
sons à indiquer quelques articles parus en cette année 1924, dont 
la valeur nous à particulièrement frappé; ce sera du même coup 
faire connaître à nos lecteurs plusieurs publications que nous 
n'avons pas eu l’occasion de signaler. 

Libanit opera rec. R. Foerster. Vol X et XI, Teubner 1921-22 ; 
col 230-239 (par G. Ammon). — Juliani Epistulae... rec. J. Bidez 
et F. Cumont. Paris, 1922; 339-343 (par G. Ammon). —C. Valerius 
Catullus hersg. u. erklärt von Wilh. Kroll. Teubner, 1923 ; 
425-4351 (par R Helm\. — Z. Annaei Senecae ad Lucilium epistu- 
larum moralium libros 1-X1I rec. Beltrami, Brixiae 1916; 111-133 | 
(par O Hense)}. — Codex Theodosianus rec P. Krüger, Fasc. I, 
Libr. I-VI, Berlin, Weidmann, 1923; 451-464 (par B Kübler). — 
Cornelius Nepos, Œuvres, texte établi et traduit par Anne-Marie 
Guillemin, Paris 1923: 654-664 (par O Wagner: critiques inté- 
ressantes pour les professeurs d’athénée qui expliquent ce texte). 

Fe 


966 CHRONIQUE 


86. — La quatrième églogue de Virgile. 


Sur cette question tant controversée, signalons les travaux 
récemment parus de deux savants de premier ordre L'un, Sulla 
quarta eclog'a di Virgilio. est un mémoire communiqué en 1923 à 
l'Académie des sciences de Bologne par Franz Boll, le maitre 
éminent qu'une mort inopinée vient d'enlever à la science; l’autre, 
Die Geburt des Kindes. Geschichte einer religiôsen Idee, a paru 
en 1924 comme Heîft IIL (172 p.) dans les Studien der Bibliotek 
Warburg (Teubner) et est l’œuvre d’'Edouard Norden. l’auteur 
bien connu d’Agnostos theos. Les deux savants s'accordent à con- 
sidérer la quatrième églogue comme le développement d’un thème 
très répandu dans l’histoire des religions : la prophétie d’un sau- 
veur et de l’avènement d’un âge d’or. Norden apporte des argu- 
ments particulièrement convaincants pour rejeter l’idée qui 
voyait dans Asinius Pollion ou dans Auguste le père du puer 
nascens L'auteur de l’églogue à connu une prophétie sibylline 
qui fixait à l’an 40 la naissance d’un enfant sauveur. et qui se 
‘attachait elle-même à une vieille prophétie orientale dont les 
origines se retrouvent surtout en Égypte, dans la religion d’Isis 
et d'Horus Il résulterait de là que les théologiens de tous les 
temps ont eu une conception plus juste du sens vrai de l’églogue 
que les philologues de métier. On ne peut indiquer ici toutes les 
déductions intéressantes qui abondent dans l'ouvrage de Norden. 
par exemple au sujet de la date du 24/25 décembre ou du 5,6 jan- 
vier pour la naissance d’Apollon — Hélios. 11 faut se borner à 
noter Spécialement l'importance du chapitre IV pour la solution 
des énigmes que posent les derniers vers de l’églogue : Zncipe. 
parve puer, risu... Les decem menses de la grossesse (v. 61) 
s'expliquent de la même façon que pour Hermès, Héraclès et 
autres enfants extraordinaires dont parle Rabelais dans son 
. Gargantua 1, ch. 3: « Comment Gargantua fut unze mois porté 
ou ventre de sa mere... Car autant, voire davantage, peuvent les 
femmes ventre porter, inesmement quand c’est quelque chef 
d'œuvre, et personnage que doibve en son temps faire grandes 
prouesses ». Le rire de l'enfant immédiatement après sa naissance 
(qui non risere parenti) témoigne également de son origine divine, 
car les enfants des hommes pleurent en naissant er, d’après les 
Anciens, ne rient à leur mère qu'au bout de quarante jours; seuls, 
les enfants des dieux, comme Héraclès, finissent par épouser une 
déesse et par entrer dans le cercle des dieux (+. 63). Sans vouloir 
réintroduire dans l’exégèse de Virgile l'idée d'une personnalité 
historique déterminée, Norden constate curieusement que, si 
quelqu'un à pu à l’époque songer à appliquer à sa postérité la 





CHRONIQUE 967 


prophétie sibylline, ce doit être le triumvir Antoine à qui Cléo- 
pâtre donna, en l’année 40. des jumeaux qui reçurent les noms 
d’Alexandros-Hélios et de Cleopatra Sélené. 

pi 


87. — Lettres inédites du prince de Ligne. 


La maison d'édition Manz, de Vienne, qui avait publié il y a un 
certain nombre d'années Erinnerungen und Briefe des Fürsten 
von Ligne, annonce l’apparition d’un nouveau recueil d’une 
soixantaine de lettres, en grande partie inédites, de « l'homme le 
plus joyeux du siècle », comme l’appelait Gæœthe (Neue Briefe. 
Aus dem Franzôüsische übersetzt und herausgegeben von Victor 
Klarwill. Mit 32 Bildertafeln und einer Handschrift. Gr. in-8°). 
Ces pièces nouvelles sont tirées du Hohenzollernarchiv, de la 
Bibliothèque de l'État prussien à Berlin, du Sächsisches Haupt- 
archiv à Dresde, de la Bibliothèque nationale de Munich, du 
Staatsarchiv et du Kriegsarchiv à Vienne et de la Bibliothèque de 
Schaffhouse. Elles sont adressées à un inconnu, à Joseph I. à 
Hardegg, à Léopold II, au prince Josias de Cobourg, à Johanires 
von Müller, à la baronne Grotthuss. à Frédéric-Guillaume III, 
au général baron Mayer von Heldenfeld, à Rahel Levin. à 
Charles-Auguste. 


88. — Bibliographie historique périodique. 


Le Répertoire bibliographique de l'histoire de France, par Pierre 
Caron et Henri Stein, dont le tome I à paru récemment (Paris, 
A. Picard, F. Rieder, 1923, 283 p.). remplacera désormais, mais 
avec un cadre agrandi aux limites de l’histoire de France tout 
entière jusqu'en 1914, le Répertoire méthodique de l'histoire 
moderne et contemporaine de la France dont la publication, com- 
mencée en 1899, a été interrompue par la guerre. La disposition 
typographique de ce dernier à été conservée avec raison. Le 
volume que nous annonçons ici est consacré aux années 1920 
et 1921. Les volumes suivants paraitront tous les deux ans. Il est 
inutile d’insister sur la valeur de cet instrument bibliographique. 
Les noms de ses auteurs sont le sûr garant de son excellence. 

; HP: 


89. — The Cambridge Ancient History. 


Le volume II de cet ouvrage à paru il y a peu de temps (The 
Egyptian and Hittite Empires to c. 1000 B. C. Cambridge Univer- 


968 CHRONIQUE 


sity Press, 1924, in-8°, xxvi-792 p., 15 cartes, 6 plans). En voici le 
sommaire : 
PETER GILES, The Peoples of Asia Minor. 
— The Peoples of Europe. 
JAMES HENRY BREASTED, The Foundation and Expansion of the 
Egyptian Empire. 
J. H. BREASTED, The Reïgn of Thutmose III. 
— The Zenith of Egyptian Power änd the Reign of 
| Amenhotep III. 
— [khnaton the Religious Revolutionary. 
— The Age of Ramses IT. 
— The Decline and Fall of the Egyptian Empire. 
T. Eric PEgr. Contemporary Life and Thought in Egvpt. 
R. CAMPBELL THOMPSON, Assyria. 
D. G Hocarru, The Hittites of Asia Minor. 
H. R. Harr.. The Keftians, Philistines and other Peoples of the 
Levant. 
STANLEY A. Cook, Syria and Palestine in the Light of External 
Evidence. 
— The Rise of Israel. 
H. R. HA, The Contemporary Art of Egypt and the Near East. 
A..J. B. WA0©E, Crete and Mycenae:. 
J. B. Bury, The Achaeans and the Trojan War. 
— Homer. 
N. T. WaDE-GERY, The Dorians. 
D. G. HocarTH, Hellenic Settlement in Asia Minor. 
T. E. Peer, THomas Asngy, E. THurcow LEED»s, The Western 
Mediterranean. 
W. R. HazxDpAY, The Religion and Mythology of the Greeks. 
Bibliographies. Tables. Index. 


ARS 


90. — Les fragments des historiens grecs. 


Les philologues disposeront bientôt d’un instrument de travail 
meilleur que les cinq volumes des Fragmenta historicorum Grae- 
corum de Carl Muller (Didot), dont ils ont dû se contenter pendant 
des générations. M. Felix Jacoby vient de publier le premier 
volume du grand ouvrage qui doit remplacer Muller, et qu'il 
avait promis dès l’année 1908 {Xlio IX 80 ss.) : Die Fragmente 
der griechischen Historiker. Erster Teil; Genealogie und Mytho- 
graphie. Berlin, Weiïidmann, 1923, 536 p. L'ouvrage entier 
contiendra six volumes et on nous en fait prévoir l’achèvement 
pour un temps assez rapproché. Le classement admis par le 





CHRONIQUE 969 


nouvel éditeur ne se fonde ni sur l’ordre alphabétique, ni sur 
l’ordre chronologique; les auteurs sont groupés d’après les divers 
genres de l’historiographie. Un pareil principe, qui amène, par 
exemple, à diviser le groupe des historiens antérieurs à Thucy- 
dide, prête naturellement à des objections qui ont été formulées 
avec autorité par W. Weber dans son compte rendu très étudié 
de la Philologische Wochenschrift, 1924, 204-224. Le présent 
volume, consacré au yévoc de la généalogie et de la mythographie 
et dont la disposition rappelle à certains égards celle des Préso 
cratiques de Diels, contient les fragments de 63 auteurs {depuis 
Hécatée jusqu’à Evhémère), avec les Testimonia et un commen- 
taire riche d'enseignements de tout genre. 
1e 


91. —- Travaux américains sur l’histoire romaine. 


L’ «American Academy » de Rome, qui fait preuve d’une louable 
activité, a ajouté à la publication de ses grands et précieux 
mémoires, celle d’une série de Papers and monographs, dont trois 
volumes ont successivement paru. Les deux premiers sont consa- 
crées aux cultes de deux pays d'Italie, l’un par M. R. Peterson, à 
ceux de Campanie, l’autre, par Mie Lily Taylor, à ceux d'Étrurie 
(The cults of Campania, 1919; Local cults of Etruria, 1923). On a 
considéré jusqu'ici la religion romaine trop exclusivement au 
point de vue de la capitale, et l'on n’a guère utilisé les témoi- 
gnages que nous possédons sur les cultes des pays italiques que 
dans la mesure où ils pouvaient éclairer les croyances de l'Urbs 
elle-même. Nous trouvons dans ces monographies, après un court 
exposé de l’histoire du pays, un inventaire aussi complet que pos- 
sible de ce que les écrivains, les inscriptions et les monuments 
nous permettent de savoir des cultes de chaque cité, préromains. 
romains, orientaux. Il est à souhaiter que cette enquête soit 
étendue au reste de la péninsule ; elle ne nous donnerait pas seu- 
lement un utile répertoire de faits, elle permettrait certainement 
d'en tirer des conclusions historiques intéressantes 

D'un tout autre caractère est le troisième volume composé par 
M. Tenney Frank, le très distingué professeur de Baltimore. On 
sait combien il est difficile de dater les constructions romaines de 
la période républicaine et combien, pour certaines d’entre elles, 
les estimations sont divergentes. Dans ses Roman buildings of the 
Republic (1924), M. Frank s'est attaché à fixer l’origine des maté- 
riaux employés et à déterminer notamment de quelles carrières 
provenaient les diverses espèces de tufs mis en œuvre avant et 
même après qu'on eut appris à se servir du travertin. Les 


970 CHRONIQUE 


recherches conduites avec une grande rigueur scientifique ont 
conduit l’auteur à des résultats souvent beaucoup plus précis que 
ceux de ses devanciers. 


Signalons à cette occasion que l'excellente Economic history of 


Rome, de M. T. Frank, vient d’être traduite en italien : ceux que 
le cours exorbitant du dollar a privés de le possibilité de lire 
l’ouvrage original en trouveront ici un bon succédané (T. Frank, 
Storia economica di Roma dalle origint alla fine della Republica, 
tradotta da Bruno Lavagnini, Florence, Valecch1, 273 p.). 

FO: 


92. — L'Italie ancienne. 


La maison Carl Winter, d'Heidelberg, publie la première 
partie de l’Jtalische Gräberkunde (un vol. in-8° de 688 pages, sui- 
vies de 37 planches illustrées et de 12 cartes), où le célèbre pro- 
fesseur Friedrich von Duhn nous donne le fruit de quarante 
années d’un incessant labeur. C'est le relevé le plus minutieux, 
appuyé sur la plus vaste documentation, des trouvailles faites 
dans 556 localités de l'Italie ancienne et des îles, que les tom- 
beaux soient ceux des « habitants primitifs » (périodes néoli- 
thique, cuprolithique, etc.) ou des « Italiques » pratiquant l’inci- 
nération ou l’inhumation Prix: broché, 30 marcs ; relié, 33 marcs. 

Chez le même éditeur : Stand und Aufgaben der Sprachwissen- 
schaft. Festschrift für Wilhelm Streitberg. Un vol. in8° de 
xx-684 pages (capital). — Chr. Bartholomae, Zarathustra’s Leben 
und Lehre. Une brochure in-8° de 20 pages, texte d'une conférence 
nette et précise du maître des études iraniennes. — Dr. Alfred 


Schmitt, Untersuchungen zur allgemeinen Akzentlehre, mit einer. 


Anwendung auf den Akzent des Griechischen und Lateinischen. 
In-8° de xvi210 pages. 
Em. Ba. 


93. — Le dictateur Sylla. 


Il à paru récemment en Allemagne, sur le dictateur Sylla, un 
ouvrage à tendance politique contemporaine, et d'ailleurs com- 
posé entièrement de seconde main: P. Leutwein, Der Diktator 
Sulla und die heutige Zeil. Berlin, Heymann, 1920, 92 p. Les 
amateurs de ce genre de littérature auront peut-être la curiosité 
de comparer l’élucubration allemande avec le livre consacré au 
même Sylla par Léon Daudet. 

P: 





CHRONIQUE 971 


94. — Le Corpus Vasorum antiquorum. 


A la fin d'octobre 1924 à été distribué le troisième fascicule 
consacré à la France. Dùû à Mme Marcelle Flot, il traite du Musée 
de Compiègne (Musée Vivence); il comprend un texte de 
XvI-32 pages, et 33 planches dont une en couleurs. 


95. — Le Corpus vasorum antiquorum. 


Dans un article de la Philologische Wockhenschrift (sept. 1923), 
M. Caro avait violemment attaqué la publication du Corpus vaso- 
rum anliquorum, entreprise par l’Union académique internatio- 
nale. M. Pottier, à qui a été confiée la direction du Corpus, 
répond à ces attaques dans la Revue archéologique (t. XIX, 
p. 280-2941. Sa réponse est aussi calme et sereine que l’accusation 
avait été violente et passionnée. L'inexactitude des reproches 
qui lui ont été adressés ressort à l’évidence des textes qu'il cite. 
Cette attitude haineuse de l’archéologue allemand n’est pas de 
nature, On en conviendra, à hâter la réalisation du vœu que 
M. Pottier émettait dans la préface du premier fascicule, celui de 
voir des savants appartenant à toutes les nations civilisées tra- 
vailler, d’un commun accord et en paix, au Corpus vasorum anli- 
quorum. 

A part cette diatribe de M. Caro, les comptes rendus des pre- 
miers fascicules du Corpus ont été très élogieux. Certaines 
critiques de détail ont été émises ; M. Pottier, dans l’article cité 
plus haut, examine ce que ces critiques contiennent d’utile à 
retenir et répond aux objections qui lui paraissent mal fondées. 

| FM: 


96. — Le Sophocle de Latran. 


Dans The Journal of Hellenic Studies NELII, 1922, p. 50 ss. 
M. Th. Reinach étudie la statue de Latran dite de Sophocle et 
se demande de quel droit elle porte ce nom. Après avoir fait 
l’histoire de sa découverte et de sa dénomination, il compare les 
autres représentations de Sophocle et arrive à la conclusion que 
la statue de Latran ne peut être celle du grand tragique. Elle doit 
plutôt représenter un orateur et d’après l’archaïsme voulu du 
vêtement et (le la pose du bras, cet orateur doit être antérieur à 
la guerre du Péloponèse. Or parmi les orateurs les plus anciens, 
Solon est le seul, d’après la tradition littéraire. qui ait obtenu 
une statue publique. et cela au milieu du 1v° siècle. Cette statue, 
sur l'agora de Salamine. représentait Solon justement dans 
l'attitude et le vêtement de la statue de Latran. Celle-ci serait, 


972 CHRONIQUE 


d’après M. Reinach, une copie de la statue de Salamine, laquelle 
était peut-être l’œuvre de Céphisodote l’ancien. 

T1 convient de signaler que F. Studniczka dans The Journal of 
Hellenic Studies, 43, p. 57 ss. (1923). oppose à la thèse de Reinach 
des objections très fondées, et maintient le nom de Sophocle 
à la statue de Latran. B: 


97. — Sur la légende d’Héraclès. 


Le sujet d'Héraclès, un peu délaissé depuis le livre fameux de 
Wilamowitz, a été repris dans ces derniers temps par divers 
savants qui lui ont consacré d'importants travaux: Gruppe., dont 
l’article à paru enfin dans l’Encyclopédie de Pauly-Wissowa 
1919), Robert, Heldensage II (1921), en dernier lieu R. Schweitzer, 
Heracles (Tubingen, 1922, 247 p.). Plus qu'aucun de ses devan- 
ciers, Schweitzer emploie la méthode de la comparaison entre les 
légendes des différents peuples, et bien qu'il se laisse aller 
quelquefois à des reconstructions hasardeuses, il fait faire à la 
question d'importants progrès, et son ouvrage se lit avec beau- 
coup d'intérêt et de profit On en trouvera une longue et excellente 
analyse critique dans un article de O. Weinreich, Philologische 
Wochenschrift, 1924, 807-837. Fe 


98. — Histoire de l’Église. 


MM. F. Mourret, auteur de la Grande histoire de l'Église, et 
J. Carreyre, viennent de publier un Précis d'histoire de l'Église 
en trois volumes (Paris, Bloud, 1924, in-8°, 1704 p., 50 fr.). L'ou- 
vrage comprend les chapitres suivants : Les origines chré- 
tiennes (30 313). -- Les Pères de l’Église (313-476) — L'Église et 
les Barbares (476-962). — L'Église et la Chrétienté (9621517). — 
La Réforme (1517-1600). — L'Ancien Régime (1600-1775). — La 
Révolution (1775-1800). — L'Église au xix° siècle (1800-1903). — 
L'Église au xx° siècle (1903-1914). 


99. — Nicodème P. Kondakovw, 
correspondant de l’Institut de France. 1844-1924. 


La longue ('} et laborieuse carrière de l’illustre archéologue 
russe, NICODÈME P  KONDAKOv. lui a créé une réputation univer- 
selle dans le monde scientifique. 


(4) L'illustre byzantiniste N. P. Kordakov à célébré cette année son 
LXXXe anniversaire. La première année de la nouvelle revue internationale 


CHRONIQUE 973 


Grâce à ses travaux, la science s'enrichit d’un grand nombre de 
matériaux nouveaux et les faits connus avant lui reçurent bien 
souvent une explication différente de celle, acceptée auparavant. 
Dans le domaine de l’art byzantin et de l’ancien art chrétien, il 
occupe une place prépondérante parmi ies contemporains et même 
parmi les érudits du temps passé. Ces branches de l’archéologie 
peuvent être considérées comme ayant été créées et scientifique- 
ment exposées par lui. 

Le gouvernement français ayant voulu reconnaître les mérites 
de cet éminent savant dans la byzantologie, l’éleva, en 1916, à la 
dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur et le désigna, 
en son décret, comme « le digne successeur du célèbre Du Cange ». 
De même, prenant en vue son œuvre, accomplie pour la gloire des 
études byzantines, l’Académie des Inscriptions l’avait élu, à 
l’automne de l’année 1923, au nombre de ses correspondants. 

Il naquit le 1% novembre 1844, fit son éducation au 11° collège, 
ensuite à la Faculté des lettres de Moscou. Déjà. pendant ses 
années d'université, il se spécialisa dans l’histoire de l’art. Après 
être devenu licencié ès lettres, en 1865. il dut embrasser la car- 
rière de professeur aux différents collèges ; mais ce rude travail 
ne le satisfaisait guère : il aspirait toujours vers la science. 
En 1870, il s'installa à Odessa, car il fut nommé professeur d'his- 
toire de l’art à l’Université de Novorossia. À partir de ce moment, 
il se consacra aux constants travaux scientifiques et à la vie d’un 
savant sérieux. 

En 1873, il fit sa première thèse sur « Le monument des har- 
_pies, provenant de l’Asie Mineure et les symboles de l’art grec». 
Sa thèse du doctorat, basée sur les études des nombreux monu- 
ments, « Histoire de l’art byzantin et de l’iconographie d’après les 
miniatures des manuscripts grecs », lui créa en Russie et en Occi- 
dent ia renommée d’un savant de premier ordre. Sa réputation 
devint notoire avec l'apparition de son œuvre la plus importante, 
l'Histoire des émaux byzantins, d'aprés la collection de A. V. Zve- 
nisorodsky. qui parut en 1892, comme édition de luxe. 

Les résultats de ses nombreux voyages au Caucase et en 
Orient, jusqu’au Sinaï. furent publiés dans une série d'ouvrages : 
L'ancienne architecture de la Géorgie, Les mosaïques de la mosquée 
Kahrié Djami, Le voyage au Sinaï }881), Les antiquités du monas- 
tère du Sinaï, Les églises et les monuments byzantins à Constanti- 


Byzantion, qui paraîtra sous peu, constituera une sorte de volume de Mélanges 
en l'honneur du patriarche des études byzantines, dont le fils a bien voulu 
écrire, pour la Revue belge de philologie et d'histoire, la notice qui suit. 


974 CHAONIQUE 

; 
nople. En 1884, il fut l'organisateur très actif du VI‘ Congrès de 
l'archéologie russe. 

Outre ses travaux proprement scientifiques, il s’intéressait à 
l'enseignement artistique et l’École des Beaux Arts à Odessa lui 
doit sa réforme, de même que l’Académie des Beaux Arts de 
Pétrograd lui est redevable du statut grâce auquel la routine 
académique prit fin et disparut complètement 

En 188$, il se fixa à Pétrograd, où son activité se déploya 
plus encore. A cette époque se rapporte la publication des À nti- 
quités russes 6 livres). Le voyage au Caucase, entrepris en 1889, 
donna un précieux ouvrage sur les antiquités trouvées dans les 
monastères, intitulé : La liste des antiquilés gardées dans les églises 
et les monastères de la Géorgie En 1891, sur la proposition de la 
Société de Palestine, il fit un grand voyage à travers la Terre 
Sainte et ses constatations et conclusions scientifiques lui four- 
nirent la matière d’un volumineux ouvrage, Le voyage archéolo- 
gzique en Syrie et Palestine, qui parut en 1904. Ses etudes sur les 
antiquités russes du temps des princes féodaux formèrent son 
œuvre Les trésors russes, Où sont analysés à fond les objets et les 
parures appartenant aux antiquités dites russo-byzantines. 

En 1898, il fut élu à l'Académie des Sciences de Pétrograd; la 
même année. en été, il entreprit une expédition au Mont Athos, 
qui avait pour but des recherches sur les origines et le dévelop- 
pement historique de l’art chrétien dans l'Orient grec et chez les 
Slaves méridionaux. Ce travail, intitulé Les monuments de l'art 
chrétien au Mont Athos, fut publié en 1902. 

Son énergie infatigable le poussait toujours vers de nouvelles 
investigations; c'est pour cela qu'il accepta, en 1901, l'offre de 
l'Académie d'organiser une expédition en Macédoine pour y étu- 
dier les monuments de ce pays. En 1909, parut son œuvre, Macc- 
doine, le voyage archéologique, qui est non seulement apprécié 
par les spécialistes, mais à aussi de l'importance dans certaines 
questions de la politique internationale. 

Au commencement du xx° siècle, il sintéressa à l’iconographie 
ancienne : ce travail lui révéla la décadence dans laquelle se trou- 
vait l’art des icones, car les artisans ne pouvaient soutenir la con- 
currence avec les icones, produites et mises en circulation par 
voie industrielle. Sur son initiative fut organisé le Comité de pro- 
tectorat de la peinture religieuse et des icones, auquel il préta 
largement son concours. Dès lors. ses études se concentrent sur 
l'histoire des icones russes et occidentales, ainsi que sur la pein- 
ture religieuse. Pour mieux accomplir cette tâche, il entrepre- 
nait, chaque année, des voyages. visitant des églises, des monas- 
tères et des musées en Russie et à l'étranger, particulièrement en 


D 





CHRONIQUE 975 


Italie. Deux volumes parurent sur l'Zconographie de la Sainte 
Vierge, comme résultats des etudes faites sur la peinture reli- 
gieuse. Cette œuvre importante fut interrompue par la révolution 
russe. 

Malgré les conditions extrèmement décourageantes pour n'im- 
porte quel travail scientifique, il poursuivait ses recherches pen- 
dant son séjour en Crimée, à Odessa et plus ardemment encore, 
depuis 1920, à l'étranger. Il suppléa au manque de publications 
nécessaires par l’analyse de ses collections de photographies, 
qu'il avait heureusement emportées avec lui. Après avoir achevé 
les deux volumes de ses Zcones russes, il fit un abrégé sur le même 
sujet, qu'imprime la Clarendon Press à Oxford, et, en outre, le 
troisième volume de l’Iconographie de la Sainte Vierge, réservé 
exclusivement à la Madoneitalienne. 

De 192 : à 1922 il résida à Sofia, où il fit, à l'Université bulgare, 
un cours du plus haut intérêt sur la question si importante des 
relations qui existaient entre Byzance et Bulgarie. 

Au commencement de l’année 1922, l'Université Charles, de 
Prague, l'invita à faire des conférences : il s'installa à Prague et, 
durant cinq semestres, il exposa le rôle de l’Europe orientale, des 
peuples germaniques, des Slaves et des nomades, dans l'histoire 
de formation de la civilisation européenne. 

A ce cours se rattachent étroitement ses recherches sur les or1- 
gines historiques de l’ornementation des tissus, etsur la formation 
des vêtements byzantins, qui ont été empruntés aux barbares et 
aux nomades et, après avoir subi certaines modifications, ont 
été mis en vogue à Byzance, et passèrent de là dans l'Occident, 
qui, à cette époque éloignée, imitait les goûts et les modes de 
Byzance. 

De cet intéressant sujet, la barbarisation des costumes byzan- 
tins, sujet auquel les savants ne prêtaient pas jusqu’à présent 
l'attention qui lui est due, il parla au premier Congrès interna- 
tional des Ctudes byzantines à Bucarest, au printemps 1924. 

Les arguments historiques puisés dans le livre de Constantin 
Porphyrogénète et les nombreuses illustrations, empruntées à 
différentes époques, à partir des antiquités de la Sibérie, devaient 
éclairer son idée principale, exposée ainsi : où faut-il chercher et 
quelle voie faudrait-il suivre pour pouvoir trouver et eclaircir 
les origines du ( scaramangion » et du « cabate », ces singuliers 
vêtements de la cour byzantine, qui ont remplacé les vêtements 
amples de l'antiquité? 

Sans contredit, une des plus remarquables places dans l’his- 
toire de l'instruction russe appartient à l’académicien N. P. Kon- 
dakov. « La génération contemporaine des archéologues russes, 


976 CHRONIQUE 


écrit le professeur $S. À. Gebelev dans son ouvrage L’Introduc- 
tion à l'archéologie, se proclame comme appartenant à l’école de 
N. P. Kondakov, si vaste est le contenu de ses œuvres et si pro- 
fondes sont les traces marquées par tout son travail sur l’archéo- 
logie russe ». 

Les mérites du professeur Kondakov sont appréciés non seule- 
ment en Russie et par le monde slave, mais aussi par les repré- 
sentants de la science occidentale. Ils ont reconnu que plusieurs 
questions scientifiques ne peuvent être résolues sans le recours 
à l’archéologie russe, élevée par Kondakov au point culminant 
qu'elle avait atteint vers le commencement du xx° siècle. 

S. KONDAKOV. 


100. — Huy, Collégiale. 


On nous annonce l'apparition de la troisième partie de l’étude 
de M. le chanoine Demaret sur La collégiale Notre-Dame, à Huy, 
gr. in-8°, 86 p., 27 grav. Cette partie se compose d’une première 
section traitant de l’ameublement, d’une deuxième consacrée au 
trésor, et d’une troisième donnant un aperçu des archives, et dont 
voici le sommaire : 

1° Cartulaire sur parchemin (xur' siècle) et chartes de l'Ancien 
Chapitre. Cinq volumes du cartulairé du x1v° siècle. Deux volumes 
appelés « Martinet ». 2° Archives conservées à la collégiale. Cha- 
pitre. Églises paroissiales, ete. 3 Archives de la collégiale con- 
servées au dépôt de l’État à Liége. Idem des anciennes églises 
paroissiales de Huy et du Neufmoustier. 4 L'Obituaire des cha- 
 noines de Huy acquis par la Bibliothèque royale de Bruxelles. 
5° Transcription d’une charte inédite du pape Jean XXII (1324). 


101. — Travaux relatifs à l'Histoire du droit belge. 


On connaît trop peu en Belgique et à l'étranger le Bulletin de 
la Commission royale des anciennes lois et ordonnances de la Bel- 
gique. Ce recueil, que dirige avec autant de dévouement que de 
compétence, notre savant confrère, M. Des Marez, a publié 
en 1923-1924 toute une série de travaux du plus haut intérêt pour 
l’histoire de l’ancien droit de nos provinces. 

Signalons d’abord deux importantes éditions de textes : Les 
ordonnances des recteurs du Collège de la Société de Jésus à Liége, 
seigneurs et prieurs de Muno (1602-1645), avec une introduction et 





CHRONIQUE 977 


des notes par M. CHarLes TERLINDEN (volume XI, fascicule 3, 
p. 63-89) et Coutumes, keures et statuts de la ville de Loo, avec une 
introduction et des notes par M. H. E. DE SAGHER (volume XI, 
fascicule 4, p. 97-141 et fascicule 5, p. 161-187). 

Le baron PAUI, VERHAEGEN a donné au Bulletin une belle étude 
sur Thomas Vlas, dit Lineus, humaniste et jurisconsulte belge au 
XVI: siècle (volume XT, fascicule 3, p. 45-62). 

L'histoire du droit civil, du droit pénal et de la procédure est 
représentée par des travaux de MM. J. Simox et P. HEUPGEN : 

De M. J. Simon, des recherches originales et suggestives sur 
L'usage des lettres de renvoi dites Lettres d'Apôtres (volume XI, 
fascicule +, p. 143-156) et surtout un gros article très remarquable 
sur Les actions du chef de séduction devant les juridictions ecelé- 

siastiques du Brabant aux XVII et XVIII siècles (volume XI, 
fascicule 7, p. 241-344). 

De M. P. HEUPGEN, deux intéressantes études intitulées : Les 
enfants devant la juridiction répressive à Mons du XIV® au 
XVIIIe siècle (volume XI, fascicule 6, p 205-236) et Valtonage 
(volume XI, fascicule 8, p 347-354). 

Enfin le Bulletin publie un important rapport de M. J. CUvE- 
LIER : Rapport sur la publication d'un recueil des traités de la Bel- 
gique (volume XI, fascicule 6, p. 190-203) 

Nous avons eu personnellement l'occasion de constater que 
cet ensemble de recherches, de travaux et de publications est 
_presque totalement inconnu des travailleurs, non seulement à 
l'étranger, mais en Belgique. Les revues consacrées à l’histoire 
du droit ne dépouillent pas notre Bulletin, et pour cause: il ne 
leur est point envoyé. Bien plus, nous ne connaissons pas une 
. grande bibliothèque belge ou étrangère, qui ait un collection 
complète du Bulletin sur ses rayons et les derniers numéros dans 
sa salle des Périodiques. Cet état de choses lamentable tient, 
nous assure-t on, à la manière peu satisfaisante dont le service du 
Bulletin est assuré par le département de la Justice. 

I1 serait, d’ailleurs, infiniment préférable de faire passer, du 
département de la Justice, au département des Sciences et des 
. Arts, la Commission royale des anciennes lois et ordonnances. Il 
serait dès lors possible de la constituer en commission autonome 
de l'Académie royale de Belgique, comme c’est le cas pour la Com- 
mission Royale d'Histoire. 

Un accord entre les deux départements et un arrêté royal suffi- 
raient à réaliser la réforme. 


PAUTrC 


65 


97 CHRONIQUE 


102 — Géographie monumentale. 


Nous croyons utile d'attirer l’attentior des lecteurs de la Revue 
sur une étude de M. J. A. Brutails, intitulée : La Géographie 
monumentale de la France aux époques romane et gothique (Le 
Moyen Age, 2° série, t. XXV, janvier-avril 1923; en brochure 
chez Champion, à Paris, 1923). L'auteur y détermine le domaine 
des diverses écoles d'architecture qui se sont partagé le sol de la 
France aux époques romane et gothique. Il indique très claire- 
ment le rôle des facteurs historiques qui ont contribué au déve- 
loppement des principales d’entre elles. Signalons particulière- 
ment les pages fort suggestives où il met en parallèle les actions 
et réactions successives des diverses écoles architecturales avec 
celles des groupes linguistiques et celles des législations. D'excel- 
lentes cartes schématiques aident beaucoup à la compréhension. 

| G. 


103. — Les livres xylographiques. L’ « Exercitium ). 


La Société des Bibliophiles belges à eu l’heureuse idée de 
donner une reproduction complète d’un joyau de la Bibliothèque 
de la ville de Mons, la deuxième édition de l’Exercitium super 
Pater noster, dont un second exemplaire se trouve à Paris; elle 
y à joint la reproduction de la première édition, conservée à 
Paris (déjà publiée en 1908), et celle de l’unique page connue de 
la troisième édition (L’Exercitium super Pater noster. Contribu- 
tion à l’histoire des xylotypes par Hector De Backer. Mons, 
Léon Dequesne, 1924, in-40, 1x-83 p., 19 pl. Société des Biblio- 
philes belges. séant à Mons. Publications in-4°. N° 1). Évidem- 
ment, il faudrait en être resté aux conditions d’avant-guerre pour 
avoir le droit de regretter l'adoption d’un tirage assez peu nuancé, 
d’un brun identique pour les trois éditions; on croit remarquer 
d'autre part que certaines planches ont été assez fortement 
retouchées ; mais ce sont là des critiques de détail, félicitons- 
nous de ce que, désormais, l'étude de ces précieuses reliques 
bibliographiques soit si grandement facilitée par la nouvelle 
publication. Celle-ci comprend une introduction où l’auteur pro- 
pose de placer la première édition de l’Exercitium vers les 
années 1410 à 1420, et la seconde une trentaine d'années plus 
| tard ; il n'utilise d’ailleurs pas certains travaux récents relatifs 

à son sujet. Les transcriptions de textes fourmillent littérale- 
meut d'erreurs, souvent élémentaires, et les traductions ren- 
ferment un nombre élevé de contresens. 

À, V. 


CHRONIQUE 979 


104, — Les ( Primariae Preces » de Maximilien. 


Sous ce titre, le Bulletin de la Commission Royale d'Histoire 
(t. LXXXVIII, 1924; p. 13-91) publie une intéressante étude de 
J. B. Goetstouwers où sont relevées les primariae preces éma- 
nant de Maximilien I au cours de l’année 1486 et des années 
suivantes. L'auteur s’est borné naturellement à indiquer les 
primariae preces adressées à des personnes ou corporations des 
Pays-Bas, ou tendant à faire octroyer un bénéfice dont le siège 
se trouvait dans les Pays-Bas. Ces renseignements sont extraits 
de deux registres contenus dans le volume EE de la Reichs- 
Registratur (ancien Haus-Hof- u. Staats Archiv à Vienne). Un 
excellent index alphabétique suit la publication. 

G. 


105. — Histoire de la Géographie. 


M. F. Van Ortroy, professeur à l’Université de Gand, a publié 
dans les Annales de l'Académie royale d'archéologie (1923) un 
travail très fouillé sur le cartographe Chrétien Sgrooten, ori- 
ginaire de la Gueldre et auteur de deux importants atlas manu- 
scrits, se trouvant actuellement l’un à Bruxelles (1573), l’autre 
à Madrid (avant 1592). Il rassemble toutes les données que l’on 
possède sur la biographie de ce cartographe et décrit minu- 
tieusement chacune des œuvres qui lui sont attribuées. Il donne 
en annexe 37 pièces justificatives (1557-1609); quelques-unes de 
celles-ci proviennent des archives d’Arnhem et semblent ne 
pas avoir été transcrites d’après les mêmes principes que les 
autres, notamment celles provenant des Archives du royaume à 
Bruxelles. 

HAVE: 


106. -— Histoire maritime. 


Le P. A. Muller, S. J., a écrit dans le Bulletin d’études et d'in- 
formations, de l'École supérieure de commerce Saint-[gnace à 
Anvers (mai 1924), une courte étude sur l'Angleterre et l'empire 
des mers (1558-1815). En quelques pages substantielles, il caracté- 
rise les différentes phases de la politique britannique, en parti- 
culier la lutte contre la France. Il ne manque pas de noter à 
l’occasion les conséquences qui résultèrent pour la Belgique des 
guerres amenées par l'expansion de la puissance anglaise. En 
tête de son article, il donne une courte bibliographie, où figurent, 


980 CHRONIQUE 


entre autres, quelques ouvrages anglais. Comme il mentionne la 
traduction française des livres de Seeley (qu'il écrit toujours 
Seely}), il aurait pu indiquer également celle de l’ouvrage de 
Mahan dont il ne signale que l’édition anglaise. 


He 


107. — Iconographie d'André Vésale. 


On annonce la publication, par le Wellcome Historical Medical 
Museum, de Londres, d’un recueil iconographique consacré à 
André Vésale (M. H. SPieLMANN, The iconography of Andreas 
Vesalius (André Vésale), anatomist and physician, 1514-1564, with 
notes, critical and bibliographical. With forewords by Professor 
Paul Heger, Sir Arthur Keith, Harvey Cushing, Dr. Tricot- 
Royer. Illustrated by 100 reproductions from paintings, pictures, 
eng'avings, sculptures and medals. London, John Bale, 1925, 
in-4° Wellcome H. M. M., Research Studies in Medical History, 
No. 3). 

L'auteur avait été associé au mouvement créé en Belgique à 
l'initiative de M. Paul Héger et patronné par les grandes insti- 
tutions scientifiques de la Belgique, par le gouvernement et par 
la ville de Bruxelles, en vue de publier, vers la fin de 1914, un 
Liber memorialis célébrant le quatrième centenaire de la naïs- 
sance du père de l’anatomie moderne. Les circonstances firent 
abandonner le projet, et M. Spielmann publie aujourd'hui en 
volume indépendant l’étude qu'il avait entrepris d'écrire pour le 
recueil de mélanges. Ses commentaires dépassent largement le 
cadre de l’iconographie pure. Les portraits peints de Vésale étu- 
dies par M. Spielmann sont ceux de : Louvain, Bibliothèque de 
l’Université (détruit par les Allemands); Bâle, Université; 
Padoue, Université, Musée de la ville; À msterdam, Musée de la 
ville; Munich, Pinacothèque ; Florence, Galerie Pitti; Glasgow, 
Université (Hunterian Museum), Art Gallery; Woburn Abbey, 
collection du duc de Bedford; Londres, Middlesex Hospital, 
Royal College of Physicians, British Museum, Wellcome Histor- 
ical Medical Museum; Paris, Académie de Médecine, Louvre, 
Faculté de Médecine; Bruxelles, Académie royale de Médecine ; 
Oxford, Christ Church Library; Brighton, Sir George Donaldson 
Museum; Boston (U.S. A.), collection du Dr. Harveÿ Cushing 
(2 pièces); West Linton (Écosse), collection Sir James Furgusson ; 
Vienne, Musée de l'État (3 pièces); Modène, Institut d'Anatomie 
humaine; Castle Goring (Sussex), collection Lady Somerset. 


CHRONIQUE 981 


108. - La Bataille de l’Yser 


Nous attirons l'attention de nos lecteurs sur un article publié 
dans Le Flambeau (31 octobre 1924) par le colonel B. E. M. Ch. 
Merzbach, chef de la Section historique de l'état-major de l’armée 
belge. Sous le titre La Bataille de l'Yser, l’auteur procède à un 
examen critique d’un travail de M. Louis Madelin. Celui-ci, au 
cours d’une étude sur « Le maréchal Foch » (Revue des Deux 
Mondes, 1°" et 15 août 1924), avait présenté sous un aspect tout à 
fait inexact, le rôle de l’armée belge au cours de la bataille de 
l'Yser. A le croire, nos régiments y auraient fait assez piètre 
figure et se seraient, dès le 17 octobre, laissé enfoncer par les 
Allemands ! 

Le colonel Merzbach remet les choses au point et relève de la 
facon la plus pertinente les grosses et fâcheuses erreurs commises 
par M. Madelin. Son exposé, aussi documenté que précis, ne per- 
met pas le moindre doute pour un esprit non prévenu : la bataille 
de l’Yser est une victoire de l’armée belge, à laquelle des forces 
françaises (brigade de fusiliers marins et, à partir du 24 octobre, 
la 42° division) ont contribué. 

Ce 


109. — Paléographie. 


Depuis son apparition en 1889, le Manuel de paléographie 
latine et française de M. Maurice Prou, s’est affirmé par des qua- 
lités de précision, de clarté et d’information pratique comme le 
meilleur ouvrage d'initiation qui s’offrit tant aux futurs paléo- 
graphes qu'à ceux qui se proposent simplement d'acquérir les 
connaissances nécessaires au déchiffrement des manuscrits La 
quatrième édition, que la librairie Picard vient de mettre en 
vente (Paris, 1924, un vol. 8 et un album de planches), atteste 
la persistance de son succès. Rien n’a été changé naturellement 
au plan et à la méthode du volume : ils ont fait la preuve de 
leur excellence. L'auteur s’est borné, avec la collaboration de 
M. Alain de Boüard, à en tenir à jour la bibliographie tout 
en utilisant les derniers travaux parus depuis 1910. date de la 
troisième édition, sur la filiation et le classement des écritures 
antérieures à la minuscule caroline et les origines de celle-ci. Un 
album de 24 planches, d'une exécution aussi remarquable que 
leur choix, accompagne le manuel auquel il fournit à la fois des 
exemples et des exercices de déchiffrement. | 


HE 


CHRONIQUE 


© 
æ 
tÙ 


ERRATUM 
Au tome III, 1924, fascicule 3, p. 642, dernière ligne du C. R. de 
la Storia del Diritto Romano de P. Bonfante, par F. De Visscher, 
au lieu de : (« qu’il reconnaïssait jadis à la gens », 
lire : « qu’il reconnaissait jadis au groupe agnatique ». 


BIBLIOGRAPHIE 


Livres nouveaux 


OUVRAGES BELGES 


Antheunis (Lod.). Een blik in het verleden van onze taal. Ant 
werpen, 1924, in-8°, 27 p. (Kath. V1. Hoogeschooluitbreiding . 

Aulu-Gelle. Paul Faider : A.Gellii Noctium Atticarum excerpta, 
in usum lectionum suarum. Mons, Dequesne. 1924, in-8°, 80 p. 

Baix (François). Étude sur l’abbaye et principauté de Stavelot- 
Malmedy. l'e partie : L'abbaye royale et bénédictine, des ori- 
gines à l'avènement de saint Poppon (1021). Paris, Champion ; 
Charleroi, Terre Wallonne, 1924, in-8°, 220 p. 

Berlière (Dom Ursmer). L'ordre monastique, des origines au 
x siècle, 3° éd. Paris et Lille. Desclée-de Brouwer et Lethiel- 

 leux; abbaye de Maredsous, t. I, 1924, in-8°, x1r-310 p. (Collect. 
Pax). 

Beyens (Baron). Le second empire vu par un diplomate belge. 
Lille et Bruges, Desclée-de Brouwer ; Paris, Plon-Nourrit, t. 1, 
s. d. [1924|, in-8° 487 p. 

Carton de Wiart (Comte). La candidature de Philippe d'Orléans 
à la souveraineté des Provinces Belgiques en 1789 et 1790. 
Bruxelles, Lamertin, 1924, in-4°, 86 p. (Mémoires de l’Académie 
Royale de Belgique, Classe des Lettres). 

Close (E.) et Lambot (0.). Gilly à travers les âges. t. 1. Court- 
Saint-Étienne, Chevalier, 1923 [paru en 1924], in-8, 317 p. 

Corin (A.-L.). Sermons de J. Tauler et autres écrits mystiques. 
I. Le Codex Vindobonensis 2744. Liége, 1924, in-8°, xxx11-328 p. 
(Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Uni- 
versité de Liége, fase. 33). 

De Backer (Hector) L'Exercitium super Pater Noster. Contri- 
bution à l’histoire des xylotypes. Mons, Dequesne, 1924, in-4° 
(Société des Bibliophiles belges, séant à Mons, Publications 
in-4°, n° 1). 

Delatte (A. Codices Athenienses. Bruxelles, Lamertin, in-5°, 
vii-291 p. (Catalogus Codicum Astrologorum Graecorum; t. X). 


981 BIBLIOGRAPHIE 


Demeuldre (P.). Histoire de Ladeuze. Chièvres, Delzenne, 1924, 
in-8°, 205 p. 

De Schrevel (Chanoiïine A.-C.). Recueil de documents relatifs aux 
troubles religieux en Flandre (1577-1584, t. II. Bruges, De 
Plancke, 1924, in-8°, xx11-744 p. (Mélanges publiés par la 
Société d'Émulation de Bruges, vol. X). 

De Seyn (Eug.). Dictionnaire historique et géographique des 
communes belges, fascicules 3 à 9. Bruxelles, Biéleveld, 1924, 
in-8°, fig. 

De Visscher (Fernand). La condictio et le système de la procé- 
dure formulaire. Gand, Buyens: Paris, Rousseau, 1923, in-8o, 
153 p. (Publications de la Faculté de Droit de l'Université de 
Gand). 

Espinas (Georges) et Pirenne (Henri). Recueil de documents 
relatifs à l’histoire de l’industrie drapière en Flandre. Bruxelles, 
Kiessling, t. IV, 1924, in 4°, 1v-359 p. (Publications de la Com- 
mission Royale d'Histoire). 

Etienne (Servais), Les Sources de « Bug-Jargal », Bruxelles. 
Palais des Académies. Liége, Vaillant-Carmanne, 1923, in-8°, 
161 p. (Publications de l'Académie Royale de Langue et de Litté- 
rature françaises) j 

Euripide. Les Suppliantes, Ion, t. III des (Œuvres, publiées par 
L. Parmentier et H. Grégoire. Paris, Les Belles-Lettres, 1923, 
in-8°, 247 p. (Collection des Universités de France, publiée sous 
le patronage de l’Association Guillaume Budé). 

Euripide Iphigénie à Aulis, préparation par A. Willem, 2° éd. 
Liége, Dessain, 1924, in-8°, 40 p. 

Gobert Théodore) Liége à travers les âges. Les rues de Liége, 
2° éd. Liége, Thone, t. 1, fase. 1 à 4, 1924, in-8°, 246 p. 

Graindor (Paul). Album d'inscriptions attiques d'époque impé- 
riale. Gand, Van Rysselberghe et Rombaut; Paris, Champion, 
1924, 2 vol. in-8°, vir-89 p. et plus de 90 pl. (Recueil de travaux 
publiés par la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de 
Gand, fase. 53 et 54), 

Hanquet (Karl). Documents relatifs au Grand Schisme Textes 
etanalyses, tome I, Les Suppliques de Clément VII (1378-1379). 
Bruxelles, Kiessling, 1924, in-8°, xxxvi1-694 p. (Analecta Vati- 
cano-Belgica, publiés par l’Institut historique belge de Rome, 
vol, VIII). 

Henry (Albert). Le ravitaillement de la Belgique pendant l’occu- 
pation allemande. Paris, Presses universitaires de France, 
1924, in-8°, 210 p. (Histoire économique et sociale de la guerre 
mondiale, Série belge). 


BIBLIOGRAPHIE 985 


Herment (P) Manuel d'histoire de la pédagogie. Bruxelles, 
P. Paelinck, 1923, in-8°. 504 p. 

Hinnisdaels (Georges). L'Octavius de Minucius Felix et l’Apolo- 
gétique de Tertullien. Bruxelles, Lamertin, 1924, in-8°, 139 p. 
(Mémoires de l'Académie Royale de Belgique, Classe des Lettres). 

Hoornaert (R.). Les Béguines de Bruges. Leur histoire, leur 
règle, leur vie. Bruges, Desclée-de Brouwer, 1924, in-80, 78 p. 

Hubert (Eug.) Correspondance des ministres de France accré- 

_dités à Bruxelles de 1780 à 1790, t. IT. Bruxelles, Kiessling, 
1924, in-4° (Publications de la Commission royale d'Histoire). 

Joos (Ain.. Het gevoel in de spraakkunst. Gand, Siffer, 1923, 
in-8°, 70 p.(Koninkl. Vlaamsche Academie voor Taal-en Letter- 
kunde). 

Julien. Œuvres complètes. Tome I, 2° partie. Lettres et frag- 
ments. Texte revu et traduit par J. Bidez. Paris, Les Belles- 
Lettres, 1924, in 8°, 258 p. (Collection des Universités de France, 
publiée sous le patronage de l’Association Guillaume Budé). 

Laenen (Chanoine J.). Les archives de l’État à Vienne au point de 
vue de l’histoire de Belgique Bruxelles, Kiessling, 1924, in-&, 
XVI-683 p (Publications de la Commission Royale d'Histoire). 

Laenen (Chanoine J.). Introduction à l’histoire paroissiale du 
diocèse de Malines. Les Institutions. Bruxelles, Dewit, 1924, 
in-8°, 469 p. 

Lahaye (Léon). Inventaire analytique des chartes de la collé- 
giale de Saint-Jean l’Évangéliste à Liége. Bruxelles, Kiessling, 
t. I, 1922 [1923], in-8° (Publications de la Commission Royale 
d'Histoire). 

Lameere (Jules). Recueil des Ordonnances des Pays-Bas, 
deuxième série (1506-1700). Tome VI, Ordonnances de Charles- 
Quint du 9 janvier (1549-1550 n.. st.) au 25 octobre 1555. Bruxelles, 
Goemaere, 1922 [1923], in-f°, 510 p. (Recueil des Anciennes 
Ordonnances de la Belgique, publié par la Commission Royale 
des Anciennes Loïs et Ordonnances). 

Leclerca ‘Jules). L'Islande et sa littérature. Bruxelles, Lamer- 
tin, 1923, in-40, 76 p. (Mémoires de l'Académie Royale de Bel- 
gique, Classe des Lettres). 

Magnette (Félix). Précis d'histoire liégeoise, 2° éd. Licége, Vail- 
lant-Carmanne, 1924, in-8°., vrr-299 p. 

Mansion (J.). Oud-Gentsche naamkunde. Bijdrage tot de kennis 
van het Ouùud-Nederlandsch, 1 ‘’s-Gravenhage, Nijhoff, 1924, 
in-8°, XXIV-323 p. 

Menot (Michel). Sermons choisis (1508-1518). Nouvelle édition 


986 BIBLIOGRAPHIE 


précédée d’une introduction par Joseph Nève. Paris, Cham- 
pion, 1924, in-8, LxxvI-534 p. (Bibliothèque du xv® siècle, XXIX). 

Platon. Criton. Préparation par A. Willem. Liége, Dessain, 
1924, in-8°. 

Ploegaerts (Th.). Les moniales cisterciennes dans l’ancien 
Roman Pays de Brabant. Première partie, Histoire de l’abbaye 
d'Aywières. Bruxelles, Action catholique, 1925 [1924], in-8, 
138 p. 

Poncelet (Edouard). Inventaire analytique des chartes de la 
collégiale de Sainte-Croix à Liége. Bruxelles, Kiessling, t. II, 
1922 11923], in-8, 552 p. (Publications de la Commission royale 
d'Histoire). 

Poncelet (Edouard). Sceaux des villes, communes, échevinages 
et juridictions civiles de la province de Liége. Liége, Vaillant- 
Carmanne, 1923, in-f°, 183 p. 

Prims (Floris). Geschiedenis van het Antwerpsch Turfdragers- 
ambacht (1447-1863). Antwerpen, Veritas, 1923, in-8°, xv-380 blz 
(Recueil des Travaux publiés par les membres des Conférences 
d'histoire et de philologie de l'Université de Louvain, 50° fasci- 
cule). 

Roland (Chanoine C. G.). Recueil des chartes de l’abbaye de 
Gembloux. Gembloux, Duculot, 1921 [1924], in-8°, 384 p. 

Sabbe (Maurits). Uit het Plantijnsche huis. Verspreide opstellen. 
Antwerpen, Resseler, 1923 [— 1924|, in-f°, pl., fig. 

Trelcat (Abbé Em.). Histoire de l’abbaye de Crespin, Ordre de 
Saint-Benoiïit. Paris, Gavaete, [1924], 2 vol. in-8°. 

Union académique internationale. Catalogue des manuscrits 
alchimiques grecs, publié sous la direction de J. Bidez, 
F. Cumont, J. L. Heiberg et O. Lagercrantz. I. Les Parisini, 
par H. LEBÈGUE; appendice : Les manuscrits des Coeranides. 
Tables générales par MARIE DELCOURT. — II. Les manuscrits 
des Iles Britanniques, par DOROTHEA WALEY SINGER, avec la 
collaboration d’Annie Anderson et William J. Anderson. 
Appendice : Recettes alchimiques du Codex Holkhamicus, par 
OTro LAGERCRANTZ. Bruxelles, Lamertin, 1924, 2 vol. in-8°, 
320 et 84 p. 

Van der Essen (Léon). La Belgique dans le Royaume des Pays- 
Bas (1814-1830). Bruxelles, La lecture au foyer, 1923, in-8°, 24 p. 

Van der Schelden $. J. (R. P. Bertrand). La franc-maçonnerie 
belge sous Le régime autrichien (1721-1794). Louvain, Uyst- 
pruyst, 1923, in-8°, xu1-446 p. {Recueil des Travaux, etc... de l'Uni- 
versilé de Louvain, 2° série, 1°r fasc.). 

Van Werveke (Hans). Het bisdom Terwaan van den oorsprong 
tot het begin der veertiende eeuw. Gand, Van Rysselberghe et 


BIBLIOGRAPHIE 987 


Rombaut; Paris, Champion, 1924, in-8°, 164 p. (Recueil des Tra- 
vaux publiés par la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Univer-- 
sité de Gand, fase. 52). | 

Vercoullie (J.). De taal der Vlamingen. Brugge, Centrale Boek- 
handel, [1924], in-8°, 96 p. (Cultuur en Wetenschap, 8). 

Verhaegen (Paul). La Belgique sous la domination française 
(1792-1814). T. II, Débuts du Directoire. Bruxelles, Goemaere. 
1924, in-8°, 511 p. 

Verriest (Léo). Les Coutumes de la ville de Tournai. Bruxelles, 
Goemaere, t I, 1923 [1924), in-40, 516 p. (Recueil des Anciennes 
Coutumes de la Belgique, publié par la Commission Royale des 
Anciennes Lois et Ordonnances). | 

Vincken (C.). Pater Ferd. Verbiest, missionaris en sterrekundige 
in China (1623-1688). Leuven, Xaveriana, [1924], in-8°, 40 p. 
(Xaveriana, n' 6). 





Nouvelles publications hollandaises. 


La maison Nijhoff de La Haye annonce quelques nouvelles 
éditions. 

Dans les travaux de la Société pour l’histoire économique 
(Werken uitgegeven door de Vereeniging Het Nederlandsch Eco- 
nomisch-Historisch Archief) le troisième volume des : Documen- 
ten betreffende de buitenlandsche handelspolitiek van Nederland in 
de XIX® eeuw, uitgegeven door Prof. M' N. W. Posthumus. 
Derde deel : Onderhandelingen met Pruisen en andere Duitsckhe 
staten tot aan de oprichting van het, Duitsche Tolverbond (1814- 
1833). 1923, xx-420 p. gr. in-8°. 

Le premier volume de cet ouvrage, paru en 1919, contient les 
documents concernant l’Angleterre (1813-1827); le second, paru 
en 1921, ceux ayant rapport aux discussions avec l'Angleterre 
sur la politique commerciale des colonies (1814-1823). 

De l'Annuaire de la Société (Economisch-Historisch Jaarboek), 
le volume IX (1923) a paru; ce volume comprend : Twee memoriën 
van G. M. Roentgen aangaande deijzerindustrie, uit het jaar 1823 
(M. G. de Boer). — Stukken betreffende de nijverheid der Réfu- 
gies te Amsterdam II (Léonie van Nierop). — Benjamin Raule 
und seine Handlungsbücher (Rudolf Hiäpke). — Eenige stukken 
aangaande den Amsterdamschen graanhandel in de 2° helft der 
xvir° eeuw (J. G., van Dillen). — Bijdrage tot de geschiedenis van 
den handel in Barbarije in de xvin® eeuw (G. J. Lugard). 

Ensuite Nijhoff entame une nouvelle série : Economisch- en 
Sociaal-Historische onderzoekingen onder redactie van Prof. 


988 BIBLIOGRAPHIE 


M° NX. W. Posthumus, dont le premier volume est : De handelspo- 
litieke betrekking'en tusschen Nederland en Frankrijk (1814-1914), 
door D'C. Smit. 1923, vui-148 p. gr. in-8°. 

Dans les travaux de la Linschoten Vereeniging a paru le 
tome XXII. De reis van Mahu en de Cordes door de Straat van 
Magalhaes naar Zuid-Amerika en Japan, 1598-1600, uitgegeven 
door F. C. Wieder; vol. II, De Straat van Mag'alhaes. 1924, 
xX11-119 p., cartes et il]. 


* 
+ * 


La Société historique d'Utrecht à fait paraitre le quarante- 
cinquième volume de ses Bijdragen en Mededeelingen. 1924, Am- 
sterdam, LXXXIH1-250 p. in-K0. Ce recueil contient, avec les rapports 
annuels : De bezittingen van de drie Groningsche commanderijen 
in het laatst der xvi‘ eeuw (D' E. Wiersum) — Brieven van Cas- 
par van Baerle aan Lieuwe van Aitzema (D' G. Das). — Eene 
deductie en een reisbericht van Herman Gijsen uit 1663 betref- 
fende de economische belangen der Republiek in de Zuidelijke 
Nederlanden (Mr D" S$S. van Brakel), — Nota van Sir Francis 
Nethersole over de partijstrijd in de Republiek en Engeland's 
houding daartegenover, 1625 (D' P. Geyl). — Een Engelsch repu. 
blikein over Willem Il's Staatsgreep in 1650 (D' P. Geyl). — 
Engelsche correspondentie van prins Willem IV en prinses Anna. 
1734-1743 (D' P. Geyl). — Een brief uit de dagen voor den slag 


bij Heilizerlee (D' J.-S. van Veen). — Iene memorie omtrent de 
Admiraliteit van de Maas, 1750 (A. Oltmans). — Remonstrantie 


van het Hof van Holland en de Rekenkamer nopens de adminis- 
tratie van den ontvanger generaal A. Coebel en de Staten van 
Holland (D' P.-A. Meilink). — De verdediging van M’ Jacob van 
den Eynden voor den Raad van Beroerten (D' P.-A. Meilink). — 
Hagepreeken en Beeldenstorm te Delft, 1566-1567 (J. Smibt). 

La firme J.-B. Wolters, Groningue-La Haye, vient de publier 
le premier volume des Bewijsstukken behoorende bij het Kort 
Begrip van het Oud-Vaderlandsch burgerlijk recht, du prof. 
M A.-S. de Blécourt. Ce dernier livre avait paru en 1922 (voir 
Revue belge de Phil et d'Hist., 11, p. 372). HÈ0: 


PÉRIODIQUES 


Index sommaire 


Linguistique. — 2, 10. 
Philologie. Généralités. — 27. 
— celtique. — 21. 
— grecque. — 9, 15, 16, 21, 22, 29. 


BIBLIOGRAPHIE 989 


Philologie latine. — 4, 9, 15, 16, 20, 29. 
— française. — 19, 20, 93. 


— roumaine, — 2, 7. 
=: néerlandaise. — 28. 


— slave. — 2. 
Littérature. Généralités. — 11, 19, 26, 28. 
— grecque. — 9, 15, 16, 20, 22, 29. 
— latine. — 9, 19, 15, 16, 29. 
Ru: — du moyen âge et des temps modernes. — 4. 
— espagnole. — 4, 26. 


— française. — 8, 19, 20, 23, 26. 
— itaiienne. — 1, 3, 8, 26. 


— roumaine. —- 2, 
— anglaise. — 20, 26. 
— néerlandaise. — 13, 28. 
—— scandinave. — 26. 
— slave. — 9, ® 
Histoire. Généralités. — 5, 6, 11, 13, 19, 20, 24, 95. 
— de l'antiquité. — 1, 6, 9, 11; 12, 13, 19, 20, 21, 99, 95, 29. 
— du moyen âge. — 2, 6, 11, 18, 19, 25. 
— moderne. — 4, 10, 11, 18, 20, 23, 24, 95. 
— contemporaine. — 10, 11, 13, 17, 18, 19, 20, 25, 27. 


= Cuesarts. = 15,19 14/1849. 

— dela civilisation. — 6, 7, 14, 20, 24. 
— économique. — 25, 27. 

—  desinstitutions. — 6, 11, 17, 18. 

— militaire. — 10. 


Sa 


-uMides mœurs: = 8,140,:19, 21: 
— des religions. — 6, 9, 12, 14, 19, 20, 21, 22, 25, 26. 
— des sciences. — 1,3, 9, 12, 13, 16, 19, 27. 


Archéologie. — 6, 7, 10, 13, 21. 


1. — Aesculape. XIV, 1924. 

LecapLain. Le Musée de l'Ecole de Médecine de Rouen, 1. 

J. VINGHON. A propos d'un cas d'amour morbide. 12. 

4 Masson. De la médecine à la papauté. Le destin de l'oculiste Pierre 
d'Espagne. 14. 

L. Berrraxr. Les origines morbides de la sensibilité de Flaubert. 18. 

R. CLévarp. Le foie dans l'antiquité. La légende de Prométhée ; les sacrifices 
divinatoires. 25. 

À. Mae. Les convulsionnaires de Saint-Médard. 29, 86. 

J. SABRAZES. Buffon précurseur de l’impressionnisme. 34. 

J. LorteL. Une saison à Cauterets en 1760 ; la cure de l'abbé Voisenon. 40. 

J. Vincaox. L'art et la folie. 44. 

J. AvaLox. Le type physique des Egéens. 73. 

V. Prror. Les anagyres Come et Damien en Bas-Limousin. 78. 

FLETCHER. La mort de Lord Byron, 89, 135. 


990 BIBLIOGRAPHIE 


P, Decmas. L'avarice d’une remplaçante au temps du Bien-Aimé. 94. 

B. Bon». Le personnage du « docteur » dans la comédie italienne. 141. 
J. AvaLox. Le mouvement médico-historique. 150, 171. 

R. Pace. Les lanternes des morts. 153. 

A. Monzer. L’artère sous-cutanée abdominale dans l'art. 157. 

L. Pouuior. En marge du codex avec le docteur Henri Leclerc. 159. 


2. — Arhiva. XXXI, 1924. 


J. BARBuLESOU. Une école littéraire cyrillique inconnue chez les 
Slaves et les Roumains. 1. 
N. OC. BEJENARU. Constantin Serban inainte de domnie. 14. 
J. JorDAN. Teoriile lingvistice ale lui Karl Vossler. 27, 101. 
A. SCRIBAN. Etimologii. 36. 
J. BARBULESCU. À neaccentuat neprefacut in à in limba romana. 
sh | 
— Un Dimitrie Cantacuzin Scriitor in sec. xv. #1. 
es Slavistica #ominà indispensabila slavisticei slave. 
42. 
— Progresele filologiei romine dupa Miklosich. 46. 
J. JORDAX. A intärca. 49. 
— Laumele. 50. 
V. VERICEANU. Insemnari, la Puskin, despre noi Si rasboiul ruso- 
turc din 1711. 53. 
N. A. BoGpaxX Din trecutul medicinei la noi. 59. 
J. BarBuLEsCU. Nasterea individualitatii limbii romime si elemen- 
tul slav. 81. | 
N. C. BEJENARU. Mircea II. pretendentul. 110. 
P. CoNSTANTINESOU-Tasr. Mosteniri stravechi in arta populara. 11%: 
J. BarBuLESOU. O biserica a lui Matei Bassarab la Vidin. 123. 
— Ghiôrlan. 125. 
— Colnic. 126. 
— Cobilita. 127. 
J. NEGRESOU. « Vlahii » in Zakonikul lui Stefan Dusan. 129. 
J. JORDAN. Alivanta. 131. 
A. SCRIBAN Ceva despre vocalele intonate in limba romineasca. 
138. 
TJ. Burapa. Descintec de ceas race. 141. 
3. —- Archivio di storia della scienza. V. 1924. 


Laiquez. Semiologie des demonopathies en 1580. 1. 

H. Bazzs. Studien über Aristoteles als vergleichenden Atom. 5. 

G. Gage. Biografie e bibliografie di scienziati arabi. II. Maimonide. 13. 
[II. Averrhoe. 156. 

R. Garrar. Antiche teorie dell'influenza dei vermi sull'organismo ed 1 precur- 
sori italiani della parasitologia. (Magati, Bassi, Rivolta). 16. 

G. Lorra. Moritz Cantor, 1819-1920, con completa bibliografia. 28. 

L. SABBATINI. Di una suppossa opera di L. Ghini. 37. 

F. PaniNI. Intorno ad un erbario di G. B. Casapini esistente in Modena. 1, 148. 


BIBLIOGRAPHIE 991 


A. DEL Gaupio. Dante lette da un medico. Fisiologia della generazione umana 
nel canto XXV del Purgatorio. 101. 
R. AumaGra. Notizie bibliografiche sui lavori cartografici di G. A. Magini. 114. 
P. Casori. Notes on Luca Paciolûüs Summa. 195. 
4. — Bulletin hispanique. XXVI, 1924. 
M. Beswier. Itinéraires épigraphiques d'Espagne. 1. 
M. BaTaizLox. Erasme et la chancellerie impériale. 27. 
E. Mere. Las poesias latinas de Garcilaso de la Vega y su permanencia in 
Italia. 35. 
C. Vinas-MEY. Nuevos datos para la historia de ilos Afrancesados. 52. 
NuNEs pa ARENAS. Una Carta inedita de Fernan Cabarello. 69. 
S. Griswozn MorLeY. Ya anda la de Mazagatos comedia desconocida atribuida 
à Lope de Vega. 92. 
R. Cosies. Antonio de Guevara. 193. 
A. Morez-Fario. Don Francisco Amoros, marquis de Sotelo, fondateur de Ja 
gymnastique en France. 205. 
G. Boussacor. Source et composition du « Zumala-Carregui» de B. Pérez 
Galdos. 24. 
H. Guy. Ernest Mérimée. 265. 
5. — Bull. de l’Inst. p. l’Etude de l’Europe Sud-Or. 
1923 
N. JorGa. Raguse et les Roumains. 33. 
— Les origines de l'art populaire roumain. #4. 
— L'ornementation du vieux livre roumain. 51. 
— Une synthèse de l’histoire de la Hongrie. 73. 
— Notes roumaines sur l'architecture religieuse serbe. 77. 
— Un document nouveau sur le projet de mariage français du roi 
Ladislas le Posthume de Hongrie. 110. 
— Un « Comte de Valachie » en Orient. 112. 
C. J. KaranJa. Une branche des PalGologue en Angleterre. 113. 
6. — Discovery. V, 1924. 
S. CAssox. New light on the ruins of Troy. 14. 
A. C. Hapox. The cultural history of the Pacific. 40. 
F. G. KENxox. An autograph of Shakespeare. 60. 
II. — M. Han. The origin and the development of the Turks. 19. 
R. WiLton-PaGax. Paris 2000 years ago. 38. 
C. S. Hicnaw. Origin of votes and proceedings. 43. 
W.R. Hazziay. A Jewish community in Egypt in the fifth century B. C. 93. 
FR. WELLsroop. The excavation of an Anglo-Saxon cemetery at Bidford on 
Avon. 111. 
L. SPENCE. The obsidian religion of ancient Mexico. 158. 
7. — Dunarea. I, 1924. 
P. PAPAHAGI. Tulcea, Isaccea si Vrancea. 31. 
G. PRoriRici. Contributiuni la studiul culturei romänesti in 
Silistra sub dominatiunea turea. 46. 
Proverbe tataresti. 54. 
P. PAGAGxH1I. Reni. 61. 


992 BIBLIOGRAPHIE 


P. PAGAGHI Sumedru Un nou element arominesc in Dacoro- 
mana. 04. 
— Monumentul viteazulvi musa. 68. 
— Holinsa Pasa. 70. 
— Durostorum. 72. 


8. — Giornale stor. d. letter. ital. XLII, 1924. 


J. Ziccarni. Le liabe di G. Gozzi. 1. 241. 

U. Benassi. Una guerra letteraria italo-francese del sec. xvur. D4. 

S. DE Cuiara. La pena dei suicidi nella Divina Comedia. 84. 

. BosezLr. Uno scritto ignorato di Ugo Foscolo (La rivoluzione napoletana 

del 1798-99). 96. 

x. ZAGGAGNINI. Nuove notizie intorno a Soffredi del Grazia. 210. 

. ORLANDI. Intorno alla vita e alle opere di Pietro Andrea de Bassi. 285. 

. Levi-Mixzr. Il vice consule Paccanoni e la famiglia Pellico. 321. 

3. Viraierm. Per il tema del « Malo Alloggio ». 376. 
9. — Hermès. LIV, 1924. 

R. REITZENSTEIN. Zur rômischen Satire. 1. 

7. ÊHRENBERG, Spartiaten und Lakedaimonier. 23. 

R. HeINzE. Ciceros « Staat » als politische Tendenzschrift. 73. 

A. V. PREMERSTEIN. Zur Aufzeichnung der Res gestae divi Augusti im pisidischen 
Antiochia. 95. 

. BerHE. Der Spielplatz des Aischylos. 108. 

K. PRAECHTER. Simpl. in Arist. de Caelo. p. 370, 29 ff H. 118. 

A. Kôrte.' Der Adel Herodots. 119. 

W. CareLLe. Heracliteum. 121. 

W. WiLckEx. Zu Jason von Pherai. 1923. 

A. v. BLUNENTHAL. Zum Tragikertext. 127. 

M, WELLMANN. Beiträge zur Quellenanalyse des älteren Plinius. 129. 

M. Pourenz. Eine politische Tendenzschrift aus Caesars Zeit. 157. 

W. CareLe. Das erste fragment des Herakleitos. 190. 

K. Müxscuer. Der Bau der Lieder des Aïschylos. 204. 

W. Srerxkobr. Heldenlieder und Schildgesang in Tacitus's Germania. 237. 

Frericus. Thukydides. 241. 

H. DEGERING. Zu Cicero. Tuseul. [ 97. 245. 

H. WircricH. Von Athen über Pergamon nach Jerusalem. 246. 

WaizzamowiTZ MoELLENDoRF Lesefrüchte. 249. 

P. GouixKE. Die Entstehungsgesch'chte der naturwissenschaftlichen Schriften 
des Aristoteles. 274. 

P. SreuGEeL. Zu den griechischen Sakralaltertümern. 307. 

K. Barwicn. Zur Geschichte und Rekonstruktion des Charitiustextes. 332. 

K. REITZENSTEIN. Zu Cicero de re publica. 356. 

F. FRAENKEL. Fragmente der neuen Komôdie. 302. 

10 — Hespéris. III, 1923. 

. DELArOSSE. Les débuts des troupes noires au Maroc. 1. 

. J. Renaun. La peste de 1818 au Maroc. 15. 


. GaLLiorTi. Le lanternon du minaret de la Koutoubia, à Marahech. 37. 
. Basser. Notes de linguistique berbère. 69. 


> 


s00c 


Pol 


RL En ES 


BIBLIOGRAPHIE 993 


L. Bruxor, Vocabulaire de la tanrerie indigène à Rabat. 83. 

P. Ricarp. Tapis du Rabat. 125. 

H. Basser. Deux petroglyphes du Maroc oriental. 14. 

H. Terrasse. Le décor des portes anciennes du Maroc. 147. 

R. MoxraGxe. Les marins indigènes de la zône française du Maroc. 171. 

J. Herser. Les Hamadchea et les Dghoughiyyin. 207. 

E. Laocusr. Pêcheurs berbères du Sous. 237, 297. 

A. Cnormn. Airs populaires recueillis à Fès. 275. 

J. Gazuiorni. Sur une cuve de marbre datant du Khalifat de Cordoue. 363. 

R. TapJouré. Le mariage juif à Salé. 368. 

H. pE CASTRIES. La conquète du Soudan par EI Mansour (1591). 433. 

L. CHATELAINX. Inscriptions de Volubilis. 489. 

E. Paury. Le plan de l’université Qarawivin à Fès, 515. 
11. — History. IX, 1924. 

G. Courrox. Two ways of history. 1. 

Powicke. and some observations in conclusion. 13. 

E. Hazevy. Franco-german relations since 1870. 18. 

A. Granr. Catherina of Medicis and the French war of religion. 50. 

3. M. TREVELYAN. History and literature. 81. 

A. Tomas. Some recent contributions to the early history of London. 92. 

A. EaGzEsrox. Parliamentary analogies from the Channel Islands. 103. 

A. Mawer. The Vikings. 116. 
12. — Klio. XIX, 1923-1924. 

IL. Môreriwor. Zur Geschichte der Barttracht im alten Orient. 1. 

C. Gurarzscn. Euryhiades und Themistokles bei Artemision und Salamis. 62. 

W. Scaur. Untersuchungen zur Geschichte der Kriege Corbulos. 75. 

B. Mrrszxer. Babylonische und Griechische Landkarten. 92. 

WW. SPIEGELBERG. Der Ursprung einer herodoteischen Novelle (zu Herod. IT. 
107). 101. 

B. MriszNxER. Zu Strabo XVI, 1, 9. 103. 

C. Lenmanx-Haupr. Zu Sallusts Invektive gegen Cicero. 104. 

V. EarexBEerG. Kleisthenes und das Archontat. 105. 

W. Gôz. Tiuwpa. 110. 

P. Scuxagez. Die Begründung des hellenistischen Kôünigskultes durch 
Alexander. 113. 

C. GurakscH. Streitsätze zur Salamis frage. 198. 

J. Soccu. Bithynische Städte im Altertum. 140, 

V. ExreN8ERG. Monumentum Antiochenum. 189. 

A. v. GERKAN. Antikes Seewesen. 214. 

K. Becocu. Pomtow's Palinodie. 215. 

13. — Haagsch Maandblad. 1, 1924. 

. VAN ÉEDEN-E. VERHADE. Wat ontbreekt er aan ons tooneel? 65. 

. V. BissiNG. Om Toet-anch-Amoen’s Graf. 75. 

. DE BaLBraN. J. T. Cremer’s gedenkschriften. 108, 236, 358. 

A. vAN DEN BROEK. De voorhistorische mensch. 228. 

J. Six. De Pandora van Jan Six. 378. 

F. Scuogrr. De nederlandsche Handelmaatschappij 1824-1924. 408. 

N. Jarmse. De oorzaken van den wereldoorlog. 424. 


css 


66 


994 BIBLIOGRAPHIE 


C. Veru. Het Rijksmuseum en zijn inhoud. 468. 

J. VAN BEMMELEN. Goethe en de erfelijkheid. 547. 

L. Kxappert. De gave taal. 724. 

11. 1924. = H. v. Maxnere. Een kwartecuw nederlandsche vredeshewe- 
ging. 92. 

P. Tescn. De geschiedenis van de Noordzee. 107. 


14. — Mannus. XV, 1923. 


P. Bork. Germanische Gôtterdreiheiten. 1. 

PAULSEN (J.). Funde aus dem frühen Neolitikum Holsteins. 20. 

SCHIRWITZ (K.). Frühneolitische Funde aus dem nord-ôstlichen Harzvor- 
lande. 30. 

J. 0, v. p. HAGENx. Bronzezeitliche Gräber- und Einzelfunde in der Ucker- 
mark. 38. 

KRüÜGEL (M.). Flachgräberfeld und die Siedlung der jüngeren Bronzezeit auf 
dem « Werder » bei Bukow. 92. 

A. FRiepeNtuar. Ein Versuch zur Herstellung baltisch- archiologischer Typen- 
karten. 113. 

P. Hôrrer. Die fränkischen Feldflaschen und deren Herstellungsort. 126. 

J. O. v. pb. HAGEx. Die Verôffentlichungen vorgeschichtlicher Funde der Ucker- 
mark seit 1900. 145. 

J. Bayer. Alter und Wesen der Askalonkultur, 187. 

N. NixLassox. Die vorgeschichtliche Forsechung in der Provinz Sachsen, in 
Anhalt und Gross-Thüringen seit 1900. 231. 

W. GAERTE. Das Schuhsohlen-, Rad- und Kreuzsymbol auf den Schwedischen 
Felszeichnungen. 271. 

J. Keru. Ein sog. « Turbanring » aus Leitmeritz. 286. 

B. v. Ricarnorex. Zu Latènezeit in Osteuropa. 298. 

H. v. ». Osrex. Der Räuberberg bei Schwenow in der Mark. 299. 

B. HoGrese. Die Kulturschicht in unseren Stadte und ihre Auswertung für die 
Volksbildung. 305. 

M. GRüNEWALD. Altgermanische Wellanschauung und deutsch kristliche 
Kunst. 331. 

XVI, 1924. — P. ScmEerreRDECKER. Ueber den Kulturzustand der Urmen- 
schen. 1. 

N. NixLassox. Der stratigraphische Aufbau des Baalberger Hügels bei Bern- 
burg, 46. 

N. NikLASSON. Ein Grab der Kugelamphorengruppe aus Thüringen. 53. 

H. Hecx. Ein Randbeil aus der Gemarkung Laufenselden in Nassau. 58. 

W. GaerTTkE. Die Grifflanze in der vorgeschichtlichen Kultur Skandina- 
viens. 62. 

J. Wie. Ein altgermanischer Haaropfer. 64. 

K. Scmimwirz. Ein seltener Fund aus dem Harzgebiet. 76. 

W. Scauzz. Die Fibeln des Begrabnisplatzes von Niemberg. 99. 

G. Kosscua. Zum niemburger Fiebeltypus. 11. 

— Zum Haaropler. 112. 
R. Bucxnarpr. Zur Lage von Vineta. 113. 
W. Scurrz. Zeitrechnung und Weltordnung bei den Germanen. 118. 


BIBLIOGRAPHIE 995 


F. Bork. Zur Entstehungsgeschichte des Futhare. 127. 
G. Kossina. Zu meincr ostgermanenkarte., 160. 

15. — Mnemosyne. N. S. L. II, 1924. 
P. H. Dausré. De Propertii elegi L 21. 1. 

— — Ad Propertii I 3 vs. 16. 8. 
J. P. PosrGaTe. Sophocles. 9. 
[. ERRANDONEA. Sophocleï chorie persona tragica. 27, 299. 
A. J. KRONENBERG. Ad Plutarchi moralia. 61. 
C. BRakmax. Observationes grammaticae et criticae in Salvianum. 113. 
J. P. Posreate. Corrigenda ad Sophoclea. 185. 
H. P. Dausré. Ad Petronii carmina. 86. 
T. Zræunskr. De Euripidis Thebaide posteriore. 189. 
G. VozLGrarr. De lapide cylindro. 207. 
J. GC. Nager. Observatiunculae de jure Romano. 212, 250. 
S. PHiLLiMoRE. Ad Virgili Bucolicon VI. 43-44, 221. 
P. Corssex. Tertulliani adversus Marcionem in librum quartum animadver- 

siones. 225. 
P. H. Damsré. Propertiana. 276. 
1: V. AEKAN. 292. 
P. GROENEBOOM. Ad Lysiae orationem primam, 293. 
C. BRakmax. Animadversiones in auctorem ad Herennium. 329. 

16. — Philologus. LXXIX, 1923-1924. 
l. Birr. Beiträge zum Verständnis der Oden des Horaz. 1. 
N. WEGKLEIN. Die Antiope des Euripides. 51. 
E. BoRNEMANx. Aristoteles’ Urteil über Platon’s politische Theorie. 70. 113, 234. 
K. RuppsecaT. Empedocles fr. 133. 112. 
H. Macxus. Neue Bruchstücke einer Ovidhandschrift. 159. 
K. Prixz. Beitrag zur Kritik und Erklärung der Achilleis des Statius. 188. 
R. WAGNER. Der Oxyrhynchos-Notenpapyrus. 201. 
H. LEnuanx. Zu Petrons Cena Trimalchionis. 222. 
W. ANpERSOX. Die Meleagrossage bei den Letten. 222. 
W. EuszZzin. Zu Appian C. c. 1 94, 434. ed. Viereck. 224. 
E. Kapp. Sokrates der Jüngere. 225. ge 
H. Bocxer. Kaiser Julian s Rede. 258. 
O. ViepeBANTT. Metrologica. 298 
W. Scamp. Vergilius Catalepton. 313. 
SCHWIERCZCNA. Conieclanea in Frontonem. 317. 
H. Kimcaxer. Dikaïiarchos über Anziehung ? 322. 
Th. SnierLer. Das Wernickesche Gesetz und die bukolische Dihärese. 323. 
E. Bicuez. Neupythagorische Kosmologie bei den Rômern. 335. 
O. Crusics. Der Traum des Herondas. 379. 
L. Guriirr. Testamentum porcelli. 433. 

17. — The Amer. Hist. Review. 1924 XXIX. 
E. P. CHEYyNEY. Law In history. 231. 
E. N. Cerris. American opinion in french nineteenth-century revolutions. 249. 
A. B. DaruiNG. Jacksonian democracy in Massachusetts, 1824-1848. 271. 
H. Carter. The Metz interview of May 9, 1877. 288. 
J. W. WaiGar, The rifle in the american revolution. 293, 


+ 


996 BIBLIOGRAPHIE 


B. Scamirr. Tiip'e Alliance and Triple Entente, 1902-1914. 449. 

S. BeMiS. British secret service and the French-American alliance. 474. 

Ca. Pau. The vice-president and the cabinet. 496. 

W. Bowpex. The influence of the manufacturers upon the early policies of 
William Pitt. 655. 

O. SrauzniNG. The military studies of Georges Washington. 673, 

P. Merk. The Oregon pioneers and the boundary. 681. 

R. S. Correrizz. The Louisville and Nashville raïlroad, 1861-1865. 700. 

K. GREENrIELD, The Australian Governement and Italian conspiracy, 1831- 

1835. 716. 

18. — The English Hist. Review. 1924, XXXIX. 

J. G. Euwanps. The battle of Maes Madog and the welsh campaign of 1294-5. 1. 

H. Gray. The production and exportation of English woollens in the fourteenth 
century. 13. 

J. NEALE. Peter Wentworth, 36, 175. 

H. TeurerLey. Priacess Lieven and the protocol of 4 April 1826. 55. 

W. Srexron. Roger of Salisbury, Regni Angliae procurator, 79. 

J. Tarr. A new fragment of the inquest of sheriffs (1170). 80. 

R. SrewaRT-BRoWx. The « Rageman » and bills in Eyre. 83. 

E. pe BEEr. Charles Il and Louis XIV in 1683. 86. 

Tu. Srore. The journey of Cornelius Hodges in Senegambia, 1689-1690. 89. 

C. STEPHENSON. The « Firma unius noctis » and the Customs of the Hun- 
dred. 161. 

P. Tnomas. The beginning of calico-printing in England, 206. 

H. Davis. The genesis of the war. 217. 

G. Fowzer. Henry FitzHenry at Woodstock. 240. 

H. Ca. The general eyres of 1329-30. 241. 

C. BuckLann. An Englisch estimate of Metternich, 1813. 256. 

J. Fox. The originals of the Great Charter of 1215. 321. 

D. Marraew. The Cornish and Welsh pirates in the reign of Elisabeth. 321. 

C. Gros. The Anglo-Dutch alliance of 1678. 349. 

A. BucxkLann. Richard Belgrave Hoppner. 373. 

W. Miizer. The Finlay papers. 386. . 

C. Waiker. The date of the Conqueror’s ordinance separating the ecclesiasticat 
and lay courts. 399. 

W. Morris. Plenus comitalus. AO. 

T. Tour. A national balance-sheet for 1362-35. 404. 
19. — La Revue belge.I, 1924. 

H. p’ALMERas. Joséphine de Beauharnais et Ia prétendue évasion de 
Louis XVII. 236. 

II. — Général MaxaIx. Les armées françaises en Belgique : Jemappes, 1792. 
1.424; 

J. Vazuy-Baysse. Le cinéma et son histoire. 69. 

A. THÉRIVE. La vie de la langue française. 139. 

V. Gize. Le théâtre de Victor Hugo et la parodie. 218. 

A. Gorrin. Etude sur les primitifs de l'Ecole flamande. 233. 

H. D’ALMERAS. Petrarque, alpiniste et l'ascension du Ventoux. 350. 

JEAN BERNARD. La vraie Madame Sans-Gène. 498. 


BIBLIOGRAPHIE 997 


LL. Berrranv. L'Afrique et les basiliques chrétiennes au temps de Saint- 
Augustin 471. III, 30. 

P. VERHAEGEN. Torts, jurisconsuite, diplomate et administrateur (1753-1893). 
508. IIT, 58. 

ICI. — Cu. SaroLEa. La révolution française et la révolution russe. Contraste 
et parallèle. 21. 

A. ALBALAS. Le rôle de l’érudition en littérature. 60. 

G. GauraEroT. Les drames de l’éch faud. Une héroïne de l'amour conjugal. 
137, 324. 
20. — Revue des Cours et Conférences. XXV, 1924 

P. Lesay. Plaute. 1, 133, 340, 404, 502, 633. 

IL. DuresrRe. La guerre mondiale 1914-1918. 8, 208, 417. 

P. Marrino. La poésie symboliste. Verlaine. 59, 145, 193, 323, 465. 

3. CONEN. Ronsard, sa vie et son œuvre. 63, 222, 259, 431, 558. 

A. Le BRETON Madame de Maintenon. 97. 

H. Guror. Eugène Delacroix, d’après son Journal. 113, 304, 512, 630. 

A. Marrmez. La Convention. 160, 350, 587, 739. 

P. BerGer. Les poètes anglais de l’époque victorienne. 172, 266, 533, 616, 752, 

A. ABATANGEL. Un manuscrit ignoré. 189. 

R. Doucer. Le gouvernement de Louis XI. 240, 375, 524, 661. 

E. Faquer. Education littéraire des hommes de la Pléiade. 299, 885. 

E. Esrève. Sully Prud’homme, poëte sentimental et poète philosophe. 481, 
T24r 

A. Duseux. Le français langue vivante. 571. 

A. Puecn. Héraclès dans la légende et dans la poésie grecques. 577, 709. 

L. Morpeau La muse haïtienne d'expression française. 602. 

A. Cavory. Une nouvelle édition de Ronsard. 670. 

G. Ascozr. Voltaire. 673. 

P. Jourpa. Stendhal en Italie. 688. 

XXV, III. — À. Marmez. La Convention, 1, 429. 

G. Ascour. Voltaire. 16, 128, 275, 302, 616. 

A. Pcorcu. Héraclès dans la légende et la poésie grecques. 28, 117, 316, 522. 

P. BerGer. Les poètes a.glais de l’époque victorienne. 40, 230, 368, 462. 

E. EsrÈve. Sully Prud’homme. poète sentimental et poète philosophe. 52, 97, 
244, 331, 443, 547, 651. 

H. Gu.ror. Eugène Delacroix, d'après son Journal. TI, 264, 352. 

H. DuresrRe. La guerre mondiale 1914-1918. 145. 

G Leyay. Plaute. 171, 206, 376, 631. 

A. LE Brerow. Les « Misérables » de V. Hugo. 193, 289, 394, 535, 602. 

R. Hu8err. L'évolution intellectuelle de Renan. 215. 

P. Moreau. Chateaubriand et l'Amérique. 408, 568. 

F. Brunor. La romanisation de la Gaule. 481. 

J. Sazverpa de Grave. Introduction à une histoire de la nation et de la civili- 
sation hollandaise. 491. 

H. LicareNBerGER. La mission théatrale de Wilhelm Meister. 577. 
21. - Revue des Etudes anciennes. XXVI, 1924. 

A. Cuxx. Questions gréco-orientales. Le disque de Phaestos. 5. 

G. SeurE. Le musée de Belgrade : reliefs votifs inédits. 30, 


998 BIBLIOGRAPHIE 


C. Juzrtax. Notes gallo-romaines. Les problèmes d’Anse-sur-Rhône, 68. 

G. Dornix. La langue gauloise dans les graffites de la Granfesenque, 73. 

R. P. Lane. Autour de la Madeleine de Tardets, 77. 

C. Davizzé. A Verdun. 77. 

P. Rousses. La fondation des Sotéria de Delphes. 97. 

E. Cauex. Note sur la topographie de l’ancienne Grèce. 112. 

C. Juuuax. Notes gallo-romaines. CIT. Lucain historien. La forêt sacrée du 
terroir marseillais. 105. 

V. LeBLon». L'inscription des vicani ralurnagenses du musée de Beauvais. 122. 

P. Lor. Encore Iguoranda. 125. 

M. Burarn. Akpoyeipiouoç. 193. | 

J. Pazanque. Le témoignage de Socrate le scholastique sur saint Ambroise. 
216. 

CG. Juzzrax. Notes gallo-romaines. CITE. Nanterre lieu saint, le martray de 
Nanterre. 227. 

GC. Davizie. La terminaison celtique «avos », 230. 

J. NazarRE. L’habitation gauloise. 233. 

G. DE Monrauzax. Le confluent du Rhône et de la Saône à l’époque romaine. 
235. | 

O. Janse. Notes sur les premiers rois païens de la Suède. 243. 
22. — Revue des Etudes Grecques. XXXVI, 1923. 


M. HozzEaux. Le décret des milésiens en l'honneur d’Apané. 1. 

E. CaEx. L’autel des cornes et l'hymne à Délos de Callimaque. 14. 

G. GLorz. Un transport de marbre pour le portique d'Eleusis (333/32). 26. 

L. ParmenrTieR. Note sur les Troyennes d'Euripide. 46. 

Tu. Rexacu. Le Bosphore chez Eschyle. 62. 

SEYMOUR DE Ricci. Bulletin papyrologique. V. 66, 217. 

M. Hormxaux. Etude d'histoire hellénistique des conférences de Lokride et 
la politique de T. Quinetius Flamminius (198 av. J. C.). 115. 

G. Méacuris. Recherches sur l'expression des masques dans quelques tragédies 
d'Euripide. 172, 

R. Ganszynice. Les origines du style personnel dans l'épopée. 183. 

Ch. Brusror. De quelques passages obscurs dans le Nouveau Testament. 193. 

Tu. SaucIuc-SAVEAME. Le décret en l'honneur du macédonien Corrhagos. 197. 


23. — Revue des Études hongr et finno-ougr. 1, 1923. 


B. Bouvier. Une traduction inédite d'Amiel : La feuille tremble, de Pétôfi. 113. 

A. Pauzer. Liszt et la Hongrie. 117. 

BELA Zoznar. Les origines de quelques légendes de Mathias Corvin, roi de Hon- 
grie. 195. 

Dezso Pais. Les rapports franco-hongrois sous le règne des Arpad. Il. Les 
colonies françaises et leur rôle économique. 137. 

A. Ecxnarpr. Les livres français d’une bibliothèque privée en Hongrie au 
xvure siècle. 145. 

GEHA Barcezi. Autour d'une étymologie. Fr. clenche © hongr. kilines « poignée 
de porte ». 184. 

Z. BaRanyar. Une visite hongroise chez Rousseau à Montmorency. 188. 

eT Autonomie des petits peuples finno-ougriens. 195. 


BIBLIOGRAPHIE 998 


I1, 1924. — Käcmaix Isoz. Le manuscrit original du Rakoczy de Berlioz. 5. 
Eceuér Mäizyxoz. La formation d’un comitat dans la Hongrie historique. 18. 
Lagos RÂcz. J.-J. Rousseau et la Hongrie. 31. 

24. — Revue d’Hist. écon. et sociale. XII, 1924. 

P. Raveau. L'agriculture et les classes paysannes dans le Haut-Poitou au 
xvie siècle. 1. 

P. Boxpors. La misère sous Louis XIV. La disette de 1662. 53. 

G. Prrou. Georges Sorel. 118. 

H. Sèe. Quelques aperçus sur le capitalisme commercial en France au 
xvin® siècle, suivis d’une note sur l’évolution du sens du mot capital et 
revenu. 165. 

G. PERREUX. L'affaire du Drapeau rouge (25-26 février 1848,. 181. 

G. Bourax. Notes d'archives pour le commentaire de Proud’hon. 207. 

G. Bousquer. Vilfredo Pareto. Le développement et la signification historique 
de son œuvre. 225. 

25.-— Revue historique. CXLV, 1924. 

P. CLocaé. Les dernières années de l’Athénien Phocion. 1. 

P. Azraric. Christianisme et gnosticisme. 42. 

H. BruGmaxs. Deux historiens du xvre siècle : De Thou et Emnius. 55. 

P. Marrer. Cavour et la guerre de Crimée. 161. 

E. Mauvais. La journée de huit heures et les vignerons de Sens et d'Auxerre 
devant le parlement de 1383. 203. 

CXLVI, 1923. — Cu. Fuxuiarre. Gerberon, bénédictin janséniste du 
xviie siècle. 1. 

G. CAHEN. Les Mongols dans les Balkans. 55. 

P. Warz. Les artisans et leur vie en Grèce : ve et vie siècles. La condition 
sociale des artisans. 161. 

C. G. Picaver. L'organisation du travail diplomatique en France de 1667 
à 1670. 205. 

H. Weiz. Talleyrand courtisan peint par lui-même. 222. 

26. Revue delitt. comparée IV, 1924 

F. L. Scnoecr. Les mythologistes italiens de la Renaissance et la poésie élisa- 
béthaine. 5. 

A. Desmour. L’indianisme de Voltaire. 2%. 

P. Van Tiecaem. Les idylles de Gessner et le rêve pastoral dans le préroman- 
tisme européen. 41, 222. 

P. Bertaux. L'influence de Zola en Allemagne. 73. 

E. Mayias. Ibsen et Fogazarro. 92. 

H. Burior. Dante et la censure russe. 109. 

Cn.-J. Dwruy. Une lettre inédite de Stendhal. 120. 

E. Pons. Note sur la géographie de Balzac. L'ile de Cadzant. 124, 331. 

À, Pazacios. L'influence musulmane dans la Divine Comédie. 169, 369. 

L. P. THomAs. François Bertaut et les conceptions dramatiques de Caldéron.199. 

J. M. Carré. Michelet et l'Angleterre, 270. 

L. LEMONNIER. Pope traducteur de Boileau. 323. 

F. Boyer. Logement de Stendhal à Rome, 329. 

G. Rorn. Sur la sincérité de Mallarmé. A propos de la préface de Vathek. 335. 

P. LaumoniER. Ronsard et l'Écosse. 408. 


1000 BIBLIOGRAPHIE 


G. Mauvais Les prétendues relations du Tasse et de Ronsard. 429. 

W. Poixterskr. Ronsard et la Pologne. 443. 

L. Cazamran. La psychanalyse et la critique littéraire. 449. 

H. Hauverre. Note sur Ronsard italianisant. 476. 

L. P. Tomas. Ronsard et quelques poètes de la « Rose du Soir ». Le thème de 
la fleur et du pré. 481. 

M. neLL’ Isoza. La priorité de l'ode Cinque maggio sur l'ode Bonaparte. 495. 

F. BazneNsPeRGER. Lettres inédites d'Alfred de Vigny à Henry Reeve. 496. 
27.— Scientia. XXXV, 1924. 

S. Levi. Les parts respectives des nations occidentales dans les progrès de 
l'indianisme. 21. 

S. SrEPANowW. Une interprétation économique de la révolution russe. 117. 

P. G. TeixEIRA. Sur l’histoire de la fondation de l'astronomie nautique. 241. 

P. BonFAn1E. Rome et Amérique. 351. 
28. — De Nieuwe Taalgids XVIII, 1924. 

A. BEets. De Camera obscura met aanteekeningen. 1. 

L. H. Eyxuan. Geschiedkundig overzicht der klankleer in Nederland. 17. 

Pu. Simows. Plastiek. 34. 

GC. vAN HAERINGEN. Eenheid en nuance in beschaafd-nederlandsche uitspraak.65. 

C. ne Vooys. De twaalf sonnetten van de Schoonheyt ten onrechte aan Bredere 
toegeschreven. 86. 

G. E. OPSTELTEN. Vandalisme. 81. 

P. Vazknorr. Lamartine in Nederland. 113. 

A. C. Boumax. Het Afrikaansch. 122. 

W.pE VRies. Kan bij onze collectiva het praedicaat meervoudig zijn ? 132. 

M. Ramonpr. Jacob Revius’ lied van den postillon. 139. 

P. GREINER. Heeït de onderscheiding van eigenlik en oneigenlik bij de samen- 
stellingen recht van bestaan ? 143. 

Pu. Simoxs. Styl. I : Duidelijkheid en kracht. 161. 

J. Expepors. Groenstraat bargoens. 172. 

C. VAN HAERINGEN. Zang- en spraakles. 199. 

K. pE Raar. « Op het gezigt van trekkende kraanvogels ». 206. 
29. — Plilologische Wochenschrift. XLIV, 1924 

Fr. Harper. Zu den Winzerneckereien bei Horaz. Sat. I 7, 28 #. 87. 

A. GupEmAN. Minucius Felix und Tertullian. 90. 

C. Menus. Die TTokac Helvetiens : Gannaduron und Forum Tiberii in der 
« Geographia » des Claudius Ptolemaeus. 183. 

P. WESsxEr. Zu Priscian. 187. 

O. KERx. XAPXA ? 190. 

E. Loew. Zu Parmenides I 31, 32. 300. 

R. HozLax». Zu Nikainetos von Samos. 302. 

K Kuxsr. Ein erotisches Wandermotiv. 308. 

À. Kurress. Zu Hor. carm. I 32. 304. 

À  ZaumErMANx. Herleilung der lateinischen Zahlen 1-10. 305. 

L. RAneMAGHER. Stellung der Negation. 306. 

— Theognis 127. 400. 
P. Water. Zu Ammianus Marcellinus, Senecca, Valerius Maximus, Vitruv. 401. 
A. Gupemax. Eine Quellenspur bei Porphyrio. 403. 


BIBLIOGRAPHIE 1001 


M. Müaz. "AvOpwrmoc fuepbTratov Lbov. 405. 

M. Forsrver. Die Lage des altlatinischen Stadt Scaptia. 405. 
R. Hozzaxn. Komon f. 9 über Semiramis. 496. 

B. WaRNECKkE. Zum Plautinischen RunENs. 498. 

Ta. Kakrinis. Zu Catull Lxur 63-65. 501. 

P. ZimmErMaNN. Charitonea. 609. 

R, Sause. Zu Lukan V 790-801. 616. 

TH. GRIENBERGER. Istuacones quorum Sugambri. 619. 

O0. Wesrerwicx. Zur Ars poelica des Horaz, 643. 

J. Kazrrsouxaxis. Der iotoc ciner Strabostelle. 670. 

K. Bussce Zu Senecas Briefen an Lucilius. 693. 

W. WeIngerGER. Zur Entstehung der karolingischen Minuskel. 718. 
R. Saxse. Die Textlücke im Montepessulanus Lukans. 763. 


- PE d Ù \ es tr | fi pt 


1e 
= 


tés fa #4 tu di À 


L' 





A 


# \t= L 
ARETEN VE ati EU. 


TA 

Æ 
EX 

11 È ‘ i (ha ® 


Le 
71 é LL ‘ns ait à Ave 
EL 


L i DETTE 


{ 
#: 
i 
- 4 
, 
2 
| < 
» - +. 
+ 
FA 
"AE : p 
ju #4 | 
LEZ . L 
3 LES | 
DL. ri ii 
5% à 
Et. vd e ‘4 
. + L 
À 
Li Val rers Wim 
\i54 | l'or TARe à | 
b" à 
" L "RU 
À ÉTÉ ACRME re CE 
: Lak A Ars 
PP ee . 
si Si EEE 
oi = f et? é: CT 
MEvTid ts A “+ À 
ah a Ta ( 


TABLE DES MATIÈRES 


Articles de fond et mélanges. 


Pages 

ki BaAyor. Lecons douteuses de Gormontet Isembart. 203 

HOWOOD Les financiers d'ArTrAS 2... . 0. 1.20. 465, 769 

se Boisace Le nom de la mer Noire en grec ancien 313 
P. BONENFANT. Fragment des comptes d’un office de Louis 1 

d'Anjou- Provence, roi de Naples (1405) . . . . . . . 846 

G. BourmonT. L'emplacement de la bataille de la Sambre . 19 


A.-L. Cor. Zur Filiation der taulerischen Handschriften . 223 
V. Daxrer.. Une fresque du Viale Manzoni expliquée par un 


DOS EST) AS ECO ECO MR ET RSS M TO. LUS 
M.-G. DE BoEr. Guillaume I et les débuts de l’industrie 
D PO LOU On DE TES RN ONC SR CS Tr uen ar 526 
A. DE Ripper La Belgique et la France au lendemain du 
M O0 UNE ee x 1553 
G. DESDEVISES Du DEZERT. Les colonies espagnoles au 
Sa DlOGlé LL: | AS tr 200) 
A. Ecx. L'aspect sy US te l ne % SAT ANA El 
H. E. EGErTON. L'étude de l’histoire coloniale dans l'empire 
britannique. AV EN RO Re D ie 0 10 
J. FELLER. État de la syntaxe fi: ançaise d’après des travaux 
LODEL. … | el Qu REC p°, 
F.-L. GAxsxor. Notes bee sur É ER 4 HR iphe de 
NON EN RENNES ER RE PARTIE N120 
CH. GILLIARD. Les origines de la Gone de Era suisse 
SP Éoroetrayaux les plus récents 2 Up, 0. ‘107 
. GRAINDOR. Liste d’éphèbes de 128-127 . . . er Le 
21 Goris. La bibliothèque d’un marchand Are à 
Anvers au xvi° siècle, Jeronimo Cassina, Ÿ 1596. . . . 851 
L HERRMANN. Les ns de Sénèque étaient-elles desti- 
nées au théâtre?. . . “Hot 
M. HOMBERT. À propos des oree D rntereRe Fa Bite es NT 
l'É gypte gréco-romaine . . . . . . Hu 00 


R. JOHANNESEX. Une princesse namuroise sur Ta trône de 
CS 0 AA A EE 625 


À 
\ \ 
( n A : AA £ 
LAS ot TABLE DES MATIÈRES 


& | \ . . s 
| NX. JORGA. La « Romania » danubienne et les barbares au 


L'VIMSICCIE RENE PU RE RE 
F. Lor. La grandeur dis Horse à 6 époque carolingienne . . ST 6| 
H. Neris. Document falsifié relatif à l’origine des béguines 

COCA TETE à F4 ae 2 ee CSSS 
— Les doyens de Chiétienté sr ERA PS CSI 
. Now£. La charte de Bornhem-de:1258%. M0 319 


— Plaintes et enquêtes relatives à la gestion de 


baïllis comtaux de Flandre aux x1r1 et xIv° siècles . 7 
H. OBREEN. La patrie de la (Ewa Francorum Chamavorum» 317 
H. PairipPART. À Delphes. La statue d'Agias … . 5 
E PLarz. Ancien français serit AR En 
A. Rorrscu. Les « Itinera » de Jean AE RE Le 
P. RorLAND. Les « hommes de Sainte-Marie » à Tournai. . 233 
A. SEVERYNS. La grammairienne Démo. . . « ARLES 


Cu. H. TayLor. The unity of the « Capitulare ct Y et DL 
P. Tomas. Les imitations de Salluste dans la « Chronique 


de Saint-Hubert,ÿ:: 12 SU RES ON 
A. Tomsin. Note sur Xénophon, Banquet VII, 5. "1583 
F. UzurEauU. OStende et Bruges en 17937 MM 
H. Van Hourre. L'origine de la frontière linguistique en 
Baliqne UE oe “HOUSE SUME : meule 
J. VANNÉRUS. L'origine TT A Lt nee péthtisé vin 
OTrLey re ne, jee fete MATIN ENMENNNENSR 
Comptes rate ee eu Ve ete MT NE NES EE 
Chronique. . . : . 4 0 NAT ES 
Nécrologié ,,,/. 7. 20% 415, ; DO ENS 
Bibliographie .": 400000". Let OS OR 
Ouvrages bélges 6% 50,1 51 LE TEL 


Périodiques PEU MTS 2 OSSI NON 


(None ou C és | 


à = Ê Re Ne Ée 2 Octobre-décembre 1924. 





D 


REVUE BELGE 
PHILOLOGIE: ET v'HISTOIRE 


RECUEIL TRIMESTRIEL 


PUBLIÉ PAR LA 
SOCIÉTÉ POUR LE PROGRÈS DES ÉTUDES OR ET HISTORIQUES 


mr sc 
SOMMAIRE 
M Hombert. À DIRES des lectures préférées des lettrés de l'Egypte 
gréco-romaine . 689 
V. Daniel. Une fr esque du Viale Manzoni expliquée par 1 un texte de Por- 1 
phyre. . 103. 
À. Soteryns. La gr ammairienne Démo . ut 
à FE.-L. Ganshof. Notes critiques sur Eginhard, oaphe de Char lemagne. 125 
“ H. Taylor. The unity of the « Capitulare de Villis» . . 159 
G. Bigwood. Les financiers d'Arras. Contribution à l'étude des origines 
‘du capitalisme moderne (sutfe) ee AN AU 169 
H. Nelis. Les doyens de chrétienté (suite et f n): NORMES, ST 


MÉLANGES : 
L. Herrmann. Les tragédies de Sénèque étaient-elles destinées au théâtre? 841 
P, Bonenfant. Fragment de comptes de Louis MaEARION Era REP roi 


de Naples (1405) . . 846 
J. A. Goris. La bibliothèque d'un marchand milanais à Anvers au 

xve siècle, Jeronimo Cassina, 1596 : . . . . : . …,1#@i. 851 

COMPTES RENDUS. . . . . . INR TOR MP RE" 806 

CHRONIQUE RUN 2 ER A ee et ee 949 

BIBLIOGRAPHIE. à 

— Livres nouveaux Ouvrages belges . . : . . . . 988 

.— Nouvelles publications hotlandaises. Ram Late) 0617 

Périodiques . . . : Pt eve 988 

TABLE DES MATIRRES HS OU A APS AR Re es à . 1008 


Pour le détail ge Comptes rendus et de la Chronique v. p. ? de. la couverture. 


Abonnement : 80 fr. (Étranger : : 85 fr.) 
Le numéro: 7 fr. 50. (Étranger : 10 fr.) 


C2 


 BRUXELLES 
| 1924 | 
- / EN DÉPÔT | ; 
A PARIS 6 is A BRUXELLES 
Librairie ancienne ÉDOUARD CHAMPION Librairie universitaire MAURICE LAMERTIN 
5, quai Malaquais fr | 58-60, rue Coudenberg 


LIBRAIRIE UNIVERSITAIRE MAURICE LAMERTIN 


Editeur-Libraire 


58-60, Rue Coudenberg, 58-60, Brirclies 





Téléphone : 298,91. Compte Chèques postaux : 9550. 


Liste des Mémoires de l’Académie Royale se Belgique 


parus de 1919 à 1924. (Histoire) 


VLIEBERGH, E., en ULENS, R., Het Hageland. Zijne platteland- 
sche bevolking in de x1Ix° eeuw (49,0 bl. in-8°, 1 kaart, 1921) 

BiGwoop, G., Le régime juridique et économique du com- 
merce de l’argent dans la Belgique du moyen âge, 1"° partie 
(683 p. in-8°, 1 tabl, hors texte; 1921) «et 2° partie (497 p. 
in-8°, { tabl. hors te 1922) << 


VAN DOOoRSLAER, G., La vie et les œuvres de Philippe de 


Monte (310 p. in- &, o fig. et L'pi, 1921% 

Nicoraï, E., Etude historique et critique sur Îla Dette pu- 
blique en Belgique (458 p. in-4°, 18 tabl. hors texte et 
JATA8r 1021) à 3 

GRAINDOR, P., Chronologie des ‘Archontes “Atheniens sous 
l'Empire (306 p. in-4°, 1922). 

STEIN, H., Nouveaux documents sur Olivier de La Marche 
(70 p. in-4°, 1922). 

ETIENNE, S., Le genre romanesque en France depuis Pappa- 
rition de la « Nouvelle Héloïse >» jusqu'aux prose de 
la Révolution (442 p. in-8°, 1922). ere 

DELATTE, AÀ., La vie de Pythagore de Diogène Laërce (271 D. 
in-8°, 1922) ; 

SIMAR, TH., Étude critique sur la formation de Ja ‘doctrine 
des races au XvIrI° siècle et son SRATAeS au xix° siècle 
(403 p. in-8°, 1922) . : 

AUDA, À., L’ École musicale liégeoise au x” siècle. ‘Etienne de 
Liége (212 p. in-8°, 5 planches, 1923). ) 

LEURIDANT, F., Une éducation de Prince au XVIIe siècle : 
Charles- Joseph de Ligne (81 p. in-8°, 1923). Le 

LECLERCO, J., L'Islande et sa littérature (76 p. in-8°, 1923). 

DES MAREZ, F2 La Place Royale, à Bruxelles (224 p. in-4°, 
28 fig., 1923) ; 

HugerT, E., Le protestantisme dans le Hainaut. au XvHr° siè- 
cle. Notes et documents (189 p. in-4°, 1923) . 

BERLIÈRE, U., Les Monastères doubles aux xrr° et x11r° siècles 
(32 p. in- 8e, 1923). 

GossarT, E., Charles-Quint et Philippe IL dans lancien 
drame historique espagnol (64 p. in-8°, 1923). 

WILMOTTE, M., De l’origine du roman en France (71 p. 
in-8°, 1923) 


BERLIÈRE, U., Le bte Meut ne los monastères hérédre 


tins aux xr11° et xiv° siècles (66 p. in-8°, 1924). 

HueEerT, Eus., Notes et documents sur l'Histoire religieuse 
des Pays-Bas autrichiens au xvin° siècle. Une enquête sur 
la situation religieuse de la partie flamande des Pays-Bas 
en: 1723 (142 p: in-4°; 1924) 7. * 

CARTON DE WIART, H., La candidature de Philippe d’ Orléans 
à la souveraineté des Provinces belgiques en 1789-1790. 
(Documents inédits) (86 p. in-8°, 1 pl., 1924)... 

WAUTERS, R., L’Évolution du Marxisme, depuis la mort de 
Marx (128 p. in-8°, 1924). LENS a On 


Fr. 


16.00 


: 50.00 


12.00 


39.00 


15.00 


5.00 


20.00 


12.00 


18.00 
10.00 


6.00 
5.00 


25.00 

12.00 
2,00 
400 
5.00 


4.50 


8.00 | | 


6.50 
7.00 





| 


firde 


re 


Société pour le Progrès des Études Philologiques et Historiques 


La Société tient deux assemblées par an : le deuxième dimanche 
de mai et le deuxième dimanche de novembre. 
La Cotisation annuelle est de 5 francs. 


Secrétaire-général : M. 0. GROJEAN, directeur au Ministère 
des Sciences et des Arts, 238, avenue Brugmann, Bruxelles. 


Trésorier : M. F.-L. GANSHOF, char gé de cours à URPT 
sité de Gand, rue Jacques J ordaens, 12, Bruxelles, 


L'organe de la Société est la Revue belge de Philologie 
et d'Histoire, recueil trimestriel. 


Les membres de la Société jouissent d’une réduction de 
5 francs sur le prix de He 


Cours DIRECTEUR 


MM. A. Bavor, professeur à l'Université de Louvain; J, Binez, profes- 
seur à l’Université de Gand : E. Boïsaco, professeur à l'Université 
de Bruxelles; G. Des Marez, professeur à l'Université de Bruxelles; 
F.-L. Gansuor, chargé de cours à l’Université de Gand, trésorier 
de la Société; H. Grécorre, professeur à l’Université de Bruxelles ; 
O, Grozian, directeur au Ministère des Sciences et des Arts, 
secrétaire général de la Société; L. ParuENTIER, professeur à 
l'Université de Liége; H. PIRENNE, professeur à l'Université de 
Gand; P. Taomas, professeur émérite de l’Université de Gand; 
V. Tourn£gur, conservateur à la Bibliothèque royale de Belgique; \ 

- L. Vanper Essen, professeur à l’Université de Louvain; H. Vax- 
DER LINDEN, professeur à l'Université de Liége; VERDEYEN, pro- 
fesseur à l’Université de Liége; A. ViNceT, conservateur à la 
Bibliothèque royale de Belgique. 





Prière d'adresser tout ce qui concerne la RÉDACTION 
(articles, comptes rendus, etc. destinés à l'insertion, livres 
et revues pour compte rendu, etc.) au Secrétaire, M. Aug. 
VINCENT, conservateur à la Bibliothèque royale, rue de 
la Mutualité, 82, Uccle. 

Prière d’adresser les communications relatives à l’'AD- 
: MINISTRATION ‘abonnements, etc.), à l’Administrateur, 
M. François-L. GANSHOPF, chargé de cours à l’Université de 
Gand, rue Jacques Jordaens, 12, Bruxelles. | 


Les abonnements peuvent être pee également aux librai- 
ries LAMERTIN et CHAMPION. 


AVIS IMPORTANT. 


« 


La Revue est consacrée à la philologie des langues indo- 
européennes, et à l’histoire dans son acception la plus large. 
Elle paraît quatre fois par an, en fascicules de 200 pages 
environ. Les articles peuvent être écrits en français, flamand, 
allemand, ‘anglais, espagnol, italien et latin. 
Chaque article est signé. L'auteur seul est responsable des 
idées qu'il émet. 
La Revue offre gratuitement aux auteurs des articles de fond 
50 tirages à part obtenus par découpage et brocnés sous couver- 
ture uniforme. Ces tirages à part ne peuvent étre mis dans le 
commerce. Pour toute autre fourniture, les auteurs traiteron: 
directement avec l'imprimeur. | 
Les auteurs sont instamment priés de n’envoyer que des ma- 
nuscrits complètement prêts pour l'impression, lisibles et écrits 
d'un seul côté du papier. Toute modification apportée au 
texte composé sera portée en compte à l’auteur. 


+ 


4957 — Société anonyme M. Welssenbruch, imprimeur du Rol, Bruxelles. 








PUR) 
KE 


LATE 
RAT EN 





UNIVERSITY OF IL 


[ La nn 


99681 095